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Chapitre 103 – Le Monarque des Arcanes


Source : Version anglaise

Traduit par : Arpakshaad
Checké par : Miss X


SKYFIRE AVENUE – CHAPITRE 103


« Dix minutes, ou j’en fais un tas de gravats. Je suggère d’encourager tes disciples à se diriger vers les sorties. » Le vieil homme se tenait au même endroit devant les portes. Comme avant, sa dure voix résonna à travers la Cathédrale du Saint-Esprit.

Quelques minutes de silence suivirent. Elles furent brisées quand les gens à l’intérieur de la cathédrale se mirent à s’agiter dans tous les sens.

Des nuées de fidèles, clercs, prêtres et autres inquisiteurs en colère fondirent sur la position de l’homme, cherchant la source du problème.

Il ne fit aucun effort pour se cacher et il n’était pas difficile à repérer, debout visiblement devant les portes. Les chasseurs couraient vers lui à toute vitesse. Mais, quand ils arrivaient à dix mètres de l’homme, ils souffraient le même sort que le premier prêtre ; gelés comme du granite, bloqués dans la couronne de lumière qui l’entourait.

« Visiteurs, veuillez vous diriger vers la sortie. La Cathédrale va fermer. » La voix était claire, digne et tranquille. Les nuées de fidèles qui se jetaient sur le vieil homme ralentirent et finirent par s’arrêter. Tout redevint à nouveau silencieux dans la Cathédrale.

Dans l’immobilité soudaine, deux figures apparurent, entourant l’homme de deux côtés opposés. En marchant lentement, les portes derrière le visiteur s’ouvrirent pour en révéler un troisième. Trois personnes, de trois directions différentes. Leur vitesse était lente, et ils se reflétaient les uns les autres parfaitement.

Le vieux monsieur se retourna calmement pour faire face à la personne derrière les portes. Son visage ne portait aucune expression.

« Monarque, j’espère que vous allez bien. » L’homme qui lui parlait était étonnamment beau, avec de longs cheveux blonds qui tombaient en cascade sur ses épaules. De derrière, on aurait pu croire à une fille. Joli comme une image, comme s’il avait été peint lui-même, mais en gardant une part de masculinité. Il était vêtu d’une soutane d’un blanc immaculé, mais c’étaient ses yeux qui ressortaient le plus. Dorés et, alors qu’ils brillaient, une aura sainte entoura le nouveau venu.

« Métatron.1 Toujours pas suffisant. Où est le pape ? » Le monarque lui parla d’un air détaché.

Le jeune aux cheveux blonds sourit amicalement. « Il prie. Il sera avec vous dans un instant, si vous voulez bien attendre un moment. » Il s’adressa au vieil homme comme on s’adresse à un ami qui vient de loin, ignorant ses manières rustres.

« J’ai dit dix minutes. On en est à sept. » Il joignit les mains dans son dos, retournant son regard sur les peintures incrustées dans le plafond en dôme de la Cathédrale. Son expression était celle de l’appréciation, pas de la violence.

À part pour Métatron, les deux autres silhouettes arrivèrent aussi là où se trouvait le vieil homme, se révélant être des femmes. La femme sur la gauche portait une grande robe blanche, belle comme une elfe. Sa peau était belle et douce, presque comme du lait. Même ses longs cheveux étaient blancs comme neige.

La deuxième femme avait de courts cheveux bleus, du moins selon certains angles. Étrangement, elle semblait être une illusion ou un hologramme, changeant de couleur avec le temps et l’angle de vision. Ses traits étaient assez normaux, sauf pour cette étrange décoloration qui la rendait difficile à regarder.

Métatron continua. « Monarque des Arcanes, Monsieur, nous savons pourquoi vous êtes là. Tout ceci est fort regrettable. »

Le vieil homme eut un petit rire sarcastique. « Vos regrets ne peuvent pas changer ce qu’il s’est passé. N’est-ce pas ? Voyons voir si vos regrets peuvent m’arrêter aujourd’hui. J’ai vécu assez longtemps de toute façon, je commence à être impatient de savoir la suite. Et qui pourrait demander meilleur cercueil que cette cathédrale ? J’aurai plus de choses enterrées avec moi que les rois des anciens temps. »

Le sourire amical de Métatron commença à fondre. « Monarque, soyez prudent s’il vous plaît. Nous ne tolérons pas le blasphème du Père ou de sa maison ici. »

Cela lui valut un reniflement plein de mépris. « Le seul dieu que je reconnaisse sont les Mathématiques. Votre dieu, c’est des conneries. »

« Le culot ! » La fille sur la gauche souffla d’une voix tendre et sophistiquée. Sa crinière de cheveux blancs se mit à flotter autour de sa tête, et son corps se mit à émettre des rayons argentés de lune. La lumière invoqua six ailes argentées qui s’étirèrent et se déployèrent dans son dos. Une aura suffocante de sainteté emplit l’air.

