skip to Main Content
Menu

Mother of Learning, chapitre 14


Traducteur : Mithestral


Chapitre 14 : L’effet ‘sœur’

Après avoir dit à Kirielle de préparer ses affaires (une tâche qu’elle partit immédiatement accomplir), il remplit sa chambre d’orbes de lumière multicolores avant de descendre dans la cuisine pour affronter Mère. Le spectacle de lumières était quelque chose qu’il faisait maintenant lors de toutes les boucles, car il n’était pas sûr qu’Ilsa accepte de préparer des séances de tutorat supplémentaires pour lui si elle ne tombait pas sur les orbes. Mais bon, ce n’était pas comme si ça lui servait à grand-chose actuellement, car les boucles étaient bien trop courtes pour qu’il puisse en profiter, mais il continuait de le faire. Juste au cas où. Qui sait, peut-être ce recommencement en particulier serait le premier où Zach arrêterait de mourir si tôt.

Mère l’examina d’un regard expert pendant qu’il descendait les escaliers, recherchant la moindre imperfection à critiquer. Il savait d’expérience qu’elle trouverait toujours quelque chose sur lequel se plaindre, mais il s’en fichait. Il était assez bien vêtu pour éviter une leçon prolongée sur l’honneur de la famille, et c’était le plus important. À un moment, il avait bien essayé d’utiliser ses connaissances des boucles précédentes pour paraître ‘parfait’, mais ça n’avait pas fonctionné chez sa mère. Tu parles d’un niveau d’exigence élevé ! Peut-être essayait-elle vraiment de l’agacer suffisamment pour qu’il refuse d’emmener Kirielle avec lui ?

Il s’assit à table, poussa sur le côté le porridge froid et à la place commença à manger des pommes, ignorant l’exaspération de sa mère après qu’il ait rejeté ce qu’elle lui avait cuisiné. Quand elle réalisa qu’il n’allait rien dire de plus, elle poussa un soupir exagéré et se lança dans l’un de ses interminables monologue, tournant autour de la question qu’elle voulait vraiment poser : la possibilité d’emmener Kirielle avec lui à Cyoria.

« Maintenant que j’y pense, » dit-elle, se décidant enfin d’aborder le sujet, « je ne t’ai jamais dit qu’avec ton père nous nous rendons à Koth pour rendre visite à Daimen, ou bien ? »

« Tu veux que j’emmène Kiri avec moi à Cyoria, » ‘devina’ Zorian.

« Je… quoi ? » Elle cligna des yeux de surprise, avant de secouer légèrement la tête et de soupirer. « Elle te l’a dit, » conclut-elle.

« Ouaip. » confirma-t-il.

« Heureusement qu’on s’était mise d’accord sur le meilleur moment pour t’en parler, » soupira-t-elle. « Je suppose que je dois monter pour la réconforter. »

« Pourquoi aurait-elle besoin de réconfort ? » demanda Zorian. « J’ai dit oui. Elle était folle de joie. Elle est dans sa chambre, en train de préparer ses affaires. »

Elle le regarda comme s’il venait de réciter de la poésie classique. Zorian n’était pas sûr s’il devait se sentir coupable ou agacé. Était-ce si étrange pour lui d’accepter ? Avant de s’inscrire à l’académie, il avait passé plus de temps avec le petit démon que quiconque d’autre, Mère incluse. Il était plus un parent pour Kirielle qu’elle ou Père ne l’étaient ! Honnêtement, si Kirielle lui avait juste dit elle-même qu’elle voulait l’accompagner à Cyoria, plutôt que de laisser Mère poser la question, il aurait probablement été d’accord après discussion, même avant la boucle temporelle.

Agacé. Il était clairement agacé par elle. Il regarda sa mère d’un air dur, la défiant de dire quelque chose.

« Quoi ? » craqua-t-il après quelques secondes d’observation mutuelle.

