Mother of Learning

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  • Chapite 12 : (Teaser)

    Zorian chargea dans sa chambre, claquant la porte bien plus fort que nécessaire. Il aurait du savoir qu'il ne trouverait rien sur les liens de l'âme qu'il ne connaissait déjà, mais c'était quand même frustrant de rentrer les mains vides après avoir passé une journée entière à la bibliothèque.

    Les livres répétaient tous le même avertissement : les liens de l'âme était une branche de la magie très dangereuse et très mal comprise, capable de causer des effets secondaires irréversibles si ils étaient utilisés imprudemment. De temps à autre, un couple horriblement mal informé décidait que de se lier par l'âme serait un geste incroyablement romantique, avant que tout ne se finisse en larmes et actions juridiques au bout de quelques mois quand les premières complications feraient surface. La principale raison était que l'un des participants commençait généralement à dominer l'autre mentalement et spirituellement, rendant l'autre bien plus semblable à lui-même, sans oublier étrangement docile et respectueux. Ceci était une bonne chose quand quelqu'un se liait à un familier, car c'était presque toujours l'animal qui était dominé par l'humain, et les animaux avaient tendance à profiter de cette domination en développant une intelligence supérieure et un meilleur contrôle de leurs capacités magiques le cas échéant. Un être doué de sensations n'aimait cependant généralement pas qu'une autre personne subvertissait magiquement leur personnalité et leur vision du monde. Enfin, du moins jusqu'à ce que le lien par l'âme se termine, auquel cas il se transformait en un clone servile.

    Zorian se passa une main tremblante dans ses cheveux, et commença à se nettoyer les lunettes avec le bout de son pull pour se calmer. Il espérait vraiment qu'il avait tord et qu'il n'y avait pas de lien d'âme entre lui et Zach. Zach avait des réserves de mana six fois plus grandes que le maximum théorique de Zorian, était naturellement plus confiant et extraverti, et, grâce au fait d'être dans la boucle temporelle depuis bien plus longtemps que lui, été plus âgé que lui de presque vingt ans. Ce n'était pas la peine de deviner qui serait le dominant entre eux deux !

    La pire chose dans cette histoire était qu'il ne pouvait même pas aller demander de l'aide à quelqu'un. Il était presque sûr que le lien d'âme, ou quoique ce soit vraiment, était le responsable de sa présence dans la boucle temporelle avec Zach. S'il demandait à quelqu'un de l'aide, cette personne insisterait pour couper ce lien (ce qui était parfaitement compréhensible et il serait parfaitement d'accord en temps normal), ce qui causerait d'oublier tout ce qu'il avait gagné à l'intérieur de la boucle, dont ses souvenirs, une fois que Zach recommencerait à la fin du mois.

    Ouais, il était foutu.

    Il respira profondément avant de remettre ses lunettes. Peut-être avait-il un regard trop fataliste sur la chose. En considérant les différences massives entre lui et Zach, il aurait déjà dû subir des changements massifs au niveau de sa personnalité, et il ne remarqua rien de la sorte. Il ne se sentait en tout pas soumis envers qui que ce soit, et certainement pas Zach. Il était évident que tout n'était pas aussi noir qu'il n'y paraissait. Il avait peut-être une réaction disproportionnée, et oubliait une autre explication parfaitement raisonnable de son recommencement précipité…

    Quelqu'un frappa à la porte. Qui est-ce ça po –

    Oh. Bien sûr. Taiven.

    Il soupira. Exactement ce dont il avait besoin maintenant. Les frappes sur la porte se transformèrent en martèlement, pour qu'il se dépêche d'ouvrir la porte.

    « Salut, Cafard ! »

    « Salut Taiven, » répondit Zorian d'un ton misérable.  « Quelle agréable surprise. Tu veux rentrer ? »

    Taiven obtempéra et fit ce qu'elle voulait une fois à l'intérieur. Elle sauta sur son lit et se mit à l'aise. Zorian haussa les épaules et commença à l'interroger. Il valait mieux en terminer rapidement.

    « Tu n'as pas eu ton diplôme ? » demanda-t-il. « Je pensais que tu allais faire de l'exploration après tes études, qu'est-ce qu'il est arrivé à ce plan ? »

    Elle le regarda amèrement. « Ce n'est pas si simple. Aucune expédition ne veut prendre une parfaitement débutante comme moi. J'ai besoin qu'un explorateur expérimenté me prenne comme apprentie. J'y travaille. »

    « C'est marrant, j'ai entendu dire que tu es une assistante pour Nirthak, » remarqua Zorian. « Est-ce que ça ne risque pas de causer des problèmes dans ta recherche d'un maître ? »

    « Eh bien, un peu, » admit-elle. « Mais je ne suis pas littéralement en train de chercher un autre boulot. Je suis en train de construire ma réputation et d'essayer de faire en sorte que des personnes me remarquent. Tu sais, en faisant des missions, et cetera. C'est d'ailleurs la raison de ma venue, j'aimerais que tu me rejoignes moi et quelques amis sur une mission demain. »

    « Ça me semble louche, » dit Zorian. « Qu'est-ce qu'un minable troisième année peut bien faire pour vous aider ? »

    « Heu, nous aider à remplir l'équipe ? » répondit Taiven. « On ne peut pas prendre le boulot avant d'être quatre, et il ne nous manque qu'une personne. »

    « Eh bien, pourquoi ce job a besoin de quatre personnes ? » demanda Zorian, sachant grâce à l'expérience de ses boucles précédentes que c'était le chemin le plus court pour que Taiven le laisse tranquille. « Je pense bien que l'employeur n'a pas mis ça comme ça, juste pour embêter des groupes comme le tien. »

    « C'est apparemment un peu dangereux, » souffla-t-elle, croisant les bras. « Mais le vieux surréagit, les araignées ne sont pas aussi grosses qu'il ne nous l'a affirmé. »

    « Des araignées ? » demanda Zorian.

    « Ouais, » dit-elle avec hésitation, réalisant probablement qu'elle n'aurait pas du mentionner ça. « Des araignées. Tu sais, ces choses poilues à huit pa –»

    « Taiven, » la prévint Zorian.

    « Oh, allez, Cafard, je t'en supplie ! » pleurnicha-t-elle. « Je te jure que c'est pas aussi dangereux qu'il n'y paraît ! On s'est rendu dans les tunnels des centaines de fois, et ce n'était jamais dangereux ! On peut facilement te protéger ! »

    « Des centaines de fois ? » douta Zorian.

    « Eh bien, au moins une dizaine de fois ! » céda-t-elle.
  • merci pour le chapitre
  • Merci pour le chapitre
  • Merci !
  • Merci pour le chapitre
    je pense il va accepte de la rejoindre dans son expédition, Zorian va trouve quelque indice dans les souterrain de ville .
  • Chapitre 12 : La toile des âmes

    Zorian pénétra en trombe dans sa chambre, claquant la porte bien plus fort que nécessaire. Il aurait dû savoir qu'il ne trouverait rien sur les liens d'âme qu'il ne connaissait déjà, mais c'était quand même frustrant de rentrer les mains vides après avoir passé une journée entière à la bibliothèque.

