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Mother of Learning, chapitre 19


Traducteur : Mithestral


Chapitre 19 : Toiles emmêlées

Ce que Zorian trouvait particulièrement intéressant avec les recommencements, c’était que certains choix apparemment sans conséquence avaient une influence considérable sur ce qu’il se passait par la suite. À l’inverse, des actions qu’il pensait capables de tout mettre sens dessus dessous avaient souvent des effets ténus, voire inexistants. Par exemple, la dernière fois qu’il s’était rendu dans les égouts pour rencontrer la matriarche, il avait été trivial de convaincre Ilsa de lui accorder l’accès au donjon. C’est pourquoi, lorsqu’il se rendit dans le bureau d’Ilsa après quelques jours de cours, après que Zach ait abandonné l’idée de se lier d’amitié avec lui dans ce recommencement, il s’attendait à ce que sa requête soit facilement acceptée.

Il eut tort. Il l’avait suppliée et avait essayé de la raisonner autant qu’il l’avait pu, mais Ilsa avait refusé d’autoriser un mage nouvellement certifié comme lui de risquer sa vie dans les sous-sols de Cyoria. Il avait essayé de lui prouver ses compétences (qui étaient à ce moment déjà assez développées) en magie de combat, mais Ilsa ne s’était pas montrée intéressée du tout, et l’avait chassé hors de son bureau. Il fallut à Zorian presque une heure pour se calmer et réaliser quelle avait été la différence.

La dernière fois il était venu avec Kael. Un génie autodidacte qui était également un parent qui élevait seul son enfant, et qui avait probablement rencontré des dangers similaires dans sa vie. Si Kael pensait que Zorian était prêt pour descendre dans les tunnels sous la ville, et qu’il était prêt à l’accompagner pour être sûr qu’il soit en sécurité, cela suffisait à Ilsa. Cette fois-ci, il était venu seul. Pas de Kael, pas de permission.

Mais Zorian n’allait pas se laisser abattre par un contretemps si mineur, bien sûr. Il connaissait au moins une personne qui avait déjà le permis de se rendre là en bas et qui pouvait être persuadée de l’emmener.

« Cafard, je te hais. Tu sais ça, pas vrai ? »

Zorian poussa un très long soupir, choisissant de garder l’œil sur le tunnel devant lui plutôt que de se retourner pour faire face à Taiven. Il n’avait pas besoin de la voir pour savoir qu’elle lui faisait des grimaces. « Non, Taiven, je ne le savais pas. Après tout, tu ne me l’as dit que cinq dois. Peut-être que j’arriverais à m’en rappeler si tu le disais quelques fois supplémentaires ? »

« C’est juste que je comprends pas, » se plaignit-elle en ignorant son sarcasme. « Tu n’as pas voulu m’accompagner quand je te l’ai demandé il y a quelques jours, en disant que c’était trop dangereux. Et maintenant, tu viens me voir, me demandant de t’emmener dans les tunnels. »

Oui, et il commençait sincèrement à le regretter. Pourquoi n’avait-elle pas pu attendre à l’entrée comme il le lui avait demandé ? Il ne savait toujours pas comment il allait lui expliquer l’existence des aranéas lorsqu’ils tomberaient sur les satanées araignées. Il espérait que les aranéas se montreraient suffisamment futées pour se cacher dans l’obscurité tout en lui parlant par la pensée. C’était pénible, mais ça devrait suffire pour organiser une rencontre future dans un lieu plus accessible.

« Tu sais, je me demande si tu ne chercherais pas à m’énerver ? » continua Taiven, ne se laissant pas dissuadée par son silence. « Parce que je me sens assez énervée là, et laisse-moi te dire que… »

« Taiven, s’il te plaît, » la supplia Zorian. « Je t’ai déjà dit que j’étais désolé ! Combien de fois vais-je devoir m’excuser ? Toi au moins tu devrais comprendre, vu le nombre de fois que tu m’as fait des coups similaires… »

« Pas comme ça, » grommela Taiven. « Dis-moi au moins où est-ce qu’on va. »

« Je sais pas en fait, » admit Zorian. Il espérait que l’une des éclaireuses aranéa essaye de le contacter lorsqu’elle essayerait de lire ses pensées, car il n’avait aucune idée d’où se trouvait leur repère. « Mais je le saurai quand on sera arrivé, »

« Zorian, je te jure, si c’est comme ça que tu t’imagines une blague–»

« Je suis vraiment sérieux, » la rassura Zorian. « Et je suis sûr qu’on se rapproche, ça ne devrait plus prendre trop –»

Une présence étrangère fit son apparition à la surface de sa conscience, disparaissant immédiatement lorsqu’elle réalisa que son intrusion avait été détectée. Cette présence n’était pas aussi subtile que celle de la matriarche, mais Zorian avait la certitude qu’il s’était s’agit d’une aranéa.

« Attendez ! » s’exclama-t-il, espérant que l’aranéa n’avait pas déjà fuit physiquement. « Je veux vous parler, aranéa ! J’ai des informations importantes pour votre matriarche ! »

« Zorian, bon sang, de quoi tu parles ? » demanda Taiven, abasourdie par ses actions. « À qui tu parles ? Il n’y a personne ici. »

Zorian ne dit rien, choisissant d’attendre en silence pendant un moment. Plusieurs secondes passèrent alors que Zorian attendait patiemment une réponse de l’araignée. Taiven semblait partagée entre le fait d’être irritée par son comportement et inquiète par rapport à la situation potentiellement dangereuse. Finalement, l’aranéa décida de reprendre contact…

… en apparaissant directement devant lui et Taiven.

