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Mother of Learning, chapitre 16


Traducteur : Mithestral


Chapitre 16 : Il faut qu’on parle

Zorian arracha un bout de papier de l’un de ses cahiers pour écrire un petit message à destination d’Imaya, dans lequel il expliquait qu’il avait une nouvelle leçon de divination avec Haslush et qu’il rentrerait à nouveau tard ce soir. Il ne comprenait toujours pas pourquoi c’était si grave pour elle qu’il rentre tard, mais il ne voulait pas se disputer à ce sujet.

Bien sûr, écrire le message était une chose et l’envoyer à Imaya en était une autre. Il était actuellement à l’académie, qui se trouvait vraiment loin de la maison d’Imaya. Il était cependant presque sûr d’avoir une solution. Il avait trouvé beaucoup de sorts sur la communication à longue portée, même si peu d’entre eux étaient à portée de ses capacités, ou appropriés à ce qu’il voulait faire. Malgré tout, l’une des combinaisons de sorts semblait assez prometteuse. Concrètement, il allait faire un avion de papier et l’animer pour le faire voler. Un simple sort de localisation devrait suffire pour le guider jusqu’à Imaya. La méthode avait fonctionné lorsqu’il l’avait testée avec Kirielle, même si ç’avait été sur des distances beaucoup plus courtes.

Sans se laisser décourager par la nature expérimentale de ses actions, il plia la feuille en papier pour former un avion, puis lança les différents sorts dessus avant de le jeter par la fenêtre. L’avion partit rapidement en direction de sa cible et disparut du champ de vision de Zorian.

Et voilà, les cours étaient terminés, et le message était envoyé. C’était l’heure de trouver Haslush.

Sans être spécialement surpris, Zorian avait découvert que Haslush avait arrangé leur seconde rencontre dans une autre taverne. Bien sûr. Cependant, ça ne le dissuada pas et Zorian entra dans le bâtiment, ignorant le regard des autres clients pendant qu’il les balayait du regard pour repérer son instructeur.

Haslush n’était pas là. Zorian s’était-il trompé d’endroit ou Haslush avait-il décidé simplement de ne pas venir ? C’était vrai qu’il avait eu quelques difficultés à trouver l’endroit parce que Haslush ne lui avait donné que de vagues direction pour s’y rendre, mais Zorian était presque sûr qu’il s’agissait de la bonne taverne. Il fut juste sur le partir pour vérifier s’il avait raté quelque chose quand il réalisa quelque chose.

Quelque chose clochait. Il avait une envie presque surnaturelle de quitter cet endroit. S’il n’avait pas passé une dizaine de recommencement à souffrir lors des séances ‘d’améliorations aux résistances’ de Kyron, il ne l’aurait probablement même pas remarqué, mais il y avait bien un effet de contrainte qui s’exerçait sur lui.

Il sortit sa boussole divinatoire et murmura un petit sort de localisation, à la recherche de Haslush. L’aiguille pointa immédiatement vers un modeste homme aux cheveux bruns, vêtu d’une tenue d’ouvrier, qui était assis à une table dans le coin gauche de la pièce. Zorian soupira et se traîna jusqu’à l’homme, s’asseyant à l’une des chaises en face de lui.

« Puis-je vous aider ? » demanda l’homme d’une voix éraillée, regardant Zorian avec ses yeux injectés de sang. Très louche. Très peu attrayant.

Plutôt que de répondre, Zorian marmonna un sort de dissipation. Une vague de force surgit vers l’homme, disruptant l’illusion. L’homme à l’allure suspecte fondit pour laisser place au visage familier de Haslush qui boudait comme un petit enfant.

« Je dois dire que je ne m’attendais pas à ça, » dit Haslush. « Je pensais que tu rentrerais et quitterais la taverne au moins trois fois avant de comprendre. Je peux même te dire que tu m’as même fait perdre le pot des paris… Il n’y a que deux personnes qui ont parié que tu me trouverais du premier coup. »

Zorian put voir du coin de l’œil deux clients assis au bar lever leurs pouces dans sa direction.

« Est-ce que vous pouvez dissiper le sort de contrainte maintenant ? » soupira Zorian. « Je ne pense pas pouvoir faire attention à ce que vous dites avec cette pression en plus sur mes épaules. »

« Oh. C’est vrai, » dit Haslush, claquant des doigts. L’esprit de Zorian devint immédiatement plus clair, et son désir de fuir la taverne s’évapora.

« Donc, c’était quoi le but de tout ça ? » demanda Zorian.

« Je voulais voir où tu en étais du point de vue de ta capacité d’observation, » dit Haslush en prenant une gorgée de son verre. « La divination est l’une des disciplines magiques les plus délicates, car l’échec n’est pas évident. Tu peux réaliser une divination parfaite sans rien obtenir. Tu peux au contraire la foirer totalement, sans même le réaliser. Si tu poses les mauvaises questions, interprètes les résultats incorrectement ou oublie de prendre un facteur important en compte, tu perds ton temps et ton énergie. L’expérience peut aider à diminuer ce genre de problèmes, mais ça aide d’être naturellement perspicace. »

« Donc comme je vous ai trouvé du premier coup, j’ai une bonne note ? » essaya Zorian.

« Tu démarres pas mal, » dit Haslush,  « mais nous n’avons pas encore terminé. »

Avec ces mots, Haslush tendit le bras au-dessus de la table pour attraper le poignet de Zorian avant qu’il ne puisse l’enlever. Tout devint soudainement sombre, et tous les sons autour de lui se turent. Il semblait avoir été transporté dans un vide silencieux. Les seules choses qu’il pouvait encore voir et entendre étaient son propre corps et Haslush, qui semblait être assis dans l’air, sa chaise ayant été remplacée par la même obscurité que tout le reste.

« Non, » prévint Haslush quand Zorian essaya de se libérer de sa poigne. « C’est un sort inoffensif, qui disparaîtra dès que l’on ne sera plus en contact. Si ça peut te rassurer, je souffre des mêmes effets que toi pendant qu’il dure. »

« C’est quoi le but, alors ? » demanda Zorian.

« Combien de personnes étaient présentes dans la taverne au moment où j’ai utilisé ce sort sur toi ? » demanda Haslush.

