Mother of Learning

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Commentaires

  • Merci pour les chapitres
    Que la Nouvelle année vous apporte la joie, l'amour et la paix.
  • merci
  • Merci pour le chapitre et bonne année =)
  • Chapitre 8 : Perspectives

    « Nous y voilà ! » dit Zach d’un ton joyeux, tournant sur lui-même avec les bras tendus. « Qu’est-ce que t’en penses ? »

    Zorian étudia la prairie devant lui, ses yeux s’arrêtant attentivement sur chaque détail. À première vue, il ne s’agissait que d’un grand terrain recouvert d’herbe et entouré d’arbres, mais Zorian remarqua des signes évidents de manque d’entretien. L’herbe était bien trop haute, et les espaces entre les arbres étaient remplis par des arbrisseaux luttant pour avoir un peu de lumière. Il s’agissait d’un lieu parfait pour s’entraîner à la magie de combat, mais également un emplacement de choix pour cacher un cadavre… Dans une situation un peu plus normale, Zorian n’aurait jamais suivi un étranger dans un endroit aussi flippant et isolé. Ah, comme les choses avaient changé…

    « Je me demande qu’est-ce qui retient les arbustes dans cet anneau d’arbre, » se demanda Zorian tout haut. « Ce pré devrait être un véritable taillis à l’heure actuelle. »

    Zach cligna des yeux. « Je n’y ai jamais pensé, » admit-il. « Tu remarques les choses les plus étranges, Zorian. »

    « Je me demande aussi carrément comment un endroit tel que celui-ci peut exister, » continua Zorian. « Je veux dire, on est à Cyoria. Le foncier est excessivement cher ici. Pourquoi est-ce que quelqu’un laisse cet endroit non entretenu plutôt que de le vendre ? »

    « Oh, c’est simple, » répondit Zach. « Cette terre m’appartient. Enfin, je veux dire que ça fait partie des propriétés de la famille Noveda. Normalement, c’est censé être un jardin privatif pour le Chef de Maison, ou quelque chose comme ça, donc personne ne pouvait en faire quoique ce soit sans ma permission explicite. Mais comme je ne savais même pas que cet endroit existait avant que je ne commence à retourner dans le passé, donc… voilà. »

    Zorian acquiesça. « J’aurais dû m’attendre à quelque chose comme ça. Ta maison est assez proche d’ici, non ? »

    « Tu sais où je vis ? » demanda Zach, d’un ton très surpris.

    Merde. Quoi répondre ? Quoi répondre ??

    « Bien sûr que je sais où tu vis, » répondit Zorian, regardant Zach comme s’il était un idiot pour avoir posé la question. « Quel idiot ne sait pas où se trouve le manoir Noveda ? »

    Probablement beaucoup de personnes. Même Zorian l'avait ignoré avant qu'il n'essaye de localiser Zach lors de l’un de ses recommencements.

    « Héhé, je suis assez connu, pas vrai ? » dit Zach avec un grand sourire.

    Note personnelle : Zach est facilement distrait en flattant son orgueil.

    « Ouais, ouais, » soupira Zorian. « Donc, est-ce que le grand Noveda va m’aider à apprendre la magie de combat, comme il l’avait promis ? Ou pas ? Il ne reste que peu de temps avant la nuit. »

    Zach claqua des doigts, comme s’il venait de se rappeler la raison de leur venue ici. Ses mains commencèrent à gesticuler, au point de devenir floues, et plusieurs humanoïdes faits de terre émergèrent du sol, de l’autre côté de la clairière.

    Zorian fut bouche bée. C’était vraiment impressionnant. Zach n’avait même pas eu besoin de chanter la moindre incantation pour ce sort, et il avait fait les gestuelles si rapidement que Zorian eut du mal à simplement se rappeler lesquelles il avait utilisé. En plus, ces constructions de terre n’étaient pas juste des statues immobiles : elles se déplaçaient. C’était dans ce genre de situation que Zorian se rappelait qu’il côtoyait un mage bien plus puissant que lui dans à peu près tous les domaines. Ça imposait le respect.

    « Wow, » dit-il à voix haute.

    « Ce n’est pas aussi impressionnant que ça en a l’air, » dit Zach. « Ils sont quasiment inutiles dans un vrai combat. Ils font par contre d'excellentes cibles d’entraînement, car ils sont plutôt solides et se reforment à chaque fois qu’ils sont détruits. »

    Zach tira un rapide missile magique sur l’une des statues pour faire une démonstration, la touchant au niveau de la poitrine. La construction faite de terre fut repoussée d’un pas par la force de l’éclair, et de nombreuses craquelures apparurent à l’endroit de l’impact, avant de se refermer rapidement, comme s’il ne s’était rien passé.

    « J’y crois pas, » s’exclama Zorian.

    « Pourquoi ? » demanda Zach. « Ils sont juste de la terre animée pour que – »

    « Pas eux, » s’expliqua Zorian. « Le missile magique ! Pas de chant, pas de gestuelles, pas de formules, pas rien ! Tu as juste pointé ton doigt sur la cible et t’as produit un missile magique ! »

    Ce qui était techniquement un geste. Mais pas un geste suffisant pour produire un missile magique, par contre.

    « Oh, ça, » dit Zach. « Ce n’est rien de spécial non plus. C’est juste de la magie réflexe. Quand tu lances un sort suffisamment de fois – »

    « Le façonnage du mana devient instinctif et tu peux commencer à laisser de côté certains composants du sort, » termina Zorian. Tous les mages dignes de ce nom avaient au moins quelques sorts qu’ils connaissaient de façon si intime qu’ils pouvaient se passer de quelques mots et gestuelles pour les incanter. « Mais arriver à lancer un sort juste en pointant du doigt devrait prendre des années ! »

    Zach se contenta de faire un grand sourire.

    « Ce que, heu, je pense que tu as fait, » conclut Zorian, se sentant un peu idiot. « Ce truc de voyage temporel est plutôt pratique, pas vrai ? Combien de sorts réflexes tu possèdes, en fait ? »

    « Tu veux dire, combien je peux lancer de manière aussi naturelle que le missile magique que je viens de te montrer ? Bouclier, repousser, rappel, lance-flammes et un certain nombre d’autres sorts de combat faciles. Il y a un bon nombre de sorts avec lesquels je suis familier, mais je ne peux pas vraiment jeter des boules de feu juste en pointant du doigt. »

    « Ok... » dit Zorian avec aigreur. Cela allait au-delà de la notion de respect, il se sentait maintenant complètement ridicule. Il valait mieux arrêter là la conversation avant que Zach ne le démoralise totalement. « Donc, on commence comment ? »

    « Kyron t’a donné une baguette et t’as dit de t’entraîner sur le missile magique, pas vrai ? » demanda Zach.

    « Ouais, » confirma-t-il.

    « Eh bien, voyons d’abord ce qui marche pour toi, » dit Zach, faisant un geste en direction des constructions de terre. « Lance quelques missiles magiques sur les personnes en boue. »

    « Les personnes en boue ? » demanda Zorian. « Est-ce que – »

    « Probablement pas, » admit Zach. « J’ai juste oublié le nom du sort, donc j’y fais référence en l’appelant ‘Créer des Personnes en Boue’. Ce n’est pas important, car le sort est obscur et obsolète, et concrètement personne à part moi ne l’utilise. »

    « J’imagine, oui, » admit Zorian. Il était tenté de poser d'autres questions, mais se dit qu’il ne s’entraînerait jamais s’il continuait à distraire Zach. Il pointa la baguette que Kyron lui avait donné en direction de la… ‘personne en boue’ la plus proche, et tira. Il fut un peu surpris quand la construction essaya d’éviter son missile d’un pas sur le côté plutôt que d’essayer de l’encaisser comme lorsque Zach avait fait sa démonstration. Mais cela ne la sauva pas, car Zorian avait suffisamment de contrôle pour modifier la trajectoire de son missile, même s’il n’arrivait pas encore à le rendre tête chercheuse par lui-même. Bien sûr, le missile ne fit quasiment aucun dégât, et les quelques égratignures furent rapidement soignées. Sans se laisser décourager, Zorian continua de tirer. Son tir suivant était un perceur ciblant la tête de la construction. Il réussit à la toucher sur le front, mais échoua à la transpercer. Il essaya de façonner le missile suivant pour en faire un coupeur, mais tout ce qu’il réussit à créer fut une sorte de boule diffuse multicolore qui éclata comme une bulle à la moitié du parcours. Pour les deux suivants, il produisit deux briseurs classiques, l’un d’entre eux ratant lorsque la cible se pencha sur le côté au dernier moment.

    Zorian s’arrêta alors, ne voulant pas complètement épuiser ses réserves de mana. Il avait plus ou moins montré tout ce qu’il savait faire, de toute façon.

    Zach applaudit de manière bien trop enthousiaste, et ignora le regard noir que lui lança Zorian.

    « Tu ne t’entraînes depuis, quoi, quelques jours ? » demanda Zach. Zorian acquiesça. « Et tu arrives déjà à diriger tes missiles ? T’es bien meilleur que je ne l’aurais cru. »

    « Oh ? Et pourquoi ça ? » demanda Zorian, une once de colère dans la voix.

    « Laisse-moi plutôt te poser une autre question : combien de missiles magiques peux-tu lancer avant d’être à court de mana ? » demanda Zach.

    « 10, » répondit honnêtement Zorian. Il ne comprenait pas ce que… oh. « Je vois, normalement la courbe d’apprentissage dépend des capacités en mana, pas vrai ? »

    « C’est ça ! Plus tes réserves sont élevées, plus tu pourras t’entraîner chaque jour, » confirma Zach. « Cela veut dire que les mages avec des réserves élevées ont tendance à apprendre plus vite que leurs homologues moins chanceux. »

    « C’est en supposant que tout le monde se dédie autant à l’entraînement et a le même talent pour le façonnage de mana, » remarqua Zorian.

    « Ouais, en supposant ça, » admit Zach. « Mais la différence sur les réserves en mana a tendance à supplanter presque toutes les autres. Tu sais combien de missiles magiques je peux lancer avant de tomber à court de mana ? »

    Zorian n’avait pas oublié que Zach avait démontré, lors de l’invasion, qu’il bénéficiait de réserves quasi inépuisables de mana, et savait que ce nombre devait être élevé. Mais il y avait une limite à la taille que pouvaient avoir les réserves en mana. Le livret que lui avait donné Kyron lui avait indiqué que les mages moyens pouvaient tirer entre 8 et 12 missiles magiques, alors que les plus talentueux pouvaient monter à 20 ou 30. En plus, même si c’était vrai que les réserves de mana augmentaient avec l’âge et l’entraînement, elles ne pouvaient pas s’agrandir indéfiniment. La plupart des gens finissaient avec environ quatre fois la quantité de mana qu’ils avaient lorsqu'ils avaient débuté, mais souvent moins. En supposant que Zach était au-dessus de la moyenne (ce que laissaient penser ses commentaires et son attitude), et le fait qu’il devait avoir atteint son maximum à cause de la boucle temporelle…

    « 50 ? » essaya-t-il.

    « 232, » dit Zach, fier de lui.

    Zorian laissa presque tomber la baguette de choc, mais finalement se contenta de regarder Zach comme si ce dernier venait d’avaler un poulet encore vivant. 232 ? C’était quoi ce bordel ?

    « Bon, c’est vrai que je suis dans le haut du tableau si l’on ne regarde que les réserves de mana, » dit Zach. C’était le moins qu’on puisse dire ! « Et contrairement à toi, j’ai passé des années à les agrandir, donc je suis plus ou moins au maximum. Mais même si tu avais une éternité d’entraînement devant toi, tu ne dépasserais probablement jamais 40. Ce qui rend mes réserves de mana presque 6 fois plus larges que les tiennes. C’est un gros désavantage à surmonter. »

    « Je te le fais pas dire, » admit Zorian. « Donc j’imagine que c’est à ce niveau-là que tu interviens ? Ou alors, tu m’as amené ici juste pour me dire à quel point je suis nul, comparé à toi ? 

    « Haha ! J’avoue que l’expression sur ton visage quand tu as réalisé à quel point je suis génial était tordante, mais c’était juste du bonus, » dit Zach.

    Il fit signe à Zorian d'approcher et ce dernier obtempéra, lui permettant de lui lancer un sort parfaitement inconnu dessus.

    Zorian sentit le sort s'infiltrer dans ses yeux. Le mana étranger s'opposa à la résistance magique innée que possédait chaque créature vivante, et Zorian eut brièvement l'idée de dissiper le sort avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit. Pas vraiment parce qu'il pensait que le sort représentait un danger pour lui, mais plus par principe. Zach venait de lui lancer un sort dessus sans lui demander son accord ou expliquer la fonction du sort, ce qui était vraiment très malpoli, peu importe avec quel angle on le regardait. Il décida finalement de ne pas être si malveillant, et abaissa ses défenses magiques pour laisser faire le sort.

    « Tu as déjà le contrôle sur ta résistance magique ? » demanda Zach. « Génial ! En général, je dois commencer par apprendre aux gens comment faire ça… Même moi, je ne savais pas comment faire ça, avant les recommencements. »

    Zorian fronça les sourcils, ignorant les commentaires de Zach pour essayer de comprendre les effets du sort. Ce dernier semblait se concentrer sur ses yeux, donc normalement il devrait… voir…

    Oh.

    Une énorme colonne brillante s'éleva dans le ciel, se déformant et ondulant comme une créature vivante, produisant de temps en temps des sillons de matière lumineuse sur toute sa hauteur.

    « C’est à ça que ressemble le Trou en utilisant la Vision des Mages ? » demanda-t-il, en regardant à nouveau Zach.

    « C’est magnifique, pas vrai ? » dit Zach. « Regarder ce geyser de mana monter dans le ciel me permet toujours de mettre certaines choses en perspective. »

    « La Vision des Mages ne devrait pas marcher à Cyoria, par contre, » remarqua Zorian. « Il y a bien trop de mana ambiant qui sature tout. Pourquoi est-ce que je ne suis pas aveuglé dans absolument toutes les directions ? »

    « Il s’agit d’une variation expérimentale de la Vision qui essaye de filtrer le ‘bruit’ et de ne montrer que les choses importantes, » expliqua Zach. « Ce n’est pas super fiable, mais ça fera l’affaire pour nous. »

    « C’est-à-dire ? » demanda Zorian.

    « Je vais lancer plusieurs fois le missile magique, et tu vas regarder ce que je fais pour essayer me copier, » dit-il. « Je vais utiliser l’invocation complète, et essayer d’aller aussi lentement que je le peux. Essaye de mémoriser les mots et gestuelles, parce que tu vas devoir les utiliser à la place de la baguette que Kyron t’a donnée. Une baguette est effectivement plus utile en combat, mais pour s’entraîner c’est mieux d’utiliser l’invocation. »

    Zorian était totalement d’accord avec cette idée : il cherchait depuis longtemps des invocations pour les sorts de combat. Par contre, Zach le sous-estimait. ‘Essaye de mémoriser ?’ Zorian n’avait pas les réserves absolument monstrueuses de Zach, mais sa mémoire était plutôt bonne. Il n’eut finalement besoin que d’une seule démonstration de Zach pour graver dans sa tête la procédure d’incantation.

    Malheureusement, le reste de la session fut bien moins impressionnant. Zach continua de lancer le sort plusieurs fois avant de demander à Zorian de s’y essayer. Il réalisa que lancer des sorts de magie de combat était non seulement bien plus lent sans utiliser la baguette de sort, mais aussi bien plus difficile. Heureusement, le fait qu’il avait vraiment vu comment le mana était censé être façonné avait vraiment accéléré sa vitesse d’apprentissage, et il réussit finalement à lancer un missile passable avant la fin de la séance. Il était par contre complètement à court de mana, et Zach décida alors de s’arrêter là pour aujourd’hui.

    Zorian se perdit dans ses pensées en retournant à son appartement. La remarque de Zach, sur comment la colonne de mana mettait les choses en perspective pour lui, pouvait étrangement également s’appliquer à lui. Boucle temporelle ou non, il ne battrait jamais Zach et les autres personnes comme lui à leur propre jeu. Il était évident que Zorian ne pourrait pas se déplacer en mode bulldozer, lançant à tout-va des sorts comme le faisait Zach. Non, s’il voulait s’en sortir, il allait devoir paver sa propre route.

    Si seulement il savait quelle était cette route… Actuellement, la seule chose qu’il pouvait vraiment faire était de savoir exactement ce qui avait causé cette boucle temporelle, et comment elle fonctionnait. Malheureusement, il n’avait pas les compétences pour résoudre ce mystère, et il devait apparemment passer du temps à s’entraîner. Au moins, du temps, il en avait un paquet. Enfin, probablement. Il ne serait jamais complètement certain que la boucle continuerait de se produire, mais Zach ne se comportait pas comme si elle allait s’arrêter prochainement, donc Zorian décida de copier cet état d’esprit.

    Il aurait tellement aimé avoir une autre personne que Zach à qui demander de l’aide dans sa quête de progrès. Normalement, c’était la fonction d’un mentor, mais il savait déjà ce que lui dirait Xvim : plus, toujours plus d’exercices de façonnage. Ensuite, il lui jetterait des billes dessus.

    Par contre… Ilsa avait proposé de devenir son nouveau mentor lors de plusieurs recommencements, pas vrai ? Hmm.

    Malgré son désir d’avoir de l'aide supplémentaire, Zorian décida d'attendre d'avoir eu quelques sessions de plus avec Xvim avant d'aller voir Ilsa. Cela allait être long, mais il lui serait plus facile de se plaindre des méthodes de Xvim en tant que mentor, puisqu'il n'aurait pas à expliquer comment il en savait déjà autant sur lui. Par contre, ce n'était pas comme s'il n'avait pas de quoi s'occuper en attendant : Zach était encore plus enthousiaste au sujet de leurs entraînements à la magie de combat que ne l'était Zorian. Il insistait pour qu'ils se voient tous les jours après les cours. Après deux semaines de pratique intensive, non seulement savait-il lancer un vrai missile magique à tête chercheuse, mais il apprit également à incanter les sorts bouclier et lance-flammes. Il savait que savoir lancer ces sorts serait absolument inutile contre un mage ennemi humain, mais il ne s'agissait pas des seules menaces auxquelles il serait confronté. Il pourrait les utiliser pour gagner une seconde ou deux contre un loup hivernal ou un troll, et cela marquerait peut-être la différence entre survivre et mourir.

    Zach était retourné en cours dès le lendemain de ses sessions privées d'entraînement avec Zorian. Il semblait avoir maintenant complètement récupéré. Mais pour quelqu'un qui avait perdu une grosse partie de sa mémoire, il était étonnamment communicatif. Zorian admirait son camarade voyageur temporel pour sa capacité à rester de bonne humeur dans des circonstances pas très heureuses, mais son attitude rendait ses progrès inexplicables encore plus facilement visibles. C'était quasiment presque comme la première fois qu'il avait vécu ce mois, sauf qu'au lieu de traîner avec Neolu et l'autre fille mystérieuse, Zach traînait avec lui. Évidemment, Zorian devint alors la cible de tout ses camarades curieux qui voulait savoir comment Zach était devenu si doué tout d'un coup.

    « Qu'est-ce que je suis censé leur dire ? » demanda-t-il à Zach. Ils se trouvaient à la cafétéria, et il avait remarqué plusieurs étudiants regarder dans leur direction un peu trop souvent, attendant visiblement que Zach parte pour venir lui parler. « C'est pas comme si je pouvais leur dire que tu es un voyageur dans le temps. »

    « Pourquoi pas ? » demanda Zach. « Le voyage temporel. C'est ce que je leur dit à chaque fois qu'ils me demandent comment je suis devenu si fort. »

    « Tu leur dis vraiment que t'es un voyageur temporel ?? » demanda Zorian d'un ton incrédule. Il ne savait pas s'il devait rire ou se frapper la tête contre la table.

    « Ouais, » confirma Zach. « Même dans le pire des cas, qu'est-ce qui pourrait bien arriver ? »

    Zorian ressentit soudainement une douleur fantôme dans sa poitrine, à l'endroit où, dans une autre boucle, un assassin masqué l'avait poignardé et tué. Zach n'avait-il jamais subit des conséquences comme celle-là quand il avait essayé de convaincre les gens de son histoire ? Mais bon, il a dit qu'il avait essayé de les convaincre qu'il était un voyageur temporel, pas au sujet de l'invasion. En fait, il n'avait même rien dit à Zorian à ce sujet, semblant éviter la conversation à chaque fois que Zorian voulait la mener dans cette direction.

    « Tout ça pourrait être évité si tu savais te retenir un peu en cours, » soupira Zorian.

    « Mais j'aime bien ce genre d'attention... » admit Zach.

    « Vraiment ? » demanda Zorian. « Moi, je ne fais tout ça qu'une seule fois et j'en ai déjà marre. Tu vas me dire que tu ne te fatigues toujours pas de toute cette attention, après plus d'une décennie ? »

    « Oh, sérieusement, tu crois vraiment que je passe tout chaque boucle en cours ? » se moqua Zach. « J'en avais déjà marre après seulement trois ou quatre boucles. La plupart du temps, je fais mon truc de mon côté. En général, je ne suis même pas à Cyoria ! Je viens seulement en cours quand je veux me détendre ou que je me sens d'humeur nostalgique. Et la seule raison pour laquelle je suis ici maintenant est que je me suis fait un peu chahuté lors de la dernière boucle et que j'essaye toujours de recouvrer la mémoire. Oh, et puis parce que je m'intéresse à toi. »

    « Et pourquoi donc ? » demanda Zorian. « C'est pas que je veuille me plaindre ou quoi, mais pourquoi es-tu prêt à investir autant de temps avec moi ? Est-ce que ça ne sera pas complètement inutile lors de la prochaine boucle ? »

    « C'est une façon plutôt froide de voir les choses, » dit Zach. « Je ne pense vraiment pas comme ça. J'ai essayé d'apprendre à connaître tout nos camarades lors de ces recommencements, même si certains d'entre eux ne se sont pas montrés très coopératifs. Je n'ai jamais considéré cela comme une perte de temps. C'est la première fois que je suis en de si bons termes avec toi, et je ne sais absolument pas ce que j'ai fait pour le causer. Donc je préfère en profiter pendant que je le peux. »

    Zorian commença à se sentir assez mal. Non seulement il n'avait jamais essayé d'apprendre à connaître ses camarades pendant ses propres recommencements, l'idée ne lui était même jamais venue à l'esprit ! Et ce n'était pas la première fois que Zach insinuait que Zorian s'était montré désagréable avec lui par le passé. Que s'était-il passé entre lui et 'Zorian du passé' pour lui avoir laissé une telle impression ?