Taiven eut le souffle coupé à l’apparition de la grosse araignée poilue, et sa main se dirigea immédiatement pour brandir sa baguette de sort, avant que Zorian ne l’attrape par le poignet et lui fit signe de se calmer. Elle le regarda à nouveau d’un air abasourdi avant de regarder l’araignée devant eux. Celle-ci restait là, immobile, les observant silencieusement de ses gros yeux noirs, ne faisant aucun geste menaçant envers eux. Taiven sembla comprendre que l’araignée ne présentait pas pour l’instant une menace immédiate et se détendit légèrement, éloignant sa main de sa baguette à sa hanche.

« Zorian, » commença-t-elle, un mélange de colère et d’inquiétude dans la voix.

« Je t’expliquerai plus tard, promis, » répondit-il en soupirant, avant de se tourner vers l’araignée. « Et vous ! Vous n’auriez pas pu être un peu plus discret ? Pourquoi n’êtes-vous pas resté dans l’obscurité et me contacter par télépathie ? »

L’aranéa se reconnecta à son esprit et lui envoyant des pensées amusées. [Si tu voulais qu’on parle par télépathie, pourquoi ne m’as-tu pas appelé par télépathie dès le départ ? N’es-tu pas télépathe ?]

Zorian fit une grimace. Si seulement c’était si simple. Trouver des informations sur la magie de l’esprit auprès d’autres mages était très compliqué, car la guilde des mages avait une impression très mauvaise de tous les types de magie de l’esprit, même les plus inoffensifs. Personne ne pouvait lui expliquait comment contacter quelqu’un par télépathie. Il avait effectivement trouvé un sort qui permettait à un mage d’établir une connexion télépathique avec quelqu’un d’autre, mais le sort était très grossier : il ne fonctionnait que sur des humains, la cible devait abaisser sa résistance aux sorts, et le lien ne permettait que la transmission de mot, sans aucune émotion ou autre nuance.

[Je n’ai pas été formé,] admit Zorian. [Je ne sais pas comment contacter quelqu’un télépathiquement. Je ne sais que profiter d’une connexion ouverte par quelqu’un d’autre.]

Il s’était déjà interrogé sur le sujet. Personne ne lui avait appris à faire ça, et pourtant le concept semblait lui venir très naturellement. Peut-être c’était ça que voulait dire être Ouvert. Être Ouvert veut peut-être simplement dire qu’il était un genre de mage de l’esprit instinctif avec quelques talents innés dans la discipline.

[C’est triste,] dit l’aranéa. [Tu es incomplet. Mais j’imagine que ça pourrait être pire. Tu pourrais être un faible d’esprit comme ton amie, là.]

Zorian jeta un regard à Taiven, supprimant l’envie de sourire. Heureusement qu’il parlait à l’araignée par la pensée, car il ne voulait pas découvrir comment ellle aurait réagi en entendant quelqu’un l’appeler ‘faible d’esprit’.

« Quoi ? » demanda Taiven qui avait visiblement vu son regard.

« Rien, » marmonna Zorian en secouant la tête. « Madame l’aranéa, je, –heu, vous êtes bien une madame, pas vrai ? »

Il était difficile à dire, mais l’aranéa avec qui il discutait lui donnait une impression ‘féminine’. En plus, les aranéa étaient menés par une matriarche, donc ça avait du sens pour des étrangers comme lui de rencontrer majoritairement les membres femelles de l’espèce.

[Toutes les aranéas sont femelles,] dit l’araignée.

[Ah bon ? Vraiment?] demanda Zorian. [Comment c’est possible ? Vous vous divisez comme des microbes ? Vous tombez spontanément ‘enceintes’ ou quoi ?]

[Rien de si exotique. C’est juste que notre espèce est sexuellement dimorphe. Les mâles sont non seulement relativement plus petits que les femelles, mais ils ne sont pas vraiment intelligents non plus. On ne les considère pas comme de véritables aranéas,] expliqua l’araignée. [Si tu parles à une aranéa, et qu’elle est assez intelligente pour répondre, c’est une femelle. Les mâles t’attaqueraient probablement plutôt que de parler, même s’il est peu probable que tu en rencontres un sans que tu n’accèdes à l’une de nos colonies.]

Zorian digéra cette nouvelle information pendant quelques instants avant de décider de ne pas poser davantage de questions sur le sujet. C’était intéressant, mais vraiment pas pertinent pour le moment. Il ne savait pas combien de temps il avait encore avant que Taiven ne craque sous la pression et ne commence à jeter des sorts en demandant des réponses. Elle n’était pas exactement un parangon de la patience.

[Je suis désolé, mais je dois vraiment parler à la matriarche,] dit Zorian, en faisant de son mieux pour reproduire l’étrange concept aranéa de ‘lance de la détermination’ que la matriarche avait utilisé lorsqu’il lui avait demandé son nom. Avec un peu de chance, cela convaincrait l’aranéa de le prendre au sérieux au moment de leur parler du paquet de souvenirs provenant d’une autre chronologie.

[Cela fait un moment que j’écoute ta conversation avec Yeux Attentifs Qui Ne Manquent Rien d’Important, Zorian Kazinski,] l’informa la présence familière de la matriarche.

Ça devait vraiment être pratique d’avoir le pouvoir de transmettre ses pensées à n’importe quel endroit où se trouvait l’un de ses subordonnés.

[Ça l’est,] confirma la matriarche. [Maintenant, que dirais-tu de te présenter et de me dire comment tu connais mon vrai nom ? Avant que l’on aborde cette information importante que tu as pour moi…]

[Je suis Zorian Kazinski, un mage en formation,] dit Zorian. [Et la raison pour laquelle je connais votre vrai nom est que vous me l’avez dit vous-même… avant que vous ne m’injectiez un paquet de souvenirs dans mon esprit et de me dire de vous le donner plus tard.]

[Je… ne me rappelle pas de ça,] répondit la matriarche avec hésitation.

[Je sais,] dit Zorian. [Si vous étiez capable de garder le souvenir de cette rencontre, vous ne vous seriez pas embêté à placer le paquet de souvenir dans mon esprit.]