« Rien, » dit-elle, modifiant son expression pour qu’il ne puisse pas deviner ce qu’elle pensait. « Je suis surprise, c’est tout. Je suis heureuse que tu commences enfin à penser à quelqu’un d’autre que toi. As-tu pensé à l’hébergement ? »

« Bien sûr, » confirma Zorian, « mais ça dépend de si je vais devoir payer les frais supplémentaires de ma propre poche ou si vous allez me donner plus d’argent pour la location. »

« Maintenant tu es juste vexant, » répliqua sa mère. « Bien sûr que nous te fournirons de l’argent. Depuis quand te faisons-nous fait payer tout seul les dépenses essentielles ? De combien as-tu besoin ? »

Comme si sa propre remarque sur le fait qu’il pensait enfin à quelqu’un d’autre que lui-même n’était pas insultante. Il répondait simplement sur le même ton. Mais oui, Zorian admit à contrecœur qu’elle avait raison. Ses parents avaient de nombreux défauts, mais ils ne le laisseraient jamais sans le sou à moins qu’ils n’aient eux-mêmes fait banqueroute. Il était le fils mal-aimé, mais un fils quand même. Ils passèrent plusieurs minutes à discuter des dépenses de vie courante à Cyoria, argumentant l’un et l’autre sur combien d’argent il allait avoir besoin pour louer un appartement et nourrir Kirielle. Bien sûr, lui privilégiait des sommes assez larges, et il s’y connaissait suffisamment sur l’économie de Cyoria pour donner du poids à ses arguments. Mère ne cacha pas sa surprise sur sa connaissance des loyers dans différents quartiers de Cyoria. Elle avait visiblement pensé que des connaissances aussi ‘terre-à-terre’ ne l’intéressaient pas. Zorian décida de ne pas lui expliquer qu’il gardait un œil sur les prix des loyers afin qu’il puisse quitter le foyer familial dès que l’occasion se présenterait, et essaya de changer le sujet. Ce ne fut pas très efficace, car Mère semblait obstinément fixée sur ce détail, mais l’arrivée d’Ilsa le sauva de son interrogatoire. Mère s’excusa rapidement, expliquant qu’elle allait aider Kirielle à préparer ses affaires, mais Zorian conduisit tout de même Ilsa vers sa chambre quand cette dernière lui demanda s’ils pouvaient parler en privé. Après tout, il fallait qu’il lui montre les orbes qu’il avait ‘accidentellement’ oublié de dissiper.

Au départ, la discussion suivit son cours normal, mais la routine fut rapidement brisée quand ils atteignirent la question du logement.

« D’après ce papier, » commença Ilsa, secouant momentanément un bout de papier qu’elle tenait dans la main, « vous avez vécu à l’internat les deux dernières années. Je suppose que vous voulez continuer cette année aussi ? »

« Heu, en fait, non, » répondit Zorian. « J’amène avec moi ma petite sœur cette année, donc je ne peux pas faire ça. À mois que l’académie ne fasse des concessions pour la famille ? »

« Ce n’est pas le cas, » dit Ilsa.

« C’est ce que je pensais, » répondit Zorian, pas vraiment surpris. « Eh bien, nous allons rester dans un hôtel quelques jours, le temps que je trouve un appartement à louer. »

Ilsa le regarda d’un air étrange, et Zorian eut du mal à l’interpréter.

« Vous n’avez pas encore réservé de logement ? » demanda-t-elle.

« Non, » admit Zorian. « La décision s’est faite très rapidement, et je n’ai pas eu le temps de faire de préparations. Pourquoi ? »

« J’ai peut-être une solution pour vous à ce sujet, » dit Ilsa, corrigeant sa posture pour parler plus sérieusement.

« Vous voulez dire que vous connaissez un appartement que je pourrais louer ? » demanda Zorian. Elle acquiesça. « Quelle chance, qu’est-ce que vous avez en tête ? »

« D’abord, j’aimerais insister sur le fait que ce que je m’apprête à vous proposer n’a rien à voir avec l’Académie Royale des Arts Magiques de Cyoria, » l’avertit Ilsa. « Il s’agit de quelque chose qui doit strictement rester entre nous, c’est bien compris ? »

« Ok… » répondit prudemment Zorian. Il commençait un peu à s’inquiéter, mais il n’avait pas l’impression qu’Ilsa lui voulait du mal. Il attendit d’entendre ce qu’elle lui proposait.

« Une de mes amies loue des chambres à un prix très raisonnable… » commença Ilsa.

Après plusieurs minutes d’interrogation et de lecture entre les lignes, Zorian décida qu’il allait laisser sa chance à l’amie d’Ilsa. Ses prix ‘très raisonnables’ étaient un peu chers, mais acceptables. Ilsa suggéra également que son amie adorait les enfants et serait ravie de s’occuper de Kirielle pendant qu’il était en cours, ce qui vaudrait bien chaque pièce qu’il payait pour la location si c’était vrai.

