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LOOG – Chapitre 2

Traducteur Français : DrizztDoUrden
 Éditrice : Sehri
Check : Sehri

Chapitre 2 : Cinq Bêches

Sunan n’était pas habitué aux villes, mais compte tenu des circonstances, il ne prêtait pas beaucoup d’attention à ses alentours. Après la longue descente des montagnes, il se sentait affamé.

Après des mois de vie hors des terres civilisées, dès qu’il sentit l’odeur parfumée de brioches sucrées et de fritures, son estomac commença à gargouiller. Il lorgna sur un plat qui semblait être composé de longues bandes de pain très minces, toutes empilées les unes sur les autres, et ce plat semblait délicieux. Malheureusement, il n’avait aucune bêche sur lui, ce qui signifiait que s’il voulait manger immédiatement, il devrait voler … ou mendier.

Ses yeux vacillèrent pendant qu’il assimilait les sons et les scènes autour de lui tout en déambulant. A partir de ses observations, il réalisa rapidement que les mendiants de la ville étaient organisés. Il apprit cela à ses dépens, bien sûr. À un moment, il décida de se reposer en s’accroupissant sur un coin de la rue, seulement pour être accosté par un mendiant en colère qui lui dit «  Casse toi, c’est mon coin ! »

Au début, il était confus quant au pourquoi il serait pris pour un mendiant, jusqu’à ce qu’il se souvienne qu’il avait porté les mêmes vêtements tout ce temps dans les régions sauvages.

Plus Sunan allait et venait, plus son estomac grognait. Il se mit à jeter un coup d’œil aux stands de nourriture qu’il voyait du coin de l’œil et commença même à regarder les bourses gonflées attachées aux ceintures des marchands et des aristocrates qui passaient.

En fin de compte, il était le type de personne qui ne pouvait supporter de se rabaisser à la criminalité.

Il préférerait être un chien qu’un voleur.

Et c’est ainsi qu’il fini par s’accroupir dans une ruelle, ramassant un tas d’ordures. Il trouva quelques petits pains à moitié mangés, une gourde contenant un peu de vin jaune en partie renversé et quelques autres produits.

Après avoir assouvi sa faim, il croisa les jambes et médita un peu pour se calmer. Il quitta ensuite l’allée et commença à explorer la ville.

La ville avait une longue histoire, que Sunan se souvenait avoir lu une fois. Dans l’ancien dialecte Classique Fei, le nom de cette ville signifie «  Route des Lames », et il y avait de nombreuses légendes et histoires à propos de la raison de ce nom. Comme la plupart des vieilles villes, elle était bien organisée et établie, robuste et construite pour résister aux ravages de la guerre.

Une puissante ville comme celle-ci, si loin au nord, était trop loin de la portée de l’Empereur Démoniaque pour être sous son contrôle. Cependant, ses soldats, Sunan apprit qu’ils se faisaient appeler les Lions de la Paix, pouvaient encore être occasionnellement vus dans les rues.

Sunan trouva quelques endroits, tels que des restaurants ou des auberges qui embauchaient du personnel. Toutefois, après seulement deux demandes d’emploi, il réalisa que de tels établissements exigeaient que tous les nouveaux membres du personnel fournissaient des documents pour établir une résidence légale dans la ville, estampillés par un sceau officiel.

Son cœur commença à sombrer. Un emploi honnête semblait impossible à acquérir, ce qui lui laissait peu de choix. Il pouvait recourir au crime ou essayer de rejoindre n’importe quelle guilde ou secte dans lesquels les mendiants accouraient.

Il venait tout juste de décider de chercher un moyen de rejoindre les mendiants quand, tout d’un coup, il remarqua qu’à travers la place encombrée où il était situé, se trouvait un petit stand avec une bannière accrochée à côté, où l’on pouvait lire : «  Les Divers Services de l’Érudit Sun Mai. »

Il y avait un jeune homme vêtu comme un érudit assis derrière une table de bois brute, fronçant les sourcils pendant qu’il lisait un rouleau de bambou. ( NdT : Il faut que vous sachiez que les écrits en Chine, avant la découverte de la soie, se trouvaient sur des lattes de bambou. C’est la méthode ancestrale chinoise.) Sa robe était déchiquetée, ses cheveux délavés, et son visage était recouvert d’encre. Sur sa table, il y avait divers outils d’érudits, y compris des feuilles de papier, des pinceaux, de l’encre, etc. De plus il y avait, adossé contre la table, un Guqin, un type de cithare à sept cordes qui était l’instrument de signature d’un véritable érudit.

