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Chapitre 110 – Les Secrets des baleines de col

Traducteur en Français : Arpakshaad
Checkeuse : Miss X

Chapitre 110 - Les Secrets des baleines de col

L’apparition soudaine de Lan Jue devant Tang Mi la prit par surprise. Elle releva la main inconsciemment pour le repousser, mais le professeur esquiva habilement et dévia sa main jusqu’à ce qu’elle ne repousse que de l’air.

« Ne vous méprenez pas Mademoiselle Mi, » dit-il. « Je voudrais simplement que vous examiniez mon col. Dites-moi si vous voyez quelque chose. »

Tang Mi était encore perturbée, mais elle se rétablit vite. Son joli visage rougit un peu, et son cœur s’accéléra.

Quel homme oserait l’approcher ainsi ! Même Tang Xiao gardait ses distances. Si cela avait été un élève, il aurait trouvé un pied fermement planté dans son entre-jambes en un clin d’œil. Bien sûr, elle ne pouvait rien faire ici : ce n’était pas un élève, le Directeur le regardait de derrière, et il ne brisait aucune règle.

Alors qu’ils se tenaient face à face, Lan Jue la dépassant d’une demi-tête, Tang Mi pouvait sentir l’eau de Cologne débonnaire du Professeur. Avec son costume, son veston, sa pochette et sa cravate, tout cela ne faisait que renforcer son air mystique.

« Il a l’air très bien… Même si la cravate est un peu tordue. » Elle ne passa qu’un regard furtif sur son col avant de parler.

« Regardez plus attentivement et dites-moi si vous arrivez à le trouver. »

Tang Mi murmura un juron sous sa barbe et, supportant son mécontentement, regarda à nouveau. Cette fois, elle trouva.

« Hm, le bout du col se termine à un angle extérieur, juste assez pour aller avec l’épaisseur du nœud de cravate. De chaque côté, le col tombe naturellement, le rendant bien symétrique. »

Lan Jue recula de quelques pas, applaudissant. « Très bien, une très bonne observation. Alors pourquoi, mon col est-il comme ça ? »

« Fait sur-mesure, » essaya un jeune homme.

Lan Jue secoua la tête. « Il y a plusieurs manières de nouer une cravate. Chacune résulte en une épaisseur et une largeur différente du nœud. De même, chacun nécessite un col différent. Alors est-ce que ça veut dire que je dois avoir des chemises sur-mesure pour chaque type de nœud que je voudrais faire ? Bien trop peu pratique. En fait, mon nœud de cravate cet après-midi n’est pas tordu, c’est la couleur de la chemise. Elle ne va pas parfaitement avec une cravate normale. En conséquence, j’ai fait une Nœud Simple. Il paraît plus… vibrant. Et pour le secret du col, je vais vous le dire… »

En parlant, il joua avec un côté du col, en extrayant quelque chose.

« Je suis quasiment certain que vous avez tous déjà porté une chemise. Mais je suis absolument sûr que vous n’avez jamais retourné le col. Regardez. » Il ouvrit la main pour révéler un long morceau de métal large d’un centimètre, long de cinq, arrondi d’un côté et pointu de l’autre.

« On appelle cela une baleine de col. Il aide le col à garder la forme qu’on veut.1 En général, même les grandes marques de qualité supérieure utilisent des baleines en plastique. Le problème avec ça, est qu’ils ne font que garder le col droit et lisse, ils ne vous permettent pas d’ajuster l’angle. Ceux que j’ai ici sont en argent pur2. Je peux faire des ajustements selon mes besoins, quelque soit la cravate que j’utilise. Voilà comment le col fonctionne : pas de couture. »

Les étudiants regardaient attentivement. Évidemment, personne n’avait entendu parler de ce secret avant. Directeur Wu joua avec son col, partiellement caché au dernier rang.

