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Mother of Learning, chapitre 2


Traducteur : Mithestral


Chapitre 2 : Les petits problèmes de la vie

Même si les dirigeants de l’académie adoraient dire qu’il s’agissait d’une institution élite, notamment grâce à la qualité exceptionnelle de son corps enseignant, la vérité était que la raison principale de la suprématie de l’Académie des Arts Magiques de Cyoria était la bibliothèque. Grâce aux contributions des alumni, des généreuses allocations de budget par un certain nombre d’anciens directeurs, les bizarreries des lois pénales locales et un accident historique brutal, l’académie avait bâti une bibliothèque sans égale dans le monde. Il était possible d’y trouver tout ce que l’on voulait, que le sujet soit magique ou non. Il y avait toute une section réservée aux romans d’amour torride, par exemple. La librairie était si immense qu’elle avait dû s’agrandir dans des tunnels souterrains. La majorité des niveaux souterrains n’étaient accessibles qu’aux mages de la guilde, donc ce n’était que depuis sa certification que Zorian était autorisé à s’y rendre. Heureusement, la librairie était ouverte durant le week-end, donc la première chose qu’il fit en se réveillant était de descendre dans ces profondeurs pour voir ce qu’il avait manqué ces deux dernières années. Qui sait, peut être pourrait-il remplir son livre de sorts.

Il fut très agréablement surpris par le nombre incroyable de sorts et de livres d’entraînement mis à disposition d’un mage du premier cercle. Il y avait bien plus de livres et de sorts qu’il ne pourrait en maîtriser pendant tout une vie. La plupart des sorts étaient très situationnels ou des variations mineures l’un de l’autre, donc il ne ressentait pas le besoin obsessif de tous les apprendre. Cependant, il pouvait déjà s’imaginer passer son année dans cet endroit. Un bon nombre de ces sorts lui semblaient surprenamment faciles et inoffensifs, donc il ne put s’empêcher de se demander pourquoi ils étaient gardés dans les niveaux à accès restreint plutôt que d’être accessibles à tout le monde. Il aurait pu en utiliser certains durant sa seconde année.

Il était en train de chercher le sort de protection anti-pluie que l’académie avait incorporé dans son système de barrières de protection quand il réalisa qu’il avait zappé le petit-déjeuner et qu’il était affamé, puisque c’était déjà l’après-midi. A contrecœur, il rassembla quelques livres à emporter dans sa chambre et quitta la bibliothèque pour chercher quelque chose à manger.

Il n’y avait malheureusement pas de cuisine dans sa chambre, mais l’académie avait mis à disposition des étudiants une cafétéria plus que correcte. La nourriture proposée était très abordable et plutôt bonne. Cela restait malgré tout l’option des moins fortunés, puisque les élèves les plus riches mangeaient plutôt dans l’un des nombreux restaurants entourant l’académie. C’est pourquoi Zorian fut un peu choqué en entrant dans la cafétéria; il remarqua que les changements réalisés depuis l’an dernier n’étaient pas limités à l’aspect extérieur. La cafétéria était resplendissante, et les tables et chaises semblaient neuves. C’était vraiment étrange de voir cet endroit si… propre.

Il secoua la tête, posa un certain nombre de plats sur son plateau en remarquant que les cuisiniers semblaient soudainement bien moins radins sur les portions de viande, ou les autres aliments chers des différents menus. Il parcourut la salle du regard en cherchant des visages familiers. Il se déroulait clairement quelque chose ici, et il détestait ne pas savoir ce qui se passait.

« Zorian ! Ici ! »

Quelle chance. Zorian se dirigea immédiatement vers le jeune homme joufflu qui lui faisait signe. Zorian savait que personnage potelé, qui était l’un de ses camarades, était également très à jour sur le réseau de commérage de l’académie. Il savait presque tout ce qu’il se passait, et connaissait presque tout le monde. S’il y avait quelqu’un qui savait ce qu’il se passait, c’était bien Benisek.

« Salut Ben, » dit Zorian. « Je suis surpris de te voir à Cyoria si tôt. Tu prends en général le dernier train, non ? »

« C’est moi qui devrais te dire ça ! » répondit Benisek en criant à moitié. Zorian n’avait jamais compris pourquoi Ben devait crier ainsi constamment. « Je suis venu un peu plus tôt, mais tu es déjà là ! »

« Tu es juste venu deux jours avant le début des cours, Ben, » dit Zorian, résistant à l’envie de lever les yeux au ciel. Il n’y avait que Benisek qui pouvait penser que venir à l’académie en avance était un exploit digne d’être mentionné. « ce n’est pas tout d’être là un peu plus tôt. Et je ne suis arrivé que hier. »

« Tout comme moi, » dit Benisek. « Bordel, si tu m’avais contacté, on aurait pu s’arranger pour voyager ensemble ou quelque chose. Tu dois t’ennuyer à mort ici, tout seul pendant toute la journée. »

« Quelque chose comme ça, oui, » mentit Zorian en souriant poliment.

« Donc, t’es excité ? » demanda Benisek, changeant soudainement de sujet.

« À quel sujet ? » demanda Zorian. C’est marrant, Kirielle lui avait posé la même question.

« Le début d’une nouvelle année ! On est en troisième année, et c’est maintenant que le fun commence. »

Zorian cligna des yeux. D’après ce qu’il savait, Benisek faisait partie de ceux qui ne se sentaient pas très concernés par leur succès dans les arts arcaniques. Il avait déjà un travail garanti dans l’entreprise familiale, et n’était venu ici que pour obtenir le prestige d’être un mage licencié. Zorian s’était attendu à ce qu’il quitte l’académie après avoir obtenu sa certification, mais il était là, aussi excité que Zorian de commencer à étudier les véritables mystères de la magie. Il se sentait mal maintenant de l’avoir écarté si rapidement. Il n’aurait pas du être aussi présomptueux…

« Oh, ça. Bien sûr que je suis excité ! Mais je dois avouer que je ne savais pas que tu te passionnais autant pour ton éducation. »

« Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda Benisek, le regardant suspicieusement. « Les filles, mec, je parle des filles ! Les plus jeunes adorent les étudiants dans les niveaux supérieurs comme nous ! Les premières années se jetteront toutes sur nous. »

Zorian soupira. Il aurait du s’en douter.

