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Mother of Learning, chapitre 31


Traducteur : Mithestral


Chapitre 31 : Marqué

Zorian regarda avec une expression impassible le visage souriant de son adversaire. On y était. C’était cette dernière manche qui déterminerait le vainqueur sans que le résultat ne soit discutable. Son adversaire pensait qu’il avait mis Zorian dos au mur, mais Zorian avait une arme secrète : il avait déjà lu les pensées de l’homme en face de lui et savait qu’il avait déjà gagné.

Les règles du jeu de cartes étaient très claires, après tout.

« Douze de citrouilles, » dit Zorian, plaçant sa dernière carte sur la table. Le sourire de son opposant disparut immédiatement. Zorian essaya de conserver une expression neutre, mais il eut du mal à s’empêcher de sourire au moins un peu.

« Enfoi – Comment peut-on être aussi chanceux ? » jura l’homme, abattant lui aussi sa dernière carte, un misérable sept de chêne, loin d’être suffisant pour gagner, avant de prendre une gorgée de son verre de liqueur. De l’avis de Zorian, l’homme avait bien trop bu, et ses pensées avaient été de plus en plus confuses lorsqu’il avait essayé de les lire. Mais même si cela lui avait rendu difficile l’utilisation de ses pouvoirs mentaux, son adversaire avait en même temps joué de plus en plus mal. Zorian n’aurait probablement même pas eu besoin de tricher lors des deux dernières parties, mais tricher était le but : il avait décidé de participer au jeu de carte pour s’entraîner et améliorer ses pouvoirs mentaux dans un environnement réel, et pas pour dérober de l’argent à ses malheureuses victimes.

« Voilà, je m’arrête là, » dit Zorian en se levant. « Je me suis bien amusé, mais il faut vraiment que j’y aille maintenant. »

« Hé ! Tu peux pas juste t’en aller comme ça ! » protesta son adversaire. « Ça ne se fait pas ! Tu dois au moins me donner une chance de récupérer mon argent ! »

« Orinus, t’es bourré, » dit l’un des deux autres hommes assis à la table. Ces deux-là avaient arrêté de jouer trois parties auparavant, mais ils étaient restés pour discuter, boire, et faire office de juge et de banque. « T’as rien perdu. C’est le gamin qui vient juste de récupérer l’argent qu’il a perdu la manche d’avant. Personne ne doit rien à personne. »

« Ouais, concrètement les cinq dernières parties étaient pour du flan, » rajouta le second homme.

Zorian acquiesça. Même avec sa faculté à lire les pensées, certaines mains étaient ingagnables. En plus, il avait délibérément perdu quelques parties afin de ne pas attirer de soupçon de tricherie sur lui. « On est à égalité, et je dois vraiment y aller, donc c’est le moment idéal pour arrêter, » dit-il. « Mais si vous êtes si désespéré de prendre votre revanche, je peux toujours revenir vous soulager de votre argent un autre jour. Je serais en ville pendant le mois entier, de toute façon. »

« Me soulager de mon argent ? Ha ! La seule raison pour laquelle tu n’es pas encore en slip est parce que tu es immunisé contre ma technique secrète ! » répondit Orinus en criant à moitié.

Un des deux autres hommes ricana : « Rendre le bleu ivre est une technique secrète maintenant ? »

« Hé, mec, ne dévoile pas tous mes trucs à des étrangers… Et ça ose prétendre être un ami ? » protesta Orinus.

Après encore quelques minutes de bavardage, et après avoir refusé les offres de boissons alcoolisées, Zorian parvint finalement à s’en aller. Il ignora les doutes d’Orinus sur sa virilité à cause de son refus de consommer de l’alcool, et quitta ensuite la taverne à la recherche d’une ruelle isolée depuis laquelle il pourrait se téléporter sans être vu. À sa grande surprise, le jeu avait vraiment été divertissant, et il avait pu s’entraîner correctement avec ses pouvoirs, mais il n’avait pas menti lorsqu’il avait expliqué qu’il devait y aller. Ce qu’il voulait faire nécessitait un timing crucial.

Lors du recommencement précédent, il avait appris que la plupart des mages de l’âme sur la liste de Kael avaient disparu ou étaient morts récemment. Cela était bien sûr très suspect, et il y avait une bonne chance que cette histoire soit liée d’une façon ou d’une autre à la boucle temporelle, ce qui voulait dire que Zorian devait vraiment en savoir plus. Malheureusement, la dernière fois il avait prévenu Vani des disparitions, ce qui sembla avoir créé une alerte auprès des forces de l’ordre qui avaient déployé une petite armée de policiers dans toutes les villes en question à la recherche de potentiels indices. Par conséquent, Zorian avait été obligé à mettre cette histoire de côté et d’attendre le recommencement suivant pour démarrer sa propre enquête.

Et c’est exactement ce qu’il avait fait, dès le moment où il s’était réveillé à Cirin et avait pu partir sans que Mère et Kirielle ne piquent une crise. Comme il l’avait craint, littéralement tous les mages de l’âme avait déjà disparu, même dès le premier jour. Quoi qu’il leur soit arrivé, il semblerait que ça avait démarré bien avant la boucle temporelle. Il y avait seulement deux exceptions : les deux seuls mages dont la mort avait été confirmée était encore bien vivants au début du recommencement. Le premier, un prêtre du nom d’Alanic Zosk qui se spécialisait dans la lutte contre les morts-vivants, avait été trouvé mort sans aucune explication évidente quelques jours après le début de la boucle. Le second s’appelait Lukav Teklo, un alchimiste spécialisé en magie de transformation. Il avait été tué par des sangliers non loin de sa maison, le soir du second jour du recommencement.

Évidemment, Zorian prévoyait de discuter avec les deux, ce qui nécessitait de sauver leurs vies. L’alchimiste était une priorité, car il mourrait plus tôt et la cause de sa mort était connue et facilement évitable. C’était la raison pour laquelle il avait été pressé de quitter la taverne. S’il gérait bien son timing, il arriverait à la maison de Lukav une heure ou deux avant que ce dernier ne se mette en marche vers une mort certaine. Mais s’il manquait son coup, ou d’une façon ou d’une autre provoquait une accélération du programme de l’alchimiste… eh bien, il y aurait toujours d’autres recommencements. Ce n’était pas comme si ce dernier allait mourir pour de bon.

Il s’était dit qu’il aurait pu contacter et prévenir l’alchimiste du destin qui l’attendait, mais comment pouvait-il expliquer sa connaissance de l’attaque ? Cela ne servirait qu’à attirer les soupçons sur lui. En plus, il voulait que l’attaque se produise. Il ne pensait pas que les sangliers étaient des sangliers normaux, donc il voulait pouvoir les étudier de près. Et puis, l’alchimiste serait sûrement bien plus enclin à aider Zorian si celui-ci le protégeait d’un groupe de sangliers très agressif que s’il l’avait rencontré en se présentant simplement chez lui.

