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Mother of Learning, chapitre 39

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Traducteur : Mithestral


Chapitre 39 : Coïncidences suspectes

 

Zorian regardait son tourmenteur en silence, aussi décontracté et impassible que possible quand confronté à un homme aussi déraisonnable et sans pitié. Xvim le regardait en retour, son visage étant l’image même d’un sang-froid inébranlable rendant ridicule en comparaison les efforts de Zorian pour paraître stoïque. Mais il n’allait pas craquer. Il n’avait pas craqué. Il avait (au bout du compte) répondu à toutes les exigences ridicules de Xvim sans jamais s’emporter contre lui. Bien sûr, cela n’avait pas du tout impressionné son mentor, même lorsqu’il avait démontré des talents de façonnage incroyablement développés pour un étudiant en troisième année, mais il s’y était attendu.

Ils continuèrent de se regarder l’un l’autre pendant plusieurs secondes, en silence.

« C’était… » commença finalement Xvim, « … absolument exécrable. Vous êtes inflexible, lent, et pourtant paradoxalement impatient. Je vois en vous une tendance à aller trop loin, monsieur Kazinski. Vous avez travaillé des disciplines magiques complexes sans la base solide nécessaire. C’est un problème récurrent avec les mages de votre âge, certes, mais ‘tout le monde le fait’ n’a jamais été une excuse valable pour quoi que ce soit. Nous allons devoir travailler sur ça avant d’aborder quelque chose de plus substantiel. »

« Bien sûr, monsieur, » dit calmement Zorian. « Soyez certain que je vais mettre en pratique tout ce que vous m’avez montré une fois rentré chez moi. »

« Bien. J’espère une meilleure performance lors de notre seconde session, » dit Xvim, se penchant à nouveau en arrière avant de lui faire un signe de la main. « Vous pouvez sortir. »

Zorian acquiesça avec sérieux, se leva lentement de sa chaise et fuit le bureau aussi rapidement qu’il le pouvait tout en essayant de cacher qu’il était pressé de partir. Ce ne fut que lorsqu’il ferma la porte et s’était déjà légèrement éloigné qu’il se détendit enfin.

Cela aurait pu mal se passer. Très, très mal. Il savait que c’était un risque d’essayer de lire l’esprit de Xvim, mais ce dernier l’avait tellement énervé qu’il n’avait pas pu s’en empêcher. En plus, quelle était la probabilité que Xvim décide de protéger son esprit pour une rencontre avec l’un de ses étudiants ? Apparemment, elle était assez élevée, car Zorian était tombé sur un puissant bouclier mental lorsqu’il avait essayé de lire les pensées de son mentor. Il s’arrêta immédiatement, terrifié à l’idée que sa sonde télépathique ait été repérée par Xvim, mais apparemment, ses défenses lui donnaient suffisamment peu de feedback pour que la discrète attaque de Zorian passe inaperçue. Enfin, c’était soit ça, soit il avait remarqué la sonde, mais avait décidé de ne rien dire, mais cela ne semblait pas probable. Si cela avait été le cas, il aurait fait au moins une remarque narquoise ou deux pour lui signifier à quel point sa tentative avait été pitoyable, même s’il n’avait pas été gêné par la tentative en elle-même.

C’était cependant vraiment très intéressant que Xvim avait décidé de protéger son esprit pour leur rencontre. Xvim était-il l’un de ces mages qui gardaient leurs esprits protéger constamment ? Ou était-il au courant des talents de Zorian ? Il y avait beaucoup de possibilités. Zorian se fit une note mentale de rentrer la semaine prochaine dans le bureau de son mentor sans y être invité, juste pour voir si Xvim avait un bouclier mental, même lorsqu’il ne s’attendait pas à une visite de Zorian.

Il réfléchissait encore à Xvim lorsqu’il arriva chez Imaya, et il réalisa qu’il pouvait sentir les esprits de Nochka et de sa mère à l’intérieur de la maison, ce qui sortit le sujet de son mentir de sa tête. Il rentra et se rendit directement dans la cuisine, où il savait par son sens mental que se trouvaient Imaya et Rea. Il les trouva assises autour de la table à manger, bavardant en mangeant des cookies et buvant… de l’alcool de prune ?

Bref, peu importait. Après les avoir saluées, il essaya de demander à Rea la raison de sa visite en essayant de ne pas paraître malpoli et accusateur. D’après le regard de travers que lui lança Imaya, il n’y parvint pas vraiment, mais Rea ne sembla pas gênée.

« Nochka s’impatientait de votre prochaine visite, donc j’ai décidé de l’emmener plutôt voir Kirielle, » expliqua-t-elle. « De plus, ce n’est pas très juste de vous faire perdre votre temps en emmenant à chaque fois votre sœur chez moi. Vous êtes un étudiant en magie, avec de nombreuses obligations en plus de l’académie, de ce que j’ai compris, alors que je ne suis qu’une femme à la maison avec beaucoup de temps libre. »

‘Une simple femme à la maison’, bien sûr. Si elle était vraiment ce qu’elle prétendait être, il allait… eh bien, il ne ferait rien, mais il serait choqué. C’était possible, mais elle avait trop de confiance en soi et une trop grande maîtrise de ses émotions pour être une femme à la maison ordinaire.

« Quant à moi, je n’ai aucun problème à ce que Nochka vienne de temps en temps, » rajouta Imaya. « Donc tu n’as pas à t’inquiéter de ma réaction. »

« Je vois, » dit doucement Zorian. Il regarda Rea, et elle lui rendit un regard déterminé. Même si son empathie ne détectait aucune intention hostile, et elle n’avait rien fait de particulièrement menaçant, il était troublé par elle. Il réalisa que c’était son langage corporel : même si sa posture était relâchée, elle ne bougeait pas d’un pouce.

Il prit immédiatement la décision de prendre un risque pour la seconde fois aujourd’hui et de lire ses pensées de surface. Il ne voulait pas s’habituer à violer l’intimité mentale des personnes autour de lui, mais si une personne représentait une menace potentielle, il trouvait que c’était justifié. Et Rea lui semblait suffisamment suspecte pour le moment.

L’esprit de Rea n’était pas protégé, et elle ne donna aucune indication qu’elle avait détecté son intrusion. Pour autant, il ne dégagea aucune information de ses pensées. Elle n’était pas très introspective en ce moment, ne faisant remonter aucune pensée incriminante. Elle semblait essentiellement l’étudier lui, pendant qu’il faisait de même pour elle. Tout comme Zorian voyait qu’elle n’était pas une femme à la maison ordinaire, elle semblait également consciente qu’il était tout sauf un étudiant normal.

Il décida de lui faire parler de ses origines et de sa situation actuelle, espérant guider ses pensées sur un chemin qui révèlerait sa réelle identité. De plus, leur observation mutuelle silencieuse semblait rendre Imaya de plus en plus inconfortable, donc à défaut d’autre chose il devait briser le silence pour la rassurer un peu.