« Peu importe, » dit Zorian, se reprenant rapidement. « Puisque je sais que tu es toujours en train de commérer -« 

« Je m’informe simplement de la situation actuelle des choses, » l’interrompit Benisek en prenant un ton moralisateur.

« C’est ça. Pourquoi l’académie est si propre et resplendissante tout d’un coup ? »

Benisek cligna des yeux. « Tu sais pas ? Oh mec, les gens en parlent depuis des mois ? Sous quelle roche vis-tu, Zorian ? »

« Cirin est un village glorifié au milieu de nulle part… comme tu le sais bien, » dit Zorian. « Allez, accouche. »

« C’est le festival de l’été, » dit Benisek. « Toute la ville se prépare au festival, pas juste l’académie. »

« Mais il y a un festival d’été chaque année, » répondit Zorian, confus.

« Ouais, mais cette année c’est spécial. »

« Spécial ? Spécial comment ? » demanda Zorian.

« Je sais pas, un genre de raison astrologique débile, » se plaint Benisek en agitant la main pour montrer que ça ne l’intéressait pas. « La raison, on s’en fiche. C’est une excuse pour faire une plus grosse fête qu’habituellement. Moi je dis, il faut savoir se montrer reconnaissant du moindre cadeau. »

« Astro- » commença Zorian qui fronça rapidement les sourcils. « Attends, tu veux dire l’alignement des planètes ? »

« Ouais c’est ça, » admit Benisek. « C’est quoi ça, au fait ? »

« Tu as quelques heures devant toi ? »

« En y réfléchissant bien, je ne suis pas si intéressé de savoir, » répondit hâtivement Benisek, en rigolant nerveusement.

Zorian soupira. Benisek était si facile à effrayer. En vérité, Zorian ne savait que peu de choses sur l’alignement des planètes, et ne pourrait probablement pas en parler plus de 30 secondes. Il s’agissait d’un sujet assez obscur. Zorian suspecta que Benisek avait vu juste, qu’il ne s’agissait que d’une excuse pour faire une plus grosse fête.

« Donc dis-moi, qu’a tu fais cet été ? » demanda Benisek.

Zorian râla. « Ben, on dirait que tu es mon maître en primaire. ‘Maintenant les enfants, comme devoir vous allez écrire un petit paragraphe pour expliquer ce que vous avez fait pendant les vacances d’été.' »

« Je faisais juste la discussion, » dit Benisek. « Pas la peine de t’énerver parce que tu as gâché ton été à ne rien faire. »

« Oh, et toi tu as été très productif ? » demanda sarcastiquement Zorian.

« Et bien, pas volontairement, » admit Benisek. « Père a décidé qu’il était temps que j’apprenne le métier familial, donc j’ai passé tout l’été à l’aider en tant qu’assistant. »

« Oh. »

« Ouais, » soupira Benisek. « Il m’a aussi fait prendre l’option gestion immobilière. Il paraît que c’est un cours très difficile. »

« Hmm. Je peux pas dire que mon été ait été particulièrement stressant. J’ai passé la plupart de mon temps à lire et à éviter ma famille, » admit Zorian. « Mère a essayé de me confier ma petite sœur cette année, mais j’ai réussi à éviter ce cauchemar. »

« Comme je te comprends, » compatit Benisek en tremblant. « J’ai deux petites sœurs, et je crois que je mourrais si l’une d’elle venait vivre avec moi ici. Elles sont toutes les deux de vraies pestes ! Bref, qu’est-ce que t’as pris en option toi ? »

« Ingénierie, Alchimie minérale et Mathématiques avancées. »

« Hein ? » s’exclama Benisek. « Mec, tu prends vraiment tout ça au sérieux, pas vrai ? J’imagine que tu essayes de décrocher une place dans l’une des forges à sorts, c’est ça ? »

« Ouaip, » dit Zorian.

« Mais pourquoi ? » demanda Benisek, incrédule. « Concevoir des objets magiques… c’est un boulot dur et exigent. Je pense que tes parents auraient pu te trouver une place dans leur entreprise, non ? »

Zorian eu un sourire tendu. Il n’avait aucun doute que ses parents avaient déjà prévu un job pour lui.

« Je crois que je préférerais vivre sous les ponts plutôt que de travailler avec eux, » répondit Zorian honnêtement.

Benisek haussa les sourcils avant de secouer la tête. « Je crois personnellement que tu es fou, mais bon… Tu as pris qui comme mentor ? »

« J’ai pas pu choisir, » regretta Zorian. « Il n’y en avait plus qu’un de disponible lorsque quelqu’un est passé chez moi. J’ai dû prendre Xvim. »

Benisek laissa tomber sa cuillère en l’entendant et le regarda d’un air ahuri. « Xvim ? Mais ce mec est un véritable cauchemar ! »

« Je sais, » soupira Zorian.

« Mon dieu. Je crois que j’aurais changé d’académie si j’avais été assigné à cet enfoiré, » dit Benisek. « Tu es bien plus courageux que moi, ça c’est sûr. »

« Et toi, tu as choisi qui ? » demanda Zorian, curieux.

« Carabiera Aope, » dit Benisek, qui retrouva son sourire.

« S’il te plaît, ne me dit pas que tu as choisi ton mentor en te basant juste sur son physique, » le supplia Zorian.

« Eh bien… pas juste sur son apparence, » se défendit Benisek. « On dit qu’elle est plutôt tolérante… »

« Tu ne veux pas faire de travail supplémentaire, » comprit Zorian.

« Tout ça n’est qu’une sorte de vacances pour moi, » admit Benisek. « Ça me permet de repousser de deux ans le début de mon travail, et de m’amuser en attendant ! Tu sais qu’on n’est jeune qu’une seule fois, pas vrai ? »

Zorian haussa les épaules. Il trouvait personnellement que d’apprendre sur le thème de la magie, et acquérir des connaissances en général, était déjà assez amusant en soi, mais il savait que peu de personnes partageaient son opinion.

