Rodh le voleur d'ombres.

Un petit présent à tous les lecteurs d'EdeN désœuvrés, attendant désespérément la sortie de nouveaux chapitres traduits : mon propre récit, Rodh le voleur d'ombres.
Le texte date un peu (beaucoup !) et mériterait une sérieuse relecture (et surtout un découpage de mes phrases de trois pieds de long xD ), mais je pense que cela suffira pour vous aider à patienter ;)
Enjoy !

Chapitre 1
Jour de marché

C’était le jour du Beau Marché à la ville Ekitow. La grande place, cernée de maisons au style architecturale typique du nord du pays avec les colombages bien mis en valeur, ainsi que les rues environnantes, tout cela s’était transformé en une mer de tissus bariolés aux formes tantôt géométriques, tantôt abstraites, protégeant les étales et leurs produits nombreux et variés. Tous les sens étaient grandement sollicités, les effluves des épices des plaines arides du Sundé portés par un souffle marin chatouillaient les narines et éveillaient l’appétit des passants, appétit qu’ils pouvaient satisfaire avec des succulentes espèces de fruits récoltés à la frontière de Drasyl, la légendaire forêt elfique. Au centre de la place, où se vendaient les articles les plus luxueux sous la surveillance d’une douzaine de gardes, les dames admiraient les soies de kapos, aussi légères qu'une brise et d’une douceur incomparable. Sur des tables voisines, fixés par des yeux féminins scintillant, des bijoux dont la beauté n'était égalée que par leurs prix miroitaient dans la lumière du soleil de midi. Sur un étal proche, des dagues et épées finement ouvragées intéressaient quelques hommes soudainement délaissés par leur femme. Venant d’une rue joliment pavée, de joyeuses notes de musiques voletaient dans l’air, harmonieusement tirées par un groupe de luthier sur leurs instruments d’une grande finesse.
L’ambiance du marché était féérique, et son opulence contrastait beaucoup avec la taille de la ville, tout à fait modeste. En effet, cet évènement très particulier n’avait lieu qu’une fois l’an dans chaque région, et se déplaçait à travers tout le pays. Le Marché Itinérant, parfois appelé le Marché des Miracles ou Beau Marché au vu de la qualité de ses produits, était une vieille tradition des Terres Blanches vieille de près de trois siècles. Il était né de l’initiative de quelques riches marchands de la capitale, voulant montrer l’image de luxe de leur ville, et surtout se trouver de nouveaux clients. Il était aussi marque de prospérité du pays, qui depuis la fin de la Grande Guerre cherchait à se faire connaître de par le monde.
La quiétude habituelle du village avait été effacée bien avant l’aube lors de l’installation des étales, mais soudain, malgré le tumulte ambiant déjà conséquent, une forte clameur se fit entendre à travers tout le marché. Quelqu'un cria.

  « Au voleur ! Attrapez ce gamin ! »
Sourire en coin et courant en zigzag à travers la foule, un jeune garçon était suivi des cris indignés des personnes bousculées et interrompues dans leurs discussions ou marchandages, ce qui le fit sourire encore d’avantage, et la douzaine de gardes des étales de luxes à ses trousses n’entamait en rien son bonheur.
Se heurtant à une foule trop dense, même pour lui, Rodh changea de direction et sauta par dessus une table d’épices. Gêné dans son mouvement par le coffret qu’il tenait sous son bras, bien lourd de monnaie et qui avait eu le malheur d’être laissé un peu trop en évidence, il se réceptionna avec quelques difficultés et renversa plusieurs bacs d’une poudre ocre. Il se releva, s'épousseta négligemment avant de reprendre sa course sous les jurons d’un marchand vociférant et d’une foule toussant - voir suffocant - au milieu d’un nuage des plus odorant et agressif pour le nez. Peu après il renversa un étale de produits frais, confectionnant une salade de fruits à même les pavés, que les hommes armés qui le talonnaient s’empressèrent de transformer en compote. Deux d’entre glissèrent et se retrouvèrent hors course.
Malgré sa grande vigueur son agilité sans pareil, Rodh perdait du terrain car la foule dense lui faisait barrage, et son passage à travers créait un chemin libre pour ses poursuivants. Un bref regard en arrière le fit douter un instant de lui ; serait-ce son premier échec ?
« Aies confiance en la chance, l’étoile veille » se dit-il comme à chaque fois qu’il se trouvait dans une situation délicate.
Et la chance lui souri, comme toujours. Rodh était bien quelqu’un de chanceux. Après tout, ce n’était pas n’importe quel gamin de treize ans qui pouvait exercer une activité de voleur depuis déjà longtemps sans la moindre erreur, ni même sauter sur le dos d’un cheval puis au dessus du chariot de fruits qu’il tirait avant de se réceptionner avec la grâce d’un félin, tout cela sous les yeux éberlués du charretier. Dans un ultime geste de provocation à l’intention des gardes coincés entre la dense foule et l’attelage, il se saisit d’une pomme, en prit une bonne bouchée avant de disparaître hors de leur porté dans le léger chemin que le chargement avait tracé à travers les passants.


Rodh courut jusqu’à sortir de la place, avant de ralentir pour arrêter d’attirer l’attention et se réfugia dans l’ombre d’une ruelle étroite, déserte et peu accueillante. Piétinant une eau sombre et nauséabonde qui avait visiblement du mal à s’évacuer, et sentant fort l’urine, il alla récupérer son sac caché derrière une vielle caisse de bois vermoulue, l’ouvrit et y glissa le coffret. Puis il s’introduisit dans un passage proche, large de deux coudées tout au plus. En légère pente, il devait servir en majeur partie à l’évacuation des eaux de pluies, mais était bouché par un tas d’immondice à son autre extrémité.
Ce goulet avait particulièrement intéressé le jeune garçon lors de son repérage la veille, les murs de paille et de terre des modestes bâtiments le formant avaient été rongés par le temps, les intempéries, le vent et le soleil, laissant le colombage suffisamment ressortir pour que, par endroit, on puisse aisément glisser les doigts pour pouvoir s’y agripper. Rodh enfila une paire de gant empruntée pour l’occasion afin de ne pas s’abîmer les mains, si précieuses dans son activité, car le risque d’échardes semblait important. Puis il commença à grimper, une main et un pied sur chaque mur.
L’ascension lui fut aussi simple que de grimper à une échelle, bien que le bois était humide voir pourri par endroit. Deux étages plus haut, il se hissa sur un toit presque plat, ce qui était très rare et montrait à quel point les bâtisseurs de cette maison avaient cherché à minimiser les coûts. Il s’en félicita. C’était bien la première fois que la pauvreté de certains s’avérait être une aubaine pour lui, lui qui préférait de loin la haute société, et surtout leurs richesses. Il s’allongea ensuite sur les tuiles craquées et moussues pour répartir son poids, le faîtage ne devait plus être tout jeune et certainement pas prévu pour se balader dessus. Il ôta son sac et en sortit la caisse de l’étal à bijoux. Il se demandait encore comment il avait pu s’en approcher si facilement, ses vêtements, certes de facture correcte ne ressemblait en rien à ceux d’une personne bourge et auraient dû éveiller la méfiance du marchand. Ce devait être son don à mettre les gens en confiance à la seule vue de son visage encore enfantin et souriant qui avait encore joué. Il se permit un petit rire de joie, sincère mais retenu, car tout n’était pas encore joué.
Il soupesa le coffret, qu’il jugea ainsi comme une très bonne prise, sa meilleure d’ailleurs et sûrement bien assez pour qu’il puisse enfin placer la barre encore plus haut. Rodh le retourna entre ses mains, admira un instant la qualité de l’ouvrage, sur lequel d’étranges glyphes étaient dessinés, et s’intéressa au verrou. Dans sa pochette à outil, il se saisit d’un petit crochet métallique qu’il utilisait pour tester la complexité des rares verrous auxquels il avait affaire, et voir ainsi s’il pouvait l’ouvrir par lui-même ou s’il devait le briser. Il était entrain de l’introduire dans le mécanisme lorsqu’il ressentit une très légère vibration se propageant à travers la cassette. Sans réfléchir, il la rejeta loin de lui.
Ce réflexe lui sauva la vie. En instant, le coffret fut recouvert d’étincelles le parcourant de part en autre, et parfois même s’aventurant sur le toit comme si elles recherchaient quelque chose, ou quelqu’un, brûlant la moindre saleté sur leur passage. Puis elles se dirigèrent vers le verrou et disparurent à l’intérieur aussi soudainement qu’elles étaient apparues.
Le cœur de Rodh battait la chamade sous l’effet de l’adrénaline, et ses yeux bleus abysses brillaient d’étonnement. « Un verrou magique ! » s’entendit-il s’exclamer à haute voix. Il comprenait désormais pourquoi le coffret fut si accessible, comme s’il était à offrir. C’était en effet un cadeau, mais un cadeau empoisonné.
Cependant, ce qu’il ne comprenait pas, c’était comment ceci pouvait encore être en circulation, car il y a plusieurs décennies, la magie avait été jugée dangereuse et discriminatoire par le roi lui-même, et son utilisation s’était vue interdite sauf si accord de la couronne. Tout ce qui s’en rapportait – ouvrages et objets enchantés - s’était vu confisqué ou détruit. Il avait devant lui un rescapé de la  ‘’chasse aux sorcières’’, nom donné à cette période néfaste, et donc d’une très grande valeur. Malheureusement, sans la clé il ne lui serait pas d’une grande valeur, et hors de question de retourner la chercher.
« Il me faudra le détruire, sans le toucher », pensa le voleur en le ramassant et le remettant dans son sac, après en avoir sorti de quoi se sustenter. Il grignota, couché sur la toiture, regardant vers le sud et contemplant l’étendu sans fin des plaines vertes, piquetées de-ci de-là par de petits villages fermiers. D’où il était il ne voyait pas le sien mais ce fut dans une place similaire qu’il naquit, qu’il passa son enfance, et que désormais il s’apprêtait à quitter, ce qui le rendit un peu nostalgique.
Perdu dans ses pensées, Rodh attendit patiemment que le jour décline et que les ténèbres dévorent les plaines et la ville, là où sous l’éclat lunaire il se sentirait enfin à l’aise.


Chapitre 2
Vive les ivrognes !

La nuit était tombée depuis de longues heures, tentant de draper la région de son manteau de ténèbres. Mais la vaste campagne lui résistait, forte de la lumière verte de la lune, qu’un ciel sans nuage ne pouvait stopper. Là-haut, le joyau émeraude, la Forêt Céleste dite Tematopay, étincelait fièrement dans le firmament, naviguant au cœur d’une traînée d’étoile qu’il ne quittait jamais, tel un navire porté par un courant stellaire.
Étendu sur un toit, Rodh contemplait ce ciel féerique. Devant ce spectacle de la nature, il se disait que parfois, les choses les plus belles sont celles que tous peuvent contempler. Du moins, c’était ce qu’il pensait jusqu’au jour où il apprit qu’il était un moyen de rendre ces points lumineux encore plus éclatants, un moyen qui arriva aux oreilles du garçon il y a de cela bien des années, un instrument que seul les rares mages légalisés, alliant leur savoir aux meilleurs artisans du verre savaient créer : l’astroloupe. Cet assemblage de lentilles et de magie était un des accessoires les plus onéreux qui puisse exister, infiniment hors de porté d’un enfant de campagne.
C’est en cela que le garçon aux yeux brillant enviait les riches, et pourquoi il comptait bien le devenir. Toutefois, il doutait que les possesseurs de cet objet qui le faisait tant rêver l’utilisaient vraiment, ce ne devait être pour eux qu’un moyen d’afficher leur fortune aux yeux du monde. Pour Rodh, ceux qui s’asseyaient sur des gens, les traitant comme des inférieurs n’étaient pas digne de contempler ce qui se trouvait au-dessus de leur tête. C’est en cela que le garçon aux yeux tançant en voulait aux riches, et pourquoi il comptait bien les démunir !
Il finit par sortir de ses pensées et retourna à sa contemplation. Une étoile filante passa, allant plein sud, lui rappelant sa prochaine destination, là où il jouerait enfin dans la cour des grands et où un glorieux futur l’attendait.
« La nuit est un paradis » songea-t-il, et ce fut sur ces mots qu’il se décida à partir.

La belle demi-lune, dans un ciel sans nuage, éclairait assez le décor pour lui permettre de se mouvoir aisément, et pour ses yeux habitués à l’obscurité, l’éclat émeraude de Tematopay était même presque trop fort. Il lui faudra donc oublier de compter que sur sa vue, qui ne serait pas un avantage par une nuit pareille.
La voûte céleste continuait de l’attirer mais il était temps pour lui d’y aller, la surveillance autour de la cité devait être désormais bien moindre que durant cette dernière journée, décidément des plus intéressantes. Ce fut dans un monde nimbé d’un halo verdâtre qu’il entreprit silencieusement la descente de son perchoir.
Il atterrit au sol, avec grâce et légèreté, et dans la ruelle nauséabonde où quelques rats rodaient entre les détritus, se rendit à un endroit à peu près sec et propre pour se changer. Installé sur de vieilles planches, il ôta ses vêtements de ville et sortit de son sac un ample pantalon noir ainsi qu’une veste tout aussi sombre. Il les enfila et abandonna son ancienne tenue dans un coin pour ne pas avoir à s’en encombrer, certainement connue de tous les gardes depuis son vol.
Il refit sa queue de cheval et cacha son visage derrière un tissu très léger, tel un voile sombre protégeant son visage du regard d’autrui. Il handicapait sa vision mais là était bien le but recherché, car ainsi il s’obligeait à stimuler et à faire bien mieux confiance à ses autres sens, l’ouïe principalement. Cela lui était d’autant plus utile que la lune était pleine, et que presque n’importe qui pouvait voir clairement par une nuit pareille.
Puis il fit quelques échauffements et étirements, en exerçant sa souplesse au maximum, car si jamais sa fuite tournait mal et qu’il se retrouvait coincé par des gardes, l’écart de force serait trop important, seul son agilité et sa vitesse pourraient lui sauver la mise.
Son corps était désormais parfaitement éveillé, tous ses sens en alerte. Il était prêt, prêt à quitter cette ville, et prêt à se lancer enfin dans sa grande aventure : la conquête de la capitale, où les biens des riches l’attendaient avec impatiente. Cette pensée, et l’excitation qui l’accompagnait toujours furent pour lui le signal de départ. D’un pas léger mais résolu, il quitta la ruelle et avança vers son avenir.

