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Mother of Learning, chapitre 22


Traducteur : Mithestral


Chapitre 22 : Complications

Zorian se réveilla dans son lit, à Cirin, avec Kirielle qui lui souhaitait une bonne journée de sa manière si charmante. Il était énervé contre lui-même de n’avoir pas fait plus attention à ses alentours, et aussi contre son attaquant inconnu qui l’avait tué. C’était cruel d’avoir survécu toutes ces situations très périlleuses pour être finalement tué par une attaque furtive.

Il profita du voyage en train pour dessiner plusieurs patrons d’objets magiques dans son cahier. La plupart d’entre eux étaient des choses triviales, comme des assiettes qui gardaient la température d’un repas constant, ou des pièges explosifs qui se déclenchaient par eux-mêmes lorsqu’un certain nombre de conditions avaient été remplies, mais il essayait également de concevoir un mannequin d’entraînement. Il avait trouvé une combinaison de sorts d’altération qui devraient lui permettre de construire un mannequin à partir de bouts de bois et de terre, mais créer le cœur d’animation n’était pas une tâche facile. Et puis, même s’il y arrivait, il allait devoir concevoir un système de protection à graver sur la surface du mannequin pour qu’il ne se désintègre pas lorsqu’il commencerait à lui lancer des sorts dessus. En plus, cela pouvait éventuellement générer une explosion, l’aspergeant d’esquilles de bois et de shrapnels. Il devrait également au moins ajouter une fonction basique d’auto-réparation, pour empêcher le mannequin de s’effondrer à cause de nombreuses micro-fractures, etc.

Il ne s’attendait pas à terminer ce projet lors de ce recommencement.

Dans tous les cas, cette fois-ci Zorian n’attendit pas très longtemps avant de contacter les aranea. Lorsqu’il rentra dans sa chambre, il passa une heure à créer une baguette de missiles magiques pour avoir un moyen basique d’autodéfense, puis se dirigea rapidement vers l’entrée du Donjon la plus proche.

Contrairement à ses précédentes tentatives pour trouver les aranea, il ne tournait pas en rond en espérant tomber sur les sentinelles. Il essayait de sentir leurs esprits avec son nouveau sens mental. Malheureusement, il ne sentit rien à part occasionnellement un rat et –

Il s’arrêta, sentant un esprit d’une force inhabituelle de l’un des rats devant lui. Il commanda à son orbe flottant d’intensifier la lumière qu’il émettait et il aperçut le corps troublant d’un rat auquel il manquait le haut du crâne.

Pendant une seconde entière, Zorian et le rat crânien restèrent immobiles, se regardant avec indécision, essayant de savoir quoi faire. Et puis, doucement, avec hésitation, le rat lança une sonde télépathique vers lui, essayant de s’introduire dans son esprit. Pendant un court instant, Zorian considéra l’option de combattre télépathiquement le rat, mais trouva l’idée particulièrement stupide et risquée. Il n’était absolument pas entraîné au combat télépathique, et ce rat n’était qu’un intermédiaire pour le collectif entier des rats crâniens. Il sortit donc plutôt sa toute nouvelle baguette et lança un missile magique sur le rongeur.

Dès que le rat l’avait vu sortir la baguette, il avait immédiatement arrêté sa sonde télépathique et essaya de s’enfuir. Mais il était bien trop lent. L’éclair de force frappa la petite créature avec un bruit sourd, pulvérisant ses os et le réduisant en purée.

Eh bien voilà. Zorian étendit son sens mental aussi loin qu’il le put, essayant de sentir le reste du collectif, mais ne trouva rien. Soit il s’agissait d’une sentinelle isolée, soit le reste des rats avait un moyen de se cacher de ses scans.

Quand il décida enfin de continuer son chemin, la purée qu’était le cadavre du rat crânien était déjà enveloppée d’une masse verte translucide d’un gel rampant. Les limons qui patrouillaient dans les niveaux supérieurs du donjon était artificiellement remodelé pour être moins dangereux et agressifs que leurs équivalents sauvages, mais Zorian n’aimait pas vraiment tenter le diable et décida sagement de contourner les limons quand il arriva à leur hauteur. Les brûlures causées par de l’acide étaient difficiles à guérir, même avec de la magie.

Quand il trouva enfin les araneas, sa rencontre fut assez décevante. L’aranea qu’il rencontra en premier faisait partie de celles qui ne savaient pas communiquer avec les humains, donc il lui fallut 10 minutes de pantomime télépathique (qui lui donnèrent une migraine incroyable) avant que la matriarche n’arrive. Celle-ci lui dit concrètement d’aller voir ailleurs pendant quelques jours, le temps qu’elle assimile le contenu du paquet de souvenirs.

Ce n’était pas un développement inattendu, mais il avait espéré que la matriarche avait suffisamment raffiné son paquet de mémoire pour qu’elle puisse convaincre sa version du passé un peu plus rapidement. La matriarche était arrogante et autoritaire, mais il aimait avoir quelqu’un avec qui discuter de la boucle temporelle. Et puis, c’était vrai qu’il ne pouvait pas faire grand-chose pour résoudre le mystère de la boucle sans l’aide des araneas, à part de continuer à progresser et à garder ses yeux et oreilles grands ouverts.

Alors qu’il retournait vers sa chambre pour dormir et calmer son mal de tête, il essayait de trouver une façon de progresser plus rapidement dans ses études magiques. Il avait besoin d’un professeur, quelqu’un qui serait prêt à lui enseigner des sorts que la plupart des instructeurs trouveraient trop dangereux pour un étudiant nouvellement certifié. Qui connaissait-il qui pourrait… oh.

Ça pourrait bien marcher.

Le jour suivant, quand Taiven vint le voir pour essayer de le recruter pour sa petite expédition dans les égouts, elle le trouva en train de s’entraîner à lancer des sorts de combat sur les terrains d’entraînement de l’Académie plutôt qu’en train de dormir dans sa chambre. Il pouvait maintenant facilement se protéger de ses sorts de divination, mais le fait qu’elle le traque jusqu’ici faisait partie du plan. Il espérait pouvoir la recruter comme partenaire d’entraînement, et peut-être comme professeure.

Il s’était toujours dit qu’il avait surmonté le choc de la réjection de Taiven quand il lui avait avoué ses sentiments (même si elle avait pensé que c’était une blague), mais il avait visiblement encore eu pas mal de rancœur, car il avait remarqué quelque chose de très important lors du recommencement précédent. Quelque chose qu’il aurait dû remarquer bien plus tôt, s’il n’avait pas essayé inconsciemment de l’ignorer et de la repousser. Taiven n’était pas du tout opposée à l’aider, surtout si elle devait l’aider à progresser en combat. Pourquoi avait-il insisté pour apprendre seul la magie de combat, sans instructeur, alors qu’il avait une amie qui se spécialisait dans cette branche de la magie ?

Donc le voilà, lançant prudemment des missiles magiques sur la cible en face de lui, essayant de les rendre aussi efficients en mana que possible. Il espérait que Taiven offre de l’aider d’elle-même en le voyant s’entraîner, et il ne fut pas déçu. Elle proposa bien son aide, mais en attachant une condition à son offre.

