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Mother of Learning, chapitre 38


Traducteur : Mithestral


Chapitre 38 : Retour à Cyoria

 

Les précédents voyages en train vers Cyoria avec Kirielle n’avaient pas été très encourageants. Elle était toujours très excitée et curieuse au début, observant intensément le paysage et commentant sur tout ce qui attirait son intérêt, mais ça ne durait jamais longtemps. Il n’y avait tout simplement pas tant de chose que ça à voir sur le trajet, donc elle se lassait rapidement de regarder par la fenêtre du compartiment et se tournait alors vers sa seule autre source de distraction : Zorian. Et il avait bien du mal à l’occuper pendant tout le trajet.

Enfin, ça c’était avant, lorsqu’il ne souhaitait pas utiliser ses talents en façonnage pour faire de la magie dans le train. Cette fois-ci il décida qu’il s’en fichait du risque d’être découvert. Il ne trouva aucun bouclier de détection dans le compartiment dans lequel ils se trouvaient, et même s’il se faisait attraper la main dans le sac, il recevrait tout au plus une petite amende accompagnée d’une leçon de morale. Cela l’embêterait, mais ça serait plus supportable que d’entendre Kirielle gémir qu’elle s’ennuyait pendant des heures. En plus, cela lui permettrait de s’entraîner à la magie lorsqu’il se trouvait à l’intérieur d’un bouclier anti-façonnage, ce qu’il avait déjà prévu de le faire, de toute façon.

Ainsi, Zorian se retrouva à faire léviter devant lui une sphère d’eau, des crayons et gommes orbitant tout autour en formant un anneau rotatif. C’était difficile, malgré l’apparente simplicité de la construction. Il ne se contentait pas de simplement utiliser des sorts de débutants pour obtenir un effet sympa. Non, il réalisait un acte de magie non-structurée, traitant la construction comme un exercice très compliqué de façonnage. Entre la complexité de la construction et le bouclier anti-façonnage qui perturbait le flux de mana, il peinant à garder le contrôle sur la sphère et ses satellites. Il était certain qu’il s’agissait de sa limite absolue en matière de façonnage de mana, donc il devrait probablement –

« Fais une grenouille ! » lui lança Kirielle d’un ton de défi.

Zorian la regarda d’un air agacé. Elle lui fit un large sourire, confiante d’avoir gagné leur petit jeu, qu’elle avait enfin trouvé sa limite. Après tout, il n’avait pas soudainement décidé de créer la chose complexe en face de lui. Cela avait commencé par une sphère beaucoup plus petite avec seulement deux crayons en orbite, et Zorian avait initialement voulu la garder comme ça jusqu’à ce que Kirielle le mette au défi de la rendre plus difficile. Lorsqu’il eut vidé complètement sa bouteille d’eau, et utilisé tous les crayons et gomme qu’ils avaient en leur possession, il était certain qu’elle admettrait sa défaite…

Il arrêta de la regarder pour se concentrer sur la construction flottant devant lui. Il serait incroyablement difficile de façonner l’eau pour lui donner une autre forme que la sphère. Contrôler de l’eau par télékinésie était bien plus difficile que des objets solides, et il lui serait difficile de la sculpter en des formes complexes, même s’il était en-dehors du bouclier anti-façonnage et qu’il n’avait pas un anneau de petits objets formant une distraction supplémentaire.

Mais il n’accepterait jamais d’abandonner et d’admettre sa défaite juste pour cette raison. Pendant les quinze minutes qui suivirent, il s’attela à transformer la masse d’eau en une sculpture de grenouille aussi détaillée et convaincante qu’il le pouvait… ce qui voulait dire ni détaillée ni convaincante. Il avait cependant eu une illumination au bout d’un moment, et avait décidé de s’inspirer du monstre qu’il avait tué pour les Gardiens de la Caverne Jaune lors du précédent recommencement plutôt que de prendre pour modèle une grenouille normale. Malheureusement, Kirielle ne sembla pas très impressionnée par ses efforts.

« C’est une grenouille très bizarre, » déclara-t-elle.

« C’est une grenouille démoniaque de caverne jaune, » dit Zorian, n’ayant aucune honte à inventer un nom. Il n’avait aucune idée du vrai nom de ce monstre, ou même s’il existait un nom officiel pour le décrire. « Elles sont énorme, avec un penchant pour manger les petites filles. »

« C’est idiot, tu racontes des histoires, » l’accusa-t-elle. « Avoue que t’as perdu. »

« Nan, t’as demandé une grenouille et j’en ai créée une. Ce n’est pas ma faute si tu n’as pas une connaissance suffisante du monde fascinant des amphibiens magiques. Mais, oublions cela. Laisse-moi de raconter l’histoire de Sumrak le mage et comment il a sauvé une société secrète de mages des griffes de l’une de ces grenouilles démoniaques… »

Avant que Kirielle ne puisse trop se plaindre, Zorian démantela rapidement la construction devant lui pour cacher son contrôle se dégradant rapidement. Il laissa les crayons et les gommes flotter jusqu’à la place libre à côté de lui et guida l’eau dans la bouteille. Cela fait, il se lança dans un récit légèrement modifié de sa bataille avec le monstre-grenouille.

Oui, bon, lourdement modifié. Dans l’histoire de Zorian, les Gardiens de la Caverne Jaune étaient un groupe de mages reclus vivant loin au nord qui s’entraînaient avec de la ‘magie arachnéenne’, et l’aventurier Sumrak affronta le monstre-grenouille en face-à-face grâce à son incroyable puissance magique plutôt que d’utiliser des pièges et subterfuges. L’histoire était bien plus impressionnante de cette façon. Kirielle sembla initialement peu réceptive à l’histoire, mais lorsque Zorian commença à utiliser des illusions détaillées pour illustrer les événements dont il parlait, sa suspicion disparut et elle fut captivée par l’histoire.

