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Chapitre 5 – Trésor Divin


Source : Version anglaise

Traduit par : Kayorko
Vérifié par : Zareik


SKYFIRE AVENUE – CHAPITRE 5


    Le vin rouge qui avait été versé dans les verres était très tranquille. Pas une seule vague ne pouvait être aperçue. La fragrance du vin n’était pas trop forte, comme si tout le parfum était complètement bloqué dans le vin étincelant, rouge-sang.

 Les mains du Maître des Vins n’avaient pas tremblé. Il avait rempli les quatre verres à un niveau égal, deux ongles de haut dans chaque verre. Juste en les regardant, personne n’aurait été capable de voir de différence entre les quatre.

 Lan Jue avait les yeux fixés sur le vin et le Gourmet avait, quant à lui, les yeux fixés sur l’énorme jambon, face à lui. Ses deux yeux semblaient hypnotisés.

 Vingt bougies avaient été installées en carré. Le Gourmet passa sa main au-dessus des mèches des bougies et celles-ci s’allumèrent au même moment. Les flammes ne chauffaient pas très fort mais elles étaient très lumineuses.

 Le Gourmet prit le plateau carré et le mit au-dessus des flammes des bougies pour permettre à la chaleur de celles-ci de réchauffer le plateau de manière homogène.

 Le Maître des Cafés dit,
       – N’est-ce pas un peu excessif ? Pourquoi n’utilises-tu pas ton propre feu ?

 Le Gourmet lui répondit sans même le regarder.
       – C’est pour ça que nous disons que tu n’as pas de goût. Si ce n’était pas grâce à  ta chance, tu n’aurais jamais pu boire ce vin ni manger un tel jambon. Mes flammes sont des flammes à énergie positive mais elles sont sèches et explosives. La flamme d’une bougie est aussi une flamme à énergie positive mais qui est douce et distribuée de façon homogène. Là, j’ai besoin du second type de flamme.

       – Pourquoi est-ce que ça n’aurait pas été possible ? Je n’y crois pas ! Maître des Vins, est-ce qu’il dit la vérité ?

 Le Maître des Vins ne répondit pas. Il leva le long verre à vin en face de lui. À cette hauteur, le vin reflétait la lumière des bougies.

 Le Maître des Cafés se tourna alors vers Lan Jue.
       – Le Gourmet se moque de moi ! Sur quoi se base-t-il pour me critiquer ainsi ?

 Le regard de Lan Jue était aussi focalisé sur son verre. Ses mouvements étaient quasiment identiques à ceux du Maître des Vins. Il avait levé son verre à vin et était absorbé dans la couleur rubis de celui-ci.

       – Il dit la vérité et il a une bonne raison. La raison pour laquelle le Maître des Vins ne t’as pas répondu est parce qu’il ne veut pas te blesser. Toutefois, je peux te dire la raison. Considère cela comme ma revanche pour avoir essayé d’envenimer les choses tout à l’heure.

       – Bien. Dis-moi, dit le Maître des Cafés d’un air mécontent.

 Lan Jue laissa échapper un rire calme.
       – Si tu veux apprendre quelque chose, tu dois payer un prix. Donne-moi le vin dans ton verre et je te dirai la raison. Sinon, où serait la revanche ?

 Le Maître des Cafés, légèrement furieux, dit alors avec embarras,
       – D’accord. Si ton raisonnement me convainc que je ne suis pas digne de ce Romanée-Conti, je te donnerai mon verre.

 Lan Jue posa son verre puis se tourna pour regarder le Maître des Vins.
       – Tu n’es pas autorisé à te battre avec moi là-dessus. C’est à moi qu’il a posé la question. C’est ta faute si tu n’as pas répondu tout à l’heure.

 Le Maître des Vins laissa échapper un soupir.
       – Le fait qu’il soit d’accord pour te laisser son verre de Romanée-Conti est déjà une raison suffisante pour expliquer pourquoi il n’est pas digne d’en boire.

 Lan Jue sourit tout en parlant,
       – Mais ce n’est pas suffisant pour le convaincre parce qu’il pourrait toujours trouver une excuse et dire que son désir de connaissance dépasse son désir pour le vin.

 Lan Jue souleva son verre et bu une petite gorgée avant de se tourner finalement vers le Maître des Cafés.
       – En réalité, la raison est assez simple. C’est parce que tu es le Maître des Cafés. Bien que tu saches comment apprécier le vin et que tu saches aussi apprécier la nourriture de qualité, tu restes, après tout, le Maître des Cafés.

 Le Maître des Cafés, quelque peu perplexe, dit,
       – Comment est-ce que ça peut être considéré comme une raison ?

