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Mother of Learning, chapitre 33

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Traducteur : Mithestral


Chapitre 33 : Les portails

Zorian se tenait au milieu du salon vide de la maison de Vazen, regardant avec tristesse les éclaboussures de matière gluante verte devant lui qui était en train de pénétrer le sol avec un grésillement audible. Il était difficile de le voir, mais quelques minutes plus tôt, cette vase acide avait en fait été une pile de documents importants stockés dans le coffre-fort de Vazen. Il semblerait bien que le marchand ne voulait vraiment pas que quelqu’un y jette un œil.

L’opération avait bien commencé. Tout avait bien commencé. Ne voyant pas l’intérêt de réinventer la roue, Zorian utilisa la même méthode pour pénétrer dans la maison de Vazen, avant de démanteler les protections sur le coffre-fort. En plus du piège explosif qu’il avait déjà rencontré, il trouva également un piège soporifique qui rendait inconscient quiconque touchait le coffre. Après les avoir désarmés, et ne voyant pas d’autre trace de magie protégeant le coffre, il essaya immédiatement de retirer les documents.

Il déclencha immédiatement un mécanisme mécanique qui déversa un genre de mixture extrêmement acide sur le contenu du coffre. La bonne nouvelle était qu’il avait réussi à éviter d’en avoir sur les mains : voyant ce que la substance verte faisait au plancher, il aurait probablement été rongé jusqu’à l’os avant de réussir à s’en débarrasser. La mauvaise nouvelle était qu’il avait échoué à sauver le moindre document avant que l’acide ne s’en charge. Il avait réussi à faire léviter les papiers en dehors du coffre, mais la substance s’était accrochée aux documents comme de la colle. Il fut incapable de la séparer du reste des papiers avant que l’acide ne les détruise, avant de s’attaquer au sol.

Il eut un frisson. Il était vraiment, vraiment contant d’avoir retiré ses mains à temps et d’avoir évité d’avoir ce truc sur lui.

Une fois de plus, Zorian dut quitter la maison de Vazen les mains vides. Il était vraiment tenté de se venger en piégeant toute la maison pour qu’elle explose dès que Vazen rentrerait, mais cela serait mesquin et stupide. Le meurtre d’une personne aussi influente attirerait beaucoup d’attention, et même Alanic surveillait probablement attentivement le marchand. Et puis, il avait essayé de le voler, donc il n’avait pas le droit d’être indigné de toute façon.

Mais quand même…. Zorian était maintenant absolument certain que Vazen était impliqué dans des affaires vraiment très louches, et il n’était pas question de fraude fiscale ou d’espionnage industriel. Il était vraiment improbable que Vazen piège son coffre-fort pour détruire des contrats ou des schémas de production s’ils étaient découverts : la quantité d’argent qu’il perdrait en faisant cela serait exorbitante. Non, il devait y avoir quelque chose d’autres dans ce coffre. Quelque chose d’incroyablement illégal et incriminant, au point que Vazen préférerait tout perdre plutôt que de laisser quelqu’un découvrir qu’il le possédait.

Zorian allait définitivement revenir lors du prochain recommencement. Peut-être que les méfaits du marchants n’étaient pas liés à l’invasion Ibasienne à Cyoria, ou au groupe ciblant les mages de l’âme autour de Knyazov Dveri, mais Zorian en doutait. Cela ne lui coûtait rien de vérifier, en tout cas.

Enfin, à moins que Vazen n’ait installé d’autres surprises horribles qui l’attendaient s’il passait la seconde ligne de défense. Dans tous les cas, il ramènerait un bâton de trois mètres avec lui, car il n’y avait pas moyen qu’il placerait à nouveau ses mains à l’intérieur de ce coffre.

Le jour après avoir survécu à l’embuscade à l’extérieur du temple d’Alanic, Zorian y arriva pour sa session de médiation, ayant pas mal d’appréhension. Pas seulement à cause de la possibilité d’une autre embuscade : il n’avait pas aimé les regards qu’Alanic lui avait lancé lorsqu’il répondait aux questions du mage de la Guilde, et Zorian était inquiet sur ce que ces regards voulaient dire pour lui. Cependant, la leçon du jour fut particulièrement ordinaire : il n’y eut ni seconde embuscade, ni indication de la part d’Alanic qu’il était fâché ou suspicieux. C’est pourquoi Zorian se sortit ses inquiétudes de sa tête et décida de suivre l’exemple d’Alanic en agissant comme si de rien n’était.

Mais maintenant, trois jours plus tard, Zorian pouvait affirmer que ça avait été une erreur. Le fait d’être amené dans la cour du temple pour ‘tester ses talents de combat’ ressemblait suspicieusement à une punition.

En plus, pourquoi un temple avait-il une arène de combat dans sa cour plutôt qu’un beau et paisible jardin, ou un truc du genre ? Entre ça et les cellules dans le sous-sol, Zorian commençait sincèrement à douter des qualifications spirituelles de ce lieu.

« Heu, ce n’est pas que je n’apprécie pas votre aide pour consolider mes modestes capacités de combat, mais nous devrions vraiment nous concentrer pour faire fonctionner ma vision de l’âme propre, » dit Zorian, se dandinant sur place, mal à l’aise. « Vous m’avez dit vous-même que c’est quelque chose qui requiert mon attention totale pour le maîtriser. »

Alanic se contenta de continuer à le regarder en silence, le vissage impassible, depuis l’un des coins de l’arène.

Il pointa ensuite son bâton vers Zorian et lui lança une boule de feu sur lui.

Zorian ne fut pas surpris par l’attaque. Pour être honnête, il s’était attendu à quelque chose de la sorte. Ce qui le surprit et le vexa était qu’Alanic avait choisi ce sort en particulier pour démarrer le combat. La boule de feu n’était pas quelque chose qu’on lançait sur un mage à peine certifié pour le tester, c’était bien trop létal pour ça ! Même les boules de feu les plus faibles étaient capables de tuer un humain si frappé directement, et un simple sort de bouclier ne pouvait pas l’encaisser. Quelle que soit la puissance du bouclier, il ne s’agissait quand même que d’un disque de force en face du lanceur, et la sphère grandissante d’énergie de feu se contenterait de se répandre autour du bouclier et d’envelopper la personne derrière.

