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LOOG – Chapitre 16

Traducteur Français : DrizztDoUrden
 Édition : Sehri / Kulmai
Check : Kulmai / Sehri

Chapitre 16 : L'Unique Question

Bao n’était pas sûre de combien de temps ce combat avait duré. Elle avait la sensation que cela avait duré des heures, mais en même temps juste quelques secondes. Des cris et des hurlements retentirent à travers le hall. Du sang coula.

Bao aida Mao Yun à abattre l’un des soldats de l’Empereur Démoniaque que Bao savait être un officier gradé au vu de son uniforme. Il combattit avec une force et des capacités surnaturelles et ils ne purent le vaincre que grâce au coup de couteau de Bao qui perfora une artère dans la jambe de l’homme.

Le silence emplit bientôt le hall.

Bao regarda autour d’elle et vit des cadavres dans tous les coins ainsi que le sol souillé par du sang et des viscères.

Seule une vingtaine de bandits survécurent. Manifestement, si Mao Yun et elle, n’avaient pas réussi à mettre hors d’état de nuire l’Ogre dès le début, ces bandits seraient morts à l’heure actuelle.

Bao jeta un coup d’œil au tas de décombres pouvant aussi être décrit comme la sépulture de l’Ogre, et son cœur commença à battre plus fort.

Dans le feu de l’action, elle n’avait pas du tout hésité à abattre cette créature. Et en vérité, elle n’avait pas eu d’autre choix. Cependant, Bao savait que l’Empereur Démoniaque se souciait de chacun de ses Ogres, qui étaient précieux à ses yeux.

Il y avait un conte à propos de la ville de Yun Hu que Bao avait entendu en plusieurs occasions. L’histoire avait plusieurs versions mais la plupart parlaient d’un Ogre qui s’était fait tuer, le cou rompu, après avoir été jeté à terre par un cheval. L’Empereur Démoniaque avait, dans sa rage, donné l’ordre de brûler Yun Hu et de tuer tous ses habitants. La cité fut ensuite reconstruite, mais Bao était presque certaine que ce conte terrifiant se basait sur des faits réels.

Elle n’était pas certaine de savoir pourquoi l’Ogre avait été dépêché pour s’occuper de quelques bandits, mais le fait qu’il se soit fait tuer n’était pas une mince affaire. Certaines personnes racontaient même que l’Empereur Démoniaque avait jeté un sort sur chacun de ses Ogres, ce qui lui permettait d’être instantanément informé de la mort de l’un d’entre eux.

Les bandits restants regardèrent le carnage autour d’eux. Ils étaient tous blessés, certains plus que d’autres. Quelques-uns étaient même allongés par terre, gémissants.

Tout le monde semblait confus, ne sachant quoi faire.

À mesure que le temps passait, Bao commençait à devenir de plus en plus nerveuse.

Nous devons rapidement partir d’ici. Elle regarda Mao Yun, mais il semblait être aussi confus que les autres. Après quoi elle serra les dents.

« Bon, écoutez-moi tous, » dit-elle. « Toi, toi et toi… » elle pointa trois des bandits avec son couteau. « Occupez-vous des blessés graves. Vous, les cinq-là, allez préparer les chevaux. Vous trois, rassemblez toutes les armes et armures que vous trouverez et mettez-les sur les chevaux. Vous trois, rassemblez autant de nourriture que vous pourrez. Que tout soit prêt, nous devons partir le plus vite possible. Pour ceux qui restent, préparez les fournitures de voyages c’est-à-dire les tentes, les lampes et le matériel de cuisine. Vous avez le temps qu’il faut pour que trois bâtons d’encens soient brûlés ! Allez ! 1

Que ce soit à cause de la terrifiante apparence qu’elle avait, étant donné qu’elle était couverte de sang, ou que ce soit à cause du fait qu’elle soit celle qui avait tué l’Ogre, les bandits la regardaient maintenant différemment.

Personne ne questionna ses ordres. En fait, dès qu’elle dit ‘allez’, tout le monde se mit au travail.

