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Chapitre 162 – De la musique de fille

Traducteur en Français : Arpakshaad
Editrice & Checkeuse : Miss X

Chapitre 162 - De la musique de fille

Le visage de Chu Cheng n’était plus gonflé. Il suivait Hua Li en se frottant le visage comme s’il lui faisait encore mal.

« Espèce de brute, A-Jue, non mais. Je suis sûr que t’avais prévu ça depuis longtemps. »

Lan Jue lui lança un regard. « Prémédité, non, mais ça ne veut pas dire que je n’ai pas voulu te marcher sur la gueule depuis au moins quelques jours. »

Chu Cheng leva son majeur, puis essaya de creuser un trou dans le gros jeune homme rien qu’en le regardant. « Hey, gros lard, je m’en souviendrai. C’est ton bon-à-rien de prof qui t’as entraîné à utiliser ta grande gueule ? »

Tang Xiao répondit timidement : « Professeur Lan ne m’a pas appris ça, je l’ai trouvé tout seul après un peu de recherche. Je crois que rien ne devrait nous arrêter dans le feu de l’action, tout est bon pour gagner. La manière importe peu, juste le résultat. Ne le prenez pas mal, s’il vous plaît, professeur ! J’essaie juste de penser par moi-même. »

Chu Cheng poussa un grognement. Hua Li se joignit à la conversation, sa voix trahissant son mécontentement. « Et as-tu partagé cette petite histoire avec ton professeur ? »

Tang Xiao rougit face à l’accusation. « La première fois que nous nous sommes battus, oui. Il m’a frappé violemment. Et pas depuis. »

Hua Li fusilla le gros garçon du regard, les poings levés, les phalanges blanches.

Tang Xiao toussa pour cacher son malaise. « Alors, Professeur, s’il n’y a rien de plus, je ferais peut-être mieux de partir. Oh, et je suis désolé, mais je ne suis pas sûr de pouvoir venir les quelques prochains jours. »

« Ah ? » Lan Jue posa sur lui un regard interrogateur. « Écoute petit, t’as pas à avoir peur. Ils n’oseraient pas s’amuser à courir partout pour bizuter la nouvelle génération. »

Tang Xiao secoua la tête. « Ce n’est pas ça. Il y a un entraînement à l’école que je ne peux pas rater. Il y a des gens de l’école rivale, Lir, qui arrivent. Ils m’ont choisi comme concurrent pour l’un des matchs de combat. Je suis supposé faire des entraînements de mécha les quelques prochains jours pour me renforcer. »

« L’Université de Lir ? » Lan Jue avait un regard inquisiteur. « Pourquoi viennent-ils jusqu’ici ? »

Tang Xiao éclaira sa lanterne. « C’est une université de pilotage de mécha, c’est leur cours principal. La planète Lir n’est pas si loin que ça de Skyfire, j’ai entendu dire que les doyens étaient rivaux, pour avoir la même fille il y a des années. Et puis, c’est le nôtre qui a gagné. Ils se détestent depuis. Donc, chaque année, ils envoient leurs meilleurs étudiants par ici, soi-disant pour ‘échange éducatif’. Mais en fait, c’est surtout une excuse pour qu’ils se la pètent. »

Le moral de Chu Cheng remonta, oubliant son indignation précédente. « Ça sonne bien, on parle de quoi comme genre d’échanges ? »

« Surtout des combats de mécha, » répondit Tang Xiao. « Et en vrai, je ne sais pas à quoi pensait le doyen, en acceptant. Ils se spécialisent en combat de mécha ! La spécialisation de la nôtre, c’est la recherche. On est à des kilomètres derrière en termes de pilotage. Chaque année c’est la même chose : une cruelle déculottée. Ils n’ont rien à faire de la face non plus.1 Les élèves participent, oui, mais les profs aussi. Si ce n’était pour la Déesse Sauvage, on n’aurait littéralement rien à montrer à l’échange. Professeur Tan est la seule qui ait une vraie chance de gagner à l’épreuve. Au début, on devait avoir un peu de temps avant la compétition, mais l’Université de Lir a entendu parler du concert d’un certain Poséidon qui se déroulerait à l’UNE. Ils ont donc avancé la date. Y a quoi de bien à écouter à ce concert de toute façon, les cons. »

Hua Li remonta ses grosses lunettes sur son nez. « Tu n’as jamais écouté une chanson de Poséidon, hein ? »

Tang Xiao mit son gros ventre en avant. « Oncle, » commença-t-il fièrement, « je suis un vrai homme. Qui écoute ce genre de musique de fille de toute façon : les déviants et les petites filles. »