Après cela, le sujet de leur discussion s’orienta sur son choix de mentor (ou plutôt sur le fait qu’il ne pouvait pas choisir) et son choix d’options. Il avait déjà essayé toutes les options qui étaient susceptibles de l’intéresser, et donc ses choix étaient maintenant toujours les mêmes : botanique, astronomie et anatomie humaine. Il les avait choisis parce que les professeurs s’en fichaient parfaitement s’il ne se rendait pas aux cours, et parce qu’Akoja n’avait pris aucune de ces matières (et donc n’était pas au courant s’il séchait).

Quand Ilsa retourna à l’académie, Kirielle descendit les escaliers aussi bruyamment qu’un éléphant, ignorant les réprimandes de sa mère sur le fait de courir à l’intérieur de la maison. Il ne doutait pas qu’elle eût terminé ses valises il y avait déjà plusieurs minutes, et avait attendu qu’Ilsa parte pour sortir.

« Je suis prête ! » dit-elle en souriant.

« Tu as pensé à tout mettre dans tes valises ? » demanda-t-il.

« Ouaip ! » acquiesça-t-elle.

« T’as pensé à mes livres ? » demanda Zorian.

« Pourquoi est-ce que je préparerais tes livres ? » grimaça-t-elle. « Tu peux faire ça toi-même, fainéant ! »

« Eh bien, tu les as pris de ma chambre pour les cacher sous ton lit, » remarqua Zorian.

« Oh ! » Ses yeux s’ouvrirent grand, montrant qu’elle avait compris. « Ces livres-là ! Heu… je crois que j’ai un peu oublié de te les rendre. Je vais te les remettre dans ta chambre, d’accord ? »

« De quoi est-ce que vous parlez ? » demanda Mère en se rapprochant.

« De rien du tout ! » répondit Kirielle d’un ton légèrement paniqué, se retournant pour faire face à sa mère. « J’ai juste oublié quelque chose, c’est tout ! Je reviens tout de suite ! »

Elle fusa comme une flèche à l’étage, ignorant une fois de plus les réprimandes de Mère sur le fait de courir à l’intérieur de la maison. Zorian la regarda monter en plissant les yeux. Pourquoi est-ce que Kirielle était si inquiète que sa mère découvre qu’elle avait pris des livres dans sa chambre ? Ce n’était pas vraiment la première fois qu’elle faisait ça, et mère ne semblait jamais s’en soucier. Il y avait un détail très important caché dans cette réaction qui était en surface innocente, il le savait.

Il commença à se dire qu’il ne connaissait pas Kirielle aussi bien qu’il le pensait.

« Je m’ennuie. »

Zorian ouvrit les yeux et lança un regard noir à sa petite sœur. Il ne pouvait pas fermer ses yeux pendant une minute sans qu’elle ne dise quelque chose ou ne lui donne ‘accidentellement’ un coup de pied dans le genou avec ses petites chaussures pointues. Et il avait pensé que l’annonceur était agaçant…

« Je m’en rends compte, oui, » dit-il en levant les yeux au ciel. « Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? »

« Joue à un jeu avec moi ? » dit-elle avec espoir.

« Est-ce qu’on a pas déjà assez joué ? » soupira-t-il. « Il y a un nombre limité de fois que je peux te battre au pendu avant que ça m’ennuie. »

« Mais tu as triché ! » protesta-t-elle. « Asphyxie, c’est même pas un vrai mot ! »

« Quoi ? Bien sûr que ça l’est ! » répliqua-t-il. « Tu es juste –»

« Menteur ! » l’interrompit-elle.

« Peu importe, » souffla Zorian. « C’est pas comme si c’était la seule partie que j’ai gagné. »

« Donc tu admets avoir triché sur la dernière ! » conclut-elle triomphalement.

Zorian ouvrit la bouche pour contre-argumenter, mais abandonna l’idée.

« Pourquoi est-ce que j’essaye de discuter de ça avec toi ? » demanda-t-il à voix haute, même si la question était plus dirigée contre lui-même qu’à Kiri.

Un grésillement désagréable suivi de la voix de l’annonce de la gare stoppa net la discussion qu’ils avaient.