[C’est une affirmation très étrange,] dit la matriarche après un court silence. [Comment est-ce que je peux savoir que tu dis la vérité ? Ça pourrait être un piège. Tu pourrais être relié aux personnes qui ont lancé des trolls sur nous…]

[Honnêtement, je n’ai aucune idée de comment prouver la véracité de mes paroles,] dit Zorian. [Votre autre vous était certaine que vous auriez un moyen de prouver l’authenticité du paquet de souvenirs, même sans autre preuve, et ne m’a rien dit de spécifique qui pourrait vous convaincre.]

[Je vois,] dit la matriarche. Elle resta silencieuse pendant un long moment. [Donne-moi l’accès à ton esprit pour que je voie ce paquet de souvenirs par moi-même.]

[Bien sûr,] dit Zorian, n’offrant aucune résistance quand la matriarche plongea plus profondément dans son esprit. Il se tourna vers son compagnon, qui semblait à bout de voir son échange silencieux avec l’araignée géante. « Taiven, je communique avec l’araignée par télépathie. Tout devrait bien se passer, mais si je tombe à terre et commence à crier dans les prochaines minutes, tu es libre de l’exploser comme tu l’entends. »

Il avait avec lui ses cubes de suicide, mais ça ne coûtait rien d’avoir d’autres précautions. Taiven acquiesça immédiatement, et Zorian vit l’aranéa agiter nerveusement ses pattes de devant en entendant la menace de mort. La matriarche ne dit rien, trop absorbée par sa tâche.

La présence de la matriarche se retira de sa conscience quelques minutes plus tard.

[J’ai… j’ai besoin de réfléchir à tout ça,] dit-elle, comme si elle avait été assommée. [Reviens dans trois jours, et nous en reparlerons.]

[Attendez!] répliqua Zorian. [J’ai besoin d’un moyen pour descendre ici sans passer par les entrées officielles. Sinon je vais devoir amener Taiven à chaque fois que je veux venir, et je ne suis pas sûr qu’elle veuille me parler après tout ça.]

Zorian reçut immédiatement un flux d’images mentales lui donnant un plan local du système de tunnels, et 8 différentes façons d’y accéder depuis la surface sans passer par le moindre point de contrôle. Woah, les gens ne mentaient pas lorsqu’elles disaient que le sous-sol de Cyoria avait plus de trous qu’une éponge. Dans tous les cas, c’était apparemment la fin de sa discussion avec l’aranéa, car l’araignée devant lui sauta rapidement dans l’obscurité et disparut, le laissant seul avec Taiven.

Il lança un coup d’œil inquiet vers son amie, sursautant lorsqu’il vit qu’elle fronçait les sourcils.

« Ok, l’araignée est partie, je pense que tu peux maintenant m’expliquer le bordel auquel je viens de participer. Parle. » ordonna-t-elle.

Fichue aranéa stupide et son manque de discrétion… qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir raconter à Taiven maintenant ?

« Avant de parler de ça, permets-moi de te rappeler que si tu m’avais attendu à l’entrée comme je te l’avais demandé –»

« Zorian ! »

« Je disais juste ! » dit-il doucement. « Ok, voilà. Je suis un empathe. Tu sais ce que ça veut dire ? »

« Pas… vraiment…, » dit-elle lentement.

« Ça veut dire que je peux sentir les émotions des autres, » expliqua Zorian. « Et malheureusement, cette capacité est actuellement instinctive. Je n’ai aucun contrôle conscient sur elle, et ça me pose très souvent des problèmes, donc j’ai cherché de l’aide pour m’aider à la maîtriser. Malheureusement, je n’ai trouvé personne pour m’aider parmi les humains, donc j’ai décidé… d’élargir mes horizons. L’araignée que tu as vu était une aranéa, une espèce d’araignée consciente et télépathe que j’espérais convaincre pour qu’elle m’enseigne comment contrôler mes pouvoirs. »

Taiven le regarda pendant un long moment, ouvrant la bouche pour la refermer juste après. « Et qu’est-ce qu’elle a dit ? » demanda-t-elle finalement.

« Elle va y réfléchir, » dit Zorian en haussant les épaules.

Taiven secoua la tête de stupéfaction, et commença à se diriger vers la sortie en lui faisant signe de la suivre.

« Sortons d’ici, monsieur le charmeur de monstre, » dit-elle. « On devrait en discuter quelque part d’autre. Quelque part où je peux m’asseoir et boire un coup. »

Il la suivit.

Elle respecta ses paroles, et Taiven le conduit jusqu’à une terrasse d’une taverne afin qu’ils puissent s’asseoir et se détendre. Zorian ne trouva pas l’expérience très amusante, surtout qu’elle lui avait fait payer ses consommations. De manière assez étrange, Taiven semblait avoir accepté le plus gros de ses explications sans se plaindre, trouvant sa décision de chercher de l’aide auprès d’une race d’araignées monstrueuses ‘culottée’ plutôt que téméraire et stupide, mais les choses dégénérèrent par la suite. Elle n’était pas contente qu’il avait initialement prévu de rencontrer l’aranéa sans aucun soutien, et voulait savoir s’il avait déjà fait des choses similaires par le passé, et qui été venu avec lui le cas échéant. Cela aboutit à une dispute animée sur la nécessité et la légitimité d’y aller ‘en solo’ et sa capacité à combattre pour se sauver si la discussion tournait au vinaigre. Zorian ne savait pas dire honnêtement si elle était énervée par le fait qu’il s’était mis en situation de danger, ou parce qu’il ne l’avait pas invité avec lui.

