Chroptivum

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Commentaires

  • Je viens de découvrir, j'aime beaucoup, merci pour les chapitres
  • Et bien merci à toi et bienvenue ! ^^
  • mai 2018 modifié
    Bonsoir !
    Voilà le nouveau chapitre qui a sûrement été le plus difficile à écrire pour l'instant (allez savoir pourquoi...). Il y a pas mal d'informations (notamment l'intro qui est plus longue) dans celui-là mais j'espère qu'il vous plaira quand même, bonne lecture ! ^^

    18 - Mon rôle, le mien et non celui des autres.

    Lors d'un de nos cours de Philosophie, notre prof nous avait demandés :

    "Qu'est ce que l'apathie ?"

    Personne n'avait su répondre puisque aucun d'entre nous ne connaissait sa signification, c'est alors qu'il nous a répondu :

    « L'apathie est un état d'indifférence à l'émotion poussé à son paroxysme. »

    Pourquoi j'en parle et pourquoi je me souviens d'une citation de mon prof d'un cours qui ne m'intéresse de toute façon pas ? Tout simplement parce que ça m'a fait réfléchir : les gens dans la société sont très souvent apathiques, tout est rythmé par le travail tant et si bien que personne ne prend plus le temps de s'inquiéter de quoi que ce soit qui ne les affecte pas.

    Et l'application la plus courante que j'ai trouvée est l'agression dans un lieu public. C'est bien simple, dans la majorité des cas, les gens se contenteront de regarder sans que personne n'intervienne. Pire même, ils se mettront à filmer pour poster ça sur leurs réseaux sociaux, ça amusera un tant soit peu leurs "amis" aussi débile qu'eux.

    C'est une des raisons qui me font détester les gens en général, surtout depuis que j'en ai fait l'expérience :

    Nous ressortions de cours, un après-midi comme les autres au premier abord. C'était un des premiers jours de la rentrée donc au final, c'est assez récent. Je me dirigeais nonchalamment vers la salle du cours suivant quand je me suis trouvé dans la situation expliquée plus haut : une fille se faisait agresser par une autre. Tout se faisait dans un couloir reculé et assez discret pour éviter les complications extérieures.

    Elles étaient trois sur une seule... et d'autres gens regardaient. Sans agir justement.

    Je suis du genre à passer outre sans m'en occuper, pas à assister à la scène avec une sorte de fascination morbide comme tous les autres mais ce jour-là, je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai voulu agir et c'est ce que j'ai fait :

    « Elle est trop drôle cette fille ! On peut lui dire ce qu'elle veut sans qu'elle ne réponde, trop mal élevée je suppose ! Eh ! Je te parle ! »

    La fille ne faisait que la fixer du regard sans afficher la moindre émotion, chose assez étonnante d'ailleurs :

    « C'est pas parce que t'es nouvelle qu'il faut te la jouer mystérieuse ! Je déteste les filles dans ton genre ! »

    Ce qui semblait être la leadeuse du petit groupe se mit à l'agripper par le col, technique typique de toutes les agressions et c'est là que je suis intervenus pendant que tout le monde regardait :

    « C'est quoi ton problème ? »

    La fille se mit à se tourner vers moi, l'air méprisant :

    « T'es qui toi ? Son copain ?

    — Non. Simplement quelqu'un qui trouve que tu vas trop loin pour rien.

    — Je m'en fous. Casse toi ! »

    Je fis un pas en avant, déterminé à lui faire comprendre que je ne rigolais tout en me demandant pourquoi je faisais cela, moi, la personne qui se fiche de tout et qui déteste tout le monde.

    « Lâche là. »

    La fille se mit à ricaner :

    « Sinon quoi ?

    — Sinon je te ferais lâcher. »

    Mon air sérieux lui retira instantanément l'air moqueur qu'elle avait pour qu'elle se mette à s'énerver :

    « Il me saoule lui ! » fit elle tout en se dirigeant sur moi et en préparant bien visiblement une claque.

    Bien trop prévisible puisque j'ai esquivé avec une facilité déconcertante sa gifle avant de lui rendre la pareille avec un coup de poing.

    Un "Oooh !" d'exclamation s'éleva dans tout le couloir faisant écho avec son choc contre le mur.

    Les deux autres filles du groupe se mirent à reculer en me balançant des insultes que je n'écoutais même pas :

    « Espèce de... grand malade ! T'ose frapper les filles ?!

    — Parce que tu crois que je vais me gêner juste à cause de la différence de sexe ? Je tiens à vous rappeler que vous vous mettez à trois sur une fille. »

    Mon ton sec et cassant provoqua un autre hurlement de joie du "public" semblant apprécier tout cela.

    « Attends, tu viens de faire quoi à ma copine toi ?! »

    Une voix de derrière moi fit se retourner tout le monde dévoilant alors un type faisant approximativement ma taille mais semblant bien plus imposant que moi niveau masse musculaire :

    « Je viens de lui mettre un coup de poing parce qu'elle s'attaque en groupe à une seule fille. Ta copine est une lâche.

    — T'as dis quoi sur ma copine ?! J'vais te défoncer ! »

    Bien évidemment, les abrutis comme lui n'écoutent que ce qu'ils veulent entendre et foncent dans le tas puisqu'ils ne savent qu'utiliser leurs poings.

    Sauf qu'ils sont prévisibles, tous autant qu'ils sont. Bill m'avait montré une fois une manière de se défendre lorsque l'on est pris par le col, chose que font toutes ces personnes et qui ne fait que démontrer leur prévisibilité, une clé de bras assez simple et terriblement efficace.

    Et c'est ce que j'ai fait... vu qu'il s'est passé exactement ce que je prévoyais : le type, furieux de voir son abrutie de copine s'être fait frapper par un garçon, tenta de m'attraper par mon col justement.

    J'ai très vite compris qu'il ne rigolait pas vu la force de sa poigne mais il ne pouvait rien face à la clé de bras : j'ai alors mis à terre un type faisant sûrement plus de quatre-vingt-dix kilos avec une facilité déconcertante, son coude était alors en dangereuse position mais j'avais clairement l'avantage puisqu'il ne pouvait alors plus bouger.