Après s’être téléporté juste devant la maison de Lukav pour s’assurer qu’il était toujours chez lui, Zorian s’installa à l’abri des regards et attendit. S’il y avait bien quelque chose que des petits villages comme celui-ci ne manquaient pas, c’était des voisins curieux qui n’avaient rien d’autre à faire que d’observer la rue, à l’affût de la moindre chose sortant de l’ordinaire. Honnêtement, certaines vieilles femmes à Cirin passaient leur temps littéralement collées à leurs fenêtre, prenant note de quiconque passerait sur leur domaine… Il avait perdu le compte des fois où il avait eu des problèmes avec ses parents parce qu’il avait oublié que ces vieilles femmes voyaient tout…

Il n’eut pas à patienter longtemps. A peine une demi-heure plus tard, l’alchimiste quitta sa maison. Zorian remarqua que ce fut finalement une bonne chose d’être arrivé en avance. Il lança immédiatement un sort d’invisibilité sur lui-même et commença à filer l’homme à bonne distance. Il espérait qu’il se trouvait suffisamment loin pour que l’alchimiste ne trouve pas son arrivée curieuse lorsqu’il serait en danger. Mais il n’osait pas non plus être trop loin, au risque que Lukav se fasse tuer avant qu’il n’ait le temps de réagir. Selon l’état de vigilance de l’homme et ses capacités de combat, il pouvait être dépassé en quelques secondes.

L’attaque était censée se produire très bientôt. Le rapport qu’il avait lu disait que l’homme avait été tué juste à l’extérieur du village, et Lukav se dirigeait en ligne droite directement vers la colonie voisine. Zorian choisit d’être prudent et sortit sa baguette de sort tout en poussant au maximum son sens mental afin de détecter les attaquants avant qu’ils ne frappent.

Il ne trouva rien hors de l’ordinaire, et fut donc tout aussi choqué que l’alchimiste lorsqu’un groupe de sangliers surgirent tout d’un coup de la forêt et foncèrent sur l’homme. Lukav et Zorian se figèrent sur place une seconde, et avant qu’ils n’aient le temps de réagir, les sangliers avaient déjà parcouru la moitié de la distance les séparant de leur cible.

Zorian fut embarrassé de remarquer que l’alchimiste avait réagi avant lui. D’un geste entraîné, il jeta une bouteille sur le chemin de la horde qui s’approchait et se jeta immédiatement à terre. Zorian ne possédait pas les réflexes de l’homme et se pensait à une distance sûre de la bombe, et décida de simplement dissiper son sort d’invisibilité et d’ériger un bouclier en face de lui. Cela fut une erreur, car l’explosion aveuglante et assourdissante l’étourdit pendant quelques secondes, lui faisant voir des étoiles.

Quand il récupéra, il vit que l’effet de la bombe sur les sangliers avait été négligeable. Ils avaient bien été repoussés par le souffle (tout comme l’alchimiste qui, à cause de son état de panique, semblait avoir mal apprécié la distance entre lui et la bombe), et le sanglier à la tête du groupe avait explosé en plusieurs morceaux, mais les autres étaient déjà sur pieds et convergeaient à nouveau sur leur cible. Même celui qui avait une jambe cassée s’avançait obstinément vers l’alchimiste blessé et confus, ignorant une douleur visiblement insupportable.

Les sangliers ne faisaient aucun bruit, ne craignaient ni le bruit ni les lumières vives, et ignoraient complètement des blessures très sévères. Ils étaient vraiment loin d’être des animaux normaux. Mais bon, Zorian se doutait bien qu’il y eût quelque chose de louche comme ça. Il se décida enfin à agir pour les empêcher de tuer l’alchimiste et lança un barrage de cinq missiles magiques sur les sangliers les plus proches de Lukav. Il choisit des briseurs plutôt que des missiles perceurs, car s’il avait raison sur les sangliers, de simples trous ne les empêcheraient pas d’avancer. Il avait lancé les missiles pour les repousser et lui faire gagner du temps pour lancer un autre sort, peu orthodoxe, qu’il n’avait pas mis dans sa baguette de sorts. Et puis peut-être que cela attirerait leur attention sur lui, même s’il en doutait. Ces sangliers avaient clairement été envoyés pour tuer spécifiquement l’alchimiste.

Les briseurs frappèrent les sangliers sur leurs flancs, les envoyant voler dans les airs. Comme il le craignait, ils se remirent immédiatement sur pieds, comme si de rien n’était, et les quatre autres continuèrent de foncer sur l’alchimiste. Mais Zorian avait réussi à terminer son sort avant qu’ils ne l’atteignent, matérialisant dans ses mains un grand disque de force brillant.

Le disque scie circulaire était un sort de découpe qui était étonnamment très efficace par rapport à sa consommation en mana, et permettait au lancer de ‘piloter’ le disque, changeant sa direction à volonté. Taiven n’avait pas semblé très impressionnée par le sort, car ce n’était pas le genre de sort qu’on lançait puis qu’on oubliait, et demandait au contraire une attention constante de la part du lanceur. Et puis, il se déplaçait plutôt lentement pour un projectile magique. D’après Taiven, les mages compétents arriveraient à dissiper le sort avant qu’il n’arrive, ou parviendraient aisément à l’éviter, alors que le lanceur était une cible très facile pendant qu’il contrôlait la scie.

Mais contrairement à des mages, les sangliers ne savaient pas dissiper le sort, et ne possédaient aucune attaque à distance pour profiter de son manque de protection. Sur commande de Zorian, le disque fonça en avant, volant près du sol, à mi-hauteur des sangliers à peu près.

Les craintes de Zorian qu’il avait surestimé le pouvoir du disque et qu’il ne parviendrait pas à couper à travers les os d’animaux robustes furent finalement sans fondement : quand le disque scie circulaire arriva au niveau des jambes du premier sanglier, il les traversa sans aucune résistance. Le sanglier s’écroula à terre, les jambes séparées du torse. Zorian dirigea le disque vers le reste des animaux.

Au final, se fut serré. D’un côté, les sangliers n’essayèrent même pas d’éviter le disque, chargeant en ligne droite sur l’alchimiste, ce qui permettait à Zorian de les intercepter facilement avec son disque. De l’autre côté, Zorian était loin de maîtriser parfaitement le sort, ce qui lui causa de manquer deux sangliers à son premier passage. Heureusement, l’alchimiste avait enfin récupéré et s’occupa de ces deux sangliers en provoquant l’apparition devant lui d’un arc de pics grâce à un sort d’altération. Les sangliers étaient si pressés d’arriver sur Lukav le plus rapidement possible qu’ils s’empalèrent sur le rempart de pics et furent bloqués.

Zorian dissipa le disque et soupira. Ils avaient gagné, oui, mais il n’était pas satisfait de sa performance. Il avait été comme paralysé dès le début, et sa maîtrise du disque scie circulaire était plus que médiocre. Mais ce qui était fait était fait, au moins était-il parvenu à réaliser ce pour quoi il était venu. Mais il était maintenant temps de prendre ses responsabilités. Il s’avança vers l’alchimiste qui était agenouillé à terre, son regard alternant entre Zorian et les sangliers sans jambes s’agitant toujours non loin de lui.

Zorian fronça les sourcils. En s’approchant, il réalisa que les sangliers n’avaient pas d’esprit. C’est pourquoi il n’était pas parvenu à les détecter avant qu’ils n’attaquent : du point de vue de son sens mental, c’était comme s’ils n’existaient pas. En plus du fait qu’ils étaient toujours vivants malgré les blessures et amputations, la conclusion était évidente.

