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Mother of Learning, chapitre 13


Traducteur : Mithestral


Chapitre 13 : D’une minute à l’autre

Chapitre 13 : D’une minute à l’autre

Les yeux de Zorian s’ouvrirent brusquement lorsqu’il ressentit une douleur intense au niveau de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

« Bonjour frérot! ». Il entendit une voix gaie mais agaçante provenir d’au-dessus de lui. « Bonjour, bonjour, BONJOUR ! »

Zorian poussa un grognement en repoussant Kirielle sans ménagement. La cinquième fois ! C’était la cinquième fois que la boucle s’arrêtait après seulement quelques jours ! Combien de fois Zach devait-il mourir avant de réaliser qu’il devrait se retirer et arrêter d’essayer pendant quelque temps ? Sérieusement, Zorian aurait réévalué son approche après le second essai…

Il prit ses lunettes posées sur sa table de chevet avant de se diriger en toute hâte vers la salle de bains avant que Kirielle ne reprenne ses esprits. Ces recommencements courts et irréguliers étaient en train de ruiner tous les plans qu’il avait faits, sans parler du fait qu’ils le déconcentraient énormément. Il n’arrivait vraiment à rien faire de significatif, à part parcourir la bibliothèque à la recherche de textes utiles en attendant que Zach arrête de se suicider régulièrement. Qu’est-ce qu’il essayait de faire, au juste ?

Il se dit qu’il ne devrait pas s’énerver sur le sujet… après tout, ça ne pouvait pas durer plus de 10 ou 15 recommencements, pas vrai ?

Ouais… Ouais, ça devait être ça.

« Salut Cafard ! »

Zorian, sans rien dire, fit signe à Taiven de rentrer, avant de fermer lentement la porte derrière elle. Il voyait bien que sa vitesse d’escargot l’exaspérait un peu, mais il n’y prêta pas attention. Il essayait désespérément de gagner du temps en attendant de savoir quoi faire.

Il voulait vraiment avoir une discussion avec les étranges araignées télépathes des égouts, mais ce serait de la folie d’y retourner maintenant. Il n’avait aucune garantie qu’elles se montreraient aussi ‘amicales’ que la dernière fois, et leur magie de l’esprit les rendaient dangereuses, même dans une boucle temporelle. Il avait besoin de trouver une méthode pour protéger son esprit avant de retourner dans le sous-sol de Cyoria, et il n’avait pour l’instant trouvé qu’un seul sort de protection qui protégeait l’esprit du lanceur dans les archives de l’académie. Malheureusement, c’était un sort qui bloquait absolument tout ce qui était relié à l’esprit, incluant les sorts de communication par la pensée. Il avait besoin de quelque chose de plus restreint que ça.

Certes, il ne voulait pas redescendre dans le Donjon, mais cela ne voulait pas dire qu’il était heureux de laisser Taiven courir à sa perte. Il ne savait pas exactement pourquoi il s’en souciait. En effet, techniquement parlant, dans quelques jours tout serait réinitialisé et elle serait à nouveau en vie. Mais ça le gênait quand même, et comme il était forcé d’avoir cette discussion tous les quelques jours, il pouvait au moins essayer de trouver un moyen de la convaincre de ne pas y aller.

Il ne pensait pas un instant que ça allait être facile. Taiven était probablement encore plus têtue que Zach.

« Alors, Taiven, comment vas-tu ? » commença-t-il.

« Heu, couci-couça, » soupira-t-elle. « J’essaye de trouver quelqu’un qui me prendrait comme apprentie, mais j’ai un peu du mal. Tu sais comment ça marche. J’ai réussi à convaincre Nirthak de me prendre comme assistante, c’est toujours ça. Tu n’aurais pas par hasard pris l’option combat non magique ? »

« Non, » répondit Zorian avec enthousiasme.

« Quelle surprise, » dit-elle en levant les yeux au ciel. « Tu aurais vraiment dû, tu sais ? Les filles –»

« …adorent les garçons qui s’entraînent, oui, oui, » acquiesça tranquillement Zorian. « Qu’est-ce que tu fais ici, Taiven ? Tu as réussi à me trouver alors que je n’ai emménagé que hier et je n’ai jamais donné le numéro de ma chambre à quiconque. J’imagine que t’as utilisé une divination pour me retrouver ? »

« Heu, en effet, » confirma Taiven. « C’est assez facile à faire, pour être honnête. »

« Mais je croyais que ces chambres étaient censées avoir un certain nombre de protections ? » demanda-t-il.

« Je suis sûre que ce n’est que des trucs basiques comme des protections anti-incendie ainsi que des champs de détection pour prévenir le personnel en cas de bagarre dans le couloir, ou de tentative d’invocation de démons, ce genre de chose, » dit-elle en haussant les épaules. « Bref, je suis ici pour te demander de me rejoindre moi et quelques autres personnes pour un job demain. »

Zorian resta silencieux, patientant qu’elle termine son discours de vendeuse. Le travail était en fait lundi, pas le lendemain. Taiven avait une définition de ‘demain’ qui était assez différente de l’usage courant. Mais à part ça, sa description de la situation était plutôt honnête. Elle fit même mention qu’il y avait une petite chance de rencontrer quelque chose de vraiment mauvais, mais elle insista sur le fait qu’elle et ses amis étaient parfaitement capables de confronter n’importe quel danger qu’ils rencontreraient là-dessous. Ben voyons.