    « Ah mais lâche moi ! Tu me fais quoi là ?!

    — Demande à ta copine de s'excuser.

    — Quoi ?! Tu t'es pris pour qui ?! Tu crois je vais lui- aïe aïe aïe ! »

    Je resserrais alors mon étreinte, je pouvais, d'un geste sec, lui briser le coude si je le voulais et c'est sûrement cette impression de puissance qui me faisait agir.

    « Tu veux te retrouver un bras dans le plâtre ? Crois-moi, ça sera rapide mais pas sans douleur.

    — Ok ok ! Je m'excuse ! Lâche-le ! »

    Un surveillant est très vite arrivé pour nous séparer mettant fin au conflit, je n'ai pas revu la fille que j'avais "protégée" et j'ai dû m'excuser à mon tour pour avoir failli démolir le coude de ce type. Le proviseur nous a dit qu'il ne voulait plus nous voir ensemble sinon, ce serait des jours d'exclusion donc aucun moyen pour lui de se venger, en tout cas, dans le lycée...

    Enfin bref, il n'est jamais revenu après, il devait n'en avoir rien à faire et je le comprends puisque c'est également mon cas. Tout ça m'a fait me poser une question : en ce qui me concerne, comment agirais-je lorsque je serais face à quelque chose de bien plus grave... ?


    « Vainqueur ?! Haron ! De quoi il parle ?! »

    Aucune réponse si ce n'est sa respiration devenue très forte, il se mit à balbutier quelques bribes de phrases :

    « C'est lui... une roulette russe... j'ai gagné... il avait une famille... je voulais pas... je voulais perdre... je voulais qu'il vive... je voulais que nous nous en sortions tous les deux... pourquoi... ? Pourquoi faire ça ? »

    Je ne comprenais qu'à moitié ce qu'il disait mais ce que je voulais maintenant, c'est nous mettre à l'abri parce que le bruit que venait de faire le revolver allait attirer la gamine dans très peu de temps.

    Le collier d'Haron se mit à grésiller, c'était une voix que je connaissais bien :

    « En récompense, regarde à l'intérieur du coffre. Il y a un double fond. Oh, et je vais rallumer rapidement l'écran, il y a sûrement quelque chose d'intéressant... ? »

    Tu le sais très bien ! Attends... un coffre ? Il n'y a rien de la sorte ici.

    Haron se mit à marcher à quatre pattes assez lentement pour arriver à ce que je cherchais : un petit coffre en bois un peu plus grand que ma main.

    « Rahh mais on s'en fiche de ça ! On doit s'en aller là ! hurla Ophélia et il faut dire que j'étais plutôt d'accord avec elle.

    — Haron... est-ce que vous allez bien ? »

    Céleste voulu s'approcher de lui mais je la retins d'un mouvement de bras tout en secouant silencieusement la tête : il fallait s'en aller. Nous n'avions pas le temps de lui demander des détails pour l'instant.

    C'est alors que les écrans précédemment cités par ce type se mirent à clignoter puis à finalement s'allumer non sans nous éblouir au passage.

    Ce que nous vîmes cependant nous firent froid dans le dos, quelque chose que nous étions loin d'imaginer : cinq personnes assises qui ne bougeaient pas.

    Dans une pièce filmée par une des caméras se trouvaient d'autres gens ! Est-ce qu'ils allaient "jouer" avec nous ?! Est-ce qu'ils étaient morts ? Tellement de questions se mirent à affluer dans ma tête que j'avais du mal à en faire le compte ou même juste à y réfléchir.

    « C'est quoi ce... »

    Je n'ai pu terminer ma phrase que les écrans s'éteignirent d'un seul coup puis je sentis une main se poser sur mon épaule pour m'appeler, c'était Claria :

    « On bouge. On pose les questions plus tard. »

    D'un oeil mauvais, elle tourna les talons pour arriver sur le pas de la porte puis me fit face, l'air cette fois-ci impatient :

    « Qu'est-ce que qu'il y a ?

    — Non rien... »

    Elle semblait prendre les rennes de tout cela. Suis-je vraiment le "maître du jeu" comme le prétend ce type si c'est elle qui fait tout tout le temps ?

    Je me suis approché d'Haron :

    « Haron ! Faut s'en aller ! Haron ?! Tu m'écoutes ?! »

    Quand Haron s'est enfin tourné vers moi, j'y ai vu un visage dévasté : des larmes ruisselaient tout le long de ses joues et tout cela étaient mêlés à du sang dont je pense deviner la provenance. Ses yeux humides semblaient appeler à l'aide.

    « J'en peux plus... je ne mérite pas de vivre...

    — Eh oh ! Vous avez entendu Claria ou quoi ?! On doit s'en aller ! »

    Ophélia choisissait la fuite, l'option la plus approprié d'un point de vue objectif. Sauf que...

    « Attends. Tais-toi !

    — Hein ?! »

    Malgré cela, Ophélia se tut bien qu'ayant une expression contrariée à cause de la violence de ma demande.

    Le silence se prolongea quelques secondes avant que je ne le coupe :

    « Pourquoi elle n'est pas là ?

    — Qui ?

    — La psychopathe ! Un bruit pareil, on a dû l'entendre à plusieurs centaines de mètres au moins alors pourquoi ? »

    Ophélia répondit d'une voix affolée :

    « Mais... elle se cache ! Elle va se faufiler jusqu'à nous maintenant qu'elle sait où on est ! Ça ne peut être que ça ! »

    Je me suis mis à froncer les sourcils, prenant un air plus grave.

    « Tu penses vraiment que c'est son genre ? Elle fait toujours du bruit avec ses ciseaux, qui plus est, l'as-tu déjà vue tenter une attaque surprise ? »

    Ophélia se mit à réfléchir le regard inquiet pour finalement arriver à une conclusion après quelques instants :

    « Non... c'est vrai que je l'imagine mal faire ça mais du coup, ça n'explique pas le fait qu'elle ne soit pas directement venue. Et c'est ça qui me tracasse !