Son intuition était correcte : les sangliers étaient des morts-vivants. D’après ses connaissances, les seuls êtres qui étaient ‘sans esprit’ du point de vue de la magie de l’esprit étaient les limons, les golems, les créatures sous l’effet du sort Esprit Vierge, et les fameux ‘morts-vivants sans esprit’. Les sangliers n’étaient ni des limons, ni des golems, et il était peu probable que le sort Esprit Vierge soit impliqué. Cela expliquerait également pourquoi ils n’avaient pas de sang et ne ressentaient pas la douleur ni n’exprimaient la moindre hésitation.

« Vous allez bien ? Vous étiez très proche de l’explosion, » dit Zorian, portant son attention sur l’homme qu’il était venu sauver. Maintenant qu’il était proche de ce dernier, il pouvait voir que Lukav Teklo était un homme séduisant d’une trentaine d’année, possédant une belle chevelure noire, une barbe soignée et un physique de sportif. Zorian fut un peu surpris par cela, car il s’était attendu à quelqu’un de plus… sauvage. Après tout, ses voisins et les habitants de son village l’avaient décrit comme quelqu’un détestant le contact humain et préférant passer son temps dans la nature.

« Ouais ouais, je vais bien, » répondit l’homme, tentant de se remettre debout avant de chanceler. Zorian l’attrapa rapidement et l’aida à retrouver son équilibre. « Bon sang. Je me suis fait exploser avec mon propre pétard. Ça n’a même pas marché en plus. Ils ont même ignoré mon répulsif anti-animaux…. Ils devaient vraiment être dans une sorte de transe… »

« Je suis presque certain qu’ils sont des morts-vivants, » dit Zorian.

« Quoi ? Vraiment ? » dit Lukav, jetant un coup d’œil au sanglier le plus proche. « Ma vision est encore un peu floue… Est-ce que… Est-ce que cette chose est encore en train d’essayer de gigoter vers moi ? »

« Ouais, je crois bien, » confirma Zorian.

Lukav aboya ensuite une série de mots dans un langage Khuske que Zorian ne reconnut pas. Mais il était sûr qu’il s’agissait d’injures, donc peut-être était-ce mieux ainsi.

« Désolé, » dit l’homme après avoir respiré profondément pour se calmer. « Je ne voulais pas être malpoli. Je veux vous remercier, jeune homme. J’ai eu de la chance que vous arriviez à ce moment, car je serais sûrement mort dans le cas contraire. »

« Eh bien, ce n’était pas entièrement de la chance, » dit Zorian. En réponse, l’homme lui lança un regard dur. « Vous êtes Lukav Teklo, pas vrai ? » Ce dernier acquiesça. « Je vous cherchais suite à la recommandation de l’un de mes amis, Kael Tverinov. »

« Ah, Kael ! » Le visage de Lukav s’illumina immédiatement. « Chouette gamin, quel dommage qu’il a dû s’arrêter de venir lorsqu’il s’est fiancé à la petite sorcière. J’espérais pouvoir le prendre comme apprenti, mais j’ai bien peur que Fria l’ai récupéré en premier, et contrairement à elle, je n’ai pas de petite fille mignonne pour l’attirer… Ce garçon est vraiment un alchimiste talentueux. Je te demanderais bien comment il va, mais nous pourrons faire cela chez moi, quand je me serais quelque peu calmé. »

« Ça serait pas mal, » dit Zorian. « Mais j’aurais aimé d’abord jeter un coup d’œil à ces sangliers morts-vivants qui vous ont attaqué. Je suis presque sûr que quelqu’un vient juste ‘essayer de vous assassiner. Je ne crois pas que les sangliers morts-vivants apparaissent tout seul. »

« Oh non, clairement pas, » répondit Lukav. « Les morts-vivants inférieurs comme ceux-là sont concrètement des golems de chair, sauf qu’ils possèdent une âme ou un esprit asservis au lieu d’un cœur automate. Les seuls morts-vivants apparaissant ‘naturellement’ sont les fantômes et d’autres entités ectoplasmiques. Alanic a toujours été très clair sur ça. Je ne suis pas certain de qui voudrait ma mort, mais j’ai probablement dû énerver un nécromancien quelque part. C’est bien ma chance, ça ! Je vais faire un rapport à la guilde pour qu’ils s’en occupent, mais tu es libre d’examiner ses choses comme tu l’entends en attendant. Moi-même je suis assez curieux, mais les divinations, ça n’a jamais été mon truc, alors… »

Zorian acquiesça et se mit au travail, utilisant un sort d’altération pour lier le torse sans pattes du sanglier le pus proche pour qu’il ne bouge pas pendant l’analyse.

Comme il le craignait, il ne trouva rien de particulièrement utile et fut forcé de laisser l’endroit aux enquêteurs de la guilde. Suite à un conseil de Lukav, il invoqua à nouveau son disque scie circulaire et découpa tous les sangliers sauf un en petits morceaux qui ne bougeaient plus. Lukav lui avait expliqué qu’un seul des sangliers morts-vivants était suffisant pour les enquêteurs, et il ne voulait pas prendre risque que l’assaillant revienne, rattache les membres sectionnés des sangliers et les renvoie à sa poursuite.

Le dernier sanglier intact fut enterré profondément dans le sol grâce à un sort d’altération de Lukav, attendant l’arrivée des enquêteurs de la guilde.

« Les zombies, les squelettes et les autres morts-vivants ne sont pas aussi faciles à créer que les histoires le racontent, » expliqua Lukav alors qu’ils étaient en chemin vers sa maison. « C’est plus facile et moins cher que de créer des golems, c’est sûr, mais ça demande une quantité substantielle d’ingrédients alchimiques et de temps. Ça doit être une grosse perte pour celui qui m’a ciblé que de perdre une douzaine de zombies. Il n’y a aucun intérêt à lui permettre de minimiser ses pertes en lui laissant les sangliers dans un état récupérable. Alanic m’a toujours dit de systématiquement détruire après la bataille le moindre mort-vivant incapacité, juste au cas où leur créateur serait dans le coin pour les réparer. Je n’imaginais pas que je serais un jour dans une situation où ce conseil serait utile, mais voilà. »

« Excusez-moi, mais est-ce que le Alanic dont vous parlez est Alanic Zosk ? » demanda Zorian.