C’était probablement la seconde option, car elle commença rapidement à insister qu’il devrait l’amener avec lui la prochaine fois qu’il descendrait dans les égouts pour rencontrer la matriarche aranéa. Mais elle ne ferait que le gêner, surtout qu’elle essayerait de lui faire cracher tous ses secrets, donc il refusa. Taiven n’apprécia pas du tout, mais elle sembla réaliser qu’elle n’arriverait à rien en lui mettant la pression directement. Elle changea alors d’approche et lui suggéra de l’aider à développer sa magie de combat. Zorian savait qu’il s’agissait d’un piège : elle voulait simplement lui faire mordre la poussière lors d’un ‘combat d’entraînement amical’ pour lui montrer à quel point il se ferait dépasser par un adversaire sérieux (et donc qu’il était plus sage de l’amener avec lui), mais il accepta quand même. Il était curieux de savoir combien de temps il tiendrait contre elle, et n’avait rien à perdre à l’exception de sa fierté.

Ainsi, il se trouvait maintenant à nouveau dans le hall d’entraînement de la famille de Taiven, faisant face à son amie. Il jouait avec la baguette de missiles magiques dans ça main, essayant de décider comment approcher ce combat d’entraînement. D’après Taiven, le hall avait de très lourdes protections pour empêcher les gens de subir trop de dégâts des sorts, mais l’usage de sorts mortels n’était quand même pas recommandé. Malheureusement, si l’interdiction de l’utilisation de sorts létaux était parfaitement sensée pour un combat d’entraînement, cela éliminait une grosse partie de son arsenal de sort. Depuis qu’il avait réalisé les dangers de la boucle, il n’avait jamais vraiment considéré les batailles qui n’étaient pas de nature ‘tuer ou être tué’, donc ses choix de sorts s’étaient orientés vers les plus destructeurs.

« Je vois que tu as investi dans une baguette de sort, » dit Taiven avec un sourire confiant. « Ç’a dû te coûter un bras. »

Ce qu’elle sous-entendait, et qu’il comprenait parfaitement, était que son argent avait été mal investi. Zorian n’avait aucune chance de déborder les défenses magiques de Taiven avec des missiles magiques, et ils le savaient tous les deux. C’est pourquoi il n’avait pas l’intention d’essayer de faire ça. Se lancer dans une bataille d’attrition contre un adversaire qui avait des réserves de mana plus importantes était parfaitement idiot. Non, il tenait la baguette dans la main pour la tromper, lui donner la mauvaise idée sur son ouverture. Son véritable atout résidait en son bracelet de protection caché dans sa manche droite.

« Je l’ai faite moi-même, » dit Zorian. « Donc elle ne m’a rien coûté. »

« Vraiment ? » s’exclama Taiven, surprise. « Je n’avais aucune idée que tu étais si doué en formules de sort. Enfin, je veux dire, je savais que tu t’intéressais à ce sujet, mais… »

« Tu as ton talent pour le combat et j’ai le mien, » répondit-il d’un air suffisant. Il était assez fier de lui d’être arrivé à ce niveau en formules de sort. Non seulement c’était un sujet qui l’avait grandement intéressé avant la boucle temporelle, mais c’était également quelque chose qui pouvait facilement lui assurer une stabilité financière une fois qu’il en sortirait. Les formules de sort étaient connues pour être une discipline très difficile à maîtriser, et les experts dans le domaine étaient très bien rémunérés pour leurs services. Zorian était déjà suffisamment doué pour prendre ses premières commandes, dès aujourd’hui s’il le voulait, et il ne ferait que s’améliorer au fil des recommencements.

« Peu importe. Tu restes quand même surclassé au niveau de l’équipement, malgré ta baguette sophistiquée que t’as fait toi-même, » dit Taiven, qui tendit le bras sur le côté. Un bâton accroché au mur s’agita puis vola vers sa paume. Il savait qu’il s’agissait d’un bâton de sort avant même que Taiven ne canalise du mana à l’intérieur, provoquant l’apparition de plusieurs lignes jaunes lumineuses à sa surface.

« Frimeuse, » dit-it. Il fallait absolument qu’il apprenne à faire ça, un de ces jours.

« Prêt ? » demanda Taiven, pointant le bâton vers lui de manière menaçante.

« Prêt, » confirma Zorian, faisant tourner sa baguette dans sa main.

Taiven réagit immédiatement, envoyant un petit essaim formé de 5 missiles magiques sur lui. Elle était rapide, plus rapide que lui, et Zorian pouvait voir sur son visage qu’elle se croyait déjà victorieuse.

‘ Tu es bien trop présomptueuse, Taiven’, pensa-t-il, levant la main qui tenait sa baguette afin d’ériger un bouclier devant lui tout en lançant de l’autre main une fiole remplie d’un liquide blanc vers elle,

Le barrage de missile s’écrasa sur le bouclier de Zorian comme un marteau. Si Taiven avait affronté l’ancien Zorian, celui qui existait avant la boucle temporelle, ça aurait été effectivement la fin. Même s’il avait réussi à ériger un bouclier, il aurait été bâclé et brisé comme une feuille de verre. Mais ce n’était pas le cas. Elle affrontait Zorian le voyageur temporel, qui avait passé pas mal de temps à revivre ce mois. Presque deux ans, s’il comptait bien.

Dans le grand ordre des choses, deux ans n’était pas une période de temps très longue. Mais cela représentait néanmoins deux ans d’entraînement continu à la magie de combat, donc la plupart concentré sur seulement quelques sorts, bouclier étant l’un d’eux. Son sort de bouclier était presque parfait. Le plan de force était pratiquement invisible quand il n’était pas sous contrainte, et Zorian pouvait grandement le surcharger en mana pour le renforcer au besoin.

Le bouclier tint bon. Le barrage de missiles s’écrasa dessus sans rien faire, à l’exception de rendre temporairement opaque la surface autrement invisible.

Avant que Taiven ne reprenne ses esprits et lance une nouvelle attaque, Zorian envoya une impulsion de mana vers la fiole qu’il avait jetée vers elle. La fiole explosa en l’air, comme si brisée par une main invisible, et une fumée blanche épaisse forma une volute se répandant autour du point d’explosion.