« J’imagine… », répondit-il sans se mouiller. « Est-ce qu’il y a autre chose que tout le monde sait et que je devrais savoir aussi ? »

Il passa ainsi encore une heure à discuter avec Benisek de divers sujets. Il était assez intéressé de savoir lesquels de ses anciens camarades reviendraient cette année, et lesquels non. Zorian avait trouvé que l’examen de certification avait été plutôt facile, mais visiblement il s’était trompé puisque près d’un quart de ses anciens camarades ne reviendraient pas. Il remarqua que la plupart des étudiants qui avaient échoué étaient enfants de civils, mais ce n’était pas spécialement choquant. Les enfants de mages avaient leurs parents qui pouvaient les aider à apprendre la magie, puisqu’ils avaient une réputation à maintenir. Il était particulièrement heureux en entendant qu’un petit con en particulier ne reviendrait pas cette année. Apparemment, Veyers Boranova avait perdu son calme lors de son audition disciplinaire et avait été expulsé de l’académie. Il ne manquerait à personne. Honnêtement, ce mec était dangereux, et c’était une honte qu’il n’eut pas été expulsé plus tôt. Heureusement, il semblait que certaines de ses actions ne pouvaient pas simplement être effacées, même s’il était l’héritier de la Noble Maison Boranova.

Il quitta la cafétéria quand Benisek commença à discuter des points forts et des points faibles des différentes filles de la classe, car il ne voulait pas être mêlé à un tel débat. Il retourna dans sa chambre pour faire un peu de lecture, mais il n’avait même pas encore ouvert le premier livre que quelqu’un frappa à la porte. Il y avait peu de personnes prêtes à faire le déplacement jusqu’à sa chambre, donc il avait une plutôt bonne idée de qui il s’agissait, avant même d’avoir ouvert la porte.

« Salut Cafard ! »

Zorian observa la souriante jeune fille qui se tenait devant lui. Il se demanda s’il devait s’offusquer de l’horrible pseudonyme qu’elle lui avait donné, avant de la faire rentrer hâtivement. À l’époque, quand il avait encore le béguin pour elle, ce pseudonyme le blessait quand même un peu. Maintenant, ça ne l’embêtait que modérément. Taiven rentra promptement dans la chambre et sauta sur son lit comme une petite fille. Vraiment, qu’avait-il vu en elle pour tomber amoureux ? Enfin, à part le fait qu’elle était une très belle fille, un peu plus âgée que lui, et qui aimait portait des uniformes moulants.

« Je pensais que tu avais eu ton diplôme, » dit-il.

« C’est le cas, » répondit-elle, prenant l’un des livres qu’il avait empruntés pour le feuilleter. Comme elle occupait déjà le lit, il prit place sur la chaise de bureau. « Mais tu sais comment ça marche, il y a toujours trop de jeunes mages, et jamais assez de maîtres pour les prendre sous leurs ailes. Je travaille comme assistant pour Nirthak. Hé, si tu as pris l’option combat non-magique, tu me verras tout le temps ! »

« Ouais, ou pas, » marmonna Zorian. « Nirthak m’a mis sur liste noire en avance, au cas où je me ferais des idées. »

« C’est vrai ?! »

« Ouais. Mais bon, c’est pas comme si je me serais inscrit à un cours pareil de toute façon, » dit Zorian. Enfin, la seule raison qu’il aurait pris cette option aurait été pour voir une Taiven transpirante dans l’uniforme serré qu’elle portait toujours lorsqu’elle faisait du sport.

« C’est dommage, » dit-elle, faisant semblant d’être passionnée par son livre. « Tu sais, tu devrais peut-être te muscler un peu un jour. Les filles adorent les mecs qui s’entraînent. »

« Je me fiche pas mal de ce que les filles adorent ou non, » répliqua sèchement Zorian. Elle commençait à ressembler à sa mère. « Pourquoi tu es là, au fait ? »

« Oh calme-toi, c’était juste une idée, » dit-elle en soupirant dramatiquement. « Les mecs et leur petit ego fragile… »

« Taiven, je t’aime bien, mais tu commences à m’agacer là, » prévint Zorian.

« Je suis venue te demander si tu voulais bien m’accompagner, avec d’autres personnes, pour un job demain, » dit-elle, posant enfin le livre et expliquant la raison de sa visite.

« Un job ? » demanda-t-il suspicieusement.

« Ouais. Enfin, plus une mission. Tu sais, ces jobs que les gens affichent sur le grand panneau dans le bâtiment administratif ? »

Zorian acquiesça. À chaque fois qu’un mage de la ville voulait faire quelque chose pour pas cher, il mettait une offre de job là-bas, à l’attention d’étudiants potentiellement intéressé. La prime était généralement ridicule, mais les étudiants devaient gagner des « points » en faisant ce genre de boulot pendant leur cursus, donc tout le monde devait faire quelques missions. La plupart des étudiants ne s’y mettaient pas avant la quatrième année, sauf s’ils avaient besoin d’argent, et Zorian comptait bien poursuivre la tradition.

« Il y en a une très intéressante, » dit Taiven. « C’est une simple recherche dans les tunnels sous la ville pour-« 

« Aller dans les égouts ?! » s’exclama Zorian, l’interrompant d’un ton incrédule. « Tu veux que je t’accompagne dans les égouts ? »

« Ça sera une chouette expérience ! » protesta Taiven.

« Non, » dit Zorian en croisant les bras. « Y’a pas moyen. »

« Oh, allez Cafard, je t’en supplie ! » pleurnicha Taiven. « On peut pas se proposer tant qu’on est pas quatre dans l’équipe ! Ça te tuerait de faire ce petit minuscule sacrifice pour ta vieille amie ? »

« Ça pourrait bien ! » affirma Zorian.

« Tu auras trois autres personnes pour te protéger ! » le rassura-t-elle. « On y a été des centaines de fois, et il n’y a jamais rien de dangereux qui s’y passe. Les rumeurs sont vraiment exagérées. »

Zorian soupira et tourna la tête. Même s’il avait des gens pour le protéger, cela restait un voyage dans des tunnels puants et infestés de maladies avec des personnes qu’il ne connaissait pas vraiment, et qui ne seraient probablement pas très heureux de devoir l’emmener juste pour compléter l’équipe.

En plus, il n’avait toujours pas pardonné Taiven pour le faux rancard auquel elle l’avait invité. Elle n’avait peut-être pas su à ce moment qu’il avait le béguin pour elle, mais elle s’était montrée tout de même très insensible ce soir-là.

« Ok, que dirais-tu de faire un pari alors ? » essaya-t-elle.

« Non. » Il refusa immédiatement.

Elle poussa un cri, comme s’il l’avait insultée. « Tu ne m’as même pas laissé le temps d’expliquer ! »

« Tu veux te battre, » dit Zorian. « Tu veux toujours te battre. »

« Et alors ? » Elle fit la moue. « Tu te dégonfles ? Tu admets que tu perdrais contre une fille ? »

« Absolument, » répondit Zorian d’un air impassible. Les deux parents de Taiven étaient des experts en arts martiaux, et lui avaient appris comment se battre depuis qu’elle pouvait marcher. Zorian ne tiendrait pas cinq secondes en face-à-face avec elle.

