Arca — Web novel

septembre 2017 modifié dans Écriture
Shem, se retrouve seul d'un jour à l'autre dans un monde froid et gelé. Avec lui, un bestiaire ; le Liber Vitae. Trouvé et sauvé par un groupe de personnes, il décide de les aider pour survivre. Mais tout est perturbé lorsque certaines ombres commencent à s'agiter...

Salutations ! Je reviens après un bon bout de temps ici, en publiant de nouveau mon Web Novel qui est maintenant publié ici : https://soreyawari.com/arca/ . Cela dit, le WN est plus avancé, ici, que sur l'autre site, alors on peut dire que vous êtes privilégiés :)
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Commentaires

  • septembre 2017 modifié
    Pour me contacter si vous avez des questions : leo.personlepoder@gmail.com

    Et hop, ici ça devient aussi le prologue ! :hushed:

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    Avant l'aube... [Prologue]
    Au loin, quelques bruits métalliques se faisaient entendre... Cependant, il ne prit pas la peine de bouger, trop bien installé pour partir, il fit abstraction du vacarme et continua à regarder les étoiles.
    Chacune de ses expirations se mélangeait au boucan et à la brise nocturne.

    — La constellation du cygne...

    Ces mots s’envolèrent, et le bruit reprit place. Les quelques arbres aux alentours frappaient leurs branches, engendrant une douce musique.
    Les cliquetis en fond s’intensifièrent, mais les crépitements cessèrent. Le jeune homme allongé au sol tendit l’oreille, des bruits de pas se rapprochaient. Il soupira comme exaspéré, puis se redressa pour s’asseoir.
    Le garçon, dans ses pensées, contemplait le paysage. Ses cheveux en bataille remués par la légère brise...
    La personne qui créait tout le vacarme arriva en sortant d’une grande demeure en bois, similaire à un chalet. Elle semblait presque courir, le jeune homme se retourna vers lui.

    — Shem ! Nous n’avons plus le temps ! Va chercher tout ce dont tu as besoin ! dit l’homme sur un ton pressé.
    — Hein !? Mais... Et Bith !!?
    — Il lui a refusé l’accès.

    Il le prit par l’épaule et l'aida à se lever, puis lui donna un sac à dos vide. L’individu paraissait le regarder dans les yeux, mais son visage restait dans l’ombre.

    — Le livre ! Pars le prendre tout de suite, s’il te plaît !
    Le jeune homme s’empressa de rentrer dans le chalet. Tout à l’intérieur paraissait vétuste, à part une télé, un ordinateur et quelques éléments indispensables pour la cuisine. Le garçon attrapa un maillet posé sur la table, et monta deux étages pour arriver devant une porte, sur laquelle était gravée dans le bois, « Chambre de C ». Il ouvrit celle-ci sans tarder. C’était la chambre d’une petite fille, celle de sa sœur. Il connaissait la pièce par cœur, son petit lit avec une couverture à fleurs, ses jouets de gamine, sa panoplie des Walt Disney. Sans même prêter attention aux jouets éparpillés, il fila le plus vite possible devant une vieille armoire en bois et essaya de la déplacer en la poussant de toutes ses forces. L’armoire bougea assez pour laisser passer quelqu’un derrière elle. Il saisit le maillet, la main tremblante et frappa le mur.

    — Merde ! Mauvais endroit !

    Il recommença en essayant de se calmer. Un bruit de casse se fit entendre. Le mur à un endroit était fait de plâtre. Il asséna encore plusieurs coups avant de réussir à créer un grand trou et lâcha le maillet. Le jeune homme plongea son bras dans le mur, duquel il retira un gros livre.
    Il courut vers la porte et descendit les escaliers bruyamment. Arrivé dans la cuisine. Il y prit une bouteille d’eau et un paquet de gâteaux, ainsi qu’un grand sac plastique dans lequel il mit le livre, puis il plaça le tout dans son sac à dos.
    Il s’empara d’un bonnet et sortit avec hâte. L’homme l’attendait toujours, mais semblait encore plus affolé.

    — Tu as le livre ? Et tout ce qu’il te faut ?
    — Oui, j’ai tout, affirma t-il en regardant l’homme, je sais ce qu'il me reste à faire.
    — Très bien. On est les derniers ! Ta mère est déjà partie avec ta sœur.
    — On peut pas laisser Bith ici !
    — Mais c’est sa faute !
    — Oui, mais c’est aussi la MIENNE !!
    — Écoute... Shem, c’est lui qui choisit, pas moi...
    Sa voix devint presque inaudible au fur et à mesure que les mots sortaient de sa bouche.
    L’homme tendit les bras vers l’un des murs du chalet, et prononça ces deux mots « Ne gentem ». Un ovale violet-noir apparut. L’air était comme aspiré par cet « ovale ».

    — Combien de temps va durer ma dérive ?!
    — Je... je n’en sais rien, fiston... avoua l’homme, dépité.
    — Qu-quoi !!? Et partir si vite... pourquoi maintenant !?

    Son père regarda l’horizon. On pouvait voir le ciel s’éclaircir au loin. Il fut comme horrifié au point qu'il poussa Shem vers l'ovale. Une fois à l'intérieur, il fut plongé dans un liquide, et une grande fatigue le submergea. Malgré ça, il eut assez de force pour écouter les derniers mots de son père avant qu’ils ne se revoient dans... longtemps.

    — Désolé... mais il m’a demandé de le faire avant l’aube...

    Puis, ce fut le trou noir.

  • septembre 2017 modifié
    Les vieux chapitres sont maintenant remastorisé (ou en tout cas, ils vont tous l'être au fur et a mesure) ! :wink:
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    I - 1 - « Seul dans le froid »
    — Woaa... Ça caille...

    Shem était assis sur un rocher entre plusieurs pins enneigés. Le sol maculé de blanc contrastait avec le vert des arbres épineux qui l'entouraient. Le vent glacial le fit frémir plusieurs fois. La bourrasque passée, il constata seulement le silence que laisse la solitude.
    Un silence sourd.

    « Je caille, et en plus je suis grave dans la merde... Je viens de capter que ma vie est terriblement nulle ! » pensa t-il ironiquement.

    Il pencha la tête vers son sac à dos posé à ses pieds, malgré la douleur de ses doigts, et il réussit à l'ouvrir pour y récupérer un paquet de gâteaux de la marque « Sub Crack's ».

    « Je mange des gâteaux, dans une taïga gelée... » pensa t-il. « Ma vie est... géniale... »

    Il se leva, rangea le paquet et se remit en marche. Shem courait pour fuir le froid ; il pensait que la température approchait les -10°C. Et être vêtu d'un pull à capuche, d'un jean et d'un bonnet, n'était pas l'idéal pour survivre. Il le savait très bien.
    Shem ralentit le pas, et commença à marcher. En regardant autour de lui, il découvrit la beauté des montagnes ; ainsi que celle de la taïga dans laquelle il se tenait. Les arbres se dispersaient de plus en plus laissant apparaître une sorte de sentier naturel, qui amenait directement à un petit lac tout aussi gelé que le reste.

    — EH ! IL Y A QUELQU'UN !!?
    « Aaaah, j'ai l'impression que j'ai craché mes cordes vocales ! »

    Même en attendant une minute il n'y eut aucun bruit, aucun son, ne s’échappant de la forêt...

    — C'est pas gagné...

    Shem continua à avancer pour y voir plus clair ; de là où il était les arbres lui bouchaient la vue. Il accéléra le pas jusqu'à arriver devant une grande clairière, où seul un rocher semblait rompre la linéarité du sol.
    Un autre silence.

    — Je peux voir le soleil à travers le brouillard, donc si je me pose deux secondes et que je regarde le soleil... se dit-il à lui même pour rompre un silence qu'il commençait à avoir du mal à supporter. Je peux déterminer où est l'ouest.

    Shem attendit une heure, puis deux. Pendant ce temps, il dessina une ligne avec un bâton pour bien déterminer dans quelle direction allait le soleil.
    Afin d'éviter de congeler sur place, il essaya d'allumer un feu, en vain. Après quelques exercices pour se réchauffer, il mangea pour reprendre des forces, et prit de la neige qu'il emmagasina dans une bouteille. Une fois sûr d’aller dans la bonne direction, il sortit un objet rectangulaire de sa poche.

    « Hmm... 47% de batterie. Et selon lui, il est 17 heures 49. Pas de réseau... »
    — Direction le sud.

    Après un certain temps, Shem se rendit compte qu'il ne sentait plus les extrémités de son corps. De plus, le froid lui donnait sommeil. Malgré cela, il reprit sa marche tandis que le soleil hivernal filait de plus en plus vite derrière les montagnes.
    Il continua longtemps à piétiner, et la nuit tomba vite sur la taïga.

    — C'est pas de la petite forêt...

    La solitude glaciale brouillait ses sens, le rendant lent et mou.
    Le vent s'était calmé, mais il soufflait toujours assez fort pour créer un léger sifflement. Le bruit de ses pas qui s'enfonçaient dans la neige tendre était en harmonie avec l'ambiance calme de la taïga.
    Puis, sous la pâle lueur de la lune, soudain, des cris de bêtes se firent entendre. Shem s'immobilisa immédiatement, le cœur palpitant.
    Les cris ressemblaient à ceux d'un loup, avec un mélange... d'autre chose. Shem courut au plus vite se cacher entre plusieurs gros rochers, à l'affût du moindre mouvement. D'autant plus que ce cri était proche.
    Des sueurs froides coulèrent sur son front.

    « Ce sont des loups ! Des loups ! ... Du moins, je l'espère... »

    Rien d'autre ne vint déranger le silence, encore une fois le vent glacé fut la seule réponse que lui accorda la nature.
    Il se releva doucement, et marcha avec prudence, en essayant de faire le moins de bruit possible, ce qui fonctionna, puisqu’aucun autre cri ne vint le déranger.

    — J'ai ... froid... Et c'est pas une bonne idée... de dormir... dit-il en luttant contre Morphée.

    L'aube, de son point de vue, était magnifique, le ciel bleu-violet se mélangeant au blanc et au vert de la taïga, se fondant elle-même dans les vallées et les montagnes gelées.
    Ses forces le quittant, il commença à traîner des pieds et s'arrêta d’avancer.
    Devant cette vue, il commença à fermer les yeux. Le cerveau embrumé, il tomba dans la neige épaisse et resta là, immobile. Le froid figeant chaque parcelle de son corps. Le forçant à aller encore plus vite vers le sommeil. Shem se fit emporter par ce torrent de fatigue. Il ferma les yeux doucement…
    Puis s'endormit.
  • septembre 2017 modifié
    I - 2 - « Une lueur dans la brume »
    Shem rouvrit les yeux avec plus de peine qu’un lundi matin à la rentrée des grandes vacances. Chacun de ses membres était comme mort et le froid avait fait de lui, une sorte de zombie. Tout ça en une nuit.
    Il bougea difficilement, et essaya de s’accrocher à l’arbre le plus proche.
    De la neige resta collée sur sa joue et dans ses cheveux ; le froid l’empêchait de faire tout mouvement brusque, comme si son corps risquait de se briser à tout instant. Shem grelottait frénétiquement.

    — Je vis encore... Fantastique. dit-il d'une voix écorchée.
    « J'ai pas envie de crever comme ça... pas ici. »

    Arrivé juste devant l’arbre, il s'y adossa et posa son sac sur ses genoux. Son regard n’exprimait plus rien, à tel point que l’on aurait pu le prendre pour une carpe sur un stand de poissonnier.
    Son pauvre corps ne lui répondait presque plus, et un mal de crâne le tourmentait. Malgré cela, il se remit maladroitement à bouger. Il commença par ouvrir son sac à dos, duquel il sortit plusieurs gâteaux qu'il mangea avec lentement. Il prit ensuite la bouteille dans lequel il avait mis de la neige — seul un quart avait fondu, — et but.
    Il prit le temps de reprendre ses esprits et souffla sur ses mains pour les réchauffer. Puis sortit un gros livre de son sac. Il ouvrit le bouquin, et fit défiler les pages.

    — Plein de pages sont vides... ça manque d'infos tout ça…

    Il resta assis, dos contre l’arbre, jusqu’à ce que son corps — et son esprit — ait enfin la force de se lever. Il remit le livre dans son sac et une fois levé, fit quelques exercices, pour réchauffer son corps. Une fois bien réveillé, il repartit vers son objectif.

    « Le sud, le sud, le sud... »
    — Attends ! Il est où le sud déjà ? Merde, la boulette... Il s’arrêta quelques secondes puis reprit. J’ai vu où se levait le soleil... donc…

    En réfléchissant avec peine pendant deux secondes — à cause de la nuit qu'il avait passée —, il déduit que puisque le soleil se levait à l’est, le sud devait être à sa droite.
    Il se remit donc en route, et décida d’accélérer le pas pour pouvoir au plus vite trouver quelqu’un, mais en dépit de cette marche rapide, toujours dans la même direction, Shem ne trouva aucune trace de vie.
    Rien.
    Le soleil filait à travers le ciel et les nuages commençaient à se rassembler. En regardant sur son portable, il vit simplement, « Batterie faible » et «18:15 ». La nuit allait tomber dans une trentaine de minutes. Shem ne se voyait pas dormir une seconde fois dans la neige.

    — Wooo ! S’il vous plaît ! À l'aide !

    Il n'eut pour seule réponse que l'écho de ses propres mots. Prouvant une fois de plus, l’immensité de ces plaines et de ces montagnes. Il se remit de suite à courir, mais le vent se leva aussitôt.

    « Pas bon ça ! »

    Le vent, celui qui transporte la mort, Shem pouvait le sentir. Un frisson traversa son échine.
    Il ne put faire que quelques pas avant que la neige ne commence à tomber. Il continua à marcher vers son but, mais le paysage restait toujours aussi blanc.
    Il y avait juste quelques montagnes qui avaient disparu derrière lui.
    Cela lui suffit pour se remotiver, mais la neige et le vent le fouettant violemment, ralentit considérablement sa marche.

    — J’en peux plus ! J’atterris ici, et rien ! Juste une putain de forêt gelée ! ... Malheureusement, il n’y a pas d’option ragequit...

    Et la nuit tomba, laissant Shem seul dans un début de tempête de neige, là où même la lumière de la Lune ne pouvait se frayer un chemin. Il réussit tout de même à se faufiler entre les arbres tout en continuant d’aller vers le sud.
    Après quelques minutes, il arriva à un endroit où les arbres épineux s’écartaient de plus en plus, comme si l’on avait défriché une partie de la taïga. Il calma son pas.

    — Inspecteur Shem trouve ça fort étrange. dit-il en essuyant une sueur froide.

    La neige commençait à tomber plus fort, mais il pouvait toujours voir à travers son voile.

    « Bordel ! Je vais vraiment finir par mourir de froid... »

    Il se frotta les bras pour se réchauffer, mais cela ne changea rien au fait que ses doigts le brûlaient. Mettre ses mains dans ses poches n'y changeait rien. Son mal de crâne toujours présent rendait sa marche d'autant plus compliquée.
    En avançant plus loin dans la forêt, les arbres commencèrent à se faire de plus en plus rares.
    Shem posa les pieds sur une terre meuble et sans neige, formant un monticule d’une assez grande taille.

    — Un... terrier...? bafouilla-t-il.

    Pour un terrier de lapin, où de n’importe quel autre animal, le trou pour y entrer semblait bien trop grand. Shem avança doucement vers les arbres. Mais un bruit vint du terrier.
    Sous le coup de la peur, Shem se mit à courir, poussant les branches tout autour de lui.
    Un long cri retentit, plus long que celui de la veille, mais identique. Shem sprinta jusqu’à arriver sur un grand lac gelé. La glace semblait être fragile, mais la peur lui fit oublier cela. Il n'était plus maître de rien, il agissait malgré lui.

    — Qu’est-ce que !?