Rodh avait déjà parcouru les deux tiers du chemin le séparant de la campagne, où il ne courrait plus le moindre risque, tout cela sans rencontrer la moindre âme vagabonde. La chance lui avait encore souri jusqu’à là, la rue était déserte, pas le moindre passant, pas le moindre garde, et surtout pas le moindre ivrogne ou mendiant. Il n’avait aucun grief contre ces rebuts de la société, qui avaient pour la plupart eu une existence difficile, bien plus que la sienne. Cependant, ces personnes là ne choisissaient jamais la bonne place où dormir, toujours affalés où on ne s’attendait pas à les trouver, et surtout ils avaient souvent la sale tendance à parler et crier dans leur sommeil et à se réveiller de façon parfaitement imprévisible. Il en avait déjà fait l’expérience et ne tenait vraiment pas à la renouer.
Le jeune garçon approchait doucement d’un quartier de tailleur, qui signifiait bien des choses pour lui : tout d’abord, que la sortie de la ville était proche, et ensuite cela lui remémora sa première visite d’affaire à Ekitow.
Une des boutiques de vêtements, « L’Étoffe Céleste » au nom plus que prétentieux pour quiconque connaissant la qualité de ses produits, était tenu par artisan rondouillard, dont son manque total de talent, qu’il semblait par ailleurs assumer sans la moindre honte, n’avait d’égal que sa capacité presque magique à faire passer la plus miteuse des soieries pour une étoffe de rêve. Rodh, lors de ses nombreux repérages pour son premier grand vol, avait à force d’écouter discrètement l’individu, compris sa technique particulière de vente. C’était celle d’un bon marchand bavard et habile de sa langue qui propose un produit au nouveau venu le plus rapidement possible, puis qui se met a flatter le clients avec tant d’ardeur que ce dernier, enorgueilli par tous ces compliments en vient à en oublier l’article se trouvant entre ses mains, et repart sans même se rendre compte de son achat dans un état extatique d’admiration de soi. Et bien évidement, la boutique ne proposait aucun système d’échange ou de remboursement pour les clients, dont l’effet des flatteries venait de se dissiper, insatisfaits de leur achat.
Parfaitement conscient de la qualité médiocre de ses produits, le marchand semblait se sentir totalement à l’abri d’un vol, car mis à part sa vitrine clinquante, son établissement miteux était sans attrait pour un regard observateur. Mais sa façade avant, au colombage bien en évidence offrait pour n’importe quel grimpeur un accès facile aux appartements du premier étages, dont les fenêtres étaient laissées ouvertes toutes les nuits pour évacuer la lourde chaleur d’été. C’était porte ouverte pour une intrusion nocturne, et Rodh ne laissa pas passer l’occasion. L’ascension fut aisée, s’introduire sans bruit guère plus difficile. Seul les escaliers lui causèrent quelques soucis, le moindre grincement dans le calme nocturne semblait être un coup de tonnerre aux oreilles du garçon. Une fois dans la boutique, trouver la caisse ne lui prit que quelques minutes, suite de quoi il ouvrit le loquet de l’entrée, et ressortit comme si de rien n’était avec sous le bras son premier butin, modeste mais porteur de grandes promesses à ses yeux. Et depuis ce jour, les succès se sont enchaînés pour lui, le menant petit à petit, et sans le moindre faux pas vers ses rêves. Les étoiles veillent sur moi, aimait-il se dire, pour expliquer sa chance.
Perdu dans ses souvenirs, le jeune garçon fit preuve de manque de vigilance, et c’est au dernier instant qu’il entendit puis vit sortir d’une rue avoisinante deux gardes dont les protections et l’attirail faisaient pourtant un bruit plus que conséquent. Instinctivement, il se jeta dans une venelle, qui eut le bon goût d’être une impasse. Discrètement mais hâtivement, il tacha de se trouver une cachette, ce qui ne manquait pas dans le bric à broc qu’était l’endroit : sortie de service d’une taverne qui devait souvent connaître une animation agitée et musclée, chaises et tables brisées, ainsi que des tonneaux vides étaient entassés pèle-mêle. A l’odeur nauséabonde qui flottait dans l’air, il était clair que l’endroit permettait aussi aux clients un ayant trop bu de se vider la vessie, et aussi l’estomac au passage.
Rodh se dissimula derrière un meuble un peu plus imposant que les autres, une vieille commode brisée, qui le cacherait de la vue des veilleurs, si ces derniers se contentaient de jeter un œil au passage. Sa planque précaire ne résisterait pas à une fouille plus poussée. Mais qui regarderait dans un endroit aussi piteux et malodorant que cette ruelle. C’était sans compter la faune locale, en l’occurrence un rat solitaire et téméraire, que guettait en silence deux prunelles dorées et brillantes. Lorsque le jeune garçon aperçu et comprit le danger qui le menaçait, il était déjà trop tard, le félin bondit sur sa proie, laquelle lui échappa de justesse, et le chat dans sa précipitation percuta un amoncellement de débris en équilibre, qui lui dégringolèrent dessus dans un vacarme à réveiller les morts. Surpris, l’animal fit demi-tour et alla se terrer dans un coin au fond de la venelle, en totale opposition aux espérances de Rodh, qui aurait de loin préférer que cette satané boule de poile fuit vers la rue principale où les gardes auraient pu l’apercevoir et lui éviter ainsi une visite désagréable. Mentalement, il ajouta les chats à sa liste des gros dangers lors de ses virées nocturnes, en plus des ivrognes et des mendiants.
Depuis sa cachette, le garçon entendit clairement les gardes se rapprocher à pas rapides, s’interrogeant de la nature de ce bruit. L’un d’eux se demanda si ce ne pouvait être le petit voleur du marché, recherché dans toute la ville. Une épée se dégaina. L’affolement commençait à gagner l’enfant en question, qui avait l’impression que la chance l’avait abandonné. Mais en grand professionnel, ceci n’étant pas sa première situation délicate, il se reprit rapidement, et adressa une brève prière à ses étoiles gardiennes. En réponse à sa demande, il regagna confiance, avec la certitude qu’aussi longtemps qu’il croirait en sa chance, jamais celle-ci ne le laissera. Il attendit alors en silence dans son abri, l’esprit concentré et les muscles bandés, prêt à jaillir et fuir le plus vivement possible, face à des hommes entraînés, son seul avantage ne pouvait être que l’effet de surprise.
Les veilleurs pénétrèrent alors la ruelle, fouillant avec obstination le moindre recoin, avançant méthodiquement vers lui. Il était clair que ce n’était plus qu’une question de secondes avant qu’il ne soit découvert.
Mais soudain, en réponse à sa prière ou tout simplement chance exceptionnelle, un beuglement tout proche déchira la nuit :
« A boire ! »
Rodh et les deux gardes sursautèrent, et en réponse, un rot monstrueux se fit entendre. Ce que le garçon avait plus tôt pris pour un tas d’immondices était en fait un ivrogne passablement éméché pour dormir d’un sommeil si profond et silencieux qu’il puisse tromper sa vigilance, état particulier et parfaitement imprévisible, au réveil bien souvent impromptu. Pour une fois, celui-ci avait eu lieu au bon moment, et Rodh ne put que remercier ses étoiles qui l’avaient déjà bien souvent sauvé de nombreux dangers, et cette fois ci, sauvé de la catastrophe.
« Bien le bonjour mesd’moiselles, hips, z’avez pas une ch’tite bière pour moi ? Vous s’rez bien bon, je meurs de soif.. , fit l’ivrogne en interpellant les gardes, faisant un effort visiblement intense pour rendre ses paroles compréhensibles. Ces derniers se dévisagèrent, amusés et rengainèrent leurs armes. Puis ils s’en allèrent comme si de rien n’était, riant fort de l’assoiffé qui rampait désormais derrière eux, toujours dans l’espoir, avant de s’affaler et se rendormir .au bout de quelques mètres.
Sauvé de justesse, Rodh s’offrit un moment pour souffler et évacuer le stress. Aveugler par le passé et le sentiment de triomphe lié à sa dernière prise, il avait baissé sa vigilance, ce qui faillit lui coûter très cher. Il se maudit intérieurement de sa maladresse, jurant de ne plus céder devant l’orgueil et la vanité, ennemis naturels de toute personne talentueuse car l’enfermant dans un état de suffisance où le monde extérieur cesse alors d’exister. Le garçon comprit alors que c’était ce phénomène qui était à l’œuvre chez les riches et puissants, les rendant pègres et imbus d’eux même, méprisant tous ceux ne faisant pas partie de leur univers. Dorénavant il lui faudra faire attention à ce problème, faire attention à lui-même car un jour viendra où il entrera dans la cours des grands, et il était hors de question de finir comme ces individus pour lesquels il avait une telle aversion.
Quand il eut finis de se mettre en garde contre ce danger futur, il quitta sa cachette, glissa une pièce dans la poche de l’ivrogne, en remerciement de ses loyaux services. Quelques minutes plus tard, il sortit de la ville sans en regard en arrière, il ne comptait plus y remettre les pieds avant bien longtemps. Et le sac alourdit de son butin, il s’enfonça le cœur léger dans la vaste campagne, le ciel étoilé le guidant vers un avenir sans pareil.

Commentaires

  • Pas mal j'aime bien

  • Chapitre 3
    Le grand lornma

    L’aube nimbait un ciel moucheté de petits nuages d’une douce lumière matinale, le soleil levant pointait entre deux collines d’herbe blanche, les rendant éblouissantes. Les rayons rasant nimbaient la vaste campagne d’une lueur dorée, et les champs de kerosh commençaient à s’agiter, tournant leurs fleurs et feuille vers l’est pour profiter de conditions optimales dès les premières heures du jour, ondulant telles des vagues.
    C’était ce paysage féerique, se transformant en mer de verdure sous l’effet d’une brise naissante, que Rodh traversait déjà depuis de longues heures. Mais la nuit bien longue et riche en péripétie qu’il avait vécu rappelait durement au garçon qu’à son âge devrait être au lit depuis longtemps. Il avançait les yeux mi-clos, sans même profiter du magnifique spectacle de la nature. Sa marche lui semblait sans fin, il manqua plusieurs fois de trébucher et du se retenir de ne pas aller s’allonger au bord du chemin et s’y endormir.
    Heureusement, une fois passé une petite colline dont l’ascension fut particulièrement pénible, la vue d’une petite forêt coincée dans un vallon lui redonna de l’énergie, car elle signifiait que bientôt il pourra se coucher et profiter d’une bonne journée de sommeil. Ragaillardi par l’idée d’un bon lit il retrouva une allure normale, bien que traînant toujours des pieds.

    Peu de temps après il arriva à la lisière de la forêt et fut accueilli par les pépiements joyeux et matinal des oiseaux. Rodh ne les avait jamais entendu faire autant de bruit, peut-être était ce seulement la fatigue qui lui donnait cette impression, mais en tout cas une chose était sûr : s’endormir ne sera pas une mince affaire. A cette pensée, sa joie d’être presque arrivé en fut grandement diminuée, le garçon espéra juste qu’une fois à son repaire les gazouillis seront plus discrets, il ne voulait pas voir son humeur gâtée ainsi après la réussite de la veille.
    Suivant une piste qu’il avait lui-même aménagé, il s’enfonça vers le cœur de la forêt, où son pied-à-terre l’attendait, perchés dans les hautes branches d’un lornma, arbre magique autrefois répandu mais devenu une rareté depuis la « chasse aux sorcières », période où tant de ses semblables avaient péris dans les flammes à la demande d’un roi fou, qui dans sa crainte de la magie avait détruit presque tout ce qui faisait la fierté de ce pays.
    Lorsque Rodh arriva en vue de l’arbre, il ne put, malgré sa fatigue, s’empêcher de l’admirer. Au tronc aussi large que la maison de ses parents, il s’enroulait sur lui-même comme s’il cherchait à s’essorer et éclatait à plus de quinze mètres du sol en une myriade de branches larges et solides, certaines cherchant à atteindre le soleil, et d’autre à effleurer le sol. Tel un seigneur au milieu de ses gardes, le lornma trônait au centre d’une clairière, entouré de grands arbres se tenant à distance respectueuse, et qui faisaient écran comme pour le protéger de la vue des étrangers. Un agréable ruisseau serpentait dans l’espace dégagé, s’enroulant autour du maître de la forêt.
    Sous la légère brise matinale une feuille se détacha, et défiant le vent, chuta doucement vers le garçon qui lui tendit la main pour l’accueillir. Le rejoignant, elle lui caressa délicatement la joue avant de se poser un instant dans sa paume. Puis elle décolla, resta un moment devant Rodh comme pour lui faire signe de la suivre, suite de quoi elle repartit, le guidant vers l’arbre majestueux. Là elle attendit patiemment qu’il arrive avant de s’envoler et disparaître dans les frondaisons. L’arbre semblait heureux de son retour. En remerciement de l’accueil, le garçon posa une main sur le tronc et sentit alors une douce chaleur irradiée en lui. Une présence calme et discrète toucha son esprit, et en un instant, toute sa fatigue s’envola, un sentiment de bien-être envahit son être au point de le faire frissonner : le lornma lui souhaitait la bienvenue.
    « M’autorise-tu à grimper ? » demanda Rodh tout en caressant l’écorce.
    En réponse celle-ci se mit à se mouvoir, comme si elle coulait d’un endroit à l’autre, et forma sous les yeux de son invité une échelle incrustée certes rudimentaire mais solide. Le garçon, revigoré par le présent de l’arbre, commença son ascension et atteignit rapidement les plus hautes branches, là où dissimulée par le feuillage était installé une petite plateforme couverte. Il s’y hissa, déposa son sac dans un coin puis sortit d’un coffre une vieille couverture qu’il étendit au sol et sans plus de cérémonie s’y allongea et s’endormit.