 Lan Jue dit,
       – Bien sûr que c’est une raison. Comparé au vin, tu préfères le café. Puis-je te demander combien de tasses de café tu bois chaque jour ?

 Le Maître des Cafés répondit,
       – Trois tasses.

 Lan Jue expliqua alors,
       – Boire du café est déjà devenu ta plus importante habitude de vie. Plus le café est bon, plus sa saveur est forte et dure longtemps. Et cela se répercute sur tes papilles gustatives. Afin de pouvoir profiter de ses saveurs au maximum, avant de boire un grand vin, il est important d’éviter de manger quoi que ce soit ayant une forte saveur dans les trois jours avant la dégustation. Café, thé, chocolat… toutes ces choses sont définitivement interdites. Sinon, tes papilles gustatives seront déjà occupées. Bien que tu puisses utiliser du pain blanc pour essayer d’absorber ces saveurs de ta bouche, il y en aura toujours un peu qui restera. Cela impactera le sublime sentiment que le vin est censé apporter à ton âme. C’est une forme de blasphème pour le vin.

 Après s’être arrêté un cours instant, Lan Jue sourit puis regarda le Maître des Cafés.
       – Donc, as-tu, durant ces trois derniers jours, bu du café ?

 Le Maître des Cafés fit un sourire amer.
       – Bien sûr que j’en ai bu.

       – Merci. Lan Jue prit gracieusement le verre posé face au Maître des Cafés et versa tout le vin dans son propre verre avant de rendre le verre à son propriétaire initial.

 Le Maître des Vins laissa échapper un long soupir. Il remua gentiment son verre d’une main avant de le porter à son nez. Instantanément, la lueur solennelle dans ses yeux disparut et fut remplacée par une lueur d’extase.

 Il prit une longue gorgée qu’il garda dans sa bouche un long moment avant de l’avaler.

 Lan Jue porta aussi son verre à ses lèvres. Le son du liquide entrant sa bouche pouvait être entendue. Il leva ensuite la tête et avala le vin.

 Seulement après un long moment l’expression du Maître des Vins revint à la normale.
       – Le goût de grenade prouve sa qualité ; le parfum d’un Romanée-Conti classique, l’odeur des roses et du piment doux, douce et harmonieuse. On peut sentir à quel point la force du goût est réservée et à quel point elle reste extrêmement longtemps en bouche ensuite.

 Tout en parlant, son regard se posa sur Lan Jue.
       – Tu as très bien choisi. Cette bouteille de Romanée-Conti était prête pour être bue.

 Lan Jue prit une légère inspiration.
       – Elle mélange le parfum floral et le parfum épicé. Dans la bouche, elle découvre sa souplesse et son harmonie. La saveur des fruits d’aubépine avec les cerises est pleine et exquise. L’existence de ce vin et son goût merveilleux est une bonne surprise ! Il mérite en effet sa réputation de « trésor divin », de roi des vins ! Je pense que dans les trois prochains jours, mes papilles gustatives et même mes dents seront encore pleines de cette saveur. Je ne pourrais vraiment pas boire de vin pour les trois jours à venir.

 Le Maître des Cafés regardait leurs expressions. Il ne put s’empêcher de dire,
       – C’est si bon que ça ? Maître des Vins, donne-en-moi un tout petit peu.

 Le Maître des Vins laissa échapper un nouveau soupir.
       – J’avais originellement préparé le plateau de tranches de pain blanc spécialement pour toi. Je voulais que tu l’utilises pour absorber une partie des saveurs saturant tes papilles gustatives. Après ça, étant donné la puissance du Romanée-Conti, tu aurais tout juste été capable d’en apprécier la saveur. Toutefois tu as perdu ton verre au profit du Maître des Joyaux. Dès le départ, je ne comptais t’offrir qu’un verre. C’est pourquoi, je m’en excuse, mais je n’en ai pas d’autre à te donner.

 Le Gourmet retira le plateau de sa position, au-dessus des bougies, et le posa sur la table. Il mit sa main sur l’épaule du Maître des Cafés et dit,
       – Voilà à quoi ressemble la vengeance du Maître des Joyaux. Il sait comment rendre un tort.

 Le Maître des Cafés tourna sa tête pour envoyer un regard brûlant à Lan Jue.

 Lan Jue bu de nouveau une gorgée de ce trésor divin.
       – L’autre jour, Miss Camille est venue dans ma bijouterie. Bien qu’elle n’ait rien acheté, par ses yeux, je pouvais deviner ce qu’elle aimait vraiment.

 Le visage du Maître des Cafés se figea. Il laissa échapper un sombre soupir.
       – Tu as gagné.

 Lan Jue inclina son verre dans sa direction. Lentement, le visage du Maître des Cafés retrouva son calme perdu.
       – Mais je ne vais pas m’en aller pour autant comme ça. Même si je n’ai pas pu goûter de ce bon vin, je vais pouvoir quand même apprécier la saveur de ce jambon Ibérique.

