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Mother of Learning, chapitre 20


Traducteur : Mithestral


Chapitre 20 : Une question de confiance

Zorian n’aimait pas les temples. C’était en partie dû à ses mauvaises expériences lorsqu’il était enfant, mais surtout à cause de son incapacité à comprendre la révérence avec laquelle la prêtrise parlait des dieux disparus qu’ils étaient censés vénérer. Littéralement toutes les histoires qu’il avait lues ou entendues sur l’ère de dieux lui donnaient l’impression que ces divinités étaient des véritables salauds, alors pourquoi est-ce que quelqu’un souhaiterait leur retour ? Personne n’avait jamais pu lui donner une réponse satisfaisante, et surtout pas ses parents, qui n’étaient religieux que lorsque les voisins les regardaient.

Le temple en face de lui ne faisait rien pour diminuer son malaise. Le bâtiment en forme de dôme en banlieue de Cyoria était bien plus grand et imposant que tous les autres temples que Zorian avait visité, même s’il était décrit comme l’un des plus petits de Cyoria. Mais la matriarche aranéa lui avait affirmé qu’il abritait le meilleur prévisionniste (humain) du futur, donc il allait devoir surmonter son malaise pour pouvoir accomplir sa mission.

Il s’avança avec hésitation vers les lourdes portes en bois qui servaient d’entrée au temple, observant avec prudence anges en pierre sur les côtés de la porte. Les statues réalistes à l’air sombre semblaient le fixer pendant qu’il approchait, le jugeant indigne. Zorian essayait vraiment de dissiper son malaise, mais n’y arrivait pas avec les statues, car il y avait une probabilité réelle qu’ils étaient des golems gardiens ou un autre type de sécurité. Il était sur le point d’ouvrir la porte quand il remarqua une série d’images gravées sur celle-ci et s’arrêta pour les étudier.

Même si les gravures sur la porte étaient relativement stylisées et sans lien les unes avec les autres, il reconnut immédiatement ce qu’elles représentaient. Elles formaient un genre de bande dessinée décrivant comment le monde avait été créé selon les Ikosiens (la plupart des religions puisant leurs traditions dans leurs histoires). D’après les Ikosiens, le monde était originellement un chaos sans forme tourbillonnant, habité seulement par les 7 dragons primordiaux. Un jour, les dieux sont descendus depuis des plans d’existence supérieurs et les tuèrent tous, sauf un. Ce dernier dragon fut remodelé pour créer le monde matériel qu’habitaient maintenant les humains, transformant son corps en terre et en roche, son sang en eau, son souffle en air et son feu en magie. Les vastes réseaux de tunnels existant sous la surface du monde était les veines du dragon, dans lesquelles ne se trouvaient plus son sang (qui avait été transformé en océans) mais de la magie émanant du Cœur du Monde. Il s’agissait du cœur encore battant du dragon primordial, caché profondément dans la terre. Le Dragon d’En Bas, loin d’être heureux de son sort, enrageait constamment contre ses chaînes qui le retenaient, donnant naissance à des désastres naturels comme l’éruption de volcans et des tremblements de terre. Le dragon était incapable de riposter contre les dieux, et avait donc décidé de se venger contre leur création favorite, les humains, en utilisant son cœur, la seule chose que lui avaient laissée les dieux. Des petits morceaux s’écaillaient et se détachaient de l’énorme masse qu’était ce cœur, formant d’horribles monstres quand ils touchaient le sol. Ces monstres commençaient ensuite leur ascension vers la surface pour terroriser l’humanité…

Et ainsi de suite. Zorian ne croyait pas que cette histoire était vraie, mais elle était assez terrifiante si on la prenait au sérieux. Avec des dieux pareils, pas surprenant que les Vieux Cultes perdaient continuellement des fidèles au profit de nouvelles religions apparues après la disparition des dieux.

« Jeune homme, puis-je vous aider ? »

S’extirpant du fil de ses pensées, Zorian regarda la personne qui venait de s’adresser à lui. Il s’agissait d’un jeune homme aux cheveux verts, vêtu d’une aube de prêtre. Sa posture détendue et son sourire amical mirent Zorian à l’aise, mais il ne put s’empêcher de s’interroger sur la couleur de cheveux du prêtre. D’après ce qu’il savait, les seules personnes ayant les cheveux naturellement verts étaient les membres de la Maison Reid, et il lui semblait surprenant que l’un d’eux rejoigne le clergé. Cette Maison était connue pour leurs liens avec les syndicats du crime.