Mais Zorian ne fut sous le choc qu’un instant, et il érigea immédiatement un dôme de force autour de lui : pas simplement un bouclier, mais une égide complète qui le protégerait de tous les côtés. La boule de feu frappa le dôme peu après, et la vue de Zorian fut momentanément bouchée par le torrent de feu.

Quand le feu se dissipa, il se retrouva à nouveau en face d’Alanic. Le prêtre restait toujours silencieux et immobile. Son appréhension de la situation diminua quelque peu : la boule de feu avait été très faible. Il le savait car l’un des mages à la retraite qu’il avait aidé lors de ses errances précédant son arrivée à Knyazov Dveri lui avait enseigné comment obtenir un feed-back de ses sorts défensifs, et son égide avait tenu bon contre un sort qui aurait dû la pousser à ses limites. Zorian était certain qu’Alanic aurait pu faire bien mieux que ça s’il l’avait voulu. Comme il n’avait pas immédiatement enchaîné après la boule de feu avec quelque chose pour l’achever le confortait dans l’idée que tout ça n’était vraiment qu’un genre de test.

Un test très dangereux et dingue, mais il était quelque peu habitué à ce genre de chose maintenant.

Il envoya un missile magique vers Alanic. Il put voir le prêtre se moquer tout en levant doucement son bras pour bloquer la ridicule attaque, et réprima un sourire. Même si cela ressemblait au sort missile magique, le projectile était tout sauf ça : il ne s’écrasait pas contre la cible mais au contraire explosait en une vague sphérique de force, comme une boule de feu utilisant de la force au lieu du feu. Une balle de force, pourrait-on dire. Alanic utiliserait certainement un simple bouclier plutôt qu’une égide complète pour se protéger d’un ridicule missile magique, et la boule de force pourra alors –

L’espace devant Alanic se troubla et scintilla soudainement, et la boule de force de Zorian cessa tout simplement d’exister. Probablement une vague dissipative, s’il analysait correctement. Bordel. Alanic décida ensuite que c’était à son tour, et Zorian fut trop occupé à éviter des éclairs de feu et des rayons d’incinération pour jurer intérieurement.

Zorian réalisa rapidement qu’Alanic adorait les sorts de feu. Même après que Zorian ait changé de bouclier pour utiliser des variantes conçues spécifiquement pour encaisser la magie du feu au détriment des autres éléments, il continua à les utiliser. Après que son barrage initial de nombreux projectiles de feu rapides mais peu puissants eut échoué à submerger Zorian, Alanic décida de changer de tactique en essayant de l’écraser avec de gigantesques sphères de feu qui se déplaçaient lentement, qui n’explosaient pas mais essayaient simplement de l’envelopper dans leurs flammes. Quand Zorian réussit à les dissiper, il répondit avec d’autres boules de feu, et cette fois il ne se retenait plus.

Zorian essaya de contre-attaquer dès lors qu’il repérait une ouverture, mais toutes ses attaques furent neutralisées avec une facilité méprisante. Quand il essaya de créer un nuage de poussière ou de réduire la visibilité d’Alanic, ce dernier parvenait à faire venir une bourrasque dissipant toute tentative sans même faire la moindre gestuelle. Les objets étaient inutiles car Alanic pouvait détourner télépathiquement tout projectile d’un simple mouvement, et tous les projectiles magiques étaient bloqués, interceptés ou dissipés. Même quand Zorian lança des projectiles aux trajectoires compliquées, paraboliques, zigzagantes ou spirales, le prêtre ne semblait avoir aucune difficulté à les suivre et à répondre correctement.

Quand Zorian fut presque à court de mana, il décida de réaliser un dernier coup d’éclat. Il plaça la quasi-totalité de son mana restant dans un rayon de force qui fusa vers le visage d’Alanic. Cette attaque aurait pu tuer le prêtre si elle le touchait, mais Zorian savait que ça ne serait jamais le cas. Évidemment, Alanic se contenta de l’éviter d’un pas de côté, et Zorian s’effondra à terre de fatigue, levant les bras en signe d’abandon.

« J’abandonne, » dit-il, à bout de souffle. « Quel que soit le message que vous vouliez me faire passer, c’est bon. Mais si tout ça était dans le but de me faire comprendre que je ne suis pas le plus gros poisson dans la mare, vous n’auriez pas dû vous donner la peine : je sais pertinemment que je ne suis pas du tout à la hauteur d’un mage de bataille vétéran. »

« Le but était de voir combien de temps il te faudrait avant que tu ne commences à utiliser des sorts létaux, » dit Alanic, s’approchant de lui en tendant la main pour l’aider à se relever. Zorian eut un instant l’envie de lancer le sort ‘poigne électrique’ pour électrocuter ce salaud, mais décida finalement d’être bon perdant et acceptant son aide pour se relever. Ça n’aurait probablement pas marché, de toute façon. « Je suis plutôt déçu que tu aies attendu d’être à bout pour tenter le tout pour le tout. »

« Oh, je vous emmerde Alanic ! » lâcha Zorian. « Quel genre de taré essaye de tuer son adversaire pendant un putain d’entraînement ? »

« Toi ? » essaya Alanic, ses lèvres dessinant un sourire suffisant. « T’as bien essayé de me tuer à la fin, pas vrai ? »

« Mais… je savais que ça n’avait aucune chance de marcher. »

« Oui, et je suis sûr que tu l’avais réalisé au bout d’une minute ou deux de notre échange. C’est dès ce moment-là que tu aurais dû arrêter de te retenir, ou du moins suivre mon exemple en utilisant un niveau de force approprié. »

« En fait, concentrons-nous sur le vrai problème, » dit Zorian. « Et si vous m’aviez tué moi ? Certains sorts que vous avez lancé étaient suffisamment puissants pour me placer dans un hôpital pendant plusieurs mois si je ne les avais pas encaissés ! Ou même pour me tuer sur le coup ! Les sorts que j’ai dû utiliser pour survivre votre ‘test’ étaient bien au-delà de ce que vous étiez en droit d’attendre de quelqu’un de mon âge ! »

« Je peux contrôler ce que le feu que je crée brûle ou non, » dit Alanic d’un ton neutre. Zorian fut honnêtement choqué par cela. C’était vraiment possible de faire ça ? « J’ai aussi un artefact divin qui peut soigner toute brûlure tant que la victime est encore vivante. Même si ç’avait l’air très dangereux de ton point de vue, tu n’étais finalement pas en très grand danger. Mais même comme ça, malgré le fait que tu m’aies trouvé bien trop agressif, tu t’es quand même retenu contre moi ! Ce genre d’hésitation va te faire tuer un jour. D’ailleurs tu t’es presque fait tué à cause de ça il y a quelques jours. »

« Je savais que c’était à cause de ces mercenaires armés que j’ai rendus inconscients, » marmonna Zorian.