« Donc, en conclusion, je reçois un mois d’instruction de ta part, sans aucun frais, si je t’accompagne dans ton expédition dans les égouts ? » demanda Zorian.

« C’est ça ! » dit-elle joyeusement, semblant très fière d’elle. Zorian comprenait pourquoi. Elle avait trouvé un moyen de le pousser à l’accompagner, et tout ce qu’elle avait à faire était de promettre de faire quelque chose qu’elle était encline à faire de toute façon.

« Je suppose que c’est équitable », dit Zorian, se demandant comment il allait devoir approcher la question délicate. Il pouvait bien sûr les suivre et les laisser chercher la montre pendant un moment, et c’était ce que Taiven attendait de lui. Il était plutôt sûr que l’aranea ‘n’attaquerait’ pas pendant qu’il était présent. Mais après réflexion, il en décida autrement. « J’ai une requête pas contre. J’ai ouvert un dialogue avec une colonie d’araignées intelligentes qui vivent dans les égouts, et j’ai comme l’impression que ce sont elles qui ont pris la montre. J’aimerais d’abord essayer de leur parler avant que tu n’y ailles et que tu ne commences à tout enflammer. »

Taiven le regarda curieusement. « Tu es pote avec des araignées géantes vivant dans les égouts ? »

« En quelque sorte, oui », admit Zorian. Il décrirait les araneas plutôt comme des connaissances et des alliés de commodité plutôt que des amis, mais elle n’avait pas besoin de savoir ça. « J’espère que toi et tes amis saurez garder cela un secret ? Tu peux imaginer les problèmes que ça peut causer à moi et aux araignées si tu diffusais cette information… »

« T’en fais pas, je ne suis pas une moucharde, » dit Taiven. « Et je n’ai jamais vu Grognon et Marmonneur pratiquer le commérage, donc ton secret est en sécurité avec nous, ô grand charmeur de monstres. Tu penses qu’elles nous rendront la montre si nous le leur demandons ? »

« Si l’histoire du client n’est pas inventée, alors il y a des chances. Je ne vois pas ce qu’elles pourraient faire d’une montre de poche. Mais bref, j’ai encore une requête avant que tu ne t’en ailles. »

« Oh ? Quoi donc ? »

« Enseigne-moi un sort de feu plus destructeur que le lance-flammes, » dit Zorian.

« Quelle est la taille de tes réserves de mana ? » demanda immédiatement Taiven, pas du tout dérangée par sa requête.

« Magnitude 12, » dit Zorian.

« Hmm, c’est un peu moins que je pensais, mais c’est suffisant je pense, » dit-elle. Zorian décida de se taire sur la nature décevante de ses réserves naturelles. « Qu’est-ce que tu cherches comme sort, en fait ? »

« De préférence, quelque chose qui peut tuer un troll en un seul coup, » dit Zorian.

Taiven le regarda comme s’il était fou. « Quoi ? Cafard, t’es encore trop jeune pour chercher des noises à des trolls. Qu’est-ce que tu fiches ? »

« Fais comme-ci ce n’était pas le cas, Taiven, » soupira Zorian. « Ce n’est que de l’autodéfense, je ne chercherais à combattre rien ni personne. »

« Hmph, » dit-elle en haussant les épaules. « Dit un mec qui se balade dans les égouts pendant son temps libre pour rencontrer des araignées géantes. Mais ok, très bien, j’imagine que si tu fais ce genre de chose, tu vas clairement avoir besoin de sorts plus puissants à disposition. Mais j’espère que tu me donneras une explication prochainement. »

« Après le festival d’été, sans faute, » concéda Zorian. Tout se passait comme sur des roulettes.

« Je te le rappellerai !, » dit-elle, lui tapotant le torse avec son doigt. « Bon, il y a deux sorts qui remplissent ton critère, même s’ils ne tueront un troll que si tu le touches en pleine figure : éclair de feu et rayon incinérant. L’éclair peut cibler automatiquement une cible et coûte moins cher en termes de mana. Le rayon fait bien plus de dégâts, mais agit comme un gouffre à mana, et il faut bien viser. »

« Enseigne-moi les deux, » dit Zorian. L’éclair semblait quelque chose qui serait plus utile à quelqu’un comme lui, mais il avait également besoin de puissance brute.

« Tu es sûr que t’as les talents en façonnage nécessaire pour ça, Cafard ? » demanda Taiven. « Parce que ce genre de sort ne va pas te chatouiller si tu le rates, il va t’exploser à la figure. »

Zorian eut un petit rire. « Crois-moi, je ne manque pas de talent en façonnage, » dit-il. Il leva son bras, paume vers la terre, et fit léviter de la terre vers elle. Le matériau sec qui couvrait le terrain d’entraînement s’éleva lentement vers sa main, comme une colonne diffuse dans l’air formant au niveau de sa paume une sphère rugueuse.

Quand il fut satisfait par la taille de la boule, il pointa sa paume vers l’un des mannequins et donnant une impulsion à la masse de terre, la catapultant vers sa cible. Malheureusement, la construction était trop structurellement instable, et se désintégra en poussière avant d’atteindre l’objectif, donc une partie de l’effet fut ruiné.

Mais cela ne manqua tout de même pas d’impressionner Taiven.

« Mince, c’était super impressionnant, » lui dit-elle. « Comment tu fais ça ? Je ne pense pas que je pourrais faire ça… Je peux soulever une pierre du sol, c’est sûr, mais un matériau diffus comme de la terre ? C’est un exercice vraiment avancé. Hmm… Si tes talents en façonnage sont si bons, il y a bien quelques sorts supplémentaires que je pourrais t’apprendre… »

Zorian sourit. Ça avait vraiment été une bonne idée.

Pendant les jours suivants, pendant qu’il attendait que Taiven rassemble son équipe pour leur expédition dans les égouts, il avait reçu un cours intensif sur la magie de combat de la part de son amie. Taiven avait pris une approche étonnamment large sur le sujet, essayant de lui enseigner autant de sorts qu’elle pouvait plutôt que de le faire s’entraîner sur un ou deux sorts jusqu’à ce qu’il les maîtrise entièrement. Elle affirma initialement qu’il avait déjà un ensemble suffisant de sorts qu’il maîtrisait, et qu’il avait besoin de variété et d’un éventail de solutions à disposition plus qu’il n’avait besoin d’un nouvel atout. Mais elle admit ensuite qu’elle le testait et essayait de découvrir les limites de ses talents en façonnage. Mais elle ne les trouva pas, car Zorian était meilleur qu’elle en façonnage. Tous les sorts qu’elle pouvait lancer, il pouvait également les incanter.