    En pivotant, il comprit vite qu’il n’aurait pas dû se retourner ; l'ombre n’était déjà plus qu’à une vingtaine de mètres. Une fraction de seconde plus tard, une douleur lui explosa la jambe. La chose lui avait asséné un coup de patte dont les griffes étaient acérées. Shem ne pouvait pas voir ce qui l’avait attaqué à cause de la neige qui tombait maintenant à flots.
    Et en une autre fraction de seconde, la mâchoire de la bête saisit sa jambe. Shem lâcha un cri de douleur ; le sang qui coulait de son mollet droit se répandait sur la glace lisse du lac.
    Après lui avoir mordu la jambe, la bête leva une de ses pattes supérieures et tenta de lui donner un coup, Shem réussit à l'esquiver de justesse. Cela fit rompre la glace déjà abîmée par le poids des deux êtres. Shem et la bête tombèrent dans l’eau glacée. La chose au-dessus de lui, l'empêchait de remonter à la surface. Il réussit quand même à se décaler et à remonter à la surface. Par chance le trou était assez large et il n'avait eu qu'à rejoindre l'air libre en nageant vers le haut.
    Shem sortit le plus vite possible de l’eau, il se mit immédiatement à courir le plus rapidement possible. C'est là qu'il sentit ce froid, celui qui entoure la mort. Il était au-delà de frigorifier, la douleur que cela provoquait était indescriptible.
    Sa jambe le fit boiter, et des petites gerbes de sang sortirent de son mollet meurtri par les différentes blessures. Les yeux de Shem transcendaient la peur et la douleur. Il ne pensait qu’à une chose : fuir.
    Il continua de courir avec ses vêtements trempés, jusqu’à son épuisement le plus total. La tempête de neige ressemblait désormais plus à une épaisse brume qu’à autre chose.
    Son corps déjà à moitié mort tomba par terre. Si sa blessure à la jambe ne le tuait pas, son hypothermie le ferait. Il se demanda même comment il avait fait pour sortir vivant du lac.

    Ses yeux devinrent vitreux.

    Jusqu’à, ce qu’au loin, il aperçoive, une lueur dans la brume.
  • septembre 2017 modifié
    I - 3 - « Dégel »
    Sa vue devenait de plus en plus floue, et son corps maintenant pétrifié par le vent glacial ne lui répondait plus. Shem était à deux doigts de s’évanouir, mais cette douce lumière rouge le tenait éveillé. Plusieurs bruits secs et rocailleux sortirent de sa bouche.
    Il se rendit compte que parler était devenu impossible, d'une part, à cause du froid qui lui tiraillait les cordes vocales, et d'autre part, parce qu'il sentait la mort arriver, le terrifiant plus que tout. Avec ses dernières forces, il essaya d'articuler quelque chose, mais seul un très léger chuchotement se fit entendre.

    — Je suis...là... S'il vous... s'il vous plaît. ces quelques mots sortirent de sa bouche dans un son de douleur.

    Son esprit commença, lui aussi, à succomber. Seuls ses yeux bougeaient encore, mais il ne savait même plus où était passée cette douce lueur, qu’il avait crue voir il y avait à peine deux minutes.

    « Mourir comme ça... alors que je n'ai encore rien fait... je suis vraiment pathétique. »

    Au fond de lui, Shem ne voulait pas abandonner, il souhaitait juste que cette lueur soit un espoir, une personne qui allait passer par là et le sauver.
    Il ne pensa plus à rien et se laissa envahir par le sommeil. Il sentit la neige se glisser sous son T-shirt, mais il n’eut aucune réaction. Son corps endolori par le froid ne ressentait plus rien. Les yeux maintenant fermés, il n’entendait plus que le vent, qui soufflait avec violence sur lui, faisant virevolter ses cheveux.

    Le sommeil l’emmena.

    Derrière ses paupières closes, il put apercevoir une légère lumière rouge, comme quand le soleil tape sur ses paupières. Cette lumière rouge était accompagnée d’une chaleur agréable.

    Puis ce fut, le noir complet.

    Des mots résonnèrent dans sa tête, mais rien de vraiment compréhensible, peut-être un « ...au bord de la mort » ou un « complètement gelé », c’est tout ce qu’il réussit à comprendre. Mais, par contre, il sentait très bien la chaleur qui provenait de sa gauche, puis il reconnut ce petit crépitement que fait un feu quand les braises explosent. Shem se redressa d’un coup et sa tête frappa une matière dure.
    Il retomba lourdement au sol, sonné.

    — Hé ! Doucement, tu veux te blesser ?!

    Cette voix de femme était à la fois douce et tranchante. Quand Shem se tourna vers sa droite, il vit une trentenaire qui se tenait assise à côté de lui, les cheveux longs et d’un vert peu naturel, avec des yeux gris. À sa droite, deux jeunes filles étaient assises.
    L’une semblait être une adolescente, les cheveux couleur corbeau, coupés à hauteur d’épaules et des yeux presque roses ; et l’autre, une petite fille d’au maximum douze ans, blonde, les cheveux attachés, qui quant à elle, dormait la tête posée sur l’épaule de l’adolescente.
    En observant autour de lui, Shem vit qu’il était dans une grotte plutôt profonde, mais dont le plafond était assez bas. Il remarqua que seule une couverture protégeait son corps du froid, il avait été déshabillé, et seul son caleçon était toujours sur lui ; ses vêtements posés à côté de lui, étaient secs. En essayant de bouger sa jambe droite, il sentit la douleur causée par les blessures. Puis après ces quelques secondes de réflexion, il prit le temps de répondre.

    — Non.
    — Tu m’as l’air d’être un grand bavard toi. lui répondit la femme au cheveux verts.
    — Vous avez découvert mon plus grand secret. répondit-il platement.
    « J'arrive à ironiser même dans ces conditions, moi... Je m’impressionne de plus en plus...»

    Cette phrase créa un blanc, qui fit ricaner l’adolescente. La trentenaire n’en tint pas compte.

    — Elles t’ont trouvé en plein milieu de la neige, tu faisais quoi là-bas ? demanda t-elle ahurie du comportement de son interlocuteur. C’est pas vraiment la saison pour chasser , tu sais... C'est complètement stupide.
    — Oh... J’aurais largement préféré me trouver dans une ville quand la tempête a commencé. Mais bo-
    — En bref, tu n’as pas eu de chance ? le coupa-t-elle.
    — ... Je... Oui.

    Le dernier mot de Shem, sortit de sa bouche avec un ton blasé, ce qui fit sourire la trentenaire.
    Elle ne semblait pas satisfaite de la question qu’elle avait posée, mais décida de ne rien ajouter, Shem compris le malaise et le rompit.

    — À laquelle de vous je dois m’adresser pour la remercier ?
    — La petite, là, qui dort sur l’épaule de Myriam, c’est elle qui t’a vu. Mais sinon celle qui t’a ramené, c’est elle.

    Elle montra du doigt, le côté de la caverne le plus exposé à la lumière. Shem regarda bien vers le bout de la grotte et effectivement il y avait une fille, elle se faisait soigner par un homme, qui avait peut-être le même âge que Shem, soit dix-neuf ans. Mais à cause du contre-jour, il ne pouvait pas les voir distinctement.

    — C’est elle qui t’a ramené, mais par contre, c’est pas elle qui t’a soigné, si elle avait fait ça, on aurait probablement dû t’amputer plusieurs membres ! Ta guérison, tu la dois au gars qui la soigne en ce moment.
    — Je vois. Je les remercierai en bonne et due forme. Sinon, où somme-nous exactement ? demanda Shem en regardant l'entièreté de la grotte.
    — Et bien-

    Avant que la femme puisse finir sa phrase, le jeune homme qui se trouvait au bout de la grotte vint devant lui, et prit la parole. Il avait les cheveux courts d’un noir cendré, des yeux cyans et portait des habits moins épais que toutes les autres personnes se trouvant dans la grotte.

    — Alors, ça va mieux maintenant ? s'enquit le jeune homme.
    — Ouais. Merci pour ce que t’as fait !
    — Je t’ai juste soigné, c’est mon boulot.

    Shem fut perplexe face à la phrase de son interlocuteur.

    — Sous prétexte que c’est ton boulot, je ne devrais pas te remercier ?
    — Ah ! Cette manière de parler ! On dirait toi Teeli !

    La trentenaire se raidit suite à ses mots et lui répondit sèchement.

    — Quoi encore...? dit-elle sur un ton saoulé.
    — Quelle réaction vulgaire !! Je voulais juste dire que vous avez tout les deux la même manière de parler, alors j’ai pensé que vous vous entendriez bien.
    — Oui... oui. continua Teeli en ayant une mine exaspérée.
    — Olala Madame fait sa prude parce qu’il y a un inconnu ! dit-il en la cherchant du regard.
    « Ils ont l'air de super bien s'entendre ces deux-la. »

    Teeli roula des yeux, et souffla lourdement. La fille que le jeune homme soignait, elle aussi s’était rapprochée, mais Shem ne se trouvait pas assez près d’elle pour distinguer son visage. Le jeune homme vint à côté de lui.

    — Bon alors, j’ai quelques questions pour toi. En échange de ton sauvetage, tu pourrais y répondre s’il te plait ?
    — Le « S’il te plaît » était indispensable ? Dans tous les cas, je ne crois pas avoir le choix, non ?

    Shem prononça cette phrase avec un léger sourire. Le jeune homme ricana, puis continua.

    — Non pas vraiment. affirma t-il. D’où viens-tu ? Elles t’ont retrouvé agonisant dans la neige. Tu devais venir de quelques part non ?
    — Je... sais plus.

    Un autre blanc. Celui-là fit rire tout le monde.

    — Amnésie ? songea le jeune homme.
    — Non, je me rappelle de ce que je faisais. Mais l’endroit d’où je viens est lointain, et les souvenirs que j’en ais sont vraiment flous.
    — D’accord. il semblait un peu déçu de la réponse de Shem. Sinon, quelque chose me perturbe. Comment as-tu survécu dans ce froid ? Vu l’état de ton corps, tu étais exposé au froid depuis presque quatre jours.
    — Man versus Wild. Bear Grylls. Tout ça, tout ça.
    — Hein ?
    « Oups... »
    — Euh... En gros je m’étais renseigné sur la survie en milieu hostile. se rattrapa Shem en se forçant à sourire.
    — Hmm... Je vois. Et tu n’as pas l’air d’un mauvais bougre !
    « Je sens quand même, une certaine hostilité. »

    Le jeune homme plissa les yeux, et fixa Shem. Puis après un court instant, il reprit la parole. Avec un sourire aux lèvres.

    — Très bien. Alors, je me présente ! Grimm Fiserconn. Je bosse pour Crylla, en tant qu’infirmier de guerre. Ravie de te rencontrer !
    — Appelez-moi juste Shem, je suis chômeur. Ravie de « te » et de « vous » rencontrer.

    Cette phrase était ponctuée d’un brin d’ironie qui fit sourire tout le monde.

    — Vous vous cachez en attendant la fin de la tempête ? demanda Shem intrigué.

    La jeune femme prit la parole. Sa voix est celle d’une femme stricte et séduisante.

    — Oui. Quand je suis partie en repérage pour trouver les balises dans la tempête, pour voir depuis combien de temps elle avait commencé, les balises étaient déjà enterrées sous presque un mètre de neige. dit-elle en époussetant ses habits. Et c’est là que la petite t’a vu. Elle m’accompagnait.
    Elle se leva et essaya de se courber en marque de politesse, bien que le plafond soit bas.

    — Enchantée. Livia Momento.

    La jeune femme s’étant rapprochée, on pouvait apercevoir son visage, des yeux orange, un petit nez, une petite bouche, et des cheveux rouges. Shem ne put s’empêcher de rougir, mais personne n’y prêta attention.

    — Je peux aussi savoir pourquoi je suis en sous-vêtement ?
    — Tu étais trempé, alors moi et Grimm, on t’a déshabillé pour éviter que tu meures de froid.

    Grimm reprit la parole.

    — T’inquiète pas. Elle t’a pas fait des choses bizarres. Je l’ai surveillée.

    Livia rougit, et mit sa main droite sur son visage. Elle laissa tomber sa tête en avant, comme affligée.

    — Tais-toi donc Grimm...
    — Vous manquez d’humour Mesdames ! Regardez mon pote Shem, lui, au moins, il sait ironiser !

    En même temps qu’il dit ces phrases, il exécuta des pas de danse tout en étant accroupi et tourné vers Shem. Cela ayant pour effet de le rendre ridicule. Ce qui fit sourire Shem.

    — J’ai regardé ta jambe, on aurait dit une morsure, mais je ne peux pas déterminer de quel genre de bêtes il s’agit, à cause de la lacération que tu as subie. continua Grimm en se grattant la tête. Pour le moment tu ne devrais pas trop marcher.
    — Ouais, je vais essayer de pas trop marcher. répondit Shem, alors que son mal de crâne revenait. Et je n’ai pas vu non plus ce qui m’a attaqué, mais ça courrait très vite...
    — Hmm, comme beaucoup de bêtes...
    — Ah... Donc ça nous avance à rien, en gros...
    — Si... Je n’étais pas au courant que des bêtes traînaient dans le coin... dit-il en réfléchissant.

    Livia parla à son tour.

    — Si tu es venu par ici, c’est que tu voulais aller quelque part non ? Tu sais où tu dois aller, Shem ?
    — Vers le sud, il y a une ville, non ?
    — Bah vers le Sud, il y a des montagnes, et passé de l'autre côté c'est pas facile ! La ville la plus proche c’est Crylla et elle se trouve déjà assez loin d’ici. expliqua t-elle en fixant une tâche sur la manche de son vêtement.
    — Aie...
    « Ça se complique pour moi... Comment atteindre la ville ? »

    Après s’être assis en tailleur, et s’être gratté l’arrière de la tête, Grimm, coupa la parole à Livia, qui était prête à continuer de parler.

    — Oui. C’est loin. Pour le moment on n’a rien pour partir d’ici, et nous avons pas mal de choses à faire pour le roi. Tu n’as qu'à nous aider, comme ça on aura fini plus vite. dit Grimm en se frottant les bras. Et quand on aura fini tout ce qu’il faut que l’on fasse, on t’amènera à Crylla. Là-bas tu pourras trouver un boulot et faire ce que tu veux. Qu’est ce que t’en dis ?

    « Autant les aider, de toutes façons, je ne sais pas où aller pour le moment. Et puis les filles de son groupe sont pas mal... »

    — Je suis partant. Mais j’imagine que tu m’expliqueras tout le boulot que l’on a à faire plus tard.
    — Ouais. Tu es blessé. On est tous crevés. Et la tempête n’est pas prête de finir.
    — Je vois...

    Grimm regarda derrière lui, vers le côté de la grotte exposée au vent. Là où l’on pouvait voir la neige tombait à flots. Son regard devint plus sérieux.

    — Il ne nous reste plus qu’à attendre le dégel.
  • août 2016 modifié
    Pas mal le début j'aime bien
  • août 2016 modifié
    +1 même si c'est un peu déroutant au début, et ce n'est pas a cause du froid :)
  • septembre 2017 modifié
    Merci de vos encouragement :) Voici le chapitre 4 :
    (Les chapitres du dessus sont remastérisé :) à vous de voir si vous voulez les lires ! Modif du 23/09/2017)
  • septembre 2017 modifié
    I - 4 - « À la pelle »

    En attendant que la tempête se calme un peu, Grimm et Livia s’assirent eux aussi, et Livia finit par s’endormir.
    Shem attrapa ses vêtements pour les enfiler. Malgré l’épaisse couverture qui le couvrait, le seul vêtement qu’il avait sur lui n’était pas du tout adapté à la température. Il se leva, en faisant attention au plafond, et enfila ses vêtements.

    — Voilà ! Je suis mieux comme ça !

    Grimm qui regardait vers la sortie de la grotte se retourna vers Shem.