« Nous arrivons à Korsa, » dit une voix robotique. Un autre grésillement. « Je répète, nous arrivons à Korsa. Merci. »

« Oh, bénis soient les dieux, » marmonna Zorian. L’arrivée à Korsa voulait dire deux choses. Déjà, les trois quarts du trajet étaient passés, ensuite, quelqu’un d’autre arriverait dans le compartiment, donnant à Kirielle l’occasion d’embêter quelqu’un d’autre.

Quelqu’un d’autre qu’Ibery, par contre. Il avait délibérément évité son compartiment habituel pour être certain qu’elle et Kiri ne se rencontrent jamais, car il avait le sentiment qu’une discussion entre elles ne pouvait pas bien se terminer. En effet, Kiri n’aimait pas Fortov plus que Zorian ne l’aimait, et elle était bien plus franche sur ses sentiments.

« Il y a tellement de monde ! » remarqua Kiri, regardant la foule sur le quai à travers la vitre. « Est-ce qu’ils sont tous des étudiants comme toi ? »

« La plupart, oui, » dit Zorian. « Mais ils ne vont pas tous à la même école que moi. Il y a plus d’une académie à Cyoria. »

« Je pensais que les mages étaient plus rares que ça, » dit-elle. « Maman dit qu’il faut être vraiment intelligent pour en devenir un. Tu crois que je pourrais devenir une mage un jour ? »

« Bien sûr, » dit-il pensivement.

« Vraiment ? » demanda-t-elle, un mélange d’excitation et de suspicion dans la voix. Zorian comprit qu’elle s’attendait partiellement à ce qu’il affirme cela pour préparer une mauvaise blague, ou quelque chose du genre.

« Oui, » confirma-t-il. « Je ne vois pas pourquoi tu n’y arriverais pas. Tu sembles bien réussir à l’école, d’après ce que j’entends, donc je ne vois pas pourquoi ton intelligence serait un problème. Et ce n’est pas comme si nos parents ne pouvaient pas se permettre de t’envoyer étudier quelque part, même si ce n’est pas Cyoria. »

Kirielle resta silencieuse, choisissant plutôt d’observer par la fenêtre, refusant de le regarder dans les yeux. Il était sur le point de lui demander ce qu’elle avait quand il fut distrait par l’ouverture soudaine de la porte du compartiment.

« Byrn Ivarin » se présenta le garçon. « Est-ce que je peux m’installer ici ? »

Zorian lui fit signe d’entrer sans rien dire. C’était le même garçon qui lui avait conseillé d’aller travailler à la bibliothèque la dernière fois qu’ils avaient discuté ensemble. Il s’était montré très loquace à l’époque, donc il devrait être parfait ! Même s’il ne se montrait pas très enclin à discuter avec quelqu’un d’aussi jeune, il doutait que Kirielle allait le laisser l’ignorer, et il semblait trop poli pour la remballer sans ménagement. Avec un peu de chance, il maintiendrait Kirielle occupée pour le reste du voyage.

« Je suis Kirielle Kazinski, » se présenta rapidement sa sœur, « et voici mon frère Zorian. Es-tu un étudiant comme Zorian ? Tu sais faire de la magie ? »

« Heu… eh bien.. oui, » répondit Byrn, partagé entre le désir d’en savoir plus sur le nom de famille et la volonté de rester poli en répondant à la question de Kirielle. Au final, la politesse l’emporta. « Mais je ne suis qu’en première année, donc je ne peux me vanter de rien. »

Malheureusement pour Byrn, il allait devoir attendre un moment avant de pouvoir poser sa question : Kyrielle était lancée, et lui posait toutes les questions qui lui passaient par la tête. Zorian apprit rapidement que Byrn était l’enfant unique de deux mages de première génération de Korsa, et que sa famille plaçait beaucoup d’espoirs en lui. Byrn était au moins aussi excité d’en apprendre davantage sur la magie que de s’éloigner enfin de ses parents autoritaires. Voilà au moins un point sur lequel Zorian pouvait sympathiser.