« Ouais, rendus inconscients. Ils ont essayé de te tuer, en te tendant une embuscade en plus, et toi, tu as fait de ton mieux pour simplement les assommer. Il y a une différence entre montrer de la pitié et être stupide. »

« Vous êtes sûr que vous êtes un prêtre ? » grommela Zorian.

« Un prêtre-guerrier, » clarifia Alanic. « Tous les ordres religieux ne sont pas forcément basés sur la paix et le pardon. Et même ceux qui le sont font des exceptions en cas d’autodéfense, au moins en théorie, sinon même en pratique. »

« Soit, j’ai compris, » concéda Zorian. « Mais pourquoi est-ce que vous vous en souciez ? Pourquoi ça vous agace tellement ? »

« C’est une question idiote. Je ne veux pas que tu te fasses tuer, voilà tout. »

« Heu, » prononça Zorian, ne sachant pas trop quoi répondre à ça. Qu’est-ce que c’était censé dire ? Il aimerait tellement qu’Alanic ne soit pas impossible à lire avec son empathie. « Écoutez, je vais être honnête avec vous. Vraiment, je ne voulais pas montrer de la pitié, vous avez mal compris l’histoire. Je les ai simplement attaqués de la meilleure façon que je le pouvais. »

« Oh s’il te plaît, arrête, » se moqua Alanic. « Je sais très bien à quel point il est difficile d’arrêter un nombre aussi grand de personnes de manière non létale. Tu penses vraiment me faire croire que cette méthode d’attaque que tu avais choisie était la moins dangereuse pour toi ? »

« Eh bien, oui, » dit Zorian. « J’imagine que ça aiderait à comprendre de savoir que j’ai un talent inné pour la magie de l’esprit. Je sens tous les esprits autour de moi, peu importe les obstacles physiques ou qu’ils soient dans mon champ de vision, et je suis capable de lancer une attaque mentale brute sur eux si je le souhaite. En utilisant ça, j’ai pu les repousser pour me mettre hors de portée de leurs armes à feu avant qu’ils ne détectent ma position précise. En fait, si j’avais dû les tuer, j’aurais dû m’approcher bien plus proche pour pouvoir lancer un sort plus puissant, ce qui me semblait plutôt suicidaire sur le coup. »

Alanic lui lança un regard curieux. « Un talent intéressant. J’ai remarqué que tous les assaillants n’avaient pas été rendus inconscients lorsque le groupe de la Guilde arriva. Est-ce que tu avais manqué de temps pour lancer des attaques mentales sur tout le monde ou bien… ? »

« C’est une attaque assez faible, » dit Zorian. « Ce n’est pas très dur de résister. »

Alanic acquiesça. Zorian espérait que le prêtre ne l’interrogerait pas sur les mécaniques exactes de ses capacités mentales, car il n’était pas certain qu’il arriverait à le leurrer de manière convaincante. Heureusement, ce dernier ne semblait pas s’y intéresser pour le moment.

« Qu’aurais-tu fais si aucun renfort n’était arrivé ? » demanda Alanic.

« J’aurais essayé de les attirer dans un champ de mine, » dit Zorian en haussant les épaules. « Donc ouais, j’étais tout à fait prêt à les faire exploser en petits morceaux s’ils continuaient à me poursuivre. Vous pouvez m’accuser de beaucoup de choses, mais pas d’avoir de la pitié au point de mettre ma vie en péril. Vous n’avez pas à vous en faire pour moi. »

« Je n’en serais pas si sûr, » bougonna Alanic. « Mais c’est vrai qu’il semblerait que je t’aie un peu mal jugé. Suis-moi. »

Alanic retourna à l’intérieur du temple, suivi par Zorian. Peu après, il se retrouva dans une sorte de petite cuisine qu’il n’avait jamais vu avant, même si cela ne voulait pas dire grand-chose. Il n’avait jamais exploré le temple auparavant, ayant trop peur de s’attirer les foudres d’Alanic s’il mettait le pied dans un genre de sanctuaire privé que les personnes n’appartenant pas à l’Église n’étaient jamais censées voir. D’après ce que Zorian savait, la plupart des temples avaient un certain nombre de ces lieux.

« Malgré le malentendu, le test était bien réel, » annonça Alanic une fois qu’ils étaient assis. « Je voulais vraiment voir de quoi tu étais capable en combat. »

« Et ? » demanda Zorian.

« Tu es meilleur que je ne le pensais, » dit Alanic. Le compliment rempli Zorian de fierté. Alanic ne semblait pas être du genre à faire facilement des compliments. « Mais il est clair pour moi que tu ne deviendras pas une légende. J’estime que tes réserves de mana sont au mieux dans la moyenne, et peut-être même en dessous, et ta façon de lancer tes sorts me donne plus l’impression d’un mage qui s’est énormément entraîné plutôt qu’un jeune mage très talentueux. »

Zorian fit une mine renfrognée. Toute fierté avait disparu.

« Un mage aussi jeune que toi ne devrait pas avoir autant d’expérience de combat, » continua Alanic. « Je m’en doutais depuis un moment, et maintenant j’en suis certain : tu n’es pas un simple jeune certifié qui se balade un peu avant de s’installer quelque part. Tu es quelqu’un qui cherche activement les problèmes, et qui cherche les problèmes depuis un petit moment… »

Zorian ne dit rien. Il fut sur le point de dire que c’était plutôt les problèmes qui le cherchaient lui, et pas l’inverse… mais quand il y réfléchit vraiment, il ne pouvait pas affirmer que c’était réellement vrai. Il cherchait effectivement les problèmes. C’était l’un de ses objectifs principaux à Knyazov Dveri. Il avait une bonne raison pour cela, mais quand même.