« Peut-être, » répondit Zorian. « Je m’appelle Zorian Kazinski, je suis un mage en formation. Je me demandais si la Prêtresse Kylae était dans le coin et voudrait bien s’entretenir avec moi ? Oh, et désolé de vous avoir inquiété. C’est vrai que j’ai regardé les gravures sur l’entrée pendant un long moment… »

« Je suis Batak, un diacre, » se présenta l’homme. « Ne t’en fais pas, beaucoup de personnes sont intimidées par les portes. C’est pourquoi j’aime accueillir personnellement les nouveaux venus. En ce qui concerne Kylae… eh bien, elle est en plein rituel, donc si tu es prêt à attendre une heure je suis sûre qu’elle serait prête à t’écouter. »

« Bien sûr, » approuva Zorian. C’était bien plus que ce qu’il espérait, pour être honnête. Il s’était préparé à l’éventualité que l’homme lui fasse passer un genre de test religieux avant de l’amener chez la Prêtresse. Il était tout à fait disposé à attendre une heure ou deux. « Heu, est-ce que je devrais revenir plus tard ou… ? »

« Absurde, » dit-il avec un sourire. « Je t’en prie, rentre. Je vais nous préparer quelque chose à boire pendant que nous attendons. Ça va me faire du bien de discuter avec une autre personne pour une fois. Nous avons si peu de visiteurs dernièrement… »

Oh oh, peut-être Zorian allait-il quand même être soumis à un test, sous l’apparence d’une conversation ‘décontractée’ plutôt que quelque chose de flagrant.

« Petite semaine ? » demanda Zorian alors qu’ils pénétraient dans le temple. L’intérieur était agréablement frais et assez sombre. Des rayons de lumière multicolores traversés les vitraux placés en hauteur, et les bancs étaient tous vides. Il était heureux du manque de foule, mais c’était assez peu habituel de voir un temple ainsi déserté.

« Si seulement, » soupira Batak. Il guida Zorian à travers les rangées de bancs en bois, les bruits de ses pas faisant écho dans tout le temple. « On peut parler de petite décennie… Les conséquences de la Grande Pestilence ont été très dures pour nous. »

« J’avoue ne pas comprendre, » s’interrogea Zorian. « Qu’est-ce la Grande Pestilence a à voir avec cet endroit ? »

Batak le jaugea du regard avant de soupirer à nouveau. « Même si les dieux se sont tus, le clergé n’a jamais été vraiment sans pouvoir. La plupart des prêtres ont des talents magiques, et la haute hiérarchie peut généralement faire appel à l’aide des anges ou d’autres entités spirituelles inférieures, mais notre plus gros atout provient de plusieurs mystères que nous ont confié les dieux avant leur départ vers l’inconnu. Au fil du temps, nombre de ces mystères nous ont été dérobés, mais nous avons toujours nos arts de guérison, un domaine dans lequel nous sommes inégalables. C’est pourquoi, quand la Peste Suintante se propagea comme un feu de brousse, beaucoup s’attendaient à ce que nous fassions quelque chose. Malheureusement, non seulement étions-nous tout aussi impuissants que les autres, mais à cause de notre proximité avec les infectés nous avons également perdu énormément de personnes. En raison du manque de prêtres qualifiés, les temples périphériques comme celui-ci furent abandonnés, et par les fidèles, et par le Saint Triumvirat. »

Zorian regarda autour de lui, mais ne remarqua aucun signe évident de déclin dans l’intérieur du temple. Il était propre et intact, et l’autel, fait d’un marbre blanc et décoré d’un bout de tissu très cher, semblait quasiment neuf. De nombreuses statues en pierre étaient disposées un peu partout à l’intérieur du bâtiment, souvent parfaitement intégrés aux murs ou aux piliers porteurs. Le reste de l’espace était comblé par des panneaux en bois sur lesquels étaient gravées plusieurs scènes religieuses, à l’instar de celles gravées sur les portes de l’entrée. En d’autres termes, il s’agissait d’un bâtiment incroyablement luxueux, surtout en jugeant par rapport aux temples ruraux comme celui de Cirin, et il était bien mieux entretenu. Zorian avait presque peur de demander à quoi ressemblait le temple principal de Cyoria, si celui-là n’était pas considéré comme assez important pour le maintenir en état de fonctionnement.

Batak l’amena vers une petite porte modeste sur le côté de l’autel qui menait vers une pièce à la décoration bien moins formelle. Il ne s’agissait pas d’un bureau classique, mais plutôt une combinaison d’une cuisine et d’un séjour, bien plus en désordre et plus vivante que ne l’était la nef du temple. Batak commença immédiatement à préparer du thé et à lui poser des questions. Elles étaient assez classiques : qui était-il, que faisait-il dans la vie, d’où venait-il, s’il pouvait décrire sa famille, ce genre de choses. Zorian y répondit honnêtement. Étrangement, Batak ne lui posa pas une seule question sur sa relation à la religion, et Zorian en fut reconnaissant. Zorian en profita pour poser également plusieurs questions sur Batak et Kylae, se demandant ce qu’ils faisaient encore ici si le temple avait été abandonné.