    Les livres répétaient tous le même avertissement : les liens d'âme étaient une branche de la magie très dangereuse et très mal comprise, capable de causer des effets secondaires irréversibles s'ils étaient utilisés imprudemment. De temps à autre, un couple horriblement mal informé décidait que de se lier par l'âme serait un geste incroyablement romantique, avant que tout ne se finisse en larmes et actions juridiques au bout de quelques mois quand les premières complications feraient surface. La principale raison était que l'un des participants commençait généralement à dominer l'autre mentalement et spirituellement, rendant l'autre bien plus semblable à lui-même, sans oublier étrangement docile et respectueux. Ceci était une bonne chose quand quelqu'un se liait à un familier, car c'était presque toujours l'animal qui était dominé par l'humain, et les animaux avaient tendance à profiter de cette domination en développant une intelligence supérieure et un meilleur contrôle de leurs capacités magiques le cas échéant. Mais un être doué de sensations n'aimait généralement pas qu'une autre personne subvertisse magiquement leur personnalité et leur vision du monde. Enfin, du moins jusqu'à ce que le lien d'âme ne se finalise, auquel cas il se transformait en un clone servile.

    Zorian se passa une main tremblante dans ses cheveux, et commença à se nettoyer les lunettes avec le bout de son pull pour se calmer. Il espérait vraiment qu'il avait tort et qu'il n'y avait pas de lien d'âme entre lui et Zach. Zach avait des réserves de mana six fois plus grandes que le maximum théorique de Zorian, était naturellement plus confiant et extraverti, et, grâce au fait d'être dans la boucle temporelle depuis bien plus longtemps que lui, avait presque vingt ans de plus que lui. Ce n'était pas la peine de deviner qui serait le dominant entre eux deux !

    La pire chose dans cette histoire était qu'il ne pouvait même pas aller demander de l'aide à quelqu'un. Il était presque sûr que ce lien qu'il avait avec Zach, même si ce n'était pas un lien d'âme, était le responsable de sa présence dans la boucle temporelle avec lui. S'il demandait à quelqu'un de l'aide, cette personne insisterait pour couper ce lien (ce qui était parfaitement compréhensible et Zorian serait du même avis en temps normal), ce qui lui causerait d'oublier tout ce qu'il avait gagné à l'intérieur de la boucle, dont ses souvenirs, une fois que Zach recommencerait à la fin du mois.

    Ouais, il était foutu.

    Il respira profondément avant de remettre ses lunettes. Peut-être avait-il un regard trop fataliste sur la chose. En considérant les différences massives entre lui et Zach, il aurait déjà dû subir des changements conséquents au niveau de sa personnalité, et il n'avait rien remarqué de la sorte. Il ne se sentait en tout cas pas soumis envers qui que ce soit, et certainement pas envers Zach. Il était évident que tout n'était pas aussi noir qu'il n'y paraissait. Il avait peut-être une réaction disproportionnée, et oubliait une autre explication parfaitement raisonnable de son recommencement précipité…

    Quelqu'un frappa à la porte. Qui est-ce ça po –

    Oh. Bien sûr. Taiven.

    Il soupira. Exactement ce dont il avait besoin maintenant. Les frappes sur la porte se transformèrent en martèlement, pour qu'il se dépêche d'ouvrir.

    « Salut, Cafard ! »

    « Salut Taiven, » répondit Zorian d'un ton misérable.  « Quelle agréable surprise. Tu veux rentrer ? »

    Taiven obtempéra et fit ce qu'elle voulait une fois à l'intérieur. Elle sauta sur son lit et se mit à l'aise. Zorian haussa les épaules et commença à l'interroger. Il valait mieux en terminer rapidement.

    « Tu n'as pas eu ton diplôme ? » demanda-t-il. « Je pensais que tu allais faire de l'exploration après tes études, qu'est-ce qu'il est arrivé à ce plan ? »

    Elle le regarda amèrement. « Ce n'est pas si simple. Aucune expédition ne veut prendre une parfaite débutante comme moi. J'ai besoin qu'un explorateur expérimenté me prenne comme apprentie. J'y travaille. »

    « C'est marrant, j'ai entendu dire que tu es une assistante pour Nirthak, » remarqua Zorian. « Est-ce que ça ne risque pas de causer des problèmes dans ta recherche d'un maître ? »

    « Eh bien, un peu, » admit-elle. « Mais je ne suis pas littéralement en train de chercher un autre boulot. Je suis en train de construire ma réputation et d'essayer de faire en sorte que des personnes me remarquent. Tu sais, en faisant des missions, ce genre de choses. C'est d'ailleurs la raison de ma venue, j'aimerais que tu me rejoignes moi et quelques amis pour une mission demain. »

    « Ça me semble louche, » dit Zorian. « Qu'est-ce qu'un minable troisième année peut bien faire pour vous aider ? »

    « Heu, nous aider à remplir l'équipe ? » répondit Taiven. « On ne peut pas prendre le boulot avant d'être quatre, et il ne nous manque qu'une personne. »

    « Eh bien, pourquoi ce job a besoin de quatre personnes ? » demanda Zorian, sachant grâce à l'expérience de ses boucles précédentes que c'était le chemin le plus court pour que Taiven le laisse tranquille. « Je pense bien que l'employeur n'a pas mis ça comme ça, juste pour embêter des groupes comme le tien. »

    « C'est apparemment un peu dangereux, » souffla-t-elle, croisant les bras. « Mais le vieux surréagit, les araignées ne sont pas aussi grosses qu'il ne nous l'a affirmé. »

    « Des araignées ? » demanda Zorian.

    « Ouais, » dit-elle avec hésitation, réalisant probablement qu'elle n'aurait pas dû mentionner ça. « Des araignées. Tu sais, ces choses poilues à huit pa –»

    « Taiven, » la prévint Zorian.

    « Oh, allez, Cafard, je t'en supplie ! » pleurnicha-t-elle. « Je te jure que c'est pas aussi dangereux qu'il n'y paraît ! On s'est rendu dans les tunnels des centaines de fois, et ce n'était jamais dangereux ! On peut facilement te protéger ! »

    « Des centaines de fois ? » douta Zorian.

    « Eh bien, au moins une dizaine de fois ! » céda-t-elle.

    Zorian fut sur le point de refuser, comme il le faisait à chaque fois jusqu'à maintenant, quand il s'arrêta. Il n'allait probablement rien faire de productif pendant au moins une semaine, à cause du stress qu'engendrait l'idée d'être lié à l'âme de Zach. Une petite balade distrayante dans les égouts pouvait être exactement le genre de remède dont il avait besoin.

    « Ça marche, » dit-il.

    « Vraiment ? » cria-t-elle de joie.

    « Oui, vraiment, » confirma Zorian. « Dis-moi juste où te retrouver demain avant que je ne change d'avis. »

    Taiven partit quelques minutes plus tard, le remerciant sans cesse et en lui déposant un bisou sur la joue parce qu'il avait 'agi en ami' avant de s'en aller dieu sait où… Il n'avait pas demandé, trop choqué par son baiser, aussi anodin qu'il paraisse. Il s'en voulait un peu d'avoir été si affecté par un simple petit bisou sur la joue, mais il se dit qu'il ne devait pas être si dur avec son subconscient. Il avait longtemps eu le béguin pour elle.


    Il décida qu'il en avait marre pour le reste de la journée, et but l'une de ses potions de sommeil qu'il gardait dans son tiroir. Avec un peu de chance, tout deviendrait plus clair après une bonne nuit de sommeil.

    Il se réveilla le lendemain matin un peu moins paniqué qu'après sa visite à la bibliothèque, et tout ne semblait pas aussi désespéré que la veille. Il avait fait des conclusions hâtives alors qu'il avait besoin de plus d'informations. Il fut tenté de sécher les cours pour faire une seconde visite à la bibliothèque, mais il soupçonnait qu'il n'avait pas le talent de recherche ni les autorisations nécessaires pour se lancer dans un sujet comme les liens d'âme. En plus, il y avait quelqu'un dans sa classe avec qui il devait absolument discuter : Briam, le garçon qui avait pour familier un drake. Une personne qui était déjà liée à l'âme d'un autre être, même s'il s'agissait d'un animal magique et pas d'un autre humain, pouvait lui en apprendre plus sur le sujet.