    — T'en fais pas Ophélia ! La situation est safe maintenant, du moins je l'espère de tout coeur. »

    Valya a raison : pour une raison qui nous échappe, nous sommes toujours en sécurité malgré le boucan qu'avait fait l'arme. Je ne comprends pas...

    Ophélia ne répondait pas, elle semblait perdue dans ses pensées, le regard dans le vide.

    Et c'est en la regardant qu'un sanglot me fit frissonner : Haron commençait à fondre en larmes.

    « Je... j'aurais pu le sauver... J'ai snif j'ai essayé de tuer une fille plus jeune que moi et voilà que je provoque la mort d'un père de famille... »

    Je ne savais pas quoi dire, et c'était le cas pour tout le monde y compris Valya.

    Haron continua :

    « Pourquoi je dois vivre tout ça ? Qu'ai-je fait pour mériter un traitement pareil ?! Je- »

    Haron n'avait pas eu le temps de terminer sa phrase que son handicap refit surface : il se mit à suffoquer.

    Je me suis alors précipité sur lui :

    « Calme toi Haron. Respire et... calme toi. »

    Sa respiration était rapide, incessante et surtout irrégulière. Tout cela était mêlé à ses sanglots.

    Après quelques secondes, son état se stabilisa malgré la situation. Haron semblait en colère :

    « Ça lui plaît à ce type de tuer des gens comme ça ?! Pour une fois que je pouvais essayer de faire quelque chose par moi-même, il faut que je rate ! Je pouvais le sauver !

    — Arrête de dire des bêtises Haron ! Dans une roulette russe, c'est un perdant, un gagnant, point. Il n'y a pas d'alternative alors si c'était lui qui avait gagné, tu serais mort à l'heure qu'il est ! »

    Haron se mit à serrer les poings pour enchaîner sur le ton du désespoir :

    « Alors c'est moi qui aurais dû mourir ! Je ne suis qu'un faible ! Regarde ! »

    Haron se retourna vers moi, le visage et ses vêtements ensanglantés :

    « Il est mort à cause de moi ! Il avait une famille, une fille ! Et moi ? Je n'ai rien de tout cela ! Juste un coeur qui fonctionne mal en plus d'être un lâche ! Quelle est la personne qui mérite le plus de vivre selon toi hein ?! »

    J'étais sur le point de lui hurler dessus quand soudain...

    « Ça suffit ! »

    La voix de Valya nous fit tous se tourner vers elle :

    « Haron... je comprends ce qui s'est passé ici mais ne dis pas des choses pareilles ! Il n'y a rien de plus précieux sur terre que notre propre vie ! Tu as au moins le mérite de reconnaître tes défauts et c'est déjà le premier pas pour t'améliorer. Te blâmer ne servira à rien, cela ne fera qu'accentuer ta frustration. Le seul qui est en tort ici, c'est le méchant monsieur de ton collier. C'est tout. »

    La voix de Valya était tellement sérieuse que j'en étais moi-même surpris.

    « Euh... Valya ? »

    Le ton sérieux de Valya s'envola au moment même où elle entendit ma voix :

    « Haha, désolée si je paraissais trop sérieuse mais je n'aime pas voir les gens déprimer. Tu sais que je ferais la même chose pour toi Sorel ou pour n'importe lequel d'entre vous car vous avez confiance en lui, n'est-ce pas ? Je me tue à le lui répéter : il faut toujours voir le côté positif de chaque moment de sa vie ! C'est important ! Donc si vous avez le cafard, vous venez me parler d'accord ? »

    Haha... tu es quoi ? Notre psychologue personnel ?

    Valya a toujours voulu me remonter le moral de toute manière, donc si elle voit que je m'entends bien avec des gens, elle en fera sûrement de même pour eux.

    « Et s'il n'y a rien de positif... ? »

    Ophélia venait de chuchoter cela comme pour se parler à elle-même. Je l'avais entendu mais ce n'était pas le cas de Valya :

    « Qu'y a-t-il Ophélia ?

    — Non rien. »

    Valya se mit à sourire :

    « De toute façon, je suis sûre et certaine que Sorel aurait dit tout cela. Vous savez, je ne suis pas aussi moralisatrice.

    — Ah parce que je le suis ? » ai-je demandé surpris.

    Valya s'esclaffa :

    « Haha ! Mais non, je ne voulais pas dire ça. Simplement que je ne souhaite pas que l'on me voie ainsi. Je ne souhaite que le bonheur de mes connaissances, voilà tout !

    — Je ne comprends pas... Sorel, comment Valya peut être aussi joyeuse et optimiste ? Toi qui la connais depuis plus longtemps que nous, tu devrais le savoir non ? »

    Haron me posait la question au bord des larmes, son air désespéré en disait long sur ce qu'il voulait...

    « En fait, je ne le sais pas moi-même. »

    Valya se tourna vers moi, boudeuse :

    « Tu ne connais même pas les origines de ta compagne ?

    — Ne dis pas compagne s'il te plaît... ça peut porter à confusion. »

    Valya prit alors un air un peu plus sérieux :

    « J'ai une famille très ennuyante à vivre. Leur vie est réglé telle une partition de musique : ils ne parlent que de leur travail, ils ne connaissent rien d'autre. Savent-ils ce que c'est de s'amuser ? De profiter de la vie sans penser à travailler ? Je ne dis pas que c'est mauvais de travailler, je dis juste que s'y consacrer corps et âme n'est pas forcément la meilleure des choses car on finit par oublier ses proches.

    — Si seulement mon abruti de père pouvait t'entendre... »

    Un grand sourire prit place sur le visage de Valya :

    « M'enfin... ne prenez pas tout ce que je dis comme vérité absolue. Ce n'est que mon point de vue haha !

    — Vous en dites de jolies choses. » commenta Céleste.