Batak semblait très heureux de lui répondre. Apparemment, les dirigeants de l’église ne voulaient pas simplement démolir le temple, mais ne voulaient pas non plus le laisser à la merci des éléments ou des voleurs. Ce qui était parfaitement compréhensible, du point de vue de Zorian. Non seulement cela serait vraiment dommage de réduire en miette un bâtiment aussi majestueux, mais ce serait également un aveu de faiblesse de la part de l’église. C’est ainsi que Batak et Kylae furent assignés à ce temple, officiellement pour continuer les cultes, officieusement pour entretenir le bâtiment et maintenir à l’écart voleurs et squatteurs.

Finalement, après avoir vidé sa tasse de thé, Batak décida qu’il en avait assez de tourner autour du pot.

« Donc, » dit Batak. « Vous ne m’avez jamais dit la raison de votre venue ici, monsieur Kazinski. Pouvez-vous peut-être me dire pourquoi vous avez besoin de parler à Kylae, ou est-ce trop délicat pour un simple diacre comme moi ? »

Zorian y réfléchit quelques instants avant de décider que ça ne devrait pas poser de problème de lui dire la vérité. La lecture du futur n’était pas illégale, après tout.

« Eh bien… » commença Zorian. « J’ai entendu que la Prêtresse Kylae est très douée pour prévoir le futur grâce à des divinations. »

L’expression de Batak se raidit légèrement, mais il se força à se détendre. Par contre, son sourire avait disparu.

« Elle l’est, » dit-il. « C’est un domaine très compliqué, et je ne pense pas que quiconque puisse affirmer le maîtriser entièrement, mais elle est probablement la meilleure experte que tu pourras trouver. »

« Mais il y a d’autres personnes qui s’y essayent, et l’une d’elles m’a envoyé ici pour discuter avec Kylae de ses découvertes, » expliqua Zorian, s’imaginant avec humour une scène où la matriarche lui sifflaient dessus pour l’avoir assimilée à une débutante. « Certains résultats qu’elle a obtenus de ses prédictions ont été très… irréguliers. »

Quand il s’arrêta de parler, il put voir qu’il n’y avait plus aucune trace de bonne humeur sur le visage de Batak. Un silence s’installa entre eux pendant plusieurs secondes. Zorian commença à se demander si le sujet était en quelque sorte tabou ou s’il avait involontairement offensé Batak sans qu’il sache pourquoi. Le diacre reprit alors la parole.

« Et ces… irrégularités… quand est-ce qu’elles se produisent ? Jusqu’à quand la personne que vous représentez a-t-elle fait ses prévisions avant que celles-ci ne détraquent complètement ? »

C’était à ce moment que Zorian réalisa que Batak était déjà au courant. Il n’était pas plus un simple diacre que Zorian n’était un messager innocent.

« Il n’y a qu’une seule véritable irrégularité, et elle apparaît le jour du festival d’été. Plus spécifiquement, les prédictions ne retournent rien au-delà de cette date, presque comme si… le monde s’arrêtait. Mais vous le saviez déjà, pas vrai ? » demanda Zorian de manière rhétorique.

Plutôt que de lui répondre, Batak poussa un juron pas très religieux avant de se lever pour faire les cent pas dans la pièce.

« Je prends ça pour un oui, » soupira Zorian.

Batak s’arrêta de marcher pour le regarder d’un air méfiant, mais il se força visiblement à se détendre quelques instants plus tard.

« Je suis désolé, » dit Batak. « Je ne voulais pas être malpoli, c’est juste que… Eh bien, il vaut probablement mieux que j’aille chercher Kylae afin que l’on puisse en parler ensemble. »

« N’est-elle pas au milieu d’un rituel ? » fit remarquer Zorian. Il savait que c’était une très mauvaise idée d’interrompre des rituels magiques, mais peut-être Kylae accomplissait-elle un rite de nature purement religieuse.

« Eh bien, en quelque sorte, » admit Batak honteusement. « Mais je ne pense pas qu’elle sera très gênée si je l’interromps. Pas si ça concerne ce sujet, c’est sûr. Restez ici, s’il vous plaît, le temps que je la cherche. »

Zorian le regarda quitter en toute hâte. Il se demanda pourquoi Batak semblait si effrayé par la date de fin qu’ils avaient découverte ? Zorian était effrayé, mais c’était parce qu’il savait exactement ce qui la causait, mais pour Batak et Kylae cela ne devrait pas être particulièrement inhabituel. Comme les magies liées à l’âme, la lecture du futur était une discipline très mal comprise, et il y avait vraiment souvent des événements étranges et jamais-vu qui se produisaient. Zorian espérait sincèrement que l’agitation de Batak voulait dire qu’ils savaient quelque chose sur l’anomalie que lui et la matriarche aranéa ignoraient.

Il ne dut pas attendre longtemps avant que Batak revienne accompagné d’une femme d’une trentaine d’années. La première pensée de Zorian fut qu’elle était étonnamment jeune pour une grande prêtresse, mais il supposa que le manque de main-d’œuvre dans le clergé ne permettait pas à la hiérarchie de l’église d’être trop sélectif sur la question. De son côté, la prêtresse le regarda longuement en détail, avant de faire un sourire forcé et de s’asseoir à côté de Batak. Les deux faisaient face à Zorian.