Les sorts qu’elle lui avait appris n’étaient pas tous du genre offensif, comme il s’y était attendu. Certains d’entre eux, comme le sort ‘montée arachnéenne’ qui lui permettait de s’accrocher à des parois à pic et à d’autres surfaces stables, ‘chute-de-plumes’ qui lui permettait de survivre à de longues chutes, ou les nombreux sorts de confort permettant de supporter les températures extrêmes ou d’autres conditions environnementales pouvaient être plus facilement classifiés comme des sorts de survie. Malgré tout, Taiven insistait sur le fait que des fois l’environnement lui-même était un véritable danger pour le mage et ses adversaires vivant, et qu’il avait besoin de connaître ses sorts s’il voulait se balader dans le Donjon, ou d’autres endroits similaires.

Elle s’était également horrifiée par son manque de sorts défensifs. Pas seulement un manque de barrières défensives plus substantielles que le bouclier basique, bien qu’elle ne soit pas très heureuse à ce sujet non plus. Non, elle parlait de protections. Les sorts de protections étaient inutiles une fois que le combat avait commencé, car ils étaient très longs à incanter, et peu d’adversaires laisseraient le temps à un mage de les lancer en combat. Taiven lui expliqua qu’ils étaient pourtant indispensables à un mage qui se préparait au combat. Donc s’il ne se faisait pas surprendre, ou s’il ne tombait pas dans une embuscade et qu’il savait qu’il allait bientôt devoir combattre, alors il devrait au moins lancer quelques protections basiques pour améliorer sa résistance aux sorts et pour contrer certains des sorts les plus courants. Si en plus il connaissait des détails sur le répertoire de capacités ou la spécialité de l’adversaire ? Alors il pouvait vraiment pourrir la vie de son opposant avec des choix judicieux de protections. C’était la raison pourquoi l’humanité arrivait à grignoter année après année les territoires dominés par les monstres. En effet, la plupart des créatures magiques n’avaient qu’une poignée de talents et capacités magiques innées, et une fois qu’elles étaient connues, elles pouvaient être facilement contrées.

Malheureusement, il n’était pas possible de cumuler indéfiniment les protections. Au bout d’un certain nombre, elles commençaient à interférer les unes avec les autres, au risque de faire s’effondrer tout le système de protection. Certaines d’entre elles étaient même en directe opposition, donc savoir comment parfaitement combiner les protections pour une efficacité maximale était un talent à part entière. Taiven n’était pas spécialement très bonne avec les protections, vu qu’elle se spécialisait sur le côté offensif, donc il devrait trouver quelqu’un d’autre s’il voulait apprendre plus que les bases.

La plupart des sorts qu’elle lui enseigna étaient des sorts offensifs et des protections énergétiques variées, se reposant essentiellement sur le feu et la force, mais également quelques sorts basés sur le froid et l’électricité. Zorian pouvait maintenant, parmi d’autres choses, lancer le fameux sort ‘boule de feu’. Il pouvait en lancer exactement… deux avant de tomber à court de mana. Il n’était donc pas très utile, honnêtement, mais Taiven insista que tout mage digne de ce nom devrait être capable d’invoquer une boule de feu. De plus, l’utilité de ce genre de sort augmenterait naturellement en même temps que ses réserves de mana.

« D’ailleurs, je suis curieux… Est-ce qu’il y a un moyen d’accélérer la croissance de mes réserves en mana ? » demanda Zorian. « Je sais que les augmenter artificiellement a des effets secondaires assez conséquents, mais y a-t-il un moyen de simplement accélérer le processus normal ? »

Taiven le regarda d’un air inquiet. « Techniquement, oui, » admit Taiven. « Il suffit d’utiliser des sorts très chers en mana pour constamment vider tes réserves. Cela décuplerait la vitesse à laquelle tes réserves grandissent. Mais ce genre de croissance surnaturelle démolirait tes capacités actuelles de façonnage. La croissance naturelle de tes réserves est si lente parce que ton âme fait en sorte que ton contrôle sur ton mana ne dérape pas. Démolir tes talents en façonnage juste pour augmenter plus rapidement tes réserves est vraiment irréfléchi, Cafard. S’il te plaît, ne le fais pas. Je ne le ferais jamais, et tu sais que je ne suis pas vraiment une fille très responsable. Tu peux bien attendre quelques années pour qu’elles grandissent d’elles-mêmes, non ? »

Zorian devait admettre qu’il n’était pas actuellement pressé par le temps. « Ce que tu dis a du sens, » dit-il. « Si je comprends bien, la raison pour laquelle les réserves de mana stagnent à partir d’un moment est parce que l’âme ne peut pas gérer plus de puissance de manière parfaitement sûre. En augmentant ce maximum artificiellement détruit les capacités en façonnage du mage, et il n’a plus d’espoir de les retrouver. Pas surprenant que tout le monde déconseille de le faire. Même si la méthode pour l’accomplir semble bénigne, le résultat est toujours le même : plus de puissance et moins de contrôle. »

« Il y a toujours un équilibre à trouver entre puissance et contrôle, » dit Taiven. « Ce n’est juste pas visible la plupart du temps, car très peu de mages cherchent à pousser leur talent en façonnage au maximum. Beaucoup de mages pensent qu’avoir plus de mana est toujours mieux, car on peut toujours améliorer nos capacités en façonnage, mais augmenter les réserves sans effet secondaire est concrètement impossible. Mais ce n’est pas tout à fait exact. Les personnes qui possèdent de grosses réserves de mana, peu importe à quel point elles travaillent sur leur façonnage, restent totalement incapable de certains sorts particulièrement fins ; c’est-à-dire des sorts de magie de l’esprit, des illusions détaillées, et des constructions d’altérations complexes. »

« Attends, tu veux dire que je vais perdre la possibilité de lancer des sorts nécessitant de la finesse quand mes réserves en mana grandiront ? » s’alarma Zorian.

« Non, non, je parle de tes réserves de mana naturelles, ta quantité innée avant que tu commences à l’augmenter en lançant des sorts. Je parle de magnitude. La plupart des sorts, même les plus sophistiqués, sont conçus pour des mages moyens, c’est-à-dire de magnitude 8 à 12. Tu es à 12, donc encore confortablement dans la fourchette. J’ai même entendu parler d’un mage de magnitude 15 qui est devenu un excellent illusionniste, donc même si tu dépassais d’un peu les limites, ça serait sans conséquence. »

Vu que la magnitude réelle de Zorian était de 8, il n’avait vraiment pas besoin de s’inquiéter. Mais cela soulevait de nombreuses questions sur Zach, qui semblait avoir une magnitude d’un peu plus de 60. Comment est-ce que Taiven interprétait ce genre de puissance ?

« Et comment ça se passe pour les gens avec une magnitude vraiment élevée ? » demanda Zorian. « Jusqu’où est-il possible de monter avant que les sorts fins deviennent complètement impossibles ? »

« Je n’ai jamais vu d’études, mais je pense aux alentours de magnitude 20, » dit-elle.