« Je ne vais pas te demander de me dire qui tu es. Les gens qui commencent à se battre aussi jeunes que tu as dû le faire pour être aussi doué ne sont pas du genre à faire confiance. Tu ne me le dirais jamais, et je n’ai honnêtement aucune raison de te forcer sur cette question. Non, ce que je veux savoir, c’est quel est ton but ici. Je ne pense vraiment pas que tu sois accidentellement tombé sur Lukav pendant qu’il se faisait attaquer par les sangliers, ou que le marqueur imprimé sur ton âme ne soit pas lié d’une façon ou d’une autre aux ennemis qui veulent notre peau. En considérant l’aide que moi et Lukav t’avons apporté ces dernières semaines, je crois que nous méritons tous les deux un peu plus d’honnêteté de ta part. Qu’est-ce qu’il se passe vraiment, Zorian ? »

« Peu importe ce que vous pouvez croire, les raisons de ma venue sont telles que je vous les ai déjà expliquées, » dit Zorian. « Je me suis vraiment fait ciblé par un sort de magie de l’âme. Je me suis réellement rendu chez Lukav, et par extension vous, parce que je voulais comprendre ce qu’il m’était arrivé. Rien de cela n’était mensonger, mais… »

« J’écoute ? » insista Alanic.

« J’ai fait des recherches sur les personnes qui m’ont attaqué. Je parle de l’attaque qui m’a donné le marqueur sur mon âme. J’ai découvert des choses étonnantes. Ces personnes sont liées d’une certaine manière aux dirigeants de Cyoria, et ont des liens avec la branche locale du Culte du Dragon. D’après ce que j’ai pu voir, elles sont d’origines Ibasiennes. Une autre raison de ma venue ici, en plus de vous demander de l’aide, était de sortir de leur territoire. »

« Et tu penses que nos assaillants font partie de ce groupe ? » déduisit Alanic.

« Vu la taille et l’organisation du groupe d’Ibasa, je ne serais pas surpris s’ils avaient des genres de filiales ici. Et comme les deux groupes font usage de morts-vivants et de magie de l’âme, ça donne quand même une bonne indication. Mais je n’ai pas vraiment de preuve, et je n’ai aucune certitude. »

Zorian ne voulait pas tout partager avec Alanic. Par exemple, il était hors de question de lui parler de l’invasion, dont le but ou l’un des buts était d’invoquer un primordial. En effet, Alanic préviendrait sans aucun doute les autorités de Cyoria, ce qui pourrait donner des indications à Robe Rouge sur la position de Zorian. Mais il lui parla cependant de plein d’autres choses, comme les autres disparitions dans la région. Sa propre enquête était actuellement dans une impasse, donc il n’avait rien à perdre à partager ces informations.

Après plusieurs heures d’échanges exténuants, Alanic le jeta quasiment hors du temple, affirmant qu’il avait besoin de réfléchir. Zorian en fut presque reconnaissant, car il en avait eu franchement marre de discuter… même s’il y avait de bonnes chances qu’Alanic ne veuille plus entendre parler de lui à partir du lendemain.

Mais bon, même si le prêtre refusait de le voir, il y aurait toujours le prochain recommencement. Et puis, il ne restait plus trop de temps dans celui-ci de toute façon.

Zorian était en train de fixer le bras gauche au golem de bois qu’il construisait quand un esprit humain apparut soudainement dans sa chambre. Il aurait aimé dire qu’il avait réagit immédiatement et de manière décisive, mais la vérité fut qu’il avait été momentanément paralysé par la surprise et la peur, passa quelques instants à réfléchir à une réponse appropriée avant de réaliser que le mystérieux ‘assaillant’ n’était nul autre qu’Alanic.

Il jeta un regard noir au prêtre qui venait de se téléporter dans sa chambre sans prévenir, essayant de l’incendier avec son seul regard. Malheureusement, ce n’était pas l’un des talents qu’il avait dans son répertoire, et Alanic fut complètement indifférent par son regard.

Note personnelle : trouver un sort qui permet de mettre le feu à ce que l’on regarde.

« Qu’est-ce que vous foutez Alanic ? » craqua Zorian. « J’aurais pu vous tirer dessus si je n’avais pas réalisé qui vous étiez à temps. »

Alanic jeta un œil au fusil à moitié démonté sur le lit de Zorian, avant de hausser les sourcils.

« Eh bien, pas avec ça, évidemment, » ronchonna Zorian.

« Tu n’es pas venu à ta leçon du soir, » dit Alanic avec désapprobation. « Je trouvais prudent de vérifier ta situation. »

« Je pensais en quelque sorte que vous aviez besoin de temps, » se défendit Zorian. « Vous sembliez vraiment agacé hier. »

« J’étais troublé, pas fâché, » dit Alanic. « J’avais besoin de temps pour réfléchir, mais si j’avais voulu annuler la leçon, je te l’aurais dit. » Il regarda ensuite le golem à moitié terminé avant de hausser à nouveau les sourcils. « Un choix curieux de matériau pour u golem. »

« C’est un prototype, » expliqua Zorian. « Je ne m’attends pas à grand-chose de mon premier golem, donc je voulais utiliser des matériaux bons marché et faciles à travailler. »

Alanic secoua la tête. « Ça n’a pas vraiment d’importance. Je suppose que je peux te donner un jour de repos. Par contre, dis-moi : y a-t-il quelque chose d’autre que tu aies oublié de me dire hier soir ? »

« Pas vraiment, non » dit Zorian. Rien, à part les détails qu’il avait spécialement gardés pour lui. « Mais j’aimerais vous poser une question, si possible. Vous êtes un expert en magie de l’âme, mais pensez-vous qu’il soit possible de tuer une âme ? »

« Non, » dit immédiatement Alanic. « Qu’est-ce que c’est que cette question ? Est-ce que je dois vraiment te relire des passages du Livre de Zikiel ? »

« Non ! » cria immédiatement Zorian. « Non, ça ne sera pas nécessaire. Oui, je sais ce que disent les livres, mais… vous savez, le nécromancien dont je vous ai parlé, celui qui a tué mes informateurs ? »

Alanic acquiesça, indiquant qu’il savait de qui Zorian parlait. En vérité, il ne savait presque rien. Déjà, Zorian n’avait jamais expliqué au prêtre que les ‘informateurs’ avaient été des araignées parlantes géantes. Mais Zorian en avait suffisamment raconté pour qu’Alanic puisse suivre l’histoire.