« Bonjour monsieur Kazinski, » dit-elle. « Je m’appelle Kylae Kuosi, je suis la grande prêtresse de ce temple. Si j’ai bien compris, vous souhaitiez me parler, plus spécifiquement sur la prédiction du futur ? »

« Au sujet de la date de fin le jour du festival d’été, oui, » confirma Zorian.

Ils eurent ensuite un court échange afin qu’ils puissent confirmer l’un l’autre qu’ils parlaient du même phénomène, et la prêtresse se pencha sur sa chaise en regardant durement Batak.

« Je t’avais dit que ce n’était pas une erreur, » dit-elle.

« Et je t’avais dit que ce n’était pas toi le problème, » répliqua Batak. « Nous avions tous les deux raison. »

Kylae soupira avant de se tourner à nouveau vers Zorian. « J’imagine que vous ne pouvez pas me présenter à votre maître, afin que je puisse discuter directement avec elle ? Je n’ai rien contre vous, mais je doute que vous ayez l’expertise nécessaire, et toutes vos informations sont de seconde main… »

« Désolé, » dit Zorian. « J’ai bien peur que mon ‘maître’ souhaite vraiment garder l’anonymat. Je suis d’accord avec vous, elle pourrait vous aider bien mieux en personne, mais pour l’instant nous n’avons pas d’autre choix que d’agir ainsi. »

Et c’était vraiment très peu probable que cela change dans un futur proche. D’après le dogme actuel de l’église, les aranéas étaient classifiés comme des monstres, c’est-à-dire des serviteurs du Dragon d’En Bas, et qu’il ne fallait pas les approcher. Kylae et Batak semblaient relativement tolérants pour des prêtres, mais peut-être pas aussi tolérants. S’il admettait qu’il parlait au nom d’une araignée intelligente géante, il se ferait, dans le meilleur des cas, immédiatement expulsé du temple.

« Puis-je demander pourquoi vous semblez si effrayé par cela ? » demanda Zorian avec curieux. « Enfin, je sais pourquoi moi et mon , heu, maître sommes inquiets, mais pourquoi cela vous concerne-t-il ? »

La prêtresse le regarda avec curiosité. « Et pourquoi êtes-vous inquiets, si vous me permettez de demander ? »

« On fait un échange d’information ? » offrit Zorian, réprimant un sourire pour prendre l’expression la plus innocente qu’il puisse faire. L’appât était lancé.

La prêtresse échangea un regard silencieux avec Batak, semblant communiquer sans un mot avec le diacre. Ils se connaissaient probablement très bien s’ils pouvaient faire ça. Peut-être étaient-ils des amoureux ? D’après ce que se rappelait Zorian, les relations entre prêtres étaient interdites, et ils devaient donc rechercher l’amour en dehors de l’église. Mais les règles n’étaient pas toujours appliquées, et ça ne serait clairement pas la première fois. Dans tous les cas, ils semblèrent aboutir à une décision après quelques minutes et se retournèrent vers lui.

« Nous partagerons nos inquiétudes avec vous, mais seulement si vous commencez, » dit la prêtresse. « Et soyez prévenus, je sais quand est-ce que les gens me mentent. C’est un don surnaturel qui ne m’a jamais trompé, donc ne me faites pas perdre mon temps avec des mensonges ou des demi-vérités. »

Eh bien, ça n’allait pas être pratique. Zorian n’avait pas détecté de tentative d’intrusion dans son esprit, donc le don dont elle parlait n’était pas basé sur de la magie de l’esprit. Elle pouvait instinctivement séparer le vrai du faux dans ses affirmations ? Observait-elle son âme ? Elle pouvait être en train de bluffer, mais il en doutait fortement.

Il décida de prendre un risque. Il lança quelques divinations pour être sûr que leur discussion n’était pas observée et qu’il n’y avait aucun rat crânien dans le coin. Il leur fit ensuite face lorsqu’il eut la confirmation de ces divinations.

« Voyons si cela est un prix suffisant pour votre aide, alors, » soupira Zorian. « La raison de notre inquiétude est qu’il y a un groupe de terroristes bien organisé et bien financé qui prévoit de profiter du festival d’été pour semer le trouble. Une partie de leurs plans, comme leur utilisation de sorts d’artillerie et des hordes de trolls de guerre introduits par le Donjon, est plutôt prosaïque. Mais il y a une composante bien plus exotique, et elle fait des ravages avec la prédiction du futur par sa nature même. »

Il y eut un court moment de silence alors que les deux prêtres le regardaient d’un air incrédule.

« Ce… ce n’est pas ce à quoi je m’attendais, » dit la prêtresse. « Dieux et Déesses, ceci est bien au-delà de mes responsabilités. Je… je ne suis pas sûre de vouloir en savoir plus, pour être honnête. Je ne veux pas être impliquée dans des choses comme ça. »

« Ça vaut probablement mieux, » approuva Zorian.

