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Chapitre 163 – L’histoire du Gourmet

Traducteur en Français : Arpakshaad
Editrice & Checkeuse : Miss X

Chapitre 163 - L'histoire du Gourmet

Lan Jue rayonnait d’admiration. « Théière en cuivre, feu de charbon, poterie noire… la combinaison parfaite pour du vin de millet ! Et avec quelques tranches de gingembre pendant que l’alcool bout, le breuvage devient particulièrement bénéfique. » En parlant, il prit l’initiative de soulever la théière. Il versa un verre de vin au Gourmet en premier avant de servir les autres.

Il continua en se servant d’une prune fumée du plateau, et en mettant une dans chacun des verres.

« Buvez le ragoût pendant qu’il est chaud, » conseilla le Gourmet.

« Très bien, » dit Lan Jue. Il ôta le couvercle et fut immédiatement frappé par une vague de vapeur alléchante. Il jeta un œil vers le contenu, mais malgré son amour pour la nourriture, il était incapable de dire ce qui composait le clair bouillon.

Le ragoût bouillonnant avait une couleur jaune pâle. Une seule cuillerée et Lan Jue se sentit submergé par une sensation revigorante. Elle le réchauffa jusqu’au cœur.

Il avait même l’impression que ses énergies internes se restauraient avec la bonne soupe. Il y avait même un petit nuage de vapeur qui se dégageait de son front.

« Qu’est-ce que c’est ? » Demanda Lan Jue.

« De la Dendrobium officinale sauvage, laissée pendant des centaines d’années, forme l’ingrédient principale. » Répondit-il. « En plus de cela, nous avons du poulet-phœnix de Taihua, et une douzaine d’herbes médicinales. Ça sert à nourrir les cinq organes principaux, ainsi que le qi et le sang. Assurez-vous de tout boire. »1

Lan Jue cligna des yeux. « Du poulet-phœnix ? Vous en avez trouvé ? Et où avez-vous trouvé de la dendrobium officinale mûre ? C’était l’une des Neufs Herbes Immortelles utilisées dans la médecine traditionnelle de l’Ancienne Ère. Elles ne sont pas supposées être mortes depuis longtemps ? »

Le Gourmet secoua la tête. « Toute cette bonne nourriture, et vous ne trouvez rien de mieux à faire que de dire n’importe quoi. Mangez ! » Il ponctua son ordre en prenant une petite gorgée de son vin, soulevant ses baguettes, et attaquant le repas.

Lan Jue prit une autre gorgée de soupe, et sa chaleur le parcourut à nouveau. Il prit ensuite une gorgée du bon vin. Sa propre chaleur, les tranches de gingembre et la prune fumée travaillèrent de concert à monter sa température.

Les nombreux plats sur la table semblaient simples, mais chacun était un met délicat. L’atmosphère étouffante des instants précédents s’évapora instantanément quand ils se servirent en nourriture. Hua Li et Chu Cheng mâchaient joyeusement avec les autres.

Lan Jue préférait le crabe et les nouilles à la sauce au vin. Le plat baignait dans la sauce au vin, une mixture entre du vin de Shaoxing de haute qualité et du jus de crabe. Étalée sur des nouilles lisses, le goût défiait toute explication.

Il en résulta une querelle entre Chu Cheng et Hua Li pour savoir qui aurait le dernier morceau de porc braisé et de sauce soja. Ils finirent par se mettre d’accord pour le partager en deux. En un rien de temps, les six plats se vidèrent. Même les sauces et les jus n’en réchappèrent pas, puisque les trois jeunes visiteurs les épongèrent avec un peu de pain à la vapeur.

Le Gourmet poussa un petit rire devant la scène. « Faîte un peu plus attention, la prochaine fois. Je n’ai pas envie de perdre un copain à boire et à manger. Quand vous serez assez nourris, vous pourrez rentrer comme il vous plaira. La prochaine fois, évitez de ramener des étrangers… »

« D’accord. » Dit Lan Jue en riant sous cape. « Nous partons les premiers, donc. Et vous, couturière ? »

La belle femme leva son nez de son assiette pour répondre : « Je vais aider le Gourmet à ranger avant de partir. Une chose dont nous les femmes sommes assez adeptes. »2

Chu Cheng lança un regard au Gourmet avant de silencieusement donner un coup de coude à Hua Li. Ses amis comprirent le signe, et les deux sortirent de la boutique du Gourmet ensemble.

La Couturière était déjà debout à ce moment-là, et elle ramassa plusieurs assiettes dans ses mains. Le Gourmet resta assis, mâchouillant une cigarette qui était apparue entre-temps. Elle restait là, dans un coin de sa bouche, éteinte.

« Vous pouvez fumer, cela ne me dérange pas. » Dit la Couturière.

Le gourmet claqua des doigts, et une flamme apparut au bout de son doigt. Il alluma la cigarette et la pièce s’emplit presque immédiatement de l’odeur de tabac brûlé.