    « Je vois que ta famille t'as donné ton propre drake de feu, » dit-il pour amorcer la discussion, s'asseyant à côté de Briam et ignorant les menaces sonores du drake. Pour une raison ou une autre, la bestiole ne l'avait jamais attaqué lors des boucles précédentes, donc il ne voyait pas pourquoi elle commencerait maintenant. « Est-ce qu'il est déjà ton familier ? »

    « Oui, » confirma Briam, visiblement fier. « Je me suis lié à lui cet été en fait. C'était un peu étrange au début, mais je crois que je m'y fais progressivement. »

    « Étrange ? » demanda Zorian. « Étrange comment ? »

    « Eh bien, le fait de savoir qu'il y a le lien, tu sais ? » répondit-il.

    « Donc le lien peut être ressenti ? » spécula Zorian, essayant de contenir son excitation. Lui ne ressentait rien. « Est-ce que c'est quelque chose de normal ? Est-ce que tout le monde qui est lié par l'âme ressent ce lien ? »

    « Non, pas tout le monde, » dit Briam avec un sourire. « Seule une minorité de personne le ressent, sans que l'on sache vraiment pourquoi. Mais moi je peux. Je me dis que j'ai de la chance. »

    Zorian contint un grognement. Il avait cru un moment que le fait qu'il ne ressentait rien voulait dire qu'il n'y avait pas de lien, mais ça n'était visiblement pas une preuve. Zut.

    « Tu sais, » essaya Zorian, « J'ai toujours eu un … intérêt pour les familiers et les liens d'âme… »

    Heureusement, Briam ne trouva l'intérêt de Zorian absolument pas suspect, et fut heureux de satisfaire sa curiosité. En tout cas, ce que lui apprit Briam fut très intéressant. D'après lui, le sort de lien d'âme était en fait un genre de rituel qui prenait au moins 10 minutes à incanter proprement, et en général plus longtemps. Pas quelque chose que l'on lançait comme une invocation classique. Même les participants qui ne se doutent généralement de rien commençaient à ressentir quelque chose après quelques semaines, une fois que le lien s'était proprement ancré sur les âmes des participants.

    Il y avait de nombreuses choses que Zorian avait ressenti jusqu'à maintenant qui pouvaient être vues comme des signes qu'il développait un lien d'âme, mais il était difficile de dire quelle proportion pouvait être imputée à sa situation très particulière. Les effets étaient juste bien trop faibles par rapport à ce que lui avait décrit Briam. Ses réserves de mana avaient augmenté légèrement depuis qu'il était coincé dans la boucle, mais cela n'avait rien d'exceptionnel. Cela pouvait être facilement considéré comme une conséquence de son entraînement régulier à la magie de combat plus que comme un signe que son âme se déformait pour ressembler davantage à celle de Zach. Le sort qu'avait lancé la liche n'avait clairement pas été un rituel non plus… mais bon, c'était une liche. Qui savait le genre de magie qu'une créature pareille avait à sa disposition ?

    En fin de compte, peut-être avait-il de la chance. Soit le lien entre lui et Zach était très faible, ou il était d'une nature différente. Ou peut-être n'était-il formé qu'à moitié ? D'après Briam, le lien demandait une proximité physique et beaucoup d'interactions entre les participants pour se développer complètement. C'est pourquoi il transportait son drake de feu partout où il allait. Vu qu'il n'avait interagi avec Zach que lors d'un seul de ses recommencements, et que ce dernier avait passé tous les autres loin de Cyoria, le lien n'avait probablement jamais eu la chance de se solidifier. Si c'était le cas, Zorian ne devait jamais lui permettre de se former complètement et allait devoir éviter tout contact avec l'autre voyageur temporel jusqu'à ce qu'il en apprenne plus sur la situation.

    Ce qui pourrait prendre beaucoup de temps, pour être honnête. Heureusement, l'idée d'éviter Zach autant qu'il le pouvait l'aidait à gérer son anxiété sur la possibilité d'être lié à Zach. Il fallait vraiment qu'il se fasse un plan de ce qu'il voulait apprendre. Jusqu'à maintenant, il avait complété ses connaissances de manière désordonnées. Il n'avait jamais eu un sentiment d'urgence, et n'avait de toute façon jamais su par où commencer. Et puis, il voulait aussi s'améliorer en tant que mage avant de sortir de la boucle, car il savait qu'il n'aurait plus jamais une occasion pareille. Cette approche désorganisée n'était cependant plus appropriée maintenant. Il voulait briser le lien d'âme le plus tôt possible, et cela signifiait trouver un moyen de sortir de la boucle le plus rapidement possible.

    Mais cela attendrait plus tard, car il avait rendez-vous avec Taiven et ses amis dans la soirée. Pourquoi avait-il accepté, déjà ? Ah oui, Taiven avait choisi un très mauvais moment pendant lequel il avait eu un accès de folie. Il aurait au moins dû lui demander une faveur en échange de ce service. On ne finit jamais d'apprendre.

    Zorian soupira quand il réalisa que Taiven avait choisi un lieu de rendez-vous très éloigné de sa résidence, donc il avait une longue marche devant lui. Il s'agissait d'un parc qui servait apparemment de lieu de rencontre pour les joueurs d'échecs de Cyoria, et l'un des amis de Taiven s'y rendait fréquemment. Il ne s'était jamais rendu dans ce parc en particulier, mais le chemin lui semblait familier sans qu'il sache pourquoi.

    Il réalisa pourquoi le chemin lui était familier quelques minutes pus tard quand il aperçut un pont juste à l'entrée du parc. C'était à cet endroit qu'il avait rencontré la petite fille pleurant parce que son vélo était tombé dans le ruisseau, avant qu'il ne prenne conscience de la boucle temporelle. D'ailleurs, en y réfléchissant, il n'était plus jamais repassé par là ensuite, pas vrai ? Il n'y avait en fait aucune raison, car il savait à l'avance qu'il y aurait des obstacles lui barrant la route s'il prenait ce chemin. Il jeta quand même un œil au ruisseau pour voir si le vélo s'y trouvait toujours. Sans surprise, il n'y avait rien. Les fortes pluies de la veille avaient transformé le calme ruisseau en torrent, et la bicyclette avait été sans aucun doute emportée loin d'ici.

    La petite fille n'était pas là, évidemment, mais il n'était pas pour autant seul sur le pont. Il y avait un petit chat, probablement très jeune, qui regardait le torrent d'un air désespéré. Zorian ne se souciait généralement pas de la détresse des animaux, mais quand le chat tourna la tête et que leurs regards se croisèrent, il fut envahi par une intense sensation de tristesse et de deuil. Perturbé, il accéléra le pas, s'éloignant rapidement de l'étrange chat derrière lui.

    Après avoir erré dans le parc pendant une trentaine de minutes, il trouva enfin le point de rendez-vous. Taiven devrait vraiment apprendre à indiquer une direction… Il s'agissait d'un coin plutôt calme, où se trouvaient beaucoup de personnes âgées. Des personnes vraiment âgées. Le groupe d'adolescents de Taiven ressortait vraiment du lot, mais aucun des vieux schnocks ne semblait dérangé par eux, donc Zorian décida de ne pas non plus s'en soucier et s'approcha calmement d'eux.