« Et pour les nombres vraiment très élevés ? » demanda Zorian. « Comme magnitude 60 ? »

Taiven cligna des yeux, abasourdie par la question. « Ça serait complètement inhumain ! » dit-elle finalement. « Est-ce que c’est vraiment possible ? D’ailleurs, je ne suis même pas sûre que ça serait une bonne chose, même pour une mage de combat comme moi. Quelqu’un avec des réserves de mana aussi élevées devrait probablement passer plusieurs années de plus que leurs pairs pour atteindre ne serait-ce que le niveau basique attendu d’un mage certifié. Peut-être même une dizaine d’année, j’en sais rien. »

Zorian repensa au Zach d’avant la boucle, qui avait vraiment eu beaucoup de difficulté, et fronça les sourcils. Il avait longtemps pensé que Zach avait simplement été un étudiant fainéant, mais peut-être était-ce plus compliqué que ça ? Mais bon, il avait le sentiment que Zach était un cas spécial. Ses réserves de mana inhumaines étaient exactement ça : pas du tout à l’échelle humaine. Il n’avait trouvé aucune trace écrite d’une personne similaire à Zach dans les livres, et les experts à qui il s’était adressé lui avait dit directement que des personnes comme ça n’existaient que dans des mythes. Et puis, même si Zach avait été un mage médiocre, il avait quand même passé sa certification, donc ses énormes réserves de mana n’étaient clairement pas aussi handicapantes qu’elles auraient dû l’être.

Peut-être était-ce une caractéristique d’une lignée de la Maison Noveda, qui leur donnait peut-être de grosses réserves sans la perte de contrôle habituellement associée… Bien sûr, les Noveda avaient annoncé publiquement ne pas avoir de lignée particulière, mais ça ne serait pas la première fois qu’une Maison avait menti.

« J’hésite un peu à t’en parler, » dit Taiven, l’extirpant de ses pensées, « mais si tu cherches vraiment une petite augmentation temporaire de mana, tu peux toujours absorber le mana ambiant plus rapidement que tu ne peux l’assimiler. Mais je suis sûre que tu es conscient des implications… »

Zorian acquiesça. Il y avait deux types de mana qui étaient disponibles à un mage : son mana personnel et le mana ambiant qui provenait de l’outre-monde. Toutes les choses qui possédaient une âme possédaient une certaine quantité de mana personnel. Il était en accord avec la personne le produisant, se pliant à la volonté de son créateur. Il était intrinsèquement pus malléable et contrôlable que tout autre source de puissance que pouvait décider d’utiliser le mage, car il ne résistait jamais aux efforts du lanceur pour le façonner. Le mana ambiant, au contraire, était bien plus difficile à contrôler et était même toxique pour les êtres vivants. Pas assez pour tuer un mage s’il l’utilisait juste une fois, mais toute utilisation prolongée et substantielle entraînait la maladie et la démence. Les mages d’antan pensaient que le mana ambiant était corrompu par la haine du Dragon du Monde envers l’humanité et évitaient donc de l’utiliser, mais les mages modernes avaient découvert quelques astuces pour pouvoir quand même en faire quelque chose. Une façon de l’utiliser était pour alimenter des objets, qui n’avaient pas d’esprit à corrompre ni de corps à rendre malade. L’autre était d’assimiler le mana ambiant dans les réserves personnelles, annulant ses propriétés toxiques. Le processus d’assimilation était trop lent pour alimenter des sorts, mais être capable de régénérer plus rapidement ses réserves personnelles était déjà suffisamment utile pour que ce talent se propage sur tout le continent. Ces jours-ci, chaque étudiant en académie de magie apprenait à le faire dès la première année.

« Je tomberais malade, » répondit Zorian, « et je peux devenir fou, si je l’utilise constamment. »

« C’est ça, » dit Taiven. « Utiliser du mana brut de manière régulière est vraiment stupide, mais si tu es vraiment en difficulté… eh bien c’est mieux de passer quelques jours au lit que d’être mort. »

« Tu en as déjà fait usage, » devina Zorian.

Taiven le regarda d’un air surpris, comme si elle ne s’était pas attendue à ce qu’il le devine. « Heu, peut-être une fois ou deux ? » Elle changea de posture, visiblement inconfortable. « Mais garde-le pour toi, veux-tu ? La plupart des mages de combat le font quelques fois dans leurs vies, mais les inspecteurs de la Guilde n’acceptent pas l’excuse de ‘tout le monde le fait’. »

Zorian passa ses doigts sur sa bouche, indiquant que ses lèvres sont scellées. Et puis, elle connaissait également suffisamment de choses sur lui pour lui causer des problèmes.

« Reprenons la leçon, ô vénérable professeure, » dit Zorian. « Puisque tu veux tellement m’apprendre des sorts très chers en mana, pourquoi ne pas m’apprendre ce vortex de flamme que je crois savoir que tu sais lancer… »

Le lundi, Taiven et ses deux amis laissèrent Zorian les guider en territoire aranea. Ils avaient déjà essayé et échoué à détecter la position de la montre avec des divinations, ce qui n’était pas particulièrement étrange si elle avait vraiment été saisie par les araneas. Les araignées étaient engagées dans une guerre de l’ombre avec les envahisseurs depuis un moment, même avant le départ de la boucle temporelle, et leurs protections anti-divinations étaient excellentes.

[Nous nous rencontrons à nouveau, Zorian Kazinski,] lui dit télépathiquement la matriarche. Elle était entourée de 6 gardes d’honneur, même si seulement deux étaient visibles. Les 4 autres étaient accrochées au plafond et sous l’effet d’un sort d’invisibilité. Zorian n’était au courant de leur présence que parce qu’il pouvait sentir leurs esprits. [Et tu amènes une fois de plus des invités supplémentaires avec toi. Trois, cette fois-ci. Si ça continue, nous allons devoir trouver une zone plus spacieuse pour pouvoir tous les héberger au bout de quelques recommencements.]

[Marrant,] envoya en retour Zorian. [Mais en fait, il s’agit du groupe duquel je faisais partie lorsque j’ai rencontré pour la première fois les araneas. Nous recherchions une montre qui était apparemment en votre possession, tout comme maintenant. Ça vous dit quelque chose ?]

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda Taiven. Elle était restée en arrière, avec ses deux amis, regardant avec appréhension les trois araignées en face d’eux. « Pourquoi tu ne fais que les regarder ? »

Avant que Zorian puisse expliquer quoique ce soit, la matriarche commença à agiter ses quatre pattes de devant avant de parler.

« C’est quoi cette histoire de montre ? » demanda-t-elle en tournant ses deux plus gros yeux vers Taiven.

Il fallut plusieurs minutes d’explications et de clarifications, mais au final la matriarche sembla enfin se rappeler de l’événement en question.