« Quoi ? » Zorian essaya de regarder autour de lui, et réalisa immédiatement ce que l’obscurité était censée accomplir. « Oh. Vous voulez voir qu’est ce que j’ai remarqué sur l’état de la taverne. »

« Combien de personnes ? » répéta Haslush.

Zorian se remua les méninges un moment. Il avait eu l’occasion de regarder chacun des clients pendant qu’il recherchait Haslush, mais ne les avait jamais comptés. Et il était possible que quelqu’un avait quitté la taverne sans qu’il le remarque pendant qu’il parlât à Haslush.

« Vingt…trois ? » essaya-t-il.

« Pas loin. Combien de trophées sont alignés sur le mur à côté de notre table ? »

Malheureusement, Zorian avait effectivement remarqué les trophées mais ne les avait pas regardés une seule fois. Après 15 questions de la même veine, Zorian ne se sentait plus du tout confiant. Haslush lâcha finalement sa main et le reste de la taverne réapparut immédiatement.

« Oh, ne te sens pas mal, » dit Haslush. « Tu n’es honnêtement pas mauvais. Et puis, je n’aurais pas annulé nos leçons juste parce que tu n’aurais pas trop réussi à un exercice du genre. Où tu en es personnellement sur la divination ? Cursus classique de fin de seconde année, ou tu as fait des trucs en plus ? »

« Je connais quelques divinations de bibliothèques et je maîtrise l’exercice de façonnage de recherche du nord, » dit Zorian.

« Quoi ? Tu connais déjà l’exercice de recherche du nord ? » s’exclama Haslush de surprise. « C’est ce que je voulais te donner comme devoir à la fin de la séance… Bref, aujourd’hui je vais t’apprendre à analyser des objets. »

Il mit la main dans sa poche de son manteau et plaça sur la table un certain nombre d’objets : une enveloppe scellée, une vieille montre de poche, une boite verrouillée, un genre de noix géante, une baguette de sort et un gant qui semblait assez chic.

« Je fais souvent de l’analyse d’objet, donc je me suis dit que c’est un bon endroit pour commencer. Identifier ce que fait l’objet, trouver qui l’a manipulé en dernier, quelles sortes de magies et protections sont placées sur lui… tu peux faire ta carrière sur le sujet, et certaines personnes le font, » expliqua Haslush. « J’ai entendu que tu es intéressé par un poste dans les forges de sorts, donc ceci est voué à t’être utile. »

« Qu’est-ce que je fais ? » demanda Zorian.

« Je vais t’enseigner les sorts dont tu vas avoir besoin, et tu vas t’entraîner, » dit Haslush, pointant du doigt les différents objets sur la table.

Le reste de la session fut très productive, et Zorian se mit à réfléchir. D’après les commentaires de son instructeur, Haslush était clairement haut gradé dans la hiérarchie de la police de Cyoria. Peut-être pouvait-il faire quelque chose d’utile de l’information sur l’invasion sans alerter les organisateurs ? Ça valait bien le coup de mourir une ou deux fois pour investiguer cette piste.

« Je dois vraiment me remercier, monsieur Ikzeteri, » dit Zorian. « Vous êtes bien meilleurs à ça que je ne le pensais au départ. »

« Il n’y a pas de mal, » dit Haslush. « C’est vrai que je préserve un peu cette façade peu flatteuse. Ça aide les gens à se détendre autour de moi. Tu vas me dire la raison de ton léchage de bottes soudain ? »

Zorian soupira. Comment pouvait-il aborder ce sujet ?

« Pourriez-vous d’abord lancer une protection pour pouvoir discuter en privé ? » demanda Zorian.

Haslush leva un sourcil devant la requête, mais acquiesça peu après. Il incanta rapidement plusieurs sorts au niveau de la table avant d’attendre patiemment. Zorian se dit qu’il devrait s’arranger pour que son instructeur lui enseigne quelques-uns de ces sorts lors d’une prochaine boucle.

« J’ai entendu qu’il y a un plan de lâcher des trolls de guerre dans la ville le soir du festival d’été, après avoir bombardé la ville avec de l’artillerie magique au moment des feux d’artifices, » dit Zorian.

Haslush se redressa immédiatement sur sa chaise, donc au moins il semblait que Zorian n’allait pas être pris pour un fou dès le départ. Maintenant, il fallait espérer qu’il n’allait pas être traîné de force jusqu’au commissariat.

« Et je suppose que tu ne peux pas me dire où tu as entendu ça ? » demanda Haslush avec suspicion.

« Je ne peux pas, » confirma Zorian. « Mais c’est une source qui me semblait très fiable, »

« Je vois, » soupira Haslush. Il se versa un peu plus d’alcool dans son verre et prit une gorgée. « Je déteste le festival d’été, tu sais ? Littéralement tous les bâtiments assouplissent leur système de protection pendant toute sa durée, et le nombre élevé de visiteurs rend très difficile la détection des fauteurs de trouble avant qu’ils n’agissent. Le maire et les autres personnalités de la ville veulent que tout un tas de choses stupides soient faites pour préparer le festival. C’est un moment parfait pour des criminels ou des terroristes pour agir dans la ville. »

Huh. Zorian ignorait ces détails jusqu’à maintenant.

« Donc, comment est-ce que ces gens ont prévu d’introduire des trolls de guerre, et qu’espèrent-ils accomplir ? »

« À travers le Donjon, » dit Zorian. « Je ne connais pas leurs motivations. »

« Y a-t-il d’autres détails que tu peux me donner ? » demanda haslush.

« Pas vraiment, non. »

« Alors j’ai juste encore une question, » dit Haslush. « Pourquoi tu me dis ça à moi ? »

« Il y a de nombreuses personnes très haut placées impliquée dans cette histoire, et je ne sais pas qui je peux croire, » dit Zorian. « Vous avez l’air d’être quelqu’un de plutôt influent qui a peu de chance d’être impliquée. Et puis, j’espère que vous ne me traînerez pas dans une cellule pour m’interroger. »

En fait, il ne savait pas vraiment si des personnes haut placées étaient liée à l’invasion, bien sûr, mais il avait le sentiment que c’était très probable. Il avait du mal à voir comment une invasion de cette envergure aurait pu s’organiser sans l’appui de plusieurs personnes très influentes au sein de l’administration de la ville.