« N’importe quel danger ? » demanda Zorian d’un ton suspicieux. « Tu sais, il se trouve que j’ai lu pas mal d’ouvrages sur les espèces d’araignées magiques, et elles peuvent être vraiment puissantes. Une seule chasseuse grise est connue pour avoir massacré des groupes entiers de mages partis chasser, et elles ne sont pas plus grosses qu’un humain. Les araignées phasiques peuvent te sauter dessus sans que tu t’en rendes compte et t’amener dans leurs propres dimensions de poche personnelles. Certaines espèces ont même leur propre magie, avec à leur disposition de la magie de l’esprit. »

La dernière partie était essentiellement un mensonge. L’écologie du Donjon était un mystère géant, même pour les mages qui se spécialisaient sur le sujet, et il y avait peu d’informations sur les monstres qui faisaient du Donjon leur maison. Ce n’était donc pas très surprenant qu’il n’avait rien trouvé sur des araignées apparemment conscientes et télépathes à la bibliothèque, même après avoir demandé l’aide d’Ibery et de Kirithishli.

Était-ce juste lui, ou la bibliothèque académique était bien moins utile qu’il ne l’avait imaginé ? À chaque fois qu’il recherchait quelque chose, il avait été déçu. Mais bon, c’était vrai que les sujets qu’il avait recherchés dernièrement étaient souvent obscurs, presque illégaux ou les deux en même temps.

« Oh, s’il te plaît, ne sois pas paranoïaque, » se plaignit Taiven. « Comme si quelque chose de ce genre se trouvait juste en dessous de Cyoria. On va pas se rendre dans les profondeurs du Donjon, bordel ! »

« Je ne pense pas que tu devrais y aller du tout, » insista Zorian. « J’ai un très mauvais pressentiment sur cette histoire. »

Taiven leva les yeux au ciel, et son agacement était audible dans sa voix. « Marrant, je ne t’aurais jamais pris pour quelqu’un de superstitieux. »

« Les gens changent avec le temps, » dit Zorian solennellement, souriant intérieurement à sa blague sur sa situation, avant de regarder Taiven avec une expression grave. « J’ai sérieusement un mauvais pressentiment. Est-ce que cette mission vaut vraiment que tu te fasses tuer ? »

L’approche qu’il avait prise n’était visiblement pas la bonne, car Taiven s’emporta immédiatement. Il supposa qu’elle avait peut-être pris son commentaire comme une insulte par rapport à ses capacités de mage. Avant qu’il ne puisse s’excuser et reformuler son argument, elle lui criait déjà dessus.

« Mais je ne vais pas mourir ! » cria-t-elle, très agacée. « Bordel, tu parles comme mon père ! Je ne suis plus une petite fille qui a besoin d’être protégée ! Si tu ne voulais pas venir, tu aurais pu simplement le dire sans me faire la morale ! » Elle partit furieuse, claquant la porte derrière elle en se plaignant de ‘gamins prétentieux’ et de ‘temps perdu’.

Zorian fit la grimace. Il n’était pas sûr pourquoi elle avait réagi de la sorte à ses mots, mais il était clair que lui faire remarquer le danger potentiel de sa mission ne servait à rien d’autre que l’énerver.

Oh, peu importe. Il ne s’attendait pas à réussir du premier coup de toute façon.

« Salut Cafard ! »

« Je suis heureux que tu sois venue, Taiven, » dit Zorian d’un ton grave. « Rentre, nous devons discuter. »

Taiven haussa un sourcil en voyant son attitude, avant de hausser les épaules et de rentrer. Zorian essaya d’avoir un air sérieux et solennel, mais ça semblait plus l’amuser qu’autre chose.

« Donc… je comprends que tu voulais me voir ? » demanda-t-elle. « Faut croire que t’as de la chance que j’ai décidé de te rendre visite, pas vrai ? »

« Pas vraiment, » dit-il. « Je savais que tu viendrais me rendre visite aujourd’hui, tout comme je sais que tu es venu dans le but de me demander de te rejoindre pour accomplir un travail dans les égouts. »

« Ce n’est pas –» commença Taiven avant d’être interrompue par Zorian.

« Un travail dans les égouts, » répéta Zorian. « Pour récupérer une montre de poche gardée par des araignées très dangereuses dans l’un des niveaux supérieurs du Donjon sous la ville. »

« Qui est-ce qui t’a parlé de ça ? » après quelques secondes d’un silence confus. « Comment quelqu’un aurait-il pu savoir ? Je n’ai dit à personne où j’allais ni pourquoi je te rendais visite. »

« Personne ne m’a prévenu, » répondit Zorian. « J’ai eu une vision à propos de notre rencontre… et sur ce qu’il se passera si tu te rends dans les tunnels. »

Techniquement, ce n’était pas un mensonge.

« Une vision ? » répéta Taiven, incrédule.

Zorian acquiesça gravement. « Je ne te l’ai jamais dit avant, mais j’ai des pouvoirs prophétiques. Je reçois de temps en temps des visions du futur, et je vois des fragments d’événements importants qui m’affecteront personnellement dans les jours suivants. »

Ce n’était pas complètement invraisemblable, il existait bien des personnes comme ça, même si leurs pouvoirs étaient un peu plus limités que ce qu’il avait à disposition grâce à la boucle temporelle. S’il comprenait correctement, leurs visions ressemblaient moins à une description détaillée du futur, mais plus à un aperçu des grandes lignes d’un événement à venir. Le futur changeait constamment, était toujours incertain, et essayer d’en obtenir une vision claire était comme essayer d’attraper une poignée de sable : plus on resserrait, plus il y avait de choses passant entre les doigts.