    Les autres amis de Taiven étaient deux garçons bourrus et musclés, qui semblaient avoir davantage leur place sur un ring de boxe que dans une académie de mage. L'un d'eux était en train de froncer les sourcils en observant le plateau d'échecs devant lui, réfléchissant à son prochain coup. Taiven et l'autre garçon se trouvaient de part et d'autre de la table. Taiven s'ennuyait à mourir de manière très visible, et elle essaya à un moment de prendre une pièce sur le plateau afin de jouer avec, avant de se faire réprimander par les deux joueurs. L'autre garçon était bien plus détendu, observant avec fainéantise ce qu'il se passait autour de lui, un peu comme un chien de garde. C'était d'ailleurs lui qui remarqua Zorian en premier et le pointa du doigt pour les deux autres.

    « Cafard ! » Taiven lui fit un salut de la main. « Bénis soient les dieux, je commençais à penser que tu ne viendrais pas ! »

    « Je ne suis pas en retard, » dit Zorian.

    « Eh bien, faut croire que depuis la dernière fois qu'on s'est vus, tu as développé l'habitude d'arriver sur le fil ! » l'accusa-t-elle. « Mais passons. Cafard, je te présente mes deux sbires, Grognon et Marmonneur. Grogon, Marmonneur, voici mon bon ami Cafard. »

    Zorian leva les yeux au ciel. Au moins, il n'y avait pas que lui à qui elle donnait des surnoms stupides.

    « Bordel, je t'ai déjà dit de ne pas nous présenter de la sorte ! » protesta l'un des garçons. Il disait cela plus pour la forme que parce qu'il pensait vraiment que Taiven allait changer, et Zorian le comprenait parfaitement. Il soupira et se tourna vers Zorian. « Salut, gamin. Je suis Urik, et le gars qui joue aux échecs est Oran. Merci de nous aider. On va s'assurer qu'il ne t'arrive rien, donc tu n'as pas à t'inquiéter. »

    Le joueur d'échecs grogna, probablement pour approuver. Il doit s'agir de Grognon.

    « Je m'appelle Zorian, » dit-il en retour. Urik ne lui avait pas donné son nom complet, donc pourquoi devrait-il le faire ?

    « Très bien ! » dit Taiven avec enthousiasme. « Comme les présentations sont terminées, allons-y, ok ? »

    « Pas avant que je termine ce round, » annonça catégoriquement le joueur d'échecs.

    Taiven soupira de défaite. « Je déteste ce jeu, » pleurnicha-t-elle. « Trouve-toi une chaise, Cafard. Ça risque de prendre un moment. »

    Zorian fit claquer sa langue de frustration. Pour une fois, il partageait le sentiment d'impatience de Taiven. Il n'était pas non plus un grand fan d'échecs.




    Le Donjon était un endroit extrêmement dangereux. Il était également connu sous le nom de l'Outremonde, le Labyrinthe, et un million d'autres appellations et consistait en un réseau immense de grottes et tunnels qui se propageait sous la surface du monde. Au premier regard, l'endroit semblait être le paradis pour tous les mages, car les niveaux de mana ambiant augmentaient dès que l'on descendait dans les profondeurs sans fin de l'entrelacement de grottes du Donjon, et les niveaux inférieurs étaient concrètement remplis de minéraux très utiles avec des propriétés magiques fantastiques. Malheureusement, les mages n'étaient qu'un type des nombreuses créatures qui prospéraient dans un environnement pareil. Des monstres de toutes sortes vivaient dans les tunnels, et plus on descendait, plus ils devenaient étranges et forts. Même les plus grands archimages n'osaient pas s'enfoncer trop profondément lorsqu'ils exploraient le Donjon, car ils craignaient de rencontrer quelque chose qu'ils n'avaient aucune chance de vaincre.

    Cyoria, comme de nombreuses autres villes, avait grandement profité du Donjon quand la cité fut construite. Les niveaux les plus proches de la surface furent nettoyés de toute créature agressive ou particulièrement dangereuse, puis les niveaux inférieurs furent scellés. Ces tunnels furent ensuite transformés en abris, hall de stockages, système anti-inondations… ainsi que le réseau des égouts de la ville. Les colonies humaines utilisaient le Donjon comme égouts depuis si longtemps que plusieurs espèces de limons et d'autres monstres se sont adaptés spécifiquement pour profiter de cette niche écologique très particulière, et les humains les transplantaient souvent d'une ville à une autre lorsqu'ils fondaient de nouvelles colonies. Bien sûr, cette séparation entre les niveaux supérieurs et inférieurs n'était jamais efficace à 100 %, surtout que de nombreux habitants du Donjon étaient des créatures parfaitement capables de creuser. Il était nécessaire d'avoir une maintenance régulière pour garder tout le système fonctionnel.

    Les frontières du Donjon de Cyoria étaient connues pour avoir encore plus de trous qu'une éponge. Il s'agissait d'une ville relativement jeune, et le Donjon local était particulièrement étendu. Il grandissait beaucoup trop, et beaucoup trop vite, et une vraie séparation entre les différents niveaux ne fut jamais finalisée. C'était probablement la raison pour laquelle les envahisseurs avaient réussi à faire entrer clandestinement dans la ville une armée de monstre en les faisant passer par ces tunnels. Mais comment les envahisseurs avaient réussi à cartographier proprement le Donjon Profond pour trouver une route suffisamment grande pour laisser passer cette armée était un mystère. Juste un exemple de plus de la préparation ridiculement méticuleuse de l'ennemi, supposa Zorian.

    Malgré le danger évident, Zorian ne se sentait pas particulièrement inquiet de suivre Taiven dans les tunnels. Le sous-sol de Cyoria n'était certes pas l'endroit le plus sûr du monde, mais il ne s'agissait en aucun cas d'une condamnation à mort de s'y rendre. Et il doutait que les envahisseurs s'y trouvaient déjà, car il était impossible de cacher une armée de monstre se cachant juste sous la ville, peu importe la préparation des organisateurs de l'invasion. Ils n'avaient besoin que de se déplacer sur la route prévue le jour même pour éviter toute détection. Zorian se sentirait plus à l'aise s'il avait un objet avec une formule de sort de combat sur lui, bien sûr, mais c'était pour l'instant hors de sa portée. Malgré l'aide de Nora, il n'était pas encore assez bon avec les formules de sort pour en créer un lui-même, et il ne pouvait pas en acheter sans avoir un permis.

    Malheureusement, leur employeur ne semblait pas partager la confiance de Zorian.

    « C'est lui votre quatrième membre ? » demanda le vieil homme d'un air hébété. « Est-ce qu'il a au moins déjà son diplôme ? »

    Zorian observa l'homme à l'air renfrogné qui le regardait d'un air dédaigneux. Il comprenait l'irritation de Taiven au sujet de ce mec. S'il était si inquiet par leur capacité à avoir des résultats, pourquoi n'engageait-il pas un vrai professionnel pour récupérer sa satanée montre ? Ah oui, c'est vrai, il ne voulait pas payer le tarif d'un vrai professionnel ! Honnêtement, le groupe de Taiven était probablement le meilleur groupe qu'il pouvait espérait avoir, considérant l'endroit où il était allé chercher de l'aide.

    Le boulot en lui-même était assez simple. Le vieil homme avait perdu une montre de poche dans les tunnels pendant qu'il s'enfuyait d'une paire d'araignées géantes, et ils devaient maintenant la chercher. Le vieil homme avait bien essayé de la chercher, mais quand il retourna à l'endroit où il l'avait perdue, elle n'était plus là. Personnellement, Zorian était certain qu'elle avait été mangée par un limon ou un autre genre de charognard mangeur de métal qui vivait dans les tunnels, mais le vieillard insistait qu'elle était toujours intacte et que les araignées la possédaient. Comment le savait-il ? Chacun pouvait donner son avis. Que pouvaient donc bien faire quelques araignées, même géantes, avec une montre ? Étaient-elles comme des pies, collectionnant des objets brillants juste comme ça ?

