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LOOG – Chapitre 6

Traducteur Français : DrizztDoUrden
 Éditrice : Sehri
Check : Sehri

Chapitre 6 : Des ongles

Ce serait difficile de trouver quelqu’un plus différent de Sunan que Bao. Sunan naquit et vécut dans un village reculé dans le Nord-Est. Bao naquit et grandit comme noble dans la ville métropolitaine de Yu Zhing, au centre des Montagnes Banyan. Sunan vécut son enfance en entendant parler de l’Empereur Démoniaque comme n’étant qu’un croque-mitaine vivant très très loin. Bao grandit virtuellement dans son ombre.

En fait, elle l’avait même aperçu une fois. Il était laid. Très laid.

Bao naquit des années après que l’Empereur Démoniaque ait pris le contrôle de la majorité de Qi Xien. Yu Zhing fut l’une des premières villes à tomber sous les assauts militaires et les nobles familles là-bas avaient quasi universellement capitulé. Elle naquit dans un de ces clans.

Bien sûr, de la haine pour l’Empereur Démoniaque était alimentée et bouillonnait sous la surface, même parmi les familles serviles de Yu Zhing. Après des décennies de planification, une rébellion à part entière avait été sur le point d’être menée quand tout d’un coup, comme par magie, la conspiration fut dénoncée et l’Empereur Démoniaque envoya le Général Osseux pour régler le problème.

Yu Zhing, et spécialement sa noblesse, fut purgée sans merci. De nombreux importants membres de nombreux clans furent traités comme des traîtres puis torturés et exécutés publiquement. Quelques-uns furent brûlés vifs ou dépecés vifs. D’autres subirent des destins plus tragiques.

Que les victimes soit coupables ou innocentes importait peu. Le cœur de la rébellion fut arraché et l’odeur de la chair séchée persisterai dans les narines des survivants pour les années à venir.

Bao avait occasionnellement des cauchemars à propos de ce qui s’était passé. Sa mère fut l’une des accusées et, bien que Bao n’a jamais trouvé si elle était oui ou non un membre de la rébellion, cela importait peu. Elle fut torturée puis brûlée vive sur la place publique. Les autres parents proches ont eu leurs os arrachés et aiguisés en instruments de torture qui furent utilisés pour leurs mises à mort. Le père de Bao se suicida juste après.

À partir de ce moment-là, elle fut une pupille du clan, ses besoins satisfaits mais ignorée la plupart du temps.

Bao avait toujours été mignonne et elle commença à s’épanouir à l’adolescence en une beauté. Cependant, il y avait beaucoup de beautés dans les maisons nobles de Yu Zhing et même dans son propre clan. Une rose florissant dans un carré de choux attirera tous les regards, mais pas une seule rose se trouvant dans un lit de roses. Bao était cette dernière.

Peut être qu’à cause des horreurs qu’elle a vu et la nature oppressive de la noble vie dans la ville contrôlée par l’Empereur Démoniaque, Bao développa un amour pour la lecture. Elle lisait tout ce qu’elle pouvait se mettre sous la main, mais particulièrement des contes de mythes et légendes que beaucoup de nobles désapprouvaient. Elle se contrefichait des individus qui méprisaient ces histoires et pour dire vrai, il n’y avait que très peu de personnes qui s’intéressaient à son obsession, ou qui la remarquaient. Bien sûr, ce n’était pas facile de garder son passe-temps pour la lecture étant donné que les livres venaient majoritairement sous la forme de parchemins en bois ou en bambou. La plupart des histoires étaient racontées par les conteurs dans les rues, mais Bao n’était pas autorisée à se promener là-bas, donc elle n’avait pas d’autre choix que de lire.

Elle lisait chaque fois qu’elle le pouvait et cette lecture alimentait son imagination avec des pensées d’aventure et d’imprudence. Tout ce qui était opposé aux corvées de sa vie actuelle.