Malheureusement, même s’il n’était pas improbable qu’il soit un prophète, Taiven ne semblait absolument pas le croire.

« Oh vraiment ? » dit-elle sur un ton de défi, en croisant les bras. « Et qu’est-ce que ta ‘vision’ t’as dit sur ce boulot ? »

« Que tu vas mourir, » dit Zorian sans ménagement. « Et moi aussi, si je décidais de vous rejoindre. S’il te plaît Taiven, je sais que ça semble ridicule, mais je suis sérieux. Les visions sont rarement aussi claires qu’elles le sont cette fois-ci. Je n’irai pas dans les égouts, et tu ne devrais pas non plus y aller. »

Après quelques secondes de silence, Zorian commença à croire qu’elle allait peut-être l’écouter. Cette impression fut immédiatement détruite quand elle se mit soudainement à rire aux éclats.

« Oh, woah Cafard, t’as failli m’avoir ! » souffla-t-elle, ayant du mal à respirer parce qu’elle explosait de rire tous les trois ou quatre mots. « Des visions du futur ! … Cafard, tu as vraiment les meilleurs blagues. Tu sais, ton sens de l’humour décalé m’avait manqué. Tu te rappelles… tu te rappelles la fois où tu as fait semblant de me demander de sortir avec toi ? »

Zorian réussit par miracle à s’empêcher de faire un bond en arrière. Elle avait vraiment dû mentionner ça, pas vrai ? Il fit de son mieux pour refouler ses souvenirs de cette soirée désastreuse, décidant de ne pas s’appesantir sur ce sujet.

« Ouais… » dit-il sans émotion. « Qu’est-ce que je suis drôle. »

Pourquoi essayait-il de la sauver, déjà ?

« Donc… » dit-elle, réussissant enfin à contrôler ses gloussements. « Dis-moi, comment est-ce que tu savais que j’allais arriver ? »

« Salut Ca –» commença Taiven, avant de s’arrêter quand elle vit son expression vide. « Woah, Cafard, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? »

Zorian continua de regarder dans le vide pendant un moment, avant de secouer la tête, comme pour retrouver un peu ses esprits.

« Désolé, » dit-il d’une voix faible, lui faisant signe de rentrer. « J’ai juste fait un cauchemar extrêmement frappant cette nuit et je n’ai pas pu beaucoup dormir. »

« Oh ? » dit-elle en s’effondrant sur son lit comme à son habitude. « Quel genre de cauchemar ? »

Zorian la regarda pendant quelques instants. « En fait, t’en faisais partie. »

Taiven s’arrêta soudainement pour lui lancer un regard choqué. « Moi ?? Pourquoi je serais dans ton cauchemar ? Normalement, la présence d’une fille magnifique comme moi est suffisante pour que ça soit un rêve très plaisant ! Maintenant je suis vraiment curieuse de savoir de quoi parlait ton rêve. »

« Je marchais dans les égouts, avec toi et deux autres garçons que je n’ai jamais rencontré… » commença Zorian d’une voix basse, « quand nous sommes tombés sur un genre d’essaim d’araignées géantes. Il … Il y en avait tellement… elles ont déferlé sur nous… elles ont commencé à nous mordre et… »

Il prit une série de respirations profondes, comme s’il était sur le point d’hyperventiler, avant de se calmer.

« Excuse-moi, c’est juste… ça semblait si réel, tu vois ? » dit-il, donnant à Taiven le regard le plus vide qu’il arrivait à faire. Après quelques instants il regarda ses mains tremblantes et serra les poings d’un mouvement exagéré. « Désolé, ça semblait si réel… La sensation de leurs crocs pénétrant ma chair, le poison se répandant dans mes veines comme du feu liquide… elles ne nous ont même pas tués au final, juste piégés dans de la soie d’araignée avant de traîner nos corps paralysés vers leur repaire pour nous manger plus tard. C’était une vision si terrifiante, mais si frappante… je crois pas que je regarderais une araignée de la même façon à partir d’aujourd’hui. »

Taiven se balançait nerveusement sur le lit, semblant visiblement très inconfortable, presque malade.

« Mais c’était juste un cauchemar, » dit Zorian en se forçant à sourire. « Dis-moi, pourquoi es-tu venu me trouver aujourd’hui ? Y a-t-il quelque chose dont tu voulais me parler ? »

« N-non ! » balbutia-t-elle, en laissant échapper un rire nerveux. « Je suis… je suis juste venue discuter avec l’un de mes amis ! C’est tout ! Comment vas-tu ? Enfin… à part le… truc avec le cauchemar… »

Quelques minutes plus tard, elle trouva une excuse pour s’en aller. Zorian découvrit plus tard qu’elle s’était quand même rendue dans les égouts et n’était jamais remontée.