« Eh bien oui, » confirma Lukav. « J’imagine que Kael l’a également recommandé ? »

« Oui. En fait, il m’a donné une liste assez longue de mages de l’âme, vous étiez juste le premier nom. » Il ne l’était pas vraiment, mais ce n’était pas important. L’homme lui fit signe de continuer. « J’ai besoin de votre aide avec un sort de magie de l’âme qu’on a lancé sur moi. Mais je ne suis pas très à l’aise pour en discuter ici, à l’extérieur. J’espère que vous accepterez de m’écouter une fois qu’on arrivera chez vous. »

« Très bien. Mais, à part si tu as été frappé par une malédiction de transformation, je ne pense pas pouvoir vraiment t’aider. Tu aurais plus de chance avec Alanic : il n’est pas un spécialiste des malédictions, mais il connaît au moins les bases pour briser. Bien sûr, ça aurait été encore mieux de te rendre auprès de la guilde, mais j’imagine que tu as une bonne raison de ne pas vouloir les impliquer. »

« En effet, » confirma Zorian. « Et même si je comprends que vous ne pourrez probablement pas m’aider du tout – »

« Hé, ho, on n’en sait rien encore » le prévint Lukav

« – j’espère quand même que vous serez prêt à m’écouter et à m’aider. Il est tout à possible que vous déteniez une clef cruciale à la résolution de mon problème, même si vous êtes incapable de me donner une solution complète. Je n’ai pas été frappé par une malédiction, pas vraiment. C’est suffisamment exotique pour que Kael me recommande Silverlake si tous les autres noms de sa liste ne donnent rien. »

« Répète-moi ça ? » demanda Lukav, incrédule. « Il t’a recommandé cette vieille sorcière givrée comme solution pour quelque chose ? »

« Je sais, » soupira Zorian. « Une source crédible m’a dit qu’elle aurait demandé un sac d’œuf de chasseresse grise au dernier gars qui lui aurait demandé de l’aide. »

« Mais ça c’est complètement ridicule, » grogna Lukav en se moquant. « Quelqu’un se fiche de toi. Même Silverlake ne ferait pas ça. Bref, je vais voir ce que je peux faire. C’est la moindre des choses pour quelqu’un qui m’a sauvé la vie. »

Quand ils arrivèrent à la maison de Lukav, ce dernier remplit un bref rapport pour l’office de la Guilde des Mages la plus proche et paya l’un des garçons du village pour le délivrer à Knyazov Dveri pendant qu’ils discutaient. Apparemment, le garçon était un très bon coureur et avait déjà fait d’autres missions du genre pour Lukav. Dans tous les cas, il fallut une heure entière pour que Lukav s’intéresse au problème de Zorian, pendant laquelle Zorian expliqua la situation plutôt tragique de Kael et Lukav se calma progressivement grâce à la potion qu’il avait consommée pour soigner sa commotion.

« C’est horrible. Je pensais qu’avoir des nouvelles de Kael me remonterait le moral après tout ça, mais ça n’a fait que me rendre encore plus déprimé, » avoua Lukav. Zorian resta silencieux, attendant que Lukav continue. Après quelques secondes, ayant visiblement remis de l’ordre dans ses idées, l’alchimiste secoua la tête et dit en soupirant : « Eh bien, je pense que la potion a eu son effet maintenant, puisque regarder la lampe ne me brûle plus les yeux en me donnant un horrible mal de crâne. Est-ce que tu penses pouvoir me parler de ton problème maintenant ? Il y a quelques protections autour de la maison pour empêcher l’espionnage, mais ce n’est pas du travail de professionnel, juste quelque chose qu’un ami a fait pour moi. De toute façon, le village n’a pas suffisamment de mana ambiant pour alimenter de puissantes formations permanentes. Je suppose que nous pourrions nous rendre à Knyazov Dveri et louer une chambre privée dans l’une des tavernes les plus chères, mais ça nous coûterait beaucoup d’argent et je ne suis pas un grand fan de dilapider mes économies de cette façon. »

« Non, ça ira, » dit Zorian. Pour s’entraîner, il avait déjà analysé le système de protection de la maison et l’avait trouvé adéquat. C’était un peu moins bien que ce que Zorian pouvait réaliser en une journée de travail, mais bien mieux que les protections hâtives qu’il avait imaginées placer dans son plan initial.

Après quelques secondes de réflexion pour organiser ses pensées, il commença à parler. Il était absolument hors de question de parler à Lukav de la boucle temporelle, mais cela ne voulait pas dire qu’il devait être spécialement vague sur sa situation. Il lui dit qu’il était tombé par hasard sur un combat entre une liche et un mage qu’il ne connaissait pas et avait été coincé dans l’échange, frappé au passage par un sort de magie de l’âme inconnu. Le mage l’avait dissipé, mais le mal avait été fait. Après avoir été malade pendant plusieurs semaines, il récupéra petit à petit, avant de remarquer que le sort avait finalement laissé sa marque sur lui. Zorian resta quand même vague sur cette question, refusant d’expliquer les conséquences de ce qu’il avait remarqué, insistant que c’était privé.

« Difficile, » dit Lukav avec léger mécontentement quand Zorian eut terminé. « Il est vraiment crucial de connaître les conséquences pour identifier le sort, tu sais ? Tu es certain que ça n’a rien à voir avec de la transformation ? »

« Absolument, » confirma Zorian.

« Pas même une transformation partielle ? » demanda l’alchimiste. « Rappelle-toi, pas toutes les transformations sont totales ou impliquent des changements physiques évidents. La grande majorité des améliorations magiques sont en fait des transformations, même si elles ne font que des choses comme augmenter ta force ou ton agilité, car elles font appel à des caractéristiques d’autres créatures pour faire leurs effets, transformant ainsi l’utilisateur d’une manière non flagrante. »

« Je ne savais pas cela, » admit Zorian. « Mais non, il n’y a toujours pas d’effet de transformation. En fait, c’est plus un genre d’expérience de hors-corps, avec mon âme quittant périodiquement mon corps avant d’y retourner. Donc d’après vous les augmentations magiques sont en général liées à la magie de transformation ? Est-ce pour cela qu’elles semblent toujours demander des organes ou des membres d’animaux ? »

« De la projection astrale ? » demanda Lukav. « Hmm, ça a du sens. Effectivement, certains sorts de magie de l’âme affaiblissent le lien entre l’âme et le corps s’ils sont mal utilisés, et tu as dit que le sort que la liche a lancé sur toi avait été bâclé. Je ne dis pas que dissiper le sort aussi tôt que possible n’était pas une bonne idée, bien sur, mais certains arts nécromanciens sont tout aussi dangereux s’ils sont mal gérés que dans leurs formes initiales. Tu n’as pas tort de rechercher de l’aide pour ça. Et oui, les organes ou membres d’animaux et créatures magiques sont nécessaires pour donner un exemple de ce que l’on veut au sort de transformation. Le sort ‘Œil de l’Aigle’ te donne littéralement les yeux d’un aigle, par exemple. La magie de transformation est très pratique pour ce genre d’augmentation, car elle est très facile à inverser. »

« Vraiment ? Je pensais que les transformations étaient dangereuses, » dit Zorian. Du moins, c’était ce qu’on leur apprenait à l’académie.