« Trois grands frères, hein ? » rit Byrn. « Pauvre de toi. Enfin… des fois j’aurais bien aimé avoir un grand frère. Mes parents auraient eu quelqu’un d’autre à embêter de temps en temps. »

« Je sais de quoi tu parles, » dit Kirielle. « Depuis que Zorian a rejoint l’académie, Mère n’a personne sur qui porter son attention à part moi. C’est nul. »

Zorian sursauta de sympathie. Il n’y avait jamais pensé, mais cela expliquait en bonne partie le comportement de Kirielle pendant les deux années précédentes. Sans la présence de Zorian pour servir de paratonnerre pour les critiques de Mère, le temps passé par Kirielle à la maison avait dû être beaucoup plus dur. Une partie de lui était satisfaite que le petit démon puisse enfin ressentir un peu ce qu’il avait lui-même vécu, mais il trouvait surtout qu’elle ne méritait pas quelque chose comme ça.

« Je voulais vous demander, » commença Byrn. « Votre nom de famille n’est pas courant, il n’y a pas beaucoup de Kazinski. Êtes-vous lié par chance à Daimen Kazinski ? »

« C’est notre frère, » dit Kirielle.

« Vraiment ? » demanda Byrn avec excitation. « Tu sais, ça fait un moment que je n’ai rien entendu à son sujet. Qu’est-ce qu’il fait en ce moment ? »

« Il est en Koth, » répondit Kirielle. « Je crois qu’il a trouvé quelque chose dans la jungle… mais je sais pas. Je ne lui parle pas souvent. Il voyage tout le temps. Tu as plus de chance d’en apprendre sur lui dans les journaux qu’en me parlant à moi. Zorian le connais mieux que moi. »

Zorian jeta un regard noir à Kirielle pour l’avoir mis dans cette situation, en plus au sujet de Daimen ! Le petit démon se contenta de lui tirer la langue. Hmph.

« On ne s’entend pas très bien avec Daimen, » dit franchement Zorian. « Je ne peux pas te dire grand-chose d’autre que ce que Kiri t’as dit. »

« Oh, » dit Byrn, visiblement déçu. Il lâcha un petit rire forcé, essayant de dissiper l’atmosphère gênante qui avait envahi le compartiment. « Et voilà que je pensais que j’aurais pu apprendre quelques histoires sur l’un de mes héros. Enfin, d’un côté j’ai appris des choses, pas vrai ? C’est un peu dommage qu’il n’ait pas le temps pour sa famille. »

« Hmm » répondit Zorian en restant évasif.

Le reste du voyage se fit sans histoire, à l’exception que Byrn décida de rester avec eux pendant un moment après avoir débarqué du train. Byrn et Kirielle furent tous les deux admiratifs (et plus qu’un peu intimidés) par la taille et l’activité régnant dans la gare de Cyoria, et Zorian décida de se montrer sympathique en leur faisant visiter rapidement l’endroit. Cependant, la visite ne fut finalement pas aussi brève qu’il l’avait espéré car Kirielle insista pour parcourir les magasins. Il essaya de lui dire que tous les magasins autour de la gare vendaient de la marchandise bien trop chère (puisqu’ils pouvaient se le permettre, à cause de la localisation favorable) et qu’il ne lui achèterait rien, mais cela ne la dissuada pas le moins du monde. Elle voulait juste ‘regarder’. Byrn, pour une raison incompréhensible, se ligua avec Kiri. Il semblait également apprécier le lèche-vitrines. Quelle folie.

Par contre, comme ils avaient perdu tellement de temps, la pluie avait déjà commencé à tomber au moment où ils s’apprêtaient à partir. Byrn n’avait pas de parapluie, bien sûr, et même s’il en avait, la quantité de valises qu’il avait rendrait le trek sous la pluie très problématique. Zorian offrit son aide à contrecœur : le garçon semblait si malheureux face à la tournure des événements que Zorian n’avait cœur à l’abandonner.

De toute façon, Kirielle ne l’aurait pas laissé faire, et il ne voulait pas créer de scène en la tirant derrière lui pour qu’ils se mettent en route.

« J’apprécie vraiment ton aide, tu sais ? » dit Byrn, passant curieusement les doigts dans la barrière pare-pluie qui les entourait. « Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi. On dirait pas qu’il va s’arrêter de pleuvoir de sitôt. »

« Pour la dernière fois, t’en fais pas, » soupira Zorian. « Vraiment, je vis pour aider mon prochain. »

Byrn, de manière ‘discrète’ articula un « merci » en direction de Kirielle, qui jouait avec une excitation infinie avec la barrière, passant ses bras et ses jambes hors du dôme protecteur avant de les rentrer à nouveau. Elle lui leva les pouces. Apparemment, le garçon savait qui remercier pour sa chance. Hmph. S’il tombait à court de mana avant de rejoindre leur nouvelle maison et après avoir accompagné Byrn, la pluie lui tomberait sur la tête de Kyrielle, et elle ne sembla pas le réaliser. La barrière pare-pluie drainait beaucoup de mana, et il devait en plus l’élargir pour les couvrir tous les trois ainsi que le disque flottant qui couvrait leurs bagages.