    Le hululement lointain d’une chouette sortit le garçon de sa torpeur. Ce dernier se mit alors à se retourner sans cesse dans sa couverture, cherchant une position où il pourrait se rendormir rapidement, mais rien n’en fit, impossible de retrouver le sommeil. Il finit par se résigner, se releva et s’étira en grognant, faisant craquer ses membres endoloris par une position inconfortable, et enfin accepta d’ouvrir les yeux.
    Aveuglé par l’éclat extérieur, il eut tôt fait de les refermer. Etait-ce encore le jour, ou avait-il dormis bien plus longtemps que prévu ? Rodh laissa à ses yeux un moment pour s’acclimater, puis il retenta sa chance pour apporter réponse à sa question. Il fut accueilli par une multitude de tâches lumineuses bleutées, et l’esprit encore embrumé, mit du temps à interpréter le phénomène. Lorsque ses pensées récupérèrent un peu de clarté, il se rappela qu’il était dans les frondaisons du lornma, et que si ses feuilles brillaient il devait encore faire bien nuit dehors. Le garçon se leva et marcha jusqu’au bord de la plateforme. De là il effleura du doigt une de ces petites lumières bleues, qu’il irradia de plus belle de son magnifique éclat, éclat qui se propagea à travers l’arbre au point de devenir éblouissant.
    Cette manifestation lumineuse fit ressortir de l’esprit du garçon un souvenir doux-amer, d’un événement qui fut à la fois la plus triste et la plus magnifique de toutes ses nuits. C’est ici que mourut Menlo, le seul homme que Rodh eut jamais admiré, et c’est ici aussi qu’il assista à un miracle.
    Penser au vieil ermite récemment disparu, le seul ami qu’il eut pendant son enfance, était un supplice. Le garçon fut envahi de nostalgie en se remémorant tout ce qu’il avait fait pour lui durant des années. Il se rappelait très clairement le jour, ou plutôt la nuit de leur rencontre :

    C’était par une glaciale soirée d’hiver, Rodh alors âgé de six ans était sorti regarder les étoiles, profitant d’un air limpide et d’une vue magnifique sur la voûte céleste. Il fut sortit de sa contemplation par l’arrivée d’un individu encapuchonné, qui tentait tant bien que mal de se protéger de la morsure du froid en se serrant dans ses habits en haillons. L’inconnu remarqua alors la présence du garçon qui l’observait et s’approcha de lui à pas lents d’une démarche mal assurée, fatigué de traîner les pieds dans la neige.
    - Que fais-tu dehors tout seul à une heure aussi tardive mon petit ? Tu devrais être au lit. Et où sont tes parents ? demanda un visage ridé et fatigué, mais au regard ampli de sagesse et de gentillesse.
    - Je vous regardais boiter m’sieur, c’est marrant. Et vous, que faites vous dehors et où est votre lit ? répondit-il non sans répartie.
    - Je profitais d’un ciel magnifique pour une petite marche nocturne, fit l’homme amusé de l’effronterie du gamin. Mais tu n’as pas répondu à ma question, que fais-tu dehors ?
    - Je regarde les étoiles m’sieur, elles sont si belles. Elles brillent beaucoup ce soir, surtout la grosse là-bas, dit-il en la pointant du doigt.
    - Ah, tu dois certainement parler de Mérin, l’étoile du premier sage.
    - Mérin, c’est le nom de l’étoile ?
    - Oui petit, mais pas que. Mérin était aussi, d’après de très vieilles légendes Atohs, le tout premier individu de ce peuple aujourd’hui disparu à avoir reçu de Séra le don de magie, ce qui en fit pour de très nombreuses cultures l’étoile la plus importante du ciel.
    - Atohs ? Séra ?interrogea le jeune garçon, embrouillé par ces noms inconnus.
    L’homme ce mit alors à expliquer brièvement mais clairement ces deux termes. Séra, l’esprit de ce monde, offrit il y bien longtemps aux tribus Atohs, la première espèce intelligente d’Eleusia, le plein contrôle de la magie. Mérin, que les légendes rapportaient comme étant un puissant shaman, se vit offrir ce pouvoir le premier ainsi que le don et le devoir de le transmettre aux autres, ce qu’il fit lors d’un long voyage qui le changea profondément, lui apportant sagesse. Et à sa mort, son esprit se serait envolé et aurait rejoint le firmament, où il brille désormais d’un éclat sans pareil.
    Rodh écouta durant près d’une heure d’histoires et de légendes des temps oubliés, s’intéressant particulièrement à tout ce qui touchait le nom des étoiles, se nourrissant des paroles avec avidité, ce qui ne fut pas s’en étonner l’inconnu qui n’avait jamais vu un tel intérêt pour le ciel et le passé chez quelqu'un de si jeune.
    Lorsque l’homme se décida enfin à faire une pause, le garçon remarqua alors que tout deux frissonnaient, surtout le voyageur dans sa tenue déchirée. Il lui proposa alors de le conduire chez lui pour se mettre au chaud certain que ses parents n’y verraient pas d’inconvénient, ce qu’il accepta volontiers. Ils se mirent alors en route, parcourant dans la neige les quelques mètres qui le séparait de la maison.
    - Au fait m’sieur, je m’appelle Rodh.
    - Enchanté gamin, moi c’est Menlo.
    L’homme regarda un moment le garçon, d’un air pensif, puis finit par lui poser une question.
    - Dis moi petit, quel est ton rêve ?
    - Mon rêve ? Connaître toutes les étoiles du ciel, même celles que j’arrive pas à voir avec mes yeux. Je veux passer ma vie à les observer, et mourir sous leur regard.
    Il répondit le sourire aux lèvres, avec une innocence telle dans sa voix qu’il choqua le voyageur et le laissa perplexe, se demandant qui était ce gamin, et surtout ce qu’il allait devenir. Il lui expliqua plus tard que c’est ce qui le poussa à rester dans la région et à devenir d’une certaine façon le mentor du garçon.

    Durant les années qui suivirent, Menlo lui conta tout son savoir. C’est lui qui parla à Rodh de la fameuse astroloupe, instrument indispensable pour réaliser son rêve. Mais pour l’obtenir, il lui fallait acquérir deux choses : la richesse et la noblesse, chose impossible à réussir en une seule génération, c’est pourquoi il se donna jusqu’à ses vingt ans pour réussir, il ne pouvait s’autoriser d’attendre une vie entière. A l’aide des conseils de son mentor, il apprit à devenir maître de son corps, maître du décor, de la dissimulation et de l’observation, faisait rapidement de lui un jeune voleur talentueux. Menlo le renseigna de tout ce qui c’était passé à la capitale durant ces dernières décennies, et l’esprit vif et brillant du garçon encore bien jeune eut tôt fait d’y trouver une faille pour lui permettre d’atteindre son but. La probabilité de réussir était très faible, mais Rodh avait une parfaite confiance en sa chance, c’est pourquoi il s’attela aussi à se cultiver mentalement et socialement pour se préparer à une future entrée dans la haute société.
    Le vieil homme lui avait tout appris, et lui avait offert un moyen de réaliser ses rêves. Et pour la mémoire de son mentor, il se devait de réussir. Même si pour cela il aurait à s’incliner devant l’être qu’il haïssait d’une haine sans nom, le roi fou qui avait pris la vie de son seul ami…

    Lorsque Rodh finit par ressortir de ses souvenirs, l’éclat des feuilles déclinait déjà, signe que l’aube approchait. La rosée qui perlait sur l’arbre lui donnait un charme magique, qui attirait le garçon à lui. Il ne put s’empêcher de poser les mains sur une épaisse branche et partagea ses pensées avec le lornma, lequel y répondit en l’envahissant de son apaisant esprit. A travers cet étrange flux, Rodh sentit aussi une autre présence l’effleurer, différente et bien plus ténue : son mentor lui souhaitait une bonne journée.
    Après un bon moment de conscience partagé, le garçon rompit le contact. Une longue journée l’attendait, il avait un coffret à ouvrir et des affaires à préparer pour son grand départ.
    Il attrapa son sac, en sortit son précieux passager qui sonna agréablement lorsqu’il le posa au sol, puis fouilla pour trouver ce qui lui restait en nourriture. Il y trouva une demi miche de pain un peu écrasé, ainsi que des fruits dans le même état, mais ce n’était pas ce petit détail qui allait en changer le goût. De toute façon ses provisions il les avait eu gratuitement, emprunt à durée indéterminée fait lors de son repérage au marché. Il en mangea la moitié, gardant le reste pour le soir, puis se mit à ses exercices matinaux.
    Il commença par un entraînement physique où tous ses muscles y passèrent car être voleur impliquait d’être bon en de nombreux domaines, tel que l’escalade, le saut en longueur et en hauteur ainsi que la course et le slalome entre les passants et vigiles. Il ne s’arrêta qu’une fois son corps douloureux, et fit ensuite une séance d’immobilisme total dans diverses positions, capacité indispensable pour passer disparaître des yeux de ses poursuivants.
    Et après cette activité, qui contrairement aux apparences était bien plus éprouvante qu’une bonne séance de musculation, il passa aux étirements, cherchant à allonger son corps et ses membres des tous les sens, jusqu'aux limites des articulations. Le garçon n’avait certes pas la souplesse d’un contorsionniste, mais était bien au dessus de la normale.
    Pour finir il s’installa en tailleur, et fit le vide en lui pour étendre sa conscience de ce qui l’entourait. Rapidement, mais toujours pas assez à son goût, sa vue devint plus perçante, son ouïe plus fine et son esprit alerte, prêt à réagir à la moindre perturbation. Ses autres sens voyaient aussi leur acuité se développer, mais dans une moindre mesure. Il resta dans cet état un long moment, prêtant attention au moindre mouvement, au moindre bruit nouveau. Puis il revint à lui, caressa l’arbre pour qu’apparaisse l’échelle et descendit se baigner dans le ruisseau.
    Lorsqu'il se plongea dans l’eau fraîche d’un petit bassin creusé par le ruisseau, Rodh du faire preuve d’une grande volonté pour ne pas ressortir sur le champ tant le froid mordait. Il se força cependant à entrer complètement puis se frotta énergiquement, à la fois pour se réchauffer et se décrasser. L’eau, limpide en temps normal, ne tarda pas à se troubler et prendre une légère coloration brune, et encore, il n’avait pas lavé ses vêtements. S’il y avait bien une chose que son mentor avait échoué à lui apprendre, c’était la propreté, le garçon avait la sale tendance à toujours repousser l’heure du bain au lendemain. Il se fit la remarque qu’il lui faudrait quand même changer ce détail pour espérer avoir sa chance à la capitale. Suite de quoi il mit à tremper ses habits, et le résultat confirma tristement ce qu’il pensait de lui-même.
    Une fois sa lessive faite, il ressortit de l’eau, grelottant. Le soleil matinal qui pointait juste au dessus des arbres peinait à le réchauffer. En attendant d’être séché par le vent et l’astre du jour, il marcha un peu le long du ruisseau.
    C’est ainsi qu’il découvrit un rocher pointu qui perçait quelques centimètres au dessus de l’eau, situé juste sous sa plateforme. La veille, en quittant Ekitow, Rodh avait longuement réfléchi sur la manière de forcer le coffret. Le verrou magique l’empêchant d’utiliser ses talents pour le crocheter, il fallait le briser, mais le garçon se doutait que le moindre coup ne pouvait que produire le même phénomène que celui qu’il avait déjà assisté : une foudre miniature qui se mouvait telle un être vivant, à la recherche de l’intrus.
    Dès le début, il avait donc projeter de laisser tomber du haut du Lornma, mais il se souvenait de ce que Menlo lui avait appris à propos de la magie : l’électricité faisait partie de Doka O, le cercle de l’air, parfois dit cercle de la tempête. Il regroupait les sorts de hautes énergies, particulièrement instables. Du coup Rodh craignait que la destruction de la cassette n’entraîne une explosion qui en abîmerait le contenu. Mais là, avec le rocher qui saillait à fleur d’eau, le risque était bien moindre, les pièces chuteraient rapidement dans le ruisseau où elles seront normalement protégées d’une éventuelle hausse de chaleur. Cependant, il n’aura droit qu’à un seul essai.
    Fier de sa trouvaille, il enfila ses habits encore humides et se remplit les poches de tous les cailloux qu’il trouva par terre. Puis il remonta dans l’arbre pour trouver où le lâcher exactement.

    Après plusieurs tentatives, il trouva le point exact pour assurer une chute en plein sur la pointe rocheuse. Craignant que le poids, malgré la quantité importante de pièces, soit insuffisant pour briser le bois et le sort, il fixa sur le coffret une lourde pierre qui l’écrasera à l’impact.
    Quand il eut finis, il soupesa l’ensemble, et eut alors la certitude que son idée allait marcher. Il le fit glisser jusqu’au bord de la plateforme, le souleva et le positionna à l’endroit voulu au dessus du vide. Il veilla à bien le tenir horizontalement, il ne fallait surtout pas qu’il se retourne avant de toucher le rocher. Une fois sûr que l’impact aura lieu à l’endroit voulu et comme voulu, il lâcha le tout.
    La chute dura deux bonnes secondes, durant lesquelles Rodh retint son souffle. Puis le coffret toucha la pointe rocheuse, et explosa, deux fois.
    La première ce fut simplement sa destruction, qui envoya voler pièces et copeaux de bois en tout sens.
    La deuxième fut la plus violente et eut lieu un bref instant après. D’un seul coup toute l’énergie magique emmagasinée durant des années se libéra. L’explosion fut éblouissante, obligeant le garçon à se protéger les yeux. Suivit alors une forte onde de choc, qui souffla littéralement toutes les feuilles du Lornma.
    Rodh ne s’était pas attendu à un tel effet. Ce fut craintivement qu’il ouvrit les yeux, et avec effroi qu’il découvrit, tout d’abord l’arbre complètement dépouillé, aux branches mises à nues, et ensuite un cercle complètement calciné autour du rocher, coupé en deux par la rivière. Des éclairs grésillants couraient encore sur le sol, à la recherche d’un responsable. Ils disparaissaient progressivement, laissant derrière eux une traînée fumante dans l’herbe. De là où il était il ne voyait pas l’état des pièces.
    Quand ses yeux se reposèrent sur l’arbre, le garçon en fut profondément attristé. Il n’y avait plus une seule feuille, l’arbre devait vraiment lui en vouloir pour ça. Désolé, il posa une main sur l’écorce, pour tenter de s’excuser. Mais quand l’esprit du Lornma rentra en contact avec le sien, il ne ressentit aucune colère, au lieu de ça il eut l’impression d’avoir affaire à un enfant effrayé, voir même terrorisé. Il s’employa à le calmer à l’aide de pensées douces et aimantes, et se surprit lui-même en partageant le sentiment d’amour qu’il avait pour lui.
    L’arbre s’apaisa alors, et un léger bruissement se fit entendre. Rodh n’y prêta d’abord aucune attention, mais quand le bruit se fit plus important il regarda alors aux alentours. Et ses yeux s’écarquillèrent d’étonnement : le ciel avait disparu, remplacé par une nuée de feuilles qui voltigeaient et tout sens, se rapprochant peu à peu. Le garçon s’en retrouva rapidement entouré, elles tournoyaient telles un cyclone, dont il était l’oeil. Une étrange énergie s’instilla en lui, et il se sentit léger, très léger. Il avait l’impression de voler. Et quand il regarda à ses pieds, il se rendit compte que ce n’était pas seulement une impression, il flottait réellement au dessus du sol. C’était une sensation magique, tellement agréable. Il se surprit à rire et à pleurer en même temps. L’arbre répondait à son amour, mais le garçon comprit qu’il lui faisait aussi ses adieux.
    Durant un long instant de rêve, il resta ainsi, flottant en l’air dans un état de paix et de bonheur, son esprit unis à celui de l’arbre. Puis Rodh retoucha le sol, et ils se séparèrent. Les feuilles s’éloignèrent alors, et retournèrent s’accrocher à leurs branches.
    Il eut du mal à revenir à lui, tant le phénomène l’avait bouleversé. Et quand il y réussit enfin, ce fut avec le sourire qu’il s’attela à préparer ses affaires. Une longue route l’attendait, il était grand temps de partir.