« Je suis tenté de le faire, » admit Haslush. « Mais tout ce que tu aurais à faire c’est de dire qu’il ne s’agissait que d’une blague et je devrais te laisser partir. La Guilde des Mages fut créée parce que les mages ne pensent pas que les forces de l’ordre civiles les jugent de manière juste, et ils gardent jalousement leurs privilèges. Ils te laisseraient partir en quelques jours avant de mener leur propre enquête. Tu recevrais une tape sur la main parce que t’as été stupide et je passerais l’année suivante à être puni par mes boss pour m’être fait avoir par un gamin et d’avoir attiré les foudres de la guilde sur eux. »

« Heu, » hésita Zorian. Haslush semblait particulièrement amer. Il ne savait pas que la force de police de Cyoria nourrissait une telle rancœur envers la guilde des mages.

« T’inquiètes pas, » dit Haslush. « Je ne suis pas fâché contre toi. Je vais essayer d’enquêter un peu et on en reparlera lors de notre prochaine session. Essaye d’obtenir plus de détails de la part de tes mystérieuses sources. »

Zorian quitta la taverne de bonne humeur, même si il était un peu refroidit par la peur d’assassins. Il espérait que Haslush se montrerait discret avec son enquête.

Quand il arriva chez Imaya, elle lui fit savoir qu’elle avait bien reçu son message, mais elle était tout de même pas très contente. Apparemment, l’avion en papier s’était écrasé sur son dos en délivrant le message, et c’était dangereux. Que se passerait-il s’il la frappait sur le visage et perforait son œil ?

Certaines personnes n’étaient jamais satisfaites.

La maison était calme. Les deux seules personnes présentes étaient Zorian et Kirielle. Heureusement pour Zorian, Kirielle s’amusait à gribouiller sur son cahier plutôt qu’à l’embêter. Ce qui tombait bien, car essayer de faire léviter un escargot, comme était en train de le faire Zorian, n’était pas facile du tout. Non seulement l’escargot était vivant, et donc intrinsèquement résistant à la magie, mais il luttait également activement contre l’effet de lévitation, se tordant dans tous les sens dans les airs pour essayer de se libérer de cette force invisible qui essayait de le faire décoller du sol.

Il trichait un peu, car il était en train de faire léviter la coquille qui était globalement immobile et bien plus solide que l’escargot en lui-même. Un vrai test serait de faire léviter une limace ou autre chose du genre mais… il avait pour l’instant encore assez de mal avec le satané escargot pour le moment.

« Pauvre escargot, » remarqua Kirielle à côté de lui. « Pourquoi tu laisses pas celui-là tranquille et tu n’en trouves pas un autre à torturer ? Il va être traumatisé si tu continues comme ça. »

« Je ne le torture pas, » rétorqua Zorian, essayant de diviser son attention entre faire léviter l’escargot et discuter avec Kirielle. « Il ne souffre absolument pas. Je ne sais même pas si le cerveau des escargots sont assez complexes pour être traumatisé. Cette fichue bestiole est tout aussi enthousiaste de s’enfuir qu’elle l’était quand je l’ai ramassée. »

Kirielle fut sur le point de le contredire, mais se contenta de grogner avant de se jeter à nouveau sur sa chaise.

« Il est où ? » dit-elle finalement après une minute de silence.

« Je sais pas, Kiri, » soupira Zorian. « Sois patiente. Il n’est même pas encore en retard. »

« Peut-être qu’on devrait commencer sans lui ? » essaya-t-elle.

« Non, on ne devrait pas, » répliqua Zorian. L’escargot remua dans les airs, ses antennes remuant sauvagement parce qu’il avait senti le lien le faisait léviter s’affaiblir. « Honnêtement, Kiri, tu peux vraiment te montrer insensible parfois. La seule raison pour laquelle je fais ça est parce que Kael me l’a demandé. Tu devrais le remercier de te laisser participer. »

« C’est toi qui parle d’insensibilité ? » grommela Kirielle. « Tu préfères aider un étranger que t’as rencontré il y a une semaine plutôt que ta propre petite sœur ! Et je suis reconnaissante, mais j’ai juste –»

« Alors sois gentille et patiente, » l’interrompit Zorian, abaissant lentement l’escargot jusqu’à le prendre dans sa main. Il n’allait clairement plus progresser sur cette exercice aujourd’hui. « Il va arriver bientôt. Si tu veux faire quelque chose, va relâcher cet escargot dans le jardin. »

« Quoi ? Pas moyen ! »

Zorian haussa les sourcils. « Ne viens-tu pas de me faire la leçon comme quoi je devrais le libérer ? »

« Eh bien oui mais je ne veux pas le toucher ou quoi. C’est gluant et dégoûtant et eurk. »

Zorian leva les yeux au ciel et posa l’escargot dans une petite boîte sur la table. Il le relâcherait plus tard. Le son de la porte qui s’ouvrit signala l’arrivée de Kael.

« Je suis là, » dit Kael. « Je ne suis pas en retard, j’espère ? »

« Comment est-ce que tu savais qu’il allait arriver ? » demanda Kirielle d’un ton suspicieux en se tournant vers Zorian.

« Des sorts d’alarme, » dit Zorian d’un ton qui indiquait que ce n’était pas important. « Et non, Kael, tu n’es pas en retard. C’est juste Kirielle qui se montrait impatiente, comme d’habitude. Bref, tu disais que t’avais besoin de mon aide pour rattraper ton retard sur le programme de troisième année, c’est ça ? Dans quelle discipline tu as besoin de soutien ? »

« Je ne sais pas vraiment, » dit Kael. « Comme je te l’ai dit, mon éducation est plutôt lacunaire, donc même si je sais beaucoup de chose, il y a pas mal de trucs que les mages de l’académie considèrent évidents et moi j’en ai même pas connaissance. Pourquoi tu ne me donnes pas un aperçu des cours des deux premières années, et on va essayer de partir de là ? Ilsa m’a dit qu’elle me testerait dans trois mois, donc on a pas mal de temps pour travailler. »

Zorian regarda Kirielle, car il avait bien compris ce qu’il se passait, mais elle évitait de croiser ses yeux. Il était sûr que Kael savait exactement quels étaient les disciplines dans lesquels il avait besoin d’aide, mais Kiri lui avait probablement demandé de jouer le jeu pour elle, vu qu’elle est elle-même très ignorante sur la magie. Il ne savait vraiment pas pourquoi elle était si inflexible pour apprendre la magie Main-te-nant, plutôt que plus tard, dans un environnement scolaire approprié.