    — Maintenant que j’y fais attention, tes vêtements sont spéciaux. Tu viens d’un autre pays ?
    — Eh bien... Je dirais que je viens plutôt d’un autre continent.
    — Ahahah. Impossible, seul l’Amasis est découvert.
    — Ah...
    « Tentative de fuite : Échouée. »
    — T’es complètement perché, hein ?
    — Et toi t’as une grande bouche, hein ?
    — Franchement, je vois pas de quoi tu parles.

    Grimm prononça sa phrase avec un ton moqueur, tout en se penchant vers le sac que Teeli avait à côté d’elle, d’où il sortit deux brioches, et une gourde remplie d’eau.

    — T’en veux ?
    — Ouais. Merci de me le demander, je commence à crever la dalle. répondit Shem avec appétit.

    Grimm lui lança la brioche que Shem rattrapa sans difficulté.

    — Ta jambe... Elle était infectée par une sorte de poison. dit-il en montrant la jambe de Shem.
    — Hein !!?
    — Ahahah, t’affole pas. J’ai presque tout enlevé. Mais, une partie du poison a eu le temps de rentrer dans ton sang.
    — Dangereux ?
    — Bah... J’pense pas. Mais tu risques d’être un peu faible pendant encore quelques heures.
    — Je vais déjà mieux qu’hier soir ! Donc il n'y a pas à s'en faire ! annonça t-il d'une manière positivement neutre.
    — Hein ? Ah oui, ch'est vrai. Elles f'ont trouvée avant hier. Pas hier. dit Grimm la bouche pleine.
    — Quoi ?
    — En gros, t’as dormi plus de vingt-quatre heures.
    — J’imagine que le froid m’a donné sommeil... D’ailleurs on se trouve où pour qu’il caille autant ?

    Grimm fut ahuri.

    — Tu sais même pas où t’es ? On se trouve tout près du Pôle Nord.
    — Ah ouais. OK. Pas étonnant qu'on se les gèle.

    La conversation se fit dans le plus grand des calmes, comme si la nature ne voulait pas les déranger.

    — Vous êtes ici pour faire quoi ? questionna t-il Grimm sur un ton interrogateur. Vous êtes autant dans la merde que moi.
    — On est dans la merde, ouais... Mais on doit faire du bûcheronnage.
    — Du... bûcheronnage ? Pourquoi vous faites ça ?
    — Hum... Grimm eut l’air de réfléchir avant de répondre. Ça je ne peux pas te le dire, il faudrait que tu deviennes chevalier ou que tu travailles pour le seigneur, là tu aurais toutes les réponses à tes questions.

    Grimm dit cela, en déposant un clin d’œil à la fin de sa phrase, comme pour appuyer ces propos.

    — Secret défense, c’est ça ? demanda Shem sans vraiment attendre de réponse.
    — On va dire ça !

    Après avoir tous les deux mangé leurs brioches, Grimm se leva, et tendit la main à Shem.

    — Ça te dit de venir, je vais juste allumer les flambeaux, il va bientôt faire nuit.
    — Ouais, pas de soucis.
    — OK. Mets ça sur toi, et fais gaffe à ta jambe.

    Il lui jeta une cape en cuir. Elle ne laissait apparaître que les pieds, avec bien sûr, des trous pour les bras. Puis ils se digèrent vers la sortie ; loin du feu, on pouvait, avant même de sortir, comprendre que le vent n’allait pas faire de cadeaux.

    — Grimm.
    — Oui ?
    — Tu sors sans rien prendre sur ton dos ?
    — Ah. Et bien, ma magie me permet de me protéger contre les températures trop froides ou trop chaudes, mais c’est une protection fragile, si l’on m’attaque ou que je suis perturbé, elle se brise. expliqua t-il à Shem.
    — Tu repends ta magie tout autour de ton corps en gros ?
    — C’est le principe, ouais.

    À travers la neige, on pouvait apercevoir la lumière du soleil qui s’affaiblissait. Grimm prit deux torches se trouvant au sol, juste à l’entrée de la grotte, où un tissu était enroulé, il repartit vite les enflammer avec le feu déjà présent à l’autre bout de la caverne. Shem se demanda comment cela se faisait que la fumée du feu ne se voie presque pas, mais il n’y prêta pas plus attention.

    — Tiens Shem, fais gaffe avec ça. On va enflammer les deux premiers flambeaux se trouvant au-dessus de l’entrée de la grotte. Tu pars à gauche, moi à droite.
    — D’accord et je fais comment pour savoir où sont les autres flambeaux ? se dépêcha de demander Shem.
    — Ah oui. Myriam a déposé entre chaque flambeau un fil de fer, imprégné de magie de feu. Normalement, le fer étant chaud, il a fait fondre la neige. Donc, tu n’as qu’à suivre la ligne de neige fondue.
    — C’est plutôt ingénieux.
    — Ahah ! C’est pas moi qu’il faut complimenter ! Aller, on y va.

    La neige était presque toujours aussi épaisse qu’il y a deux jours, cette neige n’offrait qu’une vision opaque du monde qui les entourait.
    Shem partit à gauche comme prévu. Le premier flambeau à faire de la lumière fut celui de Grimm, quelques secondes après être monté au-dessus de l’entrée de la grotte, Shem enflamma aussi le sien.

    « Alors... une ligne de neige fondue au sol... Trouvé ! »

    Shem suivit cette ligne, qui l’amena au deuxième flambeau, celui-ci avait été renversé par le vent, il se baissa pour le ramasser, et l’alluma. Pendant qu’il était baissé le vent glacial, eut le temps de se faufiler entre ses vêtements, il lâcha un petit cri.

    — Très viril Shem.

    Le froid qui régnait, donnait juste envie de s’abandonner au sommeil, mais Shem continua de suivre la ligne au sol, pour arriver au troisième flambeau, à partir du troisième on commençait à entrer dans la forêt. Shem pouvait apercevoir les arbres à travers la brume que créait la neige.

    « J’aime pas cette saleté de forêt… »

    Il suivit la ligne pendant peut-être une ou deux minutes, en essayant de suivre le tracé au sol. Le quatrième semblait être en plein milieu de la forêt. Très rassurant. Il continua de marcher, mais le quatrième flambeau resta introuvable.

    — Où est la ligne ? J’ai perdu la ligne !
    « Je suis dans le caca… »

    Il chercha partout autour de lui. Il fit bien attention à rebrousser chemin tout doucement, pour voir s’il apercevait soit la ligne de neige fondue, soit le flambeau. Mais rien.

    — GRIMM !!

    Aucune réponse. Contrairement à avant, il n’entendit pas son écho. Il continua d’essayer de chercher la ligne et le flambeau, mais toujours rien. Puis en posant son pied gauche par terre, il finit par toucher de l’eau.

    — C’est bon ! Enfin retrouver cette fichue ligne ! J’ai eu peur...

    Il se remit à suivre la ligne qui s’enfonçait dans la forêt. Mais pas de flambeaux. La ligne s’arrêtait comme ça. Shem regarda à travers le peu de forêt qu’il pouvait apercevoir, mais rien non plus. De plus il commençait à faire nuit.
    Il regarda au sol, à l’emplacement du flambeau, il semblait y avoir quelque chose.

    — Ah bas voilà t’es juste tombé par ter-

    Shem, lâcha ce qu’il avait dans les mains. Ce n’était pas du tout un flambeau, mais un lapin maculé de sang.

    — Euh... je ne pense pas que ce soit normal... sa voix vacilla un peu sous la surprise et pendant une seconde ses yeux furent traversés par l’angoisse.

    Il reprit très vite, la route du retour en ne lâchant pas une seconde la ligne dessinée au sol. Jusqu’à arriver au premier flambeau. Il descendit du haut de la grotte, pour directement et au plus vite, rentrer dedans.
    Grimm le prit de court dès qu’il entra.

    — Eh, mec tu foutais quoi, il fait presque nuit, t’aurais pu finir congelé. Ou peut-être pire...
    — Bah disons que j’ai perdu la ligne au sol... avoua Shem.
    — Mon cher Shem, vous manquez d’attention !

    L’adolescente qui se trouvait tout à l’heure à la droite de Teeli, et qui maintenant était en train de préparer à manger près du feu, se retourna et prit la parole. Elle avait un léger soupçon dans le regard.

    — Monsieur a sa main droite pleine de sang. dénonça l'adolescente.
    — Euh... Oui.
    — Vous vous êtes rouvert la jambe ? continua t-elle.

    Shem sentait comme une suspicion dans sa voix.

    — Non, en fait, c’est ce qui a causé mon retard.

    La plus jeune des filles se retourna, alors qu’elle était toujours assise au même endroit où Shem s'était réveillé, mais cette fois-ci, la petite était éveillée, tout le monde hormis la jeune femme qui préparait à manger était tourné vers Shem.

    — Vos regards sont gênants...

    Grimm commença.

    — On ne va pas te bouffer hein. Vas -y, explique-nous, on t’écoute. le rassura t-il d'une voix calme en regardant Shem droit dans les yeux.
    — Et bien, j’ai suivi les lignes qui étaient au sol, histoire de ne pas me pommer. Mais j’ai fini dans la forêt, et je me suis totalement perdu, en cherchant le quatrième flambeau. Le fil qui amenait au quatrième flambeau n’amenait sur rien. Et à la place du flambeau, il y a,encore en ce moment un lapin mort.

    La cuisinière reprit la parole.

    — Je n’ai mis aucun flambeau dans la forêt.
    — Hein ?! s’écria Shem ahuri.
    — Tu en es sûre Myriam ?
    — Oui, je suis sûre de n’avoir fait aucune installation en dehors du périmètre de la plaine où l'on est.
    — Mais... je vous promets que c’est vrai, on aura qu’à aller voir demain. se justifia-t-il.

    Ce fut au tour de Livia et Teeli de parler.

    — Faut avouer que c’est suspect. Mais je te crois. Et puis tu as fait mon boulot à ma place, je n’ai rien à dire... dit Livia en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille.
    — Oui, puis comme t’as dit, on verra si tu nous as menti demain. Mais je ne vois pas ce que ça t’apporterait. continua Teeli.
    — Merci de me croire. Il marqua une pause, puis reprit. Mais sinon à quoi servent toutes ces torches dispersées un peu partout autour de la grotte ?
    — Ça permet de faire fuir les nuisibles, et les mauvais esprits. Comme ça, ils ont bien plus de mal à s’approcher. Myriam a tout mis en place pour nous.
    « Des nuisibles ?... Et des esprits, c’est bien un monde fantasy ! »
    — Pourquoi ? C’est juste un simple feu, non ?
    — Non, ce n’est pas un simple feu. Comme tu peux le voir, le feu ne produit presque pas de fumée. C’est un feu sacré.
    — Hmm, j’imagine que ce feu sacré ne s'éteindra pas tant que celui qui l’a créé ne s’endort pas, ou un truc du genre.

    Grimm sembla surpris de la phrase de Shem.

    — Enfin quelque chose que tu sais !
    « Non, c’est un coup de chance ! »

    — Non, vu la tête qu’il fait c’est un coup de chance. lâcha Teeli avec un sourire moqueur.
    « Grillé ! »
    — Tsss... Tu pourrais être plus gentille. Tu manques de sagesse pour ton âge Teeli.
    — Hein !!? On dirait que j’suis une vieille à t’entendre parler ! Tu veux que j’te frappe ? C’est gratuit. elle dit cela avec un sourire à peine perceptible.
    — Non. Sans façon.

    Grimm était en train de se retenir de rire, à cause de la phrase de Teeli.

    — Bien joué Shem ! Toutes mes félicitations !
    — Ta gueule Grimm. déblatéra-t-elle sans aucun tact.
    — Tant de grossièreté ! Il faut que t’arrêtes, on va finir par te prendre pour un homme.
    — Et toi tu vas finir encastré dans les parois de la grotte... dit-elle d'une voix agacée.

    Livia souriait en regardant la scène, Shem prit l’opportunité de lui parler pendant qu’elle aidait la petite et Myriam à faire à manger.

    — C’est tout le temps comme ça ?
    — Je dirais que oui. Ils s’entendent bien, mais Grimm aime bien la chercher.
    « Ça, je l'ai remarqué.»
    — Oh, il veut la draguer alors. pensa t-il à haute voix.

    Elle lâcha un rire, qui malgré sa voix stricte était plutôt mignon.

    — Non. Et même si c’était le cas, Teeli est déjà mariée. dit-elle sur un ton amusé en gigotant.
    — C’est la plus vieille de votre groupe ?
    — Oui, elle nous a en charge.
    — C’est la capitaine ? Ou un truc qui y ressemble ?
    — Non, elle aide Grimm dans son rôle de capitaine.
    « Alors comme ça, il est capitaine. »

    Il regarda Livia et lui accorda un sourire, elle le lui retourna.

    — Merci pour ces informations.

    Livia ne prit pas la peine de lui répondre. En observant, tout le monde, Shem, se rendit compte que c’était presque une famille. Ils étaient comme unis par quelque chose d’invisible, que Shem n’avait jamais connu. La petite prit la parole pour annoncer que le repas était prêt. Tout le monde vint près du feu. Il y avait juste un plat de viande, et des espèces de barres de céréale. À l’unisson tout le monde dit « Bon appétit ». Le repas se passa sans dialogue, à croire que tout le monde était fatigué.

    — C’est quoi ces barres ?
    — Oh ça ? C’est ma création ! Une barre avec des céréales et de nombreuses plantes ! C’est ultra-vitaminé ! s'écria Grimm avec enthousiasme.
    — Revoilà que Monsieur se la pète... renchérit Myriam sur un ton moqueur.
    — Roooh c’est bon je disais ça en déconnant.
    — Lalalilalère, je ne vous entends plus. continua-t-elle en regardant la réaction de la petite.
    — Arrête de m'imiter ! s’exclama la petite fille en faisant la tête.

    Teeli s'allongea devant une des parois de la grotte, emmitouflée dans une grosse couverture en laine.

    — Bon, je me couche, essayez de ne pas faire de bruit.
    — Ouais pas de soucis. répondirent Myriam et Grimm toujours en train de se chercher du regard.

    Tandis que Teeli s’était allongée dans un coin de la grotte avec une couverture par dessus elle, tout le monde se mit à parler moins fort.

    — Pourquoi se coucher si tôt ? demanda Shem.
    — Monsieur l’a dit soi-même tout à l’heure, celui qui garde la flamme sacrée allumée ne doit pas s’endormir.
    — Oh c’est donc toi qui t’occupes de tout ?
    — Oui mais Sylvia m’aide aussi à garder la flamme en état. répondit Myriam. Du coup on doit rester éveillée toutes les deux, pendant toute la nuit.
    — Ça explique pourquoi la petite a dormi toute la journée.
    — Je suis pas petite ! s’écria la concernée en faisant une moue et en mettant ses doigts dans les oreilles.

    Myriam gloussa en mettant la main devant sa bouche, et reprit.

    — Vous avez raison, Monsieur, c’est bien cela. Et du coup tout le monde se couche tôt, pour se réveiller tôt, comme ça, Sylvia et moi, nous pouvons nous reposer. continua d'expliquer Myriam avec un petit sourire.
    — Sans elle, nous n’aurions aucune protection de nuit, et nous serions obligés de faire des rondes. reprit Grimm sans se demander s'il avait coupé la parole à Myriam.
    — Je vois, c’est un énorme atout pour votre groupe. Et d’ailleurs Myriam ! C’était une très bonne idée le coup du fer chaud sous la neige.

    En réponse à sa phrase, elle sourit humblement. Et lui répondit avec une voix douce.

    — C’est bien rare que l’on me complimente. Je vous remercie pour cela.

    Shem sentit une vague de chaleur lui monter au visage.

    — Monsieur, va succomber à mes charmes si facilement ? La phrase fut prononcée avec un ton sarcastique.
    — Non, je vais essayer de résister ! Il prononça sa phrase en fronçant les sourcils tout en souriant.