« Et maintenant, cette espèce ‘d’ange de la lune’ fait le paon devant moi. » Le vieil homme leva la main devant la fille comme si elle n’était qu’une mouche qui l’ennuyait. Le mouvement fit naître d’étranges lumières dans la réalité devant lui. C’était une illumination particulière, qui se déploya devant lui. Au moment où elle entra en contact avec l’aura de l’ange de la lune, la lumière argentée fondit comme neige au soleil. La vitesse à laquelle elle fut enveloppée était incroyable.

C’était comme si l’air était aspiré, le volant de ses lèvres et le tirant de ses poumons. Les yeux de la fille argentée s’écarquillèrent de peur.

« S’il vous plaît, soyez magnanime Maître Monarque. » Métatron avait fait un pas vers le vieil homme, coupant sa ligne de vue sur la jeune femme sous assaut. Ses mains se levèrent comme pour repousser le frêle homme, complété par le déploiement de ses grandes ailes dorées. Elles étaient tellement grandes, tellement pleines, que compter combien Métatron en avait en devenait difficile.

Sa propre aura n’était pas éclatante, rien de glorieux ou de brillant, mais possédait une pureté incomparable qui culminait en une auréole dorée entourant sa tête. C’était à son tour, et alors que ses mains se levaient, une lumière sortit de leur profondeur, si grande qu’on aurait cru qu’un soleil était né dans la Cathédrale.

« Hmph ! » Cracha le vieil homme. Soudain, il devint comme translucide, comme une vision, et disparut. Cependant, sa disparition soudaine ne voulait pas dire qu’ils étaient hors de danger, puisqu’au lieu de disparaître, l’étrange lumière qui étouffait l’ange de la lune explosa. En un clin d’œil, elle entoura la totalité de l’église, et tous ceux à l’intérieur se retrouvèrent contraints de lutter pour chaque brûlante respiration.

« Monarque, il ne faut pas ! » Cria Métatron entre deux respirations, mais le vide terrifiant qui les entourait aspira le son avant qu’il ne puisse sortir de sa bouche. Il ne pouvait que projeter ses pensées vers l’extérieur. Ce faisant, une orbe de lumière dorée lutta pour s’étirer, avec l’ange au centre.

Ce n’était pas un résident ordinaire du Château Pontifical. Il était connu sous le nom du Premier des Séraphins, second du Pape lui-même. Plus puissant, même, que les sept Archanges, il avait même été considéré comme le plus proche des Parangons eux-mêmes. Mais malgré ces titres, face à cet homme seul, il était battu. Ce plus grand des anges célestes ne se battait pas, il espérait ne pas contrarier leur vieux visiteur plus que cela.

« Encore. Trois. Minutes ! » La voix rauque s’éleva de toutes les directions, rendant impossible la localisation précise du Monarque. Alors que sa voix s’estompait, elle fut remplacée soudainement par un chœur angélique. Il résonna dans toute la Cathédrale, ce faisant, l’intérieur s’illumina comme si de la lumière se répandait des murs. Des vagues de saintes lumières, blanches comme du lait, se déversaient des portes derrière Métatron.

Des visions d’anges voletaient dans la mer de blanc. L’aura surpuissante et sacrée remplit les spectateurs d’un sentiment de complétion. Même le vide crée par le Monarque diminua face à une telle aura. L’air autour d’eux redevint normal, et cette sensation étouffante ne devint qu’un souvenir.

« Vieux hibou, toujours aussi fou. » Une autre voix se joignit à l’échange, celle-là vieille et sobre. La source se trouvait être un vieil homme, qui marchait vers eux depuis les grandes portes. Il était habillé dans de luxurieuses robes, et un chapeau pointu couvrait ses cheveux blancs comme neige. Métatron recula d’un pas, lui faisant un poli signe de tête. Les deux femmes à ses côtés s’inclinèrent jusqu’à la taille.

« T’as pris ton temps. Un peu plus, et tu aurais eu à reconstruire ce petit nid que tu t’es fait. » Une silhouette ombragée apparut devant l’autel pontifical. Après quelques instants, elle se reconstruisit en celle, maintenant familière, du vieil homme.