« Vous savez, je réalise simplement que je ne vous ai jamais demandé pourquoi vous et votre famille avez déménager à Cyoria, » dit Zorian. « Je parie que c’est une histoire fascinante… »

Pendant la demi-heure suivante, Zorian discuta avec Rea de sa vie et des événements récents, avec Imaya qui participait de temps en temps pour donner son opinion. Malgré ses efforts, Zorian ne parvint pas à découvrir le moindre secret grâce aux pensées de Rea. Son esprit était trop concentré sur ce qu’elle disait pour qu’apparaissent des réflexions plus profondes ou des pensées s’éloignant du sujet. La seule chose que Zorian pouvait dire avec certitude était qu’elle ne lui avait pas menti une seule fois pendant leur discussion. L’histoire selon laquelle sa famille avait déménagé d’un petit village rural vers Cyoria par recherche d’une vie meilleure dans la grande ville était quelque chose en laquelle elle croyait honnêtement, plutôt qu’une couverture clichée. Son mari avait voulu un travail mieux payé qu’il ne pouvait pas obtenir dans leur précédente localisation, Rea avait voulu s’éloigner de ses voisins plutôt désagréables qui propageaient dès qu’ils le pouvaient de sales rumeurs sur elle, et ils avaient été tous les deux mécontents de l’état de l’école du village, et voulaient mieux pour Nochka. Donc ils avaient déménagé. Aussi simple que cela. Ils étaient actuellement en train de s’installer à Cyoria, et ils avaient donc quelques problèmes d’argent, mais Rea ne sembla pas très inquiète à ce sujet, affirmant que ce n’était que temporaire.

Mais il parvint quand même à découvrir deux détails intéressants. Premièrement, Rea avec une ouïe incroyablement fine. Tout au long de leur conversation, elle parvenait curieusement à suivre la conversation entre Kirielle et Nochka qui se trouvaient dans une autre partie de la maison, séparée de la cuisine par un couloir et deux portes fermées. Zorian lui-même ne pouvait pas entendre le moindre mot des deux filles, peu importe à quel point il se concentrait sur ce que ses oreilles lui transmettaient. Deuxièmement, même si Rea ne savait pas qu’il lisait ses pensées, elle était très douée pour interpréter ‘à l’ancienne’ l’humeur des personnes et leurs intentions. Elle avait compris relativement rapidement qu’il était très suspect à son égard et qu’il essayait de l’interroger.

Et elle trouva cela amusant. Très, très amusant.

Zorian fut finalement forcé d’admettre sa défaite, sortit de l’esprit de Rea et s’excusa avant de quitter la table. Au moins il était rassuré que Rea ne semblait pas avoir de sinistre plan pour lui et Kirielle, ce qui était tout ce qui l’intéressait vraiment à son sujet. Elle pouvait bien garder ses secrets, tant que ces derniers ne l’impliqueraient pas plus tard.

« Ah, oui, j’ai presque oublié, » dit Imaya alors qu’il s’apprêtait à partir. « Kael a dit qu’il voulait te parler lorsque tu rentrerais. Il est dans la cave en ce moment, en train de bricoler à nouveau avec son équipement d’alchimie. »

Après l’avoir remercié de l’avoir informé, Zorian descendit à la cave pour voir ce que Kael lui voulait. Cela pouvait être plusieurs choses ; il avait présenté plusieurs problèmes au morlock depuis qu’ils s’étaient rencontrés lors de ce recommencement, et il pouvait se considérer chanceux que Kael fut aussi raisonnable et réfléchi sur ce qu’il avait appris. Il devait admettre, avec embarras, qu’il ne l’aurait probablement pas pris aussi bien si leurs rôles avaient été inversés.

Mais, encore une fois, il avait l’impression que la bonne volonté apparente de Kael était motivée par la cupidité. Il était certain que Kael voyait la boucle temporelle non pas comme une anomalie terrifiante, mais plutôt une occasion fantastique qu’il pouvait utiliser pour développer immensément ses compétences et ses connaissances s’il jouait correctement ses cartes. Cela l’avait sans aucun doute influencé à accepter l’histoire de Zorian comme étant la vérité. Et justement…

 

Partie 2

« Ah, tu es là, » le salua Kael. « Est-ce que tu as les ingrédients que je t’ai demandé ? »

« Ouaip, » répondit Zorian, sortant de son sac une boîte en bois remplie d’ingrédients alchimiques.

« Tu n’as pas eu de problèmes ? » demanda Kael, prenant la boîte et l’ouvrant immédiatement pour en examiner le contenu. Il sortit l’une des bouteilles, celle remplie d’une sorte d’encre noire, et la plaça à la lumière pour vérifier quelque chose.

« Non. Le commerçant m’a regardé d’un air étrange lorsque j’ai acheté autant d’ingrédients chers, mais il n’a rien dit. Mais je crois qu’il vaut quand même mieux se procurer la prochaine fournée d’ingrédients dans un autre magasin. »

« Probablement, » acquiesça Kael, remettant la bouteille dans la boîte et refermant celle-ci.

Zorian ne reçut aucune offre de remboursement pour ses dépenses. L’une des premières exigences que Kael avait eu lorsqu’il décida que cette histoire de la boucle n’était peut-être pas complètement farfelue était que Zorian finance du mieux qu’il le pouvait ses expériences. Il comprit les demandes de Kael pour ce qu’elles étaient : non seulement une façon pour le morlock de s’assurer de davantage de financement, mais également un challenge pour Zorian, une façon de prouver qu’il croyait ce qu’il racontait. Après tout, s’il croyait vraiment en son histoire de boucle temporelle, cela ne dérangerait pas de dépenser tout son argent comme ça, pas vrai ?

Kael plaça la boîte sur le bureau, au milieu de nombreuses autres boîtes, bols en céramiques, bouteilles en verre et d’autres instruments d’alchimie. Il sembla perdu dans ses pensées un moment, ses yeux bleu clair scannant rapidement le reste de la cave, avant de se concentrer à nouveau sur sa conversation avec Zorian.

« À quelle fréquence penses-tu être capable d’en acheter d’autre ? » demanda-t-il.

« Eh bien… j’hésite à répondre ‘aussi souvent que tu as besoin’, car je suis certain que tu peux dilapider une quantité astronomique d’argent si tu y vas à fond, mais je suis relativement riche en ce moment. Grâce à la boucle temporelle, j’ai trouvé une façon très rapide pour extraire une grande quantité de mana cristallisé des sous-sols de Knyazov Dveri, et vendre ces cristaux m’a rapporté beaucoup de liquidité, » expliqua Zorian. « Donc… deux ou trois boîtes comme celle-ci par jour, si nécessaire ? Peut-être plus, mais je pense vraiment que cela serait une mauvaise idée, puisque je ne me pense pas capable d’éviter d’attirer l’attention si je commençais à acheter autant de matériaux rares. »

« Je… vois…, » dit lentement Kael, clairement un peu surpris par l’information. « C’est beaucoup vraiment beaucoup d’argent. Par curiosité, pourquoi tu t’embêtes à en rassembler autant ? Pour financer tes propres expériences ? »

« En partie, » admit Zorian. « C’est sûr que ça rend les choses beaucoup plus faciles quand on peut dépenser sans compter. On gagne du temps. Et oui, je sais que c’est étrange que cela représente un problème quand on est coincé dans une boucle temporelle. »

« Et l’autre partie ? »

« Par cupidité, je crois, » dit Zorian. « Quand je sortirai enfin de la boucle temporelle, je veux que la question de l’argent soit réglée et que je n’ai plus jamais à m’en soucier. C’est probablement pas la meilleure utilisation de mon temps, mais… »