« Des araignées ? » demanda Zorian en faisant de son mieux pour paraître très inquiet. « Taiven, tu n’écoutes pas les rumeurs de temps en temps ? »

« Heu… j’étais plutôt occupée ces derniers temps, » dit-elle d’un rire nerveux. « Pourquoi ? Que disent les rumeurs ? »

« Il y a des araignées qui utilisent de la magie de l’esprit qui se baladent dans les égouts de la ville, » expliqua Zorian. « Apparemment, la ville essaye de s’en débarrasser, mais jusqu’à présent les créatures leur ont échappé. Les autorités ont ensuite essayé d’étouffer l’affaire, car ça donnerait l’impression qu’ils sont incompétents, ce genre de choses. »

« Wow, heureusement que je suis venue te parler alors, » dit Taiven. « Je n’aurais jamais pensé à protéger mon esprit avant de descendre là-dessous. »

« Tu prévois quand même d’y aller ? » demanda Zorian d’un ton ahuri. « Qu’est-ce qui te fait penser que tes protections seront suffisantes ? »

« La magie de l’esprit est quelque chose de subtil, » expliqua-t-elle. « Elle utilise des petites quantités de mana de manière très sophistiquée, ce qui la rend facile à contrer avec de la force brute. Donc si tu sais à l’avance que tu vas affronter un mage spécialisé dans la magie de l’esprit, tu peux facilement te rendre imperméable à ses effets. Crois-moi, maintenant que je sais à quoi m’attendre de ces créatures, je ne vais pas tomber dans le panneau. »

Zorian ouvrit la bouche pour argumenter, mais se retint. Peut-être Taiven avait-elle raison. Peut-être regardait-il les choses avec le mauvais angle. Il essayait de faire survivre Taiven, ce qui ne voulait pas nécessairement dire qu’il devait l’empêcher de descendre dans les égouts.

« Peut-être, » concéda-t-il finalement. « Mais je ne viendrai pas avec vous. »

« Rho, allez ! » protesta Taiven. « Je suis parfaitement capable de te protéger ! »

« Non, » insista Zorian. « Ça n’arrivera pas. Trouve quelqu’un d’autre. »

« Que dis-tu – »

« Je ne me battrais pas avec toi, » l’interrompit Zorian. « Écoute, tu n’as aucun moyen de me convaincre de venir avec toi. Mais reviens me voir dans quelques jours pour me dire comment ça s’est passé. Je ne veux pas avoir à vérifier si tu as survécu. »

Et effectivement, elle lui rendit à nouveau visite quelques jours plus tard, lui expliquant que le passage dans les égouts avait été un échec, ils n’avaient pas retrouvé la montre, mais rien ne les avait attaqués non plus.

Huh. Peut-être que Benisek avait raison quand il vantait les pouvoirs des rumeurs et des commérages.

Les yeux de Zorian s’ouvrirent brusquement lorsqu’il ressentit une douleur intense au niveau de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

« Bonjour frérot! ». Il entendit une voix gaie mais agaçante provenir d’au-dessus de lui.

« Bonjour Kiri ! » répondit Zorian, prenant sa petite sœur entre ses bras. « Oh quelle belle, belle journée ! Merci de me réveiller Kiri, j’apprécie vraiment ! Je ne sais pas ce que je ferais sans ma merveilleuse petite sœur. »

Kirielle se tortilla inconfortablement dans son étreinte, pas habituée à ce genre de geste de la part de son frère et pas très sûre de comment elle devait réagir.

« Qui êtes vous, qu’avez-vous fait à mon frère ? » demanda-t-elle finalement.

Il se contenta de l’embrasser encore plus fort.

« Je peux t’aider, fiston ? » demanda Kyron. « Le cours est terminé, si t’avais pas remarqué. »

« Oui j’ai remarqué, » confirma Zorian. « Je voulais un conseil de votre part, si vous en avez le temps. »

Kyron lui fit un geste impatient, le pressant de continuer.

« Je voulais savoir si vous connaissiez des moyens de contrer la magie de l’esprit, » demanda Zorian.

« Eh bien, il y a toujours le classique sort bouclier d’esprit, » dit prudemment Kyron. « La plupart des mages sont d’accord sur le fait que c’est tout ce dont on a besoin au sujet de la protection magique de l’esprit. »

« Oui, mais ce sort est un peu… brut, » dit Zorian. « Je cherchais quelque chose d’un peu plus flexible. »

« Brut… en effet, » admit Kyron, devenant soudainement plus intéressé dans la conversation. « Souvent inutile aussi. Une simple dissipation suffit à effacer la protection de la cible, et un mage de l’esprit compétent va piéger tes pensées avant même que tu ne réalises que tu as été pris pour cible. »

« Alors pourquoi est-ce que la plupart des mages sont d’accord que ça suffit ? » demanda Zorian.

« Tu sais pourquoi la majorité des sorts de magie de l’esprit ont une utilisation restreinte, voire interdite ? » demanda Kyron. C’était apparemment une question rhétorique, puisque Kyron se lança immédiatement dans une explication. « C’est parce qu’ils sont essentiellement utilisés pour viser des civils et d’autres cibles essentiellement sans défense. La plupart des ‘mages de l’esprit’ sont des criminels sournois qui utilisent leurs pouvoirs sur les plus vulnérables, et ne peuvent pas être appelés des maîtres de quoi que ce soit, et certainement pas de la magie de l’esprit. C’est assez rare pour des mages de rencontrer des mages de l’esprit qui savent utiliser correctement leurs pouvoirs. Mais même un mage de l’esprit moyennement talentueux peut facilement te pourrir la vie, sans parler des créatures qui ont des pouvoirs affectant également ton esprit. Il y a des méthodes disponibles pour contrer la magie de l’esprit sans recourir à des protections, mais la plupart des mages trouvent plus pratique de s’entraîner avec le bouclier de l’esprit jusqu’à ce qu’il soit à l’état de réflexe et qu’ils puissent le lancer à tout moment. Ou alors ils préfèrent transporter constamment une formule du sort sur eux. »

« Et quelles sont ces autres méthodes ? » demanda Zorian après avoir réalisé que Kyron n’ajouterait rien de plus.