La fiole n’était rien de spécial, une simple mixture alchimique qui créait une toux difficilement contrôlable à quiconque respirait la fumée, mais ce fut suffisant pour handicaper temporairement Taiven, qui chancela hors du nuage de fumée, confuse et prise au dépourvu. Zorian profita impitoyablement de ce moment de faiblesse pour envoyer un briseur vers son torse, espérant que cela marque la fin du combat, même s’il s’attendait à moitié à ce que Taiven invoque un bouclier au dernier moment pour se protéger.

Quelque chose, peut-être son empathie, lui donna l’impression qu’il devait absolument esquiver lorsque Taiven brandit soudainement son bâton vers le missile arrivant sur elle (et donc par extension vers lui). Ce fut manifestement une bonne décision, car elle ne décida pas de lancer un bouclier. Au contraire, elle lança un impressionnant barrage de force qui envoya valser son propre missile et continua vers lui, absolument pas perturbé. Malheureusement, son esquive ne fut que partielle, et même s’il évita de prendre l’attaque de plein fouet, il subit quand même une partie des effets. Il fut projeté dans les airs comme une poupée de chiffon et s’écrasa tête la première sur le sol du hall d’entraînement. Il n’évita une commotion cérébrale que grâce aux protections amortissantes du hall.

Comme Taiven était davantage intéressée par le fait de cracher ses poumons que par finir le combat, il resta un moment au sol, attendant que sa tête ne s’arrête de tourner. Il avait apparemment fait le gaz un peu plus fort qu’il ne l’avait voulu. Il se remit laborieusement sur pied et se dirigea vers Taiven qui tentait de récupérer.

« Tu as une définition très étrange de non-létale, » lui fit-il remarquer.

« Ça t’apprendra, sale * tousse * tricheur ! » grogna-t-elle.

« Je t’ai bien eue, hein ? » dit-il en souriant.

Elle souffla et balaya lentement son bâton vers lui, s’attendant évidemment à ce qu’il esquive. Mais Zorian avait l’intention de crâner un peu, et décida de plutôt ériger un bouclier qui fit rebondir le bâton qui tomba de la main de Taiven.

Elle regarda le bouclier d’un air curieux, toquant plusieurs fois dessus. Le plan de force ne devint même pas opaque.

« Il est fait en quoi ton bouclier, là ? » demanda Taiven. « Il a encaissé 5 missiles sans se briser, et il a l’air… différent. Il est presque entièrement transparent. Ce n’est que parce que je me tiens si proche de toi que je peux le voir. Au début du combat, je ne l’avais même pas remarqué avant que mon attaque ne s’écrase dessus. Je pensais au départ que tu essayais de te protéger avec ta main ou un truc du genre. »

« C’est un simple sort ‘bouclier’, qui est pas mal surchargé et superbement exécuté, » dit fièrement Zorian. « J’ai passé beaucoup de temps à m’entraîner sur ce sort. »

« Mais ça ne t’aurait quand même pas aidé sans le coup bas que tu m’as fait, » souffla Taiven. « C’était censé être un échange de sorts, bordel ! »

« Tu as dit que tu voulais voir comment je me bats, » dit Zorian en haussant les épaules. « D’ailleurs, comment tu as fait pour savoir dans quelle direction lancer ta dernière attaque ? D’après ce que j’ai pu voir, t’as gardé les yeux fermés tout du long. »

« Oh. C’est juste une astuce pratique que l’un de mes profs m’a appris, » dit Taiven. « Je ne pense pas que ça t’aiderait beaucoup par contre, ça consomme pas mal de mana. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » demanda Zorian.

« Eh bien, c’est un mouvement assez simple qui implique d’expulser une large quantité de mana pour saturer l’espace autour de toi. Tu peux alors ressentir en quelque sorte ton environnement en utilisant le nuage de mana. L’information que tu obtiens est très rudimentaire, mais tu peux facilement repérer des constructions de mana comme le missile magique que tu m’as lancé dessus. En fait, je ne savais pas où tu étais, même avec l’aide du nuage de mana, mais je me suis dit que si je visais dans la direction d’où provenait l’attaque, j’arriverais probablement à t’atteindre aussi. »

Cela semblait… très familier. Zorian était certain qu’il s’agissait de la même astuce qu’il utilisait pour déverrouiller les serrures, sauf qu’il utilisait plus le nuage comme une extension de son sens du toucher plutôt que pour percevoir des sources de mana. Bien sûr, il y avait une différence importante entre inonder une serrure de mana et saturer l’air autour de lui. Il ne pouvait pas encore se permettre de gaspiller son mana de la sorte.

Malgré tout…

« Taiven, » commença-t-il, « supposons un instant que je sature une bulle d’air assez large autour de ma tête avec cette méthode. Est-ce que je serai capable de sentir des billes chargées de mana qui passeraient dans ce volume ? »

Taiven cligna des yeux, le regardant d’un air intrigué. « Je… suppose, oui. Mais il te faudra probablement passer du temps pour maîtriser suffisamment le sort pour avoir un nuage assez sensible pour détecter des sources aussi peu puissantes. »

« Mais ça serait plus facile que d’essayer de sentir des billes chargées de mana avec mon sens inné seul, pas vrai ? » insista Zorian.

« Bien plus facile, » confirma Taiven. « En fait, à peu près n’importe quelle méthode serait préférable à ça. Bon sang, tu devrais être, je sais pas, au moins au niveau d’un archimage pour sentir une source de mana aussi faible sans aucun sort ou aide de quelque nature que ce soit. »

Zorian se sentit soudainement incroyablement stupide. Bien sûr que la tâche de Xvim semblait impossible ! Il s’y prenait mal ! Xvim s’attendait probablement à ce qu’il utilise une méthode similaire pour sentir les billes. Mais cet enfoiré ne s’est juste pas embêté à lui donner de véritables instructions pour l’exercice.

Bon sang, qu’est-ce qu’il détestait cet homme.