  • Chapitre 4
    Le grand départ


    Malgré tout ses efforts, les pièces tintaient toujours dans le sac. Rod les avait pourtant emballées dans de nombreux petits paquets, enveloppés dans de nombreuses couches de tissus bien serrées, mais elles lui tenaient tête. Le garçon modifia alors sa démarche pour arrêter de causer de légères secousses au sac, et se retrouva à marcher presque en claudiquant. Au moins ça avait le mérite de fonctionner.
    Bah, qu’importe se dit-il, de toute façon ce n’était pas un problème pour le moment, et une fois qu’il aura rejoint le convoi du Grand Marché, si certains l’interrogeaient, il n’aurait qu’à prétexter une mauvaise chute. Avec un peu de chance et une ou deux grimaces de douleur bien réalistes, une âme généreuse lui fera une place dans sa carriole. Et au pire, avec une ou deux petites pièces, il aurait une place de choix. Il pouvait se permettre de dépenser de l’argent pour le trajet, la somme qu’il avait dans son sac était suffisante pour vivre modestement pendant quelques années. Et certainement plus d’une dizaine d’année pour des gens économes comme ses parents.
    Ses parents. Il ne les voyait plus très souvent, depuis que son père dans un brusque accès de colère l’avait frappé et mis à la porte, excédé des activités de son fils. Il était alors allé vivre avec Remlo, qui s’était installé au sommet du Lornma, arbre qu’ils avaient découvert quelques temps auparavant lors d’une excursion en forêt.
    Ses parents. Rodh ne les avait pas vu depuis bien longtemps et là il allait les retrouver pour leur dire adieu. Parfois il se demandait s’il n’était pas sans cœur pour les quitter sans le moindre remord. Cependant, ils avaient tenté de l’éloigner de ses rêves, et ça il ne pouvait leur pardonner. Et désormais il était prêt à aller les réaliser.
    Mais d’abord une petite visite à la famille Bernil s’imposait, cela faisait déjà un long moment qu’il ne leur avait pas donné de ses nouvelles, à leur grand bonheur. Il allait remédier à cela, et au passage remercier les autres habitants pour avoir fait preuve de gentillesse envers lui, malgré son début très peu discret en tant que voleur.
    Son village se profilait au loin, éclairé par la pale lueur lunaire. Il devait se dépêcher, l’aube approchait déjà.


    Son forfait fut accompli avant les premières lumières du jour, et l’argent redistribué équitablement à tous les villageois, qui n’allaient pas tarder à trouver un joli tas de pièces à leur perron. Rodh se doutait qu’ils comprendraient d’où venait l’argent, ici personne n’aimait la famille Bernil, et ailleurs non plus.
    Ces bourgeois, vivant d’actions qu’ils avaient dans différents commerces bien lucratifs, ne s’étaient installés dans cet endroit reculé de toute civilisation que pour se sentir puissants, dans le sens où ils y étaient les seuls riches. Et ils prenaient grand plaisir à l’afficher et le rappeler tous les jours à leurs pauvres voisins. Mais l’oseille n’achetait pas l’intelligence, et Rodh avait profité de leur côté distrait bien des fois. En été, il leur arrivait même à oublier de fermer la porte d’entrée, et le garçon en profitait comme à chaque fois pour opérer à une juste redistribution de richesses.
    Il était désormais temps d’aller voir ses parents.

    Une fois devant chez lui, petite maison de bois et de chaume à un unique étage, il sortit une clé de son sac et ouvrit la porte. Personne n’était encore levé. Il se mit alors à leur préparer le petit déjeuné, trouva une grosse miche qu’il tritura un moment pour y cacher une petite bourse. Il mit l’eau à chauffer sur le feu, et profita pour le raviver. Suite de quoi il s’installa sur une des trois chaises de la petite cuisine. Visiblement, malgré le fait de l’avoir mis dehors, ses parents espéraient toujours qu’il rentre à la maison, et qu’il y reste. Il avait décidément du mal à les comprendre.
    Sa mère fut la première à se réveiller. Elle entra dans la pièce, et quand elle l’aperçut elle se figea de stupeur, avant de se frotter les yeux pour être sûre de ne pas rêver.
    Cela faisait déjà tellement longtemps qu’il n’était pas revenu ?se demanda le garçon. C’était fort possible, a force d’avoir un rythme complètement décalé de la normale, il perdait rapidement la notion du temps qui passe.
    - Rodh, c’est bien toi ? Dis moi que tu rentres à la maison pour de bon cette fois.
    Sa mère avait un ton suppliant, qui émeut le garçon. Mais il ne pouvait rester, son destin l’attendait. Cependant, il ne dit rien sur ce point, ne voulant pas la vexer ou quoi que ce soit.
    - Bonjour maman, répondit-il simplement.
    Il y eut alors un long silence, que l’arrivé de son père brisa. Lui aussi était vraiment surpris de le voir, et semblait soulagé de le savoir entier. Il prit la parole d’une voix faussement sévère.
    - Tiens mais c’est notre garnement de fils. Alors, tu as enfin décidé de reprendre une vie normale avec nous ?
    Sa voix était chargée d’espoir, mais il savait pertinemment que c’était peine perdue.
    - Non papa. Je suis venu vous dire au revoir, je pars aujourd’hui même pour la capitale.
    - Donc finalement tu nous abandonnes, après tout ce que nous avons fait pour toi.
    - Je reviendrais, quand j’aurais atteint mon but. Et sachez que jamais je ne pourrais assez vous remercier de m’avoir mis au monde et élevé. Enfin après tout je suis votre fils, et un fils n’a pas à remercier ses parents de la sorte, mais à réussir sa vie. C’est donc ce que je vais faire.
    Ces paroles choquèrent ses parents, qui ne trouvèrent sur le coup rien à répondre. Le garçon cherchait par là à couper court toute discussion, il détestait les adieux.
    - Mais il est vrai que je vous ai causé beaucoup de tord.
    Il posa alors une petite bourse sur la table.
    - En dédommagement de tous ce que vous avez dû rembourser à mes première victimes.
    - Rodh, reprend ça. Quels parents accepteraient ça de leurs enfants ?demanda sa mère, outrée.
    - Je ne m’attendais de toute façon pas à vous voir accepter. Et il est temps pour moi de me mettre en route. Je vous dis donc au revoir, portez vous bien durant mon absence.
    Et le garçon se dirigea sans plus attendre vers la porte, qu’il franchit avec de se retourner pour la dernière fois :
    -Et juste une chose, non, en fait deux. Le pain est de la part des Bernil, évitez de le mordre trop fort. S’en suivit un petit silence, puis : Papa, maman, je vous aime !
    Et la porte de son ancienne demeure, il referma définitivement derrière lui, avant de s’élancer à pas vifs sur le chemin menant aux parages d’Ekitow.

    En quittant le village, il quitta par là même le personnage de garçon dur et insensible qu’il s’était forgé en prévision de ce moment, et ce fut d’un regard larmoyant, plein d’émotions et souvenirs qu’il observa la campagne et son passé.
    Enfin, il sécha ses yeux humides, et les porta vers l’horizon, où son avenir l’attendait.

    Chapitre 5
    La caravane

    - C’est pas bientôt finis ce raffut ! cria, du haut de sa maison, une dame âgée et visiblement agacée par l’agitation fort matinale des marchands. L’un d’entre eux tenta de lui expliquer que premièrement faire circuler des carrioles pleines à craquer sur des routes pavées n’était pas chose évidente, et qu’en suite ils devaient se dépêcher de rejoindre le gros de la caravane, qui se formait rapidement en sortie de la ville, s’il souhaitaient profiter d’une escorte.
    Une fois ses explications achevées, le contenu malodorant d’un pot de chambre lui fut offert en guise de remerciement, un fou rire se répandit dans la foule assistant avec grand intérêt à la scène, et les jurons commencèrent alors sérieusement à fuser.
    Des voisins, perchées à leurs fenêtres et qui semblaient habitués à cette situation tentèrent en vain de calmer la dame. Des paroles échangées dans la rue indiquaient qu’elle n’en était pas à sa première altercation, et une phrase sonnait de façon récurrente : « La vieille Maurinne a encore frappé ! »
    Au climax du litige, le marchand se proposa d’aller corriger cette vieille gâteuse. Mal lui en prit, l’intéressée, hors d’elle, dévala ses escaliers et se rua vers lui. L’homme qui s’attendait à voir débarquer une mamie décrépie fit alors face à une vraie lionne fulminante.
    Heureusement pour lui, des gardes de la ville, qui surveillaient le spectacle d’un air amusé depuis déjà un bon moment, se décidèrent à intervenir et à sauver le négociant. Il échappa donc aux foudres de la vieille Maurinne, mais en retour il dut faire face à la colère des marchands bloqués derrière lui dans la rue, et reprit donc la route en faisant profil bas sous les huées des habitants, bien que nul ne doutait qu’il bouillait intérieurement.
    Rodh, perché sur une grande pierre grossièrement taillée coincée entre deux bâtisses, qui avait autrefois servi à marquer une entrée de la ville, n’avait pas manqué une seule miette de la scène et avait participé à l’hilarité collective. Néanmoins, il ne pouvait s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour cet homme, car le garçon savait quelque chose que la foule ignorait, il savait que le marchand s’était récemment fait voler un coffre magique bien fourni de pièces sonnantes et trébuchantes qui devait beaucoup compter pour lui. Et qu’il n’était pas près de revoir.
    Soudain, la dernière victime du jeune voleur, alors qu’elle passait à proximité, se tourna vers lui. Rodh s’efforça de rester immobile tandis que le négociant le regardait, fuir ne ferait que le rendre suspect. Mais par sa chance, encore et toujours, le garçon fut sauvé. Il s’avérait que par rapport au marchand, il avait le soleil en plein dans le dos, et en devenait éblouissant et parfaitement méconnaissable. L’homme, aveuglé, baissa rapidement les yeux et les ramena sur le chemin devant lui. Puis il s’éloigna lentement d’un pas traînant.

    Rodh laissa encore la caravane filer sous ses yeux un long moment, jusqu’à ce que les derniers chariots se présentent. L’organisation du convoi était donc bien comme il l’avait présagée : de nombreux soldats à l’avant, suivis directement des marchands les plus riches et influents. Son ami, en faisait parti car le garçon y avait vus les armoiries du vendeur de bijoux sur plusieurs wagons. Cependant, au vu de la longueur du convoi, et au rythme où il avançait, il n’était pas près de les rattraper.
    Ensuite, au milieu du convoi venait l’utilitaire, comprenant le matériel des gardes, les réserves d’eau et de nourriture pour le trajet, ainsi qu’une cuisine ambulante. Le tout n’avait pas de grande valeur et n’était placé que sous surveillance légère. Ainsi notre jeune voleur était assuré de ne pas mourir de faim. Et bien qu’il n’était pas très social, l’endroit était aussi parfait pour se faire un peu de compagnie pas trop indiscrète, et espérer ainsi ne pas avoir à marcher sur l’intégralité du trajet, qui allait durer de nombreux mois.
    Enfin, dans la queue de la caravane se trouvait le reste des marchands, bénéficiant eux aussi d’une escorte, mais de dimension moindre. Si une attaque de brigands devait se produire, ce serait entre la zone utilitaire et les chariots de basse classe, afin d’aisément séparer le convoi en deux. Il décida donc qu’il s’installera au centre, au niveau des wagons cuisines, place la plus stratégique qui soit, en tous points de vues.
    Tous les chariots étaient sortis du village, le peloton de gardes refermant la procession se rassembla, puis se mit en route à son tour. Rodh descendit de son perchoir, et rejoignit la petite troupe. Il tenta de la dépasser pour rejoindre la caravane, en marchant d’un pas rapide, mais un des soldats le retint, gentiment, pensant avoir affaire à un jeune villageois :
    - Je suis désolé mon garçon, mais nous partons, tu ne peux pas nous suivre.
    - Mais mon père est là-bas, il est marchand, prétexta le garçon, visiblement offusqué.
    - Alors que fais-tu derrière, tu ne devrais pas être avec lui ? demanda l’homme, pas convaincu des propos de l’enfant.
    - Je regardais le marché s’en aller, répondit-il simplement.
    - Soit. Mais ton papa ne te cherche pas ?
    - Euh, non. Pourquoi ?
    - Parce que la caravane vient de se mettre en route, et il lui serait légitime de s’inquiéter, du moins c’est le rôle de tout père, fit le garde de moins en moins convaincu par le gamin, qui faisait au passage une légère grimace.
    Cependant, Rodh ne s’en inquiétait pas, bien au contraire, il avait mené le garde là où il le souhaitait, et il lui suffisait désormais d’une phrase pour faire de lui ce qu’il voulait. Et s’il grimaçait un peu, c’est qu’il réfléchissait sur quel ton répondre. Il décida que ce sera avec une grande sincérité, empli d’innocence et avec une pointe de tristesse, et finalement il se lança :
    - Mon père dit toujours que s’il pouvait me vendre, il le ferait, car je ne fais que manger son argent. Je ne pense pas qu’il soit inquiet, au contraire…
    Sa voix se perdit un peu vers la fin, et attendri instantanément le soldat. Ce dernier, à la fois satisfait et choqué de la réponse, lui adressa alors un sourire de compassion. Comme quoi l’argent ne faisant pas toujours le bonheur des enfants, bien au contraire, pensa-t-il. Si seulement il avait idée de la fortune qui se trouvait dans le sac du gamin, à un petit mètre devant lui, si seulement. Alors ce ne serait plus de l’apitoiement qu’il aurait aux lèvres, mais un mélange de colère envers le menteur, et surtout de convoitise et d’avidité malsaine.
    - Excuses moi de t’avoir embêter avec mes questions, je pensais que sincèrement que tu étais un villageois.
    - Malheureusement non, fit Rodh avec une petite moue.
    - J’imagine que ça ne doit pas être facile pour toi, mais je pense que tu devrais quand même retourner voir ton père. Et je pense aussi qu’on devrait se mettre à marcher, la caravane s’est déjà bien éloignée.
    En effet, ils n’avaient pas bougés depuis le début de leur discussion, et le convoi continuait à avancer sur le chemin, doucement mais sûrement. Ils se mirent donc en route, et continuèrent à parler tout en marchant.
    - Ne vous inquiétez pas, j’irais le revoir à notre prochain arrêt.
    C’était dans un mois, mais le garde décida de ne pas relever. Un petit silence se fit, avant qu’il ne décida de le rompre.
    - Dis-moi jeune homme, comment t’appelles tu ?
    - Ewan, et vous monsieur ? répondit le garçon sans hésiter. Heureusement qu’il s’était entraîné il y a longtemps avec l’aide de Menlo. Il était désormais capable d’adopter instantanément n’importe quelle personnalité qu’il avait préalablement préparée.
    - Tu peux m’appeler Sari. Et pas besoin de me donner du ‘monsieur’, je suis encore trop jeune pour ça.
    Le garde lui répondit avec un grand sourire. Et en effet, Sari ne devait pas avoir bien plus de la vingtaine. Contrastant avec son corps solidement bâti par sa profession, bien qu’un embonpoint léger se faisant remarquer entre les différentes pièces de tenue venait entacher un peu sa carrure musclée, son visage et regard étaient des plus accueillants et jovials.
    - D’accord monsieur, je vais essayer, répondit Rodh, avec un peu air malicieux.
    Sari regarda d’un œil amusé ce gamin qui se moquait ouvertement lui, et ne put s’empêcher d’en rire. Le garçon fit de même, et ainsi scella le début d’une amitié qui allait apporter de la joie et de la bonne humeur pour tout le reste du voyage, et qui plus tard par un heureux hasard, redonnera de son éclat à tout le pays.
  • Verdict (roulement de tambour) est c'est un 100\100 génial
  • Bon, vu que je n'aurai pas trop le temps d'avancer sur la trad d'Against The Gods avant un bon moment vu toutes les soirée qui m'attendent pour cette rentrée, je compense avec des nouveaux chapitres par ici :