Kyron lui fit un sourire curieux. « Je suis heureux que tu aies posé la question, fiston. Tu vois, y a pas si longtemps, le cours de magie de combat avait un programme bien plus chargé, et incluait ce qu’on appelle ‘amélioration des résistances’. Concrètement, l’instructeur de magie de combat lançaient plusieurs fois différents sorts de magie de l’esprit sur les étudiants, et ces derniers essayaient de résister aux effets. C’était très efficace pour rentre les étudiants naturellement résistants aux effets classiques comme le sommeil, la paralysie et la domination. Malheureusement, il y a eu de nombreuses réclamations d’étudiants qui ont vraiment mal réagi à la leçon. Et puis, il y a eu un certain nombre de scandales où on a découvert que des professeurs et des assistants se servaient de cet exercice comme d’une excuse pour punir certains élèves en dehors des circuits habituels et la pratique fut donc abandonnée. Il s’agit d’une réaction excessive de mon point de vue, mais on n’a pas tenu compte de mon avis. »

Zorian resta silencieux pendant un long moment, essayant de digérer cette information. Est-ce c’était vraiment la meilleure façon de lutter contre la magie de l’esprit ? Il comprenait l’idée derrière l’exercice, c’était le même principe caché derrière les exercices de façonnage et de magie réflexe. Cela permettait de graver les mécanismes de défenses au niveau de l’âme grâce à la répétition, comme lorsque l’on répétait de nombreuses fois des mouvements pour développer la mémoire procédurale. Mais cela avait l’air…si stupide. Et probablement très douloureux.

C’est à ce moment-là qu’il remarqua que Kyron le regardait comme un prédateur observait une proie.

« Qu’est-ce que t’en dis, fiston ? » demanda-t-il. « Tu penses que tu as ce qu’il faut pour essayer ? Ça fait un moment que je veux faire revenir cet exercice, pour être honnête. Je promets que je vais y aller doucement. »

Il mentait. Le tout premier sort qu’il lança sur Zorian était ‘Vision Cauchemardesque’. Il espérait que le sujet que voulaient aborder les araignées avec lui en valait la peine.

Les yeux de Zorian s’ouvrirent brusquement lorsqu’il ressentit une douleur intense au niveau de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

« Bonjour frérot! ». Il entendit une voix gaie mais agaçante provenir d’au-dessus de lui. « Bonjour, bonjour, BONJOUR ! »

Zorian prit une profonde inspiration et se concentra sur l’image mentale de ce qu’il voulait réaliser jusqu’à ce qu’elle fut si réelle qu’il avait l’impression de pouvoir la toucher. Des flux de mana tumultueux jaillirent de ses mains, invisibles à l’œil nu mais facilement ressentis par ses autres sens (un mage pouvait toujours ressentir son propre mana, surtout lors du processus de façonnage). En un peu plus d’une seconde, tout était prêt et il lança tout sur la petite peste qui se trouvait sur lui.

Rien ne se produisit.

Zorian ouvrit les yeux et poussa un long soupir. Ce qu’il venait d’essayer n’était pas de la magie structurée, mais de la magie non-structurée pure. Il avait essayé de faire léviter Kirielle en utilisant le simple exercice de lévitation basique. Il savait qu’une tentative pareille serait bien plus difficile que de faire léviter un stylo au-dessus de sa paume, mais rien du tout ?

« Ça chatouille, » dit Kirielle. « T’as essayé de faire quelque chose ? »

Zorian plissa des yeux. Ok, ça ? Ça c’était un défi.

« Que puis-je faire pour vous, monsieur Kazinski ? » demanda Ilsa. « En temps normal, je supposerais que vous êtes ici pour vous plaindre de Xvim, mais vous n’avez pas encore eu la moindre séance avec lui. »

Zorian lui fit un grand sourire. C’était l’un des avantages de cette série de boucles très courtes : elles se terminaient toujours avant vendredi, donc il ne voyait jamais Xvim.

« En fait, je suis là pour demander un conseil sur un projet personnel, » expliqua Zorian. « Connaissez-vous un genre d’entraînement qui pourrait me permettre de soulever par la télékinésie une personne sans utiliser un sort structuré ? »

Ilsa cligna les yeux de surprise. « Vous voulez dire, en n’utilisant que des techniques de façonnage pur ? Pourquoi avez-vous besoin de faire une chose pareille ? »

« Disons que je suis à court d’exercice après avoir maîtrisé tous les exemples dans ‘Variations avancées des trois basiques’ écrit par Empatin, » dit Zorian. « Ça me semblait être un projet intéressant. »

« Vous maîtrisez les 15 exercices ? » demanda Ilsa, incrédule.