Les traits de Chu Cheng portaient un étrange mélange de surprise et d’hilarité. Il regarda Lan Jue. « Il a juste ça dans le sang, en fait, la provocation, n’est-ce pas ? Il est né avec. »

Hua Li était étonnamment calme et dangereusement indifférent, et il s’adressa, lui aussi, à Lan Jue. « Ne dis jamais que je ne te donne pas de face, compris ? »

Lan Jue se tapota doucement le front avant de s’adresser sincèrement à son apprenti. « En fait, je voulais de toute façon te donner ta journée, mais on dirait qu’on va avoir besoin de continuer ton entraînement spécial. D’après mes estimations, on dirait que ça va prendre le double du temps. A-Li, vas-y mollo sur le gosse, hein ? Le casse pas. »

Hua Li hocha de la tête en se plaçant devant un Tang Xiao hébété. La star enleva son chapeau et ses lunettes, révélant un sourire sinistre et un regard sombre. « Dis-moi, le gros. Est-ce que je te dis quelque chose ? »

« Hein ? O-oh… »

« C’est TOI que je vais rendre déviant ! Et si on TE féminisait un peu ?! »

« Ah ! Ow ! Ahhhh ! »

ζ

La boutique minuscule du Gourmet était propre, rangée, et tranquille, avec une certaine beauté classique qui s’accrochait aux personnes.

Hua Li, Chu Cheng et Lan Jue s’étaient tous changés, et s’y dirigeaient.

Quelqu’un d’autre les y avait devancés, une belle jeune femme.

« Couturière, » salua aimablement Lan Jue en souriant.

La femme se leva et salua les trois jeunes hommes avec un sourire. « Bonjour. Hein ? Ce n’est pas… » Les jolis yeux de la Couturière passèrent sur Hua Li.

Il devenait pleinement apparent que, sans son déguisement, Hua Li attirait beaucoup d’attention.

Hua Li se contenta de glousser, sa réponse civilisée : « Mes salutations, belle dame. Je suis Hua Li. »

Chu Cheng salua aussi la couturière de la tête. « Bonjour, » dit-il « je suis Chu Cheng. »

Lan Jue jeta un regard interrogateur à son ami. « Une réponse très tiède, A-Cheng. Je m’attendais à autre chose de ta part. »

Chu Cheng regarda son compagnon d’un œil mauvais. « Il n’y a rien de pire que de sortir avec A-Li. Tu crois qu’on va avoir la moindre attention avec celui-là dans les parages ? »

La Couturière se couvrit la bouche d’une main délicate et rit. « Mais non ! Poséidon est encore plus étonnant que ses hologrammes, certes, mais vous deux n’êtes pas des limaces non plus. Vous et le Maître des Joyaux faîtes partie d’une sorte spéciale d’hommes. En plus, j’aime les hommes avec une certaine carrure : ils font de bons mannequins. »

Une lumière retorse s’alluma au fond des yeux de Chu Cheng. « Vous madame, avez un goût excellent, ça c’est sûr. Certaines personnes sont nées agréables au regard, mais il faut une personne intelligente pour comprendre que leur trésor n’est pas plus profond que leur peau. »

« Ça fait quelques années que nous ne sommes sortis du Lycée, » intervint Hua Li d’une voix glaciale. « Et si on se comportait comme tel ? »

Chu Cheng ricana, cherchant une place pour s’asseoir.

« Et que voulez-vous dire par là ? » Répondit la Couturière, un grand sourire aux lèvres.

Lan Jue étouffa un rire. « Le lycée, les premiers amours. Ils ont l’habitude de sembler inadéquates, et se retrouvent à protéger leurs egos fragiles devant leurs amies fille en se tirant dans les pattes. »

Un rire sortit de la Couturière, vrai et sans retenu. « Vous formez un trio assez incroyable, tous les trois. Le Gourmet est encore à l’arrière à cuisiner, et si nous nous asseyions ? »

Hua Li choisit la place à côté de Chu Cheng. Lan Jue, cependant, se dirigea vers le fond. « Puis-je aider avec quelque chose, Gourmet ? »

« Pas besoin, » lui arriva la voix de l’homme depuis la cuisine. « J’aurai bientôt fini. »

« Vous avez appelé le Maître des Vins ? »

« Il vient tout juste de m’appeler en fait. Il a dit qu’il avait quelque chose à faire, et qu’il ne pourrait pas venir. On dirait que ce sera juste nous ce soir. »

« Ah non, » se lamenta Lan Jue. « Ça veut dire qu’il n’y aura pas de bon alcool ! »

« Essayons quelque chose de différent aujourd’hui. Sa liqueur n’est pas adaptée à notre repas d’aujourd’hui, de toute façon. »

Lan Jue ricana. « Alors pourquoi on l’invite si son alcool est inadapté ? »

Le Gourmet ne continua pas la conversation, et les seuls sons qui arrivèrent de la cuisine étaient ceux de son activité. Ses narines se réveillèrent à l’arrivée des puissants arômes de cuisine.