« Ne t’inquiète pas, je te comprends parfaitement, » dit Kael, un léger sourire aux lèvres. « Je ne pourrais probablement pas m’en empêcher moi-même. En fait, j’aurais probablement commencé bien plus tôt que toi, même avec la menace d’autres voyageurs temporels et l’existence d’autres problèmes pressants auxquels tu es confronté. Il y a un si grand nombre de mes problèmes qui disparaîtraient si j’avais un million ou deux… »

« Eh bien, tu es un alchimiste, » dit Zorian. « C’est une profession qui est, depuis toujours, extrêmement chère, à moins d’être l’un de ces alchimistes qui se limitent aux composants qu’ils peuvent faire pousser eux-mêmes ou récolter dans la nature. C’est tout à fait sensé que tu veuilles devenir riche si tu le pouvais. »

« Peut-être. Mais je ne crois pas que je serais aussi efficace que toi, et de loin. Enfin, pas sans me mettre à voler. Je n’aurais jamais pensé à chercher du mana cristallisé. Je me demande bien pourquoi les gens sont prêts à payer autant pour ça. »

Zorian lui donna un regard curieux. « C’est un peu étrange d’entendre un alchimiste demander ça. Je suis certain que la poudre de mana cristallisé est un ingrédient extrêmement important pour des potions. »

« Pas le genre de potions que je crée, » dit Kael en secouant la tête.

« Ah. Eh bien, le mana cristallisé est concrètement du mana ambiant sous forme solide. C’est plus difficile de l’utiliser que le mana ambiant, car il doit d’abord être briser et transformé en sa forme éthérée avant de pouvoir l’utiliser pour alimenter quoique ce soit, mais c’est vraiment très pratique comme une batterie de mana. La plupart des batteries de mana, comme celles faites avec les formules de sort, perdent tout mana stocké en quelques jours, maximum une semaine. Alors que d’un autre côté, le mana cristallisé, est parfaitement stable dans des conditions normales. C’est vraiment très pratique si tu veux, par exemple, alimenter un objet magique puissant, ou un système de protection magique, de manière indépendante du niveau de mana ambiant. »

« Ah, donc c’est les cristaux que les nouveaux trains utilisent comme carburant, » dit Kael.

« Oui, » confirma Zorian. « J’ai entendu que l’utilisation de mana cristallisé comme carburant des trains a fait grimper les prix récemment, et beaucoup de personnes s’en inquiètent. Par contre, c’est très pratique pour moi. »

« Dommage que ce n’est utile que pour alimenter des objets, » dit Kael. « Ça aurait été sympa de pouvoir avoir un genre de pile à mana qui prendrait le relais lorsque tu épuises tes réserves personnelles. Tu as déjà étudié la possibilité de créer quelque chose du genre ? Même si cela ne dure que quelques semaines, ça devrait être suffisamment utile pour toi. »

« Bien sûr que j’ai étudié cette possibilité, » clama Zorian. « C’est impossible. Le mana personnel perd rapidement son affinité avec son créateur une fois dépensé. Il devient indiscernable du mana ambiant en quelques minutes. »

« Ah. »

« Ouais. Et y a-t-il des solutions alchimiques ? Une potion qui augmente ta régénération de mana, ou te donnes un boost temporaire de mana, ou quelque chose du genre ? »

« J’en doute. Je crois que nous aurions tous entendu d’une telle potion si elle était disponible. Mais c’est possible, je suppose, surtout s’il y a de lourds effets secondaires à sa consommation. Tu devrais probablement interroger Lukav sur ce sujet ; s’il y a bien quelqu’un qui peut répondre à cette question, c’est lui, » dit Kael. Il se tortilla de manière inconfortable. « Et puisqu’on est sur le sujet de Lukav, j’ai une sorte de… requête personnelle. »

« Je t’écoute, » dit Zorian, curieux.

« Ok… » commença Kael. « Quand je t’ai donné une liste de personne à consulter au sujet de la magie de l’âme, je ne t’ai pas vraiment donné une liste d’étrangers. Nous n’étions pas vraiment meilleurs amis, mais je connaissais ces personnes. On avait une histoire commune, nous nous rencontrions de temps en temps pour échanger des nouvelles, ce genre de choses… Et quand j’ai appris que quelqu’un cherchait à les kidnapper et à les tuer, j’étais très énervé. »

Zorian grimaça. Maintenant que Kael le disait, il s’était montré plutôt insensible lorsqu’il lui avait raconté les disparitions à Knyazov Dveri, pas vrai ? Ce n’était pas simplement un autre mystère inquiétant pour Kael, mais une attaque pure et simple envers lui et ses compères.

« Je ne suis pas fâché contre toi, » rajouta immédiatement Kael. « Je comprends que tu as beaucoup de choses sur le feu, et que rester en vie et comprendre ce qu’il se passe avec la boucle temporelle est prioritaire sur tout le reste. Mais j’apprécierais vraiment si tu pouvais enquêter sur ces assassins et trouver une façon de les mettre définitivement hors d’état de nuire.

« Bien sûr, » accepta immédiatement Zorian. « J’en avais tout à fait l’intention. J’ai simplement repoussé mon enquête jusqu’à ce que je me sois occupé de problèmes plus pressants et que je me sois amélioré en combat magique. »

En plus, il avait déjà compris qu’enquêter sur les forces des envahisseurs présentes ici, à Cyoria, l’aiderait à résoudre le mystère des assassinats. Ces deux choses étaient clairement connectées ; il s’agissait même peut-être de deux aspects de la même opération.

« Je vois. Ça m’enlève un poids, » dit Kael en expirant lourdement. « S’il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour t’aider, fais-moi signe. Je suis toujours en train de me renseigner, mais je crois que je peux mettre la main sur deux ou trois recettes de sérums de vérité. »

« J’ai déjà ma propre magie d’interrogation, mais j’imagine que ce n’est jamais une mauvaise chose de multiplier ses options, » dit Zorian. Pour être honnête, les sérums de vérité étaient probablement plus efficaces que ce à quoi il pensait, du moins à ce stade de l’enquête, mais il avait vraiment besoin de développer sa capacité à lire les souvenirs des gens, donc il hésitait à les utiliser. « Garde à l’esprit que Lukav sait déjà comment faire un sérum de vérité, donc si tes discussions échouent, je peux te téléporter à son village et tu peux avoir une discussion amicale avec lui. Peut-être sera-t-il prêt à partager ses connaissances. »

« Il sait en fabriquer ? Le vieux cachotier s’est bien gardé de me le dire, » grommela Kael. « Mais bon, ça me rappelle bien que Lukav est loin d’être une victime sans défense, tout comme son ami prêtre. Ça pourrait être une bonne idée de les impliquer dans l’enquête, ils pourraient être parfaitement capables de s’occuper des assassins par eux-mêmes si tu leur donnes suffisamment d’information. »

C’était vraiment une idée intéressante. Il serait difficile de s’assurer de la coopération d’Alanic sans tout lui avouer, mais les avantages seraient considérables. Il allait devoir sérieusement y réfléchir lorsqu’il se pencherait sur le problème du manoir Iasku et des disparitions autour de Knyazov Dveri.