    Arrogante, Valya répliqua :

    « Je sais, je sais, merci ! Héhé. »

    Haron se releva, toujours tâché d'hémoglobine sur toute la partie haute de son corps mais il semblait sourire cette fois :

    « Merci Valya... ce n'est pas de ma faute mais celle de cette ordure de Christophe ! Je jure de le tuer de mes mains si je le vois. »

    Valya fit "non" avec le doigt :

    « On l'enverra juste en prison car c'est ce qu'il mérite. Souviens-toi qu'ôter une vie reste un des pires actes possible. Ne t'abaisse pas à ça. »

    Valya retrouva son sourire puis continua d'un clin d'oeil :

    « Après tout, je suppose que c'est ce que ferait un homme parfait pas vrai ?»

    Haron ne répondit pas mais semblait allait mieux.

    « J'aimerais tout de même savoir ce que contient ce coffre. S'il y a un double fond, quelque chose d'important y est caché dans la logique des choses. »

    Céleste avait raison : le fait même que ce Christophe ait insisté sur la chose indique bien que ce qui est dans ce coffre est important.

    « Mais à quoi servait ce coffre à la base en fait ? » ai-je demandé.

    — Il y avait le pistolet à l'intérieur. Je... je n'avais pas le choix !

    — Nous ne nous en doutons point. Il aurait donc fait exprès de cacher une arme à feu dans un coffre pour jouer à ce jeu morbide avec le premier d'entre nous qui oserait rentrer ? Quel esprit détraqué... »

    Comme Céleste venait de le deviner : c'était prévu. En plus de laisser des indices sur l'origine de l'endroit dans lequel nous nous trouvons, il a malicieusement placé ce genre de piège pour "pimenter" le tout.

    Il va donc falloir, en plus de faire attention à la gamine, guetter chaque pièce au cas où il y aurait des pièges ? Comment est-ce que ce serait possible sans ce pouvoir de remontée temporelle qui est en ma possession ?!

    Ça aussi, c'était prévu.

    « Bon, on l'ouvre ou pas ce truc ? fit Claria visiblement impatiente.

    — Et si ça aussi c'était un piège ? Si à l'intérieur, il y avait... je sais pas moi... une bestiole qui nous tuerait d'une morsure rapide ?!

    — Hahaha... non mais tu t'entends parler ? Une bestiole ?! Tu crois vraiment qu'il serait capable... d'une... telle chose... ? »

    Au fur et à mesure de ma phrase, je me suis rendu compte que ce type était cinglé, bien évidemment qu'il pourrait y avoir quelque chose pouvant nous tuer à l'intérieur ! Il faudrait donc agir avec prudence et-

    « Bah y'a qu'a vérifier. »

    Comme si de rien n'était, Claria enjamba le cadavre de l'homme dont le sang coulait toujours puis attrapa vigoureusement le coffre pour l'ouvrir tout aussi violemment :

    « Ça marche comment son système de double fond ? Je sens un truc remuer à l'intérieur donc il ne bluffait pas. »

    Haron se rapprocha de moi puis me chuchota :

    « Il est arrivé quelque chose ? Pourquoi est-elle aussi... vive d'esprit ? »

    Ah... ça.

    Sans lui répondre, je lui ai glissé un des papiers que nous avions trouvés lorsque nous le cherchions :

    "Expérience numéro quatorze : Chloé Jaër.

    Femme d'environ 1m70, 25 ans, 77 kg.

    Elle s'est volontairement (comme tous les autres j'ai envie de dire) injecté plusieurs doses d'un de nos produits tests pour l'amélioration des capacités physiques. Quelques heures après la prise, Chloé pouvait soulever des charges allant jusqu'à deux cents kilos sans le moindre effort.

    Pas d'effets secondaires notables pour le moment.

    Au bout du troisième jour après la prise, Chloé rapporte des visions floues et des étourdissements fréquents.

    Quatrième jour, elle souffre maintenant d'insomnie. Trois quarts d'heures pour la faire dormir avec nos plus puissants somnifères !

    Cinquième jour et le dernier : lorsqu'elle a tenté de soulever la même charge lors du premier jour, elle a perdu l'équilibre et s'est faite briser la moelle épinière lorsque la charge lui est retombé dessus.

    Après analyse, elle est maintenant handicapée à vie. Sujet renvoyé.

    Note : une handicapée ne servira à rien ici, sa vie toute pourrie est foutue de toute manière. Qu'elle aille chercher de l'argent ailleurs !
    "

    Haron avait sûrement fini de lire puisqu'il me regardait toujours aussi dubitatif.

    « Si tu veux mon avis, ce n'est sûrement pas ce Christophe qui a posé ça là. Je ne vois pas à quoi ça nous servirait... Quant à la raison de sa colère, elle ne nous a rien dit donc on n'en sait pas plus que toi. »

    Haron baissa les yeux, relisant ce bout de papier en boucle pendant que Claria prit la parole :

    « J'ai trouvé, ça s'ouvre comme ça donc. Voyons voir... qu'est-ce que c'est que ça ? Ooooh... »

    Nous nous sommes regardés quelques secondes, puis Céleste finit par demander :

    « Qu'est-ce que contenait le double fond ? »

    Le visage de Claria était visiblement choquée, mais de manière assez étrange :

    « Quelque chose qui va tout changer ici... marmonna-t-elle d'une voix grave.

    — Ah oui ?

    — Ouais. »

    Claria soupira puis repris :

    « Nan je rigole, c'est tout nul. Regardez. » nous fit-elle tout en tendant à bout de bras un objet rond et métallique se tenant au bout d'une chaîne.

    « C'est quoi ? demanda Valya.

    — Une montre à gousset. Encore un truc de vieux ! Y'avait sûrement un fan ici... »

    Effectivement, ce n'est pas un objet que l'on voit tous les jours.

    « Et elle a quoi de spécial ? »

    Claria jeta un coup d'oeil dans ma direction puis me répondit d'un ton ironique flagrant :

    « P'têtre bien qu'elle remonte le temps ! Hahaha ! »

    ...