En fait, il ne connaissait personne de toute l’académie qui ferait bien mieux que lui.

Taiven leva les mains au ciel d’un air frustré et s’allongea brusquement sur son lit. Pendant un moment, Zorian pensa qu’elle admettait peut-être sa défaite. Et puis, elle se rassit soudainement avant de se mettre dans la position du lotus. Le sourire sur son visage donnait un mauvais pressentiment à Zorian.

« Alors, » commença-t-elle d’un ton enjoué. « Comment vas-tu ? »

Zorian soupira. Ce n’était vraiment pas la façon dont il s’imaginait passer son week-end.

Deux jours plus tard, lundi matin, Zorian s’était bien installé dans sa nouvelle chambre. Se lever tôt s’était révélé être une torture pour lui, après s’être habitué à dormir longtemps, mais il réussit quand même à sortir du lit rapidement. Il avait de nombreux défauts, mais le manque d’autodiscipline n’était pas l’un d’eux.

Il avait réussi à se dérober à Taiven après trois heures d’échange verbal, mais ne fut plus dans une bonne disposition mentale pour quoique ce soit d’autre, et avait donc repoussé ses lectures à un autre jour après qu’elle fut partie. Au final, il n’avait pas fait grand-chose de son week-end, et était plutôt impatient de débuter les cours.

Le premier cours de la journée était sur les Invocations Essentielles, et Zorian n’était pas très sûr de ce qu’il était censé y apprendre. La plupart des autres cours sur son emploi du temps donnaient une idée précise du sujet grâce au nom marqué, mais « invocation » était un terme très vague. Les invocations étaient ce à quoi la plupart des personnes pensaient lorsque quelqu’un parlait de « magie » : quelques incantations, des gestuelles étranges et pouf ! Un effet magique. C’était en fait plus compliqué que ça, bien plus compliqué que ça, mais c’était la partie visible de la magie, donc c’était ce sur quoi les gens se concentraient. Visiblement, l’académie trouvait qu’il s’agissait d’un cours important, puisqu’il avait une séance tous les jours de la semaine.

Alors qu’il s’approcha de la salle de cours, il repéra une silhouette familière se tenir devant la porte, un calepin dans les mains. Akoja Stroze était la déléguée de leur classe depuis la première année, et elle prenait son rôle très sérieusement. Elle lui lança un regard accusateur lorsqu’elle le remarqua, et Zorian se demanda ce qu’il avait bien pu faire pour l’avoir déjà énervée.

« Tu es en retard, » annonça-t-elle lorsqu’il fut assez proche.

Zorian haussa les sourcils. « Le cours ne commence que dans 10 minutes. Comment est-ce que je peux être considéré en retard ? »

« Les étudiants sont censés être dans la salle de cours et prêts à commencer 15 minutes avant le début marqué dans l’emploi du temps, » déclara-t-elle.

Zorian leva les yeux au ciel. C’était tout simplement ridicule, même pour Akoja. « Est-ce que je suis la dernière personne à arriver ? »

« Non, » concéda-t-elle après un court silence.

Zorian passa devant elle et entra dans la salle.

On remarquait toujours lorsque l’on rejoignait un rassemblement de mages. Leurs apparences et leur sens du style les faisaient toujours ressortir du lot, surtout à Cyoria où les mages du monde entier envoyaient leurs enfants. La plupart de ses camarades provenaient de familles reconnues de mages, ou même carrément de Maisons. Plusieurs élèves héritaient de particularités remarquables à cause de leur lignée, qu’elles proviennent de leur sang ou de rituels secrets d’amélioration auxquels ils avaient été soumis. Ces particularités se caractérisaient par des cheveux verts, ou d’étranges marques ressemblant à des tatouages sur le front et les joues. Certaines familles ne donnaient naissance qu’à des jumeaux âme-sœurs, et il ne s’agissait que d’exemples présents dans la classe de Zorian.

Il secoua la tête pour se reconcentrer et se dirigea vers l’avant de la classe, offrant quelques salutations polies aux élèves qu’il connaissait un peu mieux que le reste. Personne ne l’approchait spontanément. Il n’avait de problèmes avec personne, mais n’était proche de personne dans la classe.

Il allait juste s’installer quand un sifflement affolé l’interrompit. Il regarda à sa gauche, observant son camarade de classe murmurer doucement à l’oreille du lézard rouge orangé sur ses genoux. L’animal le regardait intensément avec ses brillants yeux oranges, agitant nerveusement sa langue, mais ne siffla plus lorsque Zorian s’assit lentement sur sa chaise.

« Désolé, » dit le garçon. « Il n’est pas à l’aise, entouré par des étrangers. »

« Ne t’en fais pas, » dit Zorian, faisant un geste signifiant qu’il était inutile de s’excuser. Il ne connaissait pas Briam plus que ça, mais il savait que sa famille élevait des drakes de feu, donc ce n’était pas une surprise de voir qu’il en avait un. « Je vois que ta famille t’as confié un drake de feu. Tu l’as pris comme familier ? »

Briam acquiesça joyeusement, grattant la tête du lézard qui ferma les yeux de contentement. « Je me suis lié à lui cet été, » dit-il. « Le Lien Familier est un peu étrange au début, mais je commence à m’y faire. Au moins j’ai réussi à le convaincre de ne pas cracher de feu sur les gens sans ma permission, sinon j’aurais dû lui mettre un collier anti-feu, et il déteste ce truc.

« L’école ne va t’embêter si tu l’amènes en classe ? » demanda Zorian, curieux.

« Non, pas vraiment, » répondit Briam. « Tu peux amener un familier dans les salles de cours tant que tu le signales au préalable à l’académie et qu’ils se comportent correctement. Et bien sûr, s’ils ont une taille raisonnable. »

« Si je comprends bien, les drakes de feu peuvent devenir assez gros, » remarqua Zorian.