    Chapitre 6
    Compagnons de voyage

    A la lumière d’un feu de camp, celui des gardes de la caravane, deux silhouettes tournoyaient l’une autour de l’autre. De leurs mouvements, on aurait dit une danse étrange, peut-être en l’honneur du ciel étoilé resplendissant. Et un fracas répétitif de bois frappant du bois apportait un rythme entraînant et sauvage à ce spectacle, tel les percussions tribales de deux clans s’en allant en guerre.
    Rodh leva son bâton au dessus de sa tête, et para de justesse le coup assené par son adversaire. Une fois l’attaque bloqué, il repoussa l’arme de son opposant et tenta un contre vers ses jambes, profitant de sa petite taille. Mais Sari esquiva aisément l’assaut du garçon d’un saut en arrière, puis s’arrêta pour laisser le jeune homme exténué reprendre son souffle.
    - Bien tenté Ewan, mais ça manque encore de conviction. Si tu ne viens pas avec la réelle intention de faire mal, tu ne me toucheras jamais.
    - Facile à dire, contrairement à toi je n’ai pas pour intention de devenir garde royal, réussit-il à répondre.
    Il était tellement essoufflé que les mots qui sortaient de sa bouche ressemblaient plus à des râles qu’autres choses. De la sueur coulait à flot sur son visage et le long de son corps d’enfant, encore frêle, mais tonique.
    Rodh possédait tellement d’énergie et de volonté d’en découdre que Sari lui-même, malgré son entraînement, commençait à fatiguer et transpirer. Le garçon l’impressionnait vraiment, il avait plus de ténacité que nombre de soldats avec qui le jeune garde avait put croiser le fer, et un talent inné qui contrebalançait largement son manque d’expérience.
    - Alors Sari, on se repose déjà ? Je suis sincèrement déçu, je m’attendais à bien plus de la part d’un garde royal ! Fais attention, ou tu vas finir par perdre.
    Piqué au vif, l’intéressé se jeta sur le garçon, et d’un geste vif le désarma et le fit chuter. Et avant que Rodh n’eut le temps de comprendre ce qu’il se passait, il se retrouva au sol avec un bâton posé sur sa gorge.
    - Qui c’est qui a perdu, jeune prétentieux ? demanda le vainqueur avec le sourire, après une rapide pause.
    Et pendant ce court instant, Thomas, un adolescent qui avait assisté au duel, avisa l’arme de Rodh qui était tombée près de lui et vis en elle son moment de gloire. Il la ramassa et s’approcha discrètement de Sari. Puis lui piqua légèrement la pointe du bâton dans le dos.
    - C’est toi ! s’exclama-t-il.
    Profitant de la surprise du garde, Rodh lui fit lâcher son arme d’un coup sec sur le poignet, s’en empara et le menaça à son tour. Et il ne put s’empêcher de narguer un bon coup sa victime :
    - Qui c’est qui répète toujours de surveiller ses arrières.
    - Et son derrière ! rajouta son comparse en plaçant un léger coup au lieu dit.
    Bien que jeune, le soldat avait déjà livré plusieurs combats contre des bandits et s’en était à chaque fois sorti victorieux. Ainsi, la défaite cuisante et humiliante qu’il venait de subir, de la part de deux gamins qui plus est, était un affront impardonnable et qui demandait réparation immédiate. Il désarma alors sans ménagement ses deux agresseurs, leur saisit les poignets et quitta le campement en traînant derrière lui une paire de gosse gesticulant qui méritaient une bonne correction. Puis ils disparurent dans la nuit, sous les rires d’autres gardes ayant assisté à la scène.

    Une heure plus tard, les deux garçons étaient blottis dans des couvertures près du feu, tandis que leurs vêtements séchaient lentement, étendues sur des branches. Sari quand à lui, une fois satisfait de sa vengeance, les avait laisser pour faire son tour de garde.
    Thomas, après être revenu de sa baignade involontaire, et s’être changé et installé, s’était immédiatement endormi.
    Rodh, tout en regardant les étoiles, écoutait son voisin ronfler légèrement. Tant de chose s’était passés depuis le début du voyage il y a de cela quatre semaines. Malgré le fait qu’il utilisait constamment une fausse personnalité pour se protéger des autres et éviter de se lier réellement à eux, le garçon encore jeune qu’il était, après des années de solitudes et d’escapades nocturnes avait un terrible besoin de compagnie, et eut tôt fait de considérer Sari et Thomas comme des amis, de très bons amis. Puis il déconnecta de ses pensées et s’endormit.

    Sari, avait été le premier des deux. Soldat aspirant à devenir garde royal, le titre le plus noble que pouvait espérer quelqu’un de son rang, il était un jeune homme d’une nature généreuse et humble, sauf visiblement dans la défaite, quand celle-ci était causée par deux gamins. Après leur rencontre le jour du départ, il s’était rapidement attaché à Ewan, se comportant comme un grand frère pour lui. Cet enfant, prêt à rejeter ses origines pour un peu d’aventure, fuyant son avare de père, semblait le fasciner.
    Et cette fascination n’avait fait que de croître, surtout depuis le soir ou par mégarde, le garçon avait bu dans la gourde de Sari, qui était loin de ne contenir que de l’eau. Les joues soudainement rougies par l’alcool, il avait provoqué le garde en duel, ce qu’il avait accepté volontiers, sans prendre la chose au sérieux. Ils s’armèrent tous deux d’un bâton d’entraînement et commencèrent leur duel.
    Le jeune soldat fut rapidement amené à reconsidérer ses préjugés sur Ewan. Ses coups avaient déjà une force surprenante pour son âge, mais surtout une souplesse impressionnante, qui mélangée au contenu de la gourde, rendait les mouvements totalement imprévisibles. Il était clair que son adversaire entretenait déjà son corps avec soin. En addition à cela, le garçon semblait posséder un véritable talent de duelliste, ou une chance tout simplement hors du commun, voir les deux : il avait esquivé de justesse trois attaques pourtant tout simplement imparable pour quelqu’un d’inexpérimenté, une fois en se baissant pour se gratter la jambe, les deux autres fois en trébuchant maladroitement. Sari avait presque dû se mettre à se battre sérieusement afin de désarmer son opposant.
    Certain du potentiel d’Ewan, il avait donc proposer à ce dernier de lui donner des leçons durant son temps libre. Ce dernier avait fait preuve de progrès fulgurants en l’espace de quelques semaines. Cependant, Sari se devait de l’admettre, il était bien plus facile à battre durant les séances d’entraînement qu’il ne l’avait été ce fameux soir.

    Thomas quand à lui était un garçon de cuisine, de deux ans l’aîné d’Ewan. Son père l’avait obligé à rejoindre la caravane afin de le faire voyager un peu et découvrir le pays. Cependant, son travail, consistant à faire la vaisselle à longueur de journée ne le passionnait pas plus que cela, il avait donc pour habitude de vagabonder et observer ce qui se passait autour de lui. C’est ainsi qu’il rencontra Sari et Ewan, alors qu’ils étaient au milieu d’une joute, qui malgré l’issue évidente poussait à l’admiration devant la ténacité du plus jeune des combattants.
    Il se surprit à revenir les voir dès que l’occasion se présentait, et malgré sa timidité, fut rapidement intégré au groupe. Garçon un peu simple et ingénu, il n’en était pas pour autant mauvaise compagnie, et apportait constamment un vent de bonne humeur et de fraîcheur. Mais ce pour quoi il était le plus apprécié, c’était pour sa place dans les cuisines, qui lui permettait souvent de ramener des restes, et ainsi compléter les repas certes gratuits mais parfois frugaux fournis à tous ceux faisant parti du convoi. Et comme ce genre d’activité n’était pas vraiment toléré par les cuisiniers, il aimait bien se faire appeler ‘le voleur’ ou ‘le méchant du groupe’, ce qui intérieurement faisait bien rire Rodh.

    De retour de son tour de garde, Sari s’installa près des deux garçons assoupis, qui bien que des tentes étaient à disposition de tous, préféraient dormir à la belle étoile. L’aube approchait déjà.
    Cela faisait bientôt un mois qu’ils voyageaient, et la fatigue commençait à s’accumuler. Mais heureusement, ils devaient arriver à Luriba le lendemain en mi-journée, et là-bas le jeune homme pourrait enfin se détendre un bon verre à la main, et profiter d’un vrai lit. A cette pensée, il rejoignit les deux garçons dans le sommeil.


    Chapitre 7
    Luriba

    Au terme d’une matinée de marche sur un chemin de terre qui était peu à peu devenu une route bien entretenue, la caravane arriva en vue d’un château. Perché sur une colline un peu plus grande que ses voisines, il marquait l’arrivée prochaine à Luriba et faisait office de phare pour les voyageurs. Du haut de son unique tour, il surveillait la région, bien que sa stature plutôt modeste à l’image de la région ne devait guère impressionner les brigands qui sillonnaient l’endroit.
    Vergosaxe, le comte des territoires avoisinants, nommés le Comté du Lary, était réputé pour être un homme modeste et discret qui ne quittait que très rarement le château. En même temps, sa présence était rarement requise car la région, recluse et ne vivant que de culture et d’élevage, était bien peu peuplée et des plus calmes du pays. Même Luriba, ville de sept milles âmes dont il avait entière responsabilité se suffisait bien souvent à elle-même.
    Et pour cause, elle était dirigée par un conseil de marchands et de citadins respectables et respectés, bien plus proche du peuple à même de régler les problèmes internes que le comte. Du coup celui-ci ne se déplaçait que pour s’occuper des problèmes frontaliers et bien évidement de la part des impôts lui revenant, part qu’il définissait toujours de façon très raisonnable. Cette modestie lui valait un grand respect de ses citoyens, qui voyaient en lui un dirigeant idéal, laissant la région à ses habitants et s’occupant simplement de politique extérieure.

    Une fois le château passé et au détour de sa colline, le terrain se fit moins vallonné, et les premières maisons de Luriba s’offrirent au regard des voyageurs. Aux murs à colombages, elles étaient du même style architectural que celles d’Ekitow, et les grands terrains les entourant les apparentait plus à des fermes qu’une demeure citadine. Cependant, à mesure que le convoi avançait, les bâtiments se resserrèrent jusqu’à entrer en contact les uns avec les autres et ainsi former un véritable rempart. Quant à la route, elle passa, lors de la traversé de cette enceinte, de terre damée à des pavés, de formes irrégulières mais arrangés de façon bien plane et sur lesquels les chariots devinrent subitement plus aisés à tirer.
    Ce changement marquait officiellement l’arrivée à Luriba, et déjà des petits groupes se séparaient de la caravane, histoire de retrouver de la famille, ou tout simplement d’aller se désaltérer à un bar. Quant aux autres, ils continuèrent leur route, et à mesure qu’ils avançaient vers le centre de la ville, une foule grandissante de curieux s’amassait autour d’eux. Et cela n’avait rien d’étonnant, pour une ville aussi calme l’arrivée du Grand Marché ne pouvait que provoquer une véritable agitation, et de l’excitation à l’idée des divers produits que les habitants pourraient découvrir sous peu.
    Rodh accompagna la caravane jusqu’à la grande place au centre de la ville, énorme espace pavé où trônait un imposant bâtiment. De forme hexagonale, il était uniquement constitué de pierre, fait rare car un tel édifice coûtait une vraie fortune. A chaque coin se trouvait un énorme pilier qui devait monter à plus de trente mètres, soutenant une coupole. Et le regard observateur du garçon lui indiqua qu’ils avaient un jour dû être bien plus hauts, car leurs sommets présentaient un contour irrégulier, comme si un morceau avait été ôté de façon pour le moins grossière. Rodh suspectait que des statues ou sculptures en avaient été arrachées, probablement des symboles religieux dont le roi dans sa folie narcissique avait fait supprimer.
    Alors qu’il s’approchait de ce qui avait un jour certainement été un temple, le jeune voyageur remarqua qu’un des trois piliers dont il pouvait apercevoir la base possédait une ouverture laissant passer une rivière. C’était bien la première fois qu’il voyait un cours d’eau être intégré de telle manière dans un bâtiment. Et les bords du passage ravagés au burin laissèrent penser au garçon que cette entrée d’eau devait être richement décorée et avait une signification allant bien au-delà de l’aspect pratique.
    Perdu dans ses réflexions sur l’origine de cet édifice, Rodh ne rendit pas compte qu’il y pénétra. En effet, les portes situées entre chaque piler étaient si larges que dix hommes pouvaient sans problème se tenir alignés sous l’encadrement, lequel avait aussi subi les ravages du burin. Et en raison de vastes ouvertures dans le mur, d’où saillant encore des morceaux de verres colorés, vestiges d’anciens vitraux, l’intérieur était presque aussi lumineux que l’extérieur. Le garçon sorti cependant de ses pensées à cause du bruit ambiant, l’acoustique du lieu rendant le moindre son plus fort.
    Il balaya alors l’endroit du regard et fut impressionné par la taille du bâtiment, qui une fois dedans semblait bien plus grand. Puis ses yeux se portèrent sur le centre de cet espace, où se trouvait un ensemble de fin piliers qui soutenaient la coupole et entouraient tels des gardes autour d’un lieu sacré un discret bassin alimenté par la rivière.
    Tandis que les marchands s’affairaient déjà à délester leurs attelages de leurs marchandises, le garçon continua à tourner en rond dans l’édifice, se demandant à quoi il avait pu ressembler par le passé, avant que la folie du roi ne l’atteigne et ne le mutile, le transformant en simple place de marché couverte. Et sans que Rodh ne s’en rende compte, l’après midi passa et la nuit arriva.
    Les gardes du convoi firent alors évacuer l’intérieur du bâtiment, temporairement transformé en entrepôt. Le garçon fut donc contraint de quitter l’endroit et rejoignit Ewan au camp de garde installé juste à côté sur le vaste espace pavé. Son ami lui avait proposé de partager sa tente, ce qu’il avait volontiers accepté. Et après un repas copieux offert par la ville en guise d’accueil, et un petit moment à regarder les étoiles, il alla sans plus tarder se coucher.