    « En tout cas, elle est vieille et ça se voit. Elle ne fonctionne pas et elle est très sale. Tu veux voir Sorel ? »

    J'ai acquiescé sans vraiment le vouloir, après tout, je m'en fichais pas mal de ce truc. Mais si Christophe nous a indiqué son emplacement et qu'elle a été cachée dans un double fond d'un coffre, c'est que ça doit avoir son importance non ?

    L'ayant pris des mains de Claria, je commençais à l'examiner et je peux dire qu'elle n'a pas tort du tout :

    la montre est vieille, tellement qu'elle semble âgée d'au moins un siècle. Les aiguilles sont encore là malgré tout et les heures étaient écrites en chiffres romains, bien qu'on pût à peine les distinguer à cause du fond jauni par le temps. La chaîne, d'un doré qui devait autrefois être resplendissant, n'était plus que l'ombre d'elle-même avec une rouille omniprésente.

    Il ne fallait pas plus de quelques secondes pour s'en rendre compte : c'est vieux... et inutile. Alors pourquoi l'avoir mis là ?

    Et c'est là que c'est arrivé :

    Une migraine. Une tellement forte qu'elle me brouilla la vue et me fit perdre l'équilibre. Une si puissante que je manquai de m'évanouir.

    Une sensation inexplicable se faisait sentir directement à l'intérieur de mon crâne, imitant la sensation d'un marteau piqueur ! Pourquoi la vue de cette montre me faisait autant mal à la tête ?! Est-ce qu'elle a un pouvoir spécial ?

    Me voyant chanceler, Claria me rattrapa par le bras pour ensuite me demander avec un certain agacement :

    « Qu'est-ce qui t'arrive ? C'est une montre qui te fait cet effet-là ? »

    Sans répondre, je me suis aidé de son bras pour me redresser. La migraine semblait s'intensifier assez rapidement, me faisant alors lâcher prise...

    J'apercevais quelque chose. Un peu comme cette silhouette que j'avais vue à l'horizon, silhouette qui semblait ignorer mes appels.

    Cette fois, c'était des images. Beaucoup. Impossible de se concentrer sur l'une d'entre elles tellement qu'elles défilaient vite dans mon esprit. C'est comme si un diaporama à vitesse supersonique s'était enclenché sans que je puisse le stopper.

    Tout ce que j'ai réussi à comprendre, c'est une sorte de paysage boisé, comme une clairière. Puis le flou et enfin, la montre.

    Cette montre était apparu de nombreuses fois dans les images, ça voulait forcément dire quelque chose non ?!

    Et c'est là que j'ai repris mes esprits.

    Nous n'étions même plus dans la même pièce, et je n'étais pas la tête à même le sol, j'étais sur des genoux...

    Me suis-je de nouveau évanoui ? Combien de fois ça va m'arriver ?! Pourquoi suis-je aussi fragile émotionnellement ?! Qu'est-ce que cette montre a de si spécial ?!

    « Il est réveillé. »

    C'est Céleste qui a dû être choisi pour ne pas me poser à même le sol puisque j'étais la tête sur ses genoux.

    « Sérieux ?! Enfin ! Laisse-le-moi quelques secondes s'il te plaît ! »

    Claria chuchotait mais elle semblait assez remontée contre moi. Alors que je me relevais, encore confus de la situation, Claria m'attrapa par le col et me colla contre le mur :

    « Va falloir que t'arrêtes ce petit jeu ! Tu nous as tous mis en danger !

    — Qu'est-ce que j'ai fais ? Je ne comprends rien !

    — J'vais te le dire : tu t'es évanoui non sans avoir hurlé juste avant ! Ça a alerté la gamine qui s'était visiblement réveillée de son sommeil cryogénique puisqu'elle s'est mise à nous pourchasser ! On a failli y passer par ta faute ! Faut que t'arrêtes d'attirer l'attention sur toi ! Ça fait deux fois que tu t'évanouis ici ! Heureusement que c'était pas pendant plusieurs heures parce que je t'aurais massacré !

    — Attends... j'ai hurlé ? Je ne me souviens pas d'une chose pareille... Et je suis resté inconscient combien de temps ? »

    Claria relâcha un peu son étreinte :

    « Une bonne demi-heure sûrement. »

    Quoi ?! Tout s'est passé aussi vite dans ma tête... alors pourquoi est-ce que ça a pris autant de temps ici ?

    « Attends, il n'était pas loin de cinq heures la dernière fois que j'ai regardé alors... »

    J'ai consulté ma montre pour y voir avec une sorte de soulagement : cinq heures vingt sept.

    « Plus qu'une demi-heure à tenir...

    — Ouais bah c'est pas grâce à toi ! T'as roupillé tout le long et c'est encore moi qu'à dû te porter tout le long. Je suis fatiguée ! J'en ai marre de tout ça ! S'il n'y avait pas les autres, je t'aurais tué pendant ton "sommeil" ! »

    Je pouvais voir du coin de l'oeil Valya qui tremblait face à l'air sévère qu'avait Claria. D'un côté, je comprends ce qu'elle ressent : entre moi qui ne cesse d'attirer l'attention de par des évènements divers et le fait qu'elle doive me transporter à chaque fois... je restais silencieux face à cela.

    « Valya ne peux rien toucher, Haron à son coeur fragile, Céleste est une loli et Ophélia une trouillarde pas possible. S'il y a deux personnes pouvant se battre ici, c'est toi et moi ! Alors tu te ressaisis un peu et t'arrêtes de nous ralentir ! »

    Son visage montrait bien à quel point elle était à bout. Elle s'énervait facilement et sa voix semblait moins forte que d'habitude alors qu'elle chuchotait (plutôt fort). Son regard qui pouvait avoir une lueur pétillante avait disparu, seul celui qui est perçant demeurait.

    Elle avait raison, il fallait que je me ressaisisse et au plus vite. Je suis le maître du jeu, oui ou non ?