« Bien, » dit Kael après plusieurs secondes de silence, déverrouillant l’un des tiroirs de sa table de travail pour en sortir un cahier bon marché. « Maintenant qu’on a parlé de ça, j’aimerais discuter d’un autre sujet désagréable avec toi : ton marqueur d’âme. »

Soudainement alerte, Zorian se raidit un peu. Pour être honnête, lorsqu’il avait parlé à Kael de son marqueur d’âme et avait autorisé le morlock à exécuter un scan de son âme, il ne s’était pas attendu à grand-chose. Kael était peut-être un nécromancien, mais il restait un nécromancien amateur. Mais il s’était dit que cela ne ferait pas de mal de lui faire un peu confiance : Lukav et Alanic étaient tout deux très spécialisés pour ce qui était de leur expertise en magie de l’âme ; il était parfaitement possible qu’ils aient raté quelque chose qu’un nécromancien à part entière, même novice, trouverait évident. Cela semblait être effectivement le cas.

« Qu’y a-t-il ? » demanda-t-il avec une excitation à peine camouflée.

Kael soupira et déposa le cahier dans la main de Zorian. Ce dernier le feuilleta rapidement, mais réalisa qu’il ne comprenait rien qui s’y trouvait. Il était rempli de diagrammes qu’il ne connaissait pas et de jargon étranger, entrelacés de bref paragraphes qui ne voulaient rien dire sans avoir le contexte pour les comprendre. Il regarda Kael d’un air ennuyé.

« Je vais être direct, » dit Kael, ignorant son regard. « Ton marqueur ne devrait pas fonctionner. » Voyant l’expression confuse de Zorian, il se déplaça pour expliquer. « J’ai tout de suite été suspicieux lorsque tu as décrit à quel point le marqueur est fermement entrelacé à ton âme. Pourquoi quelqu’un ferait-il un marqueur incrusté si profondément dans l’âme pour en faire un simple objet immuable d’identification comme tu l’as supposé ? Il est possible de l’expliquer en partie en disant que c’est parti du désir d’en faire un marqueur résistant à tout dégât et plus difficile à enlever, mais ça serait quand même excessif. Il existe d’autres moyens moins intrusifs qui n’échoueraient que si l’âme était si mutilée que la personne était concrètement morte. Ces méthodes ont cependant une faille visible : elles sont bien plus faciles à copier que ce que tu as incrusté dans ton âme. Et ça, j’ai senti que c’était clef. Ton marqueur a été créé pour être impossible à copier chez d’autres personnes. Et pour réussir ça, »

« Il a besoin de vérifier l’âme de l’hôte pour voir s’il a été transplanté dans une autre personne, » l’interrompit Zorian.

« Oui, » dit Kael. Il reprit le cahier des mains de Zorian, et tourna les feuilles jusqu’à l’une des dernières pages avant de le lui rendre.

Quand il le regarda, Zorian comprit que le diagramme était supposé être un vague contour d’un corps humain avec plusieurs cercles, triangles et lignes droites dessinées par-dessus. En-dessous se trouvait un court paragraphe parlant de ‘canaux d’essence’, ‘nodules de feedback’ et ‘barrières de transition’. Cela ne voulait toujours pas dire grand-chose pour lui, mais il comprit cette fois-ci que c’était censé représenter son âme, le marqueur qui y était attaché et leurs interactions.

« Je ne prétends pas comprendre complètement le marqueur, » dit Kael. « Ou même en comprendre une grande partie. C’est quelque chose de vraiment impressionnant, clairement créée par un maître en magie de l’âme. J’admire tout spécialement comment il passe inaperçu aux scans de l’âme classiques. Je ne suis pas surpris de ne l’avoir jamais détecté avant d’être informé qu’il était présent. Mais tout de même, il y a certaines choses à propos de ses fonctions qui me semblent évidentes, et l’une d’elles est que le marqueur est conçu pour consulter l’âme de son hôte, du moins, son cœur, la partie immuable, et altérer son étiquette d’identification selon ce qu’il détecte. Le fait de transplanter le marqueur vers une autre personne devrait provoquer une valeur d’identification complètement différente. »

« Mais ce n’est clairement pas de cette façon que ça marche, » protesta Zorian. « Zach et moi possédons le même satané marqueur ! Le sort de traçage n’aurait pas fonctionné sinon ! »

« Il est abîmé, » dit calmement Kael. « Ton marqueur. Il est abîmé. Il y a certaines parties qui sont totalement inertes, soit parce qu’elles ne te reconnaissent pas comme étant l’hôte légitime, ou parce que certaines pièces critiques ont été perdues dans le transfert. J’imagine qu’au moins l’une de ces pièces est supposée envoyer un signal au mécanisme de la boucle lorsque tu meurs, pour couper prématurément la boucle. Ceci expliquerait pourquoi tu es renvoyé au début de la boucle lorsque Zach meurt, mais lui n’est pas affecté lorsque tu meurs. Il a une version intacte du marqueur, et pas toi. »

« Mais la partie principale du marqueur fonctionne ? »

« D’une certaine façon. Le marqueur fait tout ce qu’il est censé faire. Il consulte le cœur de ton âme, mais pour une quelconque raison il est bloqué sur la même valeur qu’il possédait lorsqu’il était à l’intérieur de Zach. Il est abîmé, mais abîmé en ta faveur. »

« Heu… » répondit Zorian sans conviction. Qu’était-il censé répondre à cela. « Honnêtement, ce n’est pas une grosse surprise. Je m’étais toujours dit que le marqueur devait être endommagé en partie. Après tout, j’ai de gros doutes que ses créateurs avaient imaginé que quelqu’un entrerait dans la boucle de la même façon que moi. Est-ce que ça change vraiment quelque chose ? »

« Ça dépend comment tu vois les choses, » dit Kael. « Tu n’es pas en danger de quitter soudainement la boucle, donc j’imagine que d’un point de vue personnel, ça ne change pas grand-chose. Mais si l’on prend du recul, et si j’ai raison, alors la convergence de circonstances qui t’ont attirées dans la boucle n’était rien d’autre qu’un coup de chance extraordinaire. Ce n’est pas vraiment reproductible. »

Zorian fronça les sourcils. Que voulait-il…

Et puis, cela le frappa.

« Attends. Mais alors, comment est-ce que Robe Rouge est arrivé dans la boucle ? »

« Oui, c’est bien la question, pas vrai ? » dit Kael, tapotant impatiemment ses doigts sur la table de travail. « J’ai bien peur de ne pas savoir comment répondre à cette question. Mais il n’a clairement pas utilisé la même méthode que toi. »

« Ouais, » acquiesça Zorian. « Je m’en doutais, mais je ne pouvais pas être sûr. S’il avait une autre méthode pour rejoindre la boucle temporelle, cela expliquerait pourquoi il n’a jamais utilisé son propre marqueur pour me pister moi de la même façon que j’ai pisté Zach. Il n’a pas le même marqueur que moi et Zach, si tant est qu’il en possède un, donc il devrait d’abord capturer Zach et l’utiliser comme clef pour me localiser. »

« Et s’il est vraiment un maître en magie de l’âme, comme tu sembles le penser, il ‘sait’ probablement que tu ne peux pas avoir un marqueur identique à Zach, donc il n’y a, en premier lieu, aucune raison pour lui d’essayer cela, » ajouta Kael.