« Eh bien, peut-être un peu, » admit Lukav. « Mais en comparant avec les autres alternatives, c’est incroyablement sûr. Tu vois, quand tu lances un sort courant de transformation sur toi, c’est comme si tu mettais des habits sur ton âme. Ne me regarde pas comme ça, c’est ce qu’il se passe. Oui, le terme officiel est ‘coquille de transformation’, mais c’est concrètement des habits pour les âmes. Tu peux les mettre, et tu peux les enlever. Même si tu rates ou bâcle le sort et que tu n’arrives pas à redevenir normal, ou que tu es bloqué dans une certaine forme par un ennemi, tu es quand même à une session de dissipation ou d’anti-malédiction près de retrouver ta forme normale. Le problème est que parfois, les gens vont trop loin et se transforment trop profondément. Donc des fois tu as, par exemple, un mage qui s’est transformé en troll, aussi bien son corps que son esprit, et qui a tué toute sa famille avant que le sort ne tombe à court de mana et qu’il retourne à sa forme humaine. Ou alors, ils attachent la ‘coquille de transformation’ trop fermement à leur âme et ne peuvent pas se retransformer, et sont coincé dans une forme, par exemple d’hirondelle, sans moyen efficace de discuter avec les gens ou d’interagir avec l’environnement. C’est pourquoi de nombreuses personnes ne se transforment plus par invocation ou rituel, et se contentent d’acheter des potions de transformations que des personnes comme moi, qui savent ce qu’elles font, mettent en vente : il y a aucune chance de se rater, contente-toi de boire une potion d’un expert et tout est parfait. »

« Ah. »

« D’un autre côté, quand tu chamboules littéralement la chimie de ton corps et que tu utilises des altérations sur ta chair, tu fais généralement quelque chose d’entièrement irréversible, » poursuivit Lukav. « Le corps humain est une chose complexe, et je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un le comprenant suffisamment bien pour l’améliorer de manière substantielle et sûre. La plupart des potions qui cherchent à améliorer le corps avec des décoctions exotiques sont concrètement des drogues stimulantes aux propriétés addictives ou provoquent des dommages difficilement soignables si elles sont utilisées trop souvent. Et les sorts d’altération qui modifient directement la chair et les muscles ont de lourds effets secondaires qui les rends très peu intéressants au vu des efforts demandés, en plus d’être impossiblement difficiles à défaire. Je le sais bien, j’ai souvent aidé appelé pour aider à gérer le désastre provoqué par une telle magie. Mais on s’éloigne du sujet. Viens avec moi, et je vais voir si je peux faire quelque chose pour toi. »

Lukav le guida dans sa cave, passa devant plusieurs portes fermées, jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à une chambre souterraine spacieuse. La grande formule de sort sur le sol, formée de deux cercles, un grand et un petit, tous les deux remplis par une myriade de glyphes magiques, était révélatrice qu’il devait s’agir d’un genre de chambre de rituel. Comme si cela n’était pas suffisamment convainquant, la pièce était parfaitement cubique : les formes géométriques parfaites étaient toujours meilleurs pour contenir la magie que quelque chose d’irrégulier. C’était pourquoi tous les arts Ikosiens comprenaient de nombreux cercles, triangles, cubes, pyramides, cylindres, dômes, etc.

À l’exception du cercle rituel sur le sol, la chambre était vide, probablement pour minimiser les interférences magiques. Zorian espérait qu’il n’aurait pas à se déshabiller complètement pour ça, car il avait entendit que certains scans magiques étaient affectés par les habits, et il redoutait vraiment cette situation.

Heureusement, les instructions de Lukav n’étaient pas aussi terribles.

« Très bien, retire tous les objets magiques que tu portes et laisse-les à l’extérieur de la pièce avant de te placer au centre du grand cercle, bien au milieu de ce grand espace vite, » expliqua ce dernier.

Zorian appréhendait plus qu’un peu le fait d’abandonner temporairement ses objets magiques, car ça le laisserait totalement sans défense. Spécialement les trois anneaux en aciers visiblement inoffensif qu’il avait accroché au collier qu’il portait autour du coup. Ces trois anneaux étaient la dernière version de ses appareils explosifs de suicide qu’il avait progressivement améliorés au fil des recommencements. Tout le monde était capable de créer un appareil explosif avec un minimum de connaissances en formule de sort, mais le rendre suffisamment stable pour ne pas se déclencher tout seul, tout en étant capable d’exploser immédiatement s’il donnait un signal ? Envelopper le cœur explosif de mana avec suffisamment de protections anti-divinations pour que les bombes soient complètement invisibles aux formations spécialement désignées pour détecter de tels appareils, pour qu’il puisse les emmener avec lui littéralement partout, même dans les bâtiments de l’académie les mieux protégés ? Les faire suffisamment petits et pratiques pour qu’ils soient très faciles à transporter ? Il y avait très peu de monde capable de faire ça, il en était certain.

Au final, il décida de retirer tout à l’exception du collier. S’il se faisait tuer suite à une trahison, ça serait con, mais en même temps rien de plus qu’une perte de temps, alors que si son âme se faisait mutiler sans qu’il ait le moyen de se suicider, ça aurait des conséquences désastreuses. Il n’avait juste pas suffisamment confiance en Lukav pour cela, même si son empathie lui disait que l’homme était suffisamment honnête et n’avait aucune émotion hostile à son égard.

Il plaça rapidement sa baguette de sort, son bracelet protecteur, un sac contenant des petits cubes explosifs (gardés à des fins offensives) et le cœur automate expérimental (qu’il avait essayé de modifier pendant son temps libre) sur un tas à côté de la porte et pénétra à l’intérieur. Lukav était déjà assis à l’intérieur du petit cercle, qui avait également un espace vide au centre qui pouvait l’accueillir. Zorian imita l’homme et s’assit rapidement au milieu du grand cercle. Il avait le sentiment que ça allait prendre un sacré moment.

Apparemment, la magie de Lukav n’avait pas détecté le collier, car il n’en dit rien.

« Tu n’as aucune coquille de transformation sur ton âme, » décréta Lukav après quinze minutes d’examen. « Je m’y attendais un peu. La maladie que tu as décrite qui a suivi le sort qui t’as frappé indique qu’une partie de ton âme a été affectée. Voyons voir si j’arrive à détecter des fragments étrangers dans ton âme… »

C’était la partie qui intéressait vraiment Zorian. Cela faisait un moment qu’il se demandait la taille du fragment de l’âme de Zach qu’il avait eu, et quel genre d’effets cela aurait pu avoir sur lui sans qu’il ne s’en rende compte. Avec un peu de chance, Lukav parviendrait à l’éclairer un peu sur cette question.

Après plus d’une demi-heure de lancers de sort et beaucoup de mines renfrognées, Lukav donna finalement le résultat de son expertise.

« C’est bizarre. Tu as clairement quelque chose de tissé à ton âme, mais ça ne ressemble à absolument rien que je connaisse. En fait, tu as deux trucs. Le premier est une création magique complexe tissée incroyablement fermement à ton âme, ce n’est définitivement pas lié à de la magie de l’âme, mais ce n’est rien que je ne reconnaisse non plus. C’est étrange que quelque chose d’aussi complexe puisse provenir d’un sort bâclé. Je ne dis pas que tu mens, mais c’est juste que je ne comprends pas. L’autre chose… eh bien c’est clairement un morceau d’âme étrangère, ou quelque chose du genre, fusionnée à ton âme, mais je ne pense pas que tu aies vraiment à t’en soucier. Ce n’est ni un esprit, ni un parasite de l’âme, et ça semble s’être parfaitement dissous à l’intérieur de ta propre âme. Dans un an ou deux, il aura parfaitement disparu, complètement assimilé. »

« Et quelles conséquences ça aura ? » demanda Zorian avec inquiétude.