Après une courte dispute sur qui était le vainqueur de leur petit combat (Zorian prétendit qu’il y avait égalité, Taiven proclama qu’elle avait totalement gagné), Taiven insista pour qu’ils fassent d’autres combats pour résoudre le problème, et Zorian ne vit aucune raison de refuser. Il perdit tous les combats suivants, évidemment. Taiven était suffisamment forte pour le vaincre en mode force brute si elle le voulait, et il n’avait plus l’élément de surprise avec lui. Mais il trouva quand même qu’il s’était bien défendu, car Taiven avait dû faire des efforts cette fois-ci pour gagner. Même elle avait dû admettre que s’il prenait ses adversaires par surprise et se montrait décisif dans ses sorts d’ouverture, il pourrait même tuer des mages de combat professionnels. Elle le prévint tout de même qu’il pourrait facilement tomber dans l’illégalité de cette façon. La guilde des mages voyaient vraiment d’un très mauvais œil les personnes qui faisaient usage d’une force létale dans les combats, même en situation de légitime défense.

Et de toute façon, il avait enfin compris ce que Xvim attendait de lui, donc ça en avait bien valu la peine. Il connaissait déjà le plus gros de l’astuce, donc il ne lui fallut que quelques heures pour réussir à créer un nuage de mana diffus autour de sa tête. Bien sûr, il n’arriverait pas vraiment à l’utiliser pour sentir des sources de mana dans l’état, mais une bille était également un objet physique. C’est pourquoi, quand vint vendredi et que Xvim lui dévoila son incroyable méthode d’entraînement, Zorian identifia calmement les directions des billes qui passaient à côté de lui (ou occasionnellement sur lui). Xvim ne fut pas impressionné, bien sûr. Il commença à lancer encore plus rapidement des billes sur lui, lui demandant leur amplitude relative en émission de mana. Zorian ne pouvait pas encore le faire, bien sûr, car il les ressentait par des moyens bien trop rudimentaires. Mais il n’était pas trop inquiet. Maintenant qu’il savait quoi faire, il était certain de maîtriser l’exercice un jour ou l’autre. Peut-être même avant la fin de la boucle, à moins que Zach ne décide de se mesurer à un autre dragon ou quelque chose d’autre d’aussi fou.

Heureusement, l’objectif principal de Zach en ce moment était d’organiser un genre de ‘soirée reine de toutes les soirées’ qui impliquait d’inviter toute la classe dans son manoir lors du festival d’été. Comme Zorian était conscient de la boucle temporelle, il était le seul à comprendre ce que Zach était en train de faire. Il faisait de son mieux pour mettre en sécurité un maximum d’étudiants sans avoir à leur expliquer quoique ce soit. Par contre, Zorian n’avait aucune idée de ce que Zach comptait faire avec toutes ces gens quand l’attaque commencerait, ou comment il prévoyait de s’occuper d’Ilsa qui insistait constamment pour que tout le monde participe au bal.

Trois jours passèrent, et Zorian retourna dans les égouts. Il trouva rapidement et facilement les aranéas, puisque cette fois elles s’attendaient à sa visite. Tous ses doutes d’être pris au sérieux furent dissipés lorsque la sentinelle qu’il avait rencontrée l’amena à une silhouette familière. La matriarche avait décidé de lui parler en personne, plutôt que de projeter ses esprits à travers l’une de ses subordonnées.

[Eh bien, j’ai eu le temps de digérer les souvenirs que mon… ‘autre moi’ m’a envoyée,] commença la matriarche. [L’histoire n’est pas aussi improbable que l’on pourrait le penser, et les souvenirs contenaient des preuves très sérieuses. Je suppose que l’on devrait ‘échanger nos histoires’, maintenant, non ? De ta propre expérience, je ne connais que l’aspect superficiel que tu as raconté à tes amis, et tu ne connais que quelques éléments mineurs de pourquoi je ne trouve pas farfelue l’histoire du voyage temporel.]

[Ça a du sens…] dit Zorian prudemment.

[Mais tu voudrais que je commence,] devina la matriarche. [Très bien. La première chose que tu devrais savoir est que ma toile est en conflit avec vos ‘envahisseurs’ depuis plusieurs mois maintenant. Ils étaient des adversaires énervants, mais gérables… jusqu’à il y a une semaine. Ils ont alors développé des talents assez déroutants de précognition sur nos tactiques et capacités. Ils avaient même des contres à des compétences secrètes qui étaient transmises de matriarche en matriarche pendant des générations, et qui n’avaient jamais été utilisée depuis les temps anciens. Ils savaient même contrer des capacités personnelles propres à certaines aranéas particulières. Ils semblaient savoir comment nous allions réagir en réponse à leur menace croissante et leurs tactiques agressives. En gros, la quantité d’informations qu’ils ont à notre sujet est tout simplement impossible. Crois-le ou non, mais le voyage temporel fut sérieusement considéré comme une méthode possible à leur disposition pour obtenir leurs informations.]

[Pas les divinations?] demanda Zorian.

[Nous connaissons les divinations, gamin,] dit la matriarche. [S’il y a bien une branche de la magie dans laquelle nous excellons à part les arts de l’esprit, c’est bien celle-là. Mais c’est bien que tu mentionnes les divinations, car elles contiennent également une pièce du puzzle. Tu sais, notre toile essaye de manière régulière de prédire le futur avec les divinations, avec divers degrés de réussite. Les événements les plus disruptifs tendent à rendre nos prévisions futures inutiles. Qu’est-ce que tu crois qu’il s’est passé quand nous avons utilisé les divinations cette semaine?]

[Elles n’ont pas fonctionné?]

[Oh, elles ont bel et bien fonctionné. Elles donnèrent des résultats très différents à chaque fois que nous répétions les prévisions, peu importe le temps passé entre deux divinations successives. Mais elles ont fonctionné, tant que l’on essayait pas d’étendre les prévisions au-delà du jour du festival d’été. Après cette date, les divinations ne donnaient plus aucun résultat. À chaque fois. Comme si tout cessait d’exister au-delà de cette date.]