Ils échangèrent des théories et des idées pendant encore une demi-heure, mais tout restait dans le domaine de la spéculation creuse pour le moment. Ils n’avaient aucun moyen de confirmer ou infirmer les différentes possibilités. Kael pensait que Robe Rouge utilisait Zach d’une quelconque façon, soit en laissant des portions de son esprit dans Zach tout comme la matriarche de Cyoria l’avait fait avec Zorian, ou en ayant un genre de lien d’âme avec Zach. Zorian élimina immédiatement la possibilité d’un paquet de mémoires. La logistique que cela impliquait ne collait pas. En effet, Robe Rouge était actif dès les premières heures du recommencement, comme le témoignait son arrivée rapide dans les ruines de la colonie aranéenne lors du fameux recommencement, et intégrer une grande quantité de souvenirs prenait plus d’un jour. Sans parler du fait que Zach ne commençait pas chaque recommencement en se téléportant au même endroit, donc il était difficile d’expliquer comment Robe Rouge aurait récupéré le paquet à chaque recommencement. Non, Robe Rouge n’utilisait clairement pas de paquets de mémoire. Et Zorian ne pensait vraiment pas non plus qu’il était lié à l’âme de Zach. Si c’était le cas, il aurait vérifié l’âme de Zach à la recherche d’autres connections lorsqu’il avait lu son esprit et appris qu’il y avait d’autres voyageurs temporels. Mais non, il s’était immédiatement rendu chez les aranéas. Il ne semblait pas avoir pensé du tout à la possibilité que quelqu’un soit connecté à l’âme de Zach.

Personnellement, Zorian pensait que Robe Rouge avait bien un genre de marqueur. C’était tout à fait possible qu’il y ait une façon, pour les personnes qui savaient ce qu’elles faisaient, d’entrer dans la boucle de façon ‘propre’, de recevoir leur propre marqueur etc. Mais cela posait la question de pourquoi il ne s’était pas débarrassé de Zach et avait fait sa vie libre de toute interférence.

Qu’est-ce qui rendait Zach si spécial ?

« Bon, je crois pas qu’on aille où que ce soit comme ça, » dit Zorian. « Y a-t-il autre chose que je devrais garder à l’esprit ? »

« Rien que Lukav et son ami prêtre ne t’aies pas déjà conseillé : évite d’utiliser toute magie susceptible d’altérer substantiellement ton âme. On ne sait pas ce qui a fait que le marqueur soit bloqué sur son actuelle valeur d’identification, mais on ne peut pas garantir que rien ne le débloquera, donc fais attention, » répondit le morlock.

« J’avais déjà peur de le faire avant, et pour la même raison, » le rassura Zorian tout en soupirant délibérément théâtralement. « C’est dommage, quand même. J’imagine que mon rêve de faire de la chasseresse grise que Silverlake m’a demandé de tuer mon familier, ou même me transformer en chasseresse grise ne restera qu’un rêve… »

« T’es pas au courant ? Il y a une raison pour laquelle les métamorphes utilisent des animaux normaux, » le prévint Kael. « Être un métamorphe veut dire recevoir des instincts de l’autre partie de l’âme, et les créatures magiques ont toujours des âmes très puissantes. Plus la créature est magique, plus l’âme est puissante. Et ces créatures ont tendance à être très violentes et territoriales. Pour les chasseresses grises, je crois qu’elles ne tolèrent même pas leur propre espèce, donc encore moins les autres. Et cette attitude-là dépeindrait sur toi si tu te transformais en chasseresse grise. Et il y a aussi le problème de l’héritage à considérer. Même si tu étais capable de maîtriser l’âme d’une chasseresse grise et de ne pas laisser ses instincts te contrôler, il n’y a aucune garantie que tes enfants auront une volonté aussi forte que la tienne, surtout qu’ils auront ses instincts dès le jour de leur naissance. Je te recommande fortement de ne pas le faire. Pour ce qui est d’en faire ton familier, garde à l’esprit qu’il faut un long moment pour que le lien d’âme mature, et que tu dois être proche d’elle pendant tout le processus. Et il n’y a aucune garantie que la créature ne te tuera pas avant la fin. Et même si tu parviens à la réduire en esclavage, tu serais tout de même un danger pour toute personne autour de toi qui n’est pas protégé par le lien d’âme. »

« Inutile de me faire une leçon, je plaisantais, » dit platement Zorian.

« Parfait. »

« Mais bon, ses capacités seraient tellement utiles… » dit-il avec nostalgie. « Incroyables robustesse, vitesse et résistance magique ? Je signerais tout de suite ! »

« Contente-toi de la tuer et de la découper en partie intéressantes pour en faire une potion d’amélioration, » lui suggéra Kael. « Tu peux demander à Lukav de t’aider à la faire, je suis certain qu’il serait ravi de le faire. Il n’y a que très peu de personnes suffisamment téméraires pour s’approcher de l’un de ces monstres, donc je suis sûr qu’il n’a jamais eu l’occasion de travailler avec des organes de chasseresse grise. »

« Tu sais, ça me semble vraiment intéressant comme idée… »

« Ravi d’avoir pu t’aider, » dit Kael. Il regarda dans son pot en métal qui bullait, sur la table devant lui, et grommela. « Mon expérience actuelle ne se passe pas très bien. Et j’étais sûr d’y arriver cette fois-ci. Il est l’heure de passer au lot numéro quatre. » Il regarda Zorian avec un peu d’espoir. « Dis-moi, tu crois que tu peux m’aider avec ça ? Il y a plusieurs étapes assez simples, et le fait d’observer mon travail va nous permettre de s’assurer que tu n’oublies pas tout ce dont j’ai parlé aussi facilement que la dernière fois. »

« Ouais, je vais t’aider, mais pour l’amour des dieux vas-tu cesser de me rappeler cela ? » se plaint Zorian. « Ça fait plus d’un an, et j’avais beaucoup d’autres choses en tête, c’est normal d’oublier certains trucs. Et puis, je cherche déjà un moyen de contourner mon problème de mémoire. »

« Mmh, je te souhaite bonne chance pour ça, » dit Kael. « Néanmoins, nous savons tout deux que tu retiendras mon travail bien mieux si tu comprends ce que je fais plutôt que de mémoriser bêtement des recettes et des instructions. Prends ça comme un cours gratuit en alchimie. »

Eh bien… Il avait effectivement utilisé l’alchimie plusieurs fois pour résoudre les problèmes qu’il avait rencontré, donc avoir des conseils dans ce domaine pouvait vraiment être utile.

« Ça marche. Je commence par quoi ? »

 

 

 

 

Partie 3

Le lendemain, Zorian décida de tenir la promesse qu’il s’était fait de trouver une solution à son problème de ‘perte de mémoire’. Enfin, il devait d’abord organiser une autre leçon de magie pour Kirielle, mais ce n’était pas un problème. Ses progrès étaient bien plus rapides que dans les précédents recommencements pendant lesquels il avait essayé de lui enseigner la magie. En effet, il avait acquis de l’expérience et parvenait maintenant à la motiver plus facilement et il expliquait les différents sujets d’une manière qu’elle comprenait intuitivement. Ses obligations de la journée faites, il s’excusa et quitta la maison pour se promener, au cas où Kael ou Imaya ne lui confiraient un autre boulot.