Après avoir vu ce jeune homme assis là, un idée apparut dans l’esprit de Sunan. Les yeux brillants intelligemment, il marcha à travers la place jusqu’à se tenir directement devant la table.

« Salutations, érudit » dit-il en joignant ses mains respectueusement.

« Mm-hmmm » fut la réponse du jeune érudit, qui regarda attentivement le rouleau de bambou pendant un moment avant d’insérer son pouce dans sa bouche et de commencer à le mordiller lentement.

Sunan se racla la gorge. «  J’ai besoin de certains services. Peut-être des « divers services » ?

« Les Divers Services de Sun Mai », répondit le jeune savant.

Sunan fronça les sourcils. « Êtes-vous Sun Mai ? »

« Je suis Sun Mai. Sun Mai, je suis. » Le jeune érudit leva soudainement les yeux du rouleau de bambou. « Parfait. »

« Excusez-moi ? »

« Savez vous ce que ‘parfait’ signifie ? Parfait. »

Sunan était quelque peu surpris. « Umm… je crois que oui »

« Vous le croyez… »

Sunan commença à se retirer lentement. Ce n’était peut-être pas la meilleure idée après tout. « Désolé,je vous ai confondu avec quelqu’un d’autre », dit-il. «  Je vais prendre congé et… »

Sun Mai frappa sa main sur la table. «  Parfait et imparfait. Ce ne sont que des états d’esprit, des opinions, des impressions. La croyance ! Vous le croyez, et donc vous le savez. » Une lueur d’intelligence apparut dans ses yeux, et il regarda soudainement Sunan dans les yeux. «  Vous, monsieur, êtes potentiellement un génie. Le saviez-vous ? Génie ! Comment ais-je pu négliger cela ! »

Il sortit un morceau de papier et une petite brosse et commença à écrire avec acharnement un flux régulier de caractères, tout en marmonnant des choses incohérentes. « Parfait….imparfait…. Les croyances ne sont que des systèmes…le ciel….la lune et le soleil…Dehua…intéressant, intéressant, intéressant…OUI ! » Il sauta sur ses pied et tendit le papier en l’air avec un sourire triomphant. »

«  C’est ça ! Le début de mon Classique* » Il se retourna vers Sunan. «  Bien sûr, cela ne sera Classique que beaucoup plus tard puisqu’il ne sera qu’un ordinaire manuscrit au début. Mais un jour, mon ami, un jour… il sera un Classique1

. Un Classique, je te le dis ! ». Il cligna les yeux. «  Qui êtes vous ? »

Sunan le regarda, choqué pendant un moment avant de reprendre ses sens. «  Fan Sunan, mais… appelez-moi juste Sunan. »

« Sunan ? Je suis Sun Mai. » Le jeune érudit joignit ses mains et s’inclina. « J’ai une dette envers toi pour cette brève illumination, comment puis-je rembourser cette dette ? As-tu besoin d’un poème pour une amoureuse ? Une musique pour une fête ? Une peinture peut-être ? »

Sunan se sentit quelque peu piégé. Il voulait tout simplement retourner en arrière et se fondre dans la foule, mais il était incapable d’être si impoli.

« J’ai besoin de quelques papiers » dit-il au final. «  Quelque chose de similaire à… un acte de propriété dans la ville. Se pourrait-il que tu aies des tampons officiels sous la main ? »

Sun Mai pencha la tête sur le côté pendant un moment, après quoi il se mit à glousser, et son sourcil gauche se souleva. «  Ahhhh. Une lettre de recommandation. Donc, tu as besoin de CE type de papiers. Heh heh. Bien sûr je peux satisfaire ta demande. » Il s’assit en arrière et commença à manier ses pinceaux. «  Tu sais, il n’y a pas très longtemps, sous la dynastie Hen-Shi, je n’aurais jamais fait quelque chose comme ça. C’est très….indécent. Mais les temps sont difficiles, alors dans ce cas je vais rompre mon code moral pour aider une âme aussi démunie que moi. Oh, le coût sera de cinq bêches2.