 Le Gourmet avait pris, entre temps, un long couteau en main. D’un doux mouvement, une tranche de jambon de l’épaisseur d’une feuille de papier tomba sur le plateau.

 Ses mains devinrent floues et, peu de temps après, une douzaine de tranches étaient posées dans le plateau.
       – Pourquoi as-tu dû le réchauffer un peu avant ? Demanda le Maître des Vins au Gourmet.

 Le Gourmet répondit,
       – Ce qu’on appelle « Cochon Noir » devrait être en réalité appelé un sanglier Ibérique. Durant l’ère précédente, ils étaient élevés dans les forêts d’Espagne. Les cochons qui étaient élevés dans ces larges espaces mangeaient essentiellement des glands.

       – Une fois cela dit, voilà les étapes pour préparer une telle viande. D’abord, il faut ouvrir le cochon, il faut ensuite le conserver à six degrés Celsius puis le nettoyer et le fumer. Après que le fumage d’une section soit fini, il faut utiliser de l’eau froide pour retirer le sel du jambon, puis le placer dans un espace de stockage pendant deux mois tout en le salant de manière homogène. Cela l’asséchera naturellement. Après cela, il faut le suspendre dans une cave naturelle pendant au moins vingt-quatre mois sans y toucher. Une fois tout cela effectué, il sera prêt à être dégusté. Les plus fins jambons Ibériques ont même besoin d’être salés pendant plus de quarante-huit mois.

       – Ce jambon qui est sur la table fait partie des jambons Ibériques de grande qualité. Seulement un cochon 100% pure Ibérique qui n’a été nourri que de graines de chêne peut espérer être affiné pendant une période aussi longue que soixante-douze mois. Même durant l’ère précédente, c’était quelque chose qui ne pouvait pas s’acheter avec l’argent seul.

       – Mais ce type de jambon a un problème. Le problème est que sa graisse naturelle est trop épaisse. Bien que sa saveur soit pure et délicieuse, son parfum sera quelque peu masqué par cette graisse. Lorsque tu le mangeras, tu seras capable se sentir son goût, mais il ne sera pas pur. J’ai d’abord chauffé ce plat puis coupé ce jambon en fines lamelles afin que la température du plat fasse fondre une partie de cette graisse, lui permettant ainsi de pénétrer dans la viande et de laisser sortir son parfum. Regarde. La graisse blanche a déjà commencé à devenir transparente.

 En effet, de l’originel jambon rouge et blanc, les morceaux de graisse blanche étaient devenus transparents comme du cristal. Une légère flagrance était même maintenant émise par le plat.

 Lan Jue attrapa une lamelle qu’il mit dans sa bouche. Instantanément, son visage changea. La saveur était forte et pure, et elle restait en bouche longtemps. Après avoir pris une autre gorgée du Romanée-Conti, il devint complètement intoxiqué.

 Le Maître des Vins pris aussi une lamelle et sa réaction fut similaire à celle de Lan Jue. Il laissa alors échapper un petit rire amer.
       – Il semblerait que la manière dont je le mangeais jusque-là était un réel gâchis.

 Le Gourmet sourit tout en mangeant le jambon accompagné du vin.
       – Je mange ta nourriture, bois ton vin et je me fais même complimenter. C’est vraiment merveilleux.

 Lan Jue poussa un soupir de plaisir.
       – Un Romanée-Conti considéré comme un trésor divin et du jambon Ibérique de premier rang. Maître des Vins, je viendrai plus souvent ici.

 Le Maître des Vins ne le regarda pas, mais dans ses yeux apparut une lueur d’amertume. Il savait que le Maître des Joyaux n’était pas par nature une personne excessive, mais quand il décidait de l’être…

 Le Maître des Cafés avait aussi une lueur d’amertume sur son visage. L’arôme du jambon Ibérique dépassait largement son imagination mais malheureusement, il ne pouvait pas profiter du « trésor divin » pour l’accompagner.

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Cet article comporte 5 commentaires
  1. Merci pour les chapitre oui oui je rattrape mon retard 😉 Je tiens a préciser que les graines de chêne sont des glands donc l’auteur a du se tromper ^^

    1. Effectivement, maintenant que tu le dis… dans la version anglaise, le traducteur parle des graines de chêne et de chêne… ça fait un peu répétitif ! ^^
      « the seeds of the oak trees and acorn trees. »
      Donc, je vais juste laisser « gland » et virer les graines de chêne.
      Merci de ta remarque Zesifry !
      Si tu vois d’autres choses sur les chapitres suivants, n’hésite pas ! 😉

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