Au bout du compte, Zorian savait qu’il avait déjà une méthode parfaite pour se rappeler des choses avec une clarté parfaite : il pouvait simplement créer un paquet de mémoires comme ceux de la matriarche de Cyoria, les stocker dans son esprit et les consultant à son gré. La carte du sous-sol de Cyoria que lui avait laissé la matriarche était toujours aussi claire que le jour où il l’avait reconstituée à partir des morceaux récupérés dans les esprits des aranéas mâles survivantes. Cela servait d’exemple idéal à ce qui était possible de faire lorsque l’on maîtrisait les différentes procédures de création d’un paquet de mémoire. Et ce n’était pas comme si apprendre à faire cela serait une perte de temps supplémentaire. Il était déjà en train d’apprendre comment manipuler les paquets de mémoire. C’était même sa priorité, en ce moment.

Le problème était qu’il faudrait un moment avant qu’il ne commence à voir le fruit de ses efforts. Peut-être quelques mois, peut-être quelques années… Enfin, il espérait que ça ne soit pas des années, puisque le paquet de mémoire de la matriarche se serait alors déjà dispersé, mais le problème restait le même : ce n’était pas une solution à court terme. Heureusement, les mages humains étaient doués pour trouver des solutions rapides à des problèmes immédiats, et sans doute quelques-uns avaient eu besoin à un moment ou un autre de mémoriser une carte jusqu’au moindre détail, ou réciter un livre mot pour moi. Zorian serait choquer d’apprendre qu’un tel sort n’existait pas encore quelque part, donc c’était simplement une question de s’il parviendrait à le trouver ou non.

Pour débuter ses recherches, il essaya la bibliothèque de l’académie. Ce n’était pas un choix très imaginatif, mais c’était probablement le meilleur endroit pour commencer et cela faisait un moment qu’il n’avait pas parcouru les étagères pour trouver des ouvrages. Cela lui avait un peu manqué, pendant sa longue absence de Cyoria.

Trois heures plus tard, il hésitait entre sourire de satisfaction et le désir de trouver quelque chose à incinérer pour évacuer sa frustration. La bonne nouvelle était qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait. Il n’y avait pas moins de cinq sorts différents qui pouvaient accomplir ce qu’il voulait, principalement en permettant au lanceur d’enregistrer ce qu’il voyait ou entendait pendant une brève période, et stocker cet enregistrement dans son esprit. Ces sorts différaient par des détails, comme s’il était possible de mettre en pause l’enregistrement ou non, mais le cœur restait le même. L’un d’eux prétendait même permettre de former un souvenir clair rétroactivement, permettant au lanceur de se rappeler ce qu’il avait oublié.

La mauvaise nouvelle était que ces sorts n’étaient accessibles que dans la partie restreinte de la bibliothèque.

Et plus spécifiquement, la section sur la magie de l’esprit.

Zorian s’adossa contre sa chaise, la plaçant sur les deux pieds arrière en équilibre instable. Il enleva ses lunettes pour se masser les yeux. Cela serait un euphémisme que de dire que l’académie hésitait à donner des permissions à des étudiants pour ce qui concernait la magie de l’esprit. Il avait besoin d’un bien meilleur badge de bibliothèque s’il voulait obtenir ce qu’il désirait, mais il lui était impossible d’en recevoir un par des méthodes légales.

Il plissa les yeux en regardant le plafond de la bibliothèque. Il n’avait pas d’autre choix. Il allait devoir voler un badge.

« Pourquoi mon meilleur élève est-il si morose en cette belle journée ? »

Surpris, Zorian sursauta de sa chaise, et celle-ci menaça de basculer et de l’emmener avec elle au sol. Après être parvenu tant bien que mal à se stabiliser, il se retourna pour lancer un regard peu amusé à Ilsa.

« Désolée, » dit-elle. Son sourire et les émotions que Zorian parvint à percevoir lui disait qu’elle n’était pas du tout désolée. « Je ne pensais pas que vous réagiriez de façon si… explosive. »

« Vous m’avez un peu surpris, » dit Zorian. Il avait bien détecté une personne passer près de lui, mais ce n’était pas vraiment quelque chose d’inhabituel. Ce n’était pas comme si la bibliothèque était vide. « Que puis-je faire pour vous, madame Zileti ? »

« Rien, vraiment. J’ai déjà fait ce pourquoi je suis venue ici. Vous n’avez rien remarqué, puisque vous étiez si absorbé par vos lectures, mais je suis déjà passée deux fois dans cette section. Je ne voulais pas vous interrompre, puisque vous sembliez occupé. J’étais sur le point de partir quand je vous ai vu tenter de faire un trou dans le plafond avec vos yeux, donc je me demandais si je pouvais vous proposer mon aide pour les problèmes que vous semblez rencontrer. »

« J’apprécie votre offre, madame Zileti, » dit Zorian. « Vraiment. Mais je ne pense pas que vous puissiez m’aider pour ça »

Bien qu’elle fût capable de l’aider, Zorian était certain que c’était une très mauvaise idée que de lui demander de l’aider à commettre un crime. Une idée amusante, mais très mauvaise.

« Sur quoi travaillez-vous, pour commencer ? » demanda-t-elle, jetant un œil au livre ouvert devant lui. « Des sorts de préservation de mémoire ? Pourquoi auriez-vous besoin de ça ? »

« Je cherche une méthode pour mémoriser rapidement et parfaitement un cahier ou deux, » répondit honnêtement Zorian.

Ilsa lui jeta un regard interrogateur.

« Si c’est à propos de certains cours… »

« Non, je crois que je me débrouille suffisamment bien en classe, » dit Zorian en secouant la tête. Il pensait même qu’il se débrouillait un peu trop bien : il majorait sa classe en termes de notes, malgré ses efforts pour ne pas attirer l’attention. « C’est personnel. Tout ce que je peux dire, c’est que je vais bientôt partir en voyage, et que je ne pourrai rien emmener avec moi. Rien, à part ma mémoire. Et même si ma mémoire est plutôt bonne, elle ne l’est pas suffisamment pour mémoriser, par exemple, une transcription mot pour mot d’un livre de recettes de potions alchimiques. »

« Cela semble de mauvaise augure et suspect, » remarqua Ilsa.

« Je ne prévois de faire rien d’illégal, » lui assura Zorian.

« Bien sûr, » dit-elle platement. « C’est pour cela que vous recherchez des sorts que je sais que vous n’avez pas le droit d’apprendre. »

« Ce qui explique ma morosité quand vous êtes venues, » rétorqua Zorian. « Je pensais avoir trouvé une solution à mon problème, mais finalement elle m’est actuellement hors de portée. »

« Je vois, » dit-elle. « Par simple curiosité, est-ce vraiment important d’accéder à l’information dans le livre pendant qu’il est stocké dans votre esprit ? »

« Je ne suis pas sûr de vous suivre, » dit Zorian en fronçant les sourcils. « Quel serait le but de mémoriser un livre dans ma tête si je ne pouvais pas le lire ? »

« Pour en créer une copie, bien sûr, » dit-elle en souriant. « C’est une astuce que certains experts en altération utilise lorsqu’ils veulent être capable de créer des objets complexes sans transporter avec eux les originaux. Ils utilisent un sort pour enregistrer le patron d’un objet, stockent ce dernier dans leur esprit, avant d’utiliser ce patron pour créer des objets de l’objet quand cela leur chante. Enfin, s’ils ont les matériaux de base. Dans votre cas, cela nécessiterait un livre vierge avec des dimensions similaires à celui que vous essayez de copier et une fiole d’encre. »

« Et… vous savez comment faire ça ? » demanda Zorian avec espoir.