« C’est le cas, » acquiesça Briam. « C’est pourquoi je n’avais pas le droit d’en avoir un avant cette année. Dans quelques années il sera trop gros pour m’accompagner en cours, mais d’ici-là j’aurais déjà fini mon cursus et je serai de retour au ranch. »

Heureux que la créature n’essayerait pas de le mordre pendant les cours, Zorian porta son attention ailleurs. Il passa la majorité de son temps à observer discrètement les filles. C’était partiellement la faute de Benisek, puisqu’il ne lorgnait habituellement pas ses camarades de la sorte, peu importe à quel point certaines d’entre elles étaient attirantes…

« Elle est canon, n’est-ce pas ? »

Zorian sursauta de surprise lorsqu’une voix derrière lui interrompit ses pensées. Il avait honte de s’être fait attrapé en train de rêvasser.

« Je ne sais pas de quoi tu parles, » dit-il rapidement, se retournant aussi calmement que possible pour faire face à Zach. Le visage souriant de son camarade lui signifiait qu’il était inutile de jouer l’innocent.

« Ne sois pas si nerveux, » lui dit Zach d’un ton enjoué. « Je ne crois pas qu’il y ait un seul gars dans la classe qui ne rêve pas au moins de temps en temps à notre déesse aux cheveux roux. »

Zorian s’éclaira la gorge. En fait, il ne regardait pas Raynie du tout, mais plutôt la fille à laquelle elle était en train de parler. Mais il ne comptait pas du tout corriger Zach à ce sujet. Ou à n’importe quel sujet, d’ailleurs. Zorian avait une opinion partagée sur Zach. D’un côté, le garçon aux cheveux noirs était charmant, très attirant, populaire et avait confiance en lui, ce qui lui rappelait ses frères. Mais en même temps il n’était jamais méchant avec lui et ne l’ignorait pas. Zach discutait souvent avec lui, alors que le reste de la classe ne l’approchait que rarement. C’est pourquoi Zorian n’était jamais certain de comment se comporter lorsqu’il discutait avec lui.

En plus, Zorian n’avait jamais parlé de ses goûts en matière de filles avec d’autres garçons. L’académie était comme un moulin qui brassait les rumeurs de qui était amoureux de qui, et Zorian savait très bien à quel point les rumeurs les plus anodines pouvaient impacter sa vie dans les années à venir.

« D’après ton air mélancolique, je suppute qu’elle est immunisée à ton charme, » dit Zorian, essayant d’écarter le sujet de sa personne.

« C’est une fille délicate à gérer, » admit Zach. « Mais j’ai tout le temps du monde. »

Zorian haussa les sourcils à cette remarque, pas certain de ce que Zach sous-entendait. Tout le temps du monde ?

Heureusement, il fut sauvé de la suite de la discussion lorsque la porte s’ouvrit bruyamment et le professeur entra dans la classe. Zorian fut surpris de voir Ilsa arriver avec l’énorme livre vert que tous les professeurs avaient, même s’il n’aurait probablement pas dû. Il savait pourtant qu’Ilsa était une enseignante à l’académie, donc il n’y avait rien d’étrange à ce qu’elle enseigne ce cours. Elle lui lança un sourire avant de poser le livre sur le bureau et de frapper dans ses mains pour obtenir le silence des élèves trop absorbés par leur conversation pour remarquer son arrivée.

« Calmez-vous, le cours a commencé, » dit Ilsa, acceptant la liste des étudiants présents que Akoja lui tendait. Elle restait à disposition d’Ilsa, se tenant à côté d’elle comme un soldat devant son officier supérieur.

« Soyez la bienvenue à votre premier cours de cette nouvelle année d’école. Je suis Ilsa Zileti et je serai votre professeure pour ce cours. Vous êtes en troisième année maintenant, ce qui veut dire que vous avez passé votre certification et que vous avez rejoint notre illustre communauté de mages. Vous avez su démontré que vous êtes intelligents, motivés, capables de façonner la mana, qui est l’essence même de la magie, comme vous le savez. Mais votre voyage ne fait que commencer. Comme vous avez tous remarqué, et certain s’en sont même plaints, on ne vous a enseigné qu’une poignée de sorts jusqu’à maintenant, et en plus quasiment inutiles. Vous allez être ravis de savoir que cette injustice s’arrête maintenant.

Une explosion de joie fit éruption dans la classe, et Ilsa les autorisa à manifester leur bonheur pendant quelques secondes avant de leur faire signe de se calmer à nouveau.

« Mais que sont exactement les sorts ? » demanda-t-elle. « Est-ce que quelqu’un peut me dire ? »

« Oh, génial, » marmonna Zorian. « Une session de rappel. »

Des paroles indistinctes et hésitantes se firent entendre jusqu’à ce qu’Ilsa pointe une fille en particulier qui répéta sa réponse « De la magie structurée. »

« C’est exact, les sorts sont de la magie structurée. Lancer un sort, c’est invoquer une construction de mana particulière. Une construction qui est par nature limitée dans ce qu’elle peut faire. C’est pourquoi les sorts structurés sont également appelés ‘sorts liés’. Les exercices de façonnages que vous avez réalisé durant ces deux dernières années, ceux-là même que vous pensiez parfaitement inutiles, sont de la magie non-structurée. En théorie, la magie non-structurée peut accomplir n’importe quoi. Les invocations ne sont qu’un outil pour vous simplifier la vie. Certains diraient qu’il s’agit d’une béquille. Lancer un sort lié, c’est sacrifier la flexibilité et forcer la mana dans une construction rigide qui ne peut être modifiée que très légèrement. Alors pourquoi est-ce que tout le monde préfère les invocations ? »

Elle attendit quelques instants avant de continuer. « Dans un monde parfait, vous apprendriez à utiliser la magie de façon non-structurée, la façonnant à votre guise. Mais nous ne vivons pas dans un monde parfait. La magie non-structurée est difficile à apprendre, et demande beaucoup de temps, alors que le temps est une ressource précieuse. En plus, les invocations suffisent à accomplir la plupart des choses. Elles peuvent faire des choses incroyables. Il y a plein de choses que vous pourrez faire avec des invocations qui n’ont jamais été reproduites en utilisant de la magie non-structurée. »

Elle sortit un stylo de sa poche et le plaça sur la table avant d’incanter ce que Zorian reconnut comme étant un simple sort ‘torche’. Le stylo s’illumina d’une lumière légère qui éclaira la pièce. Au moins, il savait maintenant pourquoi les volets de la classe étaient fermés, car il était difficile de montrer un sort de lumière en plein jour. Le sort n’était absolument pas quelque chose de nouveau pour Zorian, puisqu’on le leur avait appris l’an dernier.