    Je me suis donné deux bonnes gifles, puis, tout en prenant un ton bien sérieux, j'ai annoncé :

    « Cette montre m'a fait avoir des hallucinations pour je ne sais quelle raison, mais je crois avoir compris une chose : je l'ai déjà vu auparavant. »

    Claria s'est contenté de souffler du nez :

    « Et alors ? »

    Ophélia qui, jusque là, était silencieuse intervint :

    « Je crois qu'en plus de me traiter de trouillarde, tu ne comprends même pas des choses aussi simples...

    — Si Sorel a déjà vu cette montre que ce Christophe a déposée... »

    Comme à son habitude, Céleste avait compris rapidement et c'était d'ailleurs aussi le cas d'Ophélia :

    « Exact, si j'ai déjà vu cette montre, ça signifie que j'ai déjà été en contact avec Christophe par le passé. »
  • Merci pour le chapitre
  • Bonjour !

    Nouveau chapitre ! Je tiens à dire que je prends pas mal de temps à cause du bac qui arrive de plus en plus vite... mais je pourrais écrire bien plus d'ici la fin des examens. En attendant, voilà le chapitre 19 qui marque un tournant important de Chroptivum si vous suivez l'histoire depuis le début. Je tiens également à remercier les quelques personnes qui font des retours positifs, c'est vraiment encourageant donc un grand merci à vous ! ^^
    Bref, bon chapitre !

    19 - Ma volonté de terminer en vie, la mienne et non celle des autres.

    Notre enfance est une période très importante dans la construction de notre façon d'être.

    Elle est-ce qui nous détermine car c'est là que nous découvrons le monde et que nous construisons donc notre manière de voir les choses. C'est sûrement pour ça que beaucoup de gens ont des traumatismes liés à leur enfance...

    C'est ce que je me disais alors que je venais de déduire que j'avais déjà vu Christophe auparavant, j'avais dis ça sur le coup des évidences qui se présentaient mais je ne me croyais même pas.

    Pourquoi ?

    Parce que j'ai eu une enfance basique mise à part le fait que j'ai été dans un orphelinat dès mon plus jeune âge. Je n'ai pas de passé douloureux ou quoi que ce soit qui pourrait expliquer mon aversion pour les autres, je n'ai eu qu'une expérience qui a sûrement été le facteur déterminant pour cette haine.

    C'était lors de ma primaire, je devais être en CE1 ou en tout cas aux alentours, tout cela remonte pas mal donc il est assez difficile de déterminer l'année, je ne me souviens que des actes.

    J'étais quelqu'un qui me cherchait des copains avec qui jouer, mais j'étais bien trop timide pour aborder qui que ce soit. J'étais donc ce petit garçon cliché qui restait à l'écart des autres en les regardant s'amuser avec envie, tout en soupirant.

    Et un jour, ils sont arrivés. Un petit garçon et une petite fille. Des frères et soeurs.

    Le garçon avait des yeux brun clair et constamment le sourire aux lèvres, la petite fille, elle, avait des yeux de la même couleur et une bonne bouille bien joufflue arborant la même expression faciale. Bien qu'on puisse croire qu'ils avaient l'air sympas, ils donnaient surtout l'impression d'être de vraies fripouilles !

    Et si j'en parle, c'est que c'était le cas.

    Au début, ils m'avaient pris sous leurs ailes avec leurs amis pour que je joue avec eux, nous jouions au loup, à cache-cache, aux billes etc... bref, le genre de jeux qui nous prennent tout notre temps enfants. Je m'amusais beaucoup, je garde tout de même de bons souvenirs de ces moments.

    Mais au bout de plusieurs semaines, j'ai remarqué que l'ambiance commençait à devenir malsaine. Je ne savais pas pourquoi mais tout le monde semblait se moquer de moi, j'entendais des rires dans mon dos sans parler des remarques que je me prenais tous les jours croyant que ce n'étaient que de simples plaisanteries.

    Et puis j'ai fini par entendre quelques messes basses :

    « Tu savais que c'est un orphelin ? Il n'a pas de maman et pas de papa ! »

    J'ai fais comme si je n'avais rien entendu mais c'est là que le frère et la soeur sont intervenus parce qu'ils savaient que j'avais entendu cette phrase. Eux qui m'avaient présenté à leurs copains, en qui j'avais une confiance aveugle sont venus me voir en rigolant pour confirmer mes doutes :

    « Eh Sorel, en fait, on voulait juste voir comment c'était un orphelin. Avec ma soeur, on s'est dit que ça serait cool d'avoir quelqu'un comme ça dans nos copains mais en fait, t'es ennuyant ! T'es pas drôle ! Bleuhhh ! » termina-t-il en tirant la langue.

    Des enfants dans toute leur splendeur, que ce soit leur attitude ou l'ajout à la fin. Mais j'avais très mal pris tout cela, je me souviens avoir fini en larmes au milieu de ceux qui riaient.

    D'un oeil objectif, on pourrait se dire que ce ne sont que des plaisanteries de gamins, qu'ils ne voulaient pas de mal et qu'ils n'étaient pas méchants mais juste curieux... à leur manière.

    C'est ainsi que Mama m'avait réconforté, même si j'avais vu une lueur de colère dans ses yeux, chose qui m'avait fait peur à l'époque même si c'est commun aujourd'hui. Elle m'avait précisé d'en parler à la maitresse pour dissiper cet incident, chose que j'ai faite le lendemain. Et c'est là que toute ma classe s'est mise à me détester juste parce que j'avais "balancé".

    D'ailleurs, j'adore ce concept de ne pas en parler à un professeur lorsque des choses se passent mal sous prétexte qu'on passerait pour une "balance", ça incite les gens dans le besoin à se taire et à se laisser faire, histoire que les persécuteurs se créent une réputation aussi mauvaise et factice que leur amitié qui les lie tous.

    Oups... je m'égare.

    C'est ce "léger" incident qui a fait de moi ce que je suis, quelqu'un qui accorde difficilement sa confiance. Quelqu'un qui se met à détester chaque personne qu'il juge mauvais à ses yeux. Je m'en rends bien compte mais je ne compte pas changer.