« Ce sort est génial ! » déclara Kirielle. « Il est compliqué ? Tu crois que tu pourrais m’apprendre à le lancer ? Je le dirai à personne ! »

« Oh, s’il te plaît, » se plaint Zorian. « Tu ne peux même pas sentir ton mana, encore moins le façonner. Ce n’est pas une question de légalité, mais de capacité. Ça te prendrait des mois si t’es un génie, et un an ou deux dans le cas contraire. Attends de rejoindre toi-même une école de magie, ok ? »

Kirielle se dégonfla immédiatement.

Au final, ils réussirent à déposer sans problème Byrn en sécurité des protections anti-pluie propres à l’académie avant de se rendre vers leur nouvelle maison. En fait, ils étaient presque arrivés à leur destination quand Zorian tomba à court de mana, ce qui causa la disparition instantanée du bouclier pare-pluie.

Il insistait sur ‘presque’, car il espérait que l’amie d’Ilsa n’était pas super stricte sur le fait que des gens arrivent chez elle trempées.

« Vous auriez dû attendre ! Honnêtement, qu’est-ce qui vous a poussé à marcher avec cette horrible météo ? Les jeunes de nos jours se croient invincibles… »

Zorian leva les yeux au ciel suite à la réaction de leur hôtesse, ne prenant pas la peine de camoufler sa réaction puisqu’elle était occupée à fouiller des tiroirs et ne le regardait pas vraiment. Il aurait continué de pleuvoir toute la nuit, donc rester à attendre un temps plus clément n’avait jamais été une option, mais il ne pouvait pas non plus vraiment lui expliquer comment il le savait. En plus, ils seraient arrivés sans soucis si Kirielle ne s’était pas montrée aussi têtue pour raccompagner d’abord Byrn à l’académie. Et puis, ce n’était pas comme si leur petit passage sous la pluie s’était montré traumatisant. Donc pourquoi réagissait-elle de la sorte ?

Ses pensées furent interrompues par une serviette qui lui arriva sur le visage.

« Voilà. Tu peux utiliser ça pour te sécher les cheveux, » dit-elle. «  Je vais voir si ta sœur a besoin d’aide. Tu ferais bien de prier qu’elle ne tombe pas malade à cause de ça, ou tu vas m’entendre, compris ? »

« Elle n’est pas faite en sucre, » marmonna Zorian. « Elle ne va pas s’effondrer parce qu’elle a été un peu mouillée… »

Soit il prononça ces mots un peu trop faiblement pour qu’elle l’entende, ou elle décida de l’ignorer, dans tous les cas elle passa juste devant lui et sortit de la chambre. Imperturbable, Zorian s’assit sur une chaise et étudia la pièce.

La logeuse, une certaine Imaya Kuroshka, était une femme d’âge mûr pleine de vie qui les fit rapidement entrer lorsqu’elle les avait découverts, trempés jusqu’aux os, sur son pallier. Elle n’avait même pas demandé leur identité avant de faire ça. Il fallut que Zorian se présente pour qu’elle réalise qu’ils avaient en fait une raison pour toquer à sa porte que d’échapper à la pluie. Zorian fut tenté de lui donner sa propre leçon sur la naïveté de la femme et le fait de laisser des étrangers rentrer dans sa maison, mais contrairement à certaines personnes, il avait décidé de ne pas faire le difficile. Et puis, tout bien considéré, elle semblait être gentille. Au moins, elle ne semblait pas être l’une de ses personnes qui essayaient de profiter un maximum de leurs locataires, même s’il était difficile d’être certain si tôt.

Ce qui l’embêtait le plus était qu’Imaya semblait considérer qu’ils allaient définitivement s’installer chez elle, alors que tout ce qu’il avait promis était de faire un test, c’était tout !