Zorian déglutit. Il s’était souvent demandé ce qu’il se passait quand la boucle temporelle se réinitialisait, mais il avait finalement admit que la question n’aurait sans doute jamais de réponse. Il ne savait pas s’il devait être soulagé de ne pas laisser un corps sans âme dans un genre de réalité alternative, ou perturbé que tout était absolument effacé lorsque la boucle recommençait.

[Je suis surpris de n’avoir rien entendu à ce sujet,] remarqua-t-il. [On pourrait penser que certains oracles humains auraient remarqué quelque chose comme ça.]

[Tu sous-estimes la difficulté que représente de prévoir le futur,] dit la matriarche. [Il faut vraiment être très doué pour lire le futur, et le processus est pénible et prend du temps. En plus, les résultats sont souvent inutiles, ou pire, trompeurs. Et même si tu t’embêtes à lire le futur, la plupart du temps tu ne le feras que sur quelques jours, car les prédictions deviennent de moins en moins fiable lorsque l’on étend la portée. Mes congénères aranéas se plaignent constamment que ce genre de prévisions sont une perte de temps, et que nos oracles n’ont qu’une faible précision dans leurs prédictions. Mais oui, j’imagine que tu as raison. Il y a probablement des organisations humaines qui ont réalisé les divinations et sont tombées sur le problème, mais qui sont restées silencieuses pour un certain nombre de raisons. Personne n’aime un prophète de malheur… enfin, personne qui possède de l’autorité. Ça serait bien d’avoir une confirmation de nos découvertes, mais je suspecte que peu d’oracles se sentiraient confortables de partager leurs secrets avec un groupe d’araignées géantes. Peut-être si un certain jeune mage avec un intérêt pour les divinations irait leur parler?]

[Je vais voir ce que je peux faire,] dit Zorian.

[Je vais te donner une liste de noms,] dit la matriarche. [Je te propose maintenant de nous donner quelques détails sur la boucle temporelle et les expériences que tu as vécues depuis que tu y es coincé.]

Zorian leur donna un résumé basique de la situation, laissant plusieurs détails qu’il considérait peu pertinents et surtout un peu trop personnels. La matriarche ne lui avait également donné qu’une version très épurée, donc il ne se sentait pas trop mal de faire ça.

[Ce lien entre toi et Zach n’est vraiment pas pratique,] remarqua la matriarche. [Je ne te blâme pas de ne pas vouloir tenter ta chance à ce sujet, mais tu es sûr de ne pas pouvoir parler à Zach sans que le lien d’âme ne se renforce ? Qui sait les choses qu’il connaisse au sujet de la boucle, et de toute cette histoire ? Peut-être que si tu l’informes de tes craintes, il acceptera de maintenir ses distances.]

Zorian n’en était pas aussi sûr. Il savait que Zach pensait bien faire, mais il avait toujours eu des problèmes avec la patience et la maîtrise de soi, et aucune de ses précédentes rencontres avec lui ne l’avait convaincu qu’il avait grandement changé de ce point de vue là. Zach trouverait probablement un autre voyageur temporel extrêmement fascinant, et aurait poussé les frontières jusqu’à ce que le lien d’âme s’active entièrement où prouve qu’il était inoffensif.

[Je suis surpris que vous n’ayez pas encore récupéré ses souvenirs en lisant son esprit,] remarqua Zorian. [N’est-il pas un, heu, faible d’esprit?]

[Il n’est pas télépathe, mais il sait protéger son esprit,] dit la matriarche, absolument pas gênée d’admettre qu’elle avait déjà essayé de lire ses pensées. [Ses défenses ne sont pas infranchissables, mais sont suffisantes pour que je ne puisse pas lire plus que ses pensées superficielles. Maintenant arrête d’éviter la question.]

Zorian soupira. [Tout ce que j’ai trouvé sur les liens d’âme suggère que ce n’est pas ça qui existe entre moi et Zach. Les liens d’âme sont apparemment assez flagrants, même pour les sorts de détections les plus basiques. Mon instructeur en divination, dans une boucle précédente, m’a montré un sort pour détecter les liens d’âme et je l’ai utilisé plusieurs fois à l’académie. Chaque étudiant avec un familier était clairement connecté à son partenaire, et j’ai pu voir le lien également entre les deux jumeaux liés par l’âme. Il n’y a absolument aucun lien entre moi et Zach que je puisse voir. C’est impossible qu’un effet secondaire accidentel d’un sort offensif de mutilation d’âme ait des effets aussi sophistiqués quand même des liens d’âme proprement créés sont facilement dévoilés par les sorts de détection.]

[Étrange,] dit la matriarche. [Si ce n’est pas un lien d’âme, qu’est-ce que c’est alors?]

[Kael pense que quand la fusion d’âme a été interrompue par nos morts, le lien entre nous a été coupé plutôt que soigneusement démêlé. Par conséquent, une partie de l’âme de Zach a probablement été fusionnée à la mienne, et le contraire est probablement vrai du côté de Zach. La fonction de contrôle de la boucle temporelle fut probablement confuse à ce moment-là, et plutôt que de décider lequel d’entre nous était le vrai Zach, elle a décidé de simplement nous mettre tous les deux dans la boucle.]

[Ça expliquerait pourquoi Zach était absent lors des premiers recommencements, et pourquoi il était si malade lorsqu’il est finalement arrivé,] dit la matriarche. [Vous avez probablement passé tous les deux un certain nombre de recommencements dans un coma pendant que vos âmes guérissaient et intégraient les parties étrangères, mais quand le sort fut interrompu il a probablement subi beaucoup plus de dégâts sur son âme que toi.]

[C’est vrai, ça l’expliquerait bien,] approuva Zorian. [Et puis, honnêtement, c’est l’explication la plus plausible que j’ai.]