Ilsa fredonna : « Eh bien, je suis une experte en altération… mais même si j’étais prête à vous l’enseigner, ce n’est pas vraiment une combinaison de sort facile. Cela demande une expertise élevée en altération et un excellent contrôle en façonnage. Cela demanderait -»

Zorian se concentra pendant une seconde et tira avec sa magie sur l’épais livre relié en métal sur l’étagère à côté de lui, sans s’embêter à faire le moindre geste de la main. Le livre glissa doucement hors de l’étagère et flotta devant Ilsa, ce qui la surprit. Avant qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit, le livre s’ouvrit tout seul et les pages commencèrent à défiler, d’abord lentement puis en accélérant jusqu’à ce que la seconde moitié des pages deviennent floues, et que le livre se ferme à nouveau. Ayant achevé sa démonstration, Zorian replaça doucement le livre à son emplacement.

« Je n’arrive pas à trouver une façon raisonnable de prouver sur le champ mon expertise en altération, » dit Zorian, brisant le silence. « Mais je suis parfaitement capable de restructurer une poêle en métal pour en faire une montre en métal fonctionnelle. Est-ce qu’apprendre le sort serait beaucoup plus difficile que ça ? »

« Pas vraiment plus difficile, » admit Ilsa, regardant toujours le livre sur l’étagère en fronçant les sourcils. « Mais certainement différent. Il faudrait que vous vous entraîniez plusieurs jours avant d’y parvenir. » Elle secoua la tête, déplaçant enfin son regard du livre pour regarder Zorian dans les yeux. « Nous allons devoir discuter de cela lundi, monsieur Kazinski. »

« Cela veut dire que vous êtes prête à me l’enseigner ? » demanda-t-il.

« Pas encore. Je vais devoir vous faire passer quelques tests pour savoir si vous pouvez manipuler ces sorts en toute sécurité. »

Ilsa partit peu après, laissant Zorian seul à réfléchir. Il ferma le livre devant lui et le poussa de côté. La combinaison de sorts dont lui avait parlé Ilsa n’était pas vraiment ce qu’il avait envisagé lorsqu’il avait recherché une solution rapide, mais elle pouvait marcher. En fait, elle était même meilleure que son idée initiale sur plusieurs aspects. Bien moins embêtante à utiliser, par exemple. En plus, il n’aurait pas à transcrire méticuleusement l’information dans sa tête à chaque fois qu’il voulait ajouter ou changer quelque chose. Il donnerait sa chance à la méthode d’Ilsa.

Mais il allait quand même voler un meilleur badge de bibliothèque.

 

 

 

 

Partie 4

Deux semaines très chargées passèrent. La plupart de ses activités étaient de la routine, comme accompagner Taiven et son équipe dans le Donjon, enseigner la magie à Kirielle ou aider Kael dans son atelier (qui lui scannait régulièrement son âme, avec peu de résultats pour l’instant). Ce fut un soulagement que Kirielle avait une amie de son âge, car elle monopolisait beaucoup moins son temps. Quel que fût le sombre secret de sa mère, Zorian devait admettre que la présence de Nochka rendait Kirielle bien plus simple à gérer que d’habitude, donc il allait clairement retourner à ce pont lors des futurs recommencements.

Mais deux choses se détachèrent du reste. D’abord, il était parvenu à apprendre les sorts dont Ilsa avait parlé, et ils fonctionnaient bien de la manière qu’elle avait décrite. Il était heureux de pouvoir enfin garder des notes écrites de ce qu’il se passait dans la boucle, car il avait maintenant une méthode pour effectivement transférer ses cahiers vers le recommencement suivant. Kael était tout aussi heureux, puisqu’il était bien moins restreint sur la quantité d’information qu’il envoyait à son futur lui : il donna rapidement à Zorian quatre cahiers remplis à copier, avec la promesse d’en avoir encore un avant la fin du recommencement. Zorian espérait vraiment que Kael n’accumulerait pas de notes aussi rapidement à l’avenir, car il ne pouvait stocker que quinze de ces cahiers dans son esprit. Le paquet de mémoire de la matriarche ne laissait pas vraiment beaucoup de place.

Mais cela ne représentait pas le plus gros de son temps. Il avait concentré l’essentiel de ses efforts à pister les ibasiens et le Culte du Dragon d’En-Bas et avait cherché à déterminer la structure de l’organisation. Au début, il avait voulu se montrer prudent, et avait passé le plus gros du recommencement à tout observer, à identifier leurs membres et les endroits où ils se retrouvaient pour leurs affaires, mais… Eh bien, il avait vu une occasion se présenter, et il avait pris sa chance. Même si les ibasiens étaient pour la plupart des mages à part entière, et vivaient profondément sous terre dans des bases très lourdement protégée et ne se rendaient que rarement à la surface, la plupart de leurs alliés dans la ville étaient bien moins protégés. Zorian avait suivi des cultistes et des simples mercenaires qui travaillaient avec les envahisseurs jusqu’à leurs maisons, et avait lu leurs pensées. Les protections de leurs maisons, si tant est qu’il y en avait, était ridiculement faciles à éviter ou à briser, ce qui avait permis à Zorian de parcourir leurs affaires pour obtenir d’autres indices et découvrir des liens avec d’autres membre de la conspiration.

Il avait découvert plusieurs choses intéressantes. Par exemple, tous les agents ibasiens dans la ville ne semblaient pas tous parfaitement conscients de ce à quoi ils participaient. Les nombreux marchands qui fournissaient les envahisseurs en nourriture et en d’autres marchandises ignoraient complètement qui ils étaient en train d’aider. C’était simplement du business pour eux. Apparemment il y avait de nombreuses bases secrète et opérations qui se déroulaient profondément dans le Donjon de Cyoria, et la plupart d’entre elles étaient concrètement inoffensive : des opérations illégales de récolte de substances dangereuses, des centres de recherche secrets de plusieurs conglomérats de commerces, et même un genre de site noir gouvernemental. Les marchands pensaient être en train d’aider l’une de ces factions obscures et ne s’étaient jamais donné la peine d’enquêter sur l’identité de leurs clients. Quelques groupes de mercenaires savaient que les envahisseurs prévoyaient un genre d’attaque terroriste durant le festival d’été, mais ce n’était pas leur problème tant qu’ils étaient payés. Encore une fois, ils ne semblaient pas conscients de l’ampleur de l’invasion.

Et puis il y avait le Culte du Dragon d’En-Bas, qui, honnêtement, le laissait perplexe. Le culte avait une structure très complexe et déroutante, avec de nombreux rangs et catégories d’adhérents différents, et chacun de ces rangs semblait avoir reçu une histoire différente. En plus de ça, plusieurs membres semblaient participer à l’opération par simple attrait du profit, et n’avaient jamais adhéré aux croyances du Culte. Ils voulaient se faire de l’argent, et apparemment, être un membre du Culte du Dragon pouvait rapporter gros, à condition de bien savoir jouer ses cartes. Ils savaient que le culte planifiait la libération d’un primordial lors du festival d’été pour le laisser ravager la ville et tout ce qui se trouvait autour, mais ils ne croyaient pas que ce primordial existait vraiment, donc il n’y avait pas de mal à participer, pas vrai ?