« Il a affirmé qu’il avait fait plus que simplement les tuer. Il m’a dit qu’il avait tué leurs âmes, pour être certains qu’ils ne reviennent jamais. »

« Foutaises. Il essayait juste de te démoraliser, » se moqua Alanic. « Les âmes sont immortelles. Il est possible de les corrompre, certes, mais il est impossible de les détruire. »

« Même s’il avait une durée littéralement illimitée pour trouver une solution ? » insista Zorian. « Il a mentionné qu’il avait passé des décennies dans des champs à dilatation temporelle quand il s’est lancé dans sa diatribe. »

« Les nécromanciens cherchent un moyen de détruire les âmes depuis plus d’un millénaire, sans résultat, » dit Alanic. « Depuis des centaines d’années, de nombreux nécromanciens ont cherché un moyen d’ouvrir le cœur indestructible de l’âme pour voir comment elles fonctionnent, et si elles peuvent être manipulées et dupliquées. Certains de ces nécromanciens ont passé plusieurs dizaines d’années à faire leurs épouvantables recherches sans se soucier de la morale ou de l’éthique, et sans exprimer la moindre pitié pour les victimes sur lesquelles ils expérimentaient. Je doute sincèrement qu’un seul mage soit capable de réaliser quelque chose qu’un millénaire de tradition nécromancienne ait échoué à faire juste parce qu’il a passé quelques mois dans une chambre à dilatation temporelle. En supposant qu’il ait vraiment utilisé de telles installations en plus. Personnellement, je trouve bien plus probable qu’il ait raconté des conneries. »

« Et si c’était plus que quelques mois ? » insista Zorian. « Des années, des décennies ? »

« Tu veux dire comme les balivernes au sujet de ‘Chambres Noires’ que posséderaient différentes organisations ? » demanda Alanic. « Ces rumeurs sont presque certainement fausses. Ces chambres ne sont pas impossibles en théorie, mais en pratique sont bien plus compliquées à mettre en œuvre. La logistique des chambres à dilatation temporelle est très complexe et nécessite bien plus que la capacité à accélérer le passage du temps dans une zone. C’est spécialement vrai pour les choses comme les expériences nécromanciennes, qui nécessitent un flux constant de victimes qui servent comme sujets d’expérience. À moins que ton nécromancien vantard n’ait accès à quelque chose comme la Porte du Souverain, ses affirmations sont ridicules. »

« La Porte du Souverain ? » demanda Zorian.

« Tu n’as jamais entendu l’histoire ? » demanda Alanic. Zorian secoua la tête. « Eh bien, est-ce que tu sais au moins qui était Shutur-Tarana Ihilkush ? »

« Comment pourrais-je l’ignorer ? » râla Zorian. « Mon prof d’histoire nous a fait mémoriser par cœur les trois premiers chapitres des ’13 Cités de Salaw’. Il s’agit du dernier roi d’Ikos, pas vrai ? L’homme qui a conquit toutes les grandes cités-états autour de la rivière Umani-Re et fondé l’Empire Ikosien. C’est quoi le rapport ? »

« La Porte du Souverain est un artefact datant apparemment de cette époque, » expliqua Alanic. « Comme de nombreux grands chefs, il y a de nombreuses histoires et de nombreux faits grandioses associés à Shutur-Tarana, et une en particulier raconte qu’il aurait fabriqué ou trouvé un passage vers un autre monde. Quand il découvrit qu’il ne vieillissait pas lorsqu’il était de l’autre côté, il y passa l’équivalent de 11 vies, apprenant leurs secrets et polissant ses talents. Au bout d’un moment, son pays lui manqua et il retourna dans son monde. Mais après être revenu, il constata que les portes du passage lui étaient éternellement fermée. Il stocka le Porte du Souverain dans le coffre royal, attendant un successeur digne de son nom pour répéter à nouveau sa prouesse et mener l’empire vers une nouvelle ère grâce à la sagesse gagnée de l’autre côté. Enfin, plutôt le ressusciter, car il est maintenant mort et enterré. »

« C’est une histoire intéressante, » dit Zorian.

« Mais ça n’est probablement que juste ça : une histoire, » répondit Alanic. « Elle aurait probablement été presque oubliée dans un vieux grimoire pourri comme l’un des contes obscurs concernant le premier empereur, mais la famille royale d’Eldemar l’aime beaucoup puisqu’ils revendiquent être en possession de la Porte du Souverain. »

« Ah bon ? »

« Oui, mais pour être honnête je ne suis pas la meilleure personne à interroger sur le sujet. Personnellement, je crois que c’est des balivernes inventées par les membres de la famille royale pour se donner encore plus de légitimité. Ils n’avaient jamais mentionné la Porte ou aucun des autres artefacts Ikosiens qu’ils avaient apparemment en leur possession jusqu’à ce que leurs ambitions et leur réputation ne soient réduites à néant lors des Guerres de Fractionnement. Ils ont probablement juste récupéré quelque part l’un des portails Bakora et ont essayé de le faire passer pour un véritable artefact Ikosien en l’accompagnant d’histoires fantaisistes. Mais tu devrais probablement parler à un véritable historien pour avoir un bon point de vue sur la question. »

« Ça me va, » dit Zorian. « J’étais juste curieux. Par contre, c’est quoi les portails Bakora ? »

« C’est également quelque chose que tu devrais demander à un historien, » admit Alanic. « Pour faire simple, ces portails forment un genre de réseau de téléportation très ancien, qui précède largement la civilisation Ikosienne. On en sait très peu sur les Bakora. Ils n’ont laissé derrière eux que leurs portails et quelques autres artefacts, mais leur territoire était très étendu : on a retrouvé leurs portails en Miasina, en Altazia et même en Blantyrre. Malheureusement, les techniques d’activation des portails sont depuis longtemps tombées dans l’oubli… ou alors leur magie s’est dissipée il y a bien longtemps et elles ne fonctionnent plus. Quel que soit le cas, ces portails ne sont plus que des curiosités historiques maintenant. Les mages modernes ont leur propre réseau opérationnel de téléportation, donc tout intérêt pour les portails Bakora s’est estompé, du moins du point de vue des mages. »