Sunan s’éclaircit la gorge une fois de plus et s’apprêtait à émettre une proposition, quand tout à coup il réalisa qu’il n’était plus seul dans le stand de Sun Mai.

Un homme grand et musclé se tenait maintenant sur sa gauche, et il y avait deux hommes plus petits sur sa droite. Bien que Sunan ait grandi dans un village, il était évident pour lui que ces hommes étaient des bandits.De la façon dont ils se tenaient, jusqu’aux expressions sur leurs visages, il savait immédiatement que c’était des individus qu’il ne pouvait se permettre d’offenser.

« Sun Mai, Sun Mai » dit l’homme imposant. «  S’il te plaît, dis-moi que tu as de bonnes nouvelles pour moi. »

Sun Mai leva la tête, et lorsqu’il vit le grand homme qui se tenait à côté de Sunan, son visage pâlit un peu.

« Z-Z-Zheng le Tigre Vert », balbutia-t-il. «  Cela fait longtemps ! Comment puis-je vous aider ? »

« Cela fait longtemps ? » répondit Zheng le Tigre Vert. «  J’étais là hier après-midi ! Et ma patience a des limites ! Où est mon argent ? »

« L’argent ? » répondit Sun Mai. «  Euh, l’argent, oh…oui..l’argent ! L’argent ! » Son visage s’éclaira soudainement. «  Et bien, en fait, j’ai en effet de l’argent. Que dites-vous d’un paiement d’une valeur de dix pour cent, ici et maintenant ? »

Les yeux de Zheng se plissèrent. «  Dix pour cent ? Ce ne sont que cinq bêches ! »

Sun Mai inclina sa tête et une expression sérieuse apparut sur son visage. «  Monsieur, je suppose que vous n’êtes pas familier avec Dehua, mais permettez-moi de souligner que Kong Zhi a dit «  Efforcez-vous d’être pauvre mais joyeux, riche mais civilisé. »

Zheng le Tigre Vert regarda Sun Mai pendant un moment. «  En ce qui me concerne, tu peux prendre ta qu*** et la mettre dans Kong Zhi… »

« Hé, Hé ! » interrompit Sun Mai en projetant ses mains en l’air. «  S’il vous plaît, monsieur, montrez au moins un certain respect pour les anciens sages. J’ai cinq bêches à vous donner aujourd’hui, n’est ce pas mieux que rien ? Et je promets… je promets que je vais vous fournir le même montant tous les deux jours jusqu’à ce que le montant total vous soit remboursé ! »

« Pourquoi devrais-je te croire ? Tu n’as même pas remboursé une seule bêche ces deux derniers mois ! »

Sun Mai éclaircit sa gorge. «  J’ai un nouveau patron riche » il expliqua. «  Je me réjouis à l’idée de pouvoir vous rembourser vos cinquante bêches. »

La main de Zheng se rapprocha de sa massue en bois accrochée à sa ceinture. «  Très bien. Cinq bêches maintenant. C’est un endroit idéal pour rester. » il tendit la main. «  Maintenant, donne-moi ces bêches. »

Sun Mai hocha la tête solennellement puis pointa Sunan. «  Il les a. »

Les yeux de Sunan s’écarquillèrent. «  Moi ? » répondit-il.

« Bien sûr. » déclara Sun Mai. «  Ne m’as-tu donc pas engagé à l’instant pour mes services d’écriture ? »

« Je n’ai pas d’argent ! J’étais sur le point de te le dire quand.. » Avant qu’il ne puisse terminer sa phrase, Sunan vit un mouvement flou du coin de l’œil.

Le grand et robuste homme était en train de s’approcher de lui, clairement avec l’intention de l’attraper par l’épaule. Pour une raison quelconque, Sunan trouva que ses mains, ses pieds et sa taille étaient positionnés dans le même mouvement que son « Maître », le soldat, lui avait appris. Il se tordit sur le côté, se penchant de la bonne manière, puis poussa.

Avant même qu’il se rende compte de ce qu’il se passait, le robuste bandit volait dans les airs. Il s’écrasa sur la table de Sun Mai, écrasant toutes les choses s’y trouvant et envoyant voler en l’air du papier, de l’encre, des pinceaux et d’autres outils d’érudit.