    « Non, » répondit Zorian, sans une once de culpabilité. « Je suis en troisième année. »

    « Un troisième année ! » brailla l'homme. « Et tu penses pouvoir survivre là-dessous ? Tu connais au moins quelques sorts de magie de combat ? »

    « Bien sûr, » confirma immédiatement Zorian. « Missile magique, bouclier et lance-flammes. »

    « C'est tout ? »

    « Vous avez ce pour quoi vous avez payé, » répondit Zorian en haussant les épaules.

    « Écoutez, c'est quoi votre problème ? » intervint Taiven. « Nous sommes quatre contre deux 'grosses' araignées. Je pourrais m'en charger toute seule ! »

    « Ce n'est pas parce que j'en ai rencontré que deux qu'il n'y en a pas plus, » grogna le vieillard. « Je ne veux pas que vous tombiez sur toute une ruche de ces bestioles-là et que vous vous fassiez massacrer. Ces choses sont très rapides. Et discrètes ! Je ne les avais même pas remarquées avant qu'elles ne soient sur moi. J'ai eu vraiment de la chance de survivre et de pouvoir vous parler en ce moment. »

    « Eh bien, nous avons quatre paires d'yeux, » argumenta Taiven. « Nous nous surveillerons les uns les autres, les araignées n'auront aucune chance de nous prendre par surprise. J'imagine que vous ne vouliez pas nous dire ce qui est si important au sujet de la montre que vous avez perdue ? »

    « Ce n'est pas vos affaires, » répliqua l'homme. « Elle n'a aucune valeur ou quoi, j'ai des raisons sentimentales de vouloir la récupérer. » Il secoua la tête. « Je crois que ce gamin a raison. J'ai eu ce que j'ai pu obtenir avec la récompense que je propose… Mais… s'il vous plaît, soyez prudents. Je ne veux pas la mort d'une bande de gamins sur ma conscience. »

    Quelques minutes d'argumentation sans intérêt plus tard, Taiven les guida enfin vers l'entrée du Donjon la plus proche. Il y avait des gardes stationnés, mais Taiven avait un permis de passage et pouvait amener des gens avec elle, donc ils n'eurent pas de soucis pour entrer. Cela avait un côté rassurant, car cela voulait dire que quelqu'un à l'office des permis considérait que Taiven était suffisamment capable pour assurer la protection de non-combattants comme lui la-dessous. Elle ne lui avait donc pas forcément menti quand elle lui avait affirmé qu'elle pourrait le protéger.

    Les tunnels en eux-mêmes étaient bien moins sinistres que ce à quoi s'attendait Zorian, ou du moins cette section en particulier l'était. Il s'agissait de murs en pierre lisses, et il n'y avait rien de plus dangereux que quelques rats qui se baladaient. La pierre qui composait le tunnel reflétait bien la lumière, donc les quatre lanternes flottantes qu'ils avaient au-dessus de la tête (Taiven avait insisté pour qu'ils lançassent chacun le sort, de sorte de ne pas se retrouver dans le noir s'ils rencontraient quelque chose capable de les dissiper) illuminaient plutôt bien le chemin. Malheureusement, il n'y avait aucune trace de la montre manquante ou des araignées géantes. Taiven semblait penser qu'il serait facile de retrouver les araignées avec un simple sort 'localisation de créature', et fut choquée lorsque le sort, ainsi que toutes les autres divinations qu'elle essaya, échoua.

    Il s'avéra que Taiven et ses deux amis étaient plus qu'un peu spécialisés en magie de combat, et n'avaient pas la moindre idée sur comment traquer la montre ou les araignées lorsque leurs divinations rudimentaires échouèrent. Ils décidèrent de parcourir les tunnels, espérant tombant sur le repère des araignées, relançant de temps en temps les divinations, en vain. Après deux heures sans résultat, Zorian était sur le point d'abandonner. Il allait juste leur suggérer d'arrêter là et de revenir le lendemain, quand il se sentit soudainement très, très fatigué.

    Être un mage demandait un certain niveau de discipline mentale. En effet, façonner correctement le mana demandait de la concentration et la capacité de visualiser le résultat désiré avec une clarté impeccable. C'est pourquoi, tous les mages étaient, dans une certaine mesure, résistants à la magie de l'esprit et les autres effets ciblant l'esprit. C'était la seule raison pour laquelle Zorian était encore conscient, luttant désespérément contre le sort de sommeil, au lieu de s'effondrer sur le sol, profondément endormi. Il vit devant lui Taiven et l'un des deux amis chanceler sur place en essayant également de résister au sort, alors que l'autre garçon était déjà vautré sur le sol.

    Il se battit contre les effets du sort pendant une seconde ou deux, avant que l'effet somnolant ne disparaisse tout d'un coup. Avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit, il fut mis à genoux par un flux de souvenirs et d'images qui se gravaient directement dans son esprit.

    Confusion. Un souvenir de lui en train de regarder un problème particulièrement difficile de formules de sort, tapotant de frustration son stylo sur la table. Une image de deux boules d'eau flottantes connectées par un ensemble de courants mouvants allant d'un orbe à l'autre. Un souvenir étranger d'un troll de guerre traversant en déchirant des murs blancs délicats qui semblaient n'être fait que de toiles d'araignées. Une question.

    [Es-tu –] une voix explosa dans son esprit, avant de s'effondrer en une nouvelle collection psychédélique d'images et de souvenirs étrangers. Le déluge perdit un instant en intensité, comme s'il attendait une réponse. Puis il recommença. Frustration. [Je pensais –] Fraternité. Des toiles s'étirant au-dessus de sombres abysses, avec des orbes de lumières coincées à l'intérieur. [– me comprends pas, pas vrai?] Tristesse. Pitié. Encore plus de frustration. Résignation.

    Le flux d'images dans son esprit s'arrêta soudainement. Zorian se prit la tête entre les mains pour essayer de calmer la migraine qui pulsait à l'intérieur de son crâne, et regarda autour de lui. Taiven et ses deux amis étaient inconscients, mais ne semblaient pas blessés. Il n'y avait aucune trace de leur attaquant. Il essaya de les réveiller, en vain.

    Il décida que la meilleure idée était de retourner à la surface avant que quelque chose ne se décide de les achever. Il invoqua rapidement le sort du disque flottant, y plaça les corps de ses trois compagnons d'infortune avant de se diriger vers l'entrée du donjon.

    Il espérait juste qu'il aurait moins mal à la tête le lendemain.

    Zorian se réveilla dans un état confus. Une partie de lui-même se demandait qu'est-ce qu'il faisait dans un hôpital, pendant qu'une autre partie était surprise de contater qu'il ne s'était pas réveillé à Cirin, avec Kirielle qui lui souhaitait bonjour, comme toutes les fois où il avait recommencé. Quelques secondes plus tard, son esprit s'éclaircit et il se rappela ce qu'il s'était passé la veille. Il n'avait pas recommencé car il n'était pas mort dans les tunnels, quelque chose avait brouillé son esprit. C'était quelque chose qui l'inquiétait beaucoup plus que de simplement mourir, car toute blessure de l'esprit serait transférée à chaque recommencement. Heureusement, il n'avait pas l'impression de souffrir de séquelles permanentes.

    Il se rappela vaguement que, la veille, le docteur était arrivé à la même conclusion lorsqu'il avait été amené à l'hôpital, avant qu'il ne le place dans une chambre et lui dise de dormir. Un docteur. Il n'avait pas besoin d'aller dans un hôpital pour ça. Il se demandait dans quel état se trouvaient Taiven et ses deux amis. Ils avaient encore été inconscients lorsqu'il avait trébuché hors du donjon et que les gardes s'étaient dépêchés de les emmener à l'hôpital le plus proche.