[Alors pourquoi tu ne veux toujours pas parler à Zach?] demanda la matriarche. [Oh, je vois… le troisième voyageur temporel.]

[Oui. Je pense que c’est assez évident à ce stade qu’il y a au moins encore une personne dans la boucle temporelle, avec moi et Zach. Cette personne aide les envahisseurs et a une avance que seuls les dieux connaissent sur moi en termes de temps passé à l’intérieur de la boucle, donc je ne veux pas attirer leur attention. Et ils savent pour Zach. Enfin, ils devraient. Il n’a jamais été très secret sur son statut de voyageur temporel, ni sur ses activités. Mais ils ne font rien à son sujet. Zach essaye clairement de repousser les envahisseurs, alors pourquoi le laisser tranquille?]

[Peut-être parce que ses actions n’auront pas d’influence sur le long terme,] devina la matriarche. [D’après ce que tu m’as dit, il essaye de devenir assez fort pour affronter par lui-même l’armée des envahisseurs. Il y a peu de chance que cela se produise un jour, même s’il a un temps potentiellement infini pour se préparer.

[Ça, et il a peut-être déjà été neutralisé,] dit Zorian. [Je suis certain que Zach est le personnage clef dans cette histoire de voyage temporel. Pour moi, il est le voyageur temporel originel. Il a tellement de potentiel en termes d’argent, d’héritage familiale, de réserves en mana et ainsi de suite, qu’il peut bénéficier de cette boucle temporelle mieux que quiconque, et je ne pense pas que ça soit accidentel. En plus, si je suis effectivement dans cette boucle c’est potentiellement parce que j’ai un morceau de l’âme de Zach en moi, cela veut bien dire que la boucle temporelle le considère comme la cible légitime du sort. Le truc, c’est que ses actions indiquent une absence totale de grand plan directeur ou de but, comme s’il avait simplement été jeté dans la boucle sans avertissement ou information.]

[Tu penses que ses souvenirs ont été modifiés,] déduisit l’aranéa.

[Je pense que Zach a confié son secret à la mauvaise personne,] dit Zorian. [Ils ne pouvaient pas simplement se débarrasser de Zach, car comme je l’ai dit, il est indispensable à l’existence de la boucle, mais ils peuvent l’éliminer en tant que menace. Détourner son attention vers des sujets inoffensifs, ce genre de choses. Mais je ne suis pas Zach. Je ne suis pas essentiel à cette boucle temporelle, et ils peuvent se débarrasser de moi quand ils le veulent. Si je parle à Zach, et que notre conversation est écoutée, ou si Zach est incapable de se taire devant les mauvaises personnes, je pourrais être… supprimé.]

[Eh bien…] dit la matriarche. [Tu es clairement un humain très paranoïaque . Mais bon, c’est peut-être la seule raison pour laquelle tu possèdes encore la totalité de ta mémoire, donc je ne devrais pas juger. Tu réalises que tu vas devoir parler à Zach au bout d’un moment, pas vrai?]

[J’espère pas avant d’avoir identifié le troisième voyageur temporel,] dit Zorian.

[Alors nous devrions faire de la recherche de cette personne la priorité numéro une,] dit la matriarche.

[Comment?] demanda Zorian. [Je ne sais même pas par où commencer. Ça pourrait être n’importe qui.]

[Vu que tu as dit que Zach a réussi à tuer le vieux Oganj tout seul, ce n’est clairement pas ‘n’importe qui’.]

[Mais il n’était pas toujours aussi fort,] fit remarquer Zorian. [Lors de ses premiers recommencements, n’importe quel mage aurait pu le battre, même certains de nos camarades de classe. D’ailleurs, ça pourrait être un cas de trahison plutôt que de simplement perdre en combat. Quelqu’un aurait pu le droguer, ou l’attirer dans une un piège très lourdement protégé.]

[Même un camarade?] demanda pensivement la matriarche. [C’est intéressant. N’as-tu pas dit que Zach était assez obsédé sur le fait d’en apprendre plus sur le reste de ta classe ? Ça ne le dérange sûrement pas de partager ses secrets avec l’un d’eux, surtout qu’ils ne sont ‘que’ des étudiants. Est-ce que tu les connais bien, globalement ? Est-ce que l’un d’eux agit de manière étrange?]

[Je… je ne suis proche d’aucun d’entre eux,] admit Zorian. [Je ne pense pas que je le saurais, si l’un d’eux commençait à se comporter de manière étrange, tant qu’ils ne font pas un 180 au niveau de leur comportement. Il y en a l’un ou l’autre dont je suis sûr qu’ils ne sont pas des voyageurs temporels mais…]

[Essaye d’enquêter,] lui dit la matriarche. [Ça serait extrêmement embarrassant si finalement le troisième voyageur temporelle se cachait parmi tes camarades depuis le début, non ? Essaye de voir aussi si tu peux en relier l’un ou l’autre aux envahisseurs.]

La matriarche donna ensuite une liste d’oracles humains qui pourraient être au courant des irrégularités des prévisions du futur, et ils se mirent d’accord pour se revoir dans trois jours. Zorian fut un peu agacé que le sujet de son empathie n’ait jamais été évoqué, mais il se dit que la matriarche voulait d’abord voir à quel point il pouvait être utile aux aranéas avant qu’elle ne prenne du temps à lui enseigner ses arts de l’esprit (potentiellement secrets).

C’était agréable d’avoir quelqu’un de son côté dans tout ce bordel. Il espérait simplement qu’il ne faisait pas la même erreur avec l’aranéa que Zach avait faite avec la personne derrière l’invasion.


Cet article comporte 3 commentaires
  1. La suite…La suite …Mithestral ne nous trahi pas … On t’aime et on aime ce que tu fais … 22:24 …si avant minuit … Argh « Maman encore un peut s’il te plait ! » heu je disait quoi ? ah oui … S’il te plait … ma drogue…

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