    Durant les jours qui suivirent, Rodh vagabonda, tantôt à travers le marché, tantôt à travers le village. Cependant ce dernier n’était pas d’un grand intérêt, car les habitants l’avaient déserté au profit des richesses et des biens étalés sous le grand dôme de pierre.
    Il gravit toutefois la haute colline marquant l’entrée de la ville et s’aventura jusqu’au château. Mais l’accès à ce dernier était interdit au publique, le comte Vergosaxe tenant à bien marqué son éloignement par rapport aux affaires et à la gestion de la région, vivant tranquillement des taxes entre ses quatre murs. Du coup, après cette déception, le jeune garçon focalisa toute son attention et son énergie sur l’activité qui régnait autour du Grand Marché.
    Il y découvrit que le produit le plus convoité par les marchands itinérants était une certaine espèce de courges, qui à ce qu’il put comprendre servirait de monnaie d’échange une fois à Luriba, pour obtenir des bijoux auprès des Gomns. Ces dernières informations laissèrent Rodh perplexe : qui étaient les Gomns, et surtout qui était assez fou pour échanger des biens d’une telle valeur contre de simples légumes ? Cependant, il ne creusa pas particulièrement la question, se disant qu’il comprendrait bien une fois arrivé à leur prochaine destination.
    A force de déambuler à travers les différentes allés du marche, le garçon finit par connaître comme sa poche l’organisation de ce dernier, ainsi que du dôme en général. Et c’est ainsi qu’il remarqua une chose mystérieuse : des personnes semblaient disparaître ou apparaître de nulle part au beau milieu de la foule, comme par enchantement. Cela ce passait toujours au même endroit, dans une allée terminant en cul-de-sac contre le mur du dôme, là où sortait du sol un de ses six piliers majeurs. Il se mit alors en tête d’y apporter une explication rationnelle.

    Après plusieurs heures à guetter discrètement à l’entrée de l’allée, Rodh remarque finalement un individu au comportement suspicieux. En effet l’homme habillé d’une soutane brune à capuche s’y engouffre et une fois près du mur jette des regards inquiets tout autour de lui. Une fois rassuré que tous les yeux des personnes dans son entourage sont rivés sur les différents étals, il s’engouffre derrière le pilier et y disparaît.
    Le garçon attend quelques instants avant de quitter son poste d’observation, en l’occurrence le piédestal d’une statue brisée, et se lance finalement sur les traces de l’individu. Se souvenant des précautions que l’homme avait pris avant de s’engouffrer entre le mur et le pilier, Rodh se dit qu’il devait avoir d’importants secrets à garder, et fit dont de même avant de disparaître dans le mince espace.
    Mais alors, là où il espérait trouver une porte, trappe ou ouverture d’un autre genre, il ne vit rien, simplement des parois de pierre. Il inspecta alors les murs avec minutie, espérant y trouver un mécanisme ou une légère rainure indicatrice d’un passage, mais ne trouve rien. Cependant il remarqua qu’à un endroit le mur était plus sombre, et avant un aspect brillant, un peu gras, du fait d’avoir certainement été souvent en contact avec quelque chose.
    Rodh y posa alors sa main, et ce qu’il ressentit le surpris grandement. Des fourmillements lui parcourir tout le bras, d’une façon qui n’était pas sans lui rappeler ses contacts avec le Lornma. Il projeta alors son esprit dans la pierre, comme il le faisait dans le bois de son ami, demandant à ce qu’il puisse passer. Et sous ses yeux, un contour rectangulaire se forma à l’arrière du pilier, dont la paroi commença alors à s’enfoncer à l’intérieur de celui-ci, jusqu’à dévoiler un étroit et sombre escalier descendant dans le sol.
    Sans plus se poser de questions, il s’y engouffra. Derrière lui le passage se referma, mais les murs émettant une pâle lumière lui évitèrent une descente dans l’obscurité. Après avoir dévalé quelques centaine de marches, l’escalier se termina, laissant place à une impressionnante salle.
  • Pas le temps actuellement de traduire Against the Gods, du coup pour m'en excuser et vous faire patienter, voici de la lecture supplémentaire.



    Chapitre 9
    Kadira, la déesse oubliée

    Surpris, Rodh se releva et se retourna en sursaut. Un homme vêtu d'une soutane bleue claire lui faisait face. Ils se dévisagèrent, et simultanément demandèrent :
    - Qui êtes vous ?! 
    Mais, tandis que le garçon avait pris un ton farouche, celui de son interlocuteur vibrait d'un mélange de frayeur et de respect, ce qui, additionné à un visage ridé par les années eut tôt fait de calmer Rodh. L'homme fut le premier à répondre, et cela d'un ton bien plus posé :
    - Je suis Ernès Vergosaxe, père du seigneur Alto Vergosaxe, maître de ce comté. Je suis aussi grand prêtre au service de la déesse. Et toi, jeune fouineur ?
    - Rien que ça ? Moi je suis Rodh, voleur à plein temps, futur noble et astrologue renommé. Ah, et ajoutez sur votre liste que je suis celui qui rendra ce pays à lui même. Cela en toute modestie, votre altesse.
    Devenant une telle effronterie, Ernès ne put s'empêcher de sourire. En temps normal il tirerait bien les oreilles de ce garnement afin de lui essayer un peu le respect, mais là sa curiosité était piquée à vif, il avait assisté à des événements exceptionnels, et même les paroles du garçon l'interloquait. Surtout un passage en particulier. Mais l'endroit n'était pas propice aux discussions.
    - Suis moi gringalet. Ce lieu est sacré, je ne tiens pas à ce que tu le souille d'avantage de tes paroles.
    Rodh obtempéra sans discuter, l'individu avait fait preuve d'une grande sincérité, presque de folie en dévoilant son appartenance au culte de Kadira malgré son rang social, il était donc digne de confiance aux yeux du garçon. Et il devait avouer qu'en plus de cela, il l'amusait et lui plaisait fortement.
    Ils s'éloignèrent du centre de la grotte, quittèrent la zone des bassins et se dirigèrent vers une faille dans la paroi. Ils s'y faufilèrent et se retrouvèrent ce coup ci dans une autre caverne, certes naturelle, mais clairement réaménagée. La roche avaient été taillée, afin de former une pièce relativement circulaire et régulière, où des stalactites pendaient toutefois du plafond. Au centre se trouvait un bassin rempli d'une eau incroyablement lumineuse, assurant l'éclairage, et sur les murs de pierre se trouvaient d'innombrables gravures.
    - Cette salle est un trésor de notre pays, deux cents mètres et deux cent mille ans d'histoire. Je te prie de la respecter.
    Curieux, et n'écoutant le vieillard que d'une oreille, Rodh se dirigea directement vers les gravures la plus proche, commençant à sa gauche, et qu'il pensait rapportant les événements les plus anciens. L'évolution d'être humanoïde, allant de l'état de tribu à celui de vaste et puissante civilisations, y était représenté à travers diverses étapes.
    - Ce que tu peux voir ici, c'est l'histoire des Atohs, premier peuple ayant vécu en ce monde, et d'une certaine façon nos ancêtres à tous. Sur la seconde gravure, tu peux voir Séra, l'esprit du monde, ou plus exactement de tous les mondes. D'après la légende, elle se serait manifestée il y a des temps immémoriaux aux premiers Atohs et leur aurait donnée accès à la magie.
    - Des temps immémoriaux ? Alors comment s'en souvient-on ?
    Ernès lança un regard noir à Rodh, décidément il avait la manie de l'agacer au plus haut point. Cependant la lueur de curiosité dans les yeux du garçon le poussa à continuer ses explications.
    - Un peu plus loin, la figure géométrique à sept côtés représente Mogi, le rituel des sept cercles, aussi appelé séparation de la magie. En effet, d'après d'anciens textes, celui qui arrivait à maîtriser les sept grands éléments, les sept formes principales de la magie, pouvait accéder à des pouvoirs presque sans limites. Il fut donc décidé de lancer un vaste enchantement sur Eleusia tout entier, définissant des affinités magiques à la naissance, afin que plus jamais les sept cercles soient réunis. C'est la magie telle qu'on la connaît de nos jours
    - Je vois... Mais comment les cercles sont-ils choisis ? Et combien en obtient-on ?
    - Voilà une question très intéressante, car toutes les réponses ne sont pas connues à ce jour. Il semblerait cependant que l'environnement influence les éléments obtenus à la naissance, ainsi que divers autres facteurs tels que les parents ou encore la race. En moyenne, un individu possède très rarement plus de deux cercles. J'ai déjà rencontré des personnes atteignant cinq cercles, c'étaient des êtres exceptionnels, on aurait dit que le monde entier leur tournait autour. Cependant ils n'étaient pas humain.
    Rodh fit le tri de toutes ces nouvelles informations, et décidément la magie l'intriguait de plus en plus. Et soudain, il réalisa quelque chose, en repensant aux bassins de la salle précédente et fut prit de frissons à l'idée de ce que cela pouvait représenter. D'un ton condescendant, il demanda alors :
    - Ernès Vergosaxe, père du seigneur Alto Vergosaxe, maître de ce comté, et grand prêtre de Kadira, blablabla... Avez-vous déjà vus quelqu'un possédant six cercles ?
    L'intéressé leva un sourcil irrité envers le garçon, mais répondit toutefois à sa question.
    - Non, je n'ai jamais eut cet honneur. De tels individus sont des légendes, des mythes, et sont dit avoir créer des nations, ou au contraire détruit des empires. Et de nos jours, je ne crois pas qu'une telle personne existe encore, du moins je n'en ai jamais entendu parler.
    - Et bien permettez moi de vous dire que vous vous trompez. Il existe une telle personne, et vous l'avez déjà vu.
    - Ah, il est vrai que du haut de ta dizaine d'année tu en sais bien plus que moi. Puis-je savoir de qui il s'agit ?
    - Moi, tout simplement.
    Ernès se perdit alors dans un éclat de rire, décidément ce gamin ne manquait pas d'air. Mais une remarque de celui-ci le fit taire immédiatement :
    - Les bassins et la fontaine du rituel de Kadira, ils répondent à nos affinités, je me trompe ?
    - C'est exact. Mais que six d'entre eux réagissent, c'est insensé ! Cesse de te moquer de moi.
    Ernès n'avait remarqué la présence de Rodh qu'à la fin du rituel, au niveau du dernier bassin et de la fontaine. Il n'y avait donc pas assisté en totalité. Cependant le fait qu'il connaisse le nom de la déesse, et surtout qu'il sache comment exécuter le rite alors qu'il n'en avait certainement jamais entendu parler, insinua le doute dans l'esprit du vieil homme. Il saisit alors les mains du garçon, murmura quelques mots incompréhensible, et projeta son esprit dans l'enfant.
    Ce qu'il ressentit alors dépassa son imagination. Une volonté infaillible, un esprit d'une puissance incroyable lui firent face, écrasant ses pensées, son âme, par une écrasante présence.
    - Imp... Impossible...
    - Non, simplement peu probable. Mais après tout j'ai toujours été très chanceux, tellement que ça ne m'étonne à peine. Maintenant, si vous pouviez lâcher mes mains ça m'arrangerait, je n'ai pas finis ma visite.
    Sur ces mots, il retourna admirer les gravures, laissant un vieil homme perdu, complètement déboussolé devant ce qu'il avait ressentit. Et à travers les souvenirs du garçon, l'homme avait découvert la prophétie de la déesse, dont le sens ne faisait aucun doute, bien que cela était tout simplement impossible. Il se perdit alors encore plus profondément dans ses pensées.

    A mi chemin dans l'histoire d'Eleusia, Rodh s'arrêta à une gravure étrange. Etrange non pas car il ne comprenait pas ce qu'elle représentait, étrange car ses formes et motifs semblaient sans cesse changer de forme, comme s'ils cherchaient à échapper au regard du garçon, comme s'il les oubliait juste après les avoir vus. Il posa une main dessus et étonnement ne ressentit aucun mouvement du relief. Quelque chose en lui ne voulait simplement pas le laisser lire.
    Il alla donc déranger Ernès, le ramenant à la réalité, et lui demanda de lui expliquer ce phénomène. Mais au grand étonnement du garçon, le vieil homme était tout simplement incapable de voir quoi que ce soit, il faisait face au mur mais regardait dans le vide comme si aucune gravure n'y existait. Et à chaque fois il semblait oublier presque immédiatement toute question que Rodh lui posait à ce sujet.
    Visiblement, une puissante magie était à l’œuvre, rendant illisible certains passages de l'histoire, tout comme le roi l'avait fait au sujet de Kadira, de façon encore plus efficace. Mais pourquoi ? Pourquoi faire oublier l'histoire ? Encore un mystère à ajouter sur le compte de la magie, mystère en plus sur sa liste des choses à découvrir, comprendre, réaliser une fois anobli.
    Ernès n'étant visiblement plus en état de servir de guide, Rodh termina la visite seul, s'imprégnant de la moindre gravure. Bien qu'il n'en comprenait pas tout, l'histoire de ce monde était vraiment fascinante, incroyablement riche et variée. Après l'astrologie, cela fit naître en lui une nouvelle passion, qui le mènera sur des chemins dangereux mais forts en péripéties.
    Une fois son tour terminé, il s'assit à même le sol, afin de faire une pause et réfléchir un peu à tout ce qu'il avait découvert lors de cette intense journée. Mais son estomac le sortit rapidement de ses réflexions, il se rendit soudain compte qu'il mourrait de faim, et qu'il n'avait absolument aucune idée du temps qu'il avait passé sous terre. Il se retourna alors vers Ernès, mais le vieil homme s'était endormi, assommé par toutes les choses impossibles qui se réalisaient autour du garçon. Rodh décida donc de ne pas le déranger, retourna dans la grotte principale, récupéra ses affaires, se rechaussa et finalement commença à gravir les escaliers après avoir effectué un bref salut en direction de la fontaine.
    Lorsqu'il sortit enfin du pilier de l'ancien temple,à la surface, c'est un marché désert qui l'accueillit, il faisait déjà nuit depuis de nombreuses heures. Du coup il se heurta à des grilles d'accès fermées, mais comme les gardes étaient ceux de la caravane, et qu'ils le connaissaient bien, il n'eut qu'à prétexter s'être assoupi dans un coin pour qu'on le laisse sortir sans encombre. Toutefois, Ewan ne manqua pas de le sermonner, sachant parfaitement que Rodh n'était pas du genre à s'endormir en pleine journée.