« Oh, maintenant je m’en rappelle, » dit-elle. « Mais l’homme en question n’était certainement pas un simple passant innocent, et la ‘montre’ en question n’est pas un simple appareil de mesure du temps. Il a attaqué notre toile avec quelques autres voyous, et a laissé tombé sa babiole lorsque nous les avons chassés. »

[Il est l’un des envahisseurs,] lui dit télépathiquement la matriarche, pour qu’il soit le seul à l’entendre. [Ou au moins, il travaille pour eux. Tu dis que tu l’as vu ? Excellent, nous avons enfin un point d’entrée dans l’organisation. Un visage, un nom, et un contact en face à face devrait être suffisant pour utiliser une divination et savoir où il vit…. Tu connais son nom, pas vrai ? Excellent. Espérons qu’il ait donné son vrai nom. Est-ce que tu lui as serré la main lorsque tu as accepté le job ? Non ? Essaye de lui serrer la main lorsque tu lui rends l’objet. Tu peux peut-être placer un sort de pistage sur ce truc si tu sais comment faire…]

La matriarche était visiblement capable de participer dans deux conversations séparées en même temps, parlant à haute voix à Taiven et ses deux amis tout en parlant par télépathie à Zorian. Ce dernier n’était pas aussi capable qu’elle, donc il ignora l’explication qu’elle donnait à Taiven pour se concentrer sur ce qu’elle lui disait mentalement. Au bout d’un moment, l’araignée sembla le réaliser et raccourcit ses communications mentales pour qu’il puisse faire attention à ce qu’elle racontait à Taiven.

« … donc je ne suis pas sûre de l’utilité de ce dispositif, mais il s’agit clairement d’une sorte d’objet magique, » dit la matriarche à voix haute. « Il est inutile pour nous autres aranea, mais nous sommes très familières avec le concept d’échange. Nous espérions pouvoir l’échanger avec nos contacts humains pour quelque chose que nous pouvons effectivement utiliser, mais comme c’est notre cher ami Zorian qui nous le demande, nous allons vous faire une faveur et vous le donner. Je suis sûre que Zorian nous retournera la faveur tôt ou tard. »

« Heu… » hésita Taiven, le regardant d’un air confus. « Est-ce que… ça te va, Cafard ? Est-ce que… »

« Ouais, ça me va, » dit Zorian en haussant des épaules. Même si, de son point de vue, il ne devait absolument rien à la matriarche à ce sujet.

[Je n’ai dit ça que pour maintenir les apparences,] lui dit télépathiquement la matriarche. [Ça serait étrange si nous leur rendions sans raison. En plus, de mon point de vue, tu vas me remercier de ma générosité en m’aidant à retrouver ton employeur afin qu’on puisse l’utiliser pour obtenir des informations.]

« Croc de la Victoire va aller chercher la babiole, » dit-elle tout haut. L’un des deux gardes visibles partit immédiatement et disparut dans l’obscurité. « J’aimerais vous demander de convaincre votre employeur de ne plus nous agresser, mais ça vaut probablement mieux si vous gardez le silence sur notre existence. »

« Pourquoi est-ce qu’il vous a attaqué, en fait ? » demanda Taiven. « Vous me semblez raisonnables. »

« Dans certains endroits, les humains tuent toute créature intelligente qu’ils trouvent dans leurs frontières, » dit Grognon. Lui et Marmonneur avaient été très discrets jusqu’à maintenant, donc ce fut un peu choquant de l’entendre prendre la parole tout d’un coup. Taiven lui lança un regard noir pour sa remarque. « Quoi ? Je disais juste qu’il n’avait pas besoin d’une raison. Leur présence est une offense suffisante pour certaines personnes. »

« C’est un peu plus compliqué que ça, » intervint la matriarche. « Les humains affrontent d’autres races intelligentes, c’est vrai, mais c’est surtout parce que la plupart d’entre elles sont très territoriales, meurtrières, voient les humains comme de la nourriture, ou les trois en même temps. Quand ce n’est pas le cas, les humains ont montré à plusieurs reprises qu’ils savaient prendre des approches plus… nuancées. Il y a plusieurs dragons qui échangent avec les humains de manière pacifique, les hommes-lézards de Blantyrre sont des partenaires commerciaux de nations humaines depuis longtemps, et de nombreux états fractionnés à la frontière des contrées sauvages ont des pactes secrets ou assumés avec plusieurs clans de monstres ou d’esprits vivant à l’intérieur de leurs frontières. »

« Vous y avez pas mal réfléchi, » remarqua Zorian.

« Même si nous ne sommes pas très connues, nous interagissons pacifiquement avec l’humanité depuis longtemps, » dit la matriarche. « Les araneas vivent dans les niveaux inférieurs du donjon depuis aussi longtemps que la ville existe. Quand les fondations ont été posées, les humains ont lancé plusieurs campagnes dans les sections supérieures du donjon pour les vider de dangers potentiels. Ce nettoyage forcé permit aux races les plus faibles comme les aranea d’y emménager. Le donjon autour du Trou est un lieu de choix pour tout type de créature magique, comme vous le savez, et la compétition a été féroce. Heureusement, même si nous autres aranea manquaient la force brute et les capacités magiques destructives de certains de nos rivaux, nous étions bien plus disposées à coopérer avec les humains dans notre intérêt commun. Nous avons contacté certains humains qui voulait bien coopérer avec nous, et nous leur avons donné des informations sur nos ennemis communs : leurs forces, leurs faiblesses, où ils habitaient, le timing de leurs attaques, ce genre de choses. Tout ce qui leur fallait pour les annihiler, ou au moins les affaiblir au point où nous pourrions terminer nous-mêmes le travail. Notre spécialité a toujours été la collecte d’information. »

Zorian était fasciné par l’histoire, et plus qu’un peu surpris que la matriarche soit prête à raconter tout ça devant Taiven et ses amis. Mais bon, Zorian ne leur avait dit que les araneas pouvaient lire leurs pensées, donc leurs esprits n’étaient pas du tout protégés. La matriarche avait probablement une très bonne idée du risque qu’ils représentaient. Et puis, ils n’allaient se rappeler de rien une fois que la boucle aurait recommencé, de toute façon.

« Même si donner des informations aux humains nous profitait autant à eux qu’à nous, nous le faisions rarement gratuitement. En échange de nos secrets, nous avons demandé certains de vos secrets. Nos alliés humains qui ont utilisé nos informations sont devenus célèbres et leurs carrières ont décollé, et en échange ils nous ont appris une partie de votre magie, en nous aidant à l’adapter à notre usage. Nous étions alors armées de notre propre système de magie structurée, et nous nous sommes renforcées en gagnant en versatilité. Les araneas ont solidifié leur contrôle sur cette région et ont fait de la toile sous Cyoria la plus prestigieuse des toiles aranéennes. En conséquence de cette prospérité, leurs nombres ont commencé à gonfler, et elles ont envoyé des vagues et des vagues de colons et de toiles dissidentes dans les régions environnantes, où elles ont commencé à expulser ou assimiler toute toile aranéenne inférieurs qu’elles rencontraient. Mais même si ces araneas avaient quitté Cyoria en quête de leur destin, aucun endroit n’avait le prestige ou les opportunités qu’offrait Cyoria, et donc elles éprouvaient de l’envie et de la rancœur à l’encontre de leur toile-mère. Ces toiles dissidentes se rassemblèrent, et armées de leur expérience face aux araneas inférieures, et chassèrent la toile originale hors de leur terre natale. Ce n’était pas la dernière fois que Cyoria changeait de main. Les conquérants ont été rapidement éjectés par un autre groupe, lui-même éjecté par un autre, qui a alors été éliminé par nous. Nous sommes la cinquième toile à contrôler cet endroit, et même si notre position est sécurisée pour l’instant, toute démonstration de faiblesse pourrait pousser les toiles voisines à nous attaquer. »