Finalement, elle commença à en vouloir plus et ce fut à peu près à ce moment là qu’elle réalisa que son principal atout était la chose qu’elle détestait le plus : son ennuyeux anonymat. Étant donné que très peu de personnes s’intéressaient à elle, ou la remarquaient, elle commença à prendre avantage de cela en allant là où une jeune femme ne devrait pas aller, ou encore faire des choses qui étaient en théorie interdites.

Cela commença avec les biens du clan, après avoir réussi à trouver une robe de domestique. Un certain soir obscurci, elle trouva un endroit discret pour changer de vêtements, retirer les saletés de son visage puis elle se faufila vers les cuisines. Son cœur battait la chamade sans arrêt, mais le plus choquant fut le fait que personne ne la regarda. Elle vola quelques fruits secs et une petite bouteille de vin qu’elle savoura plus tard dans l’intimité de sa chambre.

Les choses s’intensifièrent après cette histoire de robe de domestique. Elle utilisa cette robe pour se faufiler dans la buanderie, où elle vola l’uniforme d’un serviteur. Aussi longtemps qu’elle gardait sa longue chevelure attachée sous le couvre-chef et que sa poitrine était serrée, personne ne remarqua qu’elle ne ressemblait pas à un serviteur ordinaire.

Au final, se faufiler dans les propriétés du clan devint ennuyeux. Elle constata bientôt qu’il y avait un arbre dans une section des jardins du clan qui permettait de passer facilement au-dessus du mur. Elle commença, après cela, à sortir la nuit dans la ville.

D’un coup, sa vie devint très passionnante. Et ce fut aussi grâce à ça qu’elle rencontra Geng Long.

Durant sa troisième excursion en dehors du clan, elle vagabondait dans les rues habillées comme un enfant de la rue. Bien que les sans-abris et les mendiants soient officiellement bannis par l’Empereur Démoniaque, il y avait plusieurs d’entre eux qui vivaient dans les zones les plus sommaires de la ville. C’était les endroits que Bao trouvait les plus intéressants à visiter.

Elle était en train de vagabonder dans une ruelle quand elle remarqua un parchemin de bambou en lambeaux dans une montagne de déchets à côté d’une porte. Elle s’accroupit à côté des déchets et en sortit le parchemin de bambou. Il était si vieux et usagé qu’il était sur le point de tomber en miettes. La plupart des caractères notés dessus s’estompaient au point où c’était presque illisible. Ce roman était intitulé Romance des Chevaliers de Hen-Shi. Les yeux de Bao s’illuminèrent. Elle essuya le parchemin avec sa manche et était sur le point de retourner dans les propriétés du clan avec ce dernier sous les bras lorsque quelqu’un lui parla dans son dos.

« Hé, p’tite sœur. Es-tu désespérée au point de lire des parchemins venant des montagnes de déchets ? »

Elle se tourna pour voir qu’un jeune homme se tenait contre le mur de l’autre côté. Elle se leva et haussa simplement les épaules. « Je n’ai juste encore jamais vu celui-là. »

Le garçon gloussa. « Si tu le dis. Je ne t’ai jamais vu avant. Comment t’appelles-tu ? »

« Je m’appelle, hum, Bao » répondit-elle.

« Bao ? C’est ton nom ou prénom ? »

« Appelle-moi simplement Bao » dit-elle. Bao était en fait son prénom. Elle n’osa pas lui dire son nom car ça pourrait instantanément révéler qu’elle venait d’une noble famille.

« Bao, alors. » dit le garçon. «  Je m’appelle Geng, Geng Long. Long comme dragon, tu sais ? »

Bao hocha sa tête.

« Regarde » dit Geng Long , « J’aime aussi les livres. Je connais un endroit où tu peux en trouver autant que tu veux. »

Et il l’emmena. Après avoir parlé un peu plus, Geng Long l’emmena à travers des allées jusqu’à se retrouver devant la porte d’une boutique, dans une autre allée sombre. La boutique était fermée et la porte clairement close. « Livres » était écrit au-dessus de la porte.