    Chapitre 10
    Lettres de marque

    Quatre jours plus tard, il était temps de se remettre en route. Encore une fois sous le regard de la foule, les wagons de la caravane sortaient les uns après les autres de l'ancien temple de pierre, qui dissimulait certainement un des plus grands secrets de ce pays. Rodh, avide de connaissance était retourné dans les grottes plus d'une fois, mais à sa grande déception n'y avait pas revu Ernès. Il avait cependant mémorisé la majeur partie des gravures, sauf celles qui se brouillaient étrangement dans son esprit, et se jura de revenir un jour pour comprendre ce mystère.
    Situé à une bonne distance de la procession, le garçon attendait de voir son ami marchand de bijoux sortir, il ne tenait pas à se retrouver nez à nez avec lui. Une fois qu'il le vit passer, il rejoignit enfin l'arrière de la caravane, où il ne risquerait pas d'être repéré, les derniers wagons n'étant pas approprié pour la vue et l'odorat délicat d'un bourgeois. Là-bas il retrouva Thomas, assit sur un chariot transportant des vivres. Voyant son ami arriver, ce dernier lui fit une place
    Fin observateur, Rodh remarqua rapidement que tous les chargements contenaient une quantité anormale de légumes, en l’occurrence une espèce de courge cultivable uniquement dans cette région. Et finalement il se rappela que ces légumes serviront de monnaie d'échange auprès des Gomns contre des bijoux, échange qu'il avait sincèrement du mal à considérer comme possible tant il paraissait miraculeux. Il tenta d'imaginer diverses raisons, mais toutes lui semblaient trop stupides. En réalité, ce qu'il découvrira plus tard, ses vaines explications n'étaient tout simplement pas assez stupide pour l'approcher de la vérité.

    Alors que la caravane sortait lentement de la ville, un homme en soutane s'approcha du chariot que Rodh chevauchait, l'interpella et lui tandis une lettre.
    - Maître Rodh ? De la part de Maître Ernès. Cela vous servira très certainement pour justifier vos futures affaires à la capitale.
    - Merci mon brave ! ne put s'empêcher de plaisanter le garçon devant le sérieux de l'individu, qu'il avait d'abord penser être Ernès lui-même. Votre maître est-il souffrant, cela fait quatre jours que je ne l'ai plus vu.
    - Maître Ernès a du quitter la ville pour des affaires urgentes.
    - Je vois. Quand il reviendra, saluer le de ma part !
    - Ce sera fait. Bon voyage Maître Rodh.
    A ces mots, l'individu s'arrêta de marcher, laissant la caravane filer devant lui un moment. Puis il quitta les lieux, perdu dans ses pensés. Qu'un tel gamin, effronté qui plus est, puisse posséder un tel pouvoir, un tel avenir, cela le dépassait.

    - Maître... Enfin quelqu'un qui me reconnaît à ma juste valeur !
    Rodh, la lettre en main, jetta un regard satisfait à son comparse. Ce dernier restait interdit, ne comprenant absolument rien de ce qu'il venait de se passer. Puis finalement il s'osa à demander :
    - Qui est ce Ernès ?
    - Un ami récent. Et accessoirement le père de Alto Vergosaxe, le seigneur de cette région.
    Thomas prit alors un air ahuri, et resta bouche-béé.
    - Te, te fous pas de moi Rodh !
    Comprenant parfaitement le doute de son ami, le garçon entreprit donc d'ouvrir l'enveloppe, en sortit plusieurs feuillets, et commença la lecture du premier :

    Cher garnement,

    Ayant été appelé pour affaires, je ne pourrais te dire au revoir directement, je le fais donc par écrit. Je te souhaite donc un bon voyage, et te conseil de te faire le maximum de connaissance et de contacts, un titre de noblesse n'est pas quelque chose qui peut être obtenu simplement avec de l'argent, et ce quelque soit la manière.
    Je te joins donc des lettres de marques à ton nom, portant le sceau de ce comté.

    - Blabla... Bref, convaincu maintenant Thomas ?
    L'intéressé examina les papiers, cherchant une quelconque trace de fraude pouvant prouver que tout cela n'est qu'une mauvaise blague, mais dut finalement se rendre à l'évidence : ces lettres de marques étaient réelles et tout à fait officiels.
    - Dis moi simplement une chose Rodh, qui es-tu, comment as-tu fait pour obtenir ces lettres ?
    - Ca fait deux choses là. Disons que je suis très chanceux, et que mon sang de marchand s'est enfin exprimé.
    Et le garçon ne croyait pas si bien dire...


    Chapitre 11
    Irilis

    Au terme d'un mois de voyage, sur des terrains de plus en plus difficiles et escarpés, à l'horizon se dessinait enfin les contreforts des Pics Noirs, des montagne d'eren, une pierre noire aussi sombre que la nuit, et à l'aspect déchiqueté, presque terrifiant, sur laquelle aucune végétation ne poussait. Elles marquaient la limite du pays, la limite de territoires hostiles, territoires où il ne faisait pas bon vivre. Une seule cité avaient à ce jour réussi à s'installer à la frontière, et surtout à y survivre : Irilis. Cependant un tel exploit n'aurait certainement pas été possible sans certaines particularités géographiques.
    En effet, la ville avait été installée dans un creux entre trois montagnes, creusé par deux rivières coulant dans les vallées les plus hautes, et se rejoignant pour en former une troisième. Le temps et l'érosion avaient alors enfermé la dépression par de hautes et longues falaises, qu'aucune bête sauvage ne s'oserait à descendre. Il avait alors simplement suffit aux hommes de construire des murailles dans les vallées afin de rendre l'endroit parfaitement protégé de toute créature terrestre.
    Après une semaine à longer les contreforts, la caravane atteignit enfin la rivière sortant d'Irilis, et commença alors à la longer, s'enfonçant peu à peu dans les montagnes. Et finalement les remparts furent en vue.

    Rodh savait être très patient. Cependant le voyage, ralenti par un chemin cahoteux et caillouteux ayant causé de nombreux dégâts sur les chariots, dans des paysages mornes et similaires, le mettait à rude épreuve. L'apparition de la profonde gorge et de la muraille, au détour d'un virage, fut donc une véritable libération pour beaucoup. Mais pas pour lui, à l'idée de tout ce qu'il allait pouvoir découvrir dans cette nouvelle cité, son impatience ne fit que grandir. Tout comme le mur devant lui.
    Ce n'est qu'en arrivant au pied de ce dernier qu'il se rendit compte de sa taille : il devait au bas mot faire trente mètres de haut pour et une centaine de longueur, cela sans compter la hauteur des tourelles qui le parsemait. Une herse se leva, d'épaisse portes en bois renforcées de ferronnerie s'ouvrirent, laissant passer la caravane qui traversa un long tunnel, de près de vingt mètres. Et finalement la cité apparut aux yeux du garçon.

    Bien qu'entièrement constituée de roche sombres, Irilis n'en prenait nullement un aspect austère et sinistre comme Rodh avait pu s'y attendre. Le chemin qu'empruntait la caravane lui fit gravir une pente au pied d'une falaise, rendant l'intégralité de la cité visible.
    Au centre de celle-ci, où se rejoignaient les rivières, un lac s'était formé, le Samens, parsemé de petites îles donc la plus vaste abritait un château, habitat de Lenraus seigneur du comté Orakly. Une bande de terre à la pente très légère entourait de façon directe le lac. Puis à mesure qu'on s'en éloignait, le relief devenait de plus en plus important, abrupte, avant de devenir totalement impraticable et de se transformer en falaises.
    Mis à part le contour du Samens, où on pouvait apercevoir de la végétation, l'intégralité de la cuvette rocheuse était recouverte de bâtisses de pierre noire, aux toits plats. Et comme cela l'endroit n'offrait pas suffisamment de place pour loger les soixante milles habitants qu'avait un jour totalisée la cité, la base des falaises avaient été creusées afin d'offrir de nouvelles zones habitables. Cependant ces quartiers troglodytes étaient désormais abandonnés, en raison de la chasse au sorcière il y a près d'un siècle, la ville avait perdu la moitié de sa population.
    Irilis possédaient de nombreux aménagements pratiques et esthétiques, dont le niveau architectural semblait hors norme par rapport au reste du pays : de vastes ponts à étages multiples, permettant une circulation facile entre les différents versants, et une très longue route en spirale partant du centre de la cité, de la citadelle d’origine, courait à travers les édifices de pierre noire, sautant d’une vallée à l’autre par les ponts, et grimpant sans cesse jusqu’à pénétrer les falaises et finir en passant sur les murailles. De la terre avait été apportée en masse de la plaine, et permettant de piqueter l’endroit de multiples petites tâches de verdure et de couleur.
    Ainsi était Irilis, citadelle tout d’abord à l’aspect austère, mais qui se révèle peu à peu aux voyageurs comme un lieu hors du temps car très ancienne, magique de part ses ponts sans fin, autant en hauteur et en longueur, et tout simplement irréelle quand on imagine le temps et les efforts qu’il avait fallut pour tailler ce bijoux d’architecture dans l’eren, une des roches les plus dures qui existe sur Eleusia.

    Après une longue et difficile progression à travers la cité, la caravane s'arrêta finalement sur les berges du lac, seule zone suffisamment plate pour y installer le Grand Marché.
    Rodh, dont le regard n'avait pour le moment pas quitté la cité, leva alors les yeux au ciel et eut un hoquet de stupeur : devant lui, en direction des territoires extérieurs, un étrange voile lumineux aux couleurs changeantes partait du sol jusqu'à se perdre dans les nuages. Il se perdit alors de nombreuses minutes dans l'admiration de ce phénomène magique et magnifique, avant d'être finalement dérangé par Thomas.
    - Je peux savoir ce que tu regarde ?
    - La Barrière. C'est tellement beau.
    - La Barrière ? Où vois-tu une barrière ?
    - La Bénédiction de Kadira si tu préfères, répondit Rodh sans réfléchir à la portée de ses mots. Elle est partout dans le ciel, au-dessus des montagnes. Un ancien sort qui aurait été lancé par la déesse elle-même pour protéger ce royaume des dangers extérieurs.
    - Kadira, un sort ? Désolé, mais je ne vois absolument pas de quoi tu parles.
    Le garçon se retourna alors vers Thomas, et devant le regard vide de ce dernier, similaire à celui qu'avait eu Ernès devant les gravures, il comprit ce qui se passait. Son ami était incapable de voir ou comprendre ce qui avait affaire à la magie, il était complètement sous l'emprise de l'enchantement du roi. Il ne put s'empêcher de se sentir triste à l'idée de ce que son comparse ratait. Si seulement il y avait un moyen de le rendre plus sensible à la magie... Et après réflexions, il y en avait peut-être un ! Cela mettrait en danger son secret, mais il savait pouvoir faire confiance en Thomas.
    - Je vais tenter quelque chose. Ne pose pas de questions et laisse toi faire.
    Il posa alors ses mains sur la tête de son ami, et projeta dans son esprit une image de ce qu'il voyait. Il sentit alors une forte résistance, une force étrange s'opposait à l'intrusion, faisant disparaître la Barrière de l'image qu'il tentait de transmettre. En colère devant cet enchantement qui rendait invisibles de nombreuses merveilles de ce monde, il s'y attaqua férocement, et le repoussa ! Le visage de Thomas changea alors du tout au tout, et un regard ébahi porté vers le ciel indiqua à Rodh qu'il avait réussi.
    - Je... C'est magnifique !... Je ne sais pas ce que tu m'as fait, mais merci.
    Après quelques instants, Rodh retira ses mains de son ami, et à sa grande stupeur, le regard de ce dernier s'assombrit à nouveau, redevenant vague. L'enchantement avait repris le dessus. Thomas repartit alors, visiblement déboussolé, sa mémoire à nouveau contrôlée.
    Rodh ressentit une profonde tristesse et déception au fait que son ami était redevenu un pantin. Il aurait aimé l'aider de façon plus durable, mais sa connaissance très limitée de la magie ne le lui permettait pas.

    Une fois à l'abri des regards de son comparse, Thomas s'arrêta et releva les yeux au ciel. Puis il reprit sa route, souriant. Ce voyage portait décidément des fruits inattendus. Et l'un d'entre eux promettait de déclencher une véritable tempête...


  • Chapitre 12
    Chasseurs et chassé

    Deux jours après son arrivée, le Grand Marché fut ouvert. La ville ne possédant aucun espace agricole, les denrées alimentaires disparurent en quelques heures, exception faite des fameuses courges pour les Gomns, créatures que Rodh attendait toujours de rencontrer. Cependant, mis à part les produits frais, rien d'autre ne semblait vraiment se vendre, au point que la moitié des étales étaient fermés.
    Ce ne fut qu'en se baladant en ville que le garçon finit par comprendre : cette escale avait pour principal but de refaire des stocks de marchandises, et non de les écouler. Et pas n'importe quel type de marchandises !
    A ce qu'il comprit de son exploration, Irilis était en fait une ville où les Chasseurs écoulaient les produits de leurs traques. Mais par Chasseur, il n'entendait pas un simple homme attendant patiemment du gibier dans une forêt, mais plutôt des guerriers aguerris, et surtout suffisamment fous pour oser s'enfoncer dans les territoires dangereux des Pics Noirs et y tuer des créatures parfois gigantesques. Suite de quoi, les dépouilles et autres butins étaient revendus à cette place, ce pour les propriétés et attributs spéciaux qui leur étaient attribués.
    Éparpillées dans la ville, Rodh visita de nombreuses boutiques où les marchands étaient entrain de faire leurs achats. Les produits disponibles était incroyablement riches et variés, allant des cuirs de toutes couleurs, de la soie d'araignées géantes aux couleurs changeantes, jusqu'à des potions dont il valait mieux ne pas connaître le contenu, et sensée octroyer chance et santé, en passant par des poudres d'os favorisant la pousse de cheveux.
    Tous ces produits étaient presque qualifiables de magiques tant ils sortaient de l'ordinaire. Le garçon ne put s'empêcher de se demander comment cela pouvait être toléré par un roi allant même jusqu'à effacer les souvenirs de magie de l'esprit de ses habitants. Mais après avoir vu les étiquettes portant les prix, et la taille impressionnante des nombres écrits dessus, il comprit que c'était une source d'argent tellement importante que ce commerce restait autorisé. De plus, contrairement au bois du Lornma ou l'eau du temple de Kadira, il ne ressentait aucune magie dans les divers biens exposés, et donc ils ne risquaient pas de révéler la vérité sur ce royaume.