Zorian ne savait pas trop s’il devait être amusé ou outragé par le fait que Kirielle soit à ce point fascinées par les illusions. Elles n’étaient… eh bien, pas facile à réaliser, mais rien de spécial non plus. La sphère d’eau flottante avec le matériel scolaire qu’il avait réalisée un peu plus tôt à sa demande lui avait demandé bien plus d’efforts et de capacité. Il fut tenté de lui expliquer vraiment ce à quoi une véritable démonstration d’expertise magique ressemblait, mais il suspectait que, même si elle savait juger correctement la difficulté d’une action, elle s’en ficherait quand même. Il avait déjà remarqué lors des précédents recommencements, que parmi toutes les disciplines magiques qu’il lui avait montrées, l’illusionnisme était sa préférée. Peut-être parce qu’elle parlait le plus à sa fibre artistique ?

L’annonce du train annonça qu’ils arrivaient à Korsa, ce qui forçaa Zorian à interrompre son histoire juste avant que Sumrak ne ressorte victorieux de son combat contre les frais innombrables de la grenouille démoniaque et qu’il n’affronte le monstre dans sa tanière caverneuse dans laquelle il avait fuit suite à sa défaite lors de sa dernière confrontation avec le mage aventurier…

Et bien sûr, Kirielle ne fut pas d’accord. Elle avait bien voulu attendre pendant que les passagers montèrent dans le train et parcouraient les compartiments à la recherche d’une place, mais lorsque tout le monde fut installé et que le train repris sa route, elle exigea qu’il poursuive son histoire. Le problème fut qu’Ibery avait décidé de les rejoindre dans le compartiment, et Zorian n’avait pas vraiment envie de démontrer ses capacités devant elle. Évidemment, Kirielle ne partageait absolument pas son appréhension.

« Tu peux pas t’arrêter maintenant, l’histoire touche presque à sa fin ! » se plaignit-elle.

« Eh bien… tant que j’arrête d’utiliser mes… heu… aides visuelles, » essaya Zorian.

« Noooon ! » supplia Kirielle. « C’était la meilleure partie de l’histoire ! »

Zorian jeta un regard délibéré vers Ibery, en espérant que Kirielle comprenne le message. Elle le comprit, en quelque sorte, mais elle n’y réagit pas de la façon qu’il avait espéré qu’elle le ferait.

« Oh, allez, je suis sûre que la gentille dame n’ira pas moucharder que tu fais de la magie dans le train, » déclara Kirielle à voix haute. Elle se tourna ensuite vers Ibery, qui était très surprise, pour lui donner son regard le plus larmoyant. « Vous ne feriez pas ça, pas vrai ? »

« Heu… » répondit Ibery, s’agitant inconfortablement sur sa place. « Quoi ? Je pensais que le train avait des contre-mesures pour empêcher qu’on lance des sorts ? »

« C’est vrai ? » demanda Kirielle, surprise.

« C’est vrai, » confirma Zorian. Inutile de feindre l’ignorance maintenant. « Mais ils se contentent de perturber le lancer de sorts, ils ne le rendent pas impossible. C’est possible de contourner ces contre-mesures, si on est assez bon. »

« Et vous… vous êtes suffisamment doué ? » demanda Ibery, sans assurance.

Zorian haussa les épaules, et ne lui répondit pas. Pour le plus grand plaisir de Kirielle, il se décida de raconter la fin de l’histoire, avec l’appui de jolies illusions. Il remarqua qu’Ibery avait rangé son livre pour l’écouter également.

Elle essaya également discrètement de lancer quelques sorts basiques lorsqu’elle pensait qu’il ne regardait pas, avant de froncer les sourcils lorsqu’elle ne parvint pas à contourner la protection anti-façonnage. Elle était certainement juste curieuse du talent nécessaire pour faire cela. Il eut envie de scanner ses pensées de surface, pour voir à quoi elle pensait, mais décida, après réflexion, de ne pas le faire. Il était peu probable qu’il se fasse prendre, puisqu’Esprit Comme le Feu lui avait enseigné comment tester discrètement la présence de défenses mentales, mais il lui semblait une mauvaise idée de développer l’habitude d’envahir les esprits de tout le monde autour de lui. Il laissa Ibery à son expérimentation et se concentra à nouveau sur Kirielle et sur l’histoire qu’il racontait.

L’histoire terminée, Ibery débuta une conversation avec eux deux. Elle admit que l’histoire ne l’avait pas intéressée plus que ça, notamment parce qu’elle n’avait entendu que la fin, mais elle était très impressionnée par sa capacité à contourner les protections du train. D’autant plus lorsqu’elle apprit qu’il commençait à peine sa troisième année à l’académie.

Lorsqu’ils arrivèrent à Cyoria, ils prirent des chemins différents. Avant de faire ses adieux, Ibery lui avait cependant demandé de passer à la bibliothèque la semaine suivante, pour discuter de… quelque chose. Eh bien, peu importait. Il avait de toute façon l’intention de faire une descente à la bibliothèque pour trouver de nouveaux sorts, donc il pouvait tout à fait voir ce qu’elle lui voulait pendant qu’il s’y trouverait.

« Je crois qu’elle t’aime bien, » dit Kirielle lorsqu’ils furent seuls.

« Nan, elle est folle amoureuse de Fortov, » dit Zorian.

« Quoi ? » demanda Kirielle, déconcertée. « Elle avec Fortov ? Pas possible ! »

« J’ai pas dit qu’ils étaient en couple, » clarifia Zorian. « Juste qu’elle a le béguin pour lui. »

« Et comment tu sais ça ? » demanda Kirielle d’un ton soupçonneux.