Honnêtement, même s’il aimait beaucoup sa sœur et appréciait Kael, il n’allait probablement pas l’emmener très souvent avec lui à Cyoria. Il passait la majorité de son temps à la maison, à devoir gérer Kirielle, Imaya ou Kael (et occasionnellement Kana), ce qui lui laissait peu de temps pour étudier par lui-même. Enfin, c’était relatif, bien sûr. Kirielle se plaignait déjà qu’il passait trop de temps à étudier et pas assez de temps à s’amuser ou à s’occuper d’elle.

Mais tout bien considéré, il pourrait effectivement se relaxer de temps en temps. Il pouvait mettre quelques heures de côté pour aider Kael à préparer son test, même s’il ne vivrait jamais assez longtemps dans la boucle pour le passer. Et si Kirielle voulait écouter, pourquoi pas ?

Il leur donna à tous les deux une brève explication des deux premières années à l’académie. En termes de magie, la première année servait essentiellement à apprendre aux étudiants à utiliser consciemment et constamment sur leurs noyaux magiques, en leur faisant essentiellement activer divers objets magiques. Il y avait même un cours de premier année appelé ‘Manipulation d’Objets Magiques’ dont le sujet était entièrement décrit par son nom. Ils travaillaient également sur la mémorisation en faisant des séries de complexité croissante de gestuelles et chants que les professeurs leur apprenaient, ce qui leur permettait d’introduire ensuite les invocations. Le reste était purement théorique : introductions aux multiples traditions et disciplines magiques, apprendre à comprendre les bases du langage ikosien, biologie, histoire, géographie, droit et mathématiques. Toutes les disciplines n’étaient pas strictement liée à la magie, mais – attendez, qui était cette personne ?

« On a devoir faire une pause pour le moment, » dit-il en regardant la porte. « Quelqu’un est –»

Avant qu’il ait pu dire quoique ce soit, la porte s’ouvrit grand ouvert, et Taiven rentra dans sa chambre de sa façon brusque habituelle, et se dirigea immédiatement vers lui quand elle le repéra.

« –… en train de venir, » termina-t-il d’un soupir.

« Cafard ! » s’exclama-t-elle avec excitation. « Juste la personne que je… attends, est-ce que j’interromps quelque chose ? »

« Oui ? » essaya Zorian.

« T’en fais pas, ça ne prendra qu’une minute. » Elle lui jeta un journal à la figure. « Est-ce que t’as vu ça ? »

Il soupira, et arracha le journal des mains de Taiven pour le poser sur la table. Voilà, il allait enfin voir ce dont elle était en train de parler… Voyons voir.

Un Étudiant de l’Académie Tue Oganj !

Hier matin, Zach Noveda a choqué le monde entier en annonçant devant des journalistes rassemblés qu’il avait tué Oganj, le terrifiant dragon qui avait terrorisé le nord d’Altazia pendant plus d’une centaine d’années. Naturellement, de telles déclarations nécessitaient des preuves, et le jeune héritier Noveda a bel et bien démontré en invoquant le cadavre du dragon pour permettre une inspection. Des officiels de l’Alliance invités pour l’occasion ont confirmé avec une quasi-certitude que ce cadavre appartient bien à la fameuse Terreur du Nord, même d’autres examens seront nécessaires avant d’offrir la prime promise à Zach pour avoir tué la bête…

Zorian lu l’article dans un silence pesant. Il était vaguement conscient que Kirielle et Kael se penchaient au-dessus de son épaule pour voir ce qui captivait son attention, mais il ne les laissa pas le distraire.

Est-ce que ça avait été la raison pour tous ces recommencements super courts ? Parce que Zach voulait tuer un dragon ? Zorian ne savait pas trop quoi en penser. D’un côté, le dragon était une menace, et le tuer était un véritable exploit. De l’autre, cela ressemblait à de la perte de temps et d’énergie. Qu’est-ce que Zach avait a gagner de cela, à part de l’expérience de combat ? Les magies des dragons étaient inutiles aux humains, et Zach était déjà très riche et ne profiterait donc pas vraiment de la prime.

Quel que soit le jeu auquel jouait Zach, Zorian ne le comprenait pas. Ou alors, le voyageur temporel faisait juste ce qui lui passait par la tête à un moment en particulier ?

« Hé, Cafard, t’es allé en cours avec ce mec, pas vrai ? » l’interrogea Taiven au bout d’un moment.

« Ouais, » confirma-t-il. « Il était censé être dans ma classe cette année aussi, mais il n’est jamais venu quand les cours ont commencé. »

« Il s’est enfui de chez lui, » dit Taiven. « Il y avait un scandale sur le sujet il y a une semaine. Il lui ont posé la question dans l’article, mais il a évité la question. »

Zorian acquiesça. Zach avait simplement expliqué aux journalistes qu’il avait eu ‘un grand nombre de désaccords avec son ancien gardien légal’ mais refusa d’expliciter. Il y avait sans doute une histoire très intéressante derrière, Zorian en était sûr, mais si les journaux n’avaient pas réussi à trouver quoique ce soit sur le sujet, il n’allait pas accomplir grand-chose en mettant son nez dans des histoires qui ne le regardaient pas.

Zach avait également affirmé aux journaux qu’il avait prévu de retourner à l’école ‘pour quelques mois’ quand il fut interrogé sur ses futurs plans. Génial. Il allait devoir faire profil bas pendant les prochains recommencements, jusqu’à ce que Zach se fatigue à nouveau de l’académie.