Plutôt que de répondre, Zorian décida de faire une démonstration. Il ramassa un livre particulièrement épais et lourd sur le bureau d’Ilsa et commença à le faire tourner au-dessus de sa paume. Faire tourner un livre de cette façon était en effet bien plus dur que de faire tourner un stylo, car un livre était bien plus lourd et avait tendance à s’ouvrir à moins que le mage n’utilise la magie pour le garder fermer pendant qu’il lévitait. Ce tour en particulier lui avait été appris par Ibery. Elle lui avait affirmé qu’il était indispensable de savoir garder fermé un livre pendant qu’il lévitait si elle voulait lui apprendre certains sorts. Malheureusement, il fallait un peu plus de deux semaines pour qu’Ibery se fasse à sa présence et qu’elle décide de lui enseigner sérieusement, et il n’avait pas autant de temps lors de ces courtes boucles.

Il fit ensuite luire le livre d’une aura menaçante rouge. Utiliser simplement ses talents en façonnage pour faire léviter et tourner un livre, en le gardant fermé, et en le faisant briller était vraiment impressionnant de la part d’un étudiant en troisième année, et devrait être une preuve suffisante de son talent.

Ilsa prit une inspiration profonde et se pencha en arrière sur sa chaise, visiblement impressionnée.

« Eh bien… » dit-elle. « C’est vrai que vous ne manquez pas de talent en façonnage. Mais faire léviter une personne sans un sort n’est pas vraiment… un sujet sur lequel il existe des manuels. Personne ne fait ça, pour autant que je le sache. S’il y a un besoin de lévitation à la demande, les gens portent alors généralement un objet sur eux pour l’accomplir. Des anneaux, par exemple, comme ils sont petits et pas gênants. Je vous recommande vivement de vous concentrer sur un autre sujet si vous voulez vraiment développer vos compétences. Le nombre d’exercices de façonnage est littéralement infini, et la bibliothèque académique en a une belle collection. Les exercices de désintégration d’une pierre et de recherche du nord sont extrêmement utiles, par exemple, mais ils ne sont normalement pas enseignés aux étudiants à cause de la contrainte temporelle.

« La désintégration de pierre et la recherche du nord ? » demanda Zorian.

« La désintégration de pierre consiste à placer un petit caillou dans votre paume et à le réduire en poussière. Enfin, dans le cas où vous obtenez un résultat parfait, car la plupart des gens sont satisfaits d’arriver à le décomposer en une poudre similaire en taille à du sable. Il s’agit d’un exercice utile à ceux qui veulent se concentrer sur les sorts d’altération, car souvent la première étape quand on restructure la matière est de détruire l’état existant. La recherche du nord est un exercice pour les devins et implique l’utilisation d’une boussole factice pour localiser le nord magnétique. Les personnes les plus douées n’ont même pas besoin de la boussole et ressentent simplement le nord à chaque instant.

« C’est vrai que ça a l’air utile, » admit Zorian. « Je vais clairement essayer de les apprendre. Mais vous êtes sûre que vous ne pouvez pas m’aider avec mon problème de lévitation de personne ? »

Ilsa le regarda d’un air ennuyé. « Vous ne voulez toujours pas abandonner cette idée ? Pourquoi y a-t-il tant d’élèves doués qui passent leur temps sur des farces stupides ? »

Zorian s’apprêtait à émettre une objection, mais il réalisa qu’elle avait raison. Concrètement, il essayait de jouer un tour à Kirielle. Ilsa tendit la main pour récupérer le livre qui lévitait toujours, et Zorian cligna des yeux de surprise. Il était toujours en train de léviter ? Après une seconde d’introspection, il réalisa que oui, il avait bien gardé le livre dans les airs pendant leur discussion. Il avait certes arrêté de le faire tourner et il ne brillait plus, mais apparemment faire léviter un objet au-dessus de sa paume était devenu si facile pour lui qu’il remarquait à peine qu’il le faisait.

Il fut interrompu dans ses réflexions lorsqu’Ilsa jeta le livre sur la table, ce qui produisit un bruit sourd. Elle sourit d’un air suffisant en remarquant sa surprise et lui fit signe de faire attention.

« Comme je vous l’ai dit, il n’y a pas de manuel sur la question, » dit-elle. « Et je n’ai jamais essayé quelque chose d’aussi stupide. Donc gardez à l’esprit qu’il ne s’agit que de spéculation de ma part, ok ? »

Zorian acquiesça avec enthousiasme.

« La première chose que je ferais à votre place serait d’arrêter de dépendre sur les mains pour faire léviter des objets, » dit-elle. « Concentrer la magie sur vos mains rend en effet le processus bien plus facile, oui, mais seulement pour une certaine catégorie de tâches. En vérité, faire léviter un objet au-dessus de vos paumes n’est pas de la ‘vraie’ magie non-structurée : la paume offre un point de référence pour l’effet magique, qui le guide et le limite. Si vous avez maîtrisé tous les exercices dans le livre d’Empatin, vous êtes familier avec l’exercice de lévitation en point fixe ? »

Zorian prit un stylo dans une boîte remplie sur le bureau et le fit flotter au-dessus de sa main. Après une seconde il bougea sa main vers la gauche ou vers la droite, mais le stylo continua de léviter sans changer de position, refusant de suivre les mouvements de sa main.

« Une démonstration impeccable, » le félicita Ilsa. « Mais laissez-moi vous poser cette question : est-ce que vous n’avez pas l’impression que la lévitation en point fixe accomplit son objectif de manière alambiquée, détournée ? Pourquoi avez-vous besoin d’un exercice avancé de façonnage pour accomplir quelque chose qu’un simple sort de lévitation d’objet peut faire de façon très ordinaire ? »

Avant qu’il ne puisse répondre, Ilsa tendit la main vers la sienne et retourna la paume de Zorian. Le stylo tomba instantanément sur la table.