    « Je vois, » dit Zorian avec hésitation, ne sachant que répondre.

    « Je me pose vraiment beaucoup de questions à ton sujet, » continua Zach. « Tu es si différent du Zorian que je connaissais, je commence à me demander si tu es vraiment la même personne. »

    « Qui serais-je donc alors ? » demanda Zorian, ne sachant honnêtement pas où Zach voulait en venir. Il n'avait visiblement pas réalisé que Zorian 'recommençait' le mois comme lui, donc que voulait-il dire ?

    « J'ai peut-être changé de chronologie, ou quelque chose, » dit Zach.

    Zorian le regarda d'un air incrédule. Il avait changé de chronologie ? C'était ça, son explication ? Vraiment ? Vraiment vraiment ? Zorian eut terriblement envie de lui dire la vérité à cet instant, juste pour lui démontrer à quel point son idée était ridicule.

    « Ou quelque chose, » dit Zorian d'un air impassible.

    « Quoiiiiii ? » protesta Zach. « Ça pourrait se produire. Est-ce que toi t'y connais quelque chose sur les mécaniques temporelles ? Non ? C'est bien ce qu'il me semblait. »

    « J'ai quand même lu plusieurs livres sur le voyage temporel après notre première rencontre, » affirma Zorian. C'était un mensonge, bien sûr, mais un petit mensonge. Il avait parcouru de nombreux livres sur le voyage temporel, mais juste pas lors de ce recommencement.

    « Et tu n'as rien appris, » conclut Zach. « C'est un véritable désert scientifique. Tout ce qu'ils écrivent, c'est sur les dilemmes éthiques et les paradoxes temporels, ce genre de truc. C'était la première et la dernière fois que j'ai mis le pied dans la bibliothèque de l'académie, ça je te le dis. »

    Zorian le regarda d'un air étrange. « C'est une blague, pas vrai ? »

    « Quoi ? » demanda Zach.

    « Que tu n'es allé voir la bibliothèque qu'une seule fois, » clarifia Zorian.

    « Heu… eh bien... » essaya Zach, d'un rire nerveux. « Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Je n'aime pas vraiment lire... »

    Zorian regarda attentivement Zach en se demandant s'il était en train de se ficher de lui. Il aurait parfaitement compris si l'ancien Zach, celui qu'il connaissait avant la boucle temporelle, n'avait jamais mis le pied dans la bibliothèque. Il ne serait même pas un cas unique, car de nombreux étudiants ne se rendaient jamais dans la bibliothèque avant leur troisième année, car ils n'avaient pas accès au registre des sorts avant la certification, de toute façon. Mais ce Zach avait vécu et revécu ce mois plus de 200 fois, et avait accès au registre… Et n'avait jamais essayé de le consulter. Parce qu'il n'aimait pas lire.

    Zorian était abasourdi.

    « Mais tu as pourtant clairement lu nos manuels de cours, » remarqua-t-il. « Sinon, tu n’excellerais pas autant dans toutes les matières. »

    « Ouais, eh bien, j’ai pas dit que je ne lisais pas du tout, » argumenta Zach. « C’est juste que je préfère éviter si je le peux. J’apprends bien mieux par l’exemple, de toute façon. »

    Marrant, c’était tout le contraire avec Zorian. En général, il apprenait bien mieux lorsqu’il avait eu l’occasion d’étudier le sujet par lui-même avant d’essayer. Malgré tout, il trouvait que c’était un défaut majeur pour un mage d’éviter les livres, même s’il devait admettre que Zach avait tout de même eu d’impressionnants résultats. D’ailleurs, en y réfléchissant, il y avait clairement un manque de sorts dangereux dans la collection de l’académie, donc un mage qui serait principalement intéressé par les zones à accès restreint trouverait effectivement l’utilité de la bibliothèque très limitée.

    « Donc, tu apprends principalement grâce à des mentors ? » devina Zorian. « Je suis surpris que tu arrives à convaincre des mages de t’enseigner leur savoir en moins d’un mois. De manière générale, il faut plusieurs années d’apprentissage auprès d’eux pour qu’ils acceptent de t’enseigner quoique ce soit d’utile. »

    « C’est vrai, c’est bien le cas, en général, » répondit Zach. « Mais je suis le dernier Noveda, t’es pas au courant ? Toute ma vie, j’avais de nombreux mages très respectables jouant des coudes pour m’enseigner. Donc d’habitude je me présente chez eux en leur expliquant qui je suis, et ils sont toujours très heureux de m’aider. »

    Zorian dut réprimer la vague de jalousie qui allait l’emporter. Zach avait réussi à profiter du mieux qu’il pouvait de sa situation très particulière, comme l’aurait fait Zorian à sa place. Mais cela l’embêtait vraiment, car ça lui rappelait que Daimen et Fortov avaient toujours réussi à obtenir des faveurs et des concessions de la part de leurs professeurs, mais que lui n’y était jamais arrivé. Ses parents lui avaient pourtant bien expliqué que cette différence s’expliquait par son attitude. S’il avait été plus sociable, plus poli, plus tout… il pourrait également bénéficier des mêmes faveurs. Mais pour Zorian, c’était plus comme si ses frères avaient un genre de tatouage invisible sur le front, que seuls les mages pouvaient voir, et qui les marquait en quelque sorte comme plus spéciaux que lui.

    Mais Zach n’était pas l’un de ses frères, et ne méritait pas d’être la cible de ses frustrations personnelles.

    « Pratique, » dit finalement à voix haute Zorian, en faisant un sourire forcé à son ami voyageur temporel. Zach ne sembla rien remarquer.

    En mettant de côté sa jalousie, il commença vraiment à se demander si son hypothèse que Zach était un voyageur temporel clandestin, comme lui, avait du mérite. Zach avait des réserves de mana ridiculement élevées. De tout les étudiants de l’académie, c’est lui qui devait en avoir le plus. Il était le dernier membre d’une Noble Maison très connue, profitant de tout le prestige allant avec sans avoir des parents curieux qui se seraient inquiétés de sa transformation soudaine. En plus du pouvoir inhérent à son nom de famille, il était quelqu’un de charmant et extraverti, ce qui améliorait ses chances de recevoir de l’aide de mages de haut cercle qui seraient normalement inapprochables. Il n’était pas un simple prince pourri-gâté, et avait au contraire beaucoup de potentiel, s’il avait le temps de le développer. Du temps qu’il venait justement d’avoir grâce à la boucle temporelle, ce qui était… pratique. Bien trop pratique, du point de vue de Zorian.

    C’est pourquoi, malgré l’apparente gentillesse de Zach, Zorian ne se sentait pas à l’aise avec lui. En tout cas, pas assez pour révéler son secret. Maintenant, son principal avantage était qu’il était un élément extérieur dans le jeu auquel Zach était en train de jouer. Une variable inattendue. Il avait bien l’intention de profiter encore et encore de sa position.

    Quelle que soit la force derrière Zach, Zorian n’avait absolument pas l’intention de se dévoiler à ses yeux dans un futur proche.

    « Prenez place, monsieur Kazinski, » dit Ilsa. « Je me doutais que j’allais bientôt vous voir. »

    « Vraiment ? » demanda Zorian.

    « Oh que oui, » dit Ilsa. « En général, les étudiants viennent frapper à ma porte immédiatement après une seule session avec Xvim. Vous, vous avez en fait attendu la seconde session, donc un point pour votre patience. »

    « Je vois, » dit Zorian avec aigreur.

    « Mais je ne peux pas vous transférer vers un autre mentor actuellement, donc j’ai bien peur que vous allez devoir le supporter encore un moment, » continua-t-elle.

    « Je m’y attendais un peu, » répondit Zorian. Pourquoi sa réponse serait-elle différente de la dernière fois qu’il lui avait demandé ? « Ce n’est pas la raison de ma venue. »

    « Non ? » dit-elle, en haussa un sourcil.

    « Non, » confirma-t-il. « Tout ce que j’ai entendu au sujet de Xvim me dit qu’on ne progressera jamais au-delà des trois basiques, donc j’ai décidé de prendre les devants et étudier par moi-même. J’espérais que vous pourriez me donner des indications, par exemple par où je devrais commencer, à quoi je devrais faire attention, ce genre de choses. »

    Ilsa eut un long soupir. « Il est difficile de donner ce genre de conseil, monsieur Kazinski. C’est pourquoi l’académie confie chaque étudiant à un mentor, car il n’existe pas de solution unique. Je pense que je pourrais vous donner des conseils sur ma propre matière, par contre. Êtes-vous vraiment doué aux trois basiques ? »

    « Ça dépend à qui vous le demandez, » dit Zorian. « La plupart de mes professeurs de seconde année m’ont dit que je les maîtrisais. Xvim, lui, prétend que je suis une honte pour la communauté des mages. »

    Elle gloussa en lui tendant un stylo. Vraiment, elle le lui tendit, elle ne le lui avait pas jeté dessus comme Xvim l’aurait fait. Ah, quel plaisir d’interagir avec des professeurs sains d’esprits…

    « Faites-le léviter, » ordonna Ilsa.

    Elle n’eut même pas eu le temps de finir de parler que le stylo était déjà en train de tourner au-dessus de sa paume ouverte.

    « Oh, vous savez déjà faire tourner l’objet en lévitation ? » remarqua Ilsa, visiblement agréablement surprise. « Je parie que Xvim en était très heureux, » Non, pas vraiment. « Vous connaissez d’autres variations ? »

    « Non, » dit Zorian. « Ne me dites pas qu’il s’agit de la procédure standard ? »

    « Pas comme Xvim les enseigne, mais oui, la plupart des mentors demandent aux étudiants de travailler des variations des trois basiques pour améliorer leurs talents en façonnage. »

    « Et combien existe-t-il de variations ? » demanda Zorian.

    « Oh, des milliers, » répondit Ilsa, confirmant les soupçons de Zorian. « Mais la plupart des étudiants n’en apprennent que 6 environ durant leur troisième année. Tenez. »

    Elle lui plaça entre les mains un livre plutôt lourd, attendant patiemment qu’il le feuillette. Il s’agissait apparemment d’un livre décrivant 15 variations ‘particulièrement intéressantes’ des trois basiques, donc 5 pour chaque exercice.

    « Laissez-moi deviner : vous voulez que j’apprenne tout ce qui se trouve dans ce livre, » soupira Zorian.

    « Ça serait vraiment impressionnant, » gloussa Ilsa. « N’avez-vous pas écouté ce que j’ai dit ? La plupart des étudiants n’en apprennent que 6 en une année. Vous aurez probablement fini votre cursus à l’académie avant d’avoir finir tout ce qui se trouve dans cet ouvrage. Enfin, en supposant que vous le vouliez, bien sûr. Je ne vous force à rien. »

    « 6 en un an, hein ? » demanda prudemment Zorian, une idée germant dans son esprit.

    « C’est cela, » confirma Ilsa.

    « Et que diriez-vous si je maîtrisais les 15 avant la fin du mois ? » demanda Zorian.

    Le visage d’Ilsa se figea un instant, avant qu’elle n’éclate de rire. Il lui fallut plusieurs secondes pour se calmer.

    « Eh bien, vous êtes vraiment du genre confiant, pas vrai ? » répondit-elle enfin. « Si vous êtes vraiment aussi bon, je remplirais immédiatement le formulaire de transfert, je me ficherais des règles et je vous prendrais en apprenti. Je ne laisserais jamais passer l’occasion d’enseigner à une légende en devenir pareille. Mais ça ne veut pas dire que je pense que vous puissiez le faire, remarquez. »

    Zorian lui répondit d’un sourire malicieux.

    Évidemment, Zorian n’avait absolument pas les moyens de maîtriser les 15 exercices lors de ce recommencement en particulier, mais ce n’était pas un problème. Grâce au miracle de la boucle temporelle, il avait bien plus que quelques semaines pour assimiler le contenu du livre. Il était même disponible à la bibliothèque, donc il n’avait pas à se rendre auprès d’Ilsa pour l’obtenir lors du prochain recommencement. Et qui sait, peut-être que Xvim lui lâcherait aussi un peu les bottes. On pouvait toujours rêver.

    En plus, le livre était en fait assez intéressant. Non seulement il expliquait en détail comment réaliser chaque variation, mais il détaillait également les raisons et l’intérêt de chaque exercice, ce qui lui apportait un point de vue neuf sur pourquoi les trois basiques étaient enseignés aux étudiants. Zorian parcourut brièvement chaque variation avant de recommencer à lire soigneusement depuis le début.

    Faire briller un objet, le faire léviter, l’embraser… il s’agissait d’effets très simples, ne nécessitant que des compétences rudimentaires en façonnage. L’exercice de lévitation, par exemple, ne consistait qu’en une force provenant de la paume et repoussant l’objet. Il n’y a pas plus simple que ça. Il y avait en fait beaucoup d’effets aussi simple, et certainement plus que les trois basiques qu’on leur avait enseigné, mais ces trois-là étaient prioritaires. La production de lumière, de chaleur, ou d’énergie cinétique étaient des composantes communes à de nombreux sorts, ce qui donnait aux trois basiques une utilité que les autres exercices simples n’avaient pas.

    Les variations décrites par l’ouvrage n’étaient pas dans la même catégorie que ces exercices simples ou pour débutant. Même si Xvim, Ilsa, et le livre leur faisait référence en utilisant le terme ‘variations’, Zorian réalisa qu’il s’agissait davantage d’améliorations, ou peut-être de ‘versions avancées’. Il ne l’avait pas réalisé à l’époque, mais l’exercice du stylo tournant, qui était la toute première variation décrite dans le livre sous un nom un peu plus chic, était bien plus difficile que simplement faire léviter son stylo au-dessus de sa paume. Cette variation était supposée enseigner aux mages à faire plusieurs choses en même temps, en les faisant maintenir deux effets en même temps.

    Même si Xvim n’aurait sûrement pas été d’accord, Zorian considéra qu’il maîtrisait l’exercice du stylo tournant, et les recommandations du livre semblaient aller dans son sens. Il commença donc à regarder les 4 autres variations de l’exercice de lévitation, en essayant de trouver lequel était le plus facile. Cependant, il réalisa rapidement que les variations étaient classées non seulement par difficulté croissante, mais aussi que les dernières variations requéraient probablement d’avoir d’abord maîtrisé les précédentes.

    La lévitation verticale lui demandait de coller un objet à sa paume grâce à une force attractive, positionner sa paume verticalement, puis d’éloigner l’objet de sa paume sans le laisser tomber. La première partie était facile, et Zorian savait déjà la faire, mais faire décoller l’objet de la paume sans qu’il ne tombe lui demandait de contrebalancer la force attractive liant l’objet à sa paume avec une force répulsive pour les séparer. Sans avoir appris à faire deux choses en même temps avec l’exercice du stylo tournant, il lui aurait sûrement fallu une éternité pour apprendre celui-là.

    Le suivant était la lévitation en point fixe, qui demandait de maintenir la position d’un objet en lévitation malgré des changements dans les conditions initiales. En d’autres termes, il devait pouvoir monter ou descendre sa main, la déplacer de droite à gauche, tout en gardant l'objet parfaitement statique. Il lui fallait donc savoir comment contrebalancer la force attractive et la force répulsive, tout en ajustant continuellement en réponse aux changements.

    Et ainsi de suite. Zorian comprit qu’il n’y avait qu’un seul ordre précis dans lequel ces exercices pouvaient être appris, et il commença donc avec la lévitation verticale. Malheureusement, il n’accomplirait pas grand-chose lors de ce recommencement en particulier.

    Le festival d’été approchait en effet à grands pas.

  • Chapitre 09 : Tricheurs

    "Majara," psalmodia Zorian, terminant le sort avec le mot qu'il recherchait. Il sentit le sort agir autour de lui, scannant les livres des étagères à proximité, à la recherche du mot en question. Il injecta un peu plus de mana pour augmenter sa portée, mais cela eu pour effet de surcharger le sort et l'avait presque défait. C'est pourquoi il eut besoin de plusieurs secondes pour stabiliser la structure du sort. Au final, le flux de mana reprit un cours normal et le sort accomplit son objectif. Sept fils dorés apparurent de son torse en vacillant, le reliant apparemment à différents livres dans cette section de la bibliothèque.

    Zorian sourit. Le sort était l'une des divinations de livre qu'Ibery lui avait apprises, et recherchait dans les livres un mot ou une série de mots en particulier. Il s'agissait d'un sort assez fragile, qui échouait si le nombre de références qu'il trouvait dépassait un certain seuil, ce seuil dépendant du talent du lanceur. Il était essentiellement utilisé pour retrouver des citations, ou des termes très peu souvent usités.

    Des termes comme, par exemple, la langue morte de Majara. Zenomir n'avait pas menti lorsqu'il avait dit à Zorian qu'il ne trouverait aucun livre sur le sujet. En effet, il n'y en avait aucun sur le langage Majara, et très peu de livres le mentionnaient. Jusqu'à maintenant, il n'avait trouvé que 13 autres livres qui contenaient le mot, et pour la plupart il ne s'agissait que d'un commentaire en passant. Il était possible que les connaissances qu'il recherchait existaient bien dans la bibliothèque, mais sous une forme qui était invisible aux divinations qu'il utilisait. Ibery ne lui avait appris que les bases de la 'magie de bibliothèque', comme elle l'appelait, donc ses recherches restaient vraiment grossières, mais il n'y pouvait pas grand-chose.

    Il regarda les fils qui lui sortaient du torse, passant sa main à travers eux sans aucun effet. Faire cela ne cessait jamais de l'amuser. Enfin, ça l’ennuierait bien au bout d'un moment, mais l'effet de nouveauté ne s'était pas encore dissipé. Les fils étaient une illusion n'existant que dans son esprit. Chaque divination nécessitait un moyen d'exprimer l'information au lanceur, car l'esprit humain était incapable de traiter les résultats bruts d'une divination. Une illusion auto-imposée comme celle qu'il utilisait actuellement était d'un niveau plutôt avancé, ou du moins c'est ce que lui avait dit Ibery lorsqu'il avait essayé de lui dire qu'il avait réussi à lancer le sort moins de 30 minutes après qu'elle le lui eut montré. Il avait le sentiment très particulier qu'elle mentait. Il ne comprenait pas vraiment ce qui était difficile avec ce sort, pour être honnête. Les fils n'étaient que de la construction mentale pure qui ne nécessitait presque rien en termes de talent en façonnage, mais juste… de la visualisation. C'était vraiment simple pour lui. Presque naturel.

    Il secoua la tête et suivit l'un des fils dorés jusqu'à trouver le livre auquel il était attaché. Il s'agissait d'un livre énorme, presque intimidant, de 400 pages sur l'histoire de Miasina, et Zorian n'avait absolument pas l'intention de le lire en détail jusqu'à ce qu'il trouve la petite partie qui l'intéressait, donc il lança une seconde divination qu'Ibery lui avait apprise. Celle-ci mettait en valeur d'un vert brillant chaque mention du mot choisi (dans ce cas 'Majara'), donc il se contenta de tourner les pages jusqu'à trouver du vert.

    « Zorian ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »

    Zorian ferma immédiatement le livre et le replaça sur l'étagère. Il ne faisait absolument rien d'interdit, mais il n'avait vraiment pas envie d'expliquer à Ibery qu'est-ce qu'était Majara, ni pourquoi il recherchait ce terme dans la bibliothèque.

    La réplique qu'il s'apprêtait à prononcer mourut avant qu'elle ne quitta sa bouche car il s'était enfin tourné vers son interlocutrice. Ibery était dans un état lamentable. Ses yeux et son nez étaient rouges, comme si elle venait de pleurer, et il y avait une tache violette ignoble recouvrant sa joue droite et son coup. Cela ne ressemblait pas à un bleu, pas vraiment, mais plus comme…

    Oh… oh non.

    « Ibery... » commença Zorian de manière hésitante. « Tu ne serais pas par hasard dans la même classe que mon frère, ou bien ? »

    Elle sursauta en arrière et l'évita du regard. Il soupira profondément. Par-fait.

    « Comment est-ce que tu le sais ? » demanda-t-elle après une seconde de silence.

    « Mon très cher frère est venu me voir un peu plus tôt, » expliqua Zorian. « Il m'a dit avoir poussé une fille dans tas de plantes rampantes violettes, et voulait que je lui fasse une 'potion anti-rougeur'. Comme je n'étais pas d'humeur, je l'ai envoyé balader. »

    Il s'agissait en fait d'un mensonge. Il avait découvert, trois boucles en arrière, que Fortov ne voulait pas ou était incapable de le retrouver s'il ne retournait pas dans sa chambre après les cours. C'était en fait la raison principale pour laquelle il avait passé sa journée à la bibliothèque plutôt que dans sa chambre. Mais il savait quand même ce qu'il se serait passé s'il y avait été, à cause de sa situation un peu particulière.

    « Oh, » dit-elle à voix basse. « Ok… c'est pas grave. »

    « Si, » désapprouva Zorian. « Si c'est grave. Si j'avais su qu'il parlait de toi, je l'aurais aidé. Enfin… je t'aurais aidé. Lui peut aller se faire voir, je m'en fiche. » Il s'arrêta un moment pour réfléchir. « Tu sais, je n'ai aucune raison de ne pas le faire maintenant. Je vais juste devoir passer dans ma chambre pour récupérer les ingrédients et - »

    « Non, tu n'as pas à faire ça, » l'interrompit Ibery. « C'est… c'est pas si important. »

    Zorian l'observa une fois de plus. Ouaip, elle avait clairement pleuré avant de venir ici. En plus, son choix de mot était évident : elle avait dit 'qu'il n'avait pas à faire ça', pas qu'il ne 'devait pas faire ça', et que ce 'n'était pas si important' et pas 'pas important'.