« Mao Yun, tu viens avec moi ! » Après cela, elle fila sur la plante des pieds en direction des appartements du Chef Wang.

Mao Yun se dépêcha de la rejoindre et il demanda pendant qu’il marchait à côté d’elle, « Quel est le plan maintenant ? »

« Partir, » répondit-elle. « Il y aura des conséquences à tout cela et nous devons être loin de cet endroit le plus vite possible. »

Il ne leur fallut qu’une minute pour rejoindre la chambre du Chef Wang. Bao sortit un trousseau de clés, celui qu’elle avait retiré du corps du Chef Wang après l’avoir décapité. Cela ne lui prit que quelques secondes avant qu’elle ne trouve la bonne clé, après quoi la porte s’ouvrit.

Les décorations de la chambre étaient luxueuses. Par contre, cette chambre était en désordre.

« Trouve le coffre », dit Bao, avant d’entrer et de commencer à fouiller la chambre. Mao Yun la rejoignit immédiatement dans cette tâche.

Au bout d’une ou deux minutes, ils trouvèrent une boîte en bois. Celle-ci contenait la majorité de la richesse qu’avaient accumulée les bandits. À l’intérieur se trouvait de nombreuses pièces de monnaies, plusieurs taels d’argent et même quelques taels d’or. Cela représentait une belle somme d’argent. 2

Mao Yun et Bao échangèrent un regard après avoir ouvert la boîte.

« Nous ne pouvons pas la trimballer dehors » dit Mao Yun.

« Je sais. » Elle se leva et passa au crible la chambre du regard. Ses yeux se posèrent rapidement sur quelques sacoches en cuir qui se trouvaient dans un coin de la chambre. « Divisons cet argent avec ça. Une sacoche pour toi, une pour moi et une pour tous les autres. »

Il hocha la tête et se mirent tous deux au travail.

**

Après que le temps qu’il fallait pour que trois bâtons d’encens soient réduits en cendre se soit écoulé, tous les bandits qui avaient survécu étaient rassemblés dans l’écurie.

« Écoutez-moi tous », dit Bao. « Je suis sûre que la plupart d’entre vous ont entendu l’histoire de Yun Hu. L’Empereur Démoniaque ne va pas ignorer le fait qu’un de ses Ogres se soit fait tuer. Si les rumeurs à propos de ses pouvoirs magiques sont exactes, il doit déjà être au courant de ce qui vient de se passer. Il y a peut-être déjà des soldats en route pour venir ici. Je prévois de me rendre dans le nord, la région où l’Empereur Démoniaque a le moins d’emprise. Il paraît que l’Empire Hen-Shi contrôle encore cette région et qu’aucun des soldats de l’Empereur Démoniaque ne peut être trouvé même dans de grandes villes comme Daolu ou Nansun. »

« Vous avez deux options. La première est de vous joindre à moi, c’est-à-dire de vous rendre dans le nord, là où vous retrouverez la liberté que l’Empereur Démoniaque vous a prise. Le deuxième choix que vous avez est de prendre un chemin différent du mien. Partez en direction du sud, de l’est ou de l’ouest… cela m’est égal. C’est votre choix, mais vous devez le faire rapidement. »

Moins d’une seconde s’était écoulée avant que Mao Yun ne dise, « Je te suis, grande sœur Bao. Dirigeons-nous vers l’Empire Hen-Shi. »

Bao le regarda et hocha la tête, puis se tourna vers les bandits.

Un d’entre eux parla quelques instants après. « Je n’ai aucune famille ni ami qui me retiennent. Je voyagerai avec toi, grande sœur Bao. »

« Tout comme moi », dit un autre.