« Une librairie ? » demanda Bao. « Mais, c’est fermé… »

« Justement » répondit Gang Long, souriant. Il commença ensuite à s’introduire soigneusement dans la librairie, de telle façon qu’après être partis, personne ne pourrait savoir qu’ils étaient venus.

Geng Long dit, après s’être glissé dans les ténèbres de la librairie, «  Bon, jette un coup d’œil et prends-en un ou deux. Le Vieil Homme Guo est pratiquement aveugle. Tant que nous remettons les livres à leur place dans les prochains jours, il ne va jamais le remarquer. Dépêche-toi, je vais monter la garde. »

C’est ainsi que Bao eut son premier vrai ami.

Dans les semaines et mois qui s’ensuivirent, elle passait la plus grande partie de ses journées à lire dans les jardins du clan, et la plus grande partie de ses nuits à se promener avec Geng Long. C’était une vie passionnante, quoique légèrement dangereuse.

Une nuit, Bao retrouva Geng Long à leur endroit habituel, avec un petit sac qu’elle portait en bandoulière.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Geng Long.

Elle sourit, « J’ai réussi à mettre la main sur de la bonne nourriture et vin. » Bien que Bao soit habituée aux mets fins au sein de son clan, Geng Long ne l’était pas. Lorsqu’elle lui montra le contenu du sac, les yeux de Geng Long brillèrent d’anticipation.

« Je connais l’endroit parfait, » dit-il. « Suis-moi. »

Il l’emmena aux docks de Yu Zhing, où ils s’assirent sous les appentis d’un entrepôt et commencèrent à déguster leurs pique-nique de nuit.

Ils étaient en train de manger et de parler depuis quelques minutes quand soudainement, une ombre se refléta près des pieds de Bao. Elle leva la tête pour voir un jeune garçon au teint basané s’approchant vers elle, accompagné par deux autres jeunes hommes.

« Oh ! Voyons ce que nous avons là, » dit le garçon, souriant malicieusement. « Geng Long et son amante. » Il fit craquer ses articulations.

Geng Long et Bao se levèrent tout deux.

« Dégage, Peng Lin. » dit Geng Long.

Peng Lin renifla froidement. « C’est notre territoire. Si tu veux te faire cette salope, fais-le autre part. »

La main de Geng Long se serra en un poing et il fit un pas en avant. « Ose me le dire une fois encore ! » 

Geng Long faisait à peu près une tête de plus que Peng Lin, mais Peng Lin avait des épaules plus larges et des bras plus épais ; si Geng Long ressemblait à un cheval de course, Peng Lin ressemblerait à un bœuf.

Peng Lin cracha aux pieds de Geng Long. « J’ai dis, si tu veux te faire cette salope — »

Geng Long rugit et se précipita en avant, se balançant violemment vers Peng Lin. Le coup réussit à l’atteindre, le faisant tituber de quelques pas en arrière. Il cracha une gorgée de sang, s’essuya la bouche et grogna, « Tu es MORT, Geng Long. Les gars, occupez-vous de la salope et tenez-la bien, je viendrais m’en occuper après ! »

Pendant que Geng Long et Peng Lin commençaient à se frapper avec leurs poings et leurs pieds, les deux compagnons de Peng Lin s’avancèrent vers Bao.

Son cœur battait fort pendant qu’elle recula jusqu’à ce qu’elle touche le mur de l’entrepôt. Les deux garçons ricanèrent pendant qu’ils se rapprochaient.

Bao était une jeune femme qui n’a jamais combattue de sa vie. Cependant elle a vu beaucoup de matchs d’exhibition entre des soldats de son clan et avait consacré beaucoup de temps à les regarder s’entraîner pendant qu’elle s’ennuyait. Bien qu’elle n’eut pas la moindre expérience, elle savait comment combattre, au moins d’un niveau théorique.