    « Ce n'est vraiment pas un problème, » la rassura-t-il. « La seule raison de mon refus est parce que c'était Fortov qui me l'avait demandé, pas parce qu'il s'agit de quelque chose de difficile. Dis-moi juste où te retrouver une fois que j'ai terminé. »

    « Heu, j'aimerais venir avec toi, si c'est possible, » dit-elle avec hésitation. « J'aimerais voir comment est fait le remède. Juste au cas où. »

    Zorian s'arrêta. C'était un peu problématique. Après tout, l'atelier alchimique serait fermé à cette heure-ci, et il devrait employer des moyens, euh, peu orthodoxes pour y accéder. Mais qu'importe, ce n'était pas comme si elle allait s'en rappeler lors du prochain recommencement.

    Ils se dirigèrent donc tous les deux vers l'appartement de Zorian. Bien sûr, comme si avoir Ibery sur ses talons ne suffisait pas, lorsqu'il arriva devant sa porte, il trouva une autre personne familière en train de l'attendre. Zach.

    Il n'était pas spécialement surpris de voir Zach l'attendre, pour être honnête. Ce dernier devenait visiblement de plus en plus nerveux à l'approche du festival d'été, certainement troublé par l'invasion imminente. Il n'avait jamais prévenu Zorian de l'invasion ; Zach s'était montré extrêmement langue-de-bois sur le sujet, peu importe l'angle par lequel Zorian essayait de lui faire cracher des informations. Lors des derniers jours, Zach avait demandé plusieurs fois à Zorian ses plans pour la veillée du festival d'été, impliquant de manière très peu subtile qu'il s'agirait d'une très mauvaise idée de rester dans sa chambre. Comme Zorian se rappelait parfaitement de la façon dont l'une des 'fusées éclairantes' avait défoncé sa résidence, il était d'accord avec Zach sur ce point. Malheureusement, Zach semblait avoir des difficultés à croire que Zorian allait participer au bal. Zorian se demanda donc ce qu'il s'était passé, et combien de fois ça s'était passé, entre lui et Zach pour produire ce genre d'impression. S'était-il montré vraiment si borné avant d'être piégé dans la boucle temporelle ?

    Il marcha vers Zach, qui était assis sur le sol à côté de la porte de l'appartement de Zorian, ignorant complètement ses alentours pendant qu'il se concentrait sur quelque chose dans sa paume. En fait, maintenant qu'il s'approchait, Zorian comprit qu'il s'agissait de quelque chose au-dessus de sa paume : un crayon, tournoyant doucement dans les airs. Apparemment, Zach connaissait également l'exercice du stylo tournant, et était en train de s'y entraîner en attendant Zorian. Ce dernier eut la forte envie de lui jeter une bille sur le front et de lui demander de recommencer, mais il se retint.

    Surtout parce qu'il n'avait pas de bille sur lui en ce moment.

    « Salut Zach, » dit Zorian, extirpant Zach de ses rêveries. « Est-ce que tu m'attendais ? »

    « Ouais, » confirma-t-il. Il ouvrit sa bouche pour dire quelque chose d'autre quand il remarqua Ibery suivant Zorian de près, et la referma d'un claquement bref. « Heu, est-ce que je suis en train d'interrompre quelque chose ? »

    « Non, pas vraiment, » soupira Zorian. « Je suis juste venu récupérer quelques fournitures alchimiques avant de préparer quelque chose pour mademoiselle Ambercomb. Qu'est-ce que tu me voulais ? »

    « Heu, ça peut attendre, » répondit Zach. « Qu'est-ce que tu veux préparer ? Je peux peut-être aider, je suis plutôt doué en alchimie. »

    « Y a-t-il vraiment un domaine dans lequel tu n'es pas doué ? » répliqua Zorian.

    « Tu serais surpris, » marmonna Zach.

    Ibery avait écouté leur conversation en silence, mais Zach était une personne très sociable, et le temps que Zorian récupère ses ingrédients dans sa chambre, les deux autres avaient déjà débuté une conversation très animée, surtout autour de la situation actuelle d'Ibery.

    « Mec, je savais pas que ton frère était un abruti pareil, » remarqua Zach en s'adressant à Zorian. « Pas étonnant que tu sois devenu si.. euh... »

    Il s'arrêta quand Zorian haussa les sourcils, le défiant de terminer sa phrase. La réaction d'Ibery fut bien plus vocale.

    « Il n'est pas un abruti ! » protesta-t-elle. « Il ne l'a pas fait exprès. »

    « Il aurait dû réparer ses erreurs, cependant, » insista Zach. « Que ça soit intentionnel ou non, c'était de sa faute. Il n'aurait pas dû se défausser de la sorte sur son petit frère. »

    « Personne n'a forcé Zorian à faire quoique ce soit, » dit Ibery. « Il fait ça de son plein gré, pas vrai Zorian ? »

    « C'est vrai, » admit Zorian. « Je fais ça parce que je le veux bien. »

    En fait, il était assez d'accord avec Zach, mais évita de le dire. S'il avait appris quoique ce soit sur Ibery après avoir passé une boucle entière à ses côtés, c'était qu'elle avait un gros béguin pour Fortov. Cela serait contre-productif de dire du mal de lui devant elle. En plus, s'il devait être honnête avec lui-même, Zorian était incapable d'être objectif au sujet de Fortov. Il y avait trop d'animosité entre eux deux.

    Heureusement, Zach et Ibery se mirent rapidement d'accord sur leur désaccord, et un agréable silence se mit en place. Enfin, agréable pour Zorian, car Zach n'était visiblement pas du même avis.

    « Hé Zorian, » dit-il. « Pourquoi est-ce qu'on se dirige vers les salles de cours de l'académie ? »

    « Pour que je puisse entrer dans l'atelier alchimique, bien sûr, » dit Zorian. Il comprenait à quoi Zach voulait en venir, bien sûr, mais il espérait quand même essayer de s'en sortir sans révéler l'un de ses tours les mieux gardés.

    Mais pas de chance.

    « Mais tous les ateliers sont fermés si tard, » remarqua Zach.

    « Ah ! » s'exclama Ibery. « Il a raison ! Ils ont fermé il y a plus de deux heures ! »

    « Ça ne sera pas un problème, » les rassura Zorian. « Tant que l'on nettoie bien après notre passage, personne ne saura qu'on était là. »

    « Mais la porte est verrouillée, » indiqua Zach.

    Zorian soupira. « Non, pas contre la magie. »

    « Tu connais des sorts de crochetage ? » demanda Zach d'un ton surpris.

    Zorian comprenait bien sa surprise : les sorts de crochetage étaient de la magie soumise à restrictions, à cause de leur potentiel abus. Sans avoir une licence spéciale, il était même un crime de savoir en lancer un. Pas un crime très sérieux, mais un crime quand même.

    Peut-être alors était-ce bien que Zorian ne connaissait aucun sort de crochetage.

    « Non, je n'en connais pas, » dit Zorian. « Mais il s'agit d'un simple verrou mécanique. J'ai juste à manipuler les goupilles par télékinésie, et le tour est joué. Un jeu d'enfant. »

    Les deux autres le regardèrent d'un air ébahi. Comme la plupart des gens, ils ne savaient absolument pas comment fonctionnaient les serrures, et à quel point il était facile de les déverrouiller. Zorian avait eu une enfance… haute en couleurs, et avait donc appris à crocheter les verrous habituels sans utiliser la moindre magie. C'était juste un peu plus lent que d'utiliser la magie et lui demandait de transporter des crochets sur lui.

    Il s'arrêta devant la porte de l'atelier alchimique est tira sur la poignée. Comme Zach l'avait dit, elle était fermée à clef. Zorian haussa les épaules avant de poser sa paume contre le trou de serrure en fermant les yeux. Il sentait Zach et Ibery se regrouper autour de lui pour voir ce qu'il était en train de faire, et il fit de son mieux pour les en empêcher. Il avait besoin d'une concentration totale.

    Il avait développé ce talent particulier lors de sa seconde année à l'académie, lorsqu'il avait été fatigué des exercices de façonnage qu'ils avaient dû faire. Cela lui demandait d'inonder de mana le mécanisme de verrouillage, utiliser le champ résultant de mana pour 'sentir' la forme du verrou avant de déplacer prudemment les goupilles pour le neutraliser. Cela lui avait demandé plusieurs mois de pratique obstinée, mais il était maintenant assez bon pour débloquer la plupart des portes en moins de 30 secondes.

    Même les portes protégées magiquement. Il ne le dit pas à Zach et Ibery, mais la porte qu'il essayait de crocheter était en fait protégée magiquement, comme l'était quasiment tout au sein de l'académie, même les portes les plus simples. Mais Zorian avait découvert avec la pratique que les protections bas niveau comme celle-ci étaient très spécifiques : elles ne contraient qu'un certain nombre de sorts de crochetage, et rien d'autre. La petite astuce de Zorian n'était pas un sort structuré, et ne déclenchait donc pas ces protections rudimentaires.

    La porte fit un bruit sec, et Zorian essaya à nouveau la poignée. Cette fois-ci, la porte s'ouvrit sans résistance.

    « Wow , » dit Zach, pendant qu'ils rentraient tous les trois dans l'atelier. « Tu peux ouvrir une serrure juste en posant ta main contre elle pendant quelques secondes ! »

    Zorian lui lança un regard fatigué. « C'est bien plus compliqué que ça. Ça c'est juste la partie visible. »

    « Oh, je n'en doute pas une seconde, » répondit Zach.

    Il semblait que Zach soit très impressionné par ce que venait de faire Zorian, alors qu'Ibery resta étrangement silencieuse et le regardait bizarrement. Voilà pourquoi il détestait dévoiler aux autres ses talents en crochetage de serrure. La plupart imaginaient immédiatement qu'il était un genre de voleur. En plus, il ne voulait pas que les autorités de l'académie en entendent parler, car ils changeraient immédiatement les protections sur les portes et il ne pourrait plus faire ce qu'il venait de faire.

    Heureusement, Ibery n'était aussi étroite d'esprit que certaines personnes qu'avait rencontré Zorian au cours de sa vie, et ses suspicions disparurent rapidement lorsqu'il commença à préparer la pommade. Étrangement, Zach ne savait pas comment en faire une, même s'il s'agissait d'une préparation très simple et que Zach avait déjà démontré en cours son talent pour l'alchimie. Il ne semblait pas spécialement intéressé pour apprendre, cependant : les pommades anti-rougeurs étaient apparemment bien trop mondaines à son goût, et il leur préférait des potions de force et des élixirs soignant les blessures. Cela pouvait ressembler à construire des connaissances sans avoir une bonne base, mais ce n'était pas Zorian qui était un voyageur temporel depuis plus d'une décennie. Pas encore.

    « Est-ce que c'est des feuilles de plante grimpante violette ? » demanda Ibery, en pointant du doigt la petite pile que Zorian avait placé dans un tissu humide.

    « Oui, » confirma Zorian, enveloppant les feuilles dans le tissu. « Il s'agit de l'ingrédient principal, même si elles devront être broyées au préalable. Les manuels d'Alchimie préconisent généralement de les réduire en poudre, mais ce n'est pas vraiment nécessaire d'aller si loin. J'ai juste besoin d'un peu plus de feuilles avec ma méthode, mais ce n'est pas comme si on en manquait donc bon... »

    Une heure plus tard, la pommade fut terminée et Zach fut assez sympa pour incanter un genre de miroir illusoire pour qu'Ibery puisse se l'appliquer directement. Sympa, mais sournois, car pendant qu'Ibery était occupée à se tartiner la pommade sur sa peau, Zach attira Zorian dans un coin de l'atelier pour lui parler en privé.

    « Qu'est-ce qu'il y a ? » souffla Zorian.

    Zach chercha dans sa poche et sortit un anneau, qu'il tendit immédiatement à Zorian. Il s'agissait d'une alliance sans caractéristique particulière mais qui réagit étrangement lorsque Zorian y injecta un peu de mana.

    « C'est une formule de sort, » expliqua Zach.

    « Missile magique ? » devina Zorian.

    « Missile magique, bouclier et lance-flammes, » répondit Zach. « Maintenant tu peux utiliser tous les trois en combat. »

    Zorian regarda à nouveau l'anneau, cette fois avec respect. La quantité de choses qu'on pouvait inscrire dans une formule de sort était limitée, et c'était très dépendant de la taille de l'objet utilisé à la base. Transformer un objet aussi petit qu'un anneau en une formule de sort pour trois différents sorts était vraiment impressionnant, même s'il s'agissait de trois sorts de bas niveau.

    « Ça a dû coûter cher, » remarqua Zorian.

    « Je l'ai fait moi-même, en fait, » dit Zach en souriant.

    « Mais quand même, c'est un objet qui a beaucoup de valeur, et tu le donnes à quelqu'un que tu n'as rencontré qu'il y a moins d'un mois, » dit Zorian. « Pourquoi ai-je l'impression que je vais en avoir besoin dans un futur proche ? »

    Le sourire de Zach disparut instantanément, et il prit une expression bien plus sombre. « Peut-être. Je veux juste m'assurer que tu aies quelque chose, tu sais. Tu ne sais jamais quand est-ce qu'un troll en colère peut te sauter dessus, ou quelque chose d'autre. »

    « C'est incroyablement spécifique... » remarqua Zorian. « Tu sais, j'ai l'impression que tu deviens de plus en plus nerveux à l'approche du festival, et tu sembles très insistant pour que j'assiste à la danse. »

    « Tu vas y aller, pas vrai ? » demanda-t-il soudainement.

    « Oui, oui, je te l'ai promis déjà presque une dizaine de fois, » soupira Zorian. « Qu'est-ce que la danse a de si important, en fait ? Qu'est-ce qu'il va s'y passer, ô grand voyageur du futur ? »

    « Tu vas devoir le voir pour le croire, » soupira à son tour Zach. « C'est encore plus improbable que l'existence du voyage temporel. »

    « C'est si mauvais ? » demandant Zorian, admettant intérieurement qu'il aurait eu beaucoup de mal à accepter la possibilité d'une invasion de cette taille s'il ne l'avait pas vue par lui-même. 

    « Juste… essaye de survivre, ok ? » soupira Zach. Avant que Zorian ne puisse ajouter quoique ce soit d'autre, Zach prit soudainement une fausse expression joyeuse et parla d'une voix assez haute pour qu'Ibery puisse l'entendre également. « Wow, Zorian, je suis heureux d'avoir eu cette discussion avec toi, mais il faut vraiment que j'y aille maintenant ! Repose-toi bien pour demain ! À plus Zorian, à plus Ibery ! On se revoit au bal ! »

    Puis il s'en alla. Zorian secoua la tête et marcha vers Ibery, qui était enfin libérée de sa tache violette qui avait couvert son visage et son cou.

    « Eh bien, je pense qu'on devrait également y aller, » dit Zorian. « L'académie ne demande normalement à personne de faire des rondes si tard, mais comme cet idiot n'a pas pu s'empêcher de crier, il a peut-être involontairement alerté quelqu'un de notre présence... »

    « Oh, heu, t'as raison. »

    Zorian regarda Ibery après avoir quitté l'atelier, et après qu'il utilisa la même astuce pour verrouiller à nouveau la porte. Elle semblait étrangement silencieuse pour quelqu'un qui avait obtenu ce qu'il voulait.

    « Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-il au bout d'un moment.

    « Heu, rien, pourquoi ? » répondit-elle.

    « Tu ne sembles pas si enchantée d'être soignée, » remarqua-t-il.

    « Je le suis ! Vraiment ! » protesta-t-elle. « C'est juste que... »

    « Oui ? » la poussa-t-il.

    « J'ai pas de partenaire de danse pour le bal, » dit-elle finalement. «  Le garçon que j'espérais inviter a déjà quelqu'un maintenant. »

    Si son mystérieux garçon était Fortov (probablement, vu son béguin évident pour lui), alors effectivement, il avait déjà quelqu'un. En fait, il avait probablement quelqu'un depuis une semaine ou deux, donc elle n'aurait jamais vraiment eu sa chance avec lui de toute façon, mais il ne se sentait pas de lui briser ses rêves en le lui faisant remarquer.

    « Tu vas juste devoir faire comme moi, et te rendre seule à la danse, non ? » conclut Zorian.

    Elle s'arrêta soudainement en le jaugeant du regard.

    « Toi aussi tu n'as personne avec qui aller au bal ? » demanda-t-elle.

    Zorian ferma les yeux et jura intérieurement. Il avait vraiment marché droit dedans, pas vrai ?

    Zorian était nerveux. Depuis son premier recommencement, il mettait un point d'honneur à éviter la ville le jour du festival, ne voulant pas être à nouveau impliqué dans l'invasion. S'il était présent, il augmentait ses chances de mourir d'une manière horrible après tout, et il n'avait toujours pas été certain que la boucle continuerait de se reproduire. Mais il n'avait plus vraiment cette crainte-là, à moins qu'il ne veuille dévoiler sa situation à Zach (ce qu'il ne voulait pas).

    Donc sa situation actuelle était qu'il était obligé d'assister à la danse, avec en plus, de manière imprévue, une partenaire : Ibery. Il n'en était pas spécialement ravi, en fait. Il n'avait pas vraiment de plan pour cette soirée, il attendait plutôt de voir ce qui allait se passer, mais la présence d'Ibery à ses côtés allait sans doute le limiter. Sans parler du fait qu'il se rappelait encore de la soirée catastrophique qu'il avait vécue avec Akoja, et il avait très peu envie de répéter une telle performance, que la boucle temporelle efface ses actions ou non.

    En parlant de sa soirée avec Akoja, Zorian devait admettre une chose à propos d'Ibery, c'était qu'elle était bien plus raisonnable et aimable que ne l'avait été Akoja. Elle ne l'avait pas cherché dans sa chambre deux heures avant l’événement, et ne l'avait pas fait attendre au milieu d'une foule immense amassée à l'entrée, ni ne l'avait traîné de groupe en groupe pour parler à des gens qui ne s'intéressaient à lui que parce qu'il était le frère de Daimen et Fortov… Elle était également bien trop intéressée par scanner la foule à la recherche de Fortov pour lui prêter attention, mais c'était très bien de son point de vue : il n'avait absolument pas l'impression qu'elle lui avait demandé d'être son partenaire parce qu'elle était intéressée par lui. Au bout d'un moment, il eut pitié d'elle et lui annonça que Fortov était probablement déjà à l'intérieur, se préparant pour la performance de ce soir avec les autres membres du club de musique de l'académie.

    Évidemment, Zach fit sa propre entrée dans son style habituel : flamboyant. Il attira l'attention de tout le monde lorsqu'il arriva avec non pas une mais deux partenaires pour la soirée (Zorian ne reconnut aucune des filles) et impressionna encore davantage la foule lorsqu'il fit la démonstration de quelques mouvements de danse très compliqués, mais aussi très tape-à-l’œil. Zach avait visiblement appris plus que de simples sorts de magie lors des différents recommencements. Zorian applaudit avec le reste de la foule lorsque Zach termina enfin de faire montre de son talent. Il considéra un instant l'intérêt de développer certains talents non-magiques. Mais pas la danse. Ou aucun autre talent de 'haute société' d'ailleurs, car développer ces talents au-delà du niveau déjà basique qu'il possédait lui demanderait de construire un masque si rigoureux qu'il n'était pas sûr qu'il pourrait l'ôter ensuite. Les bénéfices ne valaient pas le coup de vendre son âme, même métaphoriquement.

    « C'est bien pus chic que ce que j'avais imaginé, » admit Ibery, pointant du doigt la nappe à dentelles devant elle.

    « C'est évidemment bien plus qu'un simple bal de l'école, » répondit Zorian. « Je pense que l'Académie voulait organiser quelque chose pour l'arrivée de dignitaires étrangers, et ils ont simplement décidé de fusionner cet événement avec le bal de l'académie pour une raison ou une autre. »

    « Possible, » dit Ibery. « Ils ont vraiment mis le paquet pour que tout semble parfait cette année, et j'ai des doutes qu'ils l'aient fait pour nous. » Elle regarda à l'autre bout de la table, où Zach amusait une petite foule amassée autour de lui, alors que ses deux partenaires n'étaient visibles nulle part. Après quelques secondes d'observation, elle se retourna vers Zorian et le regarda étrangement.

    « Quoi ? » demanda Zorian, un peu gêné par son regard.

    « Je voulais te demander... » commença-t-elle de façon hésitante. « C'est quoi le lien entre toi et Zach ? Je veux dire, je sais que vous êtes amis, mais comment ça se fait ? Vous semblez très différents l'un de l'autre. »

    « C'est assez récent, » expliqua Zorian. « Et c'est surtout venu du côté de Zach, pour être honnête. Tout ce que j'ai fait, c'est le ramener chez lui lorsqu'il était malade en cours un jour, et il décida qu'on était de très bons amis après ça. Et j'ai plus ou moins laissé faire. »

    « Donc, tu ne saurais pas quelque chose sur… heu.. »

    « Sa soudaine explosion de talent ? » devina Zorian. Il était en fait surpris qu'elle ne le questionnât pas plus tôt sur le sujet. Presque tout le monde l'avait fait. Bien sûr, elle recevrait le même mensonge qu'il avait donné à tout le monde. « Je n'ai aucune idée de ce qu'il s'est passé, mais je peux te garantir que c'est réel et pas un genre de truc comme je l'ai entendu de temps en temps. Il m'aide beaucoup en magie de combat dernièrement, et je peux t'assurer qu'il sait vraiment ce qu'il fait. »

    « Ouais, j'ai entendu que tu faisais ça, » dit Ibery. Zorian fronça les sourcils. Le fait de traîner avec Zach avait rendu certaines personnes très intéressées par ses propres activités, peu importe leur intérêt. Avoir des gens scruter tout ce qu'il faisait était une expérience nouvelle pour lui. Nouvelle, et pas vraiment la bienvenue. « Kyron a été plutôt impressionné par tes progrès, tu sais ? »

    Ouais… enfin jusqu'au moment où il avait appris que Zach était impliqué. À partir de ce moment-là, les progrès de Zorian furent simplement rajoutés sur la liste des surprises du mystère que représentait Zach. Bien sûr, Zach avait un genre de technique secrète d'enseignement, en plus du reste. Bien sûr.