« Grâce à d’anciens secrets magiques ? » essaya Zorian. Kirielle resta impassible. « Ok, ok… je t’expliquerai plus tard, quand on arrivera à notre nouvelle maison. Ce n’est pas quelque chose dont on devrait discuter en public. »

Tout en parlant à sa petite sœur, Zorian faisait attention à ce que son sens mental lui indiquait en se déplaçant à travers la foule. Même s’il était ciblé par quelqu’un protégé de toute détection mentale, l’absence d’un esprit chez une personne serait en lui-même un signal d’alarme. Mais il ne détecta aucune intention hostile dirigée vers eux, et aucune des personnes suspicieuses qu’il rencontra n’était invisible à son sens mental. Il se permit un soupir de soulagement au bout d’une dizaine de minutes : ses peurs de foncer dans un piège accompagné de sa petite sœur semblaient infondées.

Hmm, il savait qu’il allait pleuvoir un peu plus tard, mais il pouvait facilement les protéger contre la pluie… peut-être qu’un petit tour dans la ville suffirait-il à étancher quelque peu la curiosité de Kirielle ?

« Hé, » dit Zorian pour attirer l’attention de sa sœur. « Tu veux visiter la place principale de la ville ? Il y a une jolie fontaine que j’aime observer de temps en temps… »

Elle dit oui, bien sûr. Il n’aurait même pas eu besoin de demander.

 

 

 

Cela faisait maintenant plus de quatre ans que Zorian était rentré dans la boucle temporelle, et beaucoup de choses s’étaient passées durant cette période. Il était vraiment difficile de se rappeler de tout, malgré sa formation de mage et sa propre mémoire excellente. Et avoir été éloigné de Cyoria pendant presqu’un an et demi pour échapper à Robe Rouge n’avait certainement pas aidé de ce point de vue. Il avait depuis longtemps oublié de nombreux détails mineurs et spécifiques à un recommencement ‘normal’.

Cela ne devrait donc pas être très surprenant qu’il eut totalement oublié ce qu’il s’était passé la dernière fois qu’il avait essayé de se rendre à la fontaine au début d’un recommencement. Après tout, il ne l’avait pas essayé depuis le tout premier recommencement, celui où il avait été attiré dans la boucle.

C’est pourquoi, quand lui et sa sœur tombèrent sur un groupe de rats crâniens leur bloquant le passage, Zorian fut pris tout autant par surprise que la première fois. Mais contrairement à la dernière fois, il n’était plus exactement sans défense, et il les incinéra presque tous avant de s’arrêter. Il était presque certain que tuer cette nuée de rats allait attirer l’attention des envahisseurs, et donc l’attention de Robe Rouge. L’action intelligente à faire était de battre en retraite, tout comme il l’avait fait lors du premier recommencement.

Il sentit l’essaim tester ses défenses mentales et y répondit en les renforçant et en ripostant. Les attaques s’arrêtèrent, mais sa propre contre-attaque eut une efficacité très limitée contre l’esprit collectif de l’essaim : le groupe mental était absolument sans défense, probablement puisqu’une carapace mentale interfèrerait avec le réseau télépathique interne. C’est pourquoi ses ripostes assommèrent l’un ou l’autre rat au lieu de créer des dégâts significatifs. Il se demanda –

Il sentit une montée de terreur chez Kirielle lorsqu’elle réalisa enfin la nature de ce qu’elle était en train de regarder. Zorian comprit qu’il ne devrait pas jouer avec ces créatures : même si elles ne représentaient pas un danger pour lui, ce n’était pas le cas de Kirielle. Il lança un faible lance-flammes aux membres de l’essaim les plus proches pour les faire reculer un peu, avant de se retourner, d’attraper Kirielle et de s’enfuir. Les rats ne les suivirent pas, tout comme ils ne l’avaient pas suivi la première fois qu’il les avait rencontrés. Ils ne voulaient probablement pas attirer l’attention davantage que lui, même si l’on pouvait alors se poser la question de pourquoi ils bloquaient l’une des rues principales de Cyoria en plein jour. Il se fit une note d’enquêter sur cela un jour…

Alors qu’ils couraient, il s’émerveilla distraitement de la chance qu’il avait eu de n’avoir plus jamais rencontré les rats crâniens avant de s’allier avec les aranéas. En effet, ils auraient certainement lu son esprit, et il y avait de bonnes chances qu’ils apprennent ainsi l’existence de la boucle temporelle. Et même s’ils écartaient l’idée de la boucle temporelle en la qualifiant un délire de sa part, ils auraient très certainement intéressé de savoir comment il était au courant de l’invasion…

« Heu, est-ce qu’on peut toujours aller à la fontaine ? » demanda Kirielle, une fois qu’ils furent suffisamment éloignés des rats et qu’elle eut la chance de reprendre son souffle et de se calmer.

« Ouais, je connais un autre chemin, » dit Zorian, pointant du doigt un parc à proximité.

Une seconde, n’était-ce pas ce qu’il avait essayé lors du premier recommencement ? N’avait-il pas rencontré un problème ? Il en était certain. Quel genre de… Oh ! La fille avec le vélo. Il l’avait complètement oubliée. Mais bon, ce n’était pas vraiment un problème : il l’aiderait très rapidement à sortir son vélo de la rivière avant de se remettre en chemin.

Kirielle devint inhabituellement silencieuse lorsqu’ils rencontrèrent la petite fille qui pleurait. Elle resta en arrière pendant qu’il lui parlait. Il sortit le vélo du ruisseau avec une grande facilité, plaçant sa main par-dessus le pont pour le faire léviter jusqu’à ce qu’il puisse l’attraper. Il lui fallut finalement plus de temps pour calmer la petite fille et lui demander pourquoi elle pleurait que pour récupérer le vélo. Il utilisa deux sorts pour le sécher et le nettoyer de toute la crasse, tout simplement parce qu’il ne voyait aucune raison de ne pas le faire. Le vélo était maintenant probablement plus propre qu’il ne l’était avant de tomber dans le ruisseau.