« Mais Oganj, c’est pas le dragon qui a annihilé toute une armée envoyée pour le tuer ? » demanda Kirielle. « Ou est-ce que c’était juste mère qui essayait de me faire peur ? »

« Une petite armée, et Oganj l’avait attirée dans un piège, » dit Kael. « Le général semblait penser qu’Oganj attendrait dans son repaire pendant que l’armée approchait, alors qu’il décida de réagir avant qu’elle n’arrive à lui. Il a inscrit des runes explosives sur les murs d’un canyon avant d’attirer l’armée à l’intérieur. La seule raison de l’existence de survivant est que certains mages ont réussi à se téléporter en-dehors du canyon avant que tout ne s’effondre sur eux. »

« Et j’ai entendu qu’il a également tué deux des Onze Immortels, » rajouta Taiven. « Donc comment est-ce que ce mec Zach a réussi à tuer le dragon ? » demanda-t-elle. « Il est un genre de légende ou quoi ? Pourquoi tu ne m’as pas dit que t’avais ce genre de mec dans ta classe ? »

Zorian soupira. Qu’était-il supposé lui dire ?

« Laisse moi te l’expliquer comme ça, » dit-il prudemment. « Pendant les deux premières années, Zach avait des problèmes dans toutes les matières. Il était un mage tellement médiocre que personne n’était sûr qu’il passerait sa certification, et tu sais à quel point elle est facile. »

« Mais… ça n’a aucun sens ! » répondit Taiven. « Même s’il a un truc derrière la mort d’Oganj, ce Zach a quand même réussi à invoquer un cadavre d’un dragon adulte ! Même moi je ne peux pas encore invoquer quelque chose d’aussi gros. »

« J’imagine que tout a changé pendant les vacances scolaires, » dit Zorian en haussant les épaules. « Il a réussi d’une façon ou une autre à passer de la médiocrité au génie en quelques mois »

« C’est absolument ridicule ! » s’exclama-t-elle. « Et comment ça serait possible ? »

« Voyage temporel ? » suggéra Zorian sans aucune pudeur.

« Comme j’ai dit, ridicule, » rétorqua immédiatement Taiven. « Tu es sûr qu’il ne faisait pas que simuler son incompétence ? »

« Je ne suis sûr de rien, Taiven, » dit Zorian. Et il parlait honnêtement. Même après une année entière bloqué dans la boucle temporelle, il trouvait encore la situation complètement folle.  « Et les choses que je sais sont si folles que tu n’en croirais pas un mot. »

« Oh, maintenant je vais devoir les entendre, » dit Taiven, croisant les bras d’un air de défi. « Vas-y, essaye. »

« Vas-y, raconte, raconte ! » ajouta Kirielle. Kael ne dit rien, mais Zorian put voir qu’il était tout aussi curieux.

Hm. Il pouvait leur parler de la boucle temporelle, mais même s’ils le croyaient, qu’est-ce que ça accomplirait ? Ils n’étaient pas plus qualifiés pour résoudre ce mystère qu’il ne l’était, et s’ils répétaient ce qu’il avait dit, il risquait de révéler son identité auprès de Zach, ou encore une tierce personne. Mais bon, il avait déjà informé Haslush de l’invasion, donc il jouait déjà avec le feu lors de ce recommencement…

Oh, peu importe, ils n’allaient pas le croire de toute façon.

« Si je vous disais que Zach et moi sommes des voyageurs temporels, revivant perpétuellement le premier mois de cours, et qu’une armée géante de monstres et de mages hostiles envahit la ville pendant le festival d’été, qu’est-ce que vous diriez ? »

Taiven haussa les sourcils.

« Allez, accouche, » lui dit Zorian.

« T’as raison, » soupira Taiven. « Je n’en crois pas un mot. Donc tu prétends que les choses que tu connais sont aussi tarées ? »

« Au moins, oui, » confirma Zorian.

« Huh, » dit-elle pensivement. « Ça semble intéressant, mais tu vas devoir me raconter ces histoires un autre jour. Je vous ai assez retenus, je pense. À la prochaine, Cafard ! »

Zorian regarda Taiven s’en aller avant de faire face à Kael et Kirielle. « Donc, on continue où on s’est arrêté ? »

Ils restèrent tous les deux silencieux et le regardaient intensément.

« Heu, » dit-il. « Pourquoi est-ce que vous me regardez comme ça ? »

« Est-ce que c’est vrai ? » demanda prudemment Kirielle. « T’es vraiment un voyageur temporel ? »

Zorian ouvrit et referma la bouche plusieurs fois. Quoi ?

« Ton amie ne sait peut-être pas reconnaître une réponse camouflée comme hypothétique, mais nous si, » élabora Kael. « Tu le crois vraiment, pas vrai ? Que tu es un voyageur temporel ? »

« Je… oui. Si c’est une hallucination, c’en est une très crédible, » dit Zorian prudemment. « Les magies que j’apprends dans chaque itération de ce mois se transfèrent dans la suivante. La folie ne donne pas à la victime des sorts et des talents de façonnage. »

« Je ne comprends pas, » se plaint Kirielle.

« Moi non plus, Kiri, » soupira Zorian. « Moi non plus… »

« Peut-être pourrais-tu expliquer depuis le départ ? » suggéra patiemment Kael. « Dis-nous ce que tu comprends. »

« J’ai déjà vécu ce mois auparavant, » dit Zorian après avoir pris un moment pour mettre de l’ordre dans ses idées. « La première fois, avant que je n’ai conscience de la boucle temporelle, je n’ai pas amené Kirielle avec moi à Cyoria. »

« Quoi ? » protesta Kirielle. « Zorian, sale méchant ! »

« Je vivais dans l’un des appartements fournis par l’académie, et je me rendais en cours normalement, » dit Zorian en l’ignorant. Il se tourna vers Kael. « Tu étais là, toi aussi, mais je ne te connaissais pas à l’époque. Nous avions cependant un autre camarade de classe. »

« Zach ? » devina Kael.

« Oui, » confirma Zorian. « À l’inverse des deux années précédentes passées avec lui, cette fois-ci il était incroyable. Il répondait à tous les tests parfaitement, il maîtrisait des centaines de sort, et il était même assez bon en alchimie pour t’impressionner toi. »

Kael haussa les sourcils.