« Parce qu’utiliser votre main comme point de référence limite ce que vous pouvez faire avec le mana que vous façonnez, » expliqua Ilsa, se penchant à nouveau en arrière. « Même si le stylo paraît indépendant de votre main, il ne s’agit que d’une illusion. Une illusion assez déroutante. Pourquoi s’embêter à faire ça ? Il faut concrètement mettre une limitation au flux de mana, le rendant dépendant à la position de votre paume, et ensuite essayer de saboter cette même limitation pour le découpler de votre paume. »

Le livre qu’Ilsa avait jeté sur la table pour attirer son attention s’éleva tout d’un coup dans les airs. Ilsa n’avait pas fait un seul mouvement, mais il savait qu’elle en était responsable.

Surtout parce qu’elle le regardait avec un grand sourire.

« Regardez, » dit-elle. « Sans les mains. Bien sûr, il s’agit à peu près de mes propres limites de ce que je peux faire sans utiliser quelque gestuelle pour m’aider avec le façonnage. C’est un talent assez dur à apprendre, mais vous n’en aurez probablement pas besoin dans sa forme la plus pure dans le cadre de votre ‘projet’. Vous avez juste besoin de réduire le degré de dépendance entre votre façonnage et vos mains pour le rendre plus flexible. Retourner votre paume n’aurait pas dû provoquer la chute du stylo. »

« Vous m’avez juste surpris, » répondit-il avec indignation. « Je ne perds normalement pas le contrôle de mon mana aussi facilement. »

« Je maintiens ce que je dis, » dit Ilsa avec un sourire bienveillant. « Vous êtes très impressionnant pour un étudiant, ou même un mage ordinaire, mais vous avez encore un long chemin à parcourir avant de rejoindre les rangs des vraiment grands mages. Mais de toute façon, si et quand vous aurez fait des progrès à ce sujet, vous devriez essayer de faire léviter d’autres êtres vivants que des humains. Bien plus petits. Essayez d’abord des insectes, avant de progresser avec des souris, et cetera. En tout, ça ne devrait vous prendre que… environ 4 ans. »

Si elle pensait qu’il allait être découragé par ça, elle allait être déçue. Non seulement il avait des doutes sur la précision de sa prédiction, mais en plus il n’avait rien de mieux à faire pour le moment.

« Je ferais mieux de m’y mettre de suite, alors, » conclut-il.

Les yeux de Zorian s’ouvrirent brusquement lorsqu’il ressentit une douleur intense au niveau de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

« Bonjour frérot! ». Il entendit une voix gaie mais agaçante provenir d’au-dessus de lui. « Bonjour, bonjour, BONJOUR ! »

Zorian regarda désespérément le plafond au-dessus de lui, ne sachant que dire. La prédiction qu’il avait faite avait été très mauvaise. Il avait perdu le fil du nombre de recommencement, mais c’était bien, bien plus que 15. Et rien n’avait changé depuis : il était rare qu’une boucle dure plus que 3 jours, et aucune n’avait duré plus de 5. Quelle que soit la chose que Zach faisait, elle était incroyablement difficile et Zach se montrait bien trop têtu pour abandonner.

« Zorian ? Tu vas bien ? Allez, je ne t’ai pas fait si mal. Debout, debout ! »

Zorian ignora Kirielle qui lui pinçait le ventre avec une vigueur croissante, continuant de regarder le plafond en supprimant ne serait-ce qu’un tressaillement. La douleur était vraiment négligeable comparée à quelques sorts particulièrement désagréables que Kyron avait lancé sur lui lors de leurs sessions ‘d’amélioration des résistances’. Heureusement, Kyron n’utilisait aucun d’eux plus d’une fois par boucle. Kirielle le claqua quelques fois puis prétendit qu’elle allait lui donner un coup de poing dans la figure. Quand il ne réagit même pas à ça, son poing stoppa juste devant son nez.

« Heu… Zorian ? » dit-elle, semblant sincèrement inquiète. « Sérieusement, ça va ? »

Lentement, presque mécaniquement, Zorian tourna sa tête pour regarder Kirielle droit dans les yeux, essayant de garder son expression la plus neutre possible. Après quelques secondes, il ouvrit lentement la bouche… avant de crier soudainement. Elle recula de surprise et poussa son propre cri de petite fille quand elle tomba du lit.

Il l’observa encore quelques instants, voyant son visage tourner rouge de rage, avant qu’il ne puisse plus se contenir et explosa de rire.

Il riait encore quand les petits poings de Kirielle déployèrent une avalanche de coups de poing sur lui.

Les yeux de Zorian s’ouvrirent brusquement lorsqu’il ressentit une douleur intense au niveau de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

« Bonj –»

Zorian cria en mettant Kirielle sur son dos, et commença à la chatouiller impitoyablement. Ses petits cris perçant firent écho dans toute la maison jusqu’à que sa mère n’arrive pour le faire arrêter.

« Bonjour frérot! ». Il entendit une voix gaie mais agaçante provenir d’au-dessus de lui. « Bonjour, bonjour, BONJOUR ! »

Le silence régnait, brisé seulement par le bruit des draps sur lesquels s’agitait de manière impatiente Kirielle.