Une fois qu’Imaya revint avec Kirielle (qui avait changé d’habits et avait à peu près fini de sécher ses cheveux, et semblait complètement pas affectée par le fait d’avoir dû courir dans la pluie moins d’une heure plus tôt), ils commencèrent à discuter. Zorian devait de temps en temps recentrer le sujet de discussion sur leur présence ici, car Imaya et Kirielle semblaient heureuses de laisser la conversation prendre d’autres directions s’il les laissait faire. Il dut également donner quelques coups de pied sous à la table à Kirielle pour qu’elle se taise. Ilsa lui avait dit de ne jamais aborder le sujet du mariage et d’époux avec Imaya pour une raison… non spécifiée. Zorian aimait quand les gens respectaient sa vie privée, et donc était heureux de faire de même avec Imaya, et avait prévenu Kirielle de respecter cette règle. Mais elle semblait avoir quelques difficultés à appliquer ses consignes, à cause de sa tendance à radoter.

Leur arrangement n’était pas parfaitement à son goût, pour être honnête. La maison d’Imaya n’était pas vraiment conçue pour la location. Il s’agissait d’une maison de famille normale, de taille respectable, qui avait quelques chambres non occupées à l’étage. Zorian et Kirielle occuperaient l’une d’elle, et partageraient le reste de la maison avec Imaya et deux autres locataires qui étaient censés arriver dans les prochains jours. Il y avait bien moins d’intimité qu’il ne l’espérait. En plus, leur chambre n’avait qu’un lit, ce qui voulait dire qu’il allait devoir dormir avec Kirielle. Zorian avait en fait déjà passé quelques nuits avec elle quand elle était plus jeune, et savait qu’elle bougeait énormément la nuit, en plus d’être une voleuse de couverture. Heureusement, ils étaient pour l’instant les seuls locataires, donc Imaya l’autorisa à utiliser une seconde chambre sans frais supplémentaires, avec l’obligation de retourner avec Kirielle quand elle aurait trouvé un locataire.

Zorian décida que le lendemain il irait discrètement rechercher un autre logement. Juste au cas où.

Malgré son nouveau lieu de vie et la présence de Kirielle, les jours suivants furent plutôt normaux. Il postula pour un travail à la bibliothèque. Il alla parler à Ilsa pour du tutorat avancé, en choisissant comme intérêt les divinations. Il travailla sur plusieurs exercices de façonnage quand il avait du temps libre, en se concentrant essentiellement sur la recherche du nord qui était censé aider pour les divinations. Taiven le retrouva, malgré son changement de résidence, et Zorian lui fit part des rumeurs sur des araignées géantes dans les égouts utilisant de la magie de l’esprit, afin qu’elle puisse survivre à sa mission. Malgré ses appréhensions, il décida de rester chez Imaya, car elle faisait un excellent travail pour garder Kirielle heureuse et surtout pour qu’elle le laisse tranquille. D’ailleurs, de son côté, Kirielle se comportait extrêmement bien. Elle passait beaucoup de temps à dessiner. Zorian ne savait même pas qu’elle aimait dessiner. Elle ne le faisait jamais à la maison. Peut-être que le voyage l’avait inspirée à prendre un nouveau passe-temps ?

Dans tous les cas, après ces quelques premiers jours, tout commença à dérailler. Déjà, la boucle ne s’était pas arrêtée après quelques jours, ce qui était déjà remarquable. Mais encore plus important, Ilsa lui demanda à nouveau d’aller récupérer Kael et sa fille à la gare principale de Cyoria, et il remarqua que Kael avait également loué une chambre chez Imaya. Pour la même raison que Zorian : Ilsa lui avait recommandé l’endroit.

Donc maintenant, il vivait sous le même toit que sa petite sœur, un adolescent morlock et sa fille et sa propriétaire qui n’agissait pas vraiment en propriétaire. Enfin, il allait devoir rencontrer son mentor, Xvim, qui allait lui lancer des billes dessus dès vendredi. Ilsa rendait apparemment souvent visite à son amie, et Imaya invita Taiven à dîner avec eux dimanche prochain quand elle était venue essayer de convaincre Zorian de l’accompagner dans les égouts. Ce n’était clairement pas une boucle comme les autres.

« Je commence à avoir l’impression d’abuser de toi, » dit Kael, plaçant une poignée de poudre bleue dans un récipient en verre transparent.