Mais bien sûr.

Il n’y avait toujours aucune preuve que Robe Rouge participait d’une quelconque façon à la préparation de l’invasion, et il ne semblait n’avoir pas non plus laissé des informations auprès des organisateurs avant de partir faire autre chose, donc Zorian décida de se montrer plus agressif et de commencer enfin à s’entraîner à la lecture mentale sur des cibles acceptables. Dans se but, il identifia un petit rassemblement de cultistes organisé par un trio de membres capables de magie, qui semblaient être d’un rang légèrement supérieur aux habituels sous-fifres qu’il avait rencontrés jusque-là. Il était préparé à les interpeller pour les interroger.

Huit cultistes armés, dont trois mages. Son ancien lui l’aurait traité de fou pour tenter de les affronter tous sans aide, même en préparant son embuscade, mais ils n’eurent pas vraiment la moindre chance. Ayant découvert le lieu de rencontre plusieurs jours auparavant, il avait piégé en avance la maison. Il n’avait plus qu’à les réceptionner un par un lorsqu’ils arrivaient. Pour la plupart, il les força télépathiquement à s’endormir, tout comme les aranéas avaient tenté de le faire avec lui lorsqu’il les avait rencontrées pour la première fois. Le dernier à arriver fut un mage équipé d’une formule de sort de bouclier mental sur un anneau, qui résista à son attaque. Zorian fut forcé de s’occuper de lui en l’écrasant plusieurs fois sur un mur par l’utilisation judicieuse du sort ‘souffle de force’.

Lorsqu’ils furent tous immobilisés et attachés, Zorian prit une profonde inspiration et se concentra pour se plonger dans les souvenirs de sa première victime.

Avant d’obtenir les enseignements des Gardiens de la Caverne Jaune, Zorian avait pensé que sonder les souvenirs d’une personne ressemblerait à ce qu’il était possible de lire dans les romans d’aventures ou autre : une balade dans un univers mental psychédélique, où l’envahisseur doit naviguer profondément dans des labyrinthes symboliques et combattre des représentations mentales du psyché de la victime, ce genre de chose. La réalité était tout autre. Ou du moins, la façon dont procédaient les aranéas ne ressemblait en rien à cela, et les Gardiens de la Caverne Jaune avaient semblé plus qu’amusées lorsque Zorian leur avait décrit ses idées. Les scans profonds consistaient simplement à une sonde télépathique puissante qui transperçait les couches de surfaces de l’esprit de la victime avant de se ramifier dans son moi intérieur pour chercher les informations recherchées.

Il s’agissait d’une procédure de nature dangereuse. Contrairement à des manipulations de surfaces, plus légères, les scans profonds, comme celui qu’il allait réaliser, pouvait briser un esprit de manière permanente. Un amateur comme Zorian était plus ou moins assuré de causer des dégâts irréparables lors de son premier essai, à moins d’avoir réalisé prudemment des exercices pendant plusieurs années, et Zorian n’avait pas le temps pour cela. Il ne fut donc pas surpris lorsque le premier homme finit par devenir une coquille vide d’esprit cinq minutes plus tard. Les convulsions et la mousse qui était sortie de la bouche de sa victime avaient été cependant très perturbantes, au point de lui avoir fait presque abandonner sur le champ. Il n’était même pas parvenu à lire le moindre souvenir. Sa mort avait été vaine.

Quelques minutes plus tard, après avoir eu le temps de se calmer et de faire taire la petite voix dans sa tête qui lui disait qu’il était un monstre pour avoir tué ainsi un homme sans défense, il continua avec la victime numéro deux. Il décida de ne pas rester si longtemps dans les esprits des personnes restantes.

Numéro deux, trois, quatre, cinq et six survécurent à ses sondes. Ils pourraient même se réveiller un jour, probablement. Enfin, ça serait le cas, si la boucle n’était pas si proche de la fin. La sixième tentative donna même des résultats : il n’obtient pas grand-chose des souvenirs de l’homme avant qu’il n’ait eu à sortir de son esprit, mais il obtient plusieurs autres noms de personnes à surveiller, donc il avait au moins obtenu quelque-chose. Les deux dernières victimes n’avaient subi que des dégâts légers, mais ils n’avaient rien su d’utile pour lui.

Zorian quitta la maison en se sentant vide, et en se demandant s’il avait vraiment raison de faire cela.

Quand il arriva chez Imaya, il trouva Kirielle en pleurs, et la maison sans dessus-dessous. Rea et Sauh Sashal avaient été retrouvés morts chez eux, brutalement assassinés par ce qui semblait être un monstre que les nombreuses escouades d’extermination présentes en ville avaient visiblement manqué.

Il n’y avait aucune trace de leur fille.


Message du traducteur : Lorsque je relis parfois mes chapitres, je vois bien que la qualité du texte n’est pas au niveau que je souhaiterais. Je suis donc à la recherche d’un éditeur, quelqu’un qui corrige les maladresses, les phrases pas françaises, la forme, et tout autre travail qui relève de l’édition (ce n’est pas donc une simple relecture avec correction des fautes de grammaire/orthographe, ni du translation checking vérification de la traduction). Le travail implique évidemment un accès à mon stock de chapitres (~6 chapitres d’avance, soit 3 semaines). Si cela vous intéresse, envoyez-moi un courriel à ogmistral@gmail.com accompagné d’un passage d’environ 2000 mots de l’un des chapitres de MoL que vous aurez édité en surlignant bien les passages modifiés. Merci d’avance.


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Cet article comporte 7 commentaires
  1. Merci pour ce chapitre

    Rea et sa famille me semble de plus en plus suspect. Elle joue très sûrement un rôle important dans la boucle.

  2. Merci pour le chapitre.
    PS : Cette Rea semble être une combattante des plus experte… À mon avis soit elle à un rôle dans la boucle soit elle à un rôle dans l’histoire !

  3. Merci pour le chapitre

    J’ai toujours cru que Rea était avec les envahisseurs mais vu qu’elle a l’air ‘gentille’ j’imagine qu’il y a en effet une possibilité qu’elle soit juste au courant des envahisseur et que le nouveau travail de son mari soit de se battre contre eux. Je garde mes suspicions !

    1. Ne soyons pas misogyne . elle a l’air d’etre de haut calibre ,Je ne pense pas qu’elle soit du type femme au foyer .
      aussi non , mithestral a trouvé un edit?

      1. Huum…vu qu’on a toujours pas vu son mari je l’imaginais en contact direct avec leur employeur qui lui en effet aurait embauché ou demandé de l’aide à un couple de combattants (Je vois bien Rea et son mari travailler en duo vu que…oui c’est plutôt bien montré depuis plusieurs chapitres que Rea sait très bien se battre xD). Mais je part surement trop loin –‘

        Pour son éditeur, non je ne crois pas : j’avais vu à un moment une faute de frappe assez évidente qui aurait été enlevée après une relecture. Mais peut-être que dans cette deuxieme partie il a un edit, j’en sais rien !

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