« Huh, » dit Zorian. « Donc, supposons que vous vous fassiez absolument décimées par quelqu’un, et que vous perdiez une grosse partie de votre population ? »

« Nos voisins lanceraient au moins quelques petits raids pour nous tester, » dit la matriarche. « Mais ce que je veux dire, c’est que les humains et les araneas ne sont pas ennemis, et ne l’ont jamais été. Enfin, à l’exception de quelques… incidents isolés. Des deux côtés. En fait, c’est l’une de mes politiques explicites que d’encourager des liens étroits encore cette toile et les humains vivant à Cyoria. J’espère qu’un jour les araneas pourront marcher dans les rues à la surface, à la lumière du jour, comme tous les autres citoyens. »

« Et j’imagine que vous espérez que les humains vous défendront contre les menaces extérieures, comme tous les autres citoyens, » dit Grognon. « Par exemple de ces ‘toiles’ rivales qui convoitent votre territoire ? »

« J’avoue que cette possibilité influe fortement sur mon raisonnement, » admit la matriarche. « Les autorités de la ville seraient bien moins enclines à rester passives si nous avions une relation formelle établie avec elles. »

« Donc c’est ça votre discours de recrutement ? » demanda Taiven. « Est-ce que vous essayez de faire de nous vos agents ? »

« C’est toujours bien d’avoir de nouveaux contacts, » dit la matriarche. « Mais non, je n’essaye pas de vous recruter. J’ai juste senti que vous étiez inquiet de notre association avec Zorian, et j’espérais dissiper le plus gros de vos craintes, en quelque sorte. Bref, Croc de la Victoire est en train de revenir avec la babiole, donc nous allons nous arrêter là. Adressez-vous à Zorian si vous voulez à nouveau discuter avec nous. »

Et effectivement, quelques instants plus tard, la garde d’honneur de la matriarche revint avec la montre. Zorian s’était préparé à la voir revenir avec la montre entre ses crocs, mais en fait elle arriva en portant une espèce de harnais en cuir avec de nombreuses poches, l’une d’entre elle contenant la montre. Pendant un moment, Zorian se demanda comment elles avaient fabriqué cela, mais il réalisa que c’était une question idiote. La matriarche venait de dire qu’elles échangeaient souvent avec les humains, et ce harnais devait provenir d’un de ces échanges.

Ils firent rapidement leurs adieux aux araneas et se dirigèrent vers la sortie pour rendre la montre à leur client.

« Je ne sais pas quoi penser, » dit finalement Taiven quand ils eurent mis suffisamment de distance entre eux et les araneas. « Elles semblaient gentilles, mais c’est un peu troublant de découvrir qu’il y a une colonie entière de ces choses qui vit sous la ville, tirant des ficelles sur dieu sait combien de personnes. »

« Ouais, » approuva doucement Marmonneur. Zorian commençait à comprendre pourquoi Taiven l’avait surnommé de la sorte. Il avait tendance à parler vraiment doucement, rendant ses paroles souvent difficilement compréhensibles. « Est-ce que vous saviez que Cyoria est en quelque sorte connue pour sa soie d’araignée ? Les marchands qui en vendent se montre très évasifs sur où ils trouvent une telle quantité, et disent que leurs sources sont des secrets de marchand. La plupart des gens pensent qu’ils ont réussi à créer une race d’araignée qui peut être élevée facilement, et qu’ils ont un élevage géant caché quelque part, mais maintenant ça me paraît assez évident d’où provient la soie… »

Zorian participa très peu à la conversation, alternant entre les écouter (quand ils disaient quelque chose d’intéressant) et l’étude de l’appareil qu’ils avaient récupéré auprès des araneas (quand ils ne disaient rien d’intéressants). Comme la matriarche l’avait dit, il s’agissait d’un genre d’objet magique, qui ressemblait à une montre de poche, mais qui n’en était pas une. Les aiguilles ne bougeaient pas, et la vis qui devait permettre à une personne de remonter la montre était soudée au cadre et ne semblait être qu’une bosse décorative pour rentre l’illusion superficiellement convaincante. Il essaya de canaliser du mana dans l’objet, mais cela ne fit rien de spécial. L’appareil semblait avoir besoin que l’utilisateur canalise du mana d’une façon très spécifique. C’était le cas pour beaucoup d’objets magiques complexes.

Les leçons de Haslush pour deviner les secrets des objets payèrent vraiment à ce moment-là. L’appareil accomplissait son rôle de manière étonnamment facile. Il s’agissait en résumé d’un dispositif prévu pour des cambriolages. Plus spécifiquement, il s’agissait d’un scanner de protections, conçu pour guider et améliorer les sorts de divinations censées trouver les faiblesses dans des systèmes de protections complexes pour qu’ils puissent être détruits ou contournés plus facilement. Leur employeur avait probablement essayé d’identifier une brèche dans les défenses des araneas.

Mais même si le but de l’appareil avait été dévoilé par ses divinations, son fonctionnement restait un mystère. Après plusieurs essais pour ouvrir le cadre sans endommager la ‘montre’, il décida de passer sur une approche plus… expérimentale. Il créa un nuage de mana avec sa main, comme lorsqu’il crochetait une serrure, et le contrôla pour le faire passer doucement à l’intérieur en passant par les trous et les mauvais alignements. L’information qu’il obtint était floue, mais lui dit que l’intérieur était rempli de mécanismes en laiton et de cristaux. Cela n’était sûrement pas censé être ouvert. Alors comment…

Ah, donc c’était ça l’astuce ! Les aiguilles de l’horloge n’étaient pas juste statiques, elles n’étaient rien d’autre qu’une image peinte sur une paroi en verre ! Zorian pressa son doigt contre la paroi pour l’enfoncer dans le cadre. Il y eut un clic discret, et quand Zorian retira son doigt, le couvercle s’ouvrit immédiatement, révélant une interface compliquée remplie de sceaux et de cadrans. Une interface très compliquée. Il n’allait pas la comprendre dans l’heure qu’il avait avant qu’ils ne rejoignent leur client.

Il allait tellement ouvrir cette chose pour voir comment elle fonctionnait dans l’un de ses futurs recommencements.

Le boulot fut achevé sans complications. Zorian décida de ne pas lancer de sort de pistage sur le dispositif, car il ne connaissait pas sa sensibilité et ne voulait pas l’abîmer. Ce fut finalement une sage décision, car leur employeur lança immédiatement plusieurs sorts de diagnostic sur sa montre quand Zorian la lui rendit, et l’un d’eux était connu de Zorian et était conçu pour détecter les sorts de pistage basiques. La transaction terminée, Zorian insista pour qu’ils se serrent la main, affirmant qu’il s’agissait d’une tradition dans son village après avoir conclu un marché. L’homme leva les yeux au ciel, marmonnant quelque chose au sujet de ‘plouc’ mais accepta quand même. Mission accomplie.