« Kiri, » dit-il finalement. « Je crois que je commence à te détester. »

Il exagérait, bien sûr, mais bon sang qu’est-ce que ça commençait à lui taper sur les nerfs. Curieusement, Kirielle sembla en fait assez inquiète de son commentaire.

« Pardon ! » dit-elle en se hâtant de descendre du lit. « J’étais juste –»

« Woah, woah, woah, » l’interrompit Zorian, la regardant d’un air moqueur. « Ma petite sœur s’excuse ? Ça n’est pas possible. Qui êtes vous, et qu’avez-vous fait à Kirielle ? »

Kirielle sembla abasourdie un moment, mais son expression commença à manifester de la colère quand elle comprit ce qu’il sous-entendait.

« Abruti ! » pouffa-t-elle, frappant le sol de son pied de manière puérile. « Je sais m’excuser ! Quand j’ai tort ! »

« Tu veux dire quand tu n’as pas le choix, » la corrigea Zorian. « Tu veux sûrement une grosse faveur de ma part si tu es désespérée à ce point que je te vois d’un bon œil. Dis-moi ce qu’il y a. »

Il voulait vraiment le savoir. Elle n’avait jamais donné la moindre indication qu’elle voulait quelque chose de sa part, malgré les nombreuses fois qu’il avait vécu cette scène, et pourtant ça semblait assez important pour qu’elle veuille bien s’excuser pour l’obtenir. Cela n’avait pas de sens, car Kirielle n’était vraiment pas une fille timide, et n’avait jamais eu de problème à exprimer ses désirs par le passé. Pendant un moment, il fut tenté de penser qu’il avait mal lu la situation, mais Kirielle détourna soudainement le regard en marmonnant quelque chose de manière inintelligible.

« Tu peux répéter ? » lui demanda-t-il.

« Mère veut te parler, » dit Kirielle, l’évitant toujours du regard.

« Ouais, bah, Mère peut attendre, » dit Zorian. « Je n’irais nulle part tant que tu ne m’auras pas dit ce que tu veux de moi. »

Elle fit la moue encore quelques secondes avant de prendre une profonde inspiration.

« S’il te plaît, emmène-moi avec toi à Cyoria ! » dit-elle, croisant les mains devant elle en posture de supplication. « J’ai toujours voulu aller là-bas, et je ne veux pas aller en Koth avec maman et… »

Zorian n’entendit pas le reste, trop choqué par la révélation. Comment avait-il pu se montrer si aveugle ? Il savait qu’il y avait quelque chose d’étrange dans la facilité avec laquelle il arrivait à convaincre Mère de ne pas lui faire emmener Kirielle avec lui, mais il n’avait jamais voulu se poser de question sur un sujet dont l’issue lui était favorable. Bien sûr que c’était facile… Mère ne voulait pas non plus qu’il l’emmène ! C’était Kirielle qui voulait venir. Mère avait juste fait une tentative factice, afin qu’elle puisse dire à Kirielle qu’elle avait essayé et échoué à le convaincre. Pas surprenant que Kirielle semblait toujours d’humeur aussi maussade sur le chemin de la gare.

« Zorian ? S’il te plaît ! »

Il secoua la tête pour reprendre ses esprits et fit un sourire à Kirielle, qui le regardait en retenant son souffle, les yeux pleins d’espoir. Comment pouvait-il dire non à ça ? Le fait que ça ruinerait les plans de sa mère était un simple bonus.

« Bien sûr que je t’emmènerai avec moi, » dit-il.

« Vraiment ?! »

« Tant que tu te comportes corr –»

« Oui ! Oui ! Oui ! » glapit-elle de joie, sautant d’excitation autour de lui. Il ne comprendrait jamais cette énergie infinie qu’elle semblait avoir. Il ne s’était jamais montré aussi exubérant quand il avait eu son âge. « J’étais sûre que tu dirais oui ! Mère a dit qu’elle était certaine que tu refuserais. »

Zorian détourna le regard, embarrassé.

« Ouais, » dit-il maladroitement. « Ça montre qu’elle ne sait pas tout. Je présume que tu as déjà la permission de Mère pour ça ? »

« Ouais, » confirma Kirielle. « Elle a dit que c’était bon, tant que tu étais d’accord. »

Ah… quelle femme diabolique. Refuser, mais en lui faisant porter le chapeau. Avec le recul, le plan était magnifiquement exécuté. Elle lui avait même fait la leçon sur le style vestimentaire et l’honneur de la famille, afin de le mettre dans une très mauvaise humeur avant de poser innocemment la question.

Il soupira, mit ses lunettes et sortit du lit. « Je vais dans la salle de bain. »

Une seconde plus tard, ses réflexions rattrapèrent ses actions et il stoppa sur place. Il observa à nouveau Kirielle, et fut surpris de voir qu’elle n’essayait pas de le courser vers la salle de bain, et le regardait plutôt d’un air confus.

« Quoi ? » demanda-t-elle.

« Rien, » dit-il avant de sortir de la pièce. Il comprit que la seule raison pour laquelle elle faisait ça lors d’un recommencement normal était pour qu’il aille voir Mère plus rapidement. Un mauvais choix, car ça ne l’avait rendu que plus agacé par sa sœur. Mais bon, elle n’était encore qu’une enfant et ne pensait probablement pas si loin.

Ça allait être un recommencement intéressant.


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