    Myriam rit. Puis ce fut, une nouvelle fois un silence qui prit place.
    La petite se mit en place, et Myriam la suivit dans le coin plus reculé de la grotte. Elles fermèrent les yeux. Sûrement en train de se concentrer sur les flammes sacrées.

    Grimm commença à chuchoter.

    — Tu es sûr que le flambeau n’était plus là ?
    — Sûr.
    — T’as vu un truc étrange ou qui a attiré ton attention ?
    — Je ne pense pas que quelque chose m’ait vraiment marqué. La seule chose bizarre, c’est le lapin, et le fait que je sois arrivé dans la forêt. expliqua Shem.
    — Oui, c’est étrange... ça ne peut pas être un simple hasard. Le lapin a dû être déposé.
    — On verra ça demain, si l’on se tracasse trop, on ne va pas dormir.

    Il y eut un autre silence, mais celui-ci fut bref.

    — Dans ton sac bizarre, là-bas, j’ai interdit aux filles de l’ouvrir pour voir ce qu’il y avait dedans, parce que je trouvais ça malpoli, mais il est très lourd.
    — Oh et bien ce qui pèse le plus lourd, c’est un gros livre. répondit Shem.
    — Un livre ?
    — Oui. Il y a plein d’animaux dedans. Une sorte de bestiaire.

    Shem alla chercher son sac en essayant de faire le moins de bruit possible. Il l’ouvrit pour prendre le livre qui était dedans.
    Il le donna à Grimm, qui l’ouvrit précautionneusement.

    — Je ne comprends pas cette écriture, c’est quelle langue ?
    — Euh et bien, du français.

    Grimm le dévisagea.

    — D’accord. Il n’y a pas que des animaux qui viennent d’ici. Celui-là par exemple, il n’existe pas.
    — Hein ?

    Grimm lui montra l’animal en question, qui était très bien dessiné. C’était une couleuvre. Shem resta un petit temps sur place avant que son cerveau ne revienne en état de marche. C’est une espèce de serpent plutôt commune. Qu’il ne la connaisse pas était plutôt bizarre.

    — Oh je vois, peut-être que l’auteur s'est trompé de nom. dit-il en n'y croyant pas lui-même.
    — En tout cas c’est un beau livre. « Liber Vitae » le nom c’est ça ?
    — Ouais.
    — Je m’en souviendrai. Bon je vais dormir, il se fait tard. À demain.

    Shem sentit le sommeil l’envahir. Et il s’endormit assis contre la paroi de la grotte.
    Le temps passa et Myriam prit la parole assez fort pour réveiller tout le monde.

    — Grimm ! Il y a une fluctuation de la flamme !
    — Hein ! Euh ! Attends ! Laisse-moi deux secondes ! Sa voix était complètement endormie.

    Tout le monde était réveillé et aux aguets de quelque chose. Peut-être d’un bruit, ou d’une ombre à travers la neige. Grimm se leva après quelques secondes, et essaya d’observer le mieux possible ce qu’il se passait.

    — Sur quel flambeau ? demanda t-il.
    — Le troisième. Celui de gauche.
    — D’accord, sinon Myriam, c’était un nuisible ou une bête ?
    — Je vais répondre à sa place, elle cherche le monstre. répondit la petite à la place de Myriam.
    — Le monstre ?
    — Moui, le vent qu’il y a eu entre les flambeaux était chaud, il y a que les gros méchants monstres qui peuvent être détectés comme ça. expliqua t-elle à sa manière.
    — Aussi talentueuse que sa sœur… commenta Grimm.

    Le vent de la tempête s’était calmé durant le début de la nuit, on pouvait légèrement apercevoir la Lune à travers la neige. Elle tombait plus doucement que les autres jours. Cela faisait au moins plus de quatre jours que la tempête avait commencé. Le pic de son activité se situait sûrement pendant qu’il dormait.

    « Un monstre... de toute façon on est six, et mes coéquipiers ont l’air forts. Par contre, si les “monstres” eux aussi sont à plusieurs, ça risque d’être une autre affaire. Est-ce qu’il craint le feu ? Ça m’étonnerait, sinon il ne serait pas passé à côté d’une des flammes sacrées... De plus il fait complètement nuit, donc ces “monstres” sont nyctalopes. On n’a pas beaucoup d’avantages… »

    — Demain je reste ici pour veiller sur Myriam et « ‘Via » ? la questionna Livia.
    — Ouais je pense que c’est la meilleure chose à faire. Shem, tu vas nous accompagner, Teeli et moi pour nous montrer où tu as vu le lapin, et voir si on peut récolter des informations sur ce fameux « monstre », Livia tu restes là avec la petite et Myriam. ordonna Grimm.

    Tout le monde répondit « Oui, capitaine », sauf Shem qui se contenta d’un « OK ».

    — Vous savez très bien que j’aime pas qu’on m’appelle « Capitaine »... Il dit cela en agitant ses index et ses majeurs, pour bien mettre le mot capitaine en guillemet.

    Puis le temps passa, sans que rien d’autre ne se passe. Quand le soleil pointa ses premiers rayons, la neige tombait toujours un peu et avait recouvert plus de la moitié de l’entrée de la grotte.

    — Allez. Il faut dégager l’entrée, prenez les pelles dans le grand sac à côté de Sylvia.

    Shem s’exécuta, et se leva pour aller chercher les pelles. Son dos n’apprécia pas qu’il se lève d’un coup.
    Les pelles rangées dans un sac d’une taille moyenne, n’étaient pas aussi grandes que ce qu’il pensait, peut-être un demi-mètre tout au plus.

    — Toute cette neige... On ne pourrait pas la faire fondre ? râla Teeli.
    — Myriam a besoin de se reposer. On va pas lui demander encore autre chose. répondit Grimm d’une manière détachée.
    — Oui oui, je sais, on enlève tout à la pelle.

    Teeli, Shem et Grimm dégagèrent toute l’entrée au bout d’une vingtaine de minutes.
    De jour et avec une meilleure visibilité, on pouvoir voir, qu’il y avait déjà quelques installations où reposaient des troncs d’arbres, mais celles-ci étaient recouvertes sous vingt centimètres de neige. Probablement, le bûcheronnage dont Grimm avait parlé.

    — Livia, on y va !
    — Bien, je vais faire attention. répondit-elle.

    Nos trois camarades sortirent de la grotte. Shem avait renfilé le manteau en cuir que lui avait donné Grimm auparavant.

    — Alors ? Il faut suivre tout simplement les lignes au sol ?
    — Oui, c’est tout simple...
    — Bon alors tu nous as dit au quatrième flambeau.

    En marchant jusqu’au deuxième tout alla bien. Mais arrivé au troisième. Comme le soir d’avant, celui-ci, c’était de nouveau renversé. Mais le sol était pigmenté par de petites taches rouges.

    — Ça pue la merde ça... dit Grimm un peu stressé.
    « Oui, ça pue...»

    Teeli se contenta d’acquiescer.

    — Il n’y avait pas ça hier, ou en tout cas, je ne l’ai pas vu.

    Ils pénétrèrent tous trois dans la forêt.

    — Oui. Myriam, ne serait jamais allée les déposer aussi loin, ça doit être pour ça qu’elle se fatigue plus vite que d’habitude. Réponds honnêtement Shem. C’est toi qui les as déplacés ? demanda suspicieusement Teeli.
    — Hein !? Non, pourquoi aurais-je fait ça ?
    — Bien, on a affaire à un ou à plusieurs monstres de type bestial. Regardez les empreintes plus loin. le coupa Grimm.

    Les empreintes au sol étaient plus grosses que celles d’un ours avec à peu près la même forme que l’empreinte d’un chien. Teeli avait déjà pas mal avancé et s’était rendue là où devait se trouver le quatrième flambeau.

    — Euh... Venez voir...

    La voix de Teeli était lointaine, mais on pouvait sentir, une détresse, ou un stress. Quand Shem et Grimm arrivèrent sur les lieux, ils écarquillèrent tous deux les yeux, devant le champ d’animaux morts qui leur faisait face. Le sol était jonché de plein de corps de lapins dont certain membre avait été arraché et coupé très précisément, à d’autre la tête avait été arrachée violemment, et quelques renards, dont le ventre laissait apparaître les tripes, bougeaient encore un peu. Tous ces animaux étaient allongés, morts ou à l’agonie, dans la neige blanche, maintenant devenue rouge.

    Tellement de corps, qu’on aurait pu les ramasser à la pelle.
  • j'adore moi ^^ merci
  • Content que tu aimes ^^ Le chapitre 5 arrive demain ou après demain :smiley:
  • génial
  • septembre 2017 modifié
    I - 5 - « À la hache »
    — On dirait un champ de bataille...
    — Hier il n’y avait pas tout ça... dit Shem angoissé.
    — On devrait juste aller jeter un coup d’œil aux corps, pour analyser les morsures et voir si l’on trouve des empreintes.

    Grimm alla aussi vite qu’il put vers le corps de l’animal le plus proche, celui-ci était un renard, qui malgré ces blessures respirait encore.

    — Teeli, passe-moi un couteau s’il te plaît.
    — ... Bien.

    Grimm prit le couteau en main, et donna un coup sec et brutal dans la nuque de l’animal, une petite gerbe de sang s’échappa de la plaie rougeâtre de la pauvre bête agonisante, et fila jusqu’au visage de Grimm. Il exprimait une émotion que Shem n’avait jamais vue chez lui, un mélange de dégoût et de tristesse. Shem prit la parole.

    — Lui éviter toutes souffrances ?
    — Oui. J’aime pas faire ça, alors j’essaye d’être efficace pour que ce soit rapide.
    — Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais la blessure a l’air d’avoir été faite par une sorte de gros loup. continua Teeli en regardant attentivement la blessure du renard.
    — C’est bizarre... la mâchoire de l’animal semble très puissante, mais la forme de sa gueule n’est pas optimisée pour qu'il chasse seul.

    Shem réfléchit un court instant, et reprit de nouveau la parole.

    — Pourquoi l’animal aurait-il une force amoindrie par la taille de sa gueule ? Là où j’habite, il y a un chien nommé le Bull Terrier. Il a une petite gueule, mais c’est un des chiens qui a la plus grande force dans la mâchoire.
    — Le Bull Terrier ? demanda Teeli penseuse.
    — Il n’existe pas non plus cet animal... Bon c’est pas grave. Je n’ai pas l’impression que tu mens non plus. Donc... je vais te croire. dit Grimm en rangeant sa dague.
    — En imaginant que c’est ce fameux Bull Terrier qui l’a-
    — Impossible, ce chien est tout petit. la coupa Shem. Il ne pourrait pas abattre autant d’animaux à lui seul. C’est un chien de meute. Et là on voit clairement une énorme empreinte, ce chien ne ferait jamais une taille pareille.

    Teeli se gratta la nuque et continua la discussion.

    — Oui ça parait logique... Et tu as le mérite d’avoir trouvé l’empreinte avant nous.
    — Si je peux me permettre, comment tu connais cette race de chien ? Elle est inconnue chez nous. demanda Grimm.
    — Et bien mon père accordait une grande dévotion à ces animaux ! Il finit sa phrase avec un petit ricanement.

    Teeli sembla penser à quelque chose.

    — Je pense qu’un homme qui a une dévotion est quelqu’un de bien, cela permet d’avancer vers de nouveaux horizons.

    Grimm ricana.

    — T’as quoi ? l'agressa la trentenaire.
    — Quelle horrible façon de parler ! Sa phrase fut clôturée avec un grand sourire provocateur.
    — Euh... désolé de vous déranger dans votre petite querelle quotidienne, mais on n’était pas là pour enquêter ?

    Teeli et Grimm regardèrent Shem avec un air blasé. Leurs yeux exprimaient le même sentiment qu’après s’être pris une cuite au Whisky. Teeli commença en premier à exprimer son mécontentement.

    — Mais ta gueule. Cette phrase fut prononcée avec tellement d’entrain qu’on aurait pu confondre sa voix avec un ronflement.
    — T’as gâché mon passe-temps. Je te boude.

    Shem fixa les deux idiots avec un regard qui frôlait celui d’un cadavre.

    — Vous êtes débiles ?
    — Ça dépend des jours. Il lui fit un clin d’œil.
    — Hein ? Je vais finir par me facepalmer... désespéra Shem.
    — Fassepamer ? demanda Teeli.
    — Non, rien. Oublie. S’il te plaît.

    Les trois acolytes se levèrent pour avancer vers les corps des lapins dont les membres avaient été arrachés avec précision. Teeli se pencha pour saisir une patte d’un des nombreux lapins gisant sur le sol froid.

    — Vu le nombre de corps et de membres éparpillés partout ici, on ne va pas pouvoir déterminer à qui cette patte appartenait. À moins que tu veuilles essayer un truc Grimm ?
    — Ouais, je vais tenter quelque chose.

    Grimm prit la patte et en coupa un tout petit bout. Juste un tout petit morceau de chair, qu’il posa dans la paume de sa main droite. Sa main commença à être entourée par une très faible aura bleue et blanche. Puis, il sembla concentrer cette aura sur le morceau de chair qu’il avait dans le creux de sa main. La chair commença à très légèrement léviter, puis elle se mit à bouger d’elle-même, flottant au-dessus des cadavres. Elle finit par descendre vers le sol pour finalement rejoindre un cadavre de lapin qui était au moins à une dizaine de mètres. Ce morceau de chair finit par fusionner avec le corps du lapin.
    Shem resta devant la scène pendant quelques secondes, avant de reprendre ses esprits.

    — Si j’ai bien compris, tu as utilisé la magie pour localiser le corps du lapin à qui appartenait la patte ?
    — Oui, en gros, j’accélère le processus de régénération par mille, et ça a pour effet de rattacher des morceaux de corps ou même des membres. répondit Grimm.
    — Badass !!
    — Hein ?
    — C’est pas grave... Mais dans ces cas-là, pourquoi t’as pas pris directement la patte ?
    — Bah... Il rit jaune. Ma magie est encore faible, le mieux que je peux faire, c’est recoller des petits morceaux de corps.
    — T’es vraiment nul. le taquina Teeli.
    — Chut la trentenaire.

    Teeli adressa à Grimm un sourire forcé, puis commença à inspecter le corps de l’animal.

    — Et bien, la bête n’y est pas allée de main morte. Mais elle a aussi été redoutablement précise. On peut voir que la patte a été coupée, et non arrachée, en suivant l’humérus, qui fait la jonction des pattes avant au buste du lapin.
    — Sacrément précis. On dirait qu’il était là juste pour tuer.
    — Ou nous prévenir. dit Shem sur un ton rêveur.
    — La suite de phrase qui fait peur.
    — Je suis bon pour ce genre de choses.
    — C’était pas un compliment. lui renvoya Teeli.

    Shem se tut un instant pour encaisser la gifle verbale qu'il venait de se prendre.

    — Toujours aussi sympathique cette femme ! Son incroyable gentillesse me stupéfiera toujours ! s'exclama Grimm en regardant Teeli.
    — Toi, ton humour est toujours aussi pourri ! Ça aussi ça me stupéfiera toujours !
    Je pense que je devrais juste me taire, et continuer à faire quelques recherches tout seul... Là ils vont s’embrouiller pour un petit moment, autant ne pas les déranger...
    — Blablabla, tu parles beaucoup-
    — Tu cherches la merde à une femme bien plus âgée que toi-
    — Oui, tu es une vieille quoi-
    — ... Dis Grimm... tu aimes les pompes funèbres ?

    «...»

    Quelques secondes passèrent...

    « ...Bon... ils ont l’air de bien s’entendre... Sinon, les corps des autres lapins n’ont pas grand-chose de spécial. Je pense qu’on va se focaliser sur le corps qu’a récupéré Grimm grâce à sa magie. Alors, je vais plus aller voir du côté des empreintes .»

    Shem s’avança près des quelques empreintes qu’il avait vues auparavant, la neige était plutôt enfoncée.