« Et voilà, » déclara fièrement Zorian. « Ton vélo est tout propre et intact. Tu peux arrêter de pleurer maintenant, d’accord ? »

« D’accord, » répondit-elle en reniflant et en se frottant les yeux. « Merci. »

« Pas de problème, » dit Zorian. « Eh bien, on devrait se mettre en route, donc prends soin de toi. Je crois qu’il va bientôt pleuvoir, donc tu devrais également rentrer chez toi. »

« Mais attends frérot, » protesta soudainement Kirielle. « Sois pas méchant, on peut pas simplement la laisser ici. On devrait la raccompagner nous-même, juste pour être sûrs qu’il ne lui arrive rien. »

« Il n’est pas méchant, » rétorqua l’autre petite fille, sortant de son état de confusion. « Et je peux me rendre chez moi toute seule, je ne suis pas stupide. »

Oh, il aimait cette petite fille. On ne prenait pas souvent sa défense face à Kirielle.

« Eh bien, je suis content de voir que quelqu’un ne voit pas systématiquement tout ce que je fais d’un mauvais œil, » dit Zorian, lançant un regard de travers à Kirielle. Cette dernière leva les yeux au ciel. « Mais je suis certain que Kirielle ne voulait pas dire ça, elle était juste inquiète pour toi, car tu semblais assez bouleversée. »

« C’est juste que… J’ai le vélo que depuis hier et maman m’a dit de faire attention parce qu’ils peuvent pas en racheter un autre et puis je… »

« Hé, c’est bon, t’inquiète pas, » dit rapidement Zorian, interrompant son histoire, car elle était sur le point de recommencer à pleurer. « Tu as de nouveau ton vélo. Tout est bien qui fini bien. Mais peut-être on devrait vraiment te raccompagner chez toi, au moins jusqu’à ce que tu te calmes un peu. »

« Ouais ! » ajouta Kirielle. « Comme ça, on peut se parler et apprendre à se connaître en chemin. Je viens de déménager ici et ça serait bien d’avoir une amie de mon âge. C’est quoi ton nom ? Moi je m’appelle Kirielle, et ce gars qui a sorti ton vélo de la rivière est mon grand frère Zorian. »

« Je m’appelle Nochka, » répondit-elle. « Mais, heu, je ne veux pas que vous soyez en retard. »

« On allait simplement voir la fontaine, rien d’important, » la rassura Kirielle. « On peut faire ça une autre fois. Allez, montre-nous où tu habites. »

La marche jusqu’à la maison de Nochka fut courte. Elle vivait relativement proche du parc, ce qui était probablement la raison pour laquelle ses parents l’avaient laissée s’y rendre seule. Mais il était quand même étrange pour des parents de s’inquiéter si peu du lieu où se trouvaient leurs enfants, mais les parents de Zorian fonctionnaient de manière similaire, donc il ne s’en mêla pas. Il ne dit pas grand-chose lors de la marche, mais cela n’avait pas dérangé puisque Kirielle parlait suffisamment pour eux deux. Nochka était du genre timide, et un peu nerveuse, observant constamment les alentours et sursautant au moindre bruit suspect. Mais pendant le temps qu’ils mirent à se rendre à sa maison, elle s’était ouverte à Kirielle. Elle avait huit ans, un an de moins que Kirielle, et était également arrivée récemment à Cyoria. Elle était arrivée en ville avec sa famille quelques mois auparavant, et n’avait pas non plus d’amis de son âge. Génial. Zorian savait très bien ce qui allait se passer…

Zorian essaya une nouvelle fois de se dégager de cette situation lorsqu’ils arrivèrent à destination, mais échoua. En effet, la mère de Nochka les vit arriver et insista pour qu’ils rentrent, et il ne voulait pas se monter malpoli. Il se dit que cette femme avait tous les droits d’être curieuse à propos de deux étrangers marchant avec sa fille, donc ils devaient au moins dissiper ses craintes avant de partir. Une fois à l’intérieur, Nochka expliqua rapidement à sa mère ce qu’il s’était passé, même si, dans son histoire, le vélo ne terminait pas dans le ruisseau, mais plutôt accroché dans un piège à cordes qui se trouvait dans le parc pour… une raison quelconque. Nochka passa rapidement sur ce point et raconta que Zorian l’avait aidée à décrocher le vélo de l’arbre.

Ouais, Nochka était une bien mauvaise menteuse. Vu comment sa mère la regardait lorsqu’elle eut fini son histoire, Zorian était convaincu qu’elle allait exiger la vraie histoire de Nochka dès le moment où Zorian et Kirielle seraient partis.

La mère de Nochka, Réa, faisait honnêtement un peu peur à Zorian. Elle n’avait pas l’air effrayant, car elle avait les mêmes cheveux noirs et yeux marrons que Nochka, ainsi que la stature et une façon de s’habiller normales pour une femme à la maison, mais il fallut seulement cinq minutes à Zorian pour comprendre que la vraie personnalité de Réa était plus complexe. Ses mouvements étaient tous fluides et précis, elle ne bredouillait ou n’hésitait jamais lorsqu’elle parlait, son regard était incroyablement intense, et elle rayonnait d’une aura de confiance absolue et de sang-froid. Honnêtement, s’il avait été seul, il aurait quitté la maison en toute hâte, mais Kirielle ne sembla pas du tout aussi intimidée que lui par la femme, et insista pour raconter des histoires à sa nouvelle amie. Comme celle qui avait précédé leur rencontre.

« Ah, oui, les étranges rats-cerveaux, » dit Réa, lorsque Kirielle leur parla des rats crâniens. « J’en ai déjà vu marauder autour de la maison, mais jamais en si grand nombre. Quelles choses répugnantes. »

Zorian fronça les sourcils. Pourquoi les rats crâniens rôdaient-ils autour de leur maison ? »

« Vous devriez faire attention, » lui dit-il. « Ils sont appelés des rats crâniens, et ils peuvent lire vos pensées. Possiblement même vos souvenirs, s’ils peuvent agir suffisamment longtemps. »

« Hmm… c’est donc une bonne chose que je les tue lorsque j’en trouve, » annonça Réa.