    Mais ce n'était pas comme s'il était encore amer à ce sujet, hein !

    « Impressionné… mouais, » dit Zorian d'un ton acerbe. « Qu'est-ce que tu penses des progrès de Zach, toi ? »

    « Eh bien… c'est peut être un peu idiot, » dit Ibery.

    Zorian lui fit signe de continuer. Il adorait entendre les explications des gens sur ce qu'il était arrivé à Zach. La plupart des spéculations n'étaient pas vraiment sérieuses, et étaient plutôt des tentatives de trouver la raison la plus fantaisiste et la plus drôle à ce mystère, donc il doutait que l'explication d'Ibery soit plus ridicule que ce qu'il avait entendu pendant tout ce mois. Sa réponse préférée était que Zach avait réalisé un ancien rituel en mangeant le cerveau de quelqu'un d'autre pour obtenir ses connaissances.

    « La dilatation du temps, » dit Ibery après un bref moment d'hésitation.

    Zorian cligna des yeux. Oh Ibery… si proche et pourtant si loin…

    « Je ne pense pas qu'il existe un sort d'accélération de l'apprentissage aussi efficace, pour être honnête, » dit Zorian. « Zach n'est pas juste un peu meilleur, mais je le classerais carrément comme un mage au moins du troisième cercle. Honnêtement, je ne pense pas qu'il ait une raison d'assister encore aux cours, à part le fait qu'il trouve amusant de se vanter de ses connaissances. »

    « J'ai un peu remarqué ça, oui, » dit Ibery, jetant un œil au groupe de personnes autour de Zach. « Mais je ne pensais pas à de la magie d'accélération. Tu sais ce qu'est une Chambre Noire ? » Zorian secoua la tête pour faire signe que non. « Il y a des rumeurs comme quoi les nations puissantes comme la nôtre ont des complexes secrets d'entraînement dans lesquels ils utilisent des niveaux extrêmes de dilatation temporelle. Tu te rends dans ce complexe, tu y passes quelques mois, ou même quelques années, et quand tu sors, seuls quelques jours se sont passés.

    Zorian haussa les sourcils à cette description. Si l'une des puissances majeures avaient vraiment quelque chose de la sorte, pourquoi les effets ne se voyaient-ils pas ? Aucun des États Successeurs n'était particulièrement timide de démontrer sa force, et ils auraient probablement abusé d'un outil pareil pour produire à la pelle des mages surentraînés.

    « C'est juste une rumeur, » ajouta rapidement Ibery. « Quelque chose entre une légende urbaine et une théorie conspirationniste. Je n'en ai entendu parler que parce que j'ai un ami qui adore ce genre de sujet et elle continue d'insister qu'il existe l'un de ces complexes dans les tunnels sous la ville. Ce genre d'institut consomme apparemment des quantités de mana massives, et doivent donc être localisés proches de puits à mana.

    « Et le Trou est le plus gros puits de mana du monde, » ajouta Zorian. « Quelle l'explication du mystère autour de ces instituts ? On aurait pu penser qu'ils allaient les utiliser intensivement. »

    « Ils ne peuvent pas, » dit Ibery. « Ou du moins, c'est comme ça que l'on me l'a expliqué. Il y a de lourdes limitations à leur utilisation. La partie conspirationniste porte sur comment les pays décident de qui peut utiliser les Chambres Noires. Les théories les plus conventionnelles suggèrent qu'il s'agit simplement de terrains d'entraînement pour former des super-agents pour des opérations clandestines. Les théories les plus folles sont… eh bien… folles. »

    « C'est une théorie intéressante, » souffla Zorian. Bien plus proche de la réalité que tout ce qu'il avait entendu jusqu'à maintenant, même s'il ne dirait jamais ça à voix haute, même pour blaguer. Si Ibery pouvait prendre une théorie pareille au sérieux, il y a de bonnes chances qu'elle puisse le croire en entendant la vérité, ce qui serait très gênant. Peut-être devrait-il essayer de la convaincre pendant une prochaine boucle ? En tout cas, c'était un détail sur lequel il allait réfléchir. « Mais si Zach a passé des années dans l'une de ces Chambres Noires, pourquoi n'a-t-il pas changé physiquement ? Et pourquoi laisseraient-ils Zach utiliser l'une d'elles ?

    « Eh bien, il n'a pas à passer littéralement des années, » expliqua Ibery. « Ce n'est pas comme si ce qu'il a démontré jusqu'à maintenant est incroyablement avancé. Quelques mois d'entraînement guidé intense suffiraient à produire ces effets-là. Et même s'il y avait passé plusieurs années, il y a des potions qui stoppent le vieillissement pendant une année ou deux. Elles marchent mieux sur les jeunes personnes, en plus. »

    Zorian résista à l'envie de froncer les sourcils. C'était vrai que Zach aimait frimer, mais il n'avait jamais vraiment montré l'étendue de ses capacités. Si Zach avait démontré ce qu'il avait fait pendant l'invasion, ni Ibery ni quiconque d'autre oserait qualifier ses compétences de 'pas très avancées'. Mais peut-être était-ce le but. Un Zach très talentueux était surprenant, peut-être même choquant pour ceux qui le connaissaient avant son changement. Mais un Zach déployant soudainement le talent d'un archimage serait probablement extrêmement inquiétant, et générerait une réponse appropriée des gens autour de lui.

    Peut-être que le comportement de Zach était plus réfléchi qu'il n'y paraissait ?

    « Et pourquoi lui ? » continua Ibery. « Eh bien, c'est un Noveda. Ils étaient très influents avant leur chute, et je ne dis pas ça parce qu'ils étaient riches. Ils étaient partout. Je verrais bien une partie de cette influence survivre jusqu'à aujourd'hui. Zach est le dernier de la lignée, et sur ses épaules repose l'avenir de sa Maison. Peut-être que ses gardiens ont pris cette mesure désespérée pour essayer de transformer Zach en un successeur digne de ce nom et capable de redorer le blason des Noveda.

    Soudain, le sol trembla, suivi d'une explosion assourdissante moins d'une seconde plus tard. Les fenêtres vibrèrent, mais sans casser. Un silence gênant s'établit dans le hall, brisé seulement par le grondement périodique d'autres explosions plus lointaines.

    « Qu'est… Qu'est-ce que c'était ? » demanda Ibery d'un ton effrayé.

    Elle n'était vraiment pas la seule à poser ce genre de question. Des murmures agités commencèrent à se propager dans la foule, avant de gagner en volume et en inquiétude. La pression constante que ressentait Zorian quand il se trouvait dans des foules pareilles s'intensifia et… changea. Ce qui était généralement une simple gêne poussant aux bords de sa conscience devint soudainement une couverture suffocante de peur. Il lutta pour ne pas s'évanouir lorsque ces sentiments étrangers envahirent son esprit. Qu'est-ce qu'il lui arrivait ? Il ne se rappelait pas du tout d'une attaque comme celle-ci lors de sa précédente expérience avec l'invasion.

    Une minute passa. Puis dix. Zorian ressentait l'anxiété et l'agitation de la foule grimper en flèche. La dernière (et première) fois qu'il avait vécu l'invasion, il s'était trouvé sur le toit lorsque le premier barrage toucha terre, et fut momentanément incapacité suite à l'explosion. Du moins, c'est ce qu'il avait cru. Apparemment, il avait été inconscient pendant bien plus longtemps qu'il ne l'avait pensé, car Ilsa et Kyron auraient déjà dû se précipiter sur le toit pour voir ce qu'il se passait. Et pourtant, il pouvait les voir se disputer à propos de quelque chose dans un coin du hall, et aucun des deux ne faisait le moindre mouvement vers le toit.

    « Zorian ? » essaya Ibery pour la cinquième ou sixième fois. « Tu es certain que tu vas bien ? Peut-être que je devrais chercher quelqu'un - »

    « Je vais bien, » dit Zorian, réussissant malgré tout à supporter la pression étouffante pour le moment. Les explosions avaient enfin cessé, mais cela ne calma pas la foule. Au contraire, maintenant que la situation s'était un peu calmée, les gens voulaient des réponses, et elles les voulaient tout de suite. Les personnes présentes étaient très agitées. Heureusement, le personnel de l'académie sembla enfin le réaliser. « Regarde, Ilsa essaye de dire quelque chose. »

    « S'il vous plaît, restez calme ! » cria Ilsa depuis la scène, utilisant la même magie qui propageait la musique pour se faire entendre de tout le monde. « Moi et mon collègue allons monter sur le toit pour communiquer avec les autorités de la ville pour essayer de comprendre ce qu'il se passe. Merci de rester ici jusqu'à notre retour. »

    Eh bien… cela n'aida pas vraiment la foule à se calmer. Au contraire, elle était devenue encore plus ingérable qu'avant le discours d'Ilsa, et certaines personnes ignorèrent directement son avertissement et se précipitèrent à l'extérieur du hall dès qu'elle disparut dans la cage d'escalier. Il ne pouvait pas vraiment les juger trop sévèrement, car dans d'autres conditions, il aurait probablement fait la même chose. Il y avait cependant un point positif, car la pression étouffante qu'il ressentait s'affaiblit et retourna à la simple gêne qui ressemblait à un mot de tête. Quel soulagement.

    « Salut Zorian ! » le salua Zach en s'approchant de lui. Bien sûr qu'il venait lui parler maintenant...  « Quel bordel, pas vrai ? Et je vois que tu as réussi à convaincre mademoiselle Ambercomb d'être ta partenaire pour la soirée ! Félicitations ! Je ne savais pas que tu aimais les filles plus âgées. »

    « Je n'ai qu'un an de plus que lui, » protesta Ibery. Elle jeta un regard rapide à Zorian pour voir s'il allait rectifier que c'était elle qui l'avait invité, et se détendit quand elle réalisa qu'il n'en avait pas l'intention. Zorian lutta pour ne pas lever les yeux au ciel. « Et toi, pourquoi tu es ici tout seul ? Pourquoi tu ne nous présentes pas tes partenaires ? » demanda Ibery.

    Si elle pensait gêner Zach en évoquant la nature plurielle de ses partenaires pour la soirée, elle allait être déçue. En effet, Zach lui répondit d'un sourire, complètement non affecté par la pique.

    « Elles ont décidé de rentrer un peu plus tôt ce soir, » répondit-il en haussant les épaules. « Ça valait probablement mieux, vu ce qu'il s'est passé. »

    « Justement, qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda Zorian. Il ne s'attendait pas à une réponse directe de Zach, bien sûr, mais ça valait le coup d'essayer.

    « Je pense qu'on le saura rapidement, » dit Zach, pointant du doigt le bas des escaliers menant au toit, où Ilsa était en train de parler à un groupe d'étudiants. Après quelques secondes, Zorian réalisa qu'Akoja en faisait partie, ainsi que plusieurs autres personnes qu'il reconnaissait.

    « À qui parle-t-elle ? » demanda Ibery.

    « Des délégués de classe, je crois, » dit Zorian. « Au moins, ceux que je reconnais sont tous des délégués. »

    Tout se passait affreusement lentement. Peut-être Zorian en attendait un peu trop d'une simple institution éducationnelle, mais leur réponse à l'invasion était décevante. Il avait espéré qu'ils commencent au moins à diriger les gens vers les refuges, ou à organiser un genre de force de défense ou… quoique ce soit, vraiment. Il avait l'impression qu'Ilsa et Kyron n'avaient pas encore réalisé l'ampleur de la situation.

    Finalement, Ilsa sembla finir de donner ses instructions et les délégués se dispersèrent dans la foule. Il ne fallut qu'une minute à Zorian pour réaliser ce qu'ils étaient en train de faire : chaque délégué rassemblait ses propres camarades dans un groupe. Il fit ses adieux à Ibery avant de se diriger vers Akoja avec Zach.

    Une fois tout le monde présent, Akoja leur expliqua le plan. L'académie allait utiliser leurs capacités de téléportation limitées pour évacuer hors de la ville les dignitaires étrangers ainsi que d'autres personnes importantes, et les étudiants allaient descendre dans les tunnels sous la ville pour rejoindre les abris à pied. Il n'y aurait aucun professeur pour les escorter, car ils avaient d'autres missions et les délégués devaient connaître de toute façon les routes d'évacuation pour obtenir le poste.

    Zorian regarda Zach pour jauger sa réaction, et vit que son expression était sombre et concentrée.

    « Ok, » marmonna Zach. « C'est l'heure du show. »

    Zorian eut un mauvais pressentiment.

    Étonnamment, ce ne fut pas Zach le premier à donner l'alarme, mais Raynie… Il n'avait aucune idée de comment elle avait détecté les loups hivernaux cinq minutes avant qu'ils n'arrivent, mais elle les avait bel et bien remarqués et avait immédiatement sonné l'alarme. De nombreux étudiants ne la croyait pas, mais peu étaient prêts à prendre le risque. Toute la procession d'étudiants en marche vers les refuges accéléra le pas vers le petit bâtiment cylindrique qui menait aux escaliers.

    Ils n'atteignirent jamais le bâtiment avant l'attaque des loups hivernaux.

    Zorian n'était pas un soldat, et ne se proclamait pas un expert en tactiques, mais ce qu'avait fait la foule d'étudiant lorsque les loups attaquèrent était extrêmement stupide. Ils s'étaient dispersés. Les étudiants les plus proches de l'entrée du donjon se précipitèrent vers elle, mais les autres recherchèrent immédiatement un abri le plus proche possible. Il pouvait entendre les cris désespérés de Zach, disant aux gens de ne pas se séparer du groupe principal, en vain.

    Zorian jura et attrapa rapidement Akoja par le poignet avant qu'elle ne fuse vers l'entrée de l'appartement le plus proche. Il pointa sans rien dire vers l'entrée du donjon, et voulut un moment expliquer plus en détail son raisonnement, mais il savait qu'il n'en avait pas le temps. Il lâcha sa main et commença à courir, espérant qu'elle aurait la présence d'esprit de le suivre.

    Heureusement, elle l'avait bien suivi, comme plusieurs autres étudiants qui avaient remarqué leur échange silencieux et en avaient réalisé l'importance. Alors qu'ils couraient, plusieurs autres étudiants les rejoignirent, cherchant la sécurité dans le nombre.

    Autour de lui régnait le chaos. Les loups hivernaux arrivaient par centaines, et contrairement aux étudiants qui fuyaient, ils étaient effroyablement bien organisés. Des petits groupes de 3 ou 4 loups se détachaient régulièrement de la meute principale pour intercepter des cibles isolées avant de rejoindre à nouveau la horde, utilisant leur nombre pour flanquer et battre leurs adversaires. À cause de leurs fourrures blanches et de leurs déplacements étrangement silencieux, ils étaient comme une armée de fantômes provenant des enfers pour châtier les vivants. Des cris. Des hurlements. Des éclairs de lumières et quand même quelques glapissements canins de douleur, car tous les étudiants n'étaient pas sans défense. Devant lui, Zach défendait sauvagement l'entrée vers les tunnels, envoyant salve après salve de missiles magiques qui frappaient bien plus fort que les missiles des autres étudiants. Il massacrait une dizaine de loup à chaque tir. Un certain nombre de personnes avaient trouvé refuge dans un bâtiment à proximité et s'étaient barricadé à l'intérieur, ignorant les supplications d'autres étudiants bloqués à l'extérieur.

    Juste quand Zorian se dit qu'ils allaient atteindre l'entrée sans incident, sa chance s'arrêta là. Un large groupe d'une trentaine de loup hivernaux remarqua son groupe, et se déplaça pour les intercepter. Zorian et les autres s'arrêtèrent immédiatement, ne sachant trop quoi faire de la meute de loups se rapprochant. Les monstres se trouvaient sur le chemin vers les refuges, mais les affronter était probablement du suicide. Zach était occupé par des trolls de guerre qui avaient finalement fait leur apparition, et ne pourrait pas les aider avant un moment.

    « Je t'ai dit que j'aurais dû amener mon épée, » se plaint l'un des garçons. « Mais noooon, ce n'est pas approprié pour un bal d'école d'après toi… Tu as même dit que j'étais bien trop paranoïaque ! »

    « Oh, la ferme, » répliqua une voix féminine.

    Zorian lutta contre l'envie de lancer quelques missiles vers les loups approchants. Même s'il produisait des perçants, il ne pouvait pas garantir de tuer d'un seul coup quelque chose d'aussi résistant qu'un loup hivernal, et il échouait encore souvent lorsqu'il voulait intégrer une fonction tête chercheuse, donc il n'avait même pas la certitude de toucher quelque chose. Il devait utiliser son mana intelligemment.

    Cependant, pas tout le monde ne pensait comme lui. Un certain nombre de personnes avait une formule de sort cachée sur eux sous la forme d'un anneau ou d'un collier, tout comme lui, et elles lançaient missiles après missiles sur les loups approchants. Seule une fille était capable de lancer un vrai missile à tête chercheuse, donc la plupart d'entre eux manquèrent leurs cibles, et quand ils touchaient, il ne s'agissait que de briseurs, et ne tuèrent donc aucun loup. Par contre, ils réussirent à ralentir la meute et à forcer les loups à se rapprocher les uns des autres, car la fille qui savait lancer des éclairs à tête chercheuse visait n'importe quel loup qui s'écartait du groupe pour les flanquer. Cela donna une idée à Zorian.

    Au moment où les loups arrivèrent à portée, Zorian lança un sort lance-flammes surpuissant. Les canidés étaient super resserrés, et bon nombre d'entre eux furent pris dans la déflagration. Les loups hivernaux, bien connus pour être faibles contre le feu, hurlèrent de douleur et de peur. C'est alors qu'une autre personne tira un autre lance-flammes vers eux, bien plus grand et chaud que celui de Zorian, et les loups se retournèrent rapidement pour fuir. Enfin ceux qui vivaient encore.

    Zorian tourna la tête pour voir qui avait lancé le second lance-flammes, et fut surpris de voir qu'il s'agissait de Briam, regardant d'un air suffisant les cadavres carbonisés devant lui. Il tenait son drake de feu dans ses bras, comme s'il s'agissait d'une arme vivante, et le petit lézard se léchait les babines comme s'il voulait manger ses victimes.

    Zorian réalisa que sa théorie que le drake était trop jeune pour cracher du feu venait de tomber à l'eau.

    Après quelques secondes de choc lié au retournement de situation, le groupe reprit sa route vers le bâtiment et ils descendirent immédiatement dans les tunnels. Zorian fut immédiatement intercepté par une Ibery inquiète, qui sembla très soulagée de le voir vivant. Même s'il savait que sa mort ne serait pas permanente, il devait admettre qu'il était également content de voir qu'elle avait survécu.

    Mais maintenant qu'il avait le temps de s'asseoir et de réfléchir à ce qu'il s'était passé, il n'était pas si surprenant qu'elle avait survécu. Elle était après tout en quatrième année, et les quatrième années s'étaient retrouvé en tête de la procession. Cela était assez malheureux, car ils étaient probablement bien plus capables de se défendre que les étudiants de troisième année… Ils avaient pourtant atteint les refuges en premiers, laissant leurs cadets se débrouiller seuls.

    « Je ne savais pas que tu connaissais des sorts de feu, » remarqua Briam sur sa gauche, caressant affectueusement son familier. « J'imagine que c'est l'un des sorts que Zach t'as appris pendant ce mois pas vrai ? »

    « Ouais, » admit Zorian. Il regarda le lézard d'un air dubitatif, et le reptile le regardait en retour d'un air de défi. « Tu as vraiment amené ton familier au bal de l'école ? »

    « Non, y'a pas moyen, » rit Briam. « Je n'y suis pas attaché à ce point. J'ai utilisé un sort d'invocation pour l'amener à mes côtés quand les loups hivernaux sont arrivés. »

    « Mais je croyais que les sorts d'invocations du genre demandaient beaucoup de mana ? » demanda Zorian.

    « Pas si tu invoques ton propre familier, » expliqua Briam. « On est lié ensemble, lui et moi. Connecté au niveau de l'âme. C'est bien plus facile et demande bien moins de mana d'utiliser les sorts qui le concernent. »

    « Je vois, » souffla Zorian.

    Une heure passa, sans qu'il se passa quoique ce soit de significatif. Zorian écouta les histoires des personnes autour de lui, essayant de trouver du sens à ce qu'il venait de se passer et réfléchissant à un moyen de rendre cette évacuation moins catastrophique lors de la prochaine boucle. Le fil de ses pensées fut interrompu lorsqu'un groupe d'enseignants arriva enfin dans le refuge.

    Ils étaient au nombre de six, et semblaient exténués et effrayés, un peu comme les étudiants qui s'étaient rassemblés autour d'eux dans l'attente d'explications et pour être rassurés. Le seul qui inspirait confiance à Zorian était Kyron, qui restait aussi stoïque que d'habitude. Il n'était par contre plus torse nu, et portait au contraire une armure totale qui ressemblait à la carapace chitineuse d'un insecte saint. Il avait également une pléthore de baguettes de sorts à sa ceinture en plus de son bâton de combat qu'il tenait fermement dans sa main.

    Kyron avait de mauvaises nouvelles. L'attaque visant l'académie était juste une petite partie d'une invasion à grande échelle de toute la ville. Zorian savait déjà ça, bien sûr, mais tous les autres étudiants furent profondément choqués. L'invasion avait été bien préparée, et la plupart des forces de défenses avaient été dépassées dès le départ. La ville allait tomber. Une fois que ça se serait produit, les abris se transformeraient en pièges mortels géants. Ils allaient devoir ressortir des abris et combattre pour sortir de la ville avant que les envahisseurs ne puissent sécuriser tous les bâtiments importants et ne portent leur attention sur eux.

    Les gens avaient des discussions très animées.