    « La neige m’a l’air plutôt tendre ici, c’est une sorte de mélange entre, la neige transformée et la neige poudreuse. Donc elle s’enfonce plutôt facilement, vu la taille, et le nombre de centimètres sur lesquels l’empreinte est enfoncée... et en comparant mes empreintes... Celle de la bête est au moins cinq fois plus enfoncée... Je fais 59 kilos, donc la bête doit faire presque 300 kilos. C’est pas un petit animal. »

    — Vous avez fini les tourtereaux ?
    — Hein ? Les quoi ? s'affola Teeli.
    — Les tourtereaux. Shem déblatéra ces deux mots, comme s’il voulait cracher un mollard.
    — J’ai comme l’impression, que pour toi aussi Shem, il serait préférable que je contacte les pompes funèbres.
    — Avec quoi ? On est au milieu de nulle part.
    — On a quand même de quoi envoyer des rapports à la grande ville !
    — Ah bas ça va alors ! répondit Shem de manière ironique.
    — Bon ! Sinon tu voulais nous dire un truc. Vas-y. continua Grimm avec un grand sourire.

    Shem raconta tout ce qu’il avait pensé il y a quelques minutes. Teeli et Grimm furent contents de voir que quelqu’un faisait leur travail à leurs places.

    — T’es une bonne bonniche en fait ! dit Teeli sur un ton amusé.
    — Hé !

    Teeli rigola avec sa manière décontractée qu’elle avait tout le temps.

    — Je rigole, je rigole ! Je suis juste contente de voir que tu travailles sans rien demander en retour. C’est quelque chose de très rare.
    — Oh ? Ah bon, à ce point-là ?
    — Oui, l’homme est avare.

    Grimm acquiesça à la remarque de Teeli, et prit la parole à son tour.

    — En travaillant comme chevalier, l’État ne te paye pas. Ce sont les dons que font les gens qui payent notre salaire. Nous travaillons pour le Seigneur de Crylla, mais ce n’est pas lui qui nous paye. L’exemple de ce seul seigneur suffit à appuyer les mots que Teeli t’a dit. Le seigneur ne peut pas nous payer et les hautes richesses ne donnent aucun crédit aux chevaliers.
    — Et personne ne peut inverser la tendance ?
    — Bah, disons qu’on pourrait essayer, mais bon, ce serait une tentative de coup d’État. Personne ici n’a envie de finir crucifié ou sur le bûcher.
    — Ola ! Votre seigneur est expéditif. s'exclama Shem, un peu surpris par les directives du seigneur.
    — On travaille pour lui. Heureusement pour nous, cette enflure n’est pas notre « chef ». reprit la trentenaire. Bon, arrêtons-nous là pour le moment. On devrait se concentrer sur l’enquête.
    — Et c’est toi qui parles...
    — Oui c’est moi ? Pourquoi ?
    — Laisse tomber... répondit Shem sur un ton blasé.

    Le vent recommença doucement à souffler. Shem se hâta de prendre un autre des nombreux corps de lapins éparpillés par terre. Teeli avait le corps du renard que Grimm avait précédemment tué, et Grimm, lui, avait récupéré le corps du lapin, sur lequel il avait utilisé sa magie. Tous les trois partirent en direction de la grotte. Arrivés juste devant la grotte, Livia se tenait accroupie, épée dans la main gauche, devant Silvia et Myriam qui dormaient.

    — Vous m’avez fait peur.
    — Tu veux un câlin ? Grimm dit cela, avec un brin d’ironie.

    Livia se contenta de... ne rien répondre.

    — Ton silence me fait mal...
    — Pour être plein de sang comme ça, j’imagine que vous avez trouvé quelque chose. continua t-elle.
    — Oui, on a trouvé plein d’animaux morts, principalement, des lapins et des renards. Et puisque t’es celle qui s’y connaît le mieux sur les animaux, on fait appel à tes connaissances. dit Teeli en montrant le corps du renard.

    Grimm revint dans la conversation.

    — Les trois quarts ont été tués, le reste était en train d’agoniser.
    — Ça peut être une meute de loups-
    — C’est impossible qu’une meute de loups puisse faire ça. dit Shem en coupant Livia.
    — Eh !!? Alors, dis-moi pourquoi.
    — Les deux idiots ont oublié de préciser ce que je leur ai dit tout à l’heure. Suite à cette phrase, Shem entendit Teeli grogner. Déjà pour un loup, les empreintes sont énormes, de plus, vu comment celles-ci étaient enfoncées dans la neige, ça ne pouvait être qu’une bête d’au minimum 300 kilos.
    — Hmm, je vois... Donc on a plus à faire à un animal solitaire. Mais par contre, c’est quoi des « kilos » ?

    Shem eut l’impression de tomber dans le plus profond des ravins. Ces yeux devinrent plats.

    — Bah, euh... C’est un poids...
    — Ici, il n’y a qu’une seule unité de poids. Livia semblait un peu désorientée, mais pas autant que Shem.
    — ...
    — La seule unité de poids c’est le Mane, et il y a aussi le Stane, mais il est très peu utilisé.
    — ...
    — Arrête de répondre « ... », c’est chiant.
    — ... ,il étouffa un léger ricanement en même temps.

    Livia prit un caillou se trouvant sur le sol de la grotte, et le jeta en plein dans la face de Shem.

    — Ça va t’es réveillé maintenant ?
    — Ça fait mal putain ! gémit Shem dans la douleur.
    — Bien fait.
    — Sale gar-

    Shem se reprit un caillou un peu plus gros en plein dans l’œil. Il commença par se rouler par terre à cause de la douleur. Mais il s’arrêta vite.

    — Désolé, j’arrête Maman. C’est promis.
    — C’est bien fils. Elle rigola un peu à ce dialogue démuni de sens, puis reprit. Alors, tu as l’air de t’y connaitre question bestiole. Pour toi c’est quel genre d’animal ?
    — Et bien, si j’avais suivi le chemin de la logique, j’aurais dit un animal, tel qu’un énorme chien ou loup. Mais si je suis le chemin de l’instinct, je pense que c’est encore autre chose. Selon les morsures. Grimm lui donna le lapin qu’il avait trouvé avec la magie. Quand on regarde, la morsure, on voit clairement qu’il n’a pas de molaire, les traces qu'ont laissées ses dents, sont celles de deux rangées de canines superposées, toutes ses dents sont identiques, on le voit très bien sur le lapin, ou sur le renard que Teeli a ramené, la bête en question n’a eu aucun mal à faire ce carnage.

    Livia, semblait assez stupéfaite, de la conclusion de Shem.

    — Et bah. Tu m’épates, que quelqu’un sache autant de choses, juste en regardant une simple morsure, ça n’est pas donné à tout le monde.
    — Mon père m’a formé à ce genre de chose... dit Shem en étant dans ses pensées.
    — Hmm. Je comprends mieux d’où viennent tes connaissances. Mais on doit avoir à peu près le même âge, et mes capacités d’analyse sont loin d’être aussi rapides. Tu es quelqu’un de surprenant. avoua t-elle.

    Shem se mit une fois de plus à rougir devant elle. Silvia détourna les yeux, un peu gênée. Grimm regardait Shem avec de grands yeux ronds.

    — Tu veux te la faire ? Hein ?

    Grimm reçut une sorte de vague translucide dans le ventre, cette vague déformait la vue de ce qu’il y avait dedans, de la même manière qu’une loupe. Grimm s’envola à l’autre bout de la grotte jusqu’à atterrir dans la neige à quelques mètres de l’entrée. Livia entama une nouvelle discussion.

    — Ça te dérangerait d’arrêter de dire des choses gênantes ?
    — Non. Je n’en ai point envie. En plus tu m’as fait mal. Donc. Je te boude.
    — Ah je vois, ça va me faire des vacances.
    — Quelle méchanceté ! s'écria Grimm de manière théâtrale.
    — Ça vous dit de vous concentrer sur ce dont on parlait ?! les arrêta Teeli.
    — Bien sûr, Madame la Doyenne.

    Teeli jeta un regard à Grimm, que Shem ne put voir, mais Grimm, se tut directement et vint s’asseoir sans dire un mot.

    — Là est le problème Grimm, on ne dirait pas que tu es capitaine.
    — Oui oui. Pour la première fois, il semblait être un peu agacé.

    Teeli s’avança vers le feu sacré pour avoir de la lumière, et elle prit la parole, en ayant le regard le plus sérieux que Shem l’ait vue porter jusqu’à maintenant.

    — On devrait prendre des mesures radicales par rapport à cette bête. Déjà comme avait dit Grimm avant que l’on parte de Crylla, la priorité revient à se construire un abri. On va pas rester cloîtré dans une grotte tout le temps.
    — Oui, je pense que le mieux que l’on puisse faire c’est se remettre à bûcheronner. confirma Grimm. Il s'est presque arrêté de neiger donc c’est parfait. On va les laisser dormir. Shem, t’es partant ?
    — Et bien écoute, les troncs, tu vois, ça me connaît.
    « Bien sûr, c’est un mensonge. »

    Grimm alla dehors et s’accroupit devant une caisse en bois, où était accrochée une sorte d’amulette qui semblait servir de cadenas. Grimm concentra sa magie dans sa main droite, une sorte d'aura bleue et blanche enveloppa sa main, puis il passa sa main au-dessus de l'amulette ; celle-ci tomba au sol. Il ne prit pas la peine de la ramasser, et il sortit plusieurs haches dont l’ergonomie était spéciale. Grimm en donna une à chaque personne qui était là, c’est à dire, Livia, Teeli, Shem. Plus lui-même.

    — Ces haches sont étranges, ou plutôt leur forme l’est.

    Les haches suivaient parfaitement les courbes des doigts, et là où les mains devaient être posées, une sorte de mousse était déposée.

    — Oui, puisque mon pouvoir ne sert pas énormément dans les batailles, j’essaye de créer des outils qui mélangent efficacité et confort. Souvent à cause des mouvements répétés avec leurs mains, les bûcherons, ont les doigts détruits, du coup j’ai créé des haches faites pour éviter cela.
    — Un esprit de génie. Mais on peut l’appeler « Madame la Bricoleuse. affirma Grimm.
    — Oui, mais ça, c’est pour les intimes. Elle dit ça en souriant.
    — Bon allez on y va ? demanda Shem.

    Shem se souvenait comment faisaient les bûcherons, mais il se posait la question si c’était si simple que ce qu’il avait vu.

    — Ouais, allons-y. Toi, Shem, tu vas prendre la section la plus à gauche, il y a environ une trentaine d’arbres, et encore une fois, les sections, sont séparées par des fils de fer chaud, fais gaffe aux lignes de neige fondue hein. Ahahah.

    Shem partit en levant le pouce de la main droite, pour bien montrer qu’il avait compris. Dans sa main gauche, la hache pesait assez lourd.

    « Je ne vais pas me plaindre, c’est pas aussi lourd qu’un de ses animaux… »

    Arrivé devant un pin, Shem commença à lever le bras comme un joueur de Baseball et donna un grand coup dans le bas de l’arbre.

    « Je ne crois pas que ce soit comme ça que l’on fait... regardons les autres… »

    En observant quelques minutes, il commença à comprendre. D’abord deux coups vers le bas, puis deux vers le haut, pour indiquer la direction vers laquelle l’arbre va tomber. Puis donner de grands coups dans la même direction que les coups précédents.

    « Ça a l’air facile quand je les regarde faire… »

    Et enfin, il faut utiliser la même méthode à l'opposé de là où la première coupe a été faite.
    Le premier arbre de Shem tomba au bout de quelques minutes, dans la bonne direction.

    — Wooo, il y a des fois, je m’impressionne !

    En regardant dans la direction des autres, Shem vit qu’ils avaient déjà abattu deux arbres et qu’ils avaient tous trois commencé leurs troisièmes.

    « J’ai mal aux bras… »

    En reprenant son travail, il avança vers un arbre un peu plus grand. Il avait attiré l’œil de Shem, de par sa beauté et sa taille. Le bois semblait être beaucoup moins tendre. Shem regarda l’arbre plus attentivement. Les feuilles n’étaient non pas recouvertes de neige, mais d’une sorte de lumière blanche à peine visible. En dehors de la lumière qui en sortait, le feuillage était touffu, et contrairement à tous les autres arbres qui l'entouraient, celui-ci ne semblait pas être un épineux, mais bien un feuillu. L’arbre en question donnait un sentiment de sécurité. Le tronc était plutôt large. Shem s’arrêta de regarder l’arbre, et se mit en position pour le couper. L’écorce ressemblait plus à du métal qu’à autre chose, et était ponctuée de plein de petites stries.

    — Dommage de devoir couper un arbre comme ça. se dit-il à lui-même.

    Shem se mit en position pour donner un coup de hache. Celle-ci s’abattit avec force, mais ne s’enfonça que de quelques centimètres dans le tronc. La hache laissa entendre un long tintement métallique, tandis que les bras de Shem vibraient à cause du choc.

    — WOW ! C’est du tungstène cet arbre !!

    La hache ne voulant pas se retirer du tronc, il posa son pied sur le tronc de l’arbre, et tira de toutes ses forces, jusqu’à tant que la hache se décroche. Shem se prit l’arrière de la hache en plein sur le front, il fut sonné pendant quelques secondes, puis il regarda la hache avec un air, mi-blasé, mi en colère.

    — FOUTUE HACHE !! En plus l’arbre n’a rien...

    Shem s’était retourné vers l’arbre lumineux. Là où la hache avait frappé, une sève limpide comme de l’eau s’en écoulait. Shem la regarda un instant, et fut immédiatement attiré.

    « J’ai soif ! J’ai soif ! J’ai soif ! J’ai soif ! J’ai soif ! J’ai soif ! J’ai soif ! J’ai soif ! »

    Il avança comme hypnotisé vers l’arbre, en ayant la démarche d’un zombie. Arrivé à portée de là où la sève coulait, Shem commença à avancer la tête pour en « boire ».

    — NON ATTEND !!! BOIS PAS CETTE MERDE !!!

    Une main de femme le saisit par l’épaule droite, et le tira en arrière d’un coup bref. Teeli était en face de Shem, et leva la main. Elle lui distribua plusieurs baffes.

    — Ça va t’es revenu à toi mon gars ?!
    — Kwé ?

    Elle lui redonna une baffe.

    — Ça va ? Je t’ai entendu crier alors je suis venu.
    — Oui. Oui. Désolé, la sève m'a hypnotisé ou un truc du genre.
    — C’est l’arbre qui hypnotise en soi.
    — C’est à dire ?
    — Cet arbre s’appelle un gammalaya. Pendant la journée, il capture les rayons du soleil, et pendant la nuit, il transforme ces rayons en magie noire. C’est de l’envoûtement naturel. lui expliqua Teeli. On peut aussi l’appeler « l’arbre vengeur », beaucoup de bûcherons voulant en couper un, sont morts en buvant de la sève. Elle pompe ton énergie vitale, et de plus, la sève est munie d’une puissante neurotoxine.

    Shem écarquilla les yeux.

    — Merci de m’avoir sauvé !! Ici, même les arbres sont carnivores... faut faire gaffe à tout.

    Livia et Grimm arrivèrent au pas de course.

    — Teeli, on t’a entendu crier, ça va ? demanda Livia en première.
    — Ouais, mais Shem s’est fait avoir par un gammalaya.
    — Il en a bu !? s’inquiéta Grimm.
    — Non c’est pour ça que j’ai gueulé. Pour lui dire d’arrêter.
    — Désolé... Il dit ça d’une voix gênée.
    — T’as pas à être désolé pour ça. Comme je t’ai dit, même des bûcherons expérimentés se sont faits avoir.

    Grimm sembla réfléchir. Puis une idée lui vint.