    « Enfin réveillé, je vois, » dit Ilsa, qui se trouvait à l'embrasure de la porte. « Est-ce que vous vous sentez capable de discuter, ou est-ce que je dois repasser pus tard ? »

    « Madame Zileti ? » demanda Zorian. « Que faites-vous ici ? »

    « Vous êtes un étudiant, et l'Académie est obligée de vous représenter dans les affaires juridiques, » expliqua Ilsa en se rapprochant de son lit. « Votre situation en fait partie. Comment vous sentez-vous ? »

    « Je vais bien, » dit-il d'un ton distant. Il n'avait plus de maux de tête. « Je pourrais rentrer, une fois que vous aurez fini de m'interroger. »

    « Vous interroger ? » demanda Ilsa. « Cela paraît presque sinistre, la façon dont vous le dites. Pourquoi est-ce que je vous interrogerais ? »

    « Heu… eh bien... » Zorian chercha ses mots. « La police a tendance à se montrer un peu dure avec les témoins, d'après mon expérience. Au cas où ils cacheraient quelque chose, et tout. »

    Pendant un moment, Zorian s'attendit à ce qu'elle l'interroge sur le genre d'expérience qu'il avait eu avec la police, mais elle secoua la tête et poussa un petit rire.

    « Eh bien, je ne suis pas la police, » dit Ilsa. « Mais je suis effectivement venue vous demander ce qu'il s'est passé. Vos amis ne se rappellent de rien en particulier, frappés dès le début de l'attaque par un sort de sommeil. »

    « Est-ce qu'ils vont bien ? » demanda Zorian.

    « Oui, » confirma Ilsa. « Ils se sont réveillés hier sans effets secondaires. D'un point de vue médical, vos blessures étaient bien plus sérieuses. » Elle eut un léger sourire en coin. « Je crois que c'est leur fierté qui en a pris un coup. Un étudiant en troisième année a résisté à un sort auquel ils n'ont pas résisté et leur a sauvé la vie. Les frontières du Donjon de Cyoria sont connues pour être… poreuses. Sans vous, ils seraient probablement morts rapidement. »

    Zorian détourna le regard, inconfortable avec l'histoire. Était-ce la raison pour laquelle Taiven ne l'avait plus jamais contacté après l'invitation initiale au début de chaque boucle ? Il pensait qu'elle se montrait simplement insensible.

    Comment avait-il résisté au sort, si Taiven et ses deux amis n'avaient pas réussi ? Et ce qui arriva ensuite… ç'avait été douloureux, vraiment pas très plaisant, mais il n'avait pas eu l'impression qu'il se soit agi d'une attaque. Son assaillant aurait pu l'achever à n'importe quel moment, mais décida de ne pas le faire. Les mots, les images… c'était comme si quelque chose avait essayé de lui parler mais ne savait pas comment communiquer proprement avec des humains.

    Vu le nombre de toiles d'araignées dans les souvenirs avec lesquels il avait été bombardé, il s'agissait probablement d'une araignées. Il n'avait cependant jamais entendu parler d'araignées conscientes qui avaient accès à de la magie de l'esprit.

    « Je ne suis pas certain de ce qu'il s'est passé, » dit-il finalement. « Après l'échec du sort de sommeil, j'ai été immédiatement bombardé par un barrage d'images qui m'a presque fait perdre conscience. C'était douloureux et déroutant. Quand ça s'est arrêté, j'ai essayé de retrouver mes repères pour répondre à une potentielle nouvelle attaque, mais au bout d'une minute j'ai réalisé qu'il ne se passerait rien de plus et donc j'ai décidé de sortir de là. Je ne sais pas du tout pourquoi les attaquants se sont arrêtés. »

    « Hmm, » dit Ilsa pensivement. « Il y a plusieurs possibilités. Peut-être, au lieu d'être tombé dans une embuscade, vous avez rencontré quelqu'un qui ne voulait pas être vu et qui a agi pour vous incapaciter afin de s'enfuir sans être remarqué. Peut-être quelqu'un a-t-il laissé un piège magique dans cette section du tunnel, et pour une raison ou une autre vous l'avez déclenché. Peut-être le fait que vous ayez résisté à deux sorts d'affilée a intimidé votre attaquant au point de s'enfuir. Peut-être ne le saurons-nous jamais. »

    Oui, toutes des possibilités valides. Ce n'était sûrement pas l'action d'araignées géantes conscientes avec des pouvoirs télépathiques, non monsieur !

    « Oh, et Zorian ? » continua Ilsa. « Vous avez l'interdiction de retourner dans les tunnels jusqu'à nouvel ordre. Je comprends bien que vous aviez voulu dépanner une amie, mais c'était quand même très inconscient de votre part. »

    « Ueh, oui professeure, » admit Zorian. « C'est bien compris. »

    « Qu'est-ce que c'est chiant ! » se plaint Taiven.

    Zorian ouvrit l'un de ses yeux pour lui jeter un regard noir.

    « Tu as dit que tu voulais te faire pardonner, » lui rappela-t-il.

    « Mais je pensais t'apprendre un sort qui déchire, pas... » elle secoua le bol plein de billes devant elle. « te jeter des billes au-dessus de tes épaules. Est-ce que je ne devrais pas t'en envoyer sur le front au moins ? Je suis certaine que tu te sentirais tout de suite bien plus motivé à réussir comme ça. »

    « Si tu fais ça, je te promets de te traquer jusque dans ta chambre et t'étouffer pendant ton sommeil, » la menaça Zorian. La raison pour laquelle il lui faisait faire ça était afin de s'entraîner à cet exercice sans souffrir des mêmes méthodes que Xvim. 

    Il ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Après quelques secondes, il sentit bien la bille chargée de mana passer à proximité de son visage, mais ne put dire avec certitude au-dessus de quelle épaule elle était passée.

    « Gauche, » essaya-t-il.

    « Non, droite, » dit Taiven. « Tu es juste en train de deviner, pas vrai ? Arrête-toi là pour aujourd'hui, tu n'arriveras à rien maintenant que t'es frustré. »

    « Non, j'ai juste besoin de quelques minutes pour me calmer, » soupira Zorian. Taiven, en réponse, grogna, et il ouvrit les deux yeux pour lui lancer un regard furieux. « Pourquoi tu es si difficile à ce sujet ? Tu sais que je ne peux m'adresser à personne d'autre pour m'aider avec cet exercice, pas vrai ? Je ne connais personne d'autre qui peut cibler suffisamment bien leurs tirs, et de toute façon personne d'autre ne pourrait tirer des billes chargées en mana pendant une demi-heure sans épuiser leurs réserves de mana. »

    « Je sais, je sais, » soupira Taiven. « Et je suis heureuse que tu sois venu vers moi pour t'aider. C'est le moins que je puisse faire après… tu sais quoi. Mais tu ne profites pas assez de moi ! »

    Zorian haussa un sourcil.

    « Heu, c'est pas ce que je voulais dire, » dit-elle en gloussant nerveusement. « Ce que je veux dire c'est : je peux faire bien plus que ça. Tirer avec précision des billes n'est pas mon seul talent. Je sais que je dois paraître assez pathétique d'avoir été rendue inconsciente après un seul sort, mais quand même ! »

    « Je ne t'ai jamais trouvé pathétique à cause de ça, Taiven, » soupira Zorian. « Mais ok, très bien. Qu'est-ce que la grande Taiven peut faire pour moi ? »

    « T'apprendre à te battre, bien sûr ! » dit-elle avec un grand sourire.

    « J'espère que tu parles d'un combat magique, » remarqua Zorian.