    Je n'ai pas de raisons à cela.


    « Tu vois ! Je le savais que t'avais quelque chose à voir là-dedans ! Je l'ai su dès la seconde où j'ai posé les yeux sur toi !

    — Non non. Tu te trompes. Et c'est le boulot d'Ophélia d'être parano. Pas le tien. » répondis-je l'air assuré.

    — Hé ! Ne m'abaisse pas à de simples réactions ! C'est comme ça que vous me voyez ? Comme une fille qui a peur même de son ombre ?

    — Oui. »

    J'aime avoir ce ton sec, il est tranchant comme une lame de rasoir et bouleverse toujours mon interlocuteur.

    « C'est pas très sympa ça Sorel...

    — Je sais Valya, je sais. Enfin bref, ce n'est pas le sujet. »

    Céleste se mit à prendre la parole, indépendamment de ce que je venais de dire :

    « Il y a une chose que je ne comprends pas. »

    Celle-ci venait d'attirer l'attention de tout le monde, nous étions dans une pièce assez petite donc il était difficile de ne pas l'avoir entendu.

    « Ces personnes sont toutes venues dans ce centre pour une raison assez commune en soi mais terriblement importante.

    — Qui est ? interrogea Valya

    — Un manque cruel de moyen. »

    Claria se mit à rire jaune :

    « Haha. Donc l'argent est la cause du problème ? Quelle découverte ! »

    Claria. Ta fin de phrase ironique est assez énervante dans ce cas-là.

    « Ce n'est pas cela qui est important dans l'histoire, si toutes ces personnes sont venus à cause d'un manque d'argent, qu'en est-il de Sorel ? L'orphelinat souffrirait-il d'une pénurie de ce genre ?

    — Hmmm... Pas que je sache. En tout cas, Mama ne nous as jamais parlé d'un tel problème. Mais attend, je vois où tu veux en venir ! Je n'ai aucun souvenir d'avoir été en contact avec lui ! Je l'ai dit mais je ne me souviens pas d'une telle chose... »

    Céleste prit quelques secondes avant de répondre :

    « Cela pourrait être lors de votre petite enfance ce qui expliquerait ce manque de souvenirs de votre part. C'est vous-même qui avez dit que vous aviez déjà vu cette montre auparavant démontrant ainsi un contact du passé avec ce Christophe... »

    Céleste eut du mal à finir sa phrase puisqu'elle se mit à bailler assez lourdement :

    « Excusez-moi. Je ne me sens pas très bien... »

    Elle est fatiguée, chose compréhensible vu qu'il est presque cinq heures trente du matin.

    « Ne vous en faites pas Céleste ! C'est bientôt fini ! Il nous suffit de changer encore une fois de salle et ce sera la fin de ce cauchemar !

    — Ou le début. »

    La remarque d'Ophélia fut ignorée bien qu'elle ait de grandes chances d'avoir raison... après tout, on ne sait jamais ce que Christophe peut nous faire et ça peut aller loin à mon avis.

    « T'es en train de dire que Sorel a eu un contact avec celui qui nous séquestre et tu ne te doutes de rien ? Pas même un soupçon ou une méfiance envers lui ? »

    Céleste répondit assez faiblement :

    « Peu m'importe ce qu'il a fait, je n'ai pas peur de lui. S'il avait voulu nous tuer, il l'aurait fait depuis longtemps. Et même si j'ai encore un peu peur d'Haron, j'ai tout de même confiance en lui car j'ai compris qu'il avait peur de son père. J'ai confiance en chacun de vous malgré une situation voulant l'exact opposé. »

    J'étais assez surpris de voir à quel point il reste encore des personnes pures à ce point-là. J'espère pour elle que son futur petit copain ne sera pas quelqu'un qui la battra, elle serait sûrement capable de lui trouver des raisons.

    « T'es bien la seule. Je l'ai déjà dit mais si ça ne tenait qu'à moi, je l'aurais tué puis je serais sortis d'ici saine et sauve.

    — Je ne suis pas d'accord protesta Haron, je ne veux plus voir quelqu'un mourir. J'ai déjà fait l'erreur d'avoir voulu tuer Sorel et même si je n'ai pas réussi, je le regrette profondément. J'ai cédé à la facilité... Valya a raison, prendre une vie humaine est la pire des choses.

    — Quant à moi, je suis bien trop faible pour tuer quelqu'un. En fait, je suis même une cible facile ici... » termina Ophélia.

    Tous les regards se tournèrent vers Claria, et j'ai continué en concluant :

    « Donc ici, la seule menace en plus de la fillette, c'est toi. »

    Claria se mit à sourire, puis répondit :

    « Alors comme ça, plus personne n'est de mon côté ?

    — Sachant que tu viens de dire que tu voulais me tuer, ça tombe sous le sens.

    — C'est vrai Claria ! Il ne faut pas tuer ! Et même si vous le vouliez, sachez que mon maître est un mage très puissant et qu'il n'hésitera pas à se servir de ses pouvoirs si sa vie est en danger, il a même des capacités de régénérations impressionnantes ! »

    L'intervention de Valya détendit légèrement l'atmosphère mais j'avais raison sur ce que je venais de dire : étant cachés de la gamine, la seule pouvant nous tuer était Claria.

    « Qu'est-ce que vous avez tous à toujours dire qu'il ne faut pas tuer ? Que la vie humaine est précieuse ?

    — Qu'est-ce qui ne va pas dans notre réflexion ? Toute vie est précieuse, même la tienne. Et sache que même si tu me confères autant de menaces, je ne te tuerais pas et comme tout le monde ici, je te protégerais de chaque danger ici car c'est mon rôle de maître du jeu. »

    Claria relâcha légèrement sa colère pour, à la place, sortir une phrase assez étrange :

    « Tu as tort. Ma vie est loin d'être précieuse. »

    Un blanc s'ensuivit si ce n'est les lointains cliquetis qui empêchaient un silence complet.