    « Pourquoi vous ne nous téléportez pas à l'extérieur ? » demanda quelqu'un. « Vous êtes censé pouvoir faire ça ! »

    « Le contrôle des protections de l'Académie a été saboté, » dit calmement Kyron. « Les envahisseurs ont retourné nos propres protections anti-téléportation contre nous. On ne peut pas se téléporter vers la ville ou en sortir. »

    Zorian grogna. Les ennemis avaient le contrôle des protections ? Comment avaient-ils réussi à faire ça ? L'académie n'était pas juste une maison de famille avec des protections classiques. C'était supposé être bien trop sécurisé et sophistiqué pour être saboté !

    Les questions fusèrent encore pendant une minute avant que Kyron ne se lasse et ne commencent à aboyer des ordres. Il fallait bouger.

    Zorian portait par contre son attention sur quelque chose d'autre. L'étudiant à ses côtés agissait étrangement depuis que Kyron et les autres professeurs étaient arrivés. Et Zorian pouvait presque ressentir son anticipation et son enthousiasme. Zorian ne savait pas à quel sujet, mais ça ne pouvait présager rien de bon.

    C'est pourquoi, quand le garçon jeta une fiole pleine d'un liquide vert pâle par terre et l'écrasa avec son pied, Zorian retint son souffle et lança un briseur immédiatement dans la poitrine du garçon. Une fumée verte pestilentielle émergea de la fiole brisée, et les étudiants furent pris de panique.

    Zorian ne pouvait rien voir à travers la fumée qui était sans aucun doute empoisonnée, mais des bruits de combat étaient très facilement reconnaissables. Zorian essaya tant bien que mal de traverser la fumée pour en sortir, en vain. Il comprit, en entendant les étudiants autour de lui tousser très fortement, que respirer la fumée n'était pas une bonne idée. Dieux merci, la fumée n'irritait pas les yeux, sans quoi il n'aurait pas pu lancer un bouclier à temps pour bloquer un missile magique lui arrivant dans la figure. Un plan circulaire de force apparut soudainement devant lui, encaissant le coup. Le bouclier vacilla mais tint bon.

    Zorian entendit soudainement Kyron crier une série de mots, et toute la fumée autour de lui se dirigea vers la source de la voix, comme aspirée par un vide soudain. Zorian eut juste le temps de voir Kyron la main tendue dans les airs, une boule de fumée se compactant au-dessus de sa paume, avant d'être à nouveau obligé d'ériger un bouclier.

    Au moins il pouvait respirer maintenant. Il remerciait les dieux pour ce genre de petites faveurs.

    Avant que les attaquants, qui avaient probablement profité de la fumée pour se téléporter, car Zorian se serait rappelé d'une bande d'homme d'âge moyen en robes brunes, ne puissent reprendre l'initiative, Kyron claqua des doigts et un fouet brillant étincela dans les airs. Les envahisseurs furent rapidement éliminés, littéralement tous tranchés en deux.

    Zorian regarda Kyron d'un air ahuri. Il savait que le mage de combat à la retraite était quelqu'un de capable, mais le voir en action, c'était autre chose. L'homme avait correctement jaugé la situation et avait résolu le problème en pas plus de deux sorts. Zorian se demanda ce qu'il serait arrivé lors de l'évacuation initiale si Kyron avait guidé les étudiants. Il ne put s'empêcher de penser que Kyron aurait trouvé un moyen de repousser l'attaque des loups hivernaux sans perdre le moindre étudiant. Les étudiants étaient probablement bien plus enclins à écouter Kyron que leurs délégués, car il avait cette aura de commandant autour de lui.

    « Comment...est-ce...que tu es… encore...debout ? » siffla Zach, pas très loin de Zorian. Il avait visiblement respiré de la fumée, et avait beaucoup de mal à respirer, comme le reste des étudiants. Même des voyageurs temporels depuis plus de 10 ans pouvaient encore se faire avoir par certains tours.

    Zorian était sur le point de répondre quand le sol explosa juste à côté de lui, l'aspergeant d'une pluie de fragments rocheux et le faisant tomber sur son dos. Il entendit Kyron chanter un sort, mais il était déjà trop tard pour Zorian : le ver brun géant qui venait d'émerger était bien plus rapide qu'il n'y paraissait, et Zorian souffrait beaucoup trop de ses blessures pour bouger. Il vit une mâchoire pleine de dents s'approcher de lui, puis il ne vit plus que l'obscurité.

    Ses dernières pensées étaient que ce n'était pas juste. Combien de plans de secours avaient les envahisseurs ? Ils n'étaient que des sales tricheurs !

  • merci ^^
  • merci encore *_*
  • Merci pour ces chapitres ! ^^
  • merci pour les chapitres
  • merci je pense que zorian devrait ce trouver un familier aussi si il est lié a l'ame alors il pourra surement remonter le temps aussi
  • Nicky c'est pas l'auteur de la fiction mihestral, c'est une traduction, si tu veux proposer des idées à l'auteur demande a mihestral le lien de la fiction en anglais.
  • Je pense qu'il voulait simplement ouvrir une discussion sur la thématique, plus que faire une proposition ^^

    Vous en apprendrez plus sur les mécaniques de la boucle temporelle dès la semaine prochaine !
  • Mercipour le chapitre et a la semaine prochaine
  • Merci pour les chapitres =)
    J'attends la suite avec impatience ;)
    Et bonne continuation pour la suite :smile:
  • Merci merci .. :)
  • Sozrag a dit :

    Nicky c'est pas l'auteur de la fiction mihestral, c'est une traduction, si tu veux proposer des idées à l'auteur demande a mihestral le lien de la fiction en anglais.


    je ne proposer rien j' émettait une supposition possible que j' aimerait
  • Dans ce cas sans vouloir être désagréable soit plus clair dans tes propos. Le verbe "devoir" implique un acte, et on pense donc que tu propose quelque chose.
    Si tu veux soumettre une supposition il vaut mieux utiliser des verbes comme "aller".
    "Je pense que Zorian va se trouver un familier qui se liera a son âme et donc l'accompagnera dans ses prochaines péripéties à travers le temps."
  • Chapitre 10 : Des détails négligés

    Les yeux de Zorian s'ouvrirent brusquement lorsqu’il ressentit une douleur intense au niveau de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

    « Bonj- »

    « Non ! » l'interrompit Zorian. « Pas bonjour ! Comment est-ce que ça pourrait être une bonne journée ? Je me suis encore fait tué, cette fois par un ver géant. Et me réveiller de cette façon commence à me taper sur les nerfs ! La boucle temporelle n'aurait pas pu commencer un jour plus tard, non ? »

    Il regarda sa sœur, attendant une réponse. Elle le regardait aussi d'un air très confus ; elle était probablement également un peu effrayée.

    « Euh, quoi ? » demanda-t-elle avec hésitation.


    Sans un mot, il la poussa hors du lit. Elle tomba à terre en faisant un bruit sourd et en poussant un cri indigné, et Zorian se dépêcha de se mettre sur pied pour répondre plus facilement à toute violence qu'elle pourrait éventuellement utiliser pour se venger. Il avait appris sa leçon des précédentes boucles et se dirigea ensuite immédiatement vers la salle de bain avant qu'elle ne récupère.

    Elle réalisa rapidement ce qu'il allait faire, mais il avait déjà refermé la porte derrière lui. Ses cris d'indignation étaient une douce musique à ses oreilles, car sa mère avait finalement dû intervenir et l'avait grondée.

    Peut-être pourrait-ce être une bonne journée, après tout.

    Les trains… Zorian n'avait jamais vraiment apprécié les voyages en train, mais depuis qu'il était coincé dans cette boucle temporelle, il avait développé une profonde aversion pour eux. Voyager régulièrement en train était presque aussi pénible que d'avoir Kirielle le réveiller en sautant sur lui au début de chaque recommencement. Il se dit qu'il devrait peut-être tuer un peu le temps en discutant avec Ibery, afin qu'elle soit familière avec lui lorsqu'il prendrait un job à la bibliothèque, mais finalement laissa l'idée de côté. Il avait décidé de ne pas travailler à la bibliothèque cette fois-ci. Cela lui prenait en fait beaucoup de temps, et il avait des projets bien plus prometteurs, comme maîtriser tous les exercices de façonnage dans le livre d'Ilsa afin qu'elle le prenne comme apprenti. Les divinations de bibliothèque étaient utiles, mais pouvoir se débarrasser de Xvim était absolument inestimable.

    Il avait également décidé de ne pas être à Cyoria le soir de l'invasion. Pas dans cette boucle, ni dans aucune autre dans un futur proche. Même s'il devait à cause de cela révéler sa situation à Zach, il prendrait le premier train qui quittait la ville le soir du bal. Il savait bien que la chose la plus intelligente et responsable à faire serait de rester dans la ville pour prendre des notes sur ce qu'il se passait, c’est-à-dire à quelle vitesse progressait l'invasion et qu'est-ce qu'il pouvait faire pour la stopper. Il le savait mais… c'était bien trop pour lui. Et pas seulement parce qu'il semblait mourir inévitablement à chaque fois qu'il s'impliquait. La montagne russe émotionnelle de l'évacuation était très difficilement supportable, même si ce n'était qu'un symptôme du véritable problème. Il hésita un moment en essayant justement d'identifier le problème. Toutes les raisons auxquelles ils pouvaient penser n'étaient pas...les bonnes.

    Et puis, il réalisa enfin. C'était le sentiment d'impuissance. Chaque fois qu'il pensait à l'invasion, il ne pouvait s'empêcher de penser que les forces envahissantes étaient bien au-delà de ce qu'il pouvait gérer, et que la seule raison pour laquelle il avait survécu aussi longtemps était grâce à la chance. Il trouvait que sa mort la plus récente pouvait être utilisée comme une allégorie de l'invasion entière. Oh, donc tu as repoussé une énorme meute de loups hivernaux assoiffés de sang, tu as rejoint un abri sûr, tu as aidé à contrecarrer une embuscade menée par des traîtres, et tu penses que le pire est passé ? Bien sûr que non, idiot, un ver géant sort soudainement du sol et t'arrache la tête ! Comment était-on supposé lutter contre un truc pareil ? Comment était-il censé lutter contre un truc pareil ?

    Peut-être ne devait-il pas lutter. Tout ce qui concernait l'invasion semblait si… improbable. Presque aussi improbable que Zach devenant un super-prodige en seulement un été, Zorian apprenant les 15 exercices de façonnage dans le livre d'Ilsa en moins d'un mois ou que le voyage temporel soit réel. Peut-être sa théorie qu'il existait un troisième voyageur temporel avait-elle du mérite, et que cette personne était le cerveau derrière toute l'invasion ? Cela expliquerait beaucoup de choses. Mais d'un autre côté… cela apporterait de nombreuses nouvelles question, comme pourquoi ce voyageur temporel hostile ne s'était pas encore occupé de Zach ? La liche avait déjà démontré qu'il était vraiment possible de blesser des personnes comme Zach et Zorian, et elle semblait déjà être dans le camp des envahisseurs.

    De toute façon, il avait prévu de ne s'impliquer dans cette histoire d'invasion qu'après avoir appris de vrais sorts, ou après s'être calmé et qu'il se sentait émotionnellement capable d'affronter la situation, peu importe ce qui se réalisait en premier. Ce n'est pas comme s'il arriverait à étudier les détails de l'invasion s'il continuait de mourir au tout début, de toute façon.

    Le train arriva finalement à Cyoria, et Zorian commença sa longue marche vers l'académie. Il n'était pas spécialement pressé cette fois, car il avait enfin trouvé un sort pour se protéger de la pluie lors de la boucle précédente, et avait hâte de l'essayer. Enfin, il avait trouvé plusieurs sorts censés le protéger de la pluie et des autres types d'intempéries, mais il s'agissait du seul qui était à sa portée. Ce qui ne le chagrinait pas du tout, car le sort 'barrière pare-pluie' était le sort le plus approprié pour ça. Il offrait la meilleure protection, mais demandait par contre une grande quantité de mana à maintenir. Il comprenait pourquoi le coût en mana pouvait être un problème pour ceux qui voulaient utiliser le sort pendant une durée prolongée, mais lui n'en avait besoin qu'une heure ou deux dans une ville de Cyoria exceptionnellement riche en mana ambiant.

    Et puis, être enveloppé dans une sphère invisible repoussant l'eau était juste bien plus impressionnant que les protections plus subtiles et sophistiquées. La barrière le protégeait de l'eau en général, pas juste de la pluie, donc il n'avait donc pas non plus à craindre les flaques d'eau. Voir l'eau sur la route se séparer en deux lorsqu'il s'approchait, comme s'il était un genre d'émissaire céleste, l'amusait beaucoup. Cela redorait également un peu son égo, ce dont il avait vraiment besoin après s'être fait surclassé de la sorte lors de l'invasion de la boucle précédente.

    Cependant , il n'utiliserait probablement plus jamais ce sort après avoir quitté la boucle temporelle, car un parapluie était plus que suffisant dans la plupart des cas, et ne consommait aucun mana. Mais, en fait, trouver un magasin qui en vendait sur sa route habituelle entre la gare et l'académie se montra particulièrement difficile, ce qui lui suggéra qu'il pourrait avoir besoin de ce sort de temps en temps, car il y aurait forcément des situations dans lesquelles il n'aurait pas de parapluie à portée de main.

    Il secoua la tête. Il ne devrait vraiment pas commencer à rêvasser sur ce qu'il allait faire après s'être sorti de la boucle temporelle, car ce n'allait visiblement pas arriver de sitôt.  Il devait se concentrer sur le présent… et qu'est-ce que ça semblait étrange, considérant sa situation. Qu'allait-il faire avec Zach ? Il était vraiment tenté de tout avouer au garçon, afin qu'ils réfléchissent ensemble à comment résoudre ce bordel. Deux cerveaux valaient probablement mieux qu'un, non ? Zach était impulsif, certes, mais il n'aurait pas pu aller si loin s'il n'avait pas eu la tête sur les épaules. Mais il n'était vraiment pas confortable avec cette idée, car il soupçonnait toujours qu'il y avait encore des choses qu'il ne savait pas sur Zach, et il ne voulait pas se lancer dans quelque chose sans avoir un aperçu global de la situation.

    Il décida d'attendre de voir de quelle façon Zach interagirait avec lui avant de prendre une décision.

    « Zorian ! Par ici ! »

    Zorian observa le joyeux Benisek qui lui faisait frénétiquement des signes de la main et se demanda ce qu'il devait faire. Il ne voulait pas vraiment lui parler. Benisek était peut-être son ami le plus proche parmi les étudiants de l'académie, mais il était également assez agaçant parfois, et ce n'est pas comme s'il pouvait informer Zorian de quelque chose qu'il ignorait. Au final, il soupira de dépit et traîna des pieds jusqu'au souriant garçon. Boucle temporelle ou non, il se sentait mal de snober quelqu'un de visiblement aussi heureux de le voir, surtout qu'il avait une vraie amitié avec Benisek.

    Il trouva assez intéressant le fait que Benisek était déjà présent à la cafétéria cette fois, car ce n'était pas le cas dans les recommencements qu'avait vécu Zorian jusqu'à maintenant. Ce genre de divergences inexpliquées arrivait tout le temps, ce qui était prévisible, car il y avait au moins deux voyageurs temporels dans la boucle, ce qui changeait des événements cruciaux et d'autres sans conséquence. Mais il était quand même surprenant de voir un changement aussi tôt dans la boucle. Cela ne faisait qu'un jour qu'il était arrivé à Cyoria, et en général, il se passait une semaine avant que le cours des événements ne change de manière importante, même si beaucoup de choses continuaient de se répéter. Par exemple, la plupart des enseignants avaient un plan de cours fixe, et en déviaient rarement. De même, pour autant qu'il sache, Fortov était toujours venu le voir pour la pommade anti-rougeurs, même si l'accident avec Ibery arrivait en toute fin de boucle. Ce qui suggérait, maintenant qu'il y pensait, que l'incident n'était peut-être pas aussi accidentel qu'il n'y paraissait. C'était vraiment suspect qu'un accident soit si insensible aux autres changements…

    « Tu viens d'arriver à Cyoria, pas vrai ? » demanda brusquement Benisek lorsque Zorian s'assit en face de lui.

    Zorian acquiesça avec hésitation. Benisek n'était en général aussi excité que lorsqu'il parlait d'une fille très attirante, ou quand il avait entendu un ragot énorme. Zorian espérait qu'il s'agisse du second cas, car il était hors de question qu'il écoute Benisek dans le cas contraire.

    « Tu ne vas pas croire ça ! » s'exclama Benisek. « Tu connais Zach ? Tu sais, Zach Noveda, dernier membre de la Noble Maison Noveda ? Il était en cours avec nous ces deux dernières années. »

    Bien sûr il s'agissait de Zach. Il aurait dû s'en douter.

    « Bien sûr que je le connais, » dit Zorian. « Il est… assez mémorable. »

    « Tu trouves ? » dit Benisek en clignant des yeux, avant de secouer la tête. « Enfin, je veux dire, il l'est, mais je ne m'attendais pas à ce que tu t'en rappelles, puisqu'il est en quelque sorte un mage exécrable et que tu ne lui as jamais vraiment parlé. »

    Zorian haussa les épaules. Pour être honnête, il était très rare pour lui d'oublier le nom de quelqu'un, peu importe son niveau d'interaction avec cette personne, ou la durée depuis la dernière fois qu'il l'avait vue. Même avant la boucle temporelle, Zorian aurait su de qui parlait Benisek.

    « Bref, » continua Benisek, « Zach s'est échappé du manoir familial hier. »

    « Euh, quoi ? » demanda Zorian, incrédule. « Qu'est-ce que tu entends par 'échappé' ? Pourquoi aurait-il besoin de s'échapper de sa propre maison ? »

    « Eh bien, c'est un peu la question, pas vrai ? » répondit Benisek. « Apparemment, il s'est disputé avec son gardien légal, et ça a dégénéré en un vrai duel magique. Un duel dont, écoute-moi bien, Zach est sorti vainqueur ! La moitié du manoir a été réduite en morceaux, et Zach s'est enfui dans la ville et n'a toujours pas été retrouvé. Ils le cherchent partout ! »

    « Heu… wow.. » dit Zorian, ne trouvant pas de mots. À quoi est-ce que ça rimait ?

    « Comme tu dis, » approuva Benisek. « Je suis pas sûr de vouloir croire la version officielle par contre. Enfin, je veux dire, y'a pas moyen que Zach puisse gagner contre son gardien dans un duel magique ! Tesen Zveri est un mage du 7ᵉ cercle, et Zach a à peine réussi sa certification ! Mais bon, il y a bien quelque chose qui a dû détruire le manoir Noveda... »

    « Comment est-ce que tu sais ça ? » demanda Zorian.

    « C'est dans tous les journaux, » répondit-il. « En plus, tout le monde en parle. J'arrive pas à croire que l'un de nos camarades est impliqué dans un truc du genre. T'en penses quoi toi ? »

    « Ben… honnêtement je sais pas quoi en penser, » dit Zorian.

    Et il répondait honnêtement. Il ne doutait pas une seconde que Zach puisse battre, même écraser son gardien. Peu importe qu'il soit un mage du 7ᵉ cercle, il s'agissait d'un homme politique, pas d'un mage de combat. Mais pourquoi Zach avait-il voulu faire ça ?

    « J'imagine qu'il ne viendra pas en cours cette fois-ci alors, » pensa Zorian tout haut. Après, cela ne le surprendrait pas spécialement de voir Zach se pointer en cours comme si de rien n'était.

    « Je pense pas, non, » répondit Benisek en riant.

    « Est-ce qu'il a tué quelqu'un ? » demanda Zorian. Benisek secoua la tête pour signifier que non. « Donc il n'a concrètement rien fait de bien sérieux. Qu'est-ce qu'il risque en se rendant ? »

    « Eh bien, Tensen doit pas être très satisfait de lui en ce moment, et il est trop influent pour être malmené de la sorte, même pour Zach, » expliqua Benisek. « En plus, attaquer l'un des Doyens d'Eldemar est un crime finalement assez sérieux, et Tensen pourrait vraiment rendre les choses compliquées pour Zach s'il décidait d'obtenir justice. Je ne pense pas qu'il le ferait, car ça ne ferait qu'attirer encore plus l'attention sur ce qu'il s'est passé. Toute l'histoire est un immense scandale politique pour lui. J'imagine que Zach reviendra dans un mois, après s'être calmé, et Tensen, dans sa grande générosité, le pardonnera.

    Zorian resta silencieux. Zach lui avait dit qu'il était rare pour lui de passer les boucles à Cyoria, et encore plus rare qu'il se rende en cours. Il s'était vraiment montré présomptueux en pensant que Zach serait dans le coin cette fois-ci. Zach avait probablement trouvé Zorian intéressant lors du recommencement précédant, mais probablement pas si intéressant. Mais c'était quand même très étrange. S'il avait voulu partir pour faire son truc de son côté, n'aurait-il pas simplement pu sortir du manoir comme il l'avait fait précédemment ? Qu'il l'aurait stoppé ? Son gardien ? Pourquoi est-ce que Tensen ferait ça ? L'homme était visiblement assez détaché de ses fonctions de gardien, comme l'avait prouvé les absences répétées de Zach lors des deux premières années d'étude, ainsi que ses notes catastrophiques.

    Il n'y avait pas de réponses évidentes, et Zorian ne se sentait pas de se lancer à la recherche de Zach. Il ne le trouverait probablement pas, même s'il essayait, et n'avait pas vraiment de raison de le faire.

    Contrairement à échapper aux griffes impitoyables de Xvim. Qu'y avait-il de plus important que cela ?