« Aucune, je pense. Il semblerait que ton âme essaye de la convertir en un fragment d’elle-même plutôt que d’essayer de la garder distincte. Il ne devrait donc pas y avoir un changement de personnalité majeure, et tu ne recevras probablement pas non plus de nouvelles capacités de la personne ou de la créature t’ayant ‘fait don’ de ce morceau d’âme. Enfin, je suppose qu’il est possible que ce fragment ait affecté ta personnalité de manière non négligeable lorsque tu l’as reçu, avant que ton âme ait la possibilité de l’assimiler, et qu’une telle influence ait perduré jusqu’à maintenant. Est-ce que tu réfléchis ou agis de manière radicalement différente depuis l’incident ? »

Zorian fronça les sourcils. « Pour être parfaitement honnête, oui, ma personnalité a quand même beaucoup changé. Mais je ne suis pas sûr de l’importance que je veux donner spécifiquement à ce morceau d’âme, car l’accident en lui-même était très traumatisant, et tellement de choses se sont passées depuis… »

« Je comprends, » acquiesça Lukav avec sympathie. « Ta vie a pris un chemin complètement différent après ta rencontre fatidique avec le côté obscur de la magie. Tu aurais changé de toute façon, et les changements directement liés au fragment d’âme, s’ils existaient, se noieraient plus ou moins dans le bruit. Si tu veux un conseil, tu ne devrais pas trop t’en faire. Tu es qui tu es, et ce fragment a concrètement disparu. Si les métamorphes peuvent prétendre être la même personne après avoir lié à leur âme celle d’un animal, alors je suis sûr qu’un petit fragment riquiqui comme celui-là ne devrait pas t’inquiéter. »

« C’est dans ma nature de m’inquiéter, » répliqua Zorian. « Mais c’est vrai que savoir que le fragment sera bientôt assimilé me rassure un peu. »

« Eh bien, » dit Lukav, dont les genoux craquèrent lorsqu’il se remit debout. « Je suis heureux d’avoir soulagé au moins une partie de tes craintes, mais c’est à peu près tout ce que je peux faire pour toi, j’en ai bien peur. Quant à la création magique tissée à ton âme, tu vas devoir en parler à Alanic. Il est en général très suspicieux des étrangers et visiteurs impromptus, mais je vais t’accompagner pour te présenter, puisque tu m’as sauvé la vie et tout. Est-ce qu’il y a autre chose pour laquelle tu voudrais mon aide ? »

« Eh bien, pas vraiment, » dit Zorian. « Mais si je peux me permettre de vous embêter encore un peu, est-ce que vous pouvez un peu me parler des métamorphes ? Vous les avez mentionnés plusieurs fois lors de nos discussions. Est-ce que par hasard vous seriez en contact avec la tribu de lycanthropes locale ? »

« Non, pas vraiment, » répondit Lukav en secouant la tête. « Je veux dire, je pourrais les localiser si j’avais une semaine ou deux, mais je ne préfère éviter ça. C’est chiant de leur parler, et ils ne m’aiment pas beaucoup depuis que j’ai essayé de leur acheter le rituel de métamorphose. »

« Ah, » dit Zorian avec une pointe de déception. « C’est juste que j’ai aussi discuté avec Vani, l’érudit de Knyazov Dveri, et il m’a recommandé d’essayer de contacter la tribu métamorphe locale pour m’aider. Vous pensez que son idée a du mérite ? »

« Tu veux dire, est-ce qu’ils pourraient t’aider en termes d’expertise sur la magie de l’âme ? Peut-être, mais je ne mettrais pas ma main à couper, » dit Lukav. « Mais surtout, je doute vraiment beaucoup qu’ils accepteraient de t’aider. La tribu dont il t’a parlé, la tribu du Croc Rouge, protège fièrement leur magie spéciale, et est très suspicieuse de quiconque s’y intéresse. En fait, ils n’en parlent même pas aux autres tribus de métamorphe ! Le fait d’avoir un accès quasi exclusif à la magie de métamorphose est quelque chose de très prestigieux pour eux, et ils ne veulent partager cet accès avec personne. »

« Alors pourquoi vous avez essayé de leur acheter le rituel ? » demanda Zorian avec intérêt.

« Eh bien, comment je pouvais le savoir avant d’essayer hein ? Comment aurais-je pu savoir ces choses-là quand ils parlent à presque personne de la communauté des mages ? » grogna Lukav. « OK, ouais, peut-être que je me suis montré un peu trop insistant, mais ils auraient pu m’expliquer les choses simplement et poliment au lieu d’en faire un tel foin. »

« Je vois, » répondit prudemment Zorian. Il semblerait que Lukav ne soit probablement pas la meilleure personne pour l’aider à contacter les métamorphes. Peu importe, il avait maintenant une piste bien plus sérieuse avec Alanic.

Ils se mirent d’accord pour que Zorian repasse le lendemain prendre Lukav, et qu’ils iraient ensemble rencontrer Alanic. D’après Lukav, lui et Alanic étaient de vieux amis, et le prêtre se montrerait bien plus chaleureux s’il était là pour témoigner du caractère et de l’honnêteté de Zorian.

Zorian espérait que le prêtre serait aussi utile que Lukav le disait.

Le lendemain, Zorian passa toute la matinée à s’entraîner avec le sort du disque scie circulaire afin d’être certain qu’il arriverait à le contrôler correctement la prochaine fois qu’il l’utiliserait, avant de passer à différents exercices de lévitation lorsqu’il s’en lassait ou tombait à court de mana. Le soir, Zorian se téléporta au village de Lukav et papota plus d’une heure avec l’alchimiste. Zorian n’en était pas certain, mais il lui semblait que Lukav avait donné des indices à la possibilité d’apprendre à Zorian certain de ses secrets. Bien sûr, il y aurait probablement la nécessité d’un contrat d’apprentissage s’il voulait accepter l’offre de Lukav, mais avec la boucle temporelle, ce genre d’engagement n’était pas de nature permanente. Peut-être devrait-il prendre le temps d’un recommencement ou deux pour voir ce que l’homme avait à offrir, mais la magie de transformation était loin d’être sa priorité en ce moment. Il avait avant tout autre chose besoin d’informations et de défenses contre la magie de l’âme.

Ils se mirent finalement en route. Lukav avait voulu marcher jusqu’à la résidence d’Alanic, mais Zorian avait expliqué que ça aurait été une perte de temps alors qu’il pouvait les téléporter juste à côté de la maison en question. Bien sûr, sa seule expérience de téléporter quelqu’un autre avait été lorsqu’il avait battu en retraite de la maison de Vazen avec Gurey, mais il était confiant de pouvoir répliquer ce succès. Et il avait raison.

« Je suis surpris que quelqu’un d’aussi jeune que toi sache se téléporter, » dit Lukav pensivement alors qu’il étudiait les alentours pour déterminer où ils étaient arrivés. Ils n’étaient pas très loin du temple où Alanic travaillait, et qui lui servait également de maison, mais Zorian n’avait pas voulu se téléporter trop près, car Lukav lui avait dit qu’Alanic pouvait rapidement s’énerver pour ce genre de chose. « T’as quoi, 16 ans ? Faut croire que je rencontre enfin l’un de ces petits génies dont parlent les gens. T’es quand même pas ce Kazinski, ou bien ? »

« Non, il se trouve juste que Daimen et moi avons le même nom de famille, » mentit Zorian.