Lan Jue remit sa baleine de col. « Si vous ne le dites à personne, personne ne saura que votre baleine de col est faite en métal précieux. Personne, sauf ceux avec du bon goût3. Ils jettent un coup d’œil à votre col et savent comment vous avez fait pour avoir cet angle. J’ai rencontré une fois un fonctionnaire local qui utilisait des baleines en or de vingt-deux carats, uniquement pour sa satisfaction personnelle. Il savait qu’ils étaient en or de vingt-deux carats. De l’or pur, évidemment, aurait été trop mou pour des baleines. Inutilisable sans l’ajout d’un autre métal. Elles ne sont pas pour le statut, parce que si personne ne les voit, personne ne sait. C’était son ‘paquet surprise’, son côté coquet caché à lui. Réfléchissez-y, imaginez qu’un jour votre copine ait votre chemise… pour une raison quelconque… et découvre une baleine en or. Elle vous regarderait bien différemment, n’est-ce pas ? J’ose dire qu’elle serait encore plus frappée. »

D’autres rires, cette fois, moins forcés. Que ce soient les étudiants garçons ou filles, ils le regardaient les yeux brillants.

« La plupart des gens pensent que la décoration et les accessoires sont affaires de filles. Que vont faire les hommes avec des accessoires ? Ce n’est pas trop efféminé ? Eh bien, je suis là pour vous dire que ce genre de raisonnement est complètement faux. En vérité, les accessoires nécessaires d’un homme ne sont pas moins nombreux que ceux d’une femme… Ils ne sont juste pas aussi visibles. Les baleines de col, les boutons de manchette, les montres-bracelets, les broches, même un délicat bracelet… des choses qu’on rate facilement, mais quand révélées rapidement, augmentent votre charisme par dix. »

Il fit une pause là, et reprit sa veste à Tang Mi. Il lui offrit un léger sourire, et lui fit signe de se rasseoir. Elle lui renvoya un regard avant de se diriger vers le dernier rang.

Il remit sa veste. « Maintenant, je sais ce que vous pensez. ‘Professeur Lan, ‘ vous voulez dire, ‘Sauf si on est très intime avec une femme, votre copine par exemple, votre secret ne va-t-il pas rester caché, justement ?’ En fait, ce n’est pas le cas. Voyez plutôt. » Il se retourna et montra son dos aux jeunes.

« Cette veste a deux fentes. Alors si on dit que je suis en train de marcher dans la rue, et qu’une brise légère attrape mes habits. L’arrière s’envole légèrement, et on voit la doublure. Oups ! On voit mon secret. »

Une autre vague de rires. Jin Yan et Wu Junyi se joignirent aussi au joyeux chœur. Tous les yeux étaient rivés sur Lan Jue, attendant sa prochaine action.

Hua Li était assis dans un coin, regardant le cours de loin. Le masque qu’il utilisait pour cacher son visage était tombé à un moment, et en regardant son ami passionné, un sourire de connivence lui grimpa au visage.

Lan Jue n’avait jamais prévu qu’il serait un professeur un jour, encore moins Hua Li. Mais là était-il, debout devant une classe pleine d’étudiants attentifs.

« Maintenant, pour ce qui est du pli des pochettes, et du port de la cravate. Il y a plusieurs manières de nouer une cravate. Il y a les nœuds communs et connus comme le nœud simple, le Windsor… »

Il fit une démonstration de chaque nœud en les annonçant, tirant les morceaux d’étoffe de derrière le pupitre, il les fit passer dans la classe. Directeur Wu utilisa la pause dans le cours pour glisser un mot à Jin Yan, à côté de lui.

« Professeur Jin, que pensez-vous du cours de ce jeune homme ? »

« Ce n’est que le deuxième auquel je vais, » commença-t-elle hésitante, « mais je dois avouer mon intérêt. Je n’avais aucune idée qu’il fallait faire autant attention à un costume. C’est aussi la première fois que j’entends parler de baleines de col. J’ai l’impression que cette connaissance, de l’étiquette et du bon sens, est très bénéfique pour nos élèves. Qu’en pensez-vous Directeur ? »

Il se contenta de lui donner un petit sourire secret. « En tout cas, ce n’est pas un désavantage. »

Jin Yan continua. « Je pourrais tout aussi bien être un élève. Je suis déjà impatiente de savoir ce qu’il va nous apprendre ensuite. »

« Ce n’est pas que vous. Même à mon âge, j’apprends beaucoup de ses lectures. Je vais probablement devoir rentrer chez moi et ajuster mes costumes après ça. Les montrer aux dames. »

Le temps passe vite quand on s’amuse, dit le dicton, et pour les élèves de la classe de Professeur Lan, le dicton avait dit vrai. En ce qui leur sembla un rien de temps, la classe arriva à son terme.