Après avoir rappelé à Zorian de ne pas manquer à nouveau la leçon du lendemain, Alanic décida de partir de la même façon dont il était arrivé : en se téléportant. Zorian secoua la tête pour ne plus penser aux histoires fantastiques d’artefacts anciens et reprit son travail sur son prototype de golem. Il irait demander des informations à Vani demain, sur la Porte du Souverain et sur le réseau des portails Bakora, mais il ne s’attendait pas à ce que ça l’aide grandement. Même si l’histoire du premier empereur d’Ikosia pouvait être interprétée comme une boucle temporelle, ça n’avait aucun sens qu’un artefact supposément en lieu sûr à la capitale aurait un effet centré autour de Zach et de Cyoria. Mais bon, ça ne coûtait rien de demander.

Ce ne fut qu’une demi-heure plus tard qu’il réalisa qu’Alanic s’était téléporté dans sa chambre alors que Zorian l’avait protégée contre les téléportations.

Sa mine se renfrogna, et il se fit deux notes mentales : la première était de déconstruire son système de protection actuel dans les prochains jours pour en créer un plus puissant, la seconde était de demander à Alanic comment il avait fait ça.

Zorian s’était inquiété que Vani ne l’accueille pas chez lui de la même façon qu’il l’avait fait lors de leur précédente discussion. Après tout, il n’avait pas passé le mois à réduire ostensiblement la population de loups hivernaux comme la dernière fois, et cela avait semblé avoir une grande importance pour Vani.

Mais visiblement, il n’aurait pas eu besoin de s’inquiéter. L’érudit était toujours aussi amical et d’une grande aide, mais également toujours très bavard et facilement enclin aux digressions.

« Ah… Ulquaan Ibasa, l’île des exilés, » dit Vani. « Un endroit fascinant et un sujet fascinant. J’ai écrit un livre sur la Guerre du Nécromancien, tu sais ? Ce n’est pas facile d’en parler de manière objective, car il y a tellement de personnes qui ne les prennent pas en considération et les qualifient de monstre et de criminels ayant échappé à tout contrôle… »

Zorian fit un petit son pouvant être possiblement interprété comme étant d’accord, mais en réalité son opinion des Ibasiens ne pouvait pas être plus basse. Peut-être que s’il n’avait pas assisté encore et encore aux meurtres et à la destruction de Cyoria, il aurait eu un peu de pitié pour eux. Mais maintenant ? Ils étaient à ses yeux de véritables ordures, et très dangereux.

Vani n’avait pas conscience de cela et se lança dans une explication à rallonge sur les causes ayant déclenchées la Guerre du Nécromancien. Il parla des batailles de succession qui s’étaient déroulées dans plusieurs éminentes Maisons et familles royales lorsque leurs chefs se transformèrent volontairement en liches et vampires et que leurs héritiers réalisèrent qu’ils ne profiteraient jamais de leurs lignées car leurs parents ne mourraient jamais naturellement. Il parla des gens ordinaires, qui détestaient avec passion les nécromanciens et refusaient d’être dirigés par des mort-vivants. Enfin, il parla du désir de suprématie d’Eldemar, et à quel point ils étaient heureux de prouver leur autorité sur tout l’Altazia en s’impliquant dans toutes les disputes qu’ils trouvèrent afin de placer dans les positions de décision des personnes qui leur étaient plus loyales.

La tension culmina lorsque le royaume de Sulamnon, qui était alors un allié très proche d’Eldemar, se rebella avec l’aide de Reya et Namassar contre leur roi. Quand ils perdirent cette rébellion, le roi d’Eldemar leur imposa une interdiction totale sur l’utilisation de la nécromancie, ou alors de perdre leurs terres au profit de la couronne. Cette interdiction, si elle était actée, ravagerait toute l’armée de Sulamnon qui faisait jusqu’alors grandement usage des morts-vivants, et forcerait également un certain nombre de célèbres aristocrates à remettre leurs titres à leurs enfants avant de s’exiler.

Les nécromanciens en Sulamnon refusèrent le traité et montèrent leur propre armée, appuyés par une partie des militaires e Sulamnon qui pensaient qu’il était encore possible de gagner s’ils continuaient à combattre. Ils furent peu après rejoint par d’autres forces qui craignaient la puissance grandissante d’Eldemar : les quelques tribus Khusky qui possédaient encore des forces militaires, le reste des sabbats de sorcières, les aristocrates morts-vivants d’autres pays qui voyaient le vent tourner et qui, craignant que la même chose n’arrive chez eux, décidèrent d’éliminer le potentiel précédent, ainsi que quelques acteurs opportunistes qui avaient l’impression qu’ils avaient plus à gagner en rejoignant les nécromanciens que le roi d’Eldemar. Ainsi la Guerre du Nécromancien commença.

Les nécromanciens démontrèrent rapidement qu’ils étaient des adversaires cruels et sans merci, et les atrocités qu’ils commirent contre les villages capturés et les soldats vaincus choquèrent tout le continent. Tout soutien ou sympathie qu’ils avaient obtenu de la part de partis neutres qui voulaient voir Eldemar se faire quelque peu malmener s’évapora tout aussi rapidement. Plutôt que de servir à rassembler des forces contre la domination d’Eldemar, ils offrirent à ce royaume grandissant le genre exact de guerre dont ils avaient besoin pour cimenter leur autorité et leur légitimité. Quand le général d’Eldemar Fert Oroklo vainquit l’armée de nécromanciens menée par Quatach-Ichl, détruisant par la même occasion toute cohésion dans le rang des rebelles, le reste du continent poussa un soupir de soulagement. Le royaume d’Eldemar redessina la carte en sa faveur, et ses dirigeants furent érigés en héros plutôt qu’en agresseurs tyranniques. Les fragments survivants de l’armée de nécromanciens s’enfuirent vers l’île gelée au nord qui serait connue dès lors comme l’île des exilés : Ulquaan Ibasa.