« L’invocation ‘torche’ est l’un des sorts les plus simples, et vous devriez déjà le connaître. Il est comparable à l’exercice de façonnage et d’émission de lumière que vous devriez également déjà connaître. »

Ilsa se lança ensuite dans une explication sur les avantages et inconvénients relatifs du sort « torche » par rapport à l’exercice de façonnage, et comment cette comparaison se ramenait à une confrontation magie structurée contre magie non-structurée en général. Il n’y avait rien que Zorian ne connût déjà grâce à ses lectures, et il s’occupa à dessiner plusieurs créatures magiques dans la marge de son cahier. Du coin de l’œil il pouvait voir Ajoka et un certain nombre d’autres personnes noter furieusement tout ce qu’elle expliquait, même s’il ne s’agissait que de rappels et que toutes les informations étaient probablement notées dans leurs cahiers de l’an dernier. Il ne savait pas s’il devait être impressionné par leur dévouement ou dégoûté par leur résolution. Il remarqua cependant que certains étudiants avaient décidé d’animer leurs stylos pour noter toute la leçon pendant qu’ils écoutaient. Zorian préférait noter lui-même ses notes, mais il comprenait qu’un tel sort puisse être utile, donc il se fit une note mentale de trouver le sort qu’ils utilisaient pour faire ça.

Ilsa commença ensuite à parler de dissipation de sorts, un autre sujet qu’ils avaient vu en long et en large l’an dernier, et surtout l’une des thématiques sur lesquelles ils étaient évalués lors de la certification. Pour être honnête, il s’agissait d’un cours complexe et vital. Il n’y avait pas de solution unique pour dissiper efficacement un sort structuré, et sans savoir comment dissiper sa propre magie, expérimenter des sorts structurés pouvait donner des résultats désastreux. Mais il se dit quand même que l’académie aurait pu se dire que les étudiants connaissaient le sujet, et simplement passer à la suite.

Au milieu de son cours, Ilsa décida de démontrer son explication par l’exemple et utilisa un genre de sort d’invocation pour faire apparaître plusieurs piles de bols en céramique sur la table. Elle fit appel à Akoja pour distribuer un bol à chaque élève, puis leur demanda d’utiliser le sort ‘lévitation d’objet’ afin que les bols flottent au-dessus de leurs tables. En comparant à l’effort qu’il avait dû fournir pour faire léviter le vélo de la petite fille, il s’agissait d’un exercice très facile.

« Je vois que vous avez tous réussi à faire léviter votre bol, » dit Ilsa. « Très bien. Maintenant j’aimerais que vous lanciez le sort « dé-illumination » sur lui. »

Zorian haussa les sourcils. Qu’est-ce que c’était censé faire ?

« Allez-y, » répéta Ilsa. « Ne me dites pas que vous avez déjà oublié comment le lancer ? »

Zorian se hâta pour faire quelques gestuelles, psalmodia quelques paroles en se concentrant sur le bol. L’objet en question vibra pendant une seconde avant de tomber à pic sur son bureau, comme tout corps normalement affecté par la gravité. Une pléthore de bruits de céramique l’informa qu’il ne s’agissait pas d’un accident isolé. Il regarda Ilsa pour obtenir une explication.

« Comme vous pouvez le voir, le sort ‘lévitation d’objet’ peut être dissipé par le sort ‘dé-illumination’. Il s’agit d’un développement intéressant non ? Quel rapport y a-t-il entre un sort sensé dissiper les sources de lumières magique et un objet en lévitation ? La vérité, mes chers étudiants, est que le ‘dé-illumination’ est simplement une forme spécialisée d’un sort de disruption à portée plus générale, qui détruit la structure d’un sort afin de le dissiper. Même s’il n’a pas été conçu avec le sort ‘lévitation d’objet’ en tête, il est quand même capable de le perturber si vous lui accorder assez de puissance. »

« Pourquoi vous ne nous avez pas demandé de le dissiper normalement, alors ? » demanda l’une des filles.

« Il s’agit d’un sujet pour une prochaine leçon, » annonça Ilsa. « Pour le moment, j’aimerais que vous remarquiez ce qu(il s’est passé lorsque vous avez lancé le sort de dissipation sur le bol. Il est tombé comme une pierre, et s’il n’avait pas été renforcé magiquement, il se serait probablement brisé sur votre table. C’est le principal problème avec les sorts de disruption. Les sorts de disruptions sont les formes les plus simples de dissipation, et virtuellement tous les sorts peuvent être disruptés si l’on fournit assez de puissance au disrupteur. Mais parfois, disrupter le sort peut avoir des conséquences pires que de le laisser dans l’état. C’est spécialement vrai pour les sorts de haut niveau, qui réagissent presque toujours de manière explosive à la disruption à cause des énormes quantités de mana impliquées. Sans parler du fait que ‘fournir assez de puissance’ peut représenter une quantité bien plus importante que ce qu’un mage peut produire. Placez votre bol sur votre tables, et mettez quelques pages déchirées de votre cahier à l’intérieur. »

Zorian fut un peu surpris par la requête soudaine d’Ilsa, mais suivit ses ordres. Il avait toujours trouvé cathartique le fait de déchirer des feuilles, et il en plaça plus que nécessaire dans le bol, avant d’attendre le reste des instructions.

« Je veux que vous lanciez le sort ‘enflammer’ sur le papier, suivi du ‘dé-illumination’ sur le sort pour le dissiper, » demanda Ilsa.

Zorian soupira. Cette fois-ci, il comprit immédiatement où elle voulait en venir, et savait que les flammes ne seraient pas dissipées par le ‘dé-illuminator’, mais il le fit quand même. Les flammes ne bougèrent même pas, et le feu mourut tout seul lorsqu’il n’y eut plus de papier.

« Je vois que vous arrivez tous à lancer parfaitement le sort ‘enflammer’, » remarqua Ilsa. « J’imagine que je ne devrais pas être surprise; après tout, chauffer des objets est quelque chose de très facile à faire avec la magie. Ça, et les explosions. Aucun d’entre vous n’a réussi à dissiper les flammes, par contre. Qu’est-ce que vous en pensez ? »

Zorian tiqua, écoutant plusieurs autres étudiants essayant de deviner la réponse. ‘Deviner’ était le mot juste, car il semblait qu’ils lançaient des réponses au hasard dans l’espoir que l’une d’elles soit correcte. Normalement il ne participait jamais volontairement en cours, car il détestait avoir l’attention sur lui, mais il fut rapidement fatigué par le jeu de devinettes, et Ilsa ne semblait pas vouloir donner la réponse sans que quelqu’un ne trouve par lui-même.