« Oui, » lui assura Zorian. « C’était comme s’il s’était complètement transformé pendant les vacances d’été. À l’époque, je m’en souciais pas vraiment. J’étais curieux de avoir comment il avait fait, mais je n’allais pas enquêter sur le sujet. Et puis, le festival d’été arriva, et tout tourna au cauchemar. Des tirs d’artillerie tombèrent du ciel sur la ville, et une armée de monstre suivit peu après. Je courais dans la ville en feu, et je suis tombé sur Zach qui combattait les envahisseurs. Il jetait des sorts de très haut niveau comme s’il s’agissait de bonbons, combattant avec des capacités qu’aucun étudiant en troisième année ne devrait avoir. Il s’est plutôt bien débrouillé au début, et puis une liche est arrivée sur les lieux et l’a démoli. »

Il s’arrêta un moment pour réfléchir à ses prochaines paroles, mais évidemment Kirielle n’avait pas envie d’attendre aussi longtemps.

« Et ensuite ? » demanda-t-elle. « Que s’est-il passé en suite ? »

« Ensuite ? » souffla Zorian. « On est mort. La liche a lancé un sort bizarre sur nous, on m’a dit qu’il s’agissait d’un sort de nécromancie, et on a été tué sur le champ. »

« Donc comment est-ce que t’es retourné dans le passé alors ? » demanda Kirielle suspicieusement.

« Je n’en sais absolument rien. Tout ce que je sais, c’est que je me suis réveillé dans mon lit à Cirin, avec toi qui me souhaite bonjour avec ta manière tout à fait unique. Au début, je pensais qu’il s’agissait de quelque chose qu’avait fait la liche, mais j’ai appris rapidement que ce n’était pas un événement isolé. À chaque fois que je meurs, ou à la fin du bal du festival d’été si je ne meurs pas, mon âme est transportée dans le passé à Cirin, le matin avant de prendre le train pour Cyoria. »

Ils le regardèrent quelques secondes de plus, et Zorian avait de plus en plus la certitude qu’ils allaient soudainement exploser de rire, quand Kirielle prit soudainement la parole.

« Donc, tu es un voyageur dans le temps, mais tu ne peux retourner qu’un mois dans le passé, et seulement jusqu’à un jour spécifique, » dit-elle calmement. Zorian acquiesça. Elle semblait comprendre bien mieux cette histoire qu’il ne l’avait pensé. « Et tu ne peux pas le contrôler, à part en te suicidant délibérément. »

« C’est bien ça, » confirma Zorian.

« T’es le voyageur temporel le plus bidon de l’histoire,  en fait,» s’exprima Kirielle.

Et juste comme ça, toute la tension accumulée fut brisée.

Cela faisait maintenant trois jours qu’il avait informé Kirielle et Kael au sujet de la boucle temporelle, et honnêtement, il était un peu déçu par leur réaction. Ils semblaient tous les deux le croirent, mais ni l’un ni l’autre ne semblaient terriblement affectés. De temps en temps, quand ils pouvaient lui parler en privé, ils continuaient chacun de lui poser des questions sur le sujet, et il avait que Kael avait fait des recherches de son côté sur la thématique, mais sinon, ils continuaient à vivre comme si de rien n’était. Ils ne lui jetaient même pas des coups d’œil étranges quand ils pensaient qu’il ne les regardait pas !

« Je te l’ai déjà dit, je ne suis dans la boucle que depuis un peu plus d’un an, » dit Zorian à Kirielle. « Je ne suis pas omniscient, et je ne peux pas répondre à toutes ces questions que tu continues à me poser. »

« Je n’arrive pas à croire que t’es resté en cours pendant tout ce temps, » grommela Kirielle. « J’aurais abandonné après la seconde fois. »

« Tu aurais subi un lavage de cerveau ou été asservie par Zach en très peu de temps, » rétorqua Zorian. « Il y a une raison pour laquelle j’agis si lentement et prudemment. »

Quelqu’un frappa doucement à la porte, et interrompit leur dispute. Zorian était un peu paranoïaque sur les visiteurs depuis qu’il avait informé Haslush de l’invasion, et le fait d’avoir mis au courant Kael et Kirielle n’avait fait qu’exacerber ce sentiment. Même s’il avait demandé à Kael et Kirielle de ne pas répandre la rumeur sur l’invasion du festival, il ne pouvait pas être certain qu’ils l’avaient écouté. Surtout pas Kirielle. Il continuait de s’attendre tous les jours à l’arrivée d’assassins dans la maison, mais heureusement sa paranoïa avait été pour le moment sans fondement. Comme il n’y avait que Kael qui frappait si doucement, Zorian avait une bonne idée de qui se trouvait de l’autre côté de la porte.

« Entre, » l’invita Zorian.

Mais au lieu de rentrer, Kael resta dans l’embrasure de la porte.

« Il faut qu’on parle, » dit Kael, un soupçon d’inquiétude dans la voix. « Peux-tu venir dans ma chambre un moment ? »

« C’est au sujet du voyage temporel ? » dit Kirielle avec excitation.

Kael soupira. « Kirielle, je sais que tu ne vas pas aimer ça, mais peux-tu rester dans ta chambre pendant que je discute avec ton frère ? C’est bien relié au voyage temporel, mais c’est un peu… privé. »

Pendant un moment, Kirielle sembla sur le point de se plaindre, mais elle lui lança un regard interrogateur avant d’acquiescer à contrecœur. Zorian la regarda quitter sa chambre tout en enviant la capacité de Kael à la contrôler. Elle ne l’écoutait jamais lui quand il essayait de dire ce genre de choses.

Zorian suivit ensuite Kael dans sa chambre, et le morlock tira promptement un coffre de sous son lit et en sortit un mystérieux grimoire dont la couverture n’avait aucun titre.

« J’ai fait des recherches sur ton… problème… ces derniers jours, » dit Kael. « J’ai peut-être trouvé quelque chose. »

« Vraiment ? » dit Zorian avec excitation.

Kael ouvrit le livre qu’il portait et le feuilleta pendant plusieurs secondes avant de trouver ce qu’il recherchait. Il tendit ensuite le livre ouvert à Zorian et lui pointa la page du doigt.

« D’après le chant que t’as mémorisé du sort de la liche, et tout ce que tu m’as dit, je pense que c’est le sort le plus probable qu’elle a lancé, » dit Kael.