« Ma table ! » s’écria Sun Mai avec un cri étouffé.

L’homme imposant gémit et ses deux compagnons le regardèrent pendant un moment. Cependant, il ne leur fallut qu’un instant avant qu’ils n’agrippent leurs massues de leurs ceintures. Aucun mot ne fut prononcé, mais ce qui se passait était clair.

Les yeux de Sun Mai s’écarquillèrent, et Sunan se tenait debout, bouche bée. Malgré l’intelligence de Sunan, il n’était pas une personne de la rue. Sun Mai l’était.

« Cours ! » cria-t-il, ramassant sa cithare, quelques papiers éparpillé et quelques pinceaux puis bondissant sur l’homme gémissant dans les décombres de la table.

Sunan était tout simplement trop étonné pour agir. Avant qu’il ne commence à se mettre à courir, un des brigands fit tournoyer sa massue vers lui. Agissant avec son seul instinct, Sunan pencha sa tête en arrière pour éviter le coup puis parvint à atteindre et saisir le poignet de l’homme. Ensuite, il se pencha en arrière rapidement, tout en frappant le genou de l’homme, c’était un mouvement qu’il se souvenait avoir appris auprès du soldat.

Le bandit s’effondra instantanément la tête la première sur la rue poussiéreuse.

À ce moment-là, Sunan avait repris ses esprits. N’attendant pas que le troisième homme se décide à agir, il se retourna et commença à courir aussi vite qu’il le pouvait dans l’autre direction.

Au loin, Sun Mai s’affairait au coin autour d’un angle qui donnait sur une allée, gérant sa cithare et ses outils d’écritures durant tout ce temps. Sunan le suivit et se précipita dans la même allée quelques instants plus tard, à la suite de quoi il parvint enfin à apercevoir Sun Mai qui fuyait à travers une porte noire.

Durant le quart d’heure qui suivit, Sunan talonnait Sun Mai, qui fuyait à travers des bâtiments, des allées, des rues, des ruelles, des places, des étables, une bibliothèque, un magasin de criquets, et même une maison close, avant de finalement s’arrêter derrière un temple dévoué au Juge Suprême Yu. Il se laissa tomber sous un cyprès, déposa sa cithare et ses autres objets sur le sol près de lui puis sortit un chiffon de sa manche qu’il utilisa pour essuyer la sueur perlant sur son visage.

« C’était…très…proche… » dit-il en respirant lourdement tout du long.

Sunan se reposait les mains sur ses genoux et avalait de grandes bouffées d’air frais. D’un coup, il se rendit compte qu’il était de nouveau affamé. Il était à deux pas de donner un sermon à Sun Mai, mais pour une raison ou une autre, il eut le sentiment que cela ne ferait aucun bien. Après avoir repris son souffle, il se laissa tomber les jambes croisées et dit, «  Ce n’était pas ainsi que j’envisageais cette première journée en ville. »

Sun Mai soupira profondément. «  Toutes mes excuses, bien que, si j’étais vous, j’essaierai de m’empêcher d’escroquer d’autres dans le futur. »

Les yeux de Sunan s’écarquillèrent. «  Qu’as-tu dit ? »

Sun Mai étira ses mains calmement. « Sunan, écoutes-moi. Le passé est le passé. Il ne peut être changé, pas plus qu’un pigeon ne peut restaurer son œuf après son éclosion. » Il arrêta de parler et pencha la tête sur le côté. «  En fait, elle a beaucoup de sens ! Peut-être devrais-je écrire cette expression afin que je l’inclue dans mon classique. » Il regarda de nouveau Sunan. «  Quoi qu’il en soit, il se trouve que l’on ne peut changer le passé , ok ? Alors pourquoi s’en soucier ? La chose la plus importante… est que j’ai découvert un moyen de gagner de l’argent, Sunan. Beaucoup d’argent. Toi et moi allons devenir riches ! »

  1. Classique est ici la traduction de « Classic Scripture » qui est un ouvrage poétique au rang le plus élevé dans le taoïsme.
  2.  Une monnaie en forme de bêche est une ancienne monnaie utilisée pendant la dynastie Zhou en Chine, c’est à dire entre 1045 avant J.-C jusqu’à 256 après JC. Pour plus d’informations : 1 (EN) / 2 (EN) / 3 (FR)
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