    « Tu ne devrais jamais sous-estimer l'impact d'un poing dans la figure, même dans un duel magique, » se plaint Taiven. « Mais oui, je pensais bien à cela. Est-ce que tu disais au vieillard qui nous a embauché quand tu as dit que tu savais lancer missile magique, bouclier et lance-flammes ? »

    « Bien sûr, » dit Zorian.

    « Allez, montre-les-moi, » dit Taiven, montrant une paire de mannequin de l'autre côté de la pièce.

    « Heu, t'es sûre que ça ne dérange pas tes parents si je détruis leurs mannequins d'entraînement ? » demanda Zorian.

    Elle leva les yeux au ciel. « Tout l'intérêt de t'avoir fait venir chez moi était de pouvoir s'entraîner ici ! La pièce entière est protégée, et surtout ces mannequins. Crois-moi, tu ne vas même pas les égratigner. »

    Zorian haussa les épaules et incanta rapidement un missile magique, le façonnant en un perceur avec une fonction tête chercheuse afin qu'il cible la tête du mannequin. L'éclair de force traversa la pièce en un instant, frappant le mannequin en plein sur le front. La tête sans visage se pencha en arrière d'une manière qui briserait le cou d'un humain, mais se redressa rapidement dans sa position précédente, comme si de rien n'était.

    « Un missile magique décent, » le félicita Taiven. « J'aime bien que tu puisses en lancer un sans un long moment de concentration. Je pensais que ça serait la première chose que je devrais t'apprendre. »

    Ses mains devinrent floues et commencèrent une éblouissante démonstration de talent. Le chant fut prononcé si doucement que Zorian l'entendit à peine. Un véritable essaim de missiles magiques émergea de ses mains, fusant vers le mannequin bien plus rapidement que ne l'avait fait le perceur de Zorian, et l'impactèrent avec une force suffisante pour le soulever et l'écraser contre le mur derrière lui. Même s'il ne s'agissait que de briseurs, Zorian savait qu'ils étaient individuellement bien plus dangereux que le perceur qu'il avait produit.

    Elle ne semblait pas fatiguée le moins du monde par l'effort qu'elle venait de fournir.

    « Y avait-il un intérêt à ta démonstration autre que de simplement frimer pour me montrer à quel point tu es meilleure que moi ? » s'enquit Zorian. « Tirer autant de missiles, même les uns après les autres, épuiserait directement mes réserves de mana. Je ne suis pas près de répéter ce que tu viens faire. »

    « Heu, vraiment ? » demanda Taiven. « C'est vrai que je me disais que tes réserves de mana étaient importantes, comme celles de tes frères. Combien de missiles magiques tu peux lancer en une seule fois ? »

    « 11, » dit Zorian, ignorant volontairement la première partie de sa remarque. « J'ai commencé à 8, mais ça a un peu augmenté. »

    « Huit ? ! » s'exclama-t-elle. « Mais c'est quasiment en dessous de la moyenne ! »

    Zorian savait que ça ne servirait à rien de s'énerver sur elle. Taiven était comme ça. Elle ne réfléchissait pas avant de parler, et si l'on était dérangé par cela, il valait mieux ne pas lui parler du tout.

    « Ça veut dire que tu admets ta défaite, et qu'on peut retourner aux jets de billes ? » demanda-t-il avec une fausse bonne humeur.

    « Non ! » cria-t-elle. « Non, c'est juste… c'est juste que j'étais surprise, c'est tout. C'est vrai que je voulais en quelque sorte t'apprendre à lancer plusieurs missiles magiques avec une seule incantation, mais faut croire que ça te servirait pas à grand-chose avec des réserves aussi petites. Tu devrais privilégier la qualité de chacun de tes sorts plutôt que la quantité. Montre-moi ton bouclier et ton lance-flammes pendant que je réfléchis à quelque chose. »

    Après avoir essayé en vain de carboniser le mannequin, Zorian incanta rapidement un bouclier, pensant que sa simple existence serait une preuve suffisante pour Taiven. Apparemment non, car elle attrapa immédiatement une baguette de sort à sa ceinture et tira un petit projectile violet sur le bouclier. Zorian écarquilla les yeux, ne s'attendant pas à une attaque aussi soudaine, mais le projectile s'écrasa sans rien faire sur le plan semi-transparent de force et se dissipa en un petit nuage de fumée violette avant de disparaître sans laisser de trace.

    « Pourquoi t'as fait ça ?? » s'interrogea Zorian.

    « Je voulais juste voir si le bouclier tenait ou non, » lui dit Taiven. « Le sort est inoffensif, c'est juste un éclair colorant qui a un peu de force. »

    Zorian fut tenté de lui dire que son bouclier avait tenu bon face à un mage hostile qui avait essayé de le tuer, mais il ne pouvait vraiment pas faire ça. Il se contenta de lui lancer un regard agacé.

    Finalement Taiven admit qu'elle n'arrivait pas à trouver le moindre exercice, et recommença à contrecœur à lui lancer des billes au-dessus des épaules. Elle lui dit cependant clairement qu'elle allait demander de l'aide à ses parents dans les prochains jours, et que ce genre d'entraînement ne se répéterait pas. Zorian réussit à négocier au moins une heure de jet de bille lors de chaque session, en plus de n'importe quel plan fou qu'elle pourrait imaginer.

    Honnêtement, la magie de combat n'était qu'un centre d'intérêt secondaire en ce moment. Il commençait à réaliser qu'il ne pouvait pas continuer à faire des erreurs aveuglément. Même s'il désirait vraiment progresser dans ses études magiques avant de trouver une sortie, il ne pouvait simplement pas ignorer le danger que posait la possibilité d'un lien d'âme. Plus il resterait longtemps dans la boucle, plus il était probable que le lien s'active et commence à abîmer sa volonté et sa personnalité. L'attaque mentale qu'il avait subie récemment démontrait bien que même les boucles temporelles avaient leurs propres dangers, et il était irresponsable de les prendre à la légère.

    Il commença à former l'ébauche d'un plan dans sa tête. Il devait découvrir tout ce qu'il pouvait au sujet de la boucle temporelle : comment s'était-elle formée, comment fonctionnait-elle et comment pouvait-il en sortir. Aussi, quelle était la nature de sa connexion avec Zach ? Quel était le but de l'invasion ? La boucle ne pouvait pas être qu'une simple coïncidence si l'on regardait le timing. Pour obtenir des réponses, il allait avoir besoin de développer ses talents en divination, pour rassembler des informations, et en infiltration. Voilà où le plus gros de ses efforts allaient se diriger à partir de maintenant. Il prévoyait quand même d'apprendre d'autres choses, bien sûr, mais ces trois choses-là étaient la priorité.

    Il allait devoir terminer son semi-apprentissage à la bibliothèque et apprendre tous les trucs et astuces qu'il pouvait dans les contraintes imposées par la boucle temporelle. La bibliothèque de l'Académie était une ressource incroyable à sa disposition, et il était certain qu'il allait largement devoir l'utiliser s'il voulait trouver des réponses aux questions qui le hantaient. Pour l'instant, ses efforts n'avaient pas vraiment produit de résultats, mais c'était aussi probablement plus la conséquence de son manque d'autorisation et de talent en divination de livre qu'un vrai manque d'information sur les sujets en question. Il devait apprendre comment contourner les protections des sections sécurisées de la bibliothèque, ainsi que comment les rechercher rapidement une fois qu'il y avait accès. Kirithishli et Ibery étaient ses meilleures chances pour y arriver. Il allait postuler pour un poste dès le lendemain matin.

    Et, même s'il était un peu tard pour cela dans cette boucle, il devrait à nouveau impressionner Ilsa et choisir cette fois-ci comme centre d'intérêt la divination. Si Ilsa se montrait ne serait-ce qu'à moitié aussi motivée que Nora Boole, il pourrait très facilement apprendre sur le sujet qui était autrement très compliqué.