« Fusion d’Âme, » lut Zorian à voix haute. « Requiert deux cibles. Engendre la fusion des deux âmes en une seule. Typiquement utilisée comme un composant de rituels plus compliqués, ce qui modifie largement les effets. Si le sort est utilisé en isolation, l’entité résultante devient littéralement tout le temps complètement folle ou déficiente des suites du stress de la fusion. Utilisé couramment dans la création de liens de familiers, et des liens d’âme en général… »

Cela semblait un candidat plausible du sort de la liche, mais où est-ce que Kael avait bien pu trouver cela ? Zorian fronça les sourcils en regardant plusieurs autres pages du livre. Il était rempli se sorts de magie de l’âme, et la plupart d’entre eux étaient écris dans des caractères que Zorian ne pouvait même pas lire. Ce… n’était vraiment pas le genre de livre que l’on trouvait à la bibliothèque de l’Académie, encore moins avec des autorisations du niveau étudiant.

Ce qui voulait dire qu’il s’agissait probablement du livre personnel de Kael.

« Kael… est-ce que tu es un nécromancien ? » demanda Zorian prudemment.

« Une question difficile, » répondit Kael après une courte pause. « Je n’asservis pas les morts, et ne maudit pas les gens. Mais la magie de l’âme accomplit bien plus que simplement ces deux chose. »

Voilà qui était merveilleux. Il avait avoué son secret à probablement l’une des rares personnes qui pouvait réellement le tuer définitivement. Alors que quelques minutes auparavant il avait grondé Kirielle au sujet de son imprudence… Il était vraiment un idiot parfois.

Mais bon, ce qui était fait était fait, et au moins Kael ne semblait pas spécialement hostile pour l’instant. Au contraire, l’autre garçon semblait plus effrayé par Zorian que le contraire.

« Je ne vais pas te dénoncer, si c’est ce que tu crains, » dit Zorian. Probablement parce qu’il était complètement effrayé à l’idée de ce que Kael lui ferait s’il essayait. Un nécromancien… parmi toutes les magies existantes… « Tu as bien voulu garder mon secret, donc je ne serais qu’un hypocrite si je dévoilais le tiens sans raison. Mais quand même, la nécromancie ? Heu, je veux dire, la magie de l’âme ? »

Kael eut un léger sourire. « C’est une discipline intéressante, et plutôt mal jugée. Mon mentor y portait un intérêt et je voulais poursuivre la tradition. »

La tradition, bien sûr. Zorian voulut en savoir plus, mais décida de ne pas poser de question. Qu’il s’agisse d’une erreur ou pas, il allait peut-être quand même pouvoir profiter de la situation. Il venait de rencontrer un nécromancien qui semblait correct, et prêt à répondre à ses questions. Ça n’arriverait pas tous les jours.

« Donc si la liche m’a lancé un sort de fusion d’âme sur moi, pourquoi suis-je toujours, eh bien,… moi-même ? » demanda Zorian. « Si je comprends bien, un sort pareil aurait fusionné complètement mon âme à celle de Zach. Nous aurions cessé d’exister tous les deux en tant qu’entités individuelles. »

« Eh bien, je dois admettre que je ne suis vraiment pas un expert sur la magie de l’âme, » dit Kael. « Mes sujets de prédilections sont l’alchimie et la médecine, la magie de l’âme n’est qu’un passe-temps. Mais cela dit, je suppose que le sort a été interrompu avant que l’effet ne se finalise. Il est tout à fait possible que Zach se soit suicidé quand il a réalisé que son âme était visée. »

« Ce qui aurait été un choix tout à fait judicieux à ce moment-là, » admit Zorian. « Mais il ne m’a pas vraiment donné l’impression qu’il était conscient du danger lorsque je lui ai parlé. Même si je suppose que son amnésie ait pu lui jouer des tours. »

« Ou alors, il avait peut-être un sort de dernier recours placé sur lui, qui le tuait s’il détectait une modification non autorisée de son âme. Tu as déjà soulevé l’hypothèse qu’il ne soit pas à l’origine de la boucle temporelle. Quelle que soit la personne qui a placé cette magie sur lui, elle était sûrement consciente du danger, car la boucle temporelle dans laquelle tu es coincée est sans aucun doute le travail d’un mage de l’âme exceptionnellement doué. »

« C’est vrai. Comme le sort n’a pu fonctionner que pendant un court moment, on a évité le pire effet, » songea Zorian. « Et j’ai reçu en quelque sort un lien d’âme qui me tire avec lui dans la boucle. Probablement. Il y a clairement eu une fusion d’âme impliquée dans le processus. Tu crois que tu peux découvrir ce qu’a vraiment fait le sort ? »

« Peut-être, » dit lentement Kael. « Mais cela impliquerait l’utilisation de sorts. Des sorts de magie de l’âme, pour être précis. Tu es sûr que tu veux croire en un nécromancien mauvais et obséquieux sur la question ? »

« Oui, » confirma Zorian, en levant les yeux au ciel à la réaction exagérée de Kael. Peut-être n’était-ce pas la chose la plus intelligente à faire, mais il était désespéré d’obtenir quelques réponses, et Kael lui donnait l’impression de pouvoir lui faire confiance. Zorian était en général un assez bon juge de caractère. « C’est vrai que je me méfie de la magie de l’âme, mais ça ne veut pas dire automatiquement que je te déteste maintenant. Allez, vas-y, lance tous les sorts dont tu as besoin. »

Après 15 minutes de mystérieux lancers de sorts (qui n’eurent aucun effet sur lui, et ne lui donnèrent même pas un sentiment inconfortable) Kael fut forcé d’admettre qu’il n’avait pas accompli grand-chose. La seule chose que le garçon put lui dire était qu’il n’y avait définitivement pas de lien d’âme classique entre lui et Zach. S’il était connecté à l’autre voyageur temporel, c’était par quelque chose de bien plus exotique et subtil que ça.