« Certes, mais ne croyez pas que cela veut dire que vous êtes en sécurité, » dit Zorian. « Ils ont un esprit télépathique d’essaim, donc tuer un rat ne va pas effacer les informations obtenues sur vous. Ce qu’un rat crânien sait, tous les rats crâniens savent. Je pense vraiment que vous devriez contacter les autorités de la ville pour qu’ils éradiquent l’essaim, mais c’est à vous de choisir. »

« Je vois, » dit Réa après l’avoir observé pendant plusieurs secondes. « Je vais discuter de votre conseil avec mon mari et nous verrons ce que nous allons faire. Je dois avouer que vous semblez étonnamment bien informé pour un jeune homme de quinze ans, monsieur Kazinski. »

« Mon frérot est très intelligent, » dit Kirielle.

Oh, chut, petite flatteuse.

« Bon, merci pour votre hospitalité, madame Sashal, mais notre logeuse nous attend et nous devrions vraiment y aller, » dit Zorian, se levant de sa chaise et faisant signe à Kirielle de faire de même. D’après ce qu’avait dit Réa un peu plus tôt, son mari allait bientôt rentrer du travail, et il préférerait ne pas être coincé dans un second round d’explications.

« Il pleut beaucoup, » dit Réa en regardant à travers la fenêtre à côté d’elle. « Vous devriez attendre au moins jusqu’à ce que le temps se calme, avant de partir. »

« Malheureusement, je n’ai pas l’impression qu’il va se calmer de sitôt, » remarqua Zorian. « Mais ce n’est pas un problème, je peux me téléporter moi et Kirielle relativement proche de notre destination et nous protéger de la pluie pendant le court moment où nous seront à découvert. »

« Est-ce que Kirielle peut venir jouer de temps en temps ? » demanda Nochka.

« Heu, oui. Bien sûr, » répondit Zorian. Il était certain que Kirielle serait fâchée s’il disait non. Même s’il ne voulait pas vraiment que Kirielle se rende dans une zone infestée de rats crâniens…

Zorian et Kirielle firent leurs adieux et partirent en direction de la maison d’Imaya.

 

 

 

Le lendemain, Zorian se leva tôt et prévint Imaya qu’il se rendait à la bibliothèque, même si en vérité il n’en avait pas l’intention. Au contraire, il se téléporta plutôt à Knyazov Dveri, où il s’attela à récolter du mana cristallisé. Il avait maintenant cartographié de larges parties du donjon local, et ne pouvait pas rassembler tout le mana cristallisé dont il avait connaissance en une seule journée. Il lui faudrait deux ou trois jours supplémentaires pour nettoyer l’endroit proprement. Oh, et il commençait à percevoir les limites de sa mémoire. Il avait en effet complètement oublié certaines localisations mineures, et il lui fallut un moment pour en trouver d’autres. Ennuyeux.

Il se demanda ce qu’une ancienne version de lui-même aurait dit s’il avait su, qu’à l’avenir, il aurait un tel nombre de richesses à portée de main qu’il en oublierait littéralement une partie. Probablement quelque chose de méchant.

Il était de retour chez Imaya depuis moins d’une demi-heure lorsque Taiven arriva pour discuter avec lui.

« Laisse-moi deviner. Tu veux que je t’accompagne dans les égouts pour t’aider à récupérer une montre auprès d’araignées géantes, » ‘devina’ Zorian.

« Quoi ? Non, j’ai décidé de ne pas m’embêter avec cette mission puisque d’autres plus lucratives sont apparues, » dit Taiven. Elle le regarda d’un air étrange. « Et comment tu sais à propos de ce boulot, d’abord ? J’en ai parlé avec maximum deux personnes. »

Ah, c’était vrai. Les circonstances à Cyoria avaient grandement changé depuis la dernière fois qu’il avait été en ville. Les mercenaires qu’il avait engagé pour affronter Robe Rouge avaient vu leurs âmes détruites, en même temps que les aranéas, et les monstres commençaient à remonter du Donjon sans que ces dernières ne les en empêchent. Rien ne pouvait et ne devait être considéré comme acquis. Il se devait de garder cela à l’esprit.

Plutôt que d’essayer d’inventer une excuse minable, il décida d’ignorer sa question et de lui en poser une autre.

« Si tu n’es pas là pour ça, pourquoi es-tu là, Taiven ? Tu n’as pas vraiment l’habitude de venir me voir sans raison… »

Elle protesta que si, bien sûr qu’elle était venue juste pour le voir, et nia ardemment avoir une faveur à lui demander. Elle insista qu’il s’agît d’une opportunité. Une opportunité qui lui ramènerait beaucoup d’argent et de renommée, s’il coopérait avec elle.

Eh bien. À défaut d’autre chose, son nouveau plan était bien plus tentant que le précédent.

En bref, les incursions de monstres, dont il avait eu connaissance grâce aux journaux, avaient commencé bien plus tôt que ce que Zorian avait crû. Il y en avait deux plutôt mauvaises dès le premier jour du recommencement : un jeune couple avait été grièvement blessé lorsqu’un énorme mille-pattes abyssal avait rampé hors des égouts au milieu d’une rue bondée, et un restaurant avait dû être évacué lorsqu’un limon jaune géant s’était introduit dans la cave à vin et commença à consommer tout ce qui était accessible. Les choses avaient empiré dans la nuit, et il y eut un certain nombre de victimes pendant que Zorian avait été occupé à récolter du mana cristallisé à Knyazov Dveri, et la ville avait réagi en décrétant des mesures d’urgence. L’une d’elles était de remettre des récompenses élevées pour chaque monstre tué et d’encourager les explorateurs de donjon et les groupes de mercenaire de se rendre aussi profondément dans le donjon de Cyoria qu’ils l’osaient, pour abattre la population de monstres avant qu’ils ne puissent atteindre la surface.

Concernant Taiven, c’était exactement ce qu’elle avait espéré. Elle avait été longtemps frustrée par le manque de chance de prouver sa valeur, et elle était donc pressée de profiter de ce nouveau développement pour se faire un nom en chassant agressivement des primes et en tuant autant d’habitants du donjon qu’elle pouvait trouver.