    Soudain, alors qu'il montait les escaliers de sa résidence, tout devint noir et il se réveilla avec Kiri lui sautant dessus en lui souhaitant bonjour. Apparemment, Zach était à nouveau mort. Seulement quelques jours après le début de la boucle, cette fois. Avec un peu de chance, Zach s'habituerait bientôt à ce qu'il essayait de faire, car être traîné dans un nouveau recommencement sans aucun avertissement allait être très ennuyant.

    Zorian apprendrait bientôt qu'il devait vraiment arrêter de tenter le destin avec des idées pareilles.

  • Chapitre 13 : (Teaser)

    Les yeux de Zorian s'ouvrirent brusquement lorsqu’il ressentit une douleur intense au niveau de son ventre. Son corps convulsa en essayant de lutter contre l’objet qui venait de tomber sur lui. Il était maintenant complètement et parfaitement éveillé.

    « Bonjour frérot! ». Il entendit une voix gaie mais agaçante provenir d’au-dessus de lui. "Bonjour, bonjour, BONJOUR !"

    Zorian poussa un grognement en repoussant Kirielle sans ménagement. La cinquième fois ! C'était la cinquième fois que la boucle s'arrêtait après seulement quelques jours ! Combien de fois Zach devait-il mourir avant de réaliser qu'il devrait se retirer et arrêter d'essayer pendant quelque temps ? Sérieusement, Zorian aurait réévalué son approche après le second essai…

    Il prit ses lunettes posées sur sa table de chevet avant de se diriger en toute hâte vers la salle de bains avant que Kirielle ne reprenne ses esprits. Ces recommencements courts et irréguliers étaient en train de ruiner tous les plans qu'il avait fait, sans parler du fait qu'ils le déconcentrait énormément. Il n'arrivait vraiment à rien faire de significatif, à part parcourir la bibliothèque à la recherche de textes utiles en attendant que Zach arrête de se suicider régulière. Qu'est-ce qu'il essayait de faire, au juste ?

    Il se dit qu'il ne devrait pas s'énerver sur le sujet… après tout, ça ne pouvait pas durer plus de 10 ou 15 recommencements, pas vrai ?

    Ouais… Ouais, ça devait être ça.





    « Salut Cafard ! »

    Zorian, sans rien dire, fit signe à Taiven de rentrer, avant de fermer lentement la porte derrière elle. Il voyait bien que sa vitesse d'escargot l'exaspérait un peu, mais il n'y prêta pas attention. Il essayait désespérément de gagner du temps en attendant de savoir quoi faire.

    Il voulait vraiment avoir une discussion avec les étranges araignées télépathes des égouts, mais ce serait de la folie d'y retourner maintenant. Il n'avait aucune garantie qu'elles se montreraient aussi 'amicales' que la dernière fois, et leur magie de l'esprit les rendaient dangereuses, même dans une boucle temporelle. Il avait besoin de trouver une méthode pour protéger son esprit avant de retourner dans le sous-sol de Cyoria, et il n'avait pour l'instant trouvé qu'un seul sort de protection qui protégeait l'esprit du lanceur dans les archives de l'académie. Malheureusement, c'était un sort qui bloquait absolument tout ce qui était relié à l'esprit, incluant les sorts de communication par la pensée. Il avait besoin de quelque chose de plus restreint que ça.

    Certes, il ne voulait pas redescendre dans le Donjon, mais cela ne voulait pas dire qu'il était heureux de laisser Taiven courir à sa perte. Il ne savait pas exactement pourquoi il s'en souciait. En effet, techniquement parlant, dans quelques jours tout serait réinitialisé et elle serait à nouveau en vie. Mais ça le gênait quand même, et comme il était forcé d'avoir cette discussion tous les quelques jours, il pouvait au moins essayer de trouver un moyen de la convaincre de ne pas y aller.

    Il ne pensait pas un instant que ça allait être facile. Taiven était probablement encore plus têtue que Zach.

    « Alors, Taiven, comment vas-tu ? » commença-t-il.

    « Heu, couci-couça, » soupira-t-elle. « J'essaye de trouver quelqu'un qui me prendrait comme apprentie, mais j'ai un peu du mal. Tu sais comment ça marche. J'ai réussi à convaincre Nirthak de me prendre comme assistante, c'est toujours ça. Tu n'aurais pas par hasard pris l'option combat non magique ? »

    « Non, » répondit Zorian avec enthousiasme.

    « Quelle surprise, » dit-elle en levant les yeux au ciel. « Tu aurais vraiment dû, tu sais ? Les filles –»

    « …adorent les garçons qui s'entraînent, oui, oui, » acquiesça tranquillement Zorian. « Qu'est-ce que tu fais ici, Taiven ? Tu as réussi à me trouver alors que je n'ai emménagé que hier et je n'ai jamais donné le numéro de ma chambre à quiconque. J'imagine que t'as utilisé une divination pour me retrouver ? »

    « Heu, en effet, » confirma Taiven. « C'est assez facile à faire, pour être honnête. »

    « Mais je croyais que ces chambres étaient censées avoir un certain nombre de protections ? » demanda-t-il.

    « Je suis certaine que ce n'est que des trucs basiques comme des protections anti-incendie ainsi que des champs de détection pour prévenir le personnel en cas de bagarre dans le couloir, et des tentatives d'invocation de démons, ce genre de chose, » dit-elle en haussant les épaules. « Bref, je suis ici pour te demander de me rejoindre moi et quelques autres personnes pour un job demain. »

    Zorian resta silencieux, patientant qu'elle termine son discours de vendeuse. Le travail était en fait lundi, pas le lendemain. Taiven avait une définition de 'demain' qui était assez différente de l'usage courant. Mais à part ça, son explication de la situation était plutôt honnête. Elle fit même mention qu'il y avait une petite chance de rencontrer quelque chose de vraiment mauvais, mais elle insista sur le fait qu'elle et ses amis étaient parfaitement capables de confronter n'importe quel danger qu'ils rencontreraient là-bas. Mais bien sûr.

    « N'importe quel danger ? » demanda Zorian d'un ton suspicieux. « Tu sais, il se trouve que j'ai lu pas mal d'ouvrages sur les espèces d'araignées magiques, et elles peuvent être vraiment puissantes. Une seule chasseuse grise est connue pour avoir massacré des groupes entiers de mages partis chasser, et elles ne sont pas plus grosses qu'un humain. Les araignées phasiques peuvent te sauter dessus sans que tu t'en rendes compte et t'amener dans leurs propres dimensions de poche personnelles. Certaines espèces ont même leur propre magie, avec à leur disposition de la magie de l'esprit. »

    La dernière partie était essentiellement un mensonge. L'écologie du Donjon était un mystère géant, même pour les mages qui se spécialisaient sur le sujet, et il y avait peu d'informations sur les monstres qui faisaient du Donjon leur maison. Ce n'était donc pas très surprenant qu'il n'avait rien trouvé sur des araignées apparemment conscientes et télépathes à la bibliothèque, même après avoir demandé l'aide d'Ibery et de Kirithishli.

    Était-ce juste lui, ou la bibliothèque académique était bien moins utile qu'il ne l'avait imaginé ?
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  • mec t as tellement trouvé une mine d or avec cette histoire XD merci pour le teaser
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  • Ouah je me suis enfilé tout les chapitres hier soir et ce matin et c'était un vrai plaisir à lire !
    Merci de nous avoir fait découvrir cette histoire !
    Bon courage dans ta traduction, vivement la suite !
  • L'aventure continue sur le site. Merci à ceux qui m'ont lu ici !
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