La Couturière continua de travailler en silence, sans question ni remarque à offrir. Elle se contentait de ramasser les assiettes sales et de les ramener à la cuisine.

« Tout est en ordre et à sa place », finit par dire la Couturière. « Prenez garde à ne pas vous coucher trop tard, et ne fumez pas trop. Je vais rentrer. »

Le Gourmet hocha de la tête, la suivant du regard pendant qu’elle sortait.

Il resta tout seul dans sa boutique, des volutes de fumée tourbillonnant devant ses yeux. La lumière qui y brillait était compliquée, mais avec une touche nette de malaise.

ζ

Hua Li, Lan Jue et Chu Cheng déambulaient lentement le long de l’Avenue vers la Joaillerie de Zeus.

« Digestif ? » Chu Cheng regarda ses deux compagnons.

« D’accord. » Lan Jue passa la boutique pour entrer dans ses appartements. Il revint quelques instants plus tard avec une bouteille d’eau-de-vie et trois verres.

Chu Cheng prit la bouteille des mains de Lan Jue. Il se servit un verre et le but d’une traite. « Ah, c’est vraiment bon le brandy ! Le vin de millet est trop faible, ça ne me va pas. »

« C’était quoi ce cirque ? » Intervint Hua Li, sans laisser de place aux bavardages. « Ton oncle ? Ton vrai oncle ? »

Chu Cheng hocha de la tête. « Je n’aurais jamais pensé à regarder ici. Pas étonnant que nous n’ayons jamais réussi à le trouver. Il a disparu il y a douze ans. »

Lan Jue regarda dans sa direction. « Si ça concerne un secret familial, tu n’as pas besoin de nous le dire. »

Chu Cheng sourit indifféremment. « Je n’ai pas le droit de le partager avec des étrangers, mais vous deux ? Vous êtes de ma famille. En fait, l’histoire de mon oncle est presque une légende maintenant. Sais-tu quelle force il a, Lan Jue ? »

Lan Jue fit non de la tête. « Juste qu’elle est basée sur le feu. Je ne l’ai jamais vu l’utiliser sérieusement. Mais bon, il est l’un des dix-huit membres du conseil de l’Avenue, donc ça donne un minimum, même s’il était en bas de la liste. En vrai, tout ce qu’on sait c’est qu’il est incroyable comme cuisinier. C’est étrange, par contre, qu’il ne cuisine qu’en certaines occasions. Il passe des semaines sans cuisiner quoique ce soit de correct. J’ai probablement été l’un de ses invités les plus récurrents ces dernières années. »

« C’est parce qu’il a l’impression que vous vous ressemblez. » Expliqua Chu Cheng.

« Oh ? »

L’homme aux cheveux rouges continua. « On pourrait croire que l’histoire de mon oncle vient d’un livre. Il n’y avait que lui et mon père à leur génération. Vous connaissez ma famille, et l’héritage qui va avec ; c’est aussi vrai pour le pouvoir de notre sang. Mais pour leur génération, il y avait quelque chose de… différent. Mon père n’hérita que d’une petite partie des pouvoirs d’Hadès, et mon grand-père en fut très déçu. Il commença avec mon père immédiatement, lui apprit à cultiver ses pouvoirs à un degré acceptable et utile, et à s’occuper des affaires de famille. Puis mon oncle vint au monde, et mon grand-père découvrit qu’il était plus puissant que n’importe quel Adepte dans la famille sur les cent dernières années. »

« Et comparé à toi ? » Demanda Hua Li, curieux.

La voix de Chu Cheng baissa d’un ton. « D’après grand-père, les pouvoirs de mon oncle sont encore plus purs que les miens. »

Lan Jue et Hua Li ne purent s’empêcher de pousser un soupir de surprise. Ils étaient tous deux au fait du niveau de pouvoir de Chu Cheng. Mais ça avait été un jeu, un test. Si le combat avait été sérieux, que leurs vies en dépendaient, qu’ils avaient combattu au maximum de leurs capacités, Lan Jue aurait été dans une situation bien moins confortable.

Pendant les premières années, quand ils s’étaient rencontrés pour la première fois, Lan Jue commençait à peine à débloquer les secrets de son Ascension. Chu Cheng n’était qu’au début de sa vingtaine, mais lui savait déjà contrôler l’Esprit d’Hadès.

Et là, il expliquait que les pouvoirs du Gourmet étaient plus purs que les siens ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Le Gourmet aussi était à l’âge optimal pour un Adepte, et avait des années de cultivation de plus que Chu Cheng.

« Ce n’est pas un Parangon, si ? » demanda Hua Li.