« Si par contre il s’agit bien de la véritable cause de l’irrégularité, alors mes propres raisons de paniquer ont été bien mal placées, » dit pensivement la prêtresse.

« J’aimerais quand même les connaître, si ce n’est pas un problème, » dit Zorian.

« C’est au sujet des anges, » intervint Batak. « Depuis que les dieux se sont tus, les anges ont en quelque sort pris leur place. Ils ne peuvent pas conférer des pouvoirs magiques au clergé ou réaliser des miracles comme le pouvaient les dieux, mais ils peuvent être invoqués pour offrir des conseils ou donner de l’aide, vu leurs capacités personnelles considérables. »

« Et qu’ont-ils dit au sujet de l’anomalie qui vous a tellement effrayé ? » demanda Zorian, intrigué.

« C’est ça le problème, » soupira la prêtresse. « On ne peut pas leur demander car personne n’a réussi à les invoquer depuis environ une semaine. Nous avons contacté des églises en Koth, et ils signalent le même problème. Même les entités célestes les plus approchables nous ignorent. Bordel, j’ai entendu des rumeurs que même les fidèles de démons n’arrivent plus à contacter leurs maîtres malveillants. Comme si quelque chose avait isolé ce plan matériel des plans spirituels. »

Zorian déglutit. Depuis une semaine… c’est-à-dire depuis le début de la boucle, évidemment.

« C’est troublant, pas vrai ? » dit Kylae. « Cumulé au futur qui s’arrête net dans quelques semaines, je dois admettre que j’avais la trouille. Mais finalement, si les deux choses ne sont pas corrélées, ça me soulagerait grandement. »

Ils continuèrent de discuter après cela, sans que ça ne soit très productif. Il promit à Batak et à Kylae d’être discret sur leurs problèmes à contacter le monde spirituel et quitta le temple.

À l’inverse de la prêtresse, Zorian n’avait pas l’impression que leur conversation avait atténué ses inquiétudes.

Après sa visite du temple, Zorian décida de prendre place dans l’un des nombreux restaurants de la ville, pour pouvoir étudier cette nouvelle information avec de quoi manger et de quoi boire. Il n’avait aucun doute que l’isolement du plan matériel par rapport aux plans spirituels était causé par la boucle temporelle, mais ce que cela voulait dire n’était pas clair. Est-ce que le plan matériel était le seul à subir la boucle temporelle, séparé du reste de l’univers, coincé dans une sorte de ‘bulle temporelle’ ? C’était cohérent avec le fait que le monde semblait vraiment s’arrêter lorsque la boucle recommençait. Apparemment, le sort ne prenait pas quelques âmes et les transportait dans le passé comme il l’avait supposé. Non, le sort rembobinait le temps dans une certaine zone en laissant quelques âmes intactes lors du processus. Pas surprenant que le sort était si facilement transmissible : comparé à tout réinitialiser un mois en arrière, le prix pour laisser une ou deux âmes intactes était absolument négligeable.

Et cela, si c’était vrai, était particulièrement troublant. Ça ne pouvait pas être une magie humaine. Une centaine de mages en possession d’un puits à mana et beaucoup de temps pourraient préparer un sort affecter une zone de la taille d’un petit pays, tout au plus. La boucle temporelle enveloppait au moins le continent entier, car s’il y en avait, les frontières de la boucle n’avaient pas encore étaient remarquées après quelques jours, et que les informations circulaient vite de nos jours. Et Zorian avait franchement l’impression que le sort agissait sur la planète entière. C’était quelque chose semblant sortir de l’ère des dieux… Mais si des êtres supérieurs étaient impliqués, pourquoi la boucle temporelle était-elle autorisée à changer le court du temps de manière si significative ?

Il fut interrompu dans ses pensées par le bruit d’une chaise tirée. Quelqu’un avait décidé de le rejoindre.

« Oh, » dit-il. « C’est toi. »

« C’est comme ça que tu salues une amie, Cafard ? » se plaignit Taiven.

Zorian roula des yeux.

« Salut, Taiven, » dit-il platement. « Surprenant de te voir ici. Cet endroit est plutôt loin des lieux que tu fréquentes habituellement. C’est presque comme si tu avais décidé de me traquer jusqu’ici… »

« C’est parce que je t’ai traqué ! » dit-elle. « Qu’est-ce que tu fiches en banlieue, en fait ? »

« J’ai fait une visite dans un temple pas loin d’ici, » répondit Zorian. « Très belle architecture. »

« Toi ? Visiter un temple ? » pouffa Taiven. Zorian ne répondit rien. « Ok, soit. Je ne veux pas être indiscrète. Au cas où tu te le demandes, je suis venue te voir car j’ai fait des recherches pour voir si je pouvais trouver un empathe humain qui pouvait t’aider à contrôler tes pouvoirs. »

« Vraiment ? » demanda Zorian, soudainement bien plus intéressé par la conversation.