    Le reste de la boucle fut agréablement tranquille. Il n'y avait pas de Zach, car le garçon n'était jamais venu en cours et personne n'arrivait à le retrouver. Au bout d'une semaine, les journaux arrêtèrent d'écrire sur le sujet car il n'y avait pas de nouveau développement justifiant d'y passer du temps, et les rumeurs dans les cercles étudiants se turent peu après. De son côté, Zorian se lança à corps perdu dans la maîtrise des exercices dans le livre d'Ilsa. Il négligea presque tout le reste, séchant les cours dès qu'il pensait pouvoir s'en sortir impunément. Akoja était furieuse, car apparemment, il plombait les statistiques de présence de la classe, et même Ilsa l'interpella sur la question. Heureusement, Zorian avait les meilleurs notes de la classe dans toutes les matières malgré ses nombreuses absences, ce qui diminua l'impact des critiques d'Akoja. Il avait également réussi à convaincre Ilsa qu'il travaillait sur un projet personnel qui lui prenait énormément de temps, et qu'il ne séchait pas les cours sans raison comme l'avait suggérait Akoja. Il la rassura en expliquant que son projet serait fini d'ici la fin du mois, et qu'il retournerait normalement en cours après le festival d'été. Elle lui fit promettre de lui montrer ce sur quoi il travaillait lorsqu'il aurait terminé, et il accepta avec enthousiasme.

    Le fait de se concentrer sur sa tâche donna des résultats rapidement : il avait maîtrisé la lévitation verticale et la lévitation en point fixe avant la fin de la boucle. Il ne s'embêta pas à montrer ces exercices à Xvim, qui le faisait toujours travailler sur le stylo tournant, car il doutait obtenir une réaction quelconque. Rien ne semblait satisfaire ce type.

    Il n'avait pas été présent le jour de l'invasion, évidemment. Sans l'anneau de Zach, il était encore plus inutile au combat qu'il ne l'avait été dans la boucle précédente, donc il n'aurait probablement pas survécu très longtemps. Il avait pris soin de travailler quotidiennement les invocations de combat que Zach lui avait appris, espérant un jour arriver au même niveau de magie réflexe qu'avait démontré Zach. Cela lui demanderait évidemment des années d'entraînement, mais mieux valait commencer aussi tôt que possible. Il n'avait pas non plus quitté la ville en train, comme habituellement. Il marcha à bien jusqu'à l'une des collines surplombant la ville et observa Cyoria.

    Regarder l'invasion progresser depuis son point de vue fut non seulement plus facilement supportable pour Zorian que d'être dans le feu de l'action, mais était également très instructif. C'était très intéressant de voir comment se développait l'invasion de manière générale. Il semblait y avoir trois étapes, donc la première consistait évidemment en un tir d'artillerie camouflé. Les fusées explosives visaient essentiellement trois zones cruciales : l'hôtel de ville, la base militaire locale, et un grçupe de bâtiment que Zorian ne reconnaissait pas. L'académie ne semblait pas être l'une des cibles principales, probablement parce que les envahisseurs voulaient la conserver relativement intacte. À part l'explosion initiale, les zones d'impact semblaient faire apparaître des élémentaires de feu dont il fallait s'occuper. Heureusement, de nombreux bâtiments à Cyoria étaient protégés contre le feu, car Zorian ne doutait pas une seconde que la ville aurait été ravagée en quelques minutes par un incendie dans le cas contraire. Une fois que les élémentaires de feu avaient eu quelques minutes pour créer leur désordre, des monstres commencèrent à sortir des égouts pour se propager dans toute la ville, avant que les lanceurs de sorts n'arrivent enfin.

    La bataille faisait encore rage lorsque l'horloge montra minuit et deux minutes, et la vision de Zorian s'obscurcit totalement.

    En fait, l'armée de monstre était l'élément le moins destructeur de l'invasion. Si seulement il pouvait, d'une façon ou d'une autre, empêcher le premier barrage de sorts de détruire la majorité des défenses de la ville dès le départ, ou au moins tuer de nombreux mages qui suivaient la vague de monstres… Enfin, ça serait quelque chose pour quand il en aurait les moyens.

    Les trois recommencements suivants se passèrent de façon relativement identique, et commençèrent tous avec Zach qui affrontait son gardien et s'échappait dans la nuit. Ce n'était apparemment pas un acte isolé, mais c'était devenu une routine. Les détails exacts variaient, certes, mais à chaque fois il malmenait Tesen avant de s'en aller dieu sait où. Malheureusement, Zorian ne put trouver aucune information substantielle sur Tesen. Il était un homme politique très important, et donc pas forcément très approchable, et aucun moyen d'information dont Zorian disposait ne pouvait expliquer l'apparente hostilité de Zach à son égard.

    Son travail avec le livre d'Ilsa progressait rapidement, mais il commençait sincèrement à s'en lasser. Il ne pouvait faire qu'un certain nombre de répétitions d'exercices de façonnage avant de perdre tout enthousiasme. En plus, Ilsa lui avait dit que la plupart des étudiants n'en apprennent que 6 par an en moyenne, et il était déjà à bien plus, ce qu'il attribuait à l'attention très particulière qu'il avait mis sur ce sujet. Combien de personnes pouvait prétendre réussir à concentrer toute leur énergie sur des exercices de façonnage ? Il y avait tellement de choses à faire pour un étudiant typique que les exercices de façonnage étaient probablement tout en bas de leur liste de priorités.

    C'est pourquoi il se trouvait actuellement dans le bureau d'Ilsa, essayant de voir s'il pouvait obtenir quelque chose d'elle avant d'avoir effectivement terminé le livre complet.

    « Que puis-je pour vous, monsieur Kazinski ? » demanda Ilsa.

    « Eh bien, je suis un peu inquiet sur le programme que vous avez détaillé lors du premier cours, » commença Zorian. « Je ne suis pas certain d'apprendre quoique ce soit d'intéressant, car j'ai déjà une maîtrise solide sur tous les sujets que vous avez abordés. »

    Ilsa haussa les sourcils. Hé, ça avait marché sur Kyron, pourquoi ça ne marcherait pas aussi sur Ilsa ? 

    « Je vois, » répondit-elle après une seconde de silence. « Est-ce que cela vous dérangerez de passer quelques tests rapides pour confirmer vos affirmations ? »

    Zorian était confiant de pouvoir répondre à toutes les questions qu'elle pouvait lui poser, et accepta. Elle fouilla dans un de ses tiroirs et en sortit deux tests différents. Le premier était une copie conforme du test qu'Ilsa donnait à la classe à chaque recommencement la veille du bal du festival d'été, et Zorian le remplit en moins de dix minutes, presque de mémoire. Le second était bien trop dur, couvrant des sujets très avancés qu'ils n'avaient jamais traités en classe. Zorian ne réussit à remplir que le quart des questions avant la fin du temps réglementaire, et il savait que pas toutes ses réponses n'étaient justes.

    Ilsa parcourut rapidement les deux tests avant d'acquiescer.

    « Vos connaissances théoriques sont plutôt lacunaires, » dit-elle avec un soupir très théâtral, et Zorian dut se retenir pour ne pas se plaindre. C'était n'importe quoi ! Elle lui avait donné le second test juste pour être sûre qu'il échoue ! « Tenez, je vais vous donner une liste de lectures additionnelles à faire pendant votre temps libre. »

    Deux minutes plus tard, elle jeta quasiment Zorian dehors, avec un bout de papier dans la main sur lequel était griffonnées quelques références. Il regarda la liste, très tenté de l'incinérer sur le champ. Il était censé commencer à travailler les variations de l'exercice de création de flamme de toute façon. Mais il ne le fit pas. Il ne s'avouerait pas si facilement vaincu ! S'il avait survécu au mentorat de Xvim pendant si longtemps, il arriverait à lire quelques manuels théoriques. Il serait de retour. Elle pouvait en être certaine.




    « Bonjour, frérot ! Bonjour, bonjour, BONJOUR ! »

    « Bonjour, Kiri, » répondit Zorian d'un ton plaisant. « Merci de m'avoir réveillé. »

    Kirielle le regarda d'un air bizarre pendant quelques secondes avant de souffler de déception devant son manque de réaction. Elle descendit de son lit. Bon sang, il aurait dû essayer ça il y a bien longtemps.

    « T'es pas marrant, » l'accusa-t-elle.

    Zorian se contenta d'acquiescer.

    « Maman veut te parler, » dit-elle. « Mais tu pourrais me montrer de la magie avant de partir ? Steuplaiiiiiiiiiit ? »

    Eh bien… pourquoi pas ? Il lança rapidement le sort 'lanterne flottante', créant un orbe de lumière au-dessus de sa paume. Il fit voler l'orbe un peu partout dans la chambre, et invoqua le sort deux fois de plus, en changeant la couleur de l'orbe.

    Les livres qu'Ilsa lui avait donné à lire étaient remplis essentiellement de détails super ennuyeux, mais ils lui apprirent quand même quelque chose d'intéressant. Toutes les variations qu'il s'était entêté à travailler avaient apparemment un autre but que de simplement améliorer ses talents de façonnage. Ils lui permettaient en effet d'ajuster certains sorts en fonction de ce qu'il voulait . La variation de l'exercice d'émission de lumière qui lui demandait de produire de la lumière colorée lui permettait de changer la couleur de l'orbe luisant du sort lanterne flottante. S'il arrivait à maîtriser tout un tas d'exercices liés à l'émission de lumière, les invocations liées à la lumière seraient bien plus puissantes et consommeraient moins de mana. Ce principe s'appliquait également aux autres groupes de sorts. Ainsi, les exercices liés au feu amélioraient les invocations basées autour du feu ou de la chaleur, et les exercices de lévitation amélioraient les sorts de télékinésie. Il était immédiatement moins las de devoir faire tous ces exercices de façonnage quand il apprit cela. En fait, s'ils étaient vraiment aussi utiles, il irait probablement en chercher d'autres une fois qu'il aurait fini le livre d'Ilsa.

    « Encore ! Encore ! » réclama Kiri.

    Il distrait Kiri avec quelques orbes supplémentaires avant de sortir discrètement de la chambre pour se rendre dans la salle de bain avant que Kirielle ne réalise quoique ce soit. Pourquoi insistait-elle autant pour s'y rendre en premier, déjà ? C'était excessivement mesquin, même pour elle. Il fallait quand même qu'il lui demande lors d'un futur recommencement.

    Malheureusement, il oublia complètement qu'il avait rempli sa chambre d'orbes lumineux de plusieurs couleurs quand Ilsa arriva, donc ça ne le dérangea pas de l'inviter dans sa chambre. Il se dépêcha de balayer sa main devant lui pour dissiper les orbes, mais il était trop tard. Ilsa les avait déjà vus, et le regardait d'un air curieux.

    « Ce n'est pas vraiment un sort de seconde année, » remarqua Ilsa en le regardant intensément.

    « Daimen peut être un excellent professeur quand il s'y met, » expliqua Zorian avec un sourire gêné, utilisant sans aucune pudeur la renommée de Daimen pour se sortir de cette situation. Montrer des sorts du premier cercle à des mages non certifiés était illégal, mais si Zorian avait appris une chose dans sa vie, c'était que Daimen pouvait presque toujours s'en sortir impunément.

    « Et vous savez comment produire quelque chose d'autre que de la lumière blanche, » remarqua Ilsa. « Impressionnant. J'imagine que ceci devrait être facile pour vous, alors. »

    Elle lui tendit un parchemin très familier, et Zorian s'apprêtait à l'inonder de mana pour briser le sceau quand il réalisa que quelque chose clochait. Ilsa le regardait comme un aigle qui observait sa proie. Elle n'avait jamais montré autant d'intérêt pour l'ouverture du parchemin, donc pourquoi cette réaction cette fois-ci ? Il analysa le parchemin pendant quelques secondes, incapable de voir de différences avec le parchemin habituel. Même les symboles sur le sceau étaient les mêmes. Attendez…

    Quelques instants plus tard, il se rappela où il avait déjà vu les symboles inscrits sur le sceau et eut le désir de se frapper le crâne contre le mur. Comment… pourquoi… ces sournois petits…

    Il l'avait mal fait ! Pendant tout ce temps, il s'était contenté d'injecter du mana pour briser le sceau, au lieu de le canaliser d'une manière très particulière afin d'ouvrir le sceau en le gardant intact ! C'était marqué, directement sur le satané sceau ! Cela demandait un contrôle du mana plus fin que de simplement le forcer, mais ce n'était rien dont il n'avait pas déjà été capable avant la boucle temporelle ! Pendant tout ce temps, il pensait que les symboles n'avaient qu'une nature décorative, alors qu'il s'agissait d'instructions. Des instructions écrites dans une forme assez obscure, certes, mais quand même. Comment avait-il pu rater ça ?

    Il dirigea son mana pour le guider sur les côtés du sceau, et ce dernier s'ouvrit sans aucune résistance.

    « Très bien, » dit Ilsa avec un sourire. « Peu d'étudiants ont un tel contrôle de leur magie à cet âge. Je vois que quelqu'un suit de près le chemin emprunté par Daimen. »

    Zorian lui fit également un sourire poli. Ne pas grimacer… il ne doit pas grimacer…

    « Malheureusement, je suis un peu pressée, donc nous allons devoir continuer cette conversation plus tard, » dit-elle. « Venez me voir dans mon bureau quand vous arriverez à Cyoria. Maintenant, au sujet de vos options…. »

    Ilsa le regarda. Il la regarda en retour. Elle jeta un œil sur les deux tests complètement remplis sur son bureau avant de porter à nouveau son regard interrogateur vers lui. Zorian resta silencieux.

    Zorian trouva assez agréable le fait d'impressionner quelqu'un à ce point. Apparemment, Ilsa n'était pas aussi insensible à ses démonstrations de talent que ne l'était Xvim.

    « Je dois bien admettre que je ne m'attendais pas à ce niveau de connaissances et de façonnage quand je vous ai demandé de venir me voir, » dit-elle pensivement. « Le second examen que je vous ai donné est celui que je donne généralement aux étudiants à la fin de l'année, et vous n'avez fait que deux erreurs. En plus, vous connaissez 10 différentes variations des trois basiques, ce qui est astronomique pour un étudiant de troisième année. »

    Elle tapota son stylo sur la table, perdue dans ses pensées.

    « Vous avez peut-être effectivement trop avancé pour ce que je prévois d'enseigner à vos camarades cette année, » admit-elle finalement. « Mon cours est essentiellement dans le cursus pour s'assurer que les étudiants n'ont pas de lacunes énormes dans le façonnage et sur les connaissances théoriques, ainsi que pour leur enseigner quelques sorts d'utilité générale aux mages. Vous êtes bien au-delà de ça. Que vais-je bien pouvoir faire de vous ? »

    « Me transférer de Xvim afin que vous puissiez personnellement enseigner à un étudiant si prometteur ? » essaya Zorian.

    Elle rit.

    « Désolée, » dit-elle. « Vous êtes bon, mais pas si bon. En plus, vous devriez avoir moins de mal que les autres victi – heu les élèves de professeur Xvim. À cause de vos talents de façonnage, et tout ça. »

    « Vous seriez surprise d'apprendre à quel point cela lui importe peu, » soupira Zorian.

    « Oh, quoi, monsieur Kazinski. Vous n'avez même pas eu la moindre séance avec lui, » le réprimanda-t-elle. « Je suis certaine que les rumeurs que vous avez entendues sont largement exagérées. »

    « C'est ça, » dit Zorian, incapable de s'empêcher de rouler des yeux. « Pouvez-vous au moins me donner une permission écrite de ne pas assister à vos cours ? Vous avez dit vous-même que je n'apprendrais rien, de toute façon. »

    Ce n'était pas vraiment ce que Zorian recherchait, mais il se dit que c'était mieux que rien. Cela lui donnerait quelques heures de libre en plus dans la semaine, ce qui ne lui serait pas spécialement utile pendant qu'il se trouvait dans la boucle temporelle (auquel cas il pouvait juste sécher les cours s'il lui fallait du temps) mais serait agréable si jamais il en sortait. En plus, une permission écrite lui permettrait d'éviter les pleurnichements d'Akoja.

    « Non, » dit Ilsa. « J'ai besoin de vous en classe, ne serait-ce que pour motiver le reste des étudiants. Ne vous en faites pas, je m'assurerai que vous ne vous ennuyiez pas en cours. »

    Merde. Peut-être n'aurait-il pas dû lui demander ça…

    « En attendant, je vais vous faire une faveur, » continua Ilsa. « Je suis personnellement un peu trop occupée pour vous enseigner, mais je vais voir si je peux trouver un autre professeur qui voudra bien vous donner quelques instructions. Y a-t-il un domaine dans lequel vous êtes particulièrement intéressé ? Personnellement, je vous recommande de vous intéresser soit aux divinations, soit aux altérations, mais vous êtes libres de choisir autre chose. »

    « Les formules de sorts, » dit fermement Zorian.

    « Oh ? Ambitieux, » remarqua Ilsa. « C'est un sujet difficile. En tout cas, vos talents en façonnage ne vous seront d'aucune utilité. »

    « J'en suis sûr, » confirma Zorian. Les formules de sorts l'avaient fasciné depuis qu'il avait commencé à apprendre la magie, donc il n'allait pas manquer ce genre d'opportunité.

    « Très bien, » dit-elle en haussant les épaules. « Je ne prévois pas de problème dans ce cas. Je suis certaine que madame Boole sera ravie d'avoir un étudiant aussi talentueux et déterminé. »

    'Madame Boole' ? Comme dans Nora Boole, la maniaque aux cheveux oranges qui voulait que ses étudiants lisent douze livres en une semaine et leur donnait des tests de progression de 60 questions toutes les deux séances ? Zorian s'empêcha de soupirer. Pourquoi ne pouvait-il pas avoir un mentor normal, pour une fois ?

  • Chapitre 11 (Teaser)

    « Pourquoi est-ce que ton test est plus long que le mien ? » lui souffla Benisek discrètement. « J'ai perdu une page ou quoi ? »

    « Non, t'as rien perdu, » lui souffla Zorian. « Nora me teste juste parce que… rien, ce n'est pas important. Je t'expliquerai plus tard. »

    Zorian soupira et continua de réfléchir sur les questions sur les formules de sorts avancés qu'il avait sur sa feuille. Comme si les 60 questions originales n'étaient pas suffisantes ! Pire encore, Nora avait imité Ilsa et avait décidé de le tester sur des connaissances qu'il ne devrait techniquement pas encore avoir, car les questions additionnelles n'avaient rien à voir avec le programme de seconde année. Heureusement, au fil des recommencements il avait lu les 12 livres 'recommandés', donc il n'était pas totalement démuni en regardant la feuille de papier devant lui.

    Mais il était vrai que ces questions additionnelles étaient assez encourageantes, car cela suggérait que Noral le prenait bien plus au sérieux que les fois précédentes où il lui avait demandé des conseils. À chaque fois qu'il s'était rendu chez elle, le résultat avait été décevant. Même si elle se montrait très enthousiaste sur sa matière, Nora Boole ne semblait jamais croire qu'il était aussi avancé qu'il le disait. Tous ses professeurs avaient réagi de la sorte, à l'exception de Kyron. Enfin, c'est vrai qu'en y réfléchissant, c'était sûrement parce qu'il était facile pour lui de démontrer qu'il savait lancer un missile magique plutôt que parce que Kyron voulait bien le croire. Dans tous les cas, la vitesse à laquelle les choses s'enclenchaient lui donnait de l'espoir. La veille, il avait discuté avec Ilsa dans son bureau, et Nora le testait déjà aujourd'hui. Cela était très rapide, d'autant plus que les professeurs aimaient prendre leur temps avec ce genre de choses. Zorian s'attendait à ce que le processus prenne au moins une semaine. Il avait visiblement laissé une meilleure impression à Ilsa qu'il ne l'avait pensé.

    Bien. C'était agréable d'avoir une confirmation qu'il avançait au moins, plutôt que de perdre simplement son temps.

    Quelques minutes plus tard, il fut à nouveau interrompu par Benisek. Il grinça des dents quand ce dernier commença à lui demander des réponses. Zorian avait toujours trouvé Benisek un peu agaçant, même s'il était son meilleur ami (ou du moins, quelque chose s'en rapprochant), mais il perdait de plus en plus rapidement patience avec lui, boucle après boucle. Ce n'était pas vraiment juste pour son ami potelé, car il n'était pas plus ennuyant que d'habitude, mais la boucle temporelle rendait son comportement super répétitif. Il gribouilla rapidement quelques réponses sur une feuille qu'il lui passa. Benisek sembla vouloir ajouter quelque chose, mais Zorian lui lança un regard noir signifiant qu'il devait le laisser tranquille.

    Même s'il était très énervant, Zorian n'était pas encore prêt à le laisser tomber. Mais cette résolution n'était pas certaine de durer jusqu'à la fin de la boucle…

    « Très bien, le temps est écoulé, posez vos stylos, » dit Nora, ce qui lui valut une vague de protestation de la part des étudiants. « À l'exception de monsieur Kazinski, cependant. Il peut continuer à travailler sur le second test spécial que je lui ai donné. »

    Zorian jura intérieurement, et tous les autres élèves regardèrent dans sa direction. Il fallait vraiment qu'elle le dise devant toute la classe, pas vrai ? Il se fit une note personnelle de faire attention à ce qu'il disait à Nora, car la discrétion n'était visiblement pas son fort. Malgré ses avantages injustes, le test était excessivement difficile. Les formules de sorts demandaient en général beaucoup de mathématiques et de géométrie, comme l'indiquait le nom, et cela rendait la matière automatiquement difficile pour une majorité de personnes, dont lui.

    Le cours prit finalement fin, et Nora lui demanda de rester pendant que ses camarades quittèrent tous la salle. Elle commença immédiatement à jeter un œil sur ses tests, et Zorian attendit avec appréhension sa réaction.

    À l'inverse de Xvim, ou même Ilsa, Nora Boole était une femme très expressive. Quand elle eut terminé de lire le premier test, il pouvait voir qu'elle était agréablement surprise. Eh bien, elle ferait mieux de l'être, considérant qu'il était parfait. Quand elle commença à lire le second, son expression se transforma rapidement en choc, avant de passer à un état de jubilation à peine contenue. Elle semblait visiblement ravie de ce qu'elle lisait. Elle posa finalement la feuille de côté et lui lança un regard pénétrant qui le fit légèrement tressaillir. Elle lui rappelait un peu Zach et Kirithishli, car elle émettait ce même genre de… vitalité, en l'absence d'un meilleur mot. Il se sentait toujours un peu mal à l'aise en compagnie de personnes comme ça, surtout quand elles se concentrait sur lui, comme le faisait actuellement Nora.