    A force de vagabonder au hasard, Rodh finit par se retrouver dans de sombres ruelles abandonnées, au pied d'une falaise. A la vue de l'état piteux de la route pavée, et des volets et portes qui tombaient en miettes, l'endroit n'avait pas du héberger d'habitants depuis un demi siècle, au moins. Il décida donc de profiter du calme ambiant pour faire une petite pause, et profiter de ce ciel magnifique et magique.
    Mais ce doux moment de quiétude fut rapidement brisé par un bruit de cavalcade venant dans sa direction. Instinctivement, il se dissimula dans une étroite ruelle située à proximité, sorte de dépotoir local où de vieille planches pourrissaient, et en sortit discrètement la tête pour voir ce qu'il se passait. De là, il vit arriver un être de petite taille, courant à toute allure, et poursuivit de deux adultes. Certainement un jeune enfant poursuivit pour un vol ou bêtise quelconque pensa-t-il aux premiers abords. Ce n'était pas son souci.
    Cependant il se rendit vite compte que quelque chose n'allait pas. Ce qu'il pensait être un enfant était petit, bien trop petit, ne devait arriver qu'à mi-cuisse du garçon et ne pouvait tout simplement pas courir si vite. Et les petits cris perçants qu'il poussait n'était définitivement pas humains. Et les visages voraces de ses poursuivants indiquait clairement ce qui était entrain de se passe. Un gomn était traqué juste devant lui, cela très certainement pour de l'argent. Rodh aimait l'argent, mais l'idée qu'on puisse s'en faire via des êtres vivants et intelligents le répugnait au plus au point.
    Dégoût qu'il fit comprendre de façon très explicite en projetant violemment une planche sur le chemin après avoir laissé passé le Gomn. Le morceau de bois, suffisamment long, alla se coincer de l'autre côté de la rue, se transformant en une soudaine et solide barrière improvisée, qui alla à la rencontre des jambes des deux hommes avant que ces derniers ne puissent réagir. Les poursuivants s'affalèrent lamentablement, au plus grand plaisir de Rodh, qui sortit alors de sa cachette et alla rejoindre le Gomn qui avait calmé son allure et regardait derrière lui, se demandant ce qu'il se passait, mais sans pour autant s'arrêter. Et aussi sans remarquer que la rue s'était transformée en un virage assez sec et important, et quand continuant tout droit, il fonçait en plein dans un mur. Et le mur fonça en plein sur lui.
    Rodh arriva au chevet de l'accidenté quelques secondes plus tard. Le petit être, bien que sonné, se remettait déjà sur ses pieds. A la grande stupeur du garçon, il n'avait pas de blessures significatives. Il regarda alors le mur et compris : la pierre noire, pourtant réputée pour sa grande solidité, s'était complètement déformée afin d'amortir l'impact. Il se demanda comment cela était possible, mais des grognements furieux désormais à sa poursuite lui rappela que le moment n'était pas aux questions mais à la fuite.
    - Tu peux courir ? Demanda Rodh hâtivement.
    Le gomn secoua la tête en négation, il était peut-être indemne, mais encore trop secoué. Bien, au moins il comprend ce qu'on lui, c'est déjà ça, pensa le garçon. Il le saisit alors, pour le poser sur son dos, et ne put s'empêcher de grimacer : il avait beau être petit, il s'avérait aussi être incroyablement potelé et lourd.
    - Agrippe toi, on va prendre de la hauteur.
    Le gomn serra alors de long bras, presque aussi grands que lui, autour du cou du garçon. Ce dernier, après s'être assuré que son passager était bien place, avisa le bâtiment le plus proche. De nombreuses petites fenêtres au cadre large et bien marqué, et un toit visiblement plat et ne dépassant pas du mur. Ascension facile se dit-il.
    Ascension pas si facile que ça finalement ! pensa-t-il une fois au sommet. Le gomn devait faire vingt kilos au bas mot, la moitié du poids de Rodh. Une fois son souffle reprit, il quitta l'endroit, voyageant rapidement et facilement de toits en toits, cherchant une cachette idéale.
    Dans la rue, les deux hommes fulminaient, et commencèrent à leur tour à grimper, avec la méchante envie d'en découdre avec ce garçon. Mais ils n'étaient guère agiles, et quand ils se hissèrent finalement sur le toit, Rodh et le Gomn avaient déjà disparus.

    - Rien de mieux qu'un peu d'exercice sur le terrain pour garder la forme, déclara Rodh à son petit compagnon.
    Après avoir traversé plusieurs pattés de maisons, dont les toits plats et proches offraient une plus grande liberté de mouvement que les rues et ruelles, ils avaient trouvé refuge dans une vieille bâtisse de pierre, abandonnée comme tant de ses voisines. Là ils reprenaient tranquillement leur souffle, les chances d'être rapidement retrouvé étant quasi nulles.
    - Au fait, je suis Rodh, et toi ? Tu es un Gomn je suppose ?
    L'intéressé répondit simplement d'un hochement de tête, il avait l'air d'être ailleurs. Le garçon regarda alors plus en détail le visage de celui-ci. Il avait les traits d'un nouveau né, en une version encore plus boudinée et un quelque peu aplatie. Les choses qui différaient réellement était sa peau, brune, à l'aspect craquelé comme de la terre sèche et aride, de gros yeux sombres, presque disproportionnés, ainsi qu'une absence totale de pilosité. Toujours en attente d'une réponse un peu plus éloquente, Rodh reprit la parole.
    - Tu ne me comprend pas ?
    - Je te comprend. Mais je ne sais pas parler ta langue.
    - Je vois... Au moins tu as de l'humour, c'est déjà ça, ne put-il s'empêcher de faire remarquer, avec un sourire.
    - Merci de m'avoir secouru, cela faisait déjà longtemps que ces individus tentent de capturer ceux de notre race. Et je te prie de m'excuser, par respect pour nos traditions je ne peux donner mon nom à quelqu'un qui n'a jamais été déclaré comme Pur.
    - Dans ce cas, comment devient-on pur ?
    - Il y a un test à passer, un test dangereux que peu réussissent. Mais si tu y tiens, je peux t'y conduire, tu me semble avoir le cœur pour.
    - J'ai pu grimper un mur avec toi sur mon dos, je suis désormais prêt à déplacer une montagne s'il le faut.
    - Hum, je vais considérer ça comme un simple oui. Je vais donc te conduire à mon peuple.
    Devant la tête de bambin vexé que tirait le Gomn, Rodh ne put s'empêcher de rire, tant pis si c'était malpoli. Et sa victime, malgré la rudesse du garçon, lui adressa un sourire. Puis ils quittèrent leur cachette, après s'être assurés que personne ne rodait dans le secteur.


    Chapitre 13
    En avant !

    Tandis que la nuit tombait doucement, passant le relais à la pâle mais féerique lumière de la Barrière, le Gomn conduisit Rodh jusqu'au pied de la falaise la plus proche. La base de celle-ci était un véritable gruyère géométrique, percée en surface d'ouvertures de toutes formes, qui laissaient entrevoir de vastes espaces aménagés dans la roche. Il pénétrèrent dans l'un d'eux en passant sous une grande arche de pierre sculptée, donnant sur un long couloir parfaitement régulier, et bien que le temps avait fait son œuvre, les murs portaient toujours des traces de fines et délicates gravures. Le garçon ne put s'empêcher de faire courir son doigts sur les pierres taillées, comme pour mieux ressentir le travail qui avait dû être fourni pour réaliser œuvres d'art, aujourd'hui mourante. Geste que le Gomn remarqua, le lançant alors dans des explications historiques :
    - Ce que tu peux voir là sont les reliquats d'une époque oubliée par tes semblables, époque où nous, les Gomns, vivions en harmonie avec les Humains, et de nombreuses autres races. Main dans la main, nous avions bâti de vastes civilisations, puissantes et magnifiques, dont Irilis est un des rares vestiges encore intact. Enfin intact jusqu'à ce que votre timbré de roi prenne le pouvoir et décide de jouer avec votre mémoire ! Maintenant cette ville tombe en ruine, peu à peu déserté...
    Rodh le regarda avec étonnement, choqué par la véhémence de ses paroles, et surtout par le fait que son guide connaisse l'enchantement affectant le pays. Le Gomn le prit soudain par la main afin de le conduire à travers l'obscurité, désormais totale, de couloirs qui ne cessaient de les mener plus profondément dans la montagne. Il semblait être capable de se déplacer avec aise dans la pénombre, certainement grâce à leurs grands yeux, pensa le garçon.
    - Surpris de savoir que votre roi s'amuse avec votre cervelle ? Je peux comprendre. Et tant qu'on y est, je tiens à t'apprendre que la magie existe bel et bien, et aussi que le ciel en direction des Pics noirs est lumineux, au point que la nuit ne tombe jamais vraiment. Et le plus drôle dans tout ça c'est que vous autres, Humains, vous avez un esprit tellement faible que tu as certainement déjà oublié tout ce que je t'ai dis !
    L'esprit faible, quelque peu contrarié, pris alors l'air le plus niais possible, sachant que son interlocuteur était tout-à-fait à même de le voir dans ces ténèbres. Il riposta alors, avec un ton bien stupide, quoique un tantinet hautain et mesquin :
    - Vous devez donc être des être doués d'une grande magie. Avec un cercle de la Terre inné.
    - Esprit faible, bien ce que je... Pardon !!
    Comme prévu, le visage cumulé à la voix et aux a priori du Gomn avait eu raison de ce dernier, qui s'était arrêté, stupéfait. Rodh arbora alors un sourire victorieux et satisfait, sa petite vengeance étant satisfaite. Il insista cependant, par curiosité.
    - Je me trompe peut-être ?
    - Non, non c'est exact, nous sommes des enfants de la Terre Mère après tout. Mais comment ?
    - Comment je sais pour les cercles et le sort d'oubli ? Disons que j'ai été bien formé.
    - Ce qui m'étonne le plus, c'est que ton esprit résiste au pouvoir du roi, ce qui veux dire que tu possède au moins trois cercles ! Cela est rare pour votre race.
    - En effet, répondit simplement le garçon, préférant garder le fait qu'il en était doté de six sous silence, du moins pour l'instant.
    - Impressionnant !... Bref, nous sommes bientôt arrivés, cependant seul un Pur est autorisé à voir notre cité. Je te prie de m'excuser, nous vivons des temps difficiles, et même si je pense que tu es quelqu'un de bien tu me vois dans l'obligation de te bander les yeux.
    - Je ne vois déjà rien comme ça, mais je vous en prie, faite, mon brave, ne put s'empêcher d'ironiser Rodh, devant le temps presque cérémonieux qu'avait pris le Gomn.
    - Jeune humain, t'arrive-t-il de prendre des fois des choses au sérieux ?
    - Hum... L'heure du repas peut-être ? Ah, et aussi mes manières, je suis très à cheval sur l'étiquette ! Cela même si je ne sais pas monter.
    - …
    Quelqu'un commençait sérieusement à se demander si c'était une bonne chose que de conduire cet idiot jusqu'à la cité. Mais en pensant au test du Miroir qu'il aurait à passer, le Gomn ne pouvait s'empêcher de sourire, bien que ce test était dangereux, il avait l'intime conviction que ce gamin allait le passer haut la main, et d'une façon totalement inattendue.

    Sous son bandeau improvisé, pièce de tissu traînant dans son sac, Rodh vit peu à peu une tâche lumineuse grandir et s'intensifier devant lui. L'air devenait plus chaud à mesure qu'il s'en approchait. Il arrivèrent alors dans ce qui devait être un vaste hall, la lumière venait de toutes directions et leurs pas résonnaient. Il entendit alors quelqu'un s'approcher, avant de prendre la parole.
    Au vu de l'incompréhensibilité des paroles, le garçon conclut immédiatement qu'il s'agissait d'un Gomn. Ce dernier avait un ton à la fois inquiet et presque en colère. Visiblement Rodh n'était pas le bienvenu. Cependant son guide finit par calmer l'individu, qui devait certainement être un garde.
    Peu de temps après, il entendit une porte s'ouvrir, et ils s'enfoncèrent encore plus profondément dans la montagne.
    Le même rituel qu'à son arrivée se répéta plusieurs fois, et finalement il s'arrêtèrent pour de bon.

    Son bandeau lui fut alors retiré. Lui qui s'attendait à voir quelque chose de grandiose, des bâtiments finement sculpté dans une vaste grotte, se retrouva dans une vulgaire pièce, sans fenêtre et avec deux portes, éclairée par des torches. Quelques caisses en bois traînaient dans un coin mais c'était le seul mobilier. Il dévisagea alors le Gomn.
    - Secret absolu jusqu'au bout on dirait !
    - En effet.
    Il tendit alors un de ses longs bras et indiqua la porte opposée à celle par laquelle ils étaient rentrés.
    - Là-bas t'attend un test, le test du Miroir. Si tu le passe avec succès, tu sera considéré comme un Pur, et aura le droit de vagabonder à ta guise parmi nous. En revanche...
    Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà le garçon s'avançait avec enthousiasme.
    - Je n'en avais pas finis !
    - Je sais, mais pas la peine de m'expliquer ce que j'ai à perdre, je ne vais pas échouer. Qui plus est, je suis attendu, et ce n'est pas comme si j'allais avoir à combattre un monstre à mains nues ! En avant !
    Il ouvrit alors la porte, et s'engouffra dans l'ouverture, laissant un Gomn béa derrière lui. Ce dernier n'avait même pas eu temps de lui expliquer ce qui l'attendait. Mais ce qui le choquait le plus était que les dernières paroles du garçon décrivait exactement ce qu'était le test du Miroir : un combat quelque peu singulier. Sauf que généralement on permettaient d'abord aux individus de se choisir une arme parmi celles entreposées dans les caisses avoisinantes...
  • merci j'adore
  • Il est ou le chapitre 8? sinon j'attend la suite avec impatience
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