Le problème était que son groupe était trop petit pour ses ambitions. Trois personnes ne forment pas un véritable groupe de chasse.

« Je suis surpris que tu sois venue vers moi pour ça, » dit Zorian. « On dirait que cela nécessite de bons talents au combat, et je ne suis qu’en troisième année. Sans doute tes camarades de quatrième année feraient de meilleurs compagnons ? »

« Eh bien, le truc c’est que je ne suis pas la seule à recruter… et bon nombre des autres recruteurs sont bien plus connus et prestigieux que ma petite personne. Cela devrait être plus facile une fois que j’obtiens des résultats, mais cela pourrait arriver trop tard, donc je ne peux pas me permettre d’être trop difficile maintenant. »

« Tu ne peux pas te permettre d’être difficile, hein ? » répéta platement Zorian. Avant la boucle temporelle, cette phrase aurait précipité son refus par simple méchanceté. Il avait toujours détesté être un second choix, et donc encore plus être la dernière option. Mais, après plusieurs années dans la boucle temporelle, son égo avait été assagi. Il pouvait admettre que Taiven avait vu juste, considérant les options dont elle disposait.

« Ok, c’était un choix de mots pas très judicieux, » admit Taiven. « Mais comme tu l’as dit, tu n’es qu’en troisième année. Qu’est-ce que tu vaux en combat magique ? Tu crois que tu pourrais faire ta part dans un groupe ? »

Hmm. Que devait-il dévoiler ? Taiven pouvait ne pas se rendre compte d’un nombre phénoménal de choses, mais elle allait clairement réaliser qu’il était bien plus fort qu’il n’était en droit de l’être. Et elle était l’une des rares personnes qui le connaissaient suffisamment bien avant la boucle temporelle pour valider cette observation avec une relative certitude.

Et puis, est-ce qu’il voulait rejoindre le groupe de Taiven ? Cela semblait être extrêmement chronophage, et il avait plein d’autres projets nécessitant son attention… peut-être était-il mieux de prétendre qu’il était trop faible et inexpérimenté pour l’aider ?

Oh, tant pis. Il allait tenter l’expérience cette fois-ci. À défaut d’autre chose, cela lui donnerait une excuse toute faite pour un certain nombre d’autres projets qu’il avait prévu de réaliser lors de ce recommencement.

« Absolument. J’ai déjà été dans le Donjon plusieurs fois, » admit-il. « J’ai un répertoire de sorts décent, et j’ai confiance de ne pas être paralysé de peur au premier signe de danger. Mon plus gros problème est mes réserves de mana : au maximum, je peux lancer seulement une vingtaine de missiles magiques d’affilée. Et c’est après avoir augmenté mes réserves grâce à l’entraînement ; je suis à peine dans la moyenne en termes de magnitude de réserve de mana. »

Taiven le regarda pendant quelques secondes, l’air incrédule. « T’as déjà été dans le Donjon ? » demanda-t-elle finalement. « Je suis surprise que tu aies reçu une autorisation pour ça. Dans mon cas, l’Académie ne voulait absolument pas m’en donner avant que ma quatrième année ne soit bien engagée. »

« Je n’ai jamais parlé de demander une autorisation, » dit Zorian.

« Zorian… »

« Quoi, tu vas me dire que tu ne l’as jamais fait ? »

« Eh bien, peut-être une fois ou deux, » admit Taiven. « Mais, de la façon dont tu en parles, il ne s’agissait pas d’événements isolés. Pour que tes réserves de mana soient si élevées, considérant d’où tu partais, il a dû falloir beaucoup d’entraînement intensif. Ça me semble dangereux. »

« Parfois un homme doit prendre des risques, » dit Zorian en imitant la voix de Taiven. « Je crois que c’est toi qui m’a dit ça, Taiven. »

« Je parlais en termes d’amour, et tu le sais, » rétorqua-t-elle. « Pourquoi ne pouvais-tu pas suivre mon conseil pour ça plutôt ? »

J’avais suivi ton conseil, pensa Zorian avec amertume. Et on m’a ri au nez.

 

« Pourquoi tu me fais la morale pour ça ? Tu devrais être ravie que tes manigances désespérées aient fonctionné, » dit-il. « Tu me veux dans ta fichue équipe ou pas ? »

« Oui ! Oui ! » le rassura rapidement Taiven. Elle sortit une feuille de papier de son sac et la posa sur la table, en face de lui. « Je crois que t’as raison, ce n’est pas vraiment important pour le moment. Remplis ce formulaire d’adhésion et je te ferai un résumé de ce que j’ai prévu pour demain… »

 

 

 

 

Pendant les jours qui suivirent, Zorian participa à des incursions dans le donjon de Cyoria avec Taiven, Urik et Oran. Il réalisa rapidement que ses talents de combat n’étaient pas l’atout majeur qu’il apportait à l’équipe, car en général, la puissance combinée de Taiven et de ses deux coéquipiers était suffisante pour détruire toutes les menaces qu’ils rencontraient. Zorian n’était appelé à combattre que lorsque l’un de ces trois-là n’avait plus beaucoup de mana et avait besoin de se reposer un moment. Non, ses atouts principaux étaient une carte détaillée d’une grande partie du donjon sous Cyoria (fournie par la matriarche dans son dernier message), ainsi qu’une relative aptitude en divination qui lui permettait de vérifier les zones devant eux et traquer rapidement les cibles qu’ils poursuivaient. S’il n’avait pas été là pour diriger le groupe, ils auraient probablement passé la majorité de leur temps à errer sans but à la recherche de quelque chose à combattre. À son avis, ces trois-là étaient dangereusement surspécialisés en combat direct.