Après avoir bu un verre dans une taverne (Taiven insista, ne prenant pas ‘non’ comme réponse), le groupe se sépara. Zorian descendit immédiatement dans les égouts pour retourner voir la matriarche.

[Un liseur de protections ?] demanda la matriarche. [C’est probable. Lui et ses amis traînaient en bordure de notre territoire pendant un moment, essayant de rester cacher. Mais je suis surprise qu’il ait embauché des étudiants pour récupérer son appareil.]

« Ouais, je ne sais pas trop à quoi il pensait, » dit Zorian. « Ça me semble être une idée stupide. »

[Si tout va bien, nous en saurons plus dans quelques jours,] dit la matriarche. [Mais bon, nous avons d’autres sujets dont nous devons discuter. Je crois t’avoir dit dans le recommencement précédant que nous avions trouvé des informations importantes.]

« C’est exact, » confirma Zorian. « Je me demandais qu’est-ce que c’était. »

[C’est au sujet des envahisseurs. Déjà, comme tu le pensais, ils viennent bien d’Ulquaan Ibasa.]

« Je le savais, » dit-il en grimaçant. « Pourquoi ? Sont-ils là pour se venger ou sont-ils simplement opportunistes ? »

[Un peu des deux,] dit la matriarche. [Ils ont beaucoup de rancœur envers vous à cause de leur exil forcé, et pensent que vous êtes faibles, maintenant que les Guerres de Fractionnement et la Grande Pestilence ont tué énormément de vos mages de combat. Mais ce n’est pas la partie importante. Elle concerne en fait une question si basique que je suis honnêtement surprise qu’aucun de nous ne se l’est posée. Comment les envahisseurs pensaient-ils pouvoir conquérir Cyoria ?]

Zorian ouvrit la bouche pour répondre ‘à l’aide de la boucle temporelle, évidement,’ mais la referma rapidement. D’après la matriarche, cette invasion se préparait depuis bien plus longtemps que le départ de la boucle temporelle. Il y avait clairement quelqu’un associé à l’invasion qui avait été amené dans la boucle et avait commencé à donner des informations aux envahisseurs pour rendre leur attaque terriblement efficace, mais quid d’avant la boucle ? Sans connaître les positions exactes des défenses de Cyoria, leur bombardement initial aurait été bien moins handicapant qu’il ne l’était. Sans connaître exactement le système de défense de l’académie, et comment le contourner, leur assaut sur l’académie aurait été condamné dès le départ. En plus de ça, la matriarche avait affirmé que les araneas étaient parvenues à les empêcher de pénétrer le sous-sol de Cyoria jusqu’au départ de la boucle temporelle. Donc l’invasion, dès le départ, n’avait eu aucune chance de prendre le contrôle de la ville.

« Peut-être ne le planifiaient-ils pas ? » dit Zorian. « De conquérir la ville, je veux dire. Cyoria est assez importante pour Eldemar, mais ce n’est pas sa capitale, ni son cœur industriel. C’est le siège de la Guilde des Mages d’Eldemar, et héberge l’académie de magie la plus prestigieuse du monde, je ne vois ni l’une ni l’autre collaborer avec les envahisseurs. Plus probablement, ils espéraient faire le plus de dégâts possible. Garder la force de frappe magique d’Eldemar occupée, pendant que le plus gros de leurs forces attaquent ailleurs. »

[C’est presque ça,] dit la matriarche. [Ils avaient effectivement pour but de causer autant de dégâts que possible à la ville, mais ça devait être bien plus qu’une simple distraction. Apparemment, la date du festival d’été est très significative du point de vue magique. C’est le jour de l’année où les barrières entre les plans d’existences sont les plus faibles. En fait, cet affaiblissement commence exactement un mois avant la date, atteignant son pic de faiblesse le jour du festival. En plus, le festival de cette année est encore plus spécial que d’habitude. J’ai bien peur que nous autres araneas ne comprenons pas grand-chose à l’astronomie, comme nous vivons essentiellement sous terre, mais apparemment le festival d’été de cette année inclus un genre ‘d’alignement planétaire’, c’est bien ça ?]

Zorian prit une profonde inspiration, une sueur froide lui coulant dans le dos. Mais bien sûr ! Comment avait-il pu rater ça jusqu’à maintenant ? L’alignement planétaire signifiait que cette année plusieurs planètes s’alignaient avec la leur, un événement qui ne se produisait que tous les 400 ans environ. La dernière fois que c’était arrivé, une ville de mage en profita pour téléporter une ville entière depuis Miasina jusqu’à la côte sud d’Altazia, réalisant ainsi le plus large exploit de téléportation transcontinentale de l’histoire. Si quelqu’un voulait bidouiller avec l’espace-temps à grande échelle, c’était le moment de le faire.

« Ouais, ça expliquerait beaucoup de chose, » dit finalement Zorian. « Par exemple, pourquoi la boucle temporelle avait été initiée maintenant. Mais attendez, comment est-ce que ça les aiderait à endommager la ville ? Est-ce qu’ils prévoyaient de téléporter la ville dans la mer ou quoi ? »

[Non. Pour commencer, ils avaient prévu d’invoquer une grande quantité de démons de haut niveau pour aider avec l’invasion. C’est pourquoi ils étaient prêts à quand même se lancer dans l’attaque, malgré leur manque de succès contre nous et leur incapacité à endommager le système de protection de la ville. Les démons, surtout ceux de haut niveau, sont concrètement immunisés aux attaques mentales, et sont très résistants à la magie. Les araneas se feraient massacrer en un rien de temps, et les mages seraient trop occupés à se battre pour sauver leur peau pour aider les défenseurs civils de la ville. Ces mêmes défenseurs qui devraient affronter des trolls et des élémentaires de feu, immunisés contre les armes à feu, avec des loups hivernaux et des becs-de-fer en support.]

« C’est… c’est horrible, » dit Zorian après avoir digéré l’information pendant une seconde. « Pourquoi ne font-ils pas ça maintenant ? »

[Ils ne peuvent pas, rappelle-toi. Pas d’invocations de démons ou de divinités lorsque l’on est dans la boucle. Ce plan matériel a été isolé des plans spirituels,] lui rappela la matriarche.

« Oh, c’est vrai, » dit Zorian. « Je vois bien comment ça pourrait les handicaper lourdement. Je me demande s’ils ont quand même lancé leur assaut lors du tout premier recommencement, lorsqu’ils n’avaient pas leur agent dans la boucle temporelle. Ils auraient sûrement su que leur plan était voué à l’échec, sans le support des démons. »

[Je pense que oui,] dit la matriarche. [Les démons, comme le reste de leurs forces, n’étaient quand même qu’une distraction. Les dirigeants de l’invasion ne pensaient pas vraiment qu’ils avaient suffisamment de troupes pour faire plus qu’handicaper Cyoria, alors qu’ils voulaient la raser de la carte. Non, la véritable cible était la zone autour du Trou. Pendant que tous les défenseurs lutteraient pour leur vie, un groupe de mages prendrait possession de cette zone et préparer un grand rituel d’invocation.]