    — Teeli, cet arbre, à la nuit tombée, il appelle les « Ombres écarlates », et d’autres nuisibles c’est bien ça ?
    — Oui, le gammalaya les attire pour leur voler leur magie noire. J’imagine que tu penses que c’est ce qui attire tous les nuisibles.
    — Alors on l’arrache !! s'exclama-t-il avec entrain.
    — Mais euh... il est dur comme de la pierre... dit Shem.
    — Non, il a raison. répondit Livia. Grâce à ma magie, je peux abaisser la force de la barrière magique qui protège l’arbre, et maintenant qu’on sait tous que c’est un gammalaya, nous ne nous ferons plus envoûter.

    Teeli semblait penser à quelque chose. Elle prit la parole.

    — Ce qui pourrait être embêtant c’est le reflux de magie que l’arbre va lâcher la nuit de sa mort. Ça va attirer beaucoup de nuisibles.
    — Ou s’en fout !! On-le-cou-pe ! AHAHA ! continua Grimm.

    Grimm prit une pierre à aiguiser, et il affûta les trois haches, Livia resta avec lui près de l’arbre pour préparer sa magie. Teeli et Shem partirent jusqu’à la grotte pour chercher des gants. Si jamais la sève venait à arriver sur leurs doigts et qu’ils les mettaient dans la bouche par exemple, ça pourrait être dangereux. Une fois revenus, Livia se mit en place. Et les trois autres autour, de l’arbre. À environ deux mètre d’écart chacun.

    — Allez ! À vos haches !! s'écria t-il.
  • Je sais pas si quelqu'un en a quelques choses a faire x) Mais désolé du retard :D
  • août 2016 modifié
    t'as le droit d'avoir une vie privé surtout si t'es en vacance ^^ on peut bien attendre surtout qu'on y est habitué xDDD en tout cas MERCI
  • Merci pour le chapitre , sa commence vraiment à me plaire :smiley:
  • Et bien de rien x) Content que ça te plaise ^^ Le chapitre 6 va arriver, dans.... je sais pas xD
  • je sais vraiment pas pourquoi mais je suis sûre que le dernier mot du chap 6 sera "envoutement"

    xD
  • Je vois pas de quoi tu parles ( ͡° ͜ʖ ͡°) En fait, je fait selon le contexte du chapitre, pas selon le "mot de fin"
  • septembre 2017 modifié
    I - 6 - « Envoûtement »
    Grimm poussa un cri à la limite du ridicule juste avant son premier coup. Teeli le regarda avec une expression entre la surprise, le dégoût et l'ahurissement. À la fin de son long cri, il asséna à l'arbre un coup de toutes ses forces. Le rebond de la hache lui revint dans l'entrejambe. Le visage de Grimm pâlit, puis il tomba à genoux. Teeli avait du mal à retenir son rire qui était mélangé au tintement de la hache.

    — Sale con ! n'arrivant plus à se retenir, elle éclata de rire.
    — Ta gueule, la guenon, ça fait super mal !
    — Excuse-moi si c'était drôle ! elle continua de rire quelques secondes puis s'arrêta.
    — Vas-y... Mon seul allié ici, c'est Shem...
    — Je dois avouer que tu étais ridiculement drôle. lui répondit Shem avec froideur.

    Grimm fut étonné par la réponse de Shem, et lui renvoya un regard glacial que Shem ne vit pas.

    — C'est de ta faute. continua Livia cyniquement. Tu n'as même pas attendu que je finisse le cercle runique. Et tu nous as offert une magnifique démonstration d'auto-castration ! elle sourit et montra le pouce de sa main droite.
    — Merci. Je me sens tellement aimé. Je nage en plein bonheur.

    Shem se retourna vers Sylvia, elle avait enlevé le peu de neige que l'arbre n'avait pas arrêté avec ses branchages et tenait dans sa main droite une pierre qui ressemblait à du charbon. Elle avait dessiné deux cercles autour de l'arbre, le premier faisait bien trois mètres de circonférence et le deuxième un peu plus petit, laissait juste l'espace, pour que Livia puisse mettre les symboles entre. Après avoir placé une vingtaine de symboles, elle les sépara par des traits qui revenaient jusqu'au tronc de l'arbre.

    — C'est bon. Tout est prêt. Par contre, vous pensez que je dois me mettre à quel niveau pour cet arbre ?
    — Prends le deuxième niveau, ça ne sert à rien de placer le niveau trop haut pour un arbre, économisons nos forces pour les nuisibles. lui répondit Grimm.

    Elle se déplaça vers un des symboles, qui avait une forme simple, un parallélépipède auquel il manquait la barre du bas. Elle se tint bien droite sur le symbole, les pieds joints. Et prononça ce mot très distinctement, tout en le chuchotant.
    « Murmure ».
    Le symbole sur lequel elle était, et celui à sa droite, se mirent à briller d'une lueur verte vacillante, puis s'illuminèrent en une seconde. Les traits qui reliaient ces symboles à l'arbre s’éclairèrent progressivement jusqu'à toucher le bas du tronc. À ce moment-là, une onde partit, et souleva un peu de neige qui se trouvait à quelques mètres derrière eux.

    — Prêts ? demanda Livia sur le ton du défi.

    Teeli, Grimm et Shem, se mirent en place, et commencèrent à lever les bras pour taper tous les trois en même temps. Au premier coup, les haches ne traversèrent pas plus de trois centimètres chacun. Livia reprit la parole.

    — Il va falloir un peu de temps avant que ma magie fasse entièrement effet sur tout l'arbre.
    — OK. Mais vu sa taille, on va avoir du mal à le couper rapidement. répondit Grimm tout en étant concentré.

    Shem était dans ses pensées tout en abattant la hache sur le tronc.

    « Alors... C'est vraiment un monde fantasy... Et... surtout, quand on va l'avoir coupé, ça va ramener des « nuisibles », je ne sais pas ce que sais, mais je sens que ça va m’attirer que des problèmes... Je vais pouvoir montrer ma légendaire technique ancestrale, la fuite. Sinon, ce « gammalaya », il ressemble à une sorte de gros chêne- »

    — Shem arrête de réfléchir, tu perds ton temps. Ton cerveau n'est pas assez développé pour ça. dit Teeli sur un ton moqueur.
    — Ah bon ? T'es allé le voir ?
    — Non... mais ta tête en dit long. finit-elle en ricanant.
    — C’est celui qui dit qui est. répondit-il ironiquement.

    Coup de hache, après coup de hache, environ six centimètres avaient été enlevés et la sève coulant abondamment de l'arbre déconcentraient considérablement nos travailleurs. Impossible de ne pas avoir envie d'y toucher.

    — Olviniak ! J'en peux plus... cria presque Grimm.
    — Quelle belle expression du patois Galorien.
    — C'est une expression... ? On dirait une grossièreté québécoise... continua Shem.
    — Qué bé Quoi ze ? demanda Grimm en soulevant un sourcil. Tu racontes de la merde par paquet de douze toi.

    Grimm semblait être un peu exténué et regardait Shem avec une expression perplexe, alors que sa bouche laissait apparaître un léger sourire.

    — Merci...
    — Vous êtes sympa entre vous. Ça fait plaisir à voir ! dit Livia en rigolant.
    — Bon alors. reprit Teeli sur un ton neutre. Vous voulez continuer ou pas-

    Au loin, un cri attira l'oreille de tout le monde. La voix étant de là où ils étaient, presque inaudible, ils ne reconnurent pas la voix.

    — LIIIIIIIVIIIIAAAAA !!!

    Livia se raidit d'un coup.

    — Oups.
    — Quoi ? fit Grimm surpris.
    — Je pense que c'est Sylvia, je n'ai pas laissé de mot, ni de barrière magique... Donc elle doit stresser.
    — Tête en l'air ? continua Shem en la taquinant.
    — Non ! J'oublie rarement les choses !

    Teeli ricana d'une manière diabolique et coupa Livia dans ces explications.

    — Oh ? Rarement ? Ton tour de garde du mois dernier ?
    — C'était-
    — Le cercle magique du vendredi vingt-quatre juin ? reprit Grimm avec un grand sourire mesquin.
    — Les haches, la première fois qu'on est venu ici ? continua Teeli.
    — L'anniversaire de ta sœur ?

    Livia avait un visage qui exprimait de l'embarras et un peu d'agacement. Ces joues avaient un peu rougi. Shem sourit en voyant son visage. Il la fixa une fraction de seconde, et hocha la tête.

    — Quelle jolie réaction ! s'exclama Shem.
    — Chut ! Ne dites tous plus rien ! J'ai fait des efforts ces derniers temps !

    Grimm se gratta la tête comme pour chercher un nouvel exemple, puis apparemment, il trouva.

    — Euh... Hier t'as oublié de-

    Grimm se reçut la même vague translucide qu'auparavant, il réussit à rester debout et recula un peu. Son visage exprimait une douleur, mais il se retenait probablement. Grimm leva le pouce en l'air.

    — Aucun problème ! Tout va bi-

    Grimm tomba sec sur le sol en vomissant. Livia regarda Grimm avec la même tête qu'une dorade d'eau douce.

    — J'y suis peut-être allée un peu fort...

    Teeli regarda Livia avec un regard noir, tout en restant silencieuse. Livia essaya aussitôt de se rattraper.

    — Désolée ! Désolée ! Désolée ! Désolée ! Désolée ! Elle répéta les mots à une si grande vitesse qu'ils en étaient presque incompréhensibles. Ô Grande Duchesse -
    — Arrête ça.
    — Euh.... Du calme ? Eheh... Shem se sentit gêné de la tournure des événements. Je m'occupe de Grimm, retourner voir les filles.
    — Merci de l'initiative. répondit froidement Teeli.
    — Merci... continua Livia et regarda Shem un instant et suivit Teeli qui était déjà partie.
    « Et bah... Ça ne rigole pas. Voyons voir comment va notre pitre de service.» pensa Shem.
    — Hé, mec, tu vas mieux ?

    Il ne voyait pas Grimm de face, mais il entendit comme réponse, un bruit de déglutition. Il eut un haut-le-cœur. Grimm réussit malgré tout à parler.

    — Cette conne... Je vais lui faire bouffer mon vomi... LIIIIVIIIIAA !!!! VIENS GOÛTER À MON NECTAR GASTRIQUE !!!

    Shem ne bougea plus. Il resta là, à regarder l'idiot qui criait à s'en faire vomir. Shem se mit devant Grimm, et leva son pied droit.

    — Grimm, serre les dents.
    — Hein !! Wvarrrrg !

    Le coup de pied lui fit vomir tout ce qu'il restait dans ces intestins.

    — Wooo !! Ça fonctionne bien !
    « Il est passé de la colère au contentement en trois virgules sept nanosecondes… »
    — On m'a formé au kick, t'inquiète. répondit Shem sur un ton blasé.
    — Au quoi ?
    — Oublie. il dit cela tout en aidant Grimm à se relever.
    — Elle a un sale caractère.
    — Vous l'avez cherché aussi.
    — Oui, oui, mais elle s'en est pas prise à Teeli non ? dit Grimm sur un ton agacé.
    — Bah... Vu le regard qu'elle avait, je ne pense pas qu'elle va le refaire de sitôt. Bon, on n'y va ?
    — Ouais, deux secondes.

    Il se pencha au sol, avec une sorte de tupéroir à la main et ramassa quelque chose au sol. Puis il se leva et annonça qu'ils pouvaient partir. Le chemin qui séparait le gammalaya de la grotte n'était pas long du tout, mais il était aisé de se perdre, et cela, même, dans les seulement trente mètres qui séparaient la plaine gelée de l'arbre envoûteur.
    En revenant sur la plaine gelée, Shem aperçut des démarcations au sol qui se trouvaient à quelques mètres de l'entrée de la grotte.

    — Les marques servent à quoi ? Shem montra du doigt la démarcation.
    — Ah, oui, normalement aujourd'hui, on devait commencer à le faire.On devait créer une cabane où on pourrait ranger notre bois. On a appliqué des renforcements cellulaires sur les troncs qui sont exposés à l'entrée de la grotte grâce à un très léger enchantement, mais ils vont finir par pourrir, donc il nous faut un endroit où l'on peut les entreposer à l'abri de l'humidité.
    — Bien... Mais l'enchantement ? Il pompe la magie de celui ou celle qu'il l'a enchanté non ?
    — Et bien, pour une personne connaissant bien les enchantements, il a juste à déposer de la magie et l'objet en question reste enchanté à jamais. Mais nous, nous ne connaissons pas ce domaine magique, donc oui, cela nous pompe notre magie en permanence.

    Livia sortit de la grotte, suivie de Myriam, visiblement à l'écoute de la conversation. Shem continua.

    — Et bien, j'ai un moyen de garder le bois intact sans avoir recours à la magie.
    — Et bien, vas-y.
    — Chez moi, on plongeait entièrement le bois dans l'eau, comme ça, il était protégé des bleuissements, insectes, champignons, etc. Après quand on en avait besoin, pour éviter que le bois se fende en séchant, on le mettait dans un endroit frais comme une cave.
    — Et bien... Je n'ai jamais essayé, mais tu es sûr de ce que tu dis, le bois pourri avec l'humidité, alors l'immerger complètement ce n'est pas risqué ? demanda Myriam en penchant la tête vers la gauche.
    — On m'a appris que quand le bois est dans l'eau, tous les agents prédateurs sont bloqués. Ce qui a pour effet de garder le bois comme sous-scellé.
    — Et bah ! Tu connais pas mal de truc intéressant, dis-moi. dit d'une voix forte Teeli.

    Teeli était derrière Shem à une quinzaine de mètres, elle poussait un tronc sur des petits rondins de bois, de manière à le déplacer sans fournir trop d'effort.

    — Quelle brillante idée d'utiliser la méthode que les égyp-
    « Je ne vais pas parler de l'Égypte, ils ne vont pas comprendre... »
    — Egyp ? demanda Teeli.

    Shem marqua une pause en la regardant.

    — Donc, en imaginant qu'on creuse un trou qu'on arrive à étanchéifier, et qu'on mette de l'eau dedans, ça pourrait faire l'affaire.
    — Oui, effectivement. répondit Grimm en réfléchissant.
    — C'EST QUOI EGYP !!?

    Shem regarda Teeli avec un regard confus.

    « Elle est chiante. Ils vont finir pas me prendre pour un fou si je continue de dire des choses qui viennent de mon monde... Donc TROUVE un mensonge Shem... »
    — Egyp c'est le nom d'une famille voisine à la mienne. Ça t'a apporté quoi de le savoir ?
    — Rien, je voulais juste savoir.
    — On essaiera ta méthode, après avoir coupé le gammalaya, je pense. dit Teeli en se grattant le bras droit.
    — Vous êtes sûr ?
    — Oui je pense que c'est mieux dans ce sens.
    — L'enchantement des troncs, vous pompe à tous de la magie et donc de l'énergie, de plus Myriam et Sylvia sont crevées, et vous comptez vous battre contre les « nuisibles » dont vous m'avez parlé comme ça ? continua d'essayer de convaincre Shem. Sans oublier la menace de la bête.
    — ... T'en penses quoi Teeli ? demanda Grimm dubitatif.

    Elle avait fini de déposer le tronc à l'horizontal tout comme les autres.

    — Je pense que Shem a raison, mais l'arbre est aussi important, on a commencé à le couper, et la sève va attirer les nuisibles. On devrait se séparer en deux groupes distincts.
    — Très bien ! Je vais avec mon cher ami Shem-
    — Non. elle lui accorda un sourire sinistre. Toi, tu vas te tenir tranquille avec moi. On va creuser le trou. elle continua avec le même sourire. Si tu fais trop ton malin, je t'enterre.
    — Euh... Ma chère Teeli tu sembles être crispée, tu veux un massage ?
    — Tu ferais mieux de te taire...

    Shem se tourna vers Livia, il lui accorda un sourire, et avança vers elle. Ils commencèrent à parler alors que Teeli s'énervait encore.