« Parce qu’il n’y a rien à dissiper, » dit-il. « C’est un feu normal, démarré par la magie, certes, mais pas alimenté magiquement. »

« Correct, » affirma Ilsa. « C’est une autre faiblesse des sorts de disruption. Ils cassent les constructions de mana, mais aucun effet non-magique du sort n’est affecté. En gardant cela à l’esprit, retournons à notre problème… »

Deux heures plus tard, Zorian quitta la salle de cours avec les autres élèves, légèrement déçu. Il n’avait appris que quelques détails durant le cours, et Ilsa avait affirmé qu’il leur faudrait un mois entier pour compléter leurs bases avant de se lancer dans des techniques plus avancées. Puis elle leur donna une dissertation sur le sujet de la dissipation des sorts. Il s’agirait sûrement au final d’un cours ennuyeux, car Zorian avait des bases plutôt solides. En plus, ils avaient Invocations Essentielles cinq fois par semaine, c’est-à-dire tous les jours. Oh joie.

Le reste de la journée se passa sans histoire, puisque les quatre autres cours n’avaient été que des introductions à ce qu’ils verraient au cours de l’année. Les cours d’Alchimie essentielle et Fonctionnement des objets magiques semblaient prometteurs, mais les deux autres n’étaient que des choses similaires à ce qu’ils avaient eu pendant deux ans. Zorian n’était pas certain de pourquoi l’académie pensait qu’ils avaient besoin d’apprendre davantage sur l’histoire de la magie et du droit magique lors de leur troisième année, à moins qu’ils ne cherchaient délibérément à ennuyer tous les élèves. Cela semblait spécialement possible car leur professeur d’histoire, un vieil homme du nom de Znomir Olgai, était si enthousiaste sur le sujet qu’il leur avait demandé de lire un livre d’histoire de 200 pages avant la fin de la semaine.

Ce n’était pas la meilleure des façons de commencer une semaine pour Zorian.

Le lendemain commença avec une séance de Magie de combat, qui était enseignée dans un hall d’entraînement plutôt qu’une salle de classe classique Leur professeur était un ancien mage de combat nommé Kyron. Dès qu’il le vit, Zorian réalisa immédiatement qu’il ne s’agirait pas d’un cours ‘normal’.

L’homme qui se tenait en face d’eux avait une taille moyenne, mais on aurait dit qu’il avait été taillé dans une roche. Il était chauve, avait l’air sévère et surtout était très, très musclé. Il avait un nez proéminent et se tenait devant eux torse nu, affichant fièrement sa musculature saillante. Il était armé d’un bâton de combat dans une main, et le livre vert des professeurs dans l’autre. Si quelqu’un l’avait décrit au préalable à Zorian, il aurait pensé qu’il semblait être marrant, mais l’homme en face de lui n’avait vraiment rien de marrant.

« La magie de combat n’est pas une vraie catégorie de sorts, » annonça Kyron de sa voix forte et imposante, comme un général qui s’adressait à des recrues. Il s’agissait probablement du cours le plus silencieux auquel Zorian avait participé. Même les moulins à parole comme Neolu et Jade étaient maintenant silencieuses. « C’est plus une question de comment utiliser les sorts. Quand on utilise des sorts en combat, il faut les lancer rapidement, et vous avez besoin de briser les défenses de votre adversaire. Ceci va vous demander d’utiliser une grosse quantité de puissance pour façonner le sort en un instant… ce qui veut dire que les invocations classiques que vous apprenez dans les autres cours seront inutiles ! » Il frappa son bâton par terre, et ses mots résonnaient dans tout le hall. Zorian jura que le professeur augmentait artificiellement la puissance de sa voix avec un genre de magie. « Incanter un sort demande plusieurs secondes, voir plus longtemps, et la plupart de vos adversaires vous tueront avant que vous ne finissiez. Surtout aujourd’hui, au lendemain des Guerres de Fractionnement, où chaque idiot est équipé d’une arme et formé à tuer efficacement des mages de combat.

Kyron agita la main dans l’air, et derrière lui se forma une illusion transparente d’un minotaure. La créature semblait très énervée, mais était clairement illusoire.

« Un bon nombre de sorts de combat utilisés par les mages d’autrefois se reposaient sur l’idée que les civils étaient impressionnés par la magie, et peu familiers avec ses limitations. Aujourd’hui, tous les enfants passant par la primaire ne sont plus du tout effrayés par une illusion aussi évidente que celle-ci, donc je ne vous parle pas d’un soldat professionnel ou un criminel. La plupart des sorts et tactiques que vous trouverez à la bibliothèque sont complètement obsolètes. »

Kyron stoppa un moment et se frotta son menton, réfléchissant. « De plus, il est assez difficile de se concentrer pour lancer un sort lorsque quelqu’un cherche activement à vous tuer, » remarqua-t-il avec désinvolture. Il secoua la tête. « C’est la raison pour laquelle plus personne n’utilise d’invocations classique comme sorts de combat. À la place, nous utilisons des formules de sorts, comme celle inscrite sur mon bâton, pour lancer certains sorts spécifiques plus rapidement et plus facilement. Je ne vais même pas vous enseigner sur comment utiliser des sorts de combat sans ces objets, puisque vous former à utiliser efficacement des invocations classiques en combat prendrait des années. Si vous êtes vraiment curieux vous pouvez toujours parcourir la bibliothèque et chercher les incantations et les gestuelles pour travailler de votre côté. »

Il leur donna ensuite à chacun une baguette de missile magique et les fit s’entraîner à lancer le sort sur les mannequins en glaise de l’autre côté du hall, jusqu’à ce qu’ils tombèrent à court de mana. Zorian étudiant la baguette dans sa main. Il s’agissait d’une pièce en bois parfaitement droite qui tenait bien en main, quel que soit le côté par lequel on la tenait, puisque l’effet restait le même, à savoir un éclair puissant qui s’éloignait du lanceur.