    « Eh bien... » commença-t-elle. « Je ne m'attendais pas à ça. Savez-vous pourquoi je vous ai donné le second test ? »

    « Euh, pas vraiment, » répondit Zorian. « Pour m'effrayer ? »

    « Exactement ! » s'exclama Nora. « Exactement ! »

    Zorian cligna des yeux, ne voulant pas croire qu'elle l'avait effectivement admit devant lui.

    « Les formules de sorts demandent de la bravoure ! De la passion ! » continua-t-elle avec animation. Marrant. Toutes les autres personnes lui avaient dit qu'il fallait de la patience et être méticuleux. « Elles demandent de la détermination ! Quiconque est effrayé par cette petite chose-là, » elle secoua le second test devant son visage, « abandonnera sans doute lorsqu'on attaquera les aspects les plus difficiles de la discipline. Je devais m'assurer que vous n'alliez pas vous désister en chemin. »

    Zorian commença à se sentir un peu nerveux à cause de l'explosion d'excitation de Nora. Est-ce qu'il s'engageait pour un mentorat sur les formules de sort ou sur signait-il son adhésion à un culte ?

    « Bien sûr, je ne m'attendais pas à ce que vous répondiez correctement ne serait-ce qu'à une seule question, » dit-elle. « Je voulais juste voir si vous alliez laisser la feuille blanche. Je ne me plains pas, hein ! Loin de là ! Voyons voir... »

    Elle retourna à son bureau pour sortir une pile de papier d'un tiroir. Elle fronça les sourcils en les parcourant, visiblement pas très satisfaite de leur contenu, avant de les mettre de côté en soupirant. Après une minute entière de silence, elle le regarda à nouveau, secoua la tête comme si elle venait de se rappeler de sa présence.

    « Dites-moi, que sont les formules de sort ? » lui demanda-t-elle. « Et je ne veux pas une définition sortie d'un bouquin. Je veux que vous m'expliquiez avec vos propres mots. »
  • merci ^^
  • merci beaucoup y'a pas a dire c'est excellent mon preferer
  • merci pour le chapitre et le teaser
  • merci ^^
  • Merci pour les chapitres
  • Merci beaucoup pour tous les chapitres c'est vraiment prenant
  • Merci (:
  • Merci ;)
  • Chapitre 11 : Limiteurs

    « Pourquoi est-ce que ton test est plus long que le mien ? » lui souffla Benisek discrètement. « J'ai perdu une page ou quoi ? »

    « Non, t'as rien perdu, » lui souffla Zorian. « Nora me teste juste parce que… rien, ce n'est pas important. Je t'expliquerai plus tard. »

    Zorian soupira et continua de réfléchir sur les questions avancées de formules de sort qu'il avait sur sa feuille. Comme si les 60 questions originales n'étaient pas suffisantes ! Pire encore, Nora avait imité Ilsa et avait décidé de le tester sur des connaissances qu'il ne devrait techniquement pas encore avoir, car les questions additionnelles n'avaient rien à voir avec le programme de seconde année. Heureusement, au fil des recommencements, il avait lu les 12 livres 'recommandés', donc il n'était pas totalement démuni en regardant la feuille de papier devant lui.

    Mais il était vrai que ces questions additionnelles étaient assez encourageantes, car cela suggérait que Nora le prenait bien plus au sérieux que les fois précédentes où il lui avait demandé des conseils. À chaque fois qu'il s'était rendu chez elle, le résultat avait été décevant. Même si elle se montrait très enthousiaste sur sa matière, Nora Boole ne semblait jamais croire qu'il était aussi avancé qu'il le disait. Tous ses professeurs avaient réagi de la sorte, à l'exception de Kyron. Enfin, c'est vrai qu'en y réfléchissant, c'était sûrement parce qu'il était facile pour lui de démontrer qu'il savait lancer un missile magique plutôt que parce que Kyron voulait bien le croire. Dans tous les cas, la vitesse à laquelle les choses s'enclenchaient lui donnait de l'espoir. La veille, il avait discuté avec Ilsa dans son bureau, et Nora le testait déjà aujourd'hui. Cela était très rapide, d'autant plus que les professeurs aimaient prendre leur temps avec ce genre de choses. Zorian s'attendait à ce que le processus prenne au moins une semaine. Il avait visiblement laissé une meilleure impression à Ilsa qu'il ne l'avait pensé.

    Bien. C'était agréable d'avoir une confirmation qu'il avançait au moins, plutôt que de perdre simplement son temps.

    Quelques minutes plus tard, il fut à nouveau interrompu par Benisek. Il grinça des dents quand ce dernier commença à lui demander des réponses. Zorian avait toujours trouvé Benisek un peu agaçant, même s'il était son meilleur ami (ou du moins, quelque chose s'en rapprochant), mais il perdait de plus en plus rapidement patience avec lui, boucle après boucle. Ce n'était pas vraiment juste pour son ami potelé, car il n'était pas plus ennuyant que d'habitude, mais la boucle temporelle rendait son comportement super répétitif. Il gribouilla rapidement quelques réponses sur une feuille qu'il lui passa. Benisek sembla vouloir ajouter quelque chose, mais Zorian lui lança un regard noir signifiant qu'il devait le laisser tranquille.

    Même s'il était très énervant, Zorian n'était pas encore prêt à le laisser tomber. Mais cette résolution n'était pas certaine de durer jusqu'à la fin de la boucle…

    « Très bien, le temps est écoulé, posez vos stylos, » dit Nora, ce qui lui valut une vague de protestation de la part des étudiants. « À l'exception de monsieur Kazinski, cependant. Il peut continuer à travailler sur le second test spécial que je lui ai donné. »

    Zorian jura intérieurement, et tous les autres élèves regardèrent dans sa direction. Il fallait vraiment qu'elle le dise devant toute la classe, pas vrai ? Il se fit une note personnelle de faire attention à ce qu'il disait à Nora, car la discrétion n'était visiblement pas son fort. Malgré ses avantages injustes, le test était excessivement difficile. Les formules de sort demandaient de manière générale beaucoup de mathématiques et de géométrie, comme l'indiquait le nom, et cela rendait la matière automatiquement difficile pour une majorité de personnes, lui inclus.

    Le cours prit finalement fin, et Nora lui demanda de rester pendant que ses camarades quittèrent tous la salle. Elle commença immédiatement à jeter un œil sur ses tests, et Zorian attendit avec appréhension sa réaction.

    À l'inverse de Xvim, ou même Ilsa, Nora Boole était une femme très expressive. Quand elle eut terminé de lire le premier test, il pouvait voir qu'elle était agréablement surprise. Eh bien, elle ferait mieux de l'être, considérant qu'il était parfait. Quand elle commença à lire le second, son expression se transforma rapidement en choc, avant de passer à un état de jubilation à peine contenu. Elle semblait visiblement ravie de ce qu'elle lisait. Elle posa finalement la feuille de côté et lui lança un regard pénétrant qui le fit légèrement tressaillir. Elle lui rappelait un peu Zach et Kirithishli, car elle émettait ce même genre de… vitalité, en l'absence d'un meilleur mot. Il se sentait toujours un peu mal à l'aise en compagnie de personnes comme ça, surtout quand elles se concentraient sur lui, comme le faisait actuellement Nora.

    « Eh bien... » commença-t-elle. « Je ne m'attendais pas à ça. Savez-vous pourquoi je vous ai donné le second test ? »

    « Euh, pas vraiment, » répondit Zorian. « Pour m'effrayer ? »

    « Exactement ! » s'exclama Nora. « Exactement ! »

    Zorian cligna des yeux, ne voulant pas croire qu'elle l'avait effectivement avoué devant lui.

    « Les formules de sorts demandent de la bravoure ! De la passion ! » continua-t-elle avec animation. Marrant. Toutes les autres personnes lui avaient dit qu'il fallait de la patience et être méticuleux. « Elles demandent de la détermination ! Quiconque est effrayé par cette petite chose-là, » elle secoua le second test devant son visage, « abandonnera sans doute lorsqu'on attaquera les aspects les plus difficiles de la discipline. Je devais m'assurer que vous n'alliez pas vous désister en chemin. »

    Zorian commença à se sentir un peu nerveux à cause de l'explosion d'excitation de Nora. Est-ce qu'il s'engageait pour un mentorat sur les formules de sort ou signait-il son adhésion à un culte ?

    « Bien sûr, je ne m'attendais pas à ce que vous répondiez correctement ne serait-ce qu'à une seule question, » dit-elle. « Je voulais juste voir si vous alliez laisser la feuille blanche. Je ne me plains pas, hein ! Loin de là ! Voyons voir... »

    Elle retourna à son bureau pour sortir une pile de papier d'un tiroir. Elle fronça les sourcils en les parcourant, visiblement pas très satisfaite de leur contenu, avant de les mettre de côté en soupirant. Après une minute entière de silence, elle le regarda à nouveau, secoua la tête comme si elle venait de se rappeler de sa présence.

    « Dites-moi, que sont les formules de sort ? » lui demanda-t-elle. « Et je ne veux pas une définition sortie d'un bouquin. Je veux que vous m'expliquiez avec vos propres mots. »

    Zorian ouvrit la bouche avant de la refermer rapidement, pour réfléchir à sa réponse.

    « Allez-y, » l'encouragea Nora. « De la bravoure, vous vous rappelez ? En plus, je veux juste connaître votre opinion. Il n'y a pas de bonne réponse. »

    Ha. Peut-être n'y avait-il pas de bonne réponse, mais d'expérience, Zorian savait qu'il y avait toujours de mauvaises réponses. Toujours. Mais il se dit que dans ce cas en particulier, le silence était la réponse la plus fausse de toutes.

    « C'est la pratique d'utiliser des formes géométriques et plusieurs sceaux pour modifier les sorts, en général pour renforcer des protections ou amplifier le lancer de sort, » dit Zorian.

    « Vraiment ? Et comment est-ce qu'ils accomplissent cela ? » demanda Nora d'un ton faussement curieux.

    « Heu… ils limitent le flux de mana sur des chemins prédéterminés ? » essaya-t-il.

    « Oui ! » approuva Nora. « Ils limitent, c'est exactement ce qu'ils font ! Je ne peux pas vous dire combien de mages pensent que les formules de sort sont un type d'amplificateur ou quelque chose du genre. Cela me rend dingue, je vous jure. Bien sûr, la plupart des artisans modernes utilisent des matériaux qui sont intrinsèquement des amplificateurs, mais c'est vraiment pas la question. Bref, vous connaissez le but des sorts structurés, pas vrai ? »

    « Plus l'effet du sort est limité, plus il devient efficient en mana. La magie structurée crée des bornes pour le sort afin de réduire le champ des effets possibles pour qu'il devienne quelque chose d'utilisable par le lanceur humain du sort. »

    « Et les formules de sort sont exactement la même chose, mais avec des bénéfices et des inconvénients plus prononcés, » dit Nora. « Comme les mages peuvent prendre leur temps lorsqu'ils fabriquent les formules de sorts, ils limitent bien plus le flux de mana que lors d'invocation classiques. Cela veut dire qu'il y a des bénéfices accrus, mais cela rend le sort encore moins flexible. Et, bien sûr, plus les bornes du sort sont serrées, moins il y aura de marge d'erreur, donc créer une formule de sort est bien plus compliqué que de créer une invocation qui fonctionne. »

    Zorian patienta sagement qu'elle ait fini de parler, pas vraiment sûr de pourquoi elle lui racontait cela. Ce n'était que de la théorie basique qu'il avait entendue des centaines de fois, mais il ne voulait pas l'interrompre. Malheureusement, il semblerait qu'il allait devoir attendre pour connaître la raison de ce petit questionnaire, car Nora regarda soudainement l'horloge accrochée à côté de la porte, et blêmit en réalisant combien de temps il s'était passé.

    « Désolée, monsieur Kazinski, je me suis laissée emportée. Vous devriez vous rendre à votre prochain cours avant que vous n'ayez des problèmes, » dit-elle en s'excusant. Zorian haussa les épaules ; il avait de toute façon prévu de sécher le prochain cours, mais cela ne l'impressionnerait sûrement pas tellement s'il le lui disait. « Je vais avoir besoin de quelques jours pour organiser un planning, donc je vous ferai passer les détails via Ilsa. Nous allons beaucoup nous amuser ensemble, j'en suis sûre. »

    Il était sur le point de s'en aller quand elle prit à nouveau la parole.

    « Oh ! J'ai failli oublier. Retournez voir Ilsa dans la journée, elle a quelque chose dont elle aimerait vous parler. Apparemment pour que vous lui retourniez la faveur, comme elle s'est embêtée à organiser tout ça... »

    Pourquoi est-ce qu'il avait un mauvais pressentiment ?

    La gare principale de Cyoria bourdonnait constamment d'activité. Il y avait constamment ce sentiment d'urgence et de précipitation qui transpirait dans toute la zone, que Zorian trouvait insupportable ou tonifiante selon son humeur. Quand il descendait du train au début de chaque boucle, cela lui faisait le même effet qu'un sceau d'eau froide sur la tête pour le réveiller d'un voyage fatiguant, et il l'appréciait vraiment. Mais maintenant qu'il attendait sur le quai numéro 6, patientant jusqu'à l'arrivée du train, cette sensation était oppressive et pas vraiment la bienvenue, et il voulait vraiment trouver le moyen de la contenir. Surtout que ce foutu train avait deux heures de retard !

    Pour se détendre et pour passer le temps, il embêta les nombreux pigeons et hirondelles qui traînaient sur le quai. Pas physiquement, bien sûr. Cela serait non seulement puéril, mais les gens le regarderaient également d'un air bizarre. Non, il se contentait de pousser du mana dans leur direction, essayant de les contrôler mentalement. Bien sûr, simplement envoyer du mana en espérant que cela marche n'était pas suffisant pour créer de vrais effets magiques, mais cela sembla quand même les agiter beaucoup. Quel que soit l'oiseau sur lequel il se concentrait, ce dernier devenait en quelques secondes très imprévisible avant de s'enfuir après environ une minute.

    Enfin, enfin, le sifflement signalant l'arrivée du train l'extirpa de ses rêveries, et les oiseaux restants furent épargnés. Zorian balaya du regard la foule débarquant du train, cherchant une personne particulière. Il était censé tenir un panneau et attendre patiemment que cette personne se présente, mais il était confiant de pouvoir trouver le garçon sans problème. Ce n'était pas comme s'il y avait de nombreux adolescents aux cheveux blancs sur le quai.

    La faveur qu'Ilsa lui avait demandé n'était pas si terrible, au final. Bien sûr, accueillir un étudiant provenant d'une autre université et lui faire visiter la ville allait lui faire perdre une journée entière… mais d'un autre côté, il avait une excuse pour ne pas se rendre en cours ! D'autant plus que ça lui donnait une raison d'approcher Kael, l'étudiant en question. Même les bons jours, le garçon morlock pouvait se montrer inapprochable, et Zorian avait déjà essayé de trouver un moyen de se lier d'amitié avec lui. Il devait vraiment se trouver d'autres amis que Benisek, et Kael semblait être quelqu'un avec qui il pourrait bien s'entendre. Et même s'il se trompait… eh bien, ce n'était pas comme si le morlock allait se rappeler du moindre moment gênant entre eux une fois que la boucle recommencerait, pas vrai ?

    Il repéra enfin Kael en train de débarquer et se dirigea vers lui dans le but de l'aider avec ses bagages. Ce n'était pas simplement un geste de bonne volonté de sa part, car Kael avait visiblement quelques soucis avec ses valises, probablement parcequ'il ne pouvait utiliser qu'un bras pour les manipuler. L'autre main était utilisée pour porter une petite fille qui était attachée à Kael comme une barnache, regardant ses alentours avec une intensité enfantine.

    Kael fut surpris de voir Zorian commencer à l'aider sans dire un mot, mais il s'y fit rapidement. La petite fille à ses côtés regardait maintenant Zorian avec une curiosité non déguisée, et il se demanda qui elle était. Sa petite sœur ? Ses yeux d'un bleu vif étaient similaires à ceux de Kael, mais ses cheveux étaient complètement noirs, et elle ne ressemblait pas vraiment à un morlock du point de vue de Zorian. Dans tous les cas, Kael avait-il vraiment amené un enfant si jeune avec lui ? Zorian s'attendait à voir leur mère sortir du train et prendre la fille des bras de Kael, mais cela ne se produisit jamais.

    Lorsque le dernier sac fut mis à terre, Kael se retourna enfin vers lui.

    « Merci, » dit-il poliment. Kael s'était toujours montré distant, mais jamais malpoli. « Je suis Kael Tverinov. Je ne suis habituellement pas si incompétent, mais c'est assez dur de s'occuper des valises d'une seule main. Kana s'est montrée assez collante aujourd'hui, mais je n'avais pas le cœur à la repousser. J'ai bien peur que le déménagement se soit montré très éprouvant pour elle. »

    « Ce n'est pas un problème, » répondit Zorian. «  Je suis ici pour t'aider, après tout, c'est la raison pour laquelle Ilsa m'a envoyé ici. Je suis Zorian Kazinski, l'un de tes camarades. Ilsa Zileti m'a demandé de venir ici pour t'aider avec tes bagages et te faire visiter un peu la ville. »

    Kael le regarda d'un air ébahi, serrant la petite fille accrochée à sa hanche comme si Zorian s'apprêtait à la kidnapper.

    « Quoi ? » demanda Zorian, très surpris de la posture défensive du garçon. « Est-ce que j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Je ne voulais pas t'offenser. »

    Kael le regarda suspicieusement pendant un long moment, avant de visiblement aboutir à une décision.

    « Vous n'avez rien fait, monsieur Kazinski, et c'est moi qui devrais m'excuser, » dit-il finalement. « Permettez-moi de me présenter à nouveau : je suis Kael Tverinov, et voici ma fille, Kana. »

    Zorian regarda le morlock pendant un moment, avant de jeter un œil à sa… fille. Kana lui fit un salut timide, mais resta silencieuse. Elle était très jeune, probablement aux alentours de trois ans, mais Kael n'était pas beaucoup plus vieux que Zorian. Ce qui voulait dire que Kael n'avait que 13 ans environ lorsqu'elle était née. Huh. Tu parles d'un jeune papa.

    « Je vois, » dit-il finalement. Il comprenait, vraiment. Kael avait probablement assez de soucis avec des personnes de son âge l'embêtant sur le fait qu'il soit un morlock, il n'avait pas besoin d'ajouter ce genre de détail. Si Zorian était à sa place, il aurait fait tout en son pouvoir pour cacher l'existence de sa fille des autres étudiants. « Si tu crains que je vais répéter à nos camarades de classe que tu as une fille, je te rassure. Je comprends parfaitement qu'il est nécessaire d'être discret sur ce genre de chose. »

    Kael soupira de soulagement. « Merci. »

    « C'est tout naturel, » répondit Zorian. Vu que la mère de l'enfant n'était pas avec eux, il y avait probablement une explication délicate à cette histoire. Il serait un parfait abruti de lancer le moulin à rumeurs de l'académie sur le pauvre morlock en les informant de sa fille. Il était un peu curieux de savoir comment il comptait s'occuper de sa fille tout en assistant aux cours, mais il se dit qu'il avait probablement déjà réservé une nounou pour elle. « Je vais juste rapidement lancer un sort pour transporter tes bagages, et nous pourrons y aller. »

    Zorian lança le sort du 'disque flottant', et un cercle fantomatique apparut devant eux. Il s'agissait d'un sort très pratique qu'ils étaient censés apprendre pendant le cours d'Ilsa au milieu de l'année, mais Zorian s'était montré assez prévoyant et l'avait déjà appris lors d'une boucle précédente. En termes de mécaniques, il était assez similaire au sort 'bouclier', mais cette construction d'énergie était mobile et optimisée pour supporter des poids ainsi qu'absorber les chocs. Le cercle flotta derrière eux alors qu'ils quittèrent la gare.

    « Intéressant, » dit Kael. « Je dois avouer que lorsqu'Ilsa m'a dit que mon éducation est très lacunaire dans de nombreux domaines, je pensais qu'elle exagérait. Mais est-ce que c'est à ça que ressemble un étudiant moyen en troisième année ? »

    « Eh bien, non, » dit Zorian. « Je suis en fait bien plus capable d'un étudiant de troisième année, même si je ne suis pas le seul qui soit à ce niveau... »

    Kael réfléchit silencieusement.

    « Pourquoi est-ce que ton éducation serait lacunaire, en fait ? » demanda Zorian.

    Kael resta silencieux pendant plusieurs secondes, et Zorian était sur le point de conclure que le morlock n'était pas intéressé par la discussion quand il se décida finalement à répondre.

    « Mon éducation a été… peu conventionnelle, » expliqua-t-il. « J'étais une sorte d'apprenti au mage du village. Une mage qui n'était pas membre de la guilde. Ses talents étaient très spécialisés, donc la plupart de mes talents avec la magie sont le fruit de mes propres efforts. En d'autres mots, je suis essentiellement un autodidacte. »

    Le respect que Zorian avait pour Kael monta d'un niveau en entendant ça. La magie était déjà suffisamment difficile avec de bons professeurs… Pour qu'un jeune homme comme lui parvienne à apprendre seul et suffisamment pour rejoindre une classe de troisième année… même s'il est un génie…

    « Je ne veux pas me montrer indiscret, mais – »

    « Vous vous demandez pourquoi je me rends à Cyoria maintenant ? » devina Kael. « J'ai eu une offre intéressante de la part de l'académie, et ce n'est pas comme s'il y avait quelqu'un pour m'empêcher de partir. Mes parents sont morts quand j'étais jeune, et ma professeure… Elle est devenue malade durant la Grande Pestilence. Tout comme ma femme. Kana est la seule famille qu'il me reste.