Lorsqu’il était dans le Donjon, il profita de l’occasion pour espionner les bases souterraines des envahisseurs dont il avait connaissance, dans le but d’essayer de voir comment ils réagissaient à l’augmentation de l’activité et de la surveillance du donjon de Cyoria. Le groupe de Taiven était loin d’être le seul qui essayait de tirer profit des primes qu’offrait la ville, et on pouvait s’attendre à ce que de nouveaux groupes arrivent sous peu. Ce qu’il découvrit fut que les envahisseurs s’étaient relativement retirés ; ils avaient complètement abandonné plusieurs de leurs bases les plus exposées et n’avaient laissé que quelques troupes dans beaucoup d’autres. Cela allait certainement avoir un impact négatif sur l’exécution de l’invasion…

Lorsqu’il ne chassait pas des habitants du donjon avec Taiven, il se concentrait sur la multitude de ses autres plans et obligations. Il termina de récolter le mana cristallisé sous Knyazov Dveri et avait commencé à vendre son énorme stock dans plusieurs magasins, à la fois à Cyoria et en-dehors. Il emmena Kirielle voir Nochka et resta dans le coin pour chasser les éventuels rats crâniens dans les environs (il n’en détecta heureusement aucun). Il rencontra le père de Nochka cette fois-ci, un grand barbu musclé et jovial appelé Sauh qui adorait rire et parler, qui était le total contraire de sa femme, et pourtant tout aussi terrifiant à sa façon. Zorian était à moitié convaincu que l’atelier que Sauh avait insisté pour lui montrer, celui rempli de marteaux et d’autres outils lourds et dangereux, était la façon de Sauh de le menacer de violence physique s’il blessait sa fille d’une quelconque façon. Il se rendit également à la bibliothèque pour voir ce qu’Ibery voulait lui demander. À sa grande surprise, il découvrit qu’Ibery était intéressée pour recevoir des cours de magie de sa part. Elle avait été à la recherche de quelqu’un pour du tutorat en dehors de l’académie, mais la plupart des tuteurs étaient inaccessibles avec son budget, et elle espérait qu’un troisième année comme lui serait disposé à faire un échange de sort ou quelque chose du genre. Même si l’offre était plutôt intéressante, il avait déjà beaucoup trop de choses sur le feu. Il lui dit donc qu’il la recontacterait après le festival d’été, si elle était toujours intéressée. Il le ferait peut-être lors d’un futur recommencement, où il refuserait l’offre de Taiven.

Et, bien sûr, il devait participer aux cours. C’était pénible, mais pas autant qu’il s’y était attendu. Sa longue absence de Cyoria lui avait fait oublier de nombreux détails sur le fonctionnement des cours, et lui avait permis de voir les autres sous un tout nouveau jour. Les nombreuses incursions de monstres dans la ville avaient également eu un effet sur l’académie. Jade ne venait plus en cours, retirée de l’académie par ses parents par peur pour sa sécurité. Zach, bien sûr, n’était pas là non plus, et puisque personne (à part Zorian) ne connaissait la vraie raison, la plupart des étudiants pensaient qu’il avait été retiré de l’académie pour des raisons similaires. Kyron avait annoncé pendant leur première leçon qu’il allait superviser des entraînements au combat supplémentaires en soirée, et Ilsa encouragea quiconque savait se battre à participer à l’extermination des monstres dans le donjon, offrant des avantages et des exceptions à quiconque le faisait et obtenait des résultats. Elle prit pour exemple Zorian, Briam, Tinami, Naim et Estin qui avaient déjà participé aux missions, ce qui surprit grandement Zorian. Il n’aurait jamais imaginé que tant de personnes de sa classe auraient décidé qu’ils étaient suffisamment bon pour s’impliquer de cette façon. Deux jours plus tard, Kopriva rejoignit cette liste, alors que Maya et Iroro furent ordonnés par leurs parents de rester à la maison jusqu’à ce que la situation se calme.

Avec un tel chamboulement dans la composition de classe et dans le comportement des professeurs, l’expérience scolaire de Zorian était relativement différente de ce dont il se rappelait avant son exile de Cyoria. Il était certain que tout redeviendrait ennuyeux et répétitif après un recommencement ou deux, mais pour l’instant c’était supportable.

 

 

 

 

Plusieurs jours passèrent. Le nombre et la sévérité des raids de monstres diminua progressivement, et la ville arrêta de se comporter comme une fourmilière dans laquelle on avait donné un coup de pied. L’atmosphère était toujours tendue, et les expéditions dans le Donjon continuèrent, mais les choses se calmaient enfin. De ce fait, Zorian commença à espionner plusieurs envahisseurs, cultistes et d’autres personnes liées à l’invasion dont il se rappelait du temps qu’il avait passé avec les aranéas de Cyoria. Il traqua leurs déplacements et leurs activités, mais ne les attaqua pas pour le moment. La clameur créée par la mort des mercenaires et les nombreuses incursions de monstres avait créé de tels changements dans les préparations pour l’invasion que ses souvenirs étaient d’une utilité limitée, et il ne voulait rien faire avait d’être certain d’où et quand frapper.

Mais c’était quand même curieux… Même en prenant en compte les divergences massives causées par la suppression des aranéas par Robe Rouge, les envahisseurs étaient étrangement inefficaces. Moins informés. Auparavant, ils semblaient savoir comment contourner certains boucliers, ou éviter d’attirer l’attention des forces de l’ordre de Cyoria. Maintenant, ils semblaient ne plus disposer de ces connaissances. Il commençait à suspecter que Robe Rouge avait l’habitude de transmettre un tas d’informations cruciales aux envahisseurs lors des recommencements précédents, même dans les cas où il ne leur accordait pas trop d’attention après coup… Mais visiblement, lors de ce recommencement, il avait décidé de ne pas le faire du tout.

Étrange.

L’arrivée de Kael chez Imaya rappela à Zorian qu’il avait conclu un marché avec lui en l’aidant à développer son alchimie en échange de son aide avec la magie de l’âme et d’autres choses. Malheureusement, il y avait un problème : Zorian avait en grande partie oublie le contenu du cahier de Kael au fil des nombreux recommencements passés loin de Cyoria. Kael parvint tant bien que mal à deviner certaines choses à partir des notes décousues dont Zorian se rappelait encore, ce qui aida à le convaincre qu’il racontait la vérité, mais concrètement, il repartait de zéro.