    — Ça ira pour toi ? Avec l'arbre.
    — Pourquoi ? Tu penses que je suis fragile ? Livia sourit un peu. C'est plus pour toi que tu devrais t'inquiéter, selon mon analyse, ta magie est à peine développée, et ton corps ne développe même pas d'antivoûtement.
    — Oh ? Antivoûtement ? Une barrière que crée le corps contre les envoûtements ?
    — C'est à peu près ça. lui accorda t-elle.
    « Papa avait déjà évoqué le sujet... »

    Shem fut traversé par une brillante idée.

    —Tu voudras bien m'apprendre les rudiments de la magie ?
    — Ou... oui... C'est rare qu'on me demande ce genre de chose. avoua t-elle.
    — Hmm ? Pourquoi ?
    — Parce que.
    — Merci.
    — De rien. Bon, on y va.

    Shem alla chercher les haches qui avaient été remises dans le sac, il en prit quatre, deux pour Livia et pour lui, au cas où l'une casserait.

    — Bon, Grimm, Teeli, on y va avant qu'il fasse nuit. dit-elle, en commençant à avancer, suivie de Shem.

    Shem et Livia arrivèrent très vite à l'arbre. Il restait un peu plus d'une heure avant que la nuit tombe, ils se pressèrent de commencer à donner des coups de hache à l'arbre. Shem commença la conversation.

    — Ta magie qui permet de baisser la protection magique de l'arbre fait le même effet sans que tu utilises ta magie ?
    — Oui, ma magie, contrairement aux autres types, peut faire effet jusqu'à une semaine voir des fois, des mois après. expliqua t-elle en lui souriant.
    — Tu aspire l'énergie des êtres qui sont dans ton cercle runique ?
    — Non, ce n’est pas vraiment ça. C'est comme un sort normal, mais puisqu'il demande moins de force que les autres types de magie, les manipulateurs de la magie de sapement, ont développé une sorte de magie qui agit avec le temps.

    ...

    « Le blanc gênant », se dit-il à lui-même.

    Ils continuèrent à couper l'arbre en silence pendant une bonne demi-heure pendant laquelle, le soleil devenait de plus en plus rose, et violet. Livia rompit le silence.

    — Pour la magie, si tu veux apprendre, tu vas devoir apprendre la magie de base, l'enchantement quoi, aaaah, et dire qu'on apprend ça à l'école... Tu n'as pas eu la chance d'avoir un enseignement ?
    — Si, mais il était différent.
    — Comment ça, différent ?
    — On m'a appris des choses différentes. Du genre, la chimie, et la physique.
    — Bizarre, ça, on ne l'apprend que si on fait des études supérieures, et souvent ce genre de personnes travaille pour l'État, car les frais d'enseignement sont extrêmement coûteux. dit Livia en pensant à quelque chose. Tu viens d'une famille riche ?
    — Ahahah... Le regard de Shem devint sombre et mélancolique. Non, nous étions vraiment très très loin d'avoir de l'argent... Bon ! Sinon, on devrait y aller, il commence à faire nuit.

    Livia s'arrêta de lui poser des questions quand elle vit son visage. Shem prit les haches, et il commença à se préparer. En récupérant une des haches, Shem se fit éclabousser d'un peu de sève.

    — Shem fais gaffe ! Nettoie ça vite ! elle lui jeta une sorte de mouchoir en tissu.
    — Merci.

    Il essuya la sève avec le mouchoir tout en gardant ces gants. Il les enleva sur le chemin du retour, et une fois revenu à la grotte, ils virent que le trou avait à peine été creusé. Livia rentra dans la grotte.

    — Myriam ne donne pas à manger à ces fainéants, ils n'ont rien foutu !
    — Uuuuh, je sais... Ils n'arrêtaient pas de crier, alors impossible de se reposer, du coup, j'ai un peu commencé à creuser.
    — En plus c'est même pas eux qui ont creusé...

    Shem se permit d'entrer.

    — Vous n'en avez pas branlé une...
    — Blablabla ! grogna Teeli.
    — C'est elle qui m'a empêché ! C'est un monstre... dit Grimm sur un ton moqueur.

    Teeli lui accorda un sourire radieusement monstrueux. Shem reprit la conversation.

    — Magnifique ! Quelle superbe tête Teeli, on aurait dit un ogre !
    — Merci...
    — Chut, n'essaye pas de me faire oublier ce que j'ai dit Shem. Elle se plaint de Grimm, mais elle en fait autant. se plaignit Livia sur un ton énervé.
    — Mouais, pareil pareil, je ne crois pas...
    — Allez creuser votre putain de trou ! cria Livia.
    — Oui, Madame la Duchesse...

    Teeli prit Grimm, par le col et l'emporta avec elle dehors, lui ne bougea même pas, il se laissait juste emporter en regardant le feu sacré qui n'avait cessé de brûler depuis la première fois où Shem l’avait vu. Livia semblait un peu contrariée des comportements du duo terrible.

    — Sylvia m'a aidé, mais j'ai fait la plus grosse partie. Elle commence à fatiguer. commença Myriam.

    Shem prit la parole à son tour sans laisser le temps à Livia de parler.

    — Tiens, c'est vrai. C'est bien ta petite sœur Livia ? il sourit en regardant Sylvia.
    — Oui. C'est ça.
    — Elle a l'air très jeune, pourquoi elle est là ? C'est dangereux, elle risque gros en venant ici. dit-il sur un ton un peu plus sérieux que d'habitude.
    — Bah... C'est elle qui a voulu venir... répondit Livia un peu gênée.

    La petite se leva, et se mit derrière Livia.

    — Papa et Maman sont horribles, je ne veux juste pas être avec eux.
    — Oh, désolé d'avoir abordé le sujet, c'est indiscret de ma part.
    — C'est pas grave, on est habituées. continua Livia en accordant un sourire à Shem.

    Shem se surprit lui-même à rougir.

    « Pourquoi je rougis pour rien moi... »
    — Je vais finir par trouver ça mignon. dit Livia en souriant.
    — J'imagine que c'est bien pour moi ?
    — Monsieur s'essaye à la drague ? surenchérit Myriam avec un air moqueur.
    — Raaaaah chut !
    — Je vais vraiment finir par trouver ça mignon. affirma Livia.

    Shem rougit encore plus. Ce qui fit rire les trois filles présentes dans la grotte. Le regard de Shem devint similaire à... du vide, il s'allongea sur le sol rocheux, en cachant son visage avec son avant-bras gauche.

    — J'pensais pas que j'étais si drôle...
    — Nous vous taquinons juste... répondit Myriam.

    Shem se redressa d'un coup, à une vingtaine de centimètres du visage de Myriam. Elle rougit un peu à son tour.

    — Appelle-moi Shem pas Monsieur ! Et voilà toi aussi t'as rougi !

    Livia ricana légèrement.

    — Je ne suis juste pas habituée à être physiquement proche des gens... Et pour votre prénom, je suis la bonne de cette équipe, je ne suis pas autorisée à vous appeler par votre prénom.
    — Je ne fais pas partie officiellement de l'équipe Fiserconn, non ? demanda Shem avec un sourire.
    — Hmm... Myriam fit une petite moue. D'accord, je vais essayer...

    Livia avança un peu plus vers le fond de la grotte et commença à parler.

    — On arrive et on met les pieds sous la table sans rien faire. Laissez-nous faire la vaisselle après !
    — Hein ?! Qui a dit que je ferais ça ? répondit Shem sur un ton blasé, après s'être retourné vers elle.

    Livia lui lança un regard de tueuse.

    — Tu vas le faire.
    — Pas de soucis...

    Le plat fut servi comme le jour d'avant dans de petits bols en bois. Tous avaient ses propres couverts sur soi, pour éviter de les perdre, car, les objets métalliques étaient très chers, Livia avait expliqué à Shem, que le pays avait de gros problèmes à avoir une source stable de métal, et qu'à cause de cette pénurie, tout objet avec du métal, tel que les épées ou les armures, était très cher pour le royaume. Shem les avait lui aussi gardés dans la poche droite de son pull gris. Le soleil était déjà presque totalement couché.

    « Une sacrée pénurie... il doit bien y avoir une explication à un tel manque de métal, même dans les pays avec peu de minerai, en forant un peu, on peut en trouver. »

    Shem sortit les couverts de sa poche, le couteau et la fourchette, en laissant la cuillère seule. Encore une fois le repas se fit en silence, juste avec le bruit des couverts et des coups de pelle qui venaient de dehors. Shem remit ses couverts en place dans son bol après avoir fini de manger. Cette fois-ci, la nuit s'était installée, et la neige s'étant arrêtée de tomber, on pouvait apercevoir un ciel parsemé d'étoiles.

    — Bon, tu viens m'aider à faire la vaisselle Shem s'il te plaît. On a juste quatre bols et des couverts.
    — La flemme.

    Shem tournait le dos aux trois filles qui avaient mangé avec lui.

    — Tu n'as pas vraiment le choix.
    — Ta gueule, tu m'fais chier !

    Livia recula un peu avec une expression d’incompréhension.

    — Monsieur, ce genre de manque de respect peut être très vite puni. dit Myriam en fronçant sévèrement les sourcils.
    — Et toi, je t'ai déjà dit de m'appeler Shem...

    Les yeux de Shem commençaient à devenir hargneux. Grimm et Livia rentrèrent vite après avoir entendu cela. Grimm parla en premier.

    — Eh ! Il t'arrive quoi Shem-

    Grimm eut l'air de comprendre quelque chose rien qu'en regardant les yeux de Shem. Il courut vers Shem et lui fit une clé de bras puis le plaqua au sol avec force.

    — Calme Grimm ! ordonna Teeli à Grimm.
    — Non, mais ! PERSONNE de normal n'a ces yeux !
    « Je vais les tuer ! Les tuer ! Les tuer ! Les tuer ! TUER !!! TUER !!! »

    Shem réussit à se libérer de la clé de bras, en se retournant, il donna un coup de pied à Grimm, qui recula d'un mètre, Teeli s'approcha pour le saisir, mais il riposta d'un autre coup de pied, qui tapa dans le tibia de Teeli. Shem se releva d'un coup. Les yeux de Shem étaient vitreux et ronds, tel un possédé. Myriam se leva aussi, et se plaça devant Grimm, les yeux rouges.
    Elle lui décocha un coup-de-poing, qui le fit tomber à genoux, Grimm se dépêcha de plaquer une seconde fois Shem au sol froid de la grotte. Teeli lui bloqua les jambes, et pour son bras droit encore libre, c'est Myriam qui se chargea de le paralyser.

    — C'est bon ! Livia, essaye de voir si tu peux l'assommer ou un truc du genre. affirma Grimm en essayant de retenir Shem.
    — Non attend...

    Elle alla vers la tête de Shem, et regarda ses yeux...

    — Un... envoûtement ?
  • merci ^^
  • et le nom du prochain chap monsieur l auteur ?

    je voudrais connaître le dernier mot du prochain chap :p s il vous plait
  • et le nom du prochain chap monsieur l auteur ?

    je voudrais connaître le dernier mot du prochain chap :p s il vous plait

    J'y est pas encore réfléchit x) Donc Madame ce calme è_é
  • août 2016 modifié
    é_è

    è_é

    agrrrrrrrrrrrrrr
  • septembre 2017 modifié
    I - 7 - « Cauchemar »
    — Quoi ?
    — Ces yeux, ce sont ceux d’un envoûté. On devrait juste l’attacher pour le moment en prévoyance de son rétablissement.

    Tout le monde regarda Shem, plaqué au sol, les yeux remplis de rage, tel un animal affamé. Mais bizarrement, il avait arrêté de se débattre. L’esprit de Shem était embrumé de pensées noires. Ses cheveux déjà mal coiffés l’étaient encore plus, et seule sa voix était comme avant l’envoûtement.

    — C’est vraiment dans les cordes d’un de nous ? s’inquiéta Teeli.
    — Myriam devrait pouvoir s’en occuper non ?
    — Oui Monsieur, j’ai les plantes qu’il faut. répondit-elle vivement.
    — Et bien, tu penses à tout contrairement à quelqu’un.

    Livia se retourna vers Grimm avec un regard las ; il était toujours sur Shem, en train de le plaquer au sol.

    — Quoi ? Tu te sens concernée ?
    — Je ne dirais rien... Attachons-le juste, l’assommer ou même le tuer n’est pas une bonne chose, j’ai une forte impression qu’il sait beaucoup de choses... Et qu’il-
    — Et qu’il nous a raconté toute la vérité sur ce qu’il savait. la coupa Teeli.

    Livia regarda Teeli et lui sourit comme pour lui dire que leurs pensées étaient reliées.
    Myriam leva le bras de Shem en arrière, et Grimm fit pareil, Sylvia et Livia lui attachèrent les mains dans le dos, et le firent se lever. Shem voyait trouble, les formes et les couleurs se mélangeaient. Les formes principalement rondes tournoyaient sur elles-mêmes, et semblaient aspirer toutes les couleurs aux alentours, la lumière du feu disparu, la lumière qui éclairait les murs de la grotte aussi. Tout se faisait engloutir. Ne laissant à Shem qu’une vision dichromatique en noir et blanc de ce dont il l’entourait. Il n’arrivait même plus à distinguer les visages des personnes qui l’avaient sauvé. Leurs visages étaient des masses similaires à un liquide violâtre comme du pétrole, quant à leurs yeux, ils n’étaient plus que de vastes trous blancs, au sein desquels subsistait un petit point noir. C’est tout ce que Shem pouvait voir dans son état. Même les murs ne semblaient plus être fait de roche, mais d’une gelée elle aussi noire.

    Il transpirait à grosse goutte, incapable de lâcher un mot. Son cerveau encore en marche comprit qu’il n’était plus maître de son propre corps.
    Grimm avait déjà commencé à lui attacher la jambe avec l’aide de Teeli et Livia, Myriam et Sylvia étaient en train de préparer une sorte de soupe à base de plantes. Elles les écrasaient dans un des bols en bois, qui n’avait pas servi pour le repas.
    Teeli finit d’attacher Shem, les bras dans le dos, les jambes ligotées. Et le corps bloqué entre deux gros sacs à dos pesant au moins une vingtaine de kilos.

    — Tu as fini de faire ta mixture ? demanda Grimm, qui commençait à s'agiter sur place.
    — Presque.

    Après avoir fini la préparation, Myriam se plaça devant Shem, qui ressemblait maintenant plus à un macchabée qu'à un être vivant. Sylvia revint à côté de Myriam et lui donna une boule en métal avec des trous, que l’on pouvait ouvrir et fermer à sa guise, un peu comme les vieilles théières. Myriam mit la mixture dedans et referma la boule, puis elle la mit ensuite au-dessus du feu sacré pendant deux secondes. Le mélange de plantes semblait avoir pris feu, dégageant une fumée qui ne sentait ni bon ni mauvais, et qui n’était ni épaisse ni fine.

    Elle le mit devant le nez de Shem, qui commença à s’agiter.

    — Ne Gentem.

    Shem s’agita d’un coup, en penchant la tête en avant, puis en la relevant. Un son rocailleux sortit de sa bouche.
    Un son à la limite d’un grognement animal. Shem commença à s’agiter beaucoup plus.

    « Que... Je-J’ai mal... Arrêter.... »

    Il se courba en arrière, puis son corps revint se pencher en avant. En relevant la tête, Shem regarda Myriam avec un regard inhumain, similaire à celui d’un psychopathe réfléchissant à ce qu’il allait faire subir à sa victime. Teeli et Grimm furent obligées de recommencer à le tenir, pour éviter qu’il ne saccage tout.

    — Myriam dépêche !
    — Bien !

    Elle enleva la boule de métal de sous son nez, et posa son index de la main droite entre ses deux yeux.

    — Gentem.

    Shem cessa tout mouvement, sa tête tomba comme pesant des tonnes. Grimm et Teeli purent le lâcher. La vision de Shem resta la même, jusqu’à ce que ces paupières elles aussi, finissent par tomber.