« Ugh, » grogna Zorian. « Laissez-moi deviner : un très très gros démon. »

[Non. Ils voulaient invoquer un primordial.]

Le visage de Zorian pâlit instantanément. « Quoi ?? Mais… cela transformerait toute la ville en un cratère dévasté ? Et quid de leurs propres forces ? »

[Dispensables,] lui dit franchement la matriarche. [Les personnes suffisamment hautes dans la hiérarchie se tenaient prêtes à se téléporter au moindre indice que l’invocation avait réussi, le reste n’étant que des pions qui n’étaient jamais supposés survivre de toute façon. En plus, tu remarqueras que les forces des envahisseurs sont vraiment légères en nombre de mages humains. Il n’y a que le minimum de mages ibasiens nécessaires pour garder un contrôle basique des nombreux démons et monstres. Et puis, tu es assez optimiste dans ta prédiction des dégâts. Les autorités ibasiennes espéraient qu’en utilisant le plus gros puits à mana du continent, le primordial aurait assez de pouvoir pour rester dans ce plan matériel pendant des semaines. Dans ce cas, il causerait des ravages sur tout Altazia avant de tomber à court de puissance ou que les altaziens n’arrivent à rassembler un groupe suffisamment important de mages pour le bannir à nouveau dans son propre royaume. C’est à ce moment-là qu’Ulquaan Ibasa arriverait pour annihiler les survivants démoralisés.]

Zorian ne savait vraiment pas quoi dire. D’un côté, le plan était complètement dingue, et une partie de lui-même voulait dire que ça ne marcherait jamais. Où est-ce qu’ils trouveraient un rituel pour invoquer un foutu primordial ? Mais il avait observé les envahisseurs passer sur les défenses de Cyoria comme un bulldozer trop de fois pour les sous-estimer de la sorte. S’ils pensaient que le plan pouvait marcher, c’était sûrement le cas.

« Où est-ce qu’ils ont trouvé des mages prêts à réaliser l’invocation ? » demanda Zorian. « Ils devaient savoir qu’ils seraient tués par le primordial déchaîné avant qu’ils ne puissent s’échapper, vu qu’ils étaient si proches de lui. Et est-ce que vous savez de quel primordial il s’agit ? »

[Apparemment, le rituel d’invocation serait réalisé par l’Ordre Ésotérique du Dragon Céleste, que tu connais probablement mieux sous le nom du ‘Culte du Dragon d’En Bas’. Ils sont apparemment tout à fait prêts à mourir pour invoquer l’un des ‘enfants de la Grande Mère’. Leurs membres qui ne sont pas impliqués dans l’invocation aident les forces des envahisseurs en tant que mages de support, ou de simples saboteurs dans le cas de civils. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, ils servent probablement d’agents infiltrés en général pour les envahisseurs. Nous allons devoir infiltrer leurs rangs pour obtenir davantage d’information. Et sinon, non, je ne sais pas de quel primordial il s’agissait. Juste que c’en était un qui ne savait pas voler. Les ibasiens ne voulaient pas risquer de voir le primordial décider soudainement de rendre visite à leur chère petite île.]

« Je comprends, » dit Zorian. « Bien sûr, tout ça veut dire qu’on a un problème. Peu importe la force de l’invasion à l’intérieur de la boucle, elle sera encore plus effrayante en dehors. Ils auront en plus le support de démons en plus de tout le reste, et on va devoir passer un peu de notre temps à saboter l’invocation du primordial. J’ai envie de dire que ces sectaires sont complètement givrés et n’arriveraient même pas à invoquer un diablotin boiteux, sans parler d’un satané primordiale, mais en cas de succès, le résultat serait si catastrophique qu’on ne peut pas se permettre de le risquer. »

[C’est vrai, cela complique beaucoup la question,] admit la matriarche. [Mon plan initial était de continuer à contrecarrer l’avancée de l’invasion jusqu’à ce que le troisième voyageur temporel soit forcé de se dévoiler, que ce soit par erreur ou par frustration, l’attirer dans un piège et de le détruire mentalement pour le placer dans un état catatonique. Ensuite, trouver un contre parfait à l’invasion sur plusieurs recommencements, et finalement trouver une façon de briser la boucle temporelle et se débarrasser définitivement des envahisseurs. La partie au sujet du troisième voyageur temporelle me semble toujours faisable, mais trouver un contre parfait sera clairement impossible avec une variable aussi importante qui est manquante lorsque l’on est dans la boucle…]

Zorian se sentait un peu nauséeux lorsque la matriarche avait proposé de manière si terre à terre de détruire l’esprit de quelqu’un, mais il devait admettre qu’il ne connaissait aucun autre moyen pour s’occuper du troisième voyageur temporel. Enfin, si, mais la seule autre façon serait de détruire son âme, ce qui était encore plus moralement répréhensible. Et puis, il ne savait pas comment détruire l’âme de quelqu’un, et espérait ne jamais le savoir.

« Ok… » soupira Zorian. « Quelle journée. Vous avez d’autres bombes du genre à me lancer dessus ? »

[Eh bien… non, pas vraiment. Cependant, ces développements récents veulent dire que je n’aurais pas trop de temps pour t’enseigner ce mois-ci. Heureusement, tu es à un niveau où tu n’as plus vraiment besoin d’un utilisateur de haut niveau comme moi pour te guider, donc je t’ai trouvé une remplaçante appropriée. Zorian, dit bonjour à Chercheuse Enthousiaste de Nouveauté.]

L’une des araneas qui avait accompagné la matriarche, une araignée plutôt petite et agitée qui avait visiblement du mal à tenir sur place, sauta soudainement du plafond pour atterrir en face de lui.

[Bonjour ! Je suis Chercheuse Enthousiaste de Nouveauté et je serais totalement votre professeure pour ce mois ! Je sais que vous autres humains avez des difficultés avec nos noms, donc vous pouvez m’appelez simplement Nouveauté ! Ça ne me dérange pas !] Elle avait fait plusieurs fois le tour de lui pendant qu’elle lui parlait télépathiquement, comme un étrange toutou qui l’invitait à jouer. [Bref, quand la matriarche a cherché des volontaires pour vous enseigner, je me suis dis ‘c’est ta chance Nouveauté’, j’étais totalement pour ! Les autres ne me laissent pas aider avec les défenses, car apparemment je suis trop jeune, mais elles m’ont dit que vous êtes un bébé avec les arts de l’esprit et je peux totalement m’occuper de bébé ! Et puis, vous pouvez m’apprendre aussi des choses ! J’ai toujours été curieuse sur les humains, par exemple comment vous arrivez à marcher sur vos pattes de derrière sans tomber constamment, ou…]

Zorian l’ignora progressivement et lança un regard noir à la matriarche.

[Est-ce qu’elle est livrée avec une commande on/off ?]

La matriarche se contenta de lui envoyer une projection d’amusement et de satisfaction en réponse.

 

 


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