Le roi d’Eldemar accepta gracieusement de ne pas les poursuivre sur leurs nouvelles terres. Il est évident que c’était à cause de sa grande bonté et non pas parce qu’il ne voulait pas envoyer de soldat sur une île déserte couverte de glace à la poursuite d’un ennemi déjà brisé.

Mais bon, en considérant qu’il fallut aux exilés plus de cent ans pour revenir causer des problèmes, Zorian supposa que le raisonnement du roi n’était pas mauvais. Même lui n’était pas certain de ce que les Ibasiens espéraient gagner en détruisant Cyoria. Il se dit que si leurs dirigeants étaient composés de morts-vivants immortels, ils avaient peut-être participé à la Guerre du Nécromancien et avaient développé une rancune tenace.

« Eh bien, je déteste interrompre une histoire aussi fascinante, mais j’espérais vraiment vous parler de quelques artefacts historiques, » dit Zorian quand il remarqua enfin une accalmie dans le débit de parole de l’érudit.

« Vraiment ? » dit Vani, retrouvant un peu de pêche.

« Oui, j’aimerais savoir si vous aviez des sources, des documents sur les portails Bakora et sur la Porte du Souverain. »

« La Porte du Souverain, c’est rien, » dit Vani en rejetant l’idée. « La famille royale ne laisse personne la voir, encore moins l’examiner. J’ai même des doutes sur le fait qu’elle existe vraiment. Mais les portails Bakora… »

Vani commença à fouiller rapidement ses piles de livres, et continua pendant à peu près un quart d’heure. Il trouva finalement ce qu’il cherchait dans un coin. Il feuilleta le livre jusqu’à trouver la bonne page avant de le placer dans les mains de Zorian en pointant l’illustration qui s’y trouvait.

Les portails Bakora ne ressemblait pas du tout à ce qu’imaginait Zorian. Quand Alanic les lui avait décrits, il supposa qu’il s’agissait d’arches de pierre, ou des anneaux, quelque chose comme ça. En fait, ils ressemblaient à des icosaèdres creux, assemblés par des genres de barres noires. Ça ne faisait pas très ‘portail’ pour lui.

« Il est difficile d’étudier ces portails, car il y a bien longtemps depuis que quelqu’un les ait vu fonctionner. Mais d’après les gravures trouvées sur leurs piédestaux et des écrits préservés jusqu’à maintenant, on sait qu’ils fonctionnent comme une plateforme de téléportation, » expliqua Vani, agitant son doigt au-dessus de l’illustration… sans raison apparente. « Mais plutôt que de téléporter les personnes se tenant à l’intérieur, ils ouvrent un trou dimensionnel qui connecte un portail à un autre. Ce n’est probablement pas une bonne idée de se tenir à l’intérieur du portail pendant qu’il s’active. »

Zorian regarda Vani d’un air incrédule.

« Enfin, je veux dire, il y a probablement des mesures de sécurité pour stopper la procédure d’activation si quelqu’un se tenait à l’intérieur, » se défendit Vani. « Bref, les barres sont très probablement des stabilisateurs, permettant de s’assurer que la faille reste ouverte suffisamment longtemps pour que des gens puissent la traverser. »

« Hmm. Ces portails semblent à la fois très puissants et exotiques. Je suis surpris qu’il y ait si peu d’intérêt à leur égard, » dit Zorian.

« La plupart des gens pensent qu’elles sont loin d’être aussi efficaces que les plateformes de téléportation modernes, et elles sont probablement incroyablement compliquées et chères à construire. Le sort de portail dimensionnel a très probablement été créé par rétro-ingénierie des portails Bakora, à une époque où il y avait encore des gens qui savaient comment les activer, et il s’agit concrètement du summum de la magie dimensionnelle, et très peu de mages peuvent le lancer sans danger. D’un autre côté, la magie de téléportation, est très accessible et peu coûteuse. Au bout du compte, le principal problème sont qu’ils sont actuellement inertes et personne ne sait comment les utiliser. Si tant est qu’ils soient bien utilisables actuellement, et dans l’état. Les portails Bakora sont les plus vieux artefacts magiques dont on ait connaissance, il est bien probable qu’ils soient cassés depuis bien longtemps. »

« Combien y en a-t-il ? » demanda Zorian.

« On connaît l’existence de plusieurs centaines de portails, » répondit l’érudit. « Seuls les dieux savent combien d’autres restent à découvrir dans une jungle profonde ou au sommet d’une montagne. Il semblerait que les Bakora adoraient placer ces portails un peu partout. Hmm… Je crois bien que j’ai une carte avec tous les portails découverts en Altazia. »

Il fallut à Vani pus d’une demi-heure pour trouver la carte dans le bordel qu’était sa maison, mais il finit par la tendre à Zorian qui l’étudia avec intérêt, remarquant immédiatement une position en particulier.

« Cyoria possède un portail Bakora ? » demanda-t-il, incrédule. « Comment ça se fait ? Où se trouve-t-il ? Je n’en avais jamais entendu parler. »

« Oh, ça, » se moqua Vani. « J’avais presque oublié. Ce portail se trouve dans les niveaux inférieurs du Donjon sous Cyoria, très profondément dans les niveaux les plus dangereux. Pour la plupart des mages, ça serait du suicide de s’y rendre, donc personne à ma connaissance ne l’étudie. Les chercheurs intéressés par les portails Bakora ont d’autres positions bien plus sûres pour leurs recherches. »

Après avoir étudié la carte pendant un moment, Zorian ne trouva rien d’autre de notable. Il remercia Vani pour son temps et partit. Les portails Bakora étaient plutôt intéressants, mais il ne voyait pas comment ils pouvaient être connectés avec la boucle temporelle.

Il voyait cela comme une nouvelle impasse, mais au moins cette fois-ci il n’avait pas perdu trop de temps.

Les yeux de Zorian s’ouvrirent brusquement lorsqu’il sentit une douleur intense provenir de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

« Bonjour frérot ! ». Il entendit une voix gaie mais agaçante provenir d’au-dessus de lui. « Bonjour, bonjour, BONJOUR ! »

Zorian regarda Kirielle d’un air incrédule. Quoi ? Pourquoi était-il là ? Le festival d’été ne commencerait pas avant plusieurs jours, et la dernière chose dont il se souvenait était de s’être paisiblement endormi. Est-ce que Zach était à nouveau mort prématurément ou avait-il été tué dans son sommeil sans même le réaliser ?