« Comme quoi, » dit l’homme. « On doit te poser souvent la question. »

« Vous n’avez pas idée ! » soupira Zorian. Heureusement, Kazinski n’était pas un nom particulièrement rare, et personne ne l’avait jamais accusé de mentir lorsqu’il déniait avoir des liens avec Daimen.

Les prochains mots de Lukav furent noyés dans le bruit très caractéristique d’explosions provenant de la maison en face d’eux, suivi par des cris très énervés dans un langage inconnu et par des coups de feu.

Zorian sortit hâtivement sa baguette de sort et fit une mine renfrognée. Il avait craint que quelque chose de la sorte arrive. La ou les personnes derrière les disparitions des mages compétents en magie de l’âme avaient remarqué l’échec de l’assassinat de Lukav et avaient décidé d’abandonner toute subtilité pour frapper rapidement et éliminer leur nouvelle cible le plus tôt possible. Il n’y avait aucun doute qu’ils sussent que Lukav et Alanic étaient amis, et qu’Alanic serait bientôt mis au courant de la tentative d’assassinat.

Il s’avança avec prudence, Lukav le suivant de près.

Il n’y avait pas de morts-vivants cette fois-ci, probablement parce que la cible était un chasseur de morts-vivants très connu et donc voué à être très compétent contre eux. C’étaient donc quinze hommes armés de fusils, probablement des mercenaires non-mages, et deux mages qui faisaient office de soutien magique, qui formaient le groupe d’attaquants. Ils hésitaient à prendre directement d’assaut la maison d’Alanic et patientaient à l’extérieur en attendant que quelque chose se passe. Zorian et Lukav décidèrent de se cacher derrière des arbres pour observer le groupe, peu enclins à foncer comme des idiots contre des armes à feu.

« Ils essayent de faire tomber les protections magiques avant d’entrer, » réalisa Zorian après quelques secondes. « Le mage sur la droite essaye de faire s’écrouler tout le système, celui sur la gauche le protège de tout danger pendant qu’il est occupé et les mercenaires tirent de temps en temps sur les fenêtres pour empêcher Alanic de les cibler avec des sorts offensifs. »

Alors qu’il chuchotait ceci à Lukav, un rayon de feu émergea de l’une des fenêtres du second étage, visant le mage qui cherchait à détruire les boucliers. Le second mage protégea immédiatement son collègue, et les mercenaires répondirent à la provocation d’un feu nourri en direction de la fenêtre.

« Il faut qu’on l’aide, » dit fermement Lukav.

« La seule option qu’on a est d’attendre une ouverture, » dit Zorian. « Dans l’état, je ne vois pas comment nous pourrions intervenir sans nous faire tuer immédiatement. »

« Est-ce que tu saurais t’occuper des deux mages si je m’occupe des idiots armés ? » demanda Lukav.

Zorian le regarda d’un air curieux. Comment est-ce qu’il prévoyait de faire ça ? Était-il l’un de ces idiots qui sous-estimait encore l’efficacité des armes à feu, même après le massacre qu’elles étaient parvenues à réaliser contre les mages de combat pendant les Guerres de Fractionnement ?

« Eh bien ? » insista Lukav, un peu plus durement cette fois.

Zorian décida de prendre quelques risques et choisit de lire les pensées superficielles de Lukav. Il réalisa immédiatement que l’homme à ses côtés avait une grande affection pour Alanic, et ne supportait pas de le voir se faire tuer s’il pouvait faire quelque chose, quoique ce soit pour l’empêcher. Il était prêt à agir, avec ou sans Zorian, mais il semblait être sûr de pouvoir gérer les mercenaires. Il était par contre bien moins certain de survivre s’il devait également s’occuper du mage en support.

« Je peux m’en charger, oui, » dit Zorian. « Attendez pendant deux minutes avant de vous lancer. »

Il lança ensuite rapidement un sort d’invisibilité sur lui-même et se dirigea vers les deux mages.

Il ne marchait pas dans le but de donner une impression dramatique. Le sort d’invisibilité qu’il utilisait était une illusion optique très délicate qui lui demandait une attention constante pour la maintenir. À la moindre distraction, comme se battre ou lancer des sorts, l’illusion s’estompait. Il ne pouvait même pas courir sans se transformer en une forme humanoïde chatoyante qui attirerait encore plus l’attention que s’il se rapprochait des mages sans se camoufler.

Au final, une marche rapide fut suffisante. Il était pratiquement au niveau des deux mages quand Lukav décida qu’il en avait assez d’attendre et chargea vers les mercenaires en criant.

Enfin, du moins Zorian pensait que la créature qui chargeait était bien Lukav. L’énorme taureau était couvert d’écailles vertes sombre, similaires à celles des poissons, et ses yeux rayonnaient d’une lueur rouge malveillante. En tout cas, cela semblait être quelque chose qu’un expert de magie de transformation utiliserait, et cette créature n’était pas alliée au groupe d’assaut, ça c’était sûr. La bête poussa un beuglement puissant possédant un genre d’effet magique de peur. Zorian ignora l’attaque mentale plutôt facilement, mais trois des mercenaires n’étaient pas aussi braves et s’enfuirent immédiatement en criant. Les hommes restants avaient été suffisamment secoués par l’effet de peur qu’ils donnèrent au taureau quelques secondes précieuses pour se rapprocher avant qu’ils ne commencent à tirer.

Comme Zorian s’y attendait, les écailles n’étaient pas juste décoratives, et les balles n’eurent que peu d’effet. Les deux mages hostiles à côté de lui réalisèrent que leurs forces n’allaient pas très bien s’en sortir contre cette menace, car celui qui défendait commença immédiatement à lancer un sort et celui qui brisait les protections accéléra son rythme. Zorian décida que le défenseur était la menace la plus immédiate, et abandonna l’idée d’utiliser de la belle magie pour simplement prendre un couteau à sa ceinture pour l’enfoncer brutalement dans le cou du mage, son invisibilité s’estompant au passage.

L’autre mage, choqué par l’apparition soudaine de Zorian, ne réagit pas suffisamment vite et reçu quelques instants plus tard un coup de pied au visage. Il s’effondra immédiatement au sol dans un cri de lamentation. Après s’être assuré qu’aucun des mercenaires ne lui tirait dessus (ils étaient bien trop occupés à se faire écraser par Lukav transformé en taureau), il se connecta à l’esprit du mage et lança une violente attaque télépathique brute. Comme il l’avait espéré, le mage sombra dans l’inconscience.

Avant que Zorian ne puisse décider s’il devait s’impliquer dans le combat contre les mercenaires (cela ne lui semblait pas nécessaire, et il n’était pas aussi protégé contre les balles que Lukav), un trio de projectiles enflammés tombèrent depuis le second étage et incinérèrent trois des mercenaires qui essayaient de rassembler les autres. La bête-taureau poussa un nouveau beuglement, et les survivants s’échappèrent à toute vitesse.

Zorian les observa s’éloigner, se tenant prêt à ériger un bouclier autour de lui si l’un d’eux se décidait à tirer quelques balles dans sa fuite. Mais aucun des hommes ne le fit.

La bête-taureau poussa un grognement moqueur et frappa le sol plusieurs fois avant de se… replier sur elle-même, en l’absence d’une meilleure description, et de redevenir un homme. Plus spécifiquement, Lukav.