Chu Cheng secoua la tête. « Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que quand il est parti, il y a douze ans, il était déjà au neuvième niveau, huitième rang. Bien plus fort que je ne le suis maintenant. Je ne suis actuellement qu’au septième rang, et il a quatorze ans de plus que moi. Selon cette information, j’en déduis qu’il est possible qu’il soit un Parangon. »

« Qu’est-ce qu’il s’est passé à l’époque ? » Pressa Lan Jue.

« Mon oncle avait une certaine réputation dans sa jeunesse, » dit Chu Cheng. « La famille plaça tous ses espoirs en lui. Comme vous le savez, ma famille et celle de Satan sont des ennemis mortels, et l’ont toujours été. Leur pouvoir nous a obligés à fuir dans le Nord. Sinon sans leur lignée de bâtards, notre famille serait la force de l’ombre la plus puissante de l’Ouest. La Tour Noire devrait vraiment être la Tour d’Hadès. Mon grand-père espérait entraîner mon oncle, et en faire le plus grand Parangon de cette génération. Satan était déjà vieux à l’époque, et il espérait qu’avec un nouvel Hadès, il retrouverait notre ancienne gloire. »

« Jusqu’à ses vingt ans, mon oncle ne sortit jamais de la famille. Il avait toutes les ressources de la famille à sa disposition, mais devait aussi subir l’incroyable difficulté de l’entraînement. Il en sortit froid et dur. Après ses vingt ans, grand-père le laissa enfin sortir du domaine. Il voulait durcir son fils dans le vrai monde. Il le voulait préparé pour le choc qu’aurait son corps quand il deviendrait un Parangon. En vrai, l’âge n’a qu’une petite influence sur les pouvoirs d’un Adepte. Par contre, tout le monde sait qu’il vaut mieux passer Parangon avant d’avoir quarante ans. C’est là qu’un Adepte est le plus puissant. Tel était le plan de grand-père. »

« Au début, tout allait bien. Mon oncle partait, voyageait pendant un an, puis rentrait pour quelques mois. Il rentrait presque chaque fois plus fort que quand il était parti. Comme il devenait plus fort, les espoirs et les rêves de la famille grandirent avec. Et puis, il y quatorze ans, quand mon oncle avait vingt-huit ans, ils eurent un problème. »

« Grand-père avait perdu de vue ce qui était important. Après-tout, mon oncle est un homme, pas une machine. Le stress et les attentes étaient trop lourds. Il n’avait aucune liberté, aucun moyen de contrôler ou de relâcher un peu de pression. Grand-père ne pensa jamais à lui trouver un partenaire ou une femme. Pour lui et la famille, leur seule préoccupation était d’avoir enfin un nouvel Hadès. »

« Mais c’était un homme, qui pense et qui ressent ! Et à ce moment-là, il était déjà très fort, et beau. Il était tout naturel qu’il attire l’attention d’une femme. Bien sûr, les vingt premières années, il n’avait jamais quitté la maison. Il était raide, et il avait du mal à comprendre ce qui se passait dehors. Mais au fil du temps il grandit, et s’habitua aux sensations de la vraie vie. Quand il partit à vingt-sept ans, il rencontra une fille qu’il aimait. »

La lueur des ragots naquit dans les yeux de Hua Li. « Donc ton grand-père apprend l’existence de cette femme, et leur interdit d’être ensemble. On dirait un scénario de film. »

Chu Cheng poussa un petit rire sans joie. « Encore plus mélodramatique, en fait. À vingt-huit ans, il ramena la femme à la famille. À ce moment-là, sa relation n’avait eu aucun impact négatif sur sa cultivation, donc même si grand-père n’était pas très content, il le permit quand même. Il savait que mon oncle vieillissait et avait besoin d’une famille à lui. Mais de manière tragique, grand-père finit par découvrir la vérité : la fille que mon oncle avait choisie avait le sang de Satan dans les veines. »

  1. NdTEN : L’art culinaire médicinale est très populaire en Chine. La Médecine Chinoise Traditionnelle classe l’efficacité d’un aliment ou d’une herbe selon son goût et sa réaction. Par exemple, le thé au chrysanthème est souvent bu en été à cause de ses propriétés rafraîchissantes : buvez du thé au chrysanthème et vous pourrez presque sentir ses facultés apaisantes. Certains restaurants, même des chaînes de ‘Fast Food’, mettent les propriétés médicinales d’un plat sur leur menu. Les organes primaires sont ce qu’on appelle les cinq organes Zang : le cœur, le foie, les poumons, les reins et la rate. Ils vont avec les six organes ‘fu’ avec lesquels ils échangent les énergies qi et consolident les effets de guérison. Ce sont le péricarde (sorte de ‘sac’ autour du cœur), l’estomac, le petit intestin, le gros intestin, la vésicule biliaire, et les San jiao ( les trois cavités dans le tronc d’une personne, soit les cavités abdominale, thoracique, et la plèvre).
  2. NdTEN : Sexisme ! Mais vous seriez choqués de voir à quel point la domination masculine est institutionnalisée en Chine

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