    Zorian tressaillit. « Oh, je ne voulais pas – »

    Kael secoua la tête. « Ne vous en faites pas, monsieur Kazinski. Si j'étais sur le point de m'effondrer à chaque fois que quelqu'un abordait le sujet, je devrais me transformer en ermite et éviter complètement les gens. C'est naturel d'être curieux sur ce genre de sujet. »

    Zorian se sentait quand même terriblement mal. Il avait concrètement imaginé que Kael avait rendu enceinte une fille et avait pris ses responsabilités et recueilli l'enfant. Mais non, il s'était marié et tout. C'était un peu choquant de se marier et d'avoir des enfants si jeune, mais pas vraiment sans précédent. Il observa Kael du coin de l’œil pendant le silence qui suivit la discussion. Le garçon avait des traits très délicats, une silhouette très élancée et pâle, et un visage très doux. Avec ses cheveux mi-longs, il avait une apparence presque… féminine. Malgré tout, le garçon ne manquait visiblement pas de détermination s'il arrivait à aller de l'avant après avoir perdu tant de personnes proches à cause de l'horrible maladie. À Cirin, il y avait une femme qui avait perdu son mari et deux fils, touchés par la fièvre des larmes de sang. Elle ne s'en était jamais remise. En fait, elle avait accusé la famille Kazinski toute entière de sa tragédie, proclament qu'ils avaient utilisés leurs 'pouvoirs magiques' pour maudire ses proches à cause d'un désaccord mesquin. Zorian était le premier à avouer que lui et sa famille n'étaient vraiment pas des anges, mais l'accusation restait parfaitement absurde. Et un peu triste.

    « Nul besoin d'avoir pitié de moi, monsieur Kazinski, » dit Kael, interrompant le fil de ses pensées.

    « Oh, je n'ai pas pitié de toi, » dit Zorian. « Je trouve au contraire que tu es une source d'inspiration. Tu es un parent seul qui a réussi à trouver le temps d'apprendre par toi-même la magie au point qu'une institution mondialement connue comme l'Académie de Cyoria a reconnu ton talent. Ils t'ont donné une bourse, non ? »

    Kael acquiesça. « Je n'aurais pas pu venir sans cela. »

    « Tu sais qu'ils ne délivrent vraiment que rarement des bourses ? » dit Zorian. « Pas plus de cinq ou six chaque année. Tu dois vraiment être exceptionnel pour avoir attiré leur attention de la sorte. »

    « C'est surtout à cause de mon expertise médicale, » soupira Kael. « Je me suis fait une promesse après… eh bien tu sais. Je me suis juré que je deviendrais le plus grand soigneur du monde pour m'assurer qu'une tragédie comme la Grande Pestilence ne puisse plus jamais se reproduire. »

    Heu… wow. Zorian ne savait pas quoi répondre à ça.

    « J'ai fait beaucoup de progrès dans ce domaine, si tu me permets le manque de modestie, » expliqua Kael. « Mais… eh bien… c'est compliqué. On peut en reparler plus tard, si vous êtes toujours intéressé. Moi et Kana sommes plutôt fatigué par le voyage, et nous aimerions nous reposer. Surtout Kana. »

    Zorian remarqua qu'effectivement, Kana commençait à s'endormir sur l'épaule de Kael. Elle avait été si silencieuse pendant leur discussion qu'il avait presque oublié qu'elle était là. Si seulement Kirielle pouvait être aussi docile.

    « Oui, désolé, » s'excusa Zorian. « Je me suis un peu importé… Je vous ferai faire un tour dans la ville un autre jour, alors. »

    Ils passèrent le reste du chemin vers leur résidence dans un silence confortable.

    « Tu étais absent hier. »

    Zorian regarda Akoja d'un air agacé. Elle n'allait pas lui reprocher ça, ou bien ?

    « J'ai été excusé, » expliqua-t-il.

    « Je sais, » répondit-elle. « Je me demandais juste où tu étais. »

    Zorian était sur le point de lui répondre que ce qu'il faisait pendant son temps libre n'était pas ses affaires, mais changea d'avis. Akoja lui donnait une impression étrange, comme si elle était...soucieuse à son sujet. Très étrange. Normalement, il ignorerait ce détail en se disant que c'était encore l'une de ces choses étranges que faisait Akoja de temps en temps. En effet, elle semblait avoir parfois une logique très particulière, que même son amour pour les règles ne pouvait expliquer. Mais il se rappelait maintenant de sa conversation avec Kael. Se montrait-il trop méprisant avec les autres ? Jusqu'à hier, Kael n'était pour lui que simplement 'cet étudiant étranger morlock'… Cela lui rappela également les conversations qu'il avait eu avec Zach, dont ses remarques sur le comportement de Zorian avant qu'il ne devienne conscient de la boucle temporelle.

    « Je rendais une faveur à Ilsa, » dit finalement Zorian. « J'ai montré la ville à notre étudiant étranger, ce genre de chose. »

    « Oh, » dit Akoja, jetant un bref regard à Kael. Le garçon aux cheveux blancs était assis plusieurs rangs derrière Zorian, silencieux et réservé comme toujours. Il ne donnait absolument aucune indication qu'il savait que Zorian se trouvait dans la salle, mais Zorian pouvait sentir les yeux du morlock se poser sur lui de temps en temps. « C'est qui, en fait ? »

    « Kael Tverinov, » répondit Zorian.

    « Je ne demandais pas son nom, » souffla Akoja, réalisant après plusieurs secondes que Zorian n'allait pas en dire davantage.

    « Je ne sais pas quoi te dire, » dit-il en haussant les épaules. « Ça m'a l'air d'être un bon gars. »

    « Il a l'air un peu arrogant, » remarqua Akoja. « Et un peu...efféminé. »

    « Tu te montres bien critique, » remarqua Zorian en fronçant les sourcils. « Tu sais, toi aussi tu donnes un peu l'impression d'être arrogante. »

    Eh bien ! C'était ainsi qu'il essayait de se montrer sympa avec Akoja ? Elle s'en alla d'un pas lourd, en lui jetant un regard noir.

    C'était vraiment compliqué d'essayer de se montrer plus compréhensif avec les gens.

    Il ne fallut que deux jours à Nora Boole pour organiser sa première leçon, et lorsque Zorian pénétra dans la salle de cours qu'elle avait réservée pour eux, il réalisa que Nora prenait cela très au sérieux. Il s'agissait d'un atelier qui avait l'air très professionnel, le genre de salles auquel les étudiants n'avaient normalement pas accès sans la permission des professeurs. Nora l'invita à s'avancer. Elle rayonnait d'énergie positive et d'enthousiasme. Il se rappela tout d'un coup pourquoi il s'était montré hésitant à recevoir de l'aide de sa part : en considérant la quantité de devoirs et de lectures supplémentaires qu'elle donnait pendant ses cours, il avait peur d'apprendre ce qu'elle considérait une quantité normale de travail pour un étudiant talentueux.

    « Ah, vous êtes bien trop silencieux ! » se plaignit-elle. « Allez, Zorian, courage ! »

    « Très bien, » approuva Zorian sans conviction.

    « Nous allons vous transformer en un véritable artisan, vous allez voir ! » souffla Nora. « Mais d'abord, permettez-moi de conclure notre discussion de la dernière fois. C'était une explication bien trop longue, mais ce que je voulais dire était que les formules de sort sont… de la magie de support. C'est-à-dire, de la magie affectant une autre magie. En elle-même, même la plus élégante des formules de sort n'est qu'un simple exercice théorique. Vous avez quand même besoin de lancer les sorts et de les ancrer dans la formule pour qu'elle ait une quelconque utilité. J'insiste là-dessus car Ilsa semblait penser que votre talent pour les invocations ne vous servirait à rien pour ma matière, ce qui m'a un peu chagriné car cela reflète une incompréhension fondamentale de la nature de la discipline. Ce qui est très décevant de sa part, puisqu'elle est… vous savez... »

    « Une professeure, » termina Zorian.

    « Oui, » admit Nora, un peu gênée. D'après ce que savait Zorian, les professeurs disaient rarement du mal de leurs collègues, donc il n'était pas surprenant qu'elle soit si gênée de critiquer Ilsa devant un étudiant. Après tout, elles devaient travailler ensemble régulièrement, et discréditer un collègue de la sorte pouvait tourner au vinaigre très rapidement. Heureusement, seul Zorian était présent, et il n'avait pas l'intention de lui causer des problèmes. Elle sembla le réaliser également, car après un moment, elle sourit et continua comme si de rien n'était. « Bref, je pense que nous devrions commencer avec le cube débutant. »

    Il se trouvait que le cube débutant était un bloc en pierre grise parfaitement cubique d'arête environ 10 centimètres. Celui que Zorian avait reçu était entièrement vierge et lisse, mais Nora lui montra plusieurs cubes terminés pour lui donner une idée. Ils accomplissaient plusieurs fonctions comme chauffer, produire de la lumière ou simplement flotter dans les airs lorsqu'ils étaient activés, ou quand certaines conditions étaient remplies. Concrètement, chaque cube fini était un objet magique brut qui utilisait quelques sorts très simples et beaucoup de formules de sort pour créer un jouet assez sympa. Il s'agissait d'un outil d'entraînement assez standard d'après Nora.

    Zorian en avait voulu un dès qu'il en avait vu un. S'il donnait un jouet magique pareil à Kirielle, elle le laisserait tranquille pendant des heures. Il s'agirait de son arme ultime contre elle ! En plus, un petit cube flottant pourrait parfaitement lui servir de cible pour s'entraîner aux missiles magiques, au lieu des rochers et des troncs d'arbres habituels. Surtout s'il pouvait trouver un moyen de leur faire esquiver ses missiles….

    Il n'aurait pas à attendre longtemps avant d'en obtenir un, car il semblait qu'en construire un constituait l'objectif de la séance du jour. Et pas juste n'importe quel cube débutant. Zorian s'attendait à ce que Nora lui donne quelque chose de facile pour commencer, mais elle avait visiblement quelque chose de plus… ambitieux… en tête.

    « Mais ceux-là sont un peu trop faciles pour vous, » conclut Nora. « Non, j'ai quelque chose de bien plus amusant à travailler. Tenez. »

    Elle lui tendit un autre cube, même si celui-ci était déjà couvert de formules de sorts. Zorian remarqua avec un effroi grandissant qu'il n'arrivait pas à comprendre quoique ce soit. En plus, certaines parties semblaient être de simples éléments de substitution plutôt que de vraies formules fonctionnelles, et n'étaient rien d'autre que des pictogrammes stylisés. Attendez une seconde….

    « Vous l'avez peut-être remarqué, j'ai en quelque sorte comprimé la formule de sort, » expliqua Nora. « En partie parce qu'il n'y avait pas assez de place sur le cube pour la représenter dans son entièreté, et partiellement pour vous empêcher de simplement la copier ligne par ligne sur le cube vierge que je vous ai donné. »

    « Mais est-ce que ce n'est pas le but ? » demanda Zorian. « De me faire étudier un exemple fonctionnel pour comprendre comment c'est fait ? »

    « Absolument. Mais j'ai peur que de simplement bêtement copier la formule d'un cube à un autre ne va pas vous apprendre ce que je veux que vous appreniez. Si je pensais que vous aviez besoin d'entraîner votre mémorisation et votre précision, je vous aurais fait copier une douzaine des cubes faciles, mais je suis sûre que vous êtes déjà un cran au-dessus. Personne ne passe autant de temps sur la théorie des formules de sorts que vous sans avoir essayé au moins quelques exemples pratiques. »

    « Euh, je n'ai jamais rencontré quelque chose de similaire à ces cubes dans les livres que j'ai lu, » dit Zorian. « Mais oui, j'ai utilisé de temps en temps des formules de sorts. Essentiellement pour établir un périmètre d'alarme autour de mon lit lors de ma seconde année (j'avais un colocataire très curieux), ou pour créer quelques lampes ou des plaques chauffantes. »

    Les invocations ne duraient en général pas longtemps. Même si un mage injectait plus de mana que nécessaire (et il y avait une quantité limitée de mana supplémentaire que l'on pouvait fournir avant que le sort ne se brise), l'invocation se dégradait après quelques heures, tout au plus. En conséquence, comme Zorian avait voulu que son sort durât toute la nuit, et que ses lampes ne commençassent pas à perdre de leur éclat au bout d'une heure ou deux, il avait dû trouver une manière de stabiliser la bordure du sort. Les formules de sort étaient la façon la plus fiable de faire ça, tant que quelqu'un avait déjà créé une formule stabilisatrice pour ce sort en particulier et l'avait rendue publique.

    « Ce n'est pas surprenant que vous n'ayez jamais rencontré ces cubes de débutant dans vos lectures, » dit Nora. « Ils sont essentiellement utilisés pour des exercices théoriques, et ne sont pas vraiment utiles. La plupart des mages ne se soucient pas vraiment du fonctionnement des formules de sorts, uniquement sur leurs effets. Ils mémorisent des formules très bien documentées et quelques astuces pas très propres pour les modifier légèrement, et il ne leur reste plus qu'à savoir quand appliquer quelle formule. Ils disent que les formules sont barbantes. Ha ! Si seulement ils connaissaient les vrais mystères de cet Art, la beauté cachée des nombres et de la géométrie... »

    Zorian écouta stoïquement Nora alors qu'elle s'emportait longuement sur une 'populace sans imagination' qui 'dormait dans le lit qu'elle avait elle-même créé'… Au bout d'un moment, elle prit une profonde inspiration et fit son plus beau sourire en se retournant vers lui.

    « Mais je m'écarte du sujet, » dit-elle avec enthousiasme. « Je crois que je devrais essayer d'arrêter de nous faire perdre du temps et vous expliquer ce que j'attends de vous. Venez, je vais vous montrer… »

    Le cube que Nora voulait que Zorian recrée était assez compliqué. Dans l'esprit, il s'agissait d'une lampe glorifiée utilisant à sa base le sort 'torche'. Il pouvait être activé ou désactivé verbalement, en utilisant l'une des commandes, et il devait être capable de différencier quand est-ce que quelqu'un s'adressait à lui directement, ou utilisait la commande dans un autre contexte. Il avait trois différents réglages d'éclairement. Il économisait le mana en ne brillant pas sur une face couverte par quelque chose. Par exemple, la face sur laquelle il se reposait ne brillait pas, et l'enrouler dans une couverture devait l'éteindre complètement. Chaque face pouvait être allumée ou éteinte en tapotant rapidement deux fois sur la face en question. Il pouvait également être lié à une personne en particulier, n'acceptant des ordres que de cette personne.

    Nora lui avait dit de ne pas s'inquiéter s'il ne pouvait pas le dupliquer parfaitement. Elle voulait juste voir à quel point il pouvait avancer seul jusqu'à leur prochaine rencontre. Cela lui allait très bien, car ce projet était bien plus complexe que tout ce qu'il avait vu sur les formules de sort jusqu'à maintenant. La prochaine fois qu'il la verrait serait lundi, donc il avait tout le week-end pour travailler dessus, même s'il doutait fortement qu'il serait à la hauteur du challenge.

    Il avait un avis mitigé sur les méthodes de Nora. D'un côté, elle le prenait très au sérieux, ce qui était très bon pour lui. D'un autre côté, elle semblait croire que de jeter une personne par-dessus bord était une excellente façon de lui apprendre à nager…

    « Entrez. »

    Zorian soupira avant de rentrer dans le bureau de Xvim. Quelle merveilleuse façon de terminer la semaine. Malgré leurs défauts, il préférait infiniment plus les méthodes de Nora en comparaison de celles de Xvim.

    « Zorian Kazinski ? Assieds-toi, je te prie, » ordonna Xvim, ne s'embêtant même pas à attendre une réponse. Zorian attrapa avec facilité le stylo que le professeur lui lança, et le fit immédiatement voler au-dessus de sa paume en le faisant tourner calmement. Oups. Il n'avait vraiment pas voulu faire ça. Oh, tant pis, voyons voir ce que va en dire Xvim.

    « Fais-le briller, » aboya Xvim sans attendre, visiblement impassible devant la démonstration de talent de Zorian.

    Zorian n'était même plus surpris. Il reprit rapidement le stylo dans sa main et le fit briller d'une lueur fantomatique. Il changea plusieurs de couleurs sans que Xvim ne le demande, modifiant également l'intensité de l'éclat juste pour démontrer qu'il pouvait le faire.

    Xvim fronça un sourcil. « Je n'ai pas dit que tu pouvais arrêter de le faire léviter. »

    Zorian lutta pour ne pas sourire. Si Xvim pensait vraiment le piéger avec ça, il se trompait lourdement. Combiner les deux exercices de façonnage était une chose évidente à faire, et Zorian s'y était déjà entraîné. Quelques secondes plus tard, le stylo lévitait devant lui, toujours en train de briller.

    Xvim tapotant pensivement son doigt sur le bureau. Est-ce que c'était vraiment possible ? Il avait vraiment réussi à le surprendre ? Le monde allait s'arrêter ou quoi ? Zorian observa Xvim avec beaucoup d'anticipation, se demandant ce que le fou en face de lui allait lui demander ensuite.

    « Je suppose qu'il est inutile de tester ta capacité à brûler les choses. Ça a toujours été le plus simple des trois exercices, » dit-il, pensivement. En fait, Zorian était un peu plus faible dans l'exercice du feu, du moins comparé aux deux autres. Mais ce n'est pas comme s'il allait le dire à Xvim. « Tes fondamentaux sont… adéquats. Presque décents, mais pas tout à fait. Ton attitude mériterait du travail, mais j'imagine que tu as au moins un peu plus de tact que la plupart des malheureux qui hantent ces couloirs. En plus, madame Zileti est intervenue auprès de moi en ta faveur, me demandant de ne pas être 'si dur à cuir' avec toi. Ainsi, même si j'adorerais bousculer tes fondations lamentablement bancales, je vais à contrecœur travailler avec toi quelque chose de légèrement plus avancé. »

    À la surprise la plus totale de Zorian, Xvim lui tendit un bout de tissu. Qu'était-il censé faire de ça ?

    « Heu... »

    « C'est un bandeau, » expliqua Xvim. « Tu le mets sur tes yeux pour ne rien voir. »

    « Et… pourquoi j'ai besoin d'un bandeau sur les yeux ? » demanda Zorian.

    « Nous allons exercer ta capacité à sentir le mana, » dit Xvim. « Tu mets le bandeau, et je vais jeter ces billes chargées de mana vers toi. »

    Zorian le regarda d'un air ahuri. Est-ce qu'il l'avait entendu correctement ?

    « Je vais soit les lancer au-dessus de ton épaule gauche, ton épaule droite, ou directement vers ta tête.  Si tu es touché par une bille, tu perds un point. Si tu bouges quand tu n'as pas besoin, tu perds un point. Sinon, tu gagnes un point. Nous nous arrêterons lorsque tu auras accumulé 10 points ou lorsque le temps est écoulé. »

    Oui, il l'avait vraiment bien entendu. Merci beaucoup Ilsa pour votre aide ! Merci mille fois !

    Les deux semaines suivantes étaient chargées, mais normales. Il se concentra essentiellement sur la maîtrise des formules de sort, surtout parce que Nora se montrait vraiment très impliquée. Plus il travaillait sur ses leçons, plus elle devenait enthousiaste de lui enseigner. Elle avait même suggéré qu'ils se voient le dimanche pour des instructions supplémentaires, n'ayant apparemment pas d'obligations privées à régler. Il avait appris vraiment beaucoup de choses, mais Nora imposait un rythme éreintant, et il était heureux que le recommencement approchait. Il doutait de pouvoir tenir plus d'un mois à ce rythme.

    De manière assez intéressante, il semblait avoir attiré l'attention, et des élèves, et des professeurs lors de cette boucle. Peut-être était-ce parce qu'il avait vraiment impressionné Ilsa, peut-être parce qu'il accomplissait l'énorme charge de travail imposée par Nora sans rien dire, ou peut-être que même Xvim l'avait complimenté auprès des autres professeurs. Enfin, peut-être pas cette dernière option, car il n'avait vraiment fait que peu de progrès pour maîtriser le nouvel 'exercice' de Xvim. Dans tous les cas, ses efforts avaient attiré énormément d'attention, ce qui était vraiment curieux. La plupart du temps, peu importe à quel point il s'impliquait en classe, tout le monde se montrait indifférent. Il réfléchit à un moyen de profiter de cette attention pour en faire quelque chose d'utile, mais il était bien trop épuisé par ses études pour y réfléchir correctement. Peut-être lors d'un futur recommencement.

    Malheureusement, cette attention avait eu l'effet secondaire de briser ses chances de se lier d'amitié avec Kael. Traîner avec Zorian pousserait probablement quelques personnes à scruter le morlock, ce que ce dernier craignait sans doute beaucoup. Zorian ne fut dont pas surpris que Kael ne vint jamais le voir. Honnêtement, il n'était pas certain de pouvoir se lier d'amitié avec lui, même dans des circonstances normales, car le morlock avait une fille qui l'attendait à la maison tous les soirs, et il n'avait probablement pas beaucoup de temps après les cours pour se socialiser.

    Akoja était extrêmement fière de lui, par contre. Zorian ne comprenait pas vraiment, mais elle l'était.

    Et puis, cela arriva. Soudainement, sans avertissement, il eut une sensation de déchirement, et tout devint noir. La première chose qu'il imagina était que quelqu'un l'avait tué si rapidement qu'il était mort avant de le réaliser. Il en doutait fortement, car il n'avait rien fait lui méritant d'être assassiné, et il ne connaissait aucun désastre naturel qui pouvait tuer si soudainement. Il n'avait même pas ressenti la moindre douleur avant de mourir.

    La seconde possibilité était bien plus probable, et aussi bien plus inquiétante. Alors qu'il faisait son truc de son côté, apprenant des formules de sort à Cyoria, Zach était quelque part, dans une autre région du monde, et faisait des choses incroyablement dangereuses. Et puis, Zach décéda. Et quand il mourut, son âme fût traînée dans le passé pour tout recommencer, et entraîna l'âme de Zorian avec elle.

    Ce qui voulait dire que Zorian était lié à l'âme de Zach.

    Merde.

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