Quand ce fut enfin son tour, il réalisa que lancer le sort à l’aide de la formule inscrite était ridiculement facile. Il n’avait même pas à se concentrer énormément, il avait juste à pointer la baguette dans la direction voulue et à canaliser du mana à l’intérieur. La formule dans la baguette faisait le reste par elle-même. Le vrai problème était que le ‘missile magique’ demandait bien plus de mana que n’importe quel autre sort que Zorian avait étudié, et il avait épuisé ses réserves en à peine huit tirs.

Vidé de sa mana, et un peu déçu de la vitesse à laquelle il l’avait épuisée, Zorian observa Zach qui tirait missile magique après missile magique avec confiance. Zorian ne put s’empêcher de ressentir un peu de jalousie, puisque la quantité de mana que Zach avait utilisé jusqu’à présent était facilement trois ou quatre fois plus grande que sa propre quantité maximum. Et Zach ne semblait pas non plus ralentir.

« Bon, je vais vous laisser partir, même si le cours n’est pas officiellement terminé, » annonça Kyron. « Vous êtes tous vidés de votre mana, à l’exception de monsieur Noveda, et la magie de combat n’est qu’une question de pratique. Je me permets de vous conseiller d’utiliser la magie de combat que vous venez d’acquérir avec sagesse et responsabilité, sinon je vous traquerai personnellement. »

S’il s’agissait d’un autre professeur, Zorian aurait bien rit, mais Kyron semblait juste assez fou pour le faire.

Ce fut ensuite l’heure pour leur cours de formules de sort, qui était la branche de la magie utilisée pour fabriquer les objets magiques qu’ils avaient utilisés en cours de magie de combat. Le professeur, une jeune femme à la coiffure orange défiant la gravité, rappelait à Zorian le professeur Zenomir Olgai au niveau de son enthousiasme de sa matière. Zorian aimait bien en fait les formules de sorts, mais pas autant que Nora Boole l’aurait souhaité. Ses ‘lectures recommandées’ consistaient en 12 livres différents, et elle annonça directement qu’elle organiserait des cours supplémentaires chaque semaine pour les étudiants intéressés d’en apprendre plus. Ensuite, elle leur donna un ‘petit test’, qui comportait tout de même 60 questions, pour vérifier les connaissances qu’ils avaient retenu de leurs deux dernières années. Elle conclut la classe en leur disant de lire les trois premiers chapitres de l’un des livres recommandés pour la fois suivante, qui était le lendemain.

Le reste de la journée semblait en comparaison être une période de relaxation.

Zorian frappa à la porte en face de lui, ne tenant pas sur place. Il ne se passa pas grand-chose la première semaine de cours, à part qu’il avait découvert que Nora Boole enseignait également les mathématiques avancées, sur lesquelles elle se montrait tout aussi enthousiaste. Elle leur avait donné un autre test préliminaire et encore d’autres lectures ‘recommandées’. On était maintenant vendredi, et il était l’heure pour Zorian de rencontrer son mentor.

« Entrez, » dit une voix depuis l’intérieur de la pièce. Zorian pouvait jurer déceler de l’impatience dans cette voix, comme si Zorian était déjà en train de lui faire perdre son temps alors qu’il ne l’avait même pas encore vu. Il ouvrit la porte et fit face à Xvim Chao, le fameux mentor des enfers. Zorian comprit à son expression faciale que Xvim n’avait pas une grande estime de lui.

« Zorian Kazinski ? Assieds-toi, je te prie, » ordonna Xvim sans même attendre de réponse. Zorian attrapa à peine le stylo que l’homme lui jeta dessus au moment où il s’était installé.

« Montre-moi tes trois basiques, » ordonna son mentor en faisant référence aux exercices de façonnage qu’ils avaient appris l’an dernier.

Il avait entendu parler de cette partie. Personne ne maîtrisait suffisamment les trois basiques au point d’impressionner Xvim. Évidemment, Zorian avait à peine commencé à faire léviter le stylo qu’il fut interrompu.

« Trop lent, » prononça Xvim. « Ça t’as pris une seconde entière pour te mettre dans le bon état d’esprit. Tu dois être plus rapide. Recommence. »

Recommence. Recommence. Recommence. Il continua de répéter ce mot, encore et encore, jusqu’à ce que Zorian réalise qu’il avait passé une heure à faire cet exercice. Il avait complètement perdu la notion du temps alors qu’il s’efforçait de se concentrer sur cet exercice plutôt que sur son désir croissant de planter le stylo dans l’œil de Xvim.

« Recommence. »

Le stylo s’éleva immédiatement dans les airs, avant même que Xvim eut terminé de parler. Vraiment, comment pouvait-il être plus rapide que cela pour cet exercice ?

Il se déconcentra lorsqu’une petite bille s’écrasa sur son front, lui faisant perdre le fil de l’exercice.

« Tu t’es déconcentré, » le réprimanda Xvim.

« Vous m’avez jeté une bille dessus ! » protesta Zorian, incapable d’accepter que Xvim fasse quelque chose d’aussi puéril. « A quoi vous vous attendiez ?! »

« Je m’attendais à ce que tu gardes ton attention sur l’exercice de toute façon, » répondit Xvim. « Si tu maîtrisais vraiment l’exercice, une perturbation mineure ne t’aurais pas dérangé. Il semblerait que j’ai encore une fois raison. Le cursus académique actuel est inadéquat et a freiné le développement d’un autre étudiant prometteur. Il semblerait que je vais devoir recommencer avec les toutes premières bases du façonnage de mana. Nous allons reprendre un à un les trois exercices basiques jusqu’à ce que tu les maîtrises parfaitement. »

« Professeur, je maîtrise ces exercices depuis plus d’un an, » protesta Zorian. Il ne voulait pas accepter de perdre son temps avec les trois basiques. Il avait déjà passé bien trop de temps sur eux à son goût.

« Non, tu ne les maîtrises pas, » dit Xvim, visiblement choqué que Zorian puisse même suggérer une telle chose. « Être capable de répéter l’exercice de manière fiable n’est pas la même chose que la maîtriser parfaitement. En plus, en faisant cela, tu apprendras à être patient et à contrôler ton tempérament, et sur ce point tu as clairement des progrès à faire. Il s’agit de compétences importantes à avoir pour un mage. »

Zorian serra les dents. L’homme essayait intentionnellement de l’énerver, il en était certain. Apparemment, les rumeurs étaient exactes et ces sessions allaient être une énorme frustration.

« Commençons avec l’exercice de lévitation, » dit Xvim, ignorant des pensées de Zorian. « Recommence. »

Zorian commençait déjà à détester ce mot.


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