Bon sang, les transformations étaient bien plus utiles que ce qu’il avait imaginé. Mais il comprenait maintenant pourquoi Lukav avait été réticent à engager les mercenaires sans quelqu’un pour s’occuper des mages : sans mains, l’alchimiste n’aurait pas pu lancer le moindre sort défensif, et était donc très vulnérable aux sorts hostiles.

Toute conversation entre Zorian et Lukav fut reportée lorsqu’un petit homme chauve et musclé tomba littéralement du ciel en face d’eux. Il fallut à Zorian presque une seconde pour réaliser qu’il s’agissait très probablement d’Alanic Zosk et qu’il avait littéralement sauté depuis la fenêtre du second étage !

Il ne semblait pas du tout affecté par la chute, mais quand même !

« Al, idiot ! Je t’ai déjà dit de ne pas faire ce genre de truc ! » cria Lukav. « Je t’ai presque lancé une bombe de feu dessus avant de réaliser que c’était toi ! »

« Toi, gamin, » dit Alanic à Zorian, ignorant complètement la colère de Lukav. « Pourquoi est-ce que tu les as laissés partir ? T’aurais pu les descendre pendant qu’ils s’enfuyaient. »

« Je… je ne pensais pas que c’était acceptable de tuer des adversaires qui fuyaient ? » dit Zorian, surpris d’être pris à partie de la sorte. « Je sais pas, ça me paraissait trop impitoyable de leur tirer dans le dos pendant qu’ils couraient. »

S’ensuivit un court silence alors qu’Alanic le regardait d’un air neutre. Son esprit, même s’il n’était pas protégé, était incroyablement discipliné et ne donnait à Zorian aucune indication de la personnalité ou l’humeur du prêtre. Il remarqua distraitement que l’un des yeux de l’homme était bleu alors que l’autre était brun. Il avait une affreuse cicatrice verticale au niveau de son œil bleu, qui donnait l’impression que l’œil aurait été dû être détruit quand il l’avait reçue.

« Je vois, » dit finalement l’homme. « Tu es jeune. »

« C’est quoi le rapport ? » protesta Zorian, agacé par l’attitude d’Alanic. Ils venaient de lui sauver la vie, bordel !

« Ça ne fait pas longtemps que tu te bats, » répondit-il simplement. « Tu n’as pas d’expérience. »

‘Ouais, et toi t’es un trou-du-cul’, pensa Zorian. Extérieurement il se contenta de faire une mine renfrognée.

Ouais, Zorian pouvait déjà voir qu’Alanic faisait partie de ces gens-là. Il avait vraiment la pire des chances.

Alanic Zosk fut finalement assez calme au sujet du véritable assaut sur son temple par une vingtaine de mercenaires armés, refusant la demande de Lukav d’aller rapporter l’incident à l’office de la Guilde le plus proche en répondant simplement qu’il ‘n’était pas encore temps de les impliquer’. Il avait même fait transféré le mage que Zorian avait rendu inconscient dans le donjon, au sous-sol du temple (Zorian se demanda pourquoi un temple possédait un donjon, mais avait trop peur de poser la question), admettant ouvertement qu’il prévoyait de l’interroger plus tard.

En attendant, il voulait savoir pourquoi Zorian et Lukav étaient venus le voir. Non, il n’avait pas besoin de temps pour se calmer, pourquoi posaient-ils la question ?

Zorian avait dû admettre qu’il admirait le sang froid de l’homme, même s’il était un con.

« Intéressant, » dit Alanic après que Zorian répéta l’histoire qu’il avait racontée à Lukav. « Très bien, je vais voir ce qui t’as été fait. Lukav, sort de la pièce s’il te plaît, le temps que j’étudie ce monsieur Kazinski. »

Juste comme ça ? Visiblement, oui. Contrairement à Lukav, Alanic n’utilisait aucune chambre de rituel, et l’examen prit au plus cinq minutes avant que le prêtre n’annonce son verdict.

« Tu as un marqueur gravé sur ton âme, » lui dit Alanic sans ménagement.

« Un quoi ? » demanda Zorian.

« Un marqueur est une combinaison entre un fanal et une étiquette d’identification. Cela permet à certains sorts de trouver le marqueur très facilement sur de grandes distances, ainsi que d’identifier sans ambiguïté l’identité de la personne le possédant. Ils sont souvent utilisés par des propriétaires de boutiques chics pour traquer les fournitures volées, dans les prisons de haute sécurité et par les espions pour traquer les mouvements d’individus marqués, ainsi que dans la construction de certaines protections magiques permettant à des gens d’être identifiées et de n’être pas affectées par certaines ou toutes les restrictions qui touchent les autres visiteurs. Entre autre. Ces marqueurs sont généralement placés sur des objets, car placer des marqueurs permanents directement sur des gens est douteux et nécessite des tatouages, ce genre de trucs. Mais le tien est directement imprimé sur ton âme. »

Zorian resta silencieux, ses pensées se bousculant dans sa tête. Un marqueur. C’était la raison pour laquelle il avait été attiré dans la boucle temporelle avec Zach, pas vrai ? Le sort n’était pas lié directement à l’âme de l’initiateur ou un truc de ce genre, car c’était ambigu et pouvait échouer : le voyageur temporel initial risquait d’avoir son âme endommagée ou modifiée, comme ce qu’il était arrivé à lui et à Zach au final, et le sort pouvait donc échouer à faire boucler son âme. Non, les créateurs de la boucle avaient au contraire imprimé l’âme de Zach avec quelque chose d’inchangeable et de facilement reconnaissable.

Et puis, Robe Rouge et Zorian étaient parvenus à l’hériter, car les créateurs de la boucle avaient été un peu trop intelligents pour leur propre bien…

« Retirer le marqueur –» commença Alanic, inconscient ou ignorant l’état de réflexion profonde de Zorian.

« Je ne veux pas l’enlever ! » protesta immédiatement Zorian, émergeant subitement de ses pensées.

Alanic le jugea du regard.

« Je suppose que tu es chanceux alors, car je ne pense pas que je pourrais l’enlever même si je le voulais, » dit Alanic. « Ça ne ressemble à rien que je connaisse. Le marqueur est tissé incroyablement fermement à ton âme, la recouvrant entièrement. C’est comme si un morceau de ton âme avait été remplacé par cela et que ça avait grandit pour remplir chaque coin et recoin qu’il avait pu trouver aussi fermement que possible. »

Bon sang…

Zorian se leva de sa chaise, très agité, et commença à faire les cent pas dans la pièce. Alanic le regarda en silence d’un air impassible, jusqu’à ce qu’il se calme et se rassoit.

« J’ai besoin de plus d’information, » dit Zorian. « Et j’ai besoin d’un moyen de me protéger de choses comme celle-là à l’avenir. Est-ce que vous pouvez m’aider ? »

Alanic acquiesça.

« Mais demain, » rajouta-t-il. « Pour l’heure, j’ai un prisonnier à interroger. »


Cet article comporte 19 commentaires
  1. Guu, c’est de la torture d’avoir un chapitre comme ça et de savoir que la suite ne risque pas d’arriver avant longtemps…
    Merci pour le chap et contente de savoir qu’on aura quand même un jour la suite de l’histoire !

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