Le fil de ses pensées fut interrompu lorsque Kirielle lui donna un coup de pied, apparemment pas très contente qu’il était en train de l’ignorer. D’un geste d’expert, il enfonça son doigt dans le flanc de Kirielle, lui faisant perdre prise dans un cri d’indignation. Il profita de ce moment de faiblesse pour la jeter hors du lit et se mettre lui-même debout.

« Il faut que je lance un sort, » lui dit-il. « S’il te plaît, laisse-moi seul pendant un moment. »

« Est-ce que je peux regarder ? » demanda-t-elle.

Zorian haussa un sourcil en la regardant. « Tu crois que tu peux te taire pendant dix minutes ? »

Elle plaça la paume de sa main sur sa bouche, symbolisant ainsi qu’elle resterait silencieuse.

« Bien. Ferme la porte à clef pour que mère ne nous dérange pas, » lui ordonna-t-il. « Ce sort nécessite une concentration absolue. »

Et puis, mère deviendrait folle de rage si elle le voyait déverser du sel et de la poussière de quartz sur le sol, donc il valait mieux qu’elle ne voit rien jusqu’à ce qu’il ait fini. Heureusement, il avait des quantités suffisantes des deux matériaux, donc il était capable de lancer le sort de traçage de marqueur sans délai.

Dix minutes plus tard, Zorian obtint à nouveau la position de tous les porteurs du marqueur par rapport à lui. Il y en avait à nouveau deux : l’un le représentait lui, et l’autre était en direction de Cyoria. Moins d’une minute plus tard, l’autre marqueur changea brutalement de position, se trouvant maintenant au sud-est de sa localisation précédente, avant de disparaître encore plus au sud quelques instants plus tard. Téléportation. Le porteur du marqueur semblait très pressé de s’éloigner de Cyoria.

Il n’y avait pas de troisième marqueur.

Zorian avait le sentiment que l’autre marqueur était très probablement Zach : son camarade de classe commençait chaque boucle à Cyoria, et il était logique qu’il possède un marqueur car Zorian avait bien dû obtenir le sien de quelqu’un. Ce qui laissait donc Robe Rouge : soit il ne commençait pas les recommencements proche de Cirin, soit il s’était téléporté en dehors du rayon de détection de Zorian pendant les quinze minutes qu’il lui avait fallu pour établir le rituel, ou alors il n’avait vraiment pas de marqueur.

Zorian décida de répéter le rituel de détection tous les deux ou trois jours pour voir si un troisième marqueur apparaissait.

« Ce sort est naze, » se plaignit Kirielle, enfonçant à son tour son doigt dans les flancs de Zorian, ce qui coupa sa concentration. Sa patience avait visiblement atteint sa limite. « On voit rien du tout ! »

« Tiens, voici un essaim de papillon, » soupira Zorian en conjurant plusieurs petits papillons colorés et scintillants. C’était en réalité un sort assez difficile à lancer, malgré son effet totalement inutile. Ça demandait pas mal de talent et beaucoup d’entraînement pour créer autant d’illusions animées et en même temps convaincantes. Mais la capacité du sort à distraire et fasciner Kirielle fut parfaitement à la hauteur de ses espoirs : il fallut à Kirielle plus d’une minute pour réaliser qu’il était sorti de la chambre.

Ce qui valait bien chaque minute qu’il avait passé à apprendre ce sort.

« Ok, » murmura Zorian pour lui-même, prenant une profonde inspiration pour prendre de l’assurance. « J’ai temporairement désactivé le système de protection de la maison, j’ai neutralisé et le piège explosif et le piège soporifique, bloqué le mécanisme de l’acide et détruit le relais de l’alarme déguisé comme le sceau sur le document. Cette fois-ci, c’est bon. Comme on dit, la troisième, c’est la bonne. »

Et ainsi, Zorian ordonna au petit golem en bois en face de lui de chercher les papiers pour lui. Pas moyen qu’il s’approche lui-même de ce coffre-fort.

Le golem en bois, la version 2, s’avança lentement. Ses mouvements étaient maladroits et saccadés, mais il ne trébucha pas ou ne changea pas subitement de direction comme un ivrogne, ce qui était déjà une grande amélioration par rapport à la version 1. Le golem était inutile en combat, mais Zorian avait le sentiment que cette tâche était à sa portée. Dans le cas contraire, il avait un bâton de 3 mètres rétractable comme plan B.

Mais étonnamment, l’opération se passa finalement sans problème : le golem atteignit le coffre et en sortit les documents sans qu’un seul piège horrible ne le perturbe. Il revint ensuite vers Zorian et lui présenta les papiers.

Ce ne fut que lorsqu’il essaya de récupérer le dossier des mains du golem qu’un désastre se produisit : il avait bêtement supposé que le golem lâcherait la pile de feuilles lorsque Zorian essayerait de les lui prendre, mais bien sûr la poupée en bois n’avait pas d’instinct de ce genre. Le golem fut bien trop lent à lâcher prise et perdit l’équilibre lorsque Zorian tira involontairement d’un coup sec. Avant qu’il n’ait eu le temps de réagir, la pile de documents s’envola dans les airs, se répandant ensuite lentement un peu partout sur le sol du salon de Vazen.

Zorian s’attendait presque à ce que les papiers prennent subitement feu, tellement tout semblait mal se passer. Heureusement, ils restèrent intacts, mais… ils étaient maintenant complètement dans le désordre, et il lui faudrait probablement plusieurs heures pour les trier.

« Ah, tant pis, » dit Zorian, ramassant les feuilles dans le désordre avant de les mettre dans son sac. « Je vais tout ramasser et le trier plus tard. »

Il prit également son golem empoté et se téléporta hors de la maison. Malgré quelques petits ratés, la mission était un succès et il pouvait maintenant enfin découvrir ce qui était si important avec ces documents.


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Cet article comporte 3 commentaires
  1. c’est ton dernier alors? t’u as trouvé un successeur? t’as trad est vraiment super c’est triste
    merci pour ces chaps post mortem

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