Lorsque les garçons l’atteignirent pour la saisir, quelque chose d’étrange arriva. Son cœur qui battait fortement redevint calme. Tout sembla ralentir. Ses yeux vacillèrent pendant un bref instant vers le sol, où elle confirma qu’il y avait un couteau sur le sol à coté de sa jambe gauche, qu’elle avait rapportée pour couper la viande d’âne salée.

Ses yeux regardèrent de nouveau au même endroit qu’avant et elle commença soudainement à entrer en action. Avant que les deux garçons ne puissent réagir, elle bougea en avant et attrapa l’un des deux par l’avant-bras puis le frappa dans l’entrejambe avec toute sa force. Le garçon laissa échapper immédiatement après un cri étouffé, puis tomba sur le sol et roula en position fœtale.

L’autre garçon était si surpris qu’il se figea sur place.

Bao tournoya, plongea par terre pour attraper le couteau puis se précipita en avant vers le deuxième garçon. À ce moment-là, il avait surmonté son choc et réussit de peu à esquiver sur le côté et à échapper au violent coup de couteau.

Puis il pivota avec son poing droit et donna un coup de poing directement sur le côté du visage de Bao. Elle ressentit de la douleur au niveau de sa tête, et les couleurs flashaient dans ses yeux comme si elle avait perdu l’équilibre et était tombée sur le sol. Le couteau fut expédié sur le côté.

Il la frappa ensuite du pied sur le ventre, ou du moins il essaya. Le coup avait en fait touché sa hanche, ce qui fit plus de mal au pied du garçon que son coup sur Bao. Ignorant la douleur, Bao essaya de se lever mais sa tête tournait toujours.

« Tu es morte, salope ! » grogna le garçon, levant sa jambe pour la frapper une fois de plus. Avant qu’il puisse le faire, Bao se força d’avoir de nouveau son esprit clair et s’élança dans un saut périlleux, s’écrasant sur les pieds du garçon, l’un étant planté fermement au sol tandis que l’autre était en train de se lever pour donner un coup.

Une fois de plus pris au dépourvu, le garçon chuta sur le sol et pendant qu’il tombait, Bao attrapa son maillot avec ses mains et s’assit sur son corps au niveau de sa tête.

« Je vais te montrer qui est la salope ! » chuchota-t-elle. Attrapant ses cheveux avec sa main droite, elle pointa ses ongles pointus sur son œil droit.

Le garçon hurla pendant que du sang coulait depuis son œil endommagé. Il essaya ensuite de pousser Bao, qui était assise sur son corps. En réponse, elle enroula ses jambes autour de son buste de la même manière que les soldats s’y prenaient lorsqu’ils faisaient de la lutte, puis griffa son visage avec ses ongles.

Elle sentit soudainement quelqu’un la prendre par la main. Geng Long.

« Bao, partons d’ici avant que les gardes n’arrivent ! » Il la poussa du garçon, qui se traîna immédiatement loin d’elle, gémissant et serrant son œil sanguinolent.

Geng Long l’étreignit par la main et ils se ruèrent vers une proche allée.

Ils coururent à travers la ville aussi vite qu’ils le pouvaient, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent sur un toit surplombant un cours d’eau. Pendant qu’ils s’asseyaient pour reprendre leur souffle, Geng Long la regarda et dit : « Tu vas bien ? »

Elle hocha sa tête. Son cœur recommença à battre durant ce parcours.

« Tu saignes, » dit Geng Long. Il se rapprocha et toucha sa mâchoire, inclinant la tête de Bao pour qu’il puisse voir le côté de son visage que le garçon avait frappé, lui ouvrant un peu la peau à côté de son oreille.

« Ce n’est rien. » dit-elle, retirant le sang de son visage.

Bao réalisa subitement que le visage de Geng Long était à quelques centimètres du sien et il regardait ses yeux.

Pour une raison quelconque, elle se retrouva à se pencher en avant et elle ressentit une agréable explosion de chaleur sur ses lèvres pendant qu’ils s’embrassaient.

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