    ◊ ◊ ◊ ◊ ◊


    Tout n’était que noir et blanc. Rien ne bougeait. Tout semblait mort. Le décor était juste un sombre fond, avec quelques taches claires par-ci par-là. Une sorte de masse blanche s’échappa d’une de ces tâches et une silhouette humanoïde se forma. Elle avança doucement vers lui. Doucement. Jusqu’à se retrouver à quelques centimètres devant son visage. Ces yeux. Ils étaient ovales et fait de blanc, avec des petites pupilles noires à peine visibles. Une bouche se dessina, alors que son visage se rapprochait de plus en plus lentement du sien. Cette bouche n’était faite que de simples traits qui se reliaient au-dessus de ses yeux. Quand il l’ouvrit, il put apercevoir à l’intérieur, un abysse. Tout le décor commença comme à fondre. Dégoulinant à l’infini. Sol, plafond et murs : inexistants. De la bouche de la chose sortit un bruit. Puis des mots.

    — Crrrrrriiiiiiissssss-ta faute...

    ◊ ◊ ◊ ◊ ◊


    — Aaaah !

    Shem se réveilla en sursaut de son sommeil. Tout le monde autour de lui dormait. Il essaya de se lever, mais il vit qu’il était attaché aux mains et aux pieds.

    « J'ai encore dû faire une boulette... »

    La personne la plus proche était Myriam, elle était assise à sa gauche et sa tête reposait sur l’épaule de Shem. Il la regarda avec insistance pendant quelques secondes.

    « Depuis quand ce genre de chose ne m’est pas arrivée ? Ou plutôt... est-ce que ça m’est déjà arrivé ? Hmm, Shem prend bien soin de ce moment de grâce que t’accorde Dieu ! »

    Il essaya de bouger doucement, mais le poids du corps de Myriam le poussa sur le côté, laissant la tête de Myriam filer vers le sol en direction d’un gros caillou. Shem poussa un petit cri qui s’entendit à peine. La tête de la jeune fille s’écrasa avec force sur le caillou. Mais contrairement à ce que pensait Shem, ce n’est pas la tête qui se cassa en touchant le caillou, mais le caillou qui se cassa en touchant sa tête.
    Shem regarda Myriam qui était en train d’ouvrir les yeux. Elle lui parla directement.

    — Ah ! Tu es réveillé !
    — Myriam ! Ton crâne vient de briser de la roche...
    — Tu es revenu à toi ?! elle dit cela avec un brin d’inquiétude, mais sans plus.

    Teeli qui se trouvait quelque pas dernière, se leva d’un coup, et se mit sur ses deux jambes en deux-temps trois mouvements.

    — T’est plus envoûté Shem ?
    — Elle a cassé un caillou avec sa tête !! insista t-il.
    — Hein ? dirent-elles en chœur.
    — Myriam... Ton crâne vient de niquer les lois de la physique.
    — Je crois qu’il est encore envoûté. affirma Teeli.
    — Quoi ?

    Il se prit un coup de pied dans le ventre, qui lui fit arrêter ses délires très rapidement. Il toussa un peu en bavant à moitié et essaya de parler le souffle encore coupé.

    — Pourquoi tu me frappes putain ?!!
    — Hein ?! Euh, t’étais plus envoûté... elle se pencha rapidement en avant. Mes excuses !

    Shem toussota avant de se mettre à parler.

    — Comment ça, envoûté ?
    — Hier soir, à la fin du repas, tu as eu les symptômes d’un envoûtement, j’ai dû pratiquer une sorte d’exorcisme. lui expliqua Myriam en le regardant dans les yeux.
    — J’étais possédé !? dit-il en semblant confus.
    — Pas vraiment. Aucune entité n’était en toi, mais quelque chose aux alentours a modifié ton comportement.
    — Donc ça ressemble plus à un sort. Pourtant, nous sommes les seuls ici. continua Teeli en se grattant la nuque.
    — Euh... Sans vouloir être indiscret, j’ai fait quoi pendant que j’étais envoûté ?
    — Tu as été vulgaire et tu as voulu te battre.
    — Le truc qui m’a envoûté voit mal. Suffit de me regarder pour savoir à quel point je suis une brêle au corps à corps.

    Sa phrase fit rire Myriam et sourire Teeli.

    — Ah ? Parce que tu es fort avec une arme à distance ? se moqua Teeli.
    — Madame me cherche ? Oui je suis bien plus fort avec une arme à distance. Je me suis pas mal entraîné à l’arc, répondit Shem d’un ton agacé.
    — Ohoh ! Il me tarde de voir tes exploits d’archer !
    — Il faudra faire attention aux flèches de Monsieur, elle pourrait vite dévier.
    — Merci ! Je me sens trop encouragé ! Et toi, je t’ai déjà dit de m’appeler Shem pas Monsieur, prononça-t-il avec un sourire.

    Même après que tout le monde se soit réveillé, Shem était toujours assis, ligoté. Livia le regarda dans les yeux, ce qui fit très légèrement rougir Shem, et s’en alla vers le feu, là où tout le monde était assis pour manger un bout avant de commencer la journée.

    — Euh... Chère Livia auriez vous l’extrême amabilité de défaire mes liens ? demanda Shem.
    — Non. T’es bien où tu es non ? ironisa Teeli.
    — Ce n’est pas bien de rire des prisonniers. répondit froidement Livia.
    — C’est de l’humour.
    — Bizarrement j’ai pas ri.

    Teeli tourna la tête vers Livia tout en mangeant une des barres de céréales de Grimm.

    — Je suis triste.

    Livia se mit derrière Shem qui s’était décollé du mur de la grotte. Et elle délia les cordes qui lui servaient d’entraves.

    — Voilà, tu es libre.
    — Merci à toi. Raaaaah maintenant j’ai des fourmis dans les mains !
    — Tu veux un câlin ? demanda Grimm en ayant la bouche en forme de cœur.
    — Non merci, je ne veux pas mourir jeune.
    — Que d’humour de si bon matin !
    — Quelle heure il est ?
    — Environ six heures, répondit Grimm en regardant une sorte de pierre en forme d'ovale.

    Teeli interrogea Grimm du regard, puis elle prit la parole.

    — Tu as une idée de ce qui t’a envoûté ?
    — Non, j’avais pris toutes les précautions pour éviter que l’arbre m’envoûte, mais à part lui je ne vois pas ce que ça pourrait être...
    — Je vois.
    — Montre ton pull, ordonna Livia.
    — Hein ? Euh OK, mais il n’y a rien dessus.

    Livia regarda le pull qu’il portait encore sur lui, puis elle alla regarder là où la sève avait atterri le soir d’avant. Elle alla chercher dans sa poche droite et trouva les couverts. Avec une infime couche de sève dessus.

    Il y eut un long silence.

    Livia et les autres le regardèrent avec un regard blasé. L’atmosphère devint pesante. Shem essaya de briser ce silence.

    — Oups ?
    — Quand je te disais de t’essuyer hier, c’était tout le côté droit. Donc la poche avec,dit Livia d’un air désespéré.
    — Oups.
    — J’hésite entre te gifler ou te laisser au nuisible.
    — Je préfère la gifle.

    Shem se reçut une gifle qui claqua assez fort pour résonner dans toute la grotte. Sa tête ne bougea même pas, mais sa joue devint rouge.

    — Aie.
    — On dirait un couple, c’est fantastique, dit Grimm en ricanant.
    — À ce point-là ? demanda Shem ironiquement.
    — Non.

    Livia sourit un instant, puis Teeli reprit la parole.

    — Par contre Myriam... Tu dormais non ?
    — Euh... Oui désolée... répondit-elle gênée.
    — Heureusement que personne ne nous a attaqué, si même Sylvia dormait, nous n’avions aucune protection !
    — Veuillez excuser mon imprudence.
    — Cela nous arrive à tous, mais tâche d’y faire attention la prochaine fois. Bon, on change d’occupation, moi et Grimm, on va couper du gammalaya et Shem et Livia, direction creuser le trou.

    Shem grimaça à son ton autoritaire, Teeli le remarqua tout de suite, mais n’y prêta pas attention.

    — Je peux vous aider. J’ai dormi cette nuit. expliqua Myriam avec un regard mélancolique.
    — Moi de même ! s'exclama Sylvia.
    — Euh... Et bien... Myriam, tu devrais venir nous aider. Sylvia reste avec ta sœur, tu seras plus en sécurité avec eux qu’avec nous. ordonna Grimm d’un ton hésitant.
    — Bien.

    Sylvia rejoignit Livia et Shem, Myriam partit avec le duo de la mort.

    « L’organisation, c’est pas leur truc... S’en est limite drôle. »

    — Allez viens, Shem, autant qu’on en finisse rapidement.
    — Vous avez une idée de comment étanchéifier le bassin après ?
    — Oui, on va prendre des peaux de chameaux, comme le royaume en a beaucoup, il nous en donne des tonnes. Myriam a déjà commencé à les coudre. Tiens d’ailleurs, s’il te plaît Sylvia, tu pourrais continuer à coudre la toile.
    — Mais j’suis pas forte pour la couture moi !
    — Ah bon, mais la dernière fois t’a cousu un manteau en entier !
    — Mais moi, j’ai pas envie !!
    — Va le faire avant que je m’énerve.

    Sylvia partit en direction de la grotte, en tapant du pied.

    — Euh... T’aurais pu être plus douce, dit-il avec humour, c’est ta sœur non ?
    — Chut, je veux ne rien entendre, après ça aurait été à moi de le faire et j’ai la flemme.
    — Comme tu es mesquine, répondit Shem avec un léger sourire aux lèvres.
    — Eheh, je sais, dit-elle en faisant un clin d’œil à Shem.
    — Ce n’est pas du tout un compliment.
    — Moi qui espérais te voir rougir... je suis déçu.
    — Je sais. Quand je rougis, c’est la grosse poilade, répondit froidement Shem. Mais là, on doit creuser.
    — Oui, oui.

    Shem et Livia creusèrent bien quatre heures avant de toucher un énorme rocher. Le trou faisait à peu près trois mètres de profondeur pour un rectangle d’une dizaine de mètres de longueur et d’environ six mètres de large. Tout ça à quelques mètres de l’entrée de la grotte. Ils étaient au fond et n’avaient aucun moyen de remonter.

    — On est dans le caca. À part si je te fais la courte échelle.
    — Euh ouais, mais dans ce cas-là tu mesures combien ? demanda Livia.
    — Un mètre soixante-dix, je crois.
    — Oui ça devrait être bon, je fais un mètre soixante-quatre.
    « Tiens, ils ont la même unité de mesure que nous... »

    Shem s’accroupit pour qu’elle puisse prendre appui sur sa main.

    — Essaye pas de me mater, je suis en pantalon je te rappelle.

    Elle mit ensuite un pied sur l’épaule droite de Shem. Il ne put s’empêcher de lever le nez pour voir ce qu’elle portait en dessous, mais oui, comme elle l’a dit, elle était en pantalon.

    « Dommage que ce ne soit pas moulant. »
    — Hé ! Je te parle.

    Le regard de Livia croisa celui de Shem qui fixait bien autre chose que son visage. Il se prit un coup de chaussure dans la tête.

    — Tu peux me remonter maintenant ?
    — Oui...

    Arriver en haut elle se pencha pour tendre la main à Shem, mais elle était quand même loin de lui.

    — Tu ne peux pas plus te rapprocher ?
    — Si, mais juste un peu sinon je tombe.
    — Très bien. Je vais sauter vers ta main.

    Elle acquiesça. Shem prit le peu d’élan qu’il pouvait prendre sur les six mètres de largeur du trou. Il saisit la main de Livia, qui le remonta en grognant un peu sous le coup de l’effort, bien que Shem l’ait aidé en prenant appui sur le mur avec ses jambes.

    — Tu pèses lourd.
    — Cinquante-neuf-kilos, mais que du muscle ! s'exclama Shem avec un grand sourire.
    — Encore avec tes kilos, je ne sais quoi là...
    « Je me souviens déjà plus de leur unité de poids...»

    L'autre groupe venait de revenir du gammalaya.

    — Eh bien, on a fini en même temps. L’arbre va bientôt tomber. Vous avez bien avancé le trou, il est fini ? demanda Grimm.
    — Oui il est fini, il ne manque plus que de l’étanchéité avec les peaux de chameaux que Sylvia est en train de coudre.
    — Hein !? Mais c’était à moi de le faire. s'écria Myriam.
    — Ne t’inquiète pas, répondit Livia d’un ton apaisant. Toi aussi, tu as le droit de te reposer. Allons juste manger. Et contrairement à Shem hier soir, vérifiez vos couverts.

    Livia pouffa un peu, et entra dans la grotte, après tout le monde. Une immense toile en peau de chameaux était étendue sur le sol, à part au fond où se trouvait le feu sacré. Sylvia était toujours en train de coudre à une vitesse impressionnante.

    — C’est bon, tu peux t’arrêter Sylvia.
    — Hein ?
    — Tu peux t’arrêter.

    Sur ces mots, elle se leva et s’approcha du feu.

    — Ce soir, c’est juste des barres de céréales. On n’a pas le temps de faire plus, et il faut économiser la nourriture ! dit Grimm en mâchant.
    — Heureusement que c’est une nourriture qui cale bien l’estomac, continua Teeli.

    Un silence descendit sur eux, bientôt rompu par Grimm.

    — Maintenant que j’y pense Shem. Tu as eu des symptômes ou des trucs bizarres pendant ton envoûtement ?

    Il se rappela des murs de la grotte qui dégoulinaient, et des visages horrifiques des personnes actuellement à ses côtés, prêtes à l’écouter.

    — Oui, les murs dégoulinaient et vous aviez des visages flippants, toutes les couleurs avaient disparu... il pensa à son cauchemar, réfléchit un instant, et avala sa salive. Rien d’autre.
    — D’accord, je note ça.

    Il prit un petit carnet qu’il avait sur lui, et nota les symptômes.
    Tout le monde se dépêcha de manger à cause de la fatigue. Shem fit la vaisselle, à cause du soir précédent. Tout le monde se coucha aussitôt. Sauf bien sûr, Myriam et Sylvia. Ce fut au tour de Shem de dormir sur le sol maintenant recouvert de peau de chameaux.

    — Travaillez bien toutes les deux.
    — Merci et bonne nuit, lui répondirent t-elles de concert.

    Shem ferma les yeux. Et tomba presque instantanément dans un profond sommeil.

    ◊ ◊ ◊ ◊ ◊


    Le temps passa sans que son sommeil ne soit troublé. Jusqu’à ce que deux mots distincts résonnassent dans sa tête.

    « TA FAUTE »

    ◊ ◊ ◊ ◊ ◊


    Shem se réveilla en sursaut. À peine qu’il fût réveillé qu’il vit Myriam et Sylvia avec un regard inquiet. Il faisait encore nuit.

    — Chuuuuut !!!! Il y a des trucs...

    Ces mots furent prononcés dans un très léger chuchotement. Quand un cri démentiel, ressemblant à un mélange de bruit électrique et de cris humains vint briser le silence. Un corps sombre, comme une épaisse fumée, apparut à l’entrée de la grotte. Il était de forme humanoïde, sans yeux ni nez, juste une bouche presque invisible.
    Un autre bruit rauque et grinçant vint de lui, juste avant que Myriam ne crie :

    — UN NUISIBLE !
  • Un cauchemar est un nuisance mentale.
  • Euh... Oui, où est le problème ? Le héro cauchemarde, et les embrouilles commencent, donc je me permet d'utiliser le mot cauchemar dans le sens "commun".
  • septembre 2016 modifié
    C'etait pour rire, vu que depuis a peu pres le second chap le nom du titre etait le dernier mot du chapitre ^^
  • Ah okay xD Mais si j’aurai appelé le chapitre "Nuisible" tout ce qui se passait aurait été grillé a 10 kilomètres x)
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