« Moi aussi ! »

À la fin, un seul de ces bandits choisit de ne pas voyager avec eux. Il s’agissait d’un compagnon plutôt jovial appelé Gros Bo. « Bonne chance, grande sœur Bao », dit-il. « Malheureusement, ma dulcinée se trouve à Yu Zhing. Je ne peux pas la laisser juste pour me rendre à l’autre bout du monde. »

Bao hocha la tête. « Je comprends. »

Ils n’avaient que quinze chevaux. Ils en donnèrent un à Gros Bo et se partagèrent les autres. Bao choisit le meilleur de ces chevaux. Il s’agissait d’un étalon Hargan originaire du bassin Kushen et qui valait très probablement plus de dix mille bêches.

Ils s’éclipsèrent ensuite dans la nuit.

**

Ils étaient une fois de plus en train de voyager à travers le pays. Par contre, ils ne vivaient plus des choses produites par la terre. Ils avaient énormément de rations et se trouvaient être bien équipés, avec des tentes ou encore d’autres équipements spécialement conçus pour les voyages.

Ils restèrent hors des routes, ce qui n’était pas très difficile dans les contrées au nord de la Rivière Fei, vu qu’il y avait principalement des grandes plaines recouvertes d’herbes. Ils arrivèrent très vite dans les contreforts du Mont Dao, soit à environ une journée de chevauchée de la cité de Tung-on, où ils campèrent.

Pendant qu’ils dînaient, un bandit connu sous le nom de Troisième Zhou s’éclaircit la voix et dit, « Grande sœur… hum… Cheftaine Bao… la route qui relie Fan à Tung-on doit très certainement être utilisée par de nombreuses caravanes marchandes. Peut-être devrions-nous… reprendre notre ancien travail ? »

Bao ne lui répondit pas au début. Elle avait réfléchi à ce problème ces derniers jours, pendant qu’ils s’en allaient dans le nord, et en avait même discuté avec Mao Yun. Leur petit groupe pouvait sans nul doute être considéré comme riche grâce à la fortune que Chef Wang avait accumulée. Mais cela n’allait pas durer. Ils allaient avoir besoin d’une quelconque source de revenus pour survivre, surtout une fois arrivés dans l’Empire Hen-Shi.

Le banditisme était une solution, mais elle ne plaisait guère à Bao et Mao Yun vu qu’ils la considéraient comme une solution détestable.

Un long moment s’écoula avant que Bao ne dise, « Troisième Zhou, laisse-moi te poser une question. Que faisais-tu comme travail ? Avant ? »

Zhou Troisième du nom fronça les sourcils avant de répondre, « J’étais un marchand. Je vendais des cochons à Xuanlu. »

« Et pourquoi t’es-tu tourné vers le banditisme ? »

« L’Empereur Démoniaque a accusé la guilde des marchands de cochons d’avoir conspiré contre lui. La plupart des marchands ont été tués pendant que je fuyais vers Yu Zhing. »

Bao hocha la tête avant de tourner cette dernière vers l’un des autres bandits. « Qu’en est-il de toi, Zhou le Second ? »

Le bandit nommé Zhou le Second répondit, « J’étais un soldat à Qi Fao. J’ai réussi à m’enfuir dans le sud après que l’Empereur Démoniaque ait conquis la cité. »

« Et toi, Zhou le Premier ? »

« Ma famille a été tuée pendant les purges de Yu Zhing. »

Bao répondit d’une voix plus forte, « Qu’en est-il du reste d’entre vous ? Combien d’entre vous sont devenus bandits à cause de l’Empereur Démoniaque ? »

Dix-neuf des vingt bandits levèrent la main.

« Souvenez-vous de la vie que vous aviez avant qu’elle ne soit ruinée par l’Empereur Démoniaque. Dans ce temps-là, vous êtes-vous rien qu’une seule fois imaginé devenir un bandit ? L’êtes-vous devenu par choix ? Non. Aucun d’entre vous. »

« Des évènements sont survenus, changeant votre vie. Vous êtes devenus des bandits pour pouvoir survivre. Eh bien, il est temps pour moi de vous dire qu’il est temps pour vous de vous élever à un cran au-dessus des bandits. » Pour une raison quelconque, on aurait dit que la plupart des choses qu’elle disait était dirigée pour elle-même.