Taiven sourit étrangement. « J’ai en quelque sorte trouvé quelqu’un prêt à t’aider, mais je ne suis pas certaine que tu sois intéressé par l’offre. La femme en question est une guérisseuse dans l’un des plus grands hôpitaux de Cyoria, et elle ne veut bien t’aider que si tu es d’accord pour signer un contrat d’apprenti avec elle, pour devenir un guérisseur à part entière.

Zorian tiqua de déception. Il avait bien l’intention d’apprendre un jour les bases des arts magiques de guérison, mais il en était encore loin. Apprendre la médecine n’était pas quelque chose qu’il pouvait faire lors de son temps libre, et lui demanderait d’y dédier plusieurs recommencements à plein temps pour maîtriser ce domaine. Et il avait bien trop de choses en court pour commencer un projet pareil.

« Non, ça ne va vraiment pas être possible pour moi, » soupira Zorian. « Je n’ai rien contre les guérisseurs, mais ce n’est vraiment pas mon choix de carrière. »

« Ouais, je m’en doutais, » dit Taiven. « Et ça serait dommage de laisser de côté tous tes efforts sur les formules de sort. Faut croire que les araignées sont toujours ta meilleure chance, hein ? »

« Ouais, » approuva Zorian. « Même si pour dire la vérité, elles prennent leur temps pour m’enseigner ce dont j’ai besoin. Peut-être que si elles pensaient que j’ai une meilleure alternative, elles se dépêcheraient un peu ? Quel était le nom de cette guérisseuse ? »

Taiven plissa des yeux. « Tu es redescendu là-dessous ? »

Oh oh.

« Peut-être… »

Elle tendit le bras de l’autre côté de la table, agrippant son épaule. C’était douloureux.

« Zorian, imbécile, » se plaignit-elle. « Je t’ai déjà dit de ne jamais faire ce genre de chose tout seul ! Même si tu as confiance en ces monstrueuses araignées géantes, et je ne pense vraiment pas que tu devrais, il y a d’autres créatures dangereuses dans le Donjon ! Même si tu es très compétent, c’est toujours raisonnable d’avoir une autre personne avec toi. À moins que tu ne pensais que je n’arriverais pas à te suivre ? »

« Ce n’est pas ça du tout, » dit Zorian. « C’est juste que je ne voulais pas te soûler avec ça et… »

« Je t’ai déjà dit que ça ne me dérangeait pas de t’aider, » l’interrompit Taiven. « Tu ne peux pas utiliser ça comme excuse. »

« … et les aranéas ont des préjudices contre les non-Ouverts, » termina Zorian.

« Les non-Ouverts? » demanda-t-elle, incrédule.

« Ouais. Les gens qui sont comme moi et elles. Je n’ai pas encore une compréhension détaillée de ce que ça implique, mais tu peux voir ça comme une affinité instinctive pour la magie de l’esprit. C’est apparemment de là d’où provient mon empathie. L’aranéa a prétendu qu’il s’agit d’une forme très faible de télépathie, et que je pourrais faire bien plus une fois qu’elles auront fait l’effort de m’enseigner. »

Taiven sembla chercher ses mots pendant un moment.

« Tu lis mes pensées ? » demanda-t-elle finalement. « Je ne t’ai pas donné la permission de faire ça ! »

« Je reçois seulement de vagues impressions de tes émotions, et pas de manière continue, » dit Zorian dans un très long soupir. « En plus, c’est pourquoi je veux rencontrer l’aranéa, pour apprendre à ne faire ça que quand je le souhaite. Comment croyais-tu que fonctionne l’empathie, en fait ? »

« J’en savais trop rien, » admis Taiven. « Mais on s’écarte du sujet. Pourquoi le fait que je ne sois pas ‘Ouverte’ importe à tes amies à 8 pattes ? »

« Comment veux-tu que je sache ? Les préjudices ont rarement du sens. »

« Eh bien, la prochaine fois que tu les vois, tu n’oublieras pas de leur demander ! » s’exclama-t-elle. « Parce que si tu peux pas me donner une bonne réponse la prochaine fois que je te le demande, je vais descendre moi-même pour le leur demander, avec ou sans ta permission ! C’est n’importe quoi ! »

À l’exception de sa visite au temple, aucun autre oracle n’avait été d’une quelconque utilité à Zorian. Un bon nombre d’entre eux n’avaient même pas voulu lui parler, et ceux avec qui il avait pu discuter n’avaient pas fait de lectures du futur à long terme et n’avaient rien remarqué d’étrange. Enfin, si, l’un d’entre eux avait bien affirmé l’avoir fait sans avoir vu quoique ce soit d’intéressant, mais il était de toute évidence un escroc qui avait longuement essayé de faire payer Zorian en échange d’une ‘lecture plus détaillée de son futur’.