Le Pape le regarda depuis les portes. « Gardien, tout ceci n’est pas nécessaire. »

C’était bien lui. Le vieil homme qui avait repoussé les forces du Château Pontifical à lui tout seul, celui qu’on appelait le Monarque des Arcanes était le même vieillard qui passait ses journées assis sur son fauteuil de bureau à boire du thé sur Skyfire Avenue.

Il fit une grimace à la remarque du Pape. « Tu devrais avoir une bonne idée des règles que nous avons établies sur Skyfire Avenue. Le Maître des Joyaux est l’un des nôtres, un membre du Conseil, un fait que tu connaissais parfaitement. Et pourtant, tu as préparé ton piège et as essayé de le tuer. Comment comptes-tu justifier ça ? »

Le vieux prêtre lui lança un regard interrogateur. « Je ne t’ai pas vu aussi énergique depuis longtemps, vieux schnock. Tu n’as pas peur de t’épuiser, que ça te tue ? Tu oses venir ici seul, même si tu dois savoir que dans cette Ville Sainte, mes capacités sont quasi sans limite. Je peux voir ce qui sera, et en faire ma volonté. »

Cela fit rire le Gardien dans sa gorge. « Je m’en fous complètement. Des Parangons, je suis considéré le huitième, et toi le sixième ; tu es déjà plus puissant que moi. Mais j’ai quelque chose de plus que toi, et c’est la puissance destructrice pure. À part les deux plus grands d’entre nous, personne ne peut se mesurer à l’oblitération que je peux produire. À quoi penses-tu que ta précieuse cité va ressembler après un coup de mon canon à positrons ? »

Le Pape fusilla son invité du regard, soupirant en parlant. « Très bien. En effet, de ce point de vue-là, nous sommes dans le tort. Si ce n’était pour sa relation avec la Succube Stygienne, penses-tu que j’accepterais de provoquer l’Avenue ? Avec cette explication, que vas-tu faire ? Sans compter que ton propre ressortissant n’est pas sans faute. L’Ange de la Guerre est complètement détruit, et Michel est grièvement blessé. Il va avoir besoin d’au moins un an pour tout récupérer. En comparaison, vous n’avez pas beaucoup souffert. »

« Rien de ceci n’a à voir avec moi, » répondit impoliment le vieil homme. « Je suis là pour un marché que le Maître des Joyaux et moi avons conclu, un marché que tu as ruiné. Rembourse les pertes engendrées par ton intervention, et je m’en retournerai. »

Cela prit le Pape par surprise, comme le surligna sa réponse désespérée. « Je me doutais qu’il y avait une raison derrière tout ça. Très bien, tu l’auras. Considère l’affaire close. »

En parlant, il se retourna vers Métatron et lui fit un signe de tête. Le front de l’Ange se noua et il ouvrit la bouche pour parler, mais l’expression dans les yeux du Pape l’arrêta.

Le Gardien ne semblait toujours pas convaincu. « Depuis quand est-ce que le vieux Sceptre est aussi complaisant ? »

Un froid naquit sur le visage du Pape. « Piéger cette rencontre pour que tu puisses montrer ton intelligence n’est pas la meilleure chose à faire, ici. Prends ce que tu es venu chercher et va-t-en, et ne teste pas ma détermination à te faire partir si je le dois. Même si ça me coûte cet endroit et ma vie, ne doute pas que je sois prêt à les sacrifier si ça veut dire protéger le Château de gens comme toi. Même si pour ça, je dois m’allier avec la Tour Noire. Même ta précieuse Avenue ne pourrait pas y faire face. »

« Mais je t’en prie, essaie, » siffla le Monarque en riant.

Le Pape commençait à s’énerver. Cet exaspérant vieux fou ne savait pas quand s’arrêter. Avec un grognement agacé, il se retourna, disparaissant à travers la grande double-porte. S’il passait plus de temps ici, il avait peur que ses ordres ne deviennent violents.


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  1. NdTFR : Là ça me pose un petit problème : la soutane blanche est réservée au pape, et à lui seul, c’est justement un signe distinctif pour le reconnaître. Auteur, qu’as-tu fait ???
Cet article comporte 9 commentaires
    1. De rien 🙂
      Et le premier avril s’arrête à minuit. Le but est de rigoler un peu pendant une journée, et de vous piéger un peu aussi. Pas de vous punir. Content que tu aies survécu en tous cas 😉

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