« Je suis désolé, » dit Kael. « Je pensais que de la magie de l’âme aussi majestueuse que cela serait facile à voir, mais visiblement j’avais tort. Peut-être que si j’essayais sur Zach… ? »

« Il n’y a pas moyen de l’examiner sans lui dire la vérité, » dit Zorian. « Et je ne suis pas sûr de vouloir déjà le faire. »

« Bien sûr, » dit Kael. « Mais je ne sais pas ce que je peux faire d’autre. J’aurais besoin d’être un bien meilleur mage de l’âme pour t’aider avec ça, et si tu as raison, je n’ai juste pas le temps d’en devenir un. Même si tu me convainquais de tout ça dès le début de la boucle, et je suis certain que tu n’y arriverais pas avant que j’apprenne un peu à te connaître, un mois n’est pas suffisant pour progresser suffisamment dans un domaine tel que la magie de l’âme. »

« Heu, » hésita Zorian après quelques secondes de silence. « Peut-être pourrais-tu m’apprendre la magie de l’âme ? »

« Tu serais prêt à faire ça ? » demanda Kael, visiblement un peu amusé.

« Tu as dit que la magie de l’âme ne se limitait pas à maudire les gens et à asservir les morts, » dit Zorian. « Et j’ai vraiment besoin de réponses que seule la magie de l’âme peut me donner. »

Et puis, s’il apprenait la magie de l’âme par lui-même, il n’aurait plus besoin de faire confiance à des étrangers au sujet de son âme. Si quelqu’un devait lancer des sorts de magie de l’âme, il préférait que ça soit lui.

« Même si je suis flatté que tu sois prêt à mettre de côté tes préjugés, la vérité est que tu ne serait jamais assez bon pour ce que tu veux en faire, » expliqua Kael. « Même si la plupart des sorts de magie de l’âme peuvent être lancé par des mages normaux comme toi, les sorts vraiment sophistiqués nécessitent une certaine quantité de perception de l’âme, un talent qui ne peut être gagné qu’en buvant une potion spéciale préparée à partir d’une chrysalide de phalène funèbre proprement récoltée. »

« Et la potion est rare ? »

« Les phalènes funèbres passe le plus gros de leur vie dans le sol, » expliqua Kael. « Pendant 23 ans, ils vivent leur vie de larve avant d’émerger du sol en masse, formant de véritables essaims de phalènes funèbres empoisonnés. Ces phalènes vivent exactement un jour avant de pondre leurs œufs et de mourir. Au cas où ça t’intéresserait, la dernière émergence des essaims de phalènes remonte à moins de dix ans. »

« Donc il n’y aura pas de chrysalide de phalène pendant au moins une décennie, » réalisa Zorian.

Kael acquiesça. « Et la potion requiert une chrysalide fraîche, elles ne peuvent pas être conservées. »

« Il n’y a pas d’autre moyen d’obtenir la perception de l’âme ? »

« Peut-être, mais je ne connais que cette méthode, » dit Kael. « Il y a certains rituels impliquant un sacrifice humain qui proclament conférer les mêmes bénéfices au mage, mais je ne les ai jamais essayé et j’imagine que tu ne serais pas intéressé de toute façon. »

« Clairement pas, » approuva Zorian.

Après quelques minutes supplémentaires de discussion, Zorian quitta la chambre de Kael, plongé dans ses pensées.

Il n’était pas prêt à laisser tomber l’idée d’apprendre la magie de l’âme, mais il avait assez à faire pour l’instant donc il n’allait pas forcément insister. Il aurait l’occasion dans des recommencements futurs de se pencher sur la question.

Lorsqu’il rentra dans sa chambre, après avoir fermé la porte derrière lui, il ressentit une sensation très familière dans son esprit. Elle était assez proche de ce qu’il avait ressenti la fois où il s’était rendu dans les égouts avec Taiven, mais en plus subtil et moins étranger. Un peu comme des toiles d’araignées se frottant aux bords de sa conscience.

Il paniqua immédiatement, ses yeux parcourant sa pièce à la recherche de son assaillant pendant qu’il essayait mentalement de bloquer cette présence de pénétrer son esprit. Malgré ses entraînements avec Kyron, il remarqua qu’il en était parfaitement incapable.

[Donc, es-tu Ouvert?] Une voix claire et confiante résonna dans sa tête. Contrairement à la dernière fois, il n’y avait pas de douleur ou d’images confuses impliquées… ce qui était en quelque sorte encore plus terrifiant. Lors de sa dernière rencontre, son adversaire était de manière évidente peu habitué à devoir discuter avec des humains. Celui-ci semblait savoir parfaitement ce qu’il faisait. [Intéressant. Tu as déjà rencontré l’un des nôtres ? Ça sera plus facile que je ne le pensais, alors.]

Là ! Les ombres dans ce coin avaient-elles bougé ? Il était sur le point de lancer un missile magique à cet endroit quand son corps entier se figea et refusa de lui obéir.

Une ombre sauta soudainement du coin de la pièce pour atterrir sur son lit, juste devant lui. Comme il l’avait soupçonné, il s’agissait d’une araignée, mais elle ne ressemblait à rien de ce qu’il avait imaginé. L’araignée était plutôt petite pour une espèce supposée être géante, en tout cas pas plus grosse que le torse de Zorian, et bien plus compacte que les variétés élancées aux longues pattes que les gens s’imaginaient habituellement. Zorian se remua les méninges et l’identifia comme d’une espèce d’araignée sauteuse.

La créature se retourna pour lui faire face, et Zorian se retrouva soudainement à regarder une paire d’yeux géants et noirs, qui donnaient à l’araignée un visage étonnamment humain. Il y avait une seconde paire d’yeux, plus petite, sur son ‘front’, en l’absence d’un meilleur mot, mais ce sont les deux plus gros qui retinrent l’attention de Zorian. L’autre chose qu’il remarqua, bien sûr, était la paire de crocs géants qui semblaient avoir la force de perforer son crâne sans aucune difficulté.

[Salutations, Zorian Kazinski,] dit l’araignée par télépathie. [Je voulais te rencontrer depuis un moment. Toi et moi allons avoir une longue, loooooongue discussion…]

 


Cet article comporte 4 commentaires
  1. on te soutient , plus internet ,c est le cauchemar de beaucoup de monde . Etant en plein marathon tales of demons and gods , je lirai ca d une traite plus tard mais , mec , T ES TROP FORT!

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