Zorian se pencha alors sur la possibilité que l’un de ses camarades de classe soit le troisième voyageur temporel. Zorian ne pensait pas qu’elle soit très probable, mais mieux valait prévenir que guérir. En plus, c’était une bonne façon de trouver des pistes, et il avait de toute façon déjà voulu en apprendre plus sur ses camarades.

En comptant Zorian, il y avait exactement 20 personnes dans sa classe : 12 filles et 8 garçons. De ceux-là, il y en avait trois dont il était quasiment certain qu’ils n’étaient pas le troisième voyageur temporel : Akoja, Benisek et Kael. Il connaissait le comportement normal des deux premiers avant la boucle temporelle et avait suffisamment interagi avec eux depuis pour être sûr qu’ils n’avaient pas changé. Dans le cas de Kael, les événements de la boucle précédente l’avaient également convaincu de son innocence. Quand il coucha sur papier tout ce qu’il savait sur le reste de la classe, il trouva rapidement deux camarades assez suspects : Tinami Aope et Estin Grier.

La Noble Maison Aope avait une très mauvaise réputation. Elle existait depuis les Guerres des Sorcières, quand l’un des plus grands clans de sorcières avait décidé de déserter pour rejoindre le camp des Ikosiens si elles recevaient le statut d’une Maison en retour. Les Ikosiens, très pragmatiques, avaient accepté. Il y avait peu de doutes que les Ikosiens avaient pensé qu’ils pourraient soulager les renégats de leurs secrets magiques avant de les mettre sur le côté en attendant patiemment que leur titre puisse officiellement être révoqué, mais cela n’arriva jamais. Au contraire, les Aope avaient grimpé les rangs du système politique Ikosien, laissant derrière eux de nombreuses familles rivales détruites, avant de devenir l’une des Nobles Maisons les plus prestigieuses d’Altazia. Cet incroyable succès n’était pas le seul résultat de leurs compétences de politiciens. Les Aope étaient suspectés d’utiliser tout un tas de magies noires et interdites provenant de leurs origines de sorcières. Nécromancie. Invocations de démons. Magie de l’esprit.

Bien sûr, ce n’étaient que des rumeurs. Aucune personne ne chérissant sa vie n’irait suggérer que Tinami Aope, la fille aînée du chef actuel de la famille Aope, pratiquait des magies interdites. Et en fait, la fille, qui était incroyablement timide et introvertie, ne semblait pas capable de faire du mal à une mouche.

Mais cela ne prouvait rien. Il fallait toujours se méfier des plus discrets. S’il y avait bien une personne dans sa classe qui pouvait avoir accès à de la magie suffisamment puissante pour piéger Zach et détourner la boucle pour accomplir ses propres buts, c’était bien Tinami. Encore mieux, sa personnalité effacée assurait que très peu de personnes la connaîtrait suffisamment pour réaliser qu’elle agissait étrangement, tant qu’elle ne faisait rien de particulièrement insensé.

Estin Grier, le second suspect, était principalement louche à cause de ses origines. Lui et sa famille avait immigré en Altazia depuis Ulquaan Ibasa, la tristement célèbre Île des Exilés. Cette île était principalement habitée par des mages exilés à la suite de la Guerre du Nécromancien, ce qui faisait d’Estin la seconde personne qui pouvait probablement avoir accès à des sorts interdits sans trop de difficulté.

Et puis, Zorian était sûr que les mages menant l’armée des envahisseurs venaient principalement d’Ulquaan Ibasa. L’île était l’un des rares endroits sur la planète où l’on pouvait trouver suffisamment de nécromanciens et de trolls de guerre pour expliquer leurs nombres lors de l’invasion. Il s’agissait également de la dernière position connue de Quatach-Ichl, le général liche qui avait combattu la Vieille Alliance dans la Guerre du Nécromant et dont la description physique ressemblait presque exactement la liche qui avait battu Zach à pleine couture lors de la bataille fatidique au bout de laquelle Zorian avait été entraîné dans la boucle temporelle.

Bien sûr, il ne s’agissait que des deux suspects les plus évidents, et le troisième voyageur temporel, s’il faisait vraiment partie de ses camarades de classe, il était sans doute bien plus habilement caché. Zorian réalisa qu’il ne connaissait pas suffisamment ses camarades pour les juger proprement, et décida donc de demander de l’aide à la seule personne qui pourrait sans aucun doute l’informer sur tout le monde.

« Salut Benisek, » dit Zorian, s’asseyant à côté du garçon potelé. « Je peux te demander une faveur ? »

« Bien sûr, » répondit Benisek. « Qu’est-ce que tu veux ? »

« J’ai besoin d’informations basiques sur toute la classe. Quelles sont les dernières rumeurs sur chacun, ce genre de choses. »

[Eh bien, c’est un développement intéressant,] remarqua la matriarche. [Je m’attendais à bien moins qu’une confirmation de la date limite et un autre indice sur la véritable nature de la boucle temporelle. Je dois admettre que je ne m’attendais pas vraiment à ce que tu trouves quoique ce soit d’utile auprès des devins humains, mais voilà. J’imagine que tu n’as encore rien trouvé sur tes camarades?]