« Et je ne vois vraiment pas pourquoi, » dit Zorian, ne quittant pas des yeux les petits champignons bleus qu’il était en train de passer au mortier. « Je te fournis des ingrédients pour ton laboratoire, et tu me laisses être ton assistant pendant que tu travailles. Tu économises un peu d’argent sur les fournitures, et ça me permet d’obtenir de l’expérience. Pourquoi tu as l’impression de profiter de moi ? Tiens. »

Il donna les champignons en poudre au garçon aux cheveux blancs, qui soupira de résignation et repris son travail. Zorian prit le temps de regarder l’atelier dans lequel il se trouvait, en essayant d’être discret.

L’atelier de Kael était vraiment incroyable, considérant qu’il s’agissait juste d’un sous-sol qu’Imaya lui avait donné afin qu’il le convertisse pour son travail. C’était la première chose que Kael avait faite en arrivant, et Imaya s’était montrée étrangement peu inquiète de voir un adolescent travailler avec autant de concoctions magiques dangereuses dans sa propre maison. ‘Ilsa m’a assuré que Kael sait ce qu’il fait’, avait-elle dit. Eh bien, sans doute, mais quand même. L’équipement était prêté à Kael par l’académie. D’après lui, il était un peu daté, mais le morlock n’était pas en situation de se montrer trop exigeant et se sentait déjà chanceux d’avoir obtenu quelque chose. »

« Je ne pense pas que le prix des fournitures que tu m’offres vaille vraiment l’expérience que tu vas avoir, » expliqua Kael en plaçant de l’eau en ébullition dans le récipient rempli de poudre avant d’ajouter des petites balles noires que Zorian ne reconnaissait pas. « En fait, en voyant à quel point tu es doué, c’est probablement moi qui devrais te rémunérer pour l’aide que tu apportes. »

« T’en fais pas, » répéta Zorian, espérant que le message passerait cette fois-ci. Il ne pouvait pas vraiment expliquer au garçon que son compte en banque aller spontanément se remplir à nouveau quand la boucle recommencerait, donc il lui était difficile d’expliquer pourquoi l’argent n’était pas un problème pour lui.

De manière générale, son interaction avec Kael était bien plus amicale cette fois-ci. À contrecœur, il devait admettre que Kirielle en était l’une des principales raisons. Elle s’était très vite liée à Kana, même si cette dernière était encore pratiquement un bébé, ce qui semblait mettre Kael à l’aise avec eux deux. Mais après ça, Zorian et Kael découvrirent qu’ils s’entendaient plutôt bien, et Zorian décida d’aider le morlock avec son alchimie pour essayer d’apprendre quelque chose. Ce qui conduit à leur situation actuelle.

« Toute cette situation est vraiment étrange, » dit Kael après une minute de silence. « Mais pas forcément de manière négative. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu Kana aussi heureuse, et je suis vraiment reconnaissant envers ta sœur pour tout ce qu’elle a fait pour elle, d’ailleurs. »

« Pour être honnête, je ne sais pas combien de temps ça va durer, » admit Zorian. « Pour l’instant, elle trouve Kana mignonne, et trouve probablement agréable d’avoir quelqu’un qui fait autant attention à elle. Elle a tendance à vite s’ennuyer, par contre. Dans tous les cas, elle ne sera que temporairement à Cyoria, le temps que ma famille visite mon frère en Koth. »

« C’est dommage, » soupira Kael, avant de sourire bêtement à Zorian. « Enfin, j’imagine que toi tu seras soulagé quand elle partira enfin. »

« Eh bien, qui sait, » dit Zorian. « On verra comment ça se passe. Elle est plutôt agréable pour l’instant, donc avec un peu de chance elle ne sera pas la sale peste qu’elle est d’habitude. J’espère vraiment que l’attitude de ta fille va un peu dépeindre sur elle… »

« Oh, mais ça serait tellement dommage, » dit Kael. « Il serait dommage pour une fille si pleine de vie de perdre son entrain. Moi-même j’espère que Kana aura un jour un pareil enthousiasme sans fin. »

« Est-ce que tu veux échanger, du coup ? » proposa Zorian.

« Non, » gloussa Kael. « Cherche-moi le céleri d’eau et reste silencieux un moment, il faut que je me concentre sur ce truc. »

Zorian regarda donc Kael travailler en silence, se demandant ce qu’allait lui apporter le reste du mois.

 


Cet article comporte 7 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Do NOT follow this link or you will be banned from the site! Back To Top