« J’attends encore la jeune femme que vous m’aviez présentée la dernière fois, Maître des Joyaux. » La Couturière regarda Lan Jue de sa position à l’autre bout de la table. « Nous étions sensés lui faire de beaux habits, mais même pas un coucou. »

Lan Jue se frappa le front. « J’avais oublié, veuillez me pardonner. Après le dernier repas, j’ai eu quelques affaires à gérer. Ça a dû se perdre dans la pagaille. La prochaine fois, je la ferai passer par votre boutique. »

Cela apporta un sourire aux lèvres de la couturière. « Elle a une silhouette incroyable, une avec laquelle j’adorerais travailler. Assurez-vous de tenir parole. »

Peu après, le Gourmet sortit de la cuisine, tenant un grand plat dans les bras. L’odeur succulente de viande cuite l’accompagnait.

Six plats, chacun avec son propre attrait magique. Cinq étaient de viandes, et un de légumes. Le Gourmet les nomma en les plaçant sur la table.

« Porc braisé à la sauce soja. Crabe au vin sur lit de nouilles de verre. Canard rôti façon Sichuan. Poulet de printemps en confiture et beurre. Poisson mandarin aigre-doux. Et chrysanthèmes couronnés à la poêle. Tout est fait maison, avec un goût complexe et agréable. »

Lan Jue en bavait déjà. « J’aime tous ces plats. Qu’avons-nous fait pour mériter un tel repas, hein Gourmet ? Si vous avez besoin de nous, demandez-le juste, pas besoin de nous soudoyer. »

« Mon oncle ! » Une voix étonnée et étranglée le coupa. Tous les yeux dans la salle se tournèrent vers sa source.

Au début, le Gourmet était focalisé sur la nourriture, mais à la salutation de la voix, il leva la tête pour voir, et non sans surprise.

Chu Cheng était déjà debout, une expression choquée sur le visage alors qu’il regardait le Gourmet.

Les yeux de l’homme mûr se plissèrent, se pupilles se contractèrent. « Je ne vous connais pas. Asseyez-vous et mangez, ou sortez. »

Cela dit, le Gourmet retourna dans l’arrière de la boutique.

L’expression de Chu Cheng était sombre, et incertaine. Cependant, après quelques instants, il se rassit.

Le Gourmet réapparut avec un bol de ragoût dans les mains. Cette fois, le léger sourire qu’il avait sur les lèvres habituellement avait laissé place à une expression sombre et morose.

Cela n’empêcha pas les sourires de la couturière. « Si je me souviens bien, une fois, vous m’aviez dit qu’un cuisinier devait être de bonne humeur pour travailler correctement, Gourmet. Qu’il n’y avait qu’ainsi qu’on pouvait créer de vrais mets, vous m’aviez assuré. Cuisiner de mauvaise humeur infusait la mauvaise humeur dans la nourriture. »

Le Gourmet la regarda, et hocha la tête à contrecœur. Son expression se radoucit, mais il ne regarda pas une seule fois en direction de Chu Cheng.

Chu Cheng ne prononça pas un mot. Contrairement à son habitude frimeuse, il resta tranquille et silencieux.

« Gourmet, les boissons ? Je suppose qu’ils sont très traditionnels, des plats de la Chine de l’Ere Précédente, les boissons de nos ancêtres les accompagneraient bien. Du vin blanc de riz, ou de millet ? »

« Mhm. Vous venez à peine de vous remettre de vos blessures, alors rien de trop fort. Laissez-moi vous réchauffer un peu de vin de millet, » dit le Gourmet en se levant pour aller en chercher. Il revint quelques instants plus tard avec un autre plateau.

Sur le plateau se trouvait un petit four à charbon, sur lequel se trouvait une théière particulièrement bien faite. Les vestiges de sa confection encore visibles sur son corps de cuivre, les bosses et les creux battus d’une main de maître en un délicieux motif. Le couvercle était en forme de dragon : simple et exquis.

Il y avait cinq coupes noires autour du fourneau. Le Gourmet fit un petit mouvement de poignet, et les coupes volèrent gracieusement du plateau aux côtés des invités.

Enfin, il y avait un délicat bol chinois de l’autre côté du fourneau, rempli de riches prunes sombres.

  1. NdTFR : pour plus de détails sur la notion de face, allez voir la page explicative sur le site 😉
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