[Pas vraiment,] répondit Zorian. [Je viens seulement de commencer à enquêter. Pour être honnête, c’est une tâche vouée à s’étendre sur plusieurs recommencements, donc vous ne devriez pas vous attendre à des résultats trop rapidement.]

[Oui, bien sûr. Eh bien, je n’ai rien d’autre à ajouter, donc si tu n’as pas d’autres questions, on se revoit la semaine prochaine pour faire le point sur nos progrès respectifs?]

[En fait, j’ai bien deux questions,] dit Zorian.

[Je t’écoute.]

[Première question : pouvez-vous m’expliquer ce que vous entendez par ‘faible d’esprit’, et pourquoi vous les méprisez autant?] demanda Zorian. [Vous continuez d’utiliser ce terme et ça semble incroyablement insultant et intolérant.]

La matriarche agita ses jambes, émettant une émotion complexe que Zorian n’arrivait pas à décoder avec ses capacités empathiques limitées. Cela arrivait souvent, en fait, puisque les aranéas étaient si différentes des humains, que ce soit au niveau du corps ou de l’esprit.

[Je suis désolée si nous sommes offensantes,] dit-elle finalement. [Cela faisait un moment que nous n’avions pas de vrai contact prolongé avec un humain, et il y a forcément des incompréhensions et des points de discorde.]

[Je me permets de remarquer que vous n’avez pas répondu à la question,] dit Zorian.

[Comme tu le soupçonnes, un faible d’esprit est une créature qui n’est pas Ouverte comme toi et moi. Je suis sûre qu’ils peuvent être des personnes formidables, mais moi et mes congénères aranéas trouvons difficile de les prendre au sérieux. C’est comme rencontrer une société de personnes qui sont nées aveugles… ils arrivent à se débrouiller sans la vue, mais tu les considérerais quand même fondamentalement handicapés.]

[Vous n’avez jamais détaillé ce qu’implique le fait d’être Ouvert, vous savez?] fit remarquer Zorian.

[Tout, absolument tout, du plus petit grain de sable jusqu’aux dieux eux-mêmes est connecté ensemble par la grande toile invisible qui couvre toute la création,] dit la matriarche. [Les personnes Ouvertes sont ouvertes à ces connexions, et contactent les esprits des autres, ou même de l’univers lui-même, pour réaliser ce que vous autres humains appelez magie.]

[Cette explication semble presque… religieuse,] dit Zorian.

[La grande toile invisible est une caractéristique proéminente de notre spiritualité,] admit la matriarche. [Quelle était ta seconde question?]

[Ah, oui. J’ai trouvé une empathe humaine qui serait prête à m’enseigner ce qu’elle sait. Je voulais connaître votre opinion –]

[Non!] l’interrompit la matriarche. [C’est une horrible idée ! Vos empathes humains sont d’horribles enseignants ! Leur ‘entraînement’ ne consiste en rien d’autre que de montrer aux gens comment couper leur lien à la Grande Toile et le garder fermer la plupart du temps ! Ils conditionnent leurs étudiants pour qu’ils croient que ressentir les émotions est le seul aspect de leurs pouvoirs, et que le reste des arts de l’esprit sont immoraux ! Ils transforment un incroyable don en une vaste blague!]

Zorian cligna des yeux, choqué. Il s’était attendu à provoquer une réaction en soulevant le sujet, mais il n’avait pas prévu que la matriarche allait réagir si fortement ! De la colère et de l’indignation coulaient à flots depuis la matriarche, montrant que cette question lui tenait très, très à cœur. Pour la première fois depuis sa rencontre initiale avec elle, Zorian se rappela qu’elle était en fait une créature terrifiante.

[C’est une accusation bien plus forte que celle à laquelle je m’attendais,] admit Zorian, s’efforçant de rester calme. [Ça vous dérangerait alors de me donner une alternative alors ? J’aimerais vraiment apprendre à maîtriser ce don.]

[N’ai-je pas promis de t’aider à ce sujet?] demanda la matriarche.

[Mais après vous avez complètement ignoré la question,] répondit Zorian.

[Je pensais qu’il te fallait du temps pour accepter ton don. Tu n’étais pas spécialement ravi quand je t’ai informé pour la première fois de tes capacités. Peut-être que si tu n’avais pas attendu six mois pour me contacter à nouveau, nous aurions été sur la même longueur d’onde?]

Ouch.

[Mais peu importe,] dit la matriarche. [Cette dispute est inutile. Si tu veux apprendre à maîtriser ton don efficacement, je serais ravie de t’aider. Reviens me voir demain à la même heure, nous commencerons les leçons.]

Elle se retourna pour partir avant de s’arrêter et de lui envoyer une dernière pensée.

[Et une fois que tu auras ressenti la Grande Toile dans toute sa splendeur, tu pourras aller voir cette empathe humaine et voir par toi-même qui a raison.]


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