Zorian savait qu’il allait devoir trouver une solution à sa mémoire limitée s’il voulait concrétiser l’accord. Sans renforcement constant à chaque recommencement, il allait de nouveau oublier, et la quantité d’information qu’il devait mémoriser n’allait faire que croître au fur et à mesure, ce qui rendait la tâche plus difficile. Et ce n’était pas juste les recettes de potions de Kael : il avait eu du mal à se rappeler les plans des ressources à Knyazov Dveri, certains détails mineurs de précédents recommencements (comme sa première rencontre avec Nochka) avaient complètement été oubliés, et il avait l’impression que la quantité d’information sur les envahisseurs à Cyoria qu’il rassemblait actuellement allait être un problème majeur à l’avenir.

Il devait trouver une meilleure façon de se rappeler des choses, et vite. Il allait devoir y consacrer le prochain weekend pour voir s’il pouvait trouver une solution.

Il toqua à la porte de Xvim, et attendit consciencieusement que l’homme l’invite à rentrer.

« Rentrez, » appela Xvim depuis l’intérieur. Zorian rentra rapidement et s’installa sur la chaise lorsque son mentor le lui ordonna.

« Montrez-moi vos trois basiques, » exigea Xvim.

Zorian s’exécuta. Silencieusement, efficacement, et sans se plaindre. Il avait décidé, avant de venir ici, qu’il allait essayer et voir combien de temps il faudrait à Xvim pour être troublé par sa capacité à exécuter toutes ses demandes sans problème et sans se plaindre. C’était un projet à long terme, bien sûr. Il ne se pensait pas capable de déconcerter son mentor lors de ce recommencement, mais il était déterminé à aller au bout. Il allait s’exercer à tous les exercices stupides que Xvim exigerait de lui chaque jour, recommencement après recommencement, jusqu’à ce qu’il les maîtrise. Jusqu’à ce qu’il les maîtrise tous, si nécessaire. Xvim allait tomber à court d’exercice de façonnage un jour ou l’autre, pas vrai ?

Son mentor lança une bille dans sa direction. Zorian pencha la tête légèrement sur sa gauche pour éviter la trajectoire de la bille, sans jamais regarder Xvim dans les yeux. Deux nouvelles billes furent lancées, mais le résultat fut le même.

« Fermez les yeux, » ordonna Xvim.

Zorian s’exécuta. Il continua à éviter toutes les billes que Xvim lançait sur lui, grâce à un champ de détection constitué d’un nuage de mana diffus dispersé autour de lui. Xvim ne réagit pas, indifférent à sa démonstration de ses talents, mais Zorian non plus.

« Vous pouvez ouvrir les yeux à nouveau. Voici une boîte remplie de billes, » dit Xvim, sortant de sous son bureau un grand bol rempli de ces maudites sphères de verre. Elles avaient toutes sortes de tailles, et Zorian fut reconnaissant que Xvim ne lui ait jamais lancé que les petites. Les plus grosses pouvaient probablement assommer un adulte. « Faites-en léviter un maximum. Dépêchez-vous, nous n’avons pas toute la journée ! »

Zorian fit léviter toutes les billes du bol, mais fut, hélas, trop lent. Ou du moins, Xvim le pensait-il. Il ordonna à Zorian de répéter la manipulation encore et encore, perdant une heure entière. Zorian ne fit cependant aucun commentaire, et faisait de son mieux pour remplir les ordres absolument excessifs de son mentor.

« Les faire léviter ainsi, en une grosse masse difforme, est parfaitement disgracieux. Faites-en une sphère parfaite. Un anneau maintenant. Une pyramide. Cela ne ressemble pas à une pyramide, avez-vous besoin de changer de lunettes, monsieur Kazinski ? Oui, c’est mieux. Mais trop lent, vous devez être plus rapide. Beaucoup plus rapide. Recommencez à partir de la sphère. Encore une fois. Encore une fois. »

Zorian changea d’une forme à l’autre aussi rapidement qu’il le pouvait, mais un désastre finit par arriver : il perdit le contrôle de l’exercice, et la masse de billes s’écrasa sur la table. Zorian grimaça pendant que les billes rebondissaient sur la table dans un vacarme assourdissant et se dispersaient dans toute la pièce. Il perdit ainsi son air décontracté pendant un moment.

Bon sang.

Zorian et Xvim se regardèrent intensément pendant plusieurs secondes après l’incident.

« Eh bien ? » demanda Xvim. « Qu’attendez-vous, monsieur Kazinski ? Dépêchez-vous et remettez les billes dans le bol afin que nous continuions là où nous nous sommes arrêtés. »

« Oui monsieur, » dit Zorian, incapable de cacher une once d’amertume. « Tout de suite, monsieur. »

C’était officiel : il détestait vraiment les billes.


Cet article comporte 8 commentaires
  1. Merci pour le chapitre
    Désolée je n’ai visiblement pas le niveau pour d’aider avec l’édition (notamment puisque je trouve que cette traduction est des dizaines de fois meilleures que toutes celles que j’ai lues. Mais peut-être n’est-ce que que grâce au style de l’auteur ou du fait qu’il écrive en anglais)

    1. Merci, mais effectivement le fait que c’est une traduction directe depuis l’anglais aide beaucoup (surtout lorsque je compare à ce que je faisais sur Rebirth of the Thief)

  2. la qualité de traduction a baissée avec ton retour non? Il y a quelque fautes c’est vrai mais ce n est pas vraiment genant . Je me souviens par contre que tes traductions ont toujours été un exemple dans le milieu du light novel , et de loin!

    1. Oui, c’est en substance ce que je dis dans mon message en bas du chapitre. Je ne m’accorde plus le temps d’éditer moi-même mes chapitres, et c’est pourquoi je recherche de l’aide.

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