Quand la cloche sonna, aucun des élèves n’était pressé de partir. Et puis, le Professeur devait encore montrer un nœud de cravate. Le temps n’était pas un facteur, et même Directeur Wu ne rappela pas à Lan Jue qu’il empêchait les élèves d’aller à leurs prochains cours. Dix minutes plus tard, tout avait été dit.

« Je suis vraiment désolé. D’abord pour mon cours, et pour ma gestion du temps. Le prochain cours sera jeudi après-midi. À dire vrai, le cours d’aujourd’hui était principalement pour les garçons, mais le suivant sera adressé à nos jeunes demoiselles. Si vous voulez savoir, nous parlerons de bijouterie. Il y a un grand panel de bijoux et un seul cours ne suffira pas pour tout couvrir, mais j’amènerai quelques pièces pour que vous puissiez voir. Et c’est là que nous nous arrêtons aujourd’hui. La classe est finie, merci. »

Lan Jue finit en s’inclinant à nouveau formellement.

« Professeur Lan, vous pouvez me dire si je l’ai bien fait ? » Un de ses élèves accourut vers le pupitre pour avoir son attention. D’autres suivirent jusqu’à ce que ce soit comme si Lan Jue était pris dans une nuée.

Hua Li remit son masque sur son visage, mais pas avant de marmonner jalousement dans sa barbe. « C’est moi qui devrais recevoir toute cette attention. Celui-là… »

Il fallut dix bonnes minutes à Lan Jue pour pouvoir s’extraire de la masse. Son costume avait été affreusement froissé dans le processus, et les doigts sales de quelqu’un avaient fait des taches sur ses manches. Il ne savait pas s’il devait rire ou pleurer. Il allait devoir l’envoyer chez le teinturier en rentrant.

« Professeur… Professeur, par ici ! » Lan Jue vit la tête de Tang Xiao dépasser d’un coin du couloir. Il fit signe à son maître de venir.

Lan Jue hocha et se dirigea vers lui.

Jin Tao et Tang Xiao l’attendaient tous deux hors de vue des autres. Alors que Lan Jue se rapprochait, Jin Tao ne put s’empêcher de commencer à déblatérer. « Professeur, quel costume m’irait le mieux, vous pensez ? »

Lan Jue frotta gentiment la tête du punk. « Être bien veut dire ne pas avoir de forme grotesque. D’abord, tu dois raser cette horrible chose sur ta tête. »

« Bien reçu ! » Il se retourna vers un Tang Xiao ricanant, qui se tapait répétitivement le ventre. « Et pourquoi tu ris bouboule ? Si on parle du grotesque t’as aussi des efforts à faire ! Cinq minutes chez un coiffeur et je suis nickel, mais avec ce que tu as toi ? Hah ! »

« Pas le visage ! Tu cherches encore une correction ?! »

« Je vous conseille à tous deux de garder vos forces, » intervint Lan Jue comme si quelque chose de grave allait se passer. Tout d’un coup, il y eut quelqu’un d’autre à côté de Lan Jue.

Jin Tao regarda Hua Li qui venait d’arriver. « Oh, salut. T’es aussi un des élèves du Professeur ? »

Hua Li rit doucement. « Non, je suis… un ami. »

  1. NdTFR : la version anglaise de cette phrase commence par ‘comme son nom l’indique’. Je ne suis pas certain que tous les lecteurs sachent ce qu’est une baleine en terme vestimentaire, j’ai donc simplement supprimé le morceau de phrase qui n’a plus de sens en français. (l’anglais pour ‘baleine de col’ est ‘collar stay’ qui est plus transparent
  2. NdTEN : Parce que c’est pas du gâchis ça. NdTFR : je trouve que ce traducteur anglais n’a aucun goût, et je suis parfaitement d’accord avec Lan Jue x)
  3. NdTFR : qu’est-ce que je disais ? Lan Jue vient de confirmer : le traducteur anglais n’a aucun goût !:P
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