« Les gens du peuple souffrent à cause de l’Empereur Démoniaque, donc cela ne sert à rien de les faire souffrir encore plus. Nous avons de l’argent maintenant. Nous avons des chevaux et des armes. Pourquoi ne pas les utiliser pour faire le bien ? Ou du moins ne pas les utiliser pour faire de mauvaises choses !? »

« Nous sommes à seulement quelques jours à cheval de la Rivière Chezhou, derrière laquelle se trouve l’Empire Hen-Shi et Nansun. Je vous propose d’aller demain à Tung-on pour nous réapprovisionner. Si nous le pouvons, nous vendrons nos services en tant qu’escorte. Nous pouvons gagner de l’argent grâce à ces marchands sans même les voler et cela d’une façon noble et ouverte. Si nous ne trouvons pas de travail là-bas, nous irons à Nansun. »

« Nos coffres sont remplis de bêches, assez d’argent pour survivre longtemps sans avoir besoin de recourir au banditisme. »

« Lorsque nous arriverons à Nansun, je nous trouverai un moyen de gagner de l’argent en restant hors d’activités criminelles ou mauvaises. »

« Qu’en dites-vous ? »

Cette fois-ci, Mao Yun se garda de dire quelque chose, ce en quoi Bao lui en fut reconnaissante. Les autres bandits s’échangèrent des regards. Un long moment s’écoula avant que Zhou le Troisième ne brise le silence. « Très bien, Cheftaine Bao. J’ai envie d’essayer. »

Les autres bandits acceptèrent cette offre, un par un.

Plus tard dans la nuit, Bao et Mao Yun étaient assis sur des coussins, buvant ensemble sous la lumière de la lune.

« C’était un bon discours. » dit Mao Yun. Il leva son verre. « À la tienne ! Cul-sec ! »

Bao hocha la tête et ils burent tous les deux. Essuyant ses lèvres humides, elle soupira avant de dire, « La seule question qui se pose est : est-il vraiment possible de gagner de l’argent de façon honnête ? »

**

À peu près au même moment, plus loin dans le sud, un camp avait été établi en bas du Mont Jing. De nombreuses tentes de différentes tailles avaient été montées. Des chevaux étaient rassemblés dans le coin ouest du campement et des postes de surveillance avaient été bâtis.

Dans la tente au centre, c’est-à-dire la plus grande de toutes, se trouvait une longue table. Un homme de forte corpulence et vert de peur était attaché à cette table.

Une personne très imposante arriva devant lui, quelqu’un qui n’était évidemment pas un humain. Il avait de larges épaules et une dentition proéminente. Sa tête était protégée d’un casque créé à partir du crâne d’une sorte d’étrange créature, alors que son armure était apparemment construite à partir du reste du squelette de cette créature.

« Sais-tu qui je suis ? » demanda-t-il d’une voix grave. L’accent dans sa voix était étrange. Il n’était clairement pas un humain mais un Ogre.

L’homme corpulent hocha la tête et de la sueur commença à perler sur son visage.

« C’est bien. » répondit l’Ogre, tout en dégainant lentement un long couteau de sa ceinture. « Dans ce cas, tu as certainement entendu la raison pour laquelle ils m’appellent le Général Osseux. » Il posa le couteau sur l’avant-bras de l’homme. « Maintenant, dis-moi qui a tué l’Ogre il y a cinq jours de cela. Et où se trouve cette personne ? Plus vite tu me le diras, moins tu souffriras. »

Juste après, un cri à glacer le sang retentit dans la nuit.

  1. Cette expression est souvent utilisée dans les nouvelles chinoises. D’après certains auteurs, il faut environ 10 à 15 minutes pour qu’un bâton d’encens soit réduit en cendre. En se basant sur cela, Bao leur donne 30 à 45 minutes pour se préparer.
  2. Tael est une unité de mesure chinoise. C’est une unité de mesure similaire aux grammes ou aux kilogrammes. Un tael représente ~38 grammes
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