    « Tu racontes n'importe quoi... Ça se voit que t'es fatiguée. »

    Claria acquiesça le regard fuyant avec une expression d'indifférence :

    « Tu as sûrement raison. »

    Celle-ci se mit ensuite à soupirer, puis elle marmonna :

    « Si tuer n'est pas la solution... pourquoi nous est-elle autant-

    Alors que Claria semblait se parler à elle-même, Céleste se mit à chanceler, celle-ci n'allait clairement pas bien à la vue de la lenteur de chacune de ses actions qui venaient de se dérouler sous nos yeux.

    « Je suis... désolée. Je suis si fatiguée... j'ai besoin de sommeil. Désolée de vous inquiéter avec cela. »

    Claria s'était précipitée sur Céleste pour l'aider à se poser sur le sol en délicatesse pour ensuite essayer de la rassurer :

    « T'en fais pas, c'est bientôt fini de toute façon. On va pouvoir chercher des indices en toute tranquillité. »

    J'en reviens pas, Claria était en train de parler d'une voix très douce, comme si la discussion d'il y a dix secondes n'avait jamais existé...

    Nous étions tous assis, en attendant la dizaine de minutes pour bouger. Il fallait attendre cinq heures quarante et il était trente et un. Il nous restait donc un peu de temps.

    L'état de Céleste semblait inquiétant alors je lui ai demandé la chose suivante :

    « Céleste, je peux prendre ta température sur ton front ? »

    Pas de réponses immédiates si ce n'est le regard de Claria que j'ai considéré comme un "t'as pas intérêt à lui faire des trucs bizarres".

    La respiration de Céleste se faisait bien plus lente :

    « Vous pouvez... fit-elle en tournant son visage, ou plutôt sa capuche, vers moi.

    — Attends, je peux le faire mo- »

    N'écoutant pas ce que Claria allait encore me reprocher, j'ai posé ma main sur le front de Céleste sans pour autant voir son visage.

    Il était brûlant.

    C'est presque comme si elle était malade mais je pense plutôt que c'est un mal de tête dû à la fatigue. Je le sais vu que ça m'arrive souvent et je pense qu'Ophélia le sait aussi puisque lorsque j'ai fait part à tout le monde de son état, elle se mit à dire tout haut ce que je venais de penser :

    « C'est sûrement la fatigue. Je sais de quoi je parle, je passe pratiquement tout le temps des nuits blanches. Il faut que tu te reposes. »

    Ophélia se tourna ensuite vers Claria :

    « On ne va pas chercher des indices dès qu'il sera six heures, on va tous aller dormir. On en a tellement besoin... »

    Claria secoua la tête :

    « Faites ce que vous voulez mais moi, je vais continuer à chercher. Vu ce que ces ordures osent faire, je vais trouver un moyen de sortir d'ici pour prévenir la police. »

    J'avais retiré ma main du front de Céleste quand Claria se mit à poser la sienne :

    « D'ailleurs, Sorel a raison. Elle a bien le front brûlant. »

    Merci de la confiance.

    Céleste se trouvait actuellement assise entre Claria et moi. Haron et Ophélia se trouvaient chacun à un bout de la chaîne. Il n'y avait que Valya pour garder de l'énergie en restant debout.

    « Il me faut juste quelques minutes de sommeil... je vais essayer de... me... reposer. »

    Nos regards se tournèrent une fois de plus vers une capuche qui me faisait maintenant face :

    « Sorel... serait-il égoïste de ma part de vous demander le prêt de votre épaule... ? S'il vous plaît... »

    Je n'ai pas su comment réagir face à cela. En fait, je ne comprenais pas bien ce qu'elle voulait ou du moins, je n'en étais pas sûr. J'ai alors demandé :

    « Attends, tu veux... dormir ? Ça ne me dérange pas mais-

    — Je vous remercie de tout coeur. Je suis désolée de n'être qu'un poids pour vous... » termina-t-elle en posant sa tête contre mon épaule gauche.

    Je me suis littéralement figé sur place. Je n'ai pas bougé le moindre muscle et ne serait-ce que respirer me demandait un effort considérable pour que cela ne devienne pas gênant.

    En effet, voir une chose aussi fragile se reposer contre mon épaule est assez déroutant. Céleste venait de s'endormir...

    « Pourquoi elle ne fait pas ça sur mon épaule ?! »

    Et c'est tout ce que t'as à dire ? Moi qui pensais qu'elle allait faire des remarques indécentes.

    « On dirait vraiment une enfant en fait... souffla Haron. C'est assez amusant à regarder malgré la situation.

    — Nan nan, ce n'est pas une enfant. Elle a le même âge que nous je te rappelle. Moi, je vois un couple. »

    Un quoi ?

    Je me suis contenté de répondre :

    « Non, je ne m'intéresse pas aux petites filles. Désolé. »

    Ophélia, qui venait de faire la remarque que je pensais venir de Claria répondit en riant :

    « Haha... n'empêche que je vois un couple moi. »

    Soupir de ma part.

    « Pfff... quoi que tu dises, tout cela ne m'intéresse pas. »

    Je conçois qu'Ophélia voulait peut-être détendre un peu l'atmosphère déjà pesante qui régnait mais je n'étais pas d'humeur.

    Tout ce que je voulais, c'était mettre un terme à cette nuit. C'est tout.

    Nous avons attendu quelques minutes dans le silence presque complet (puisque la gamine s'amusait à passer devant la porte de temps en temps). Personne n'osait parler pour ne pas réveiller Céleste. Du moins, c'est ce que j'en ai conclus.

    Il était à présent trente six. Il fallait commencer à se préparer à changer de cachette pour la dernière fois...

    « Est-ce que vous avez cherché ici ? ai-je demandé nonchalamment.

    Ma question n'eut aucun effet sur le groupe, en effet, tout le monde semblait s'être à moitié endormi malgré la menace. Ophélia était adossée au mur, la tête relevée mais les yeux fermés tandis qu'Haron était encore là tout comme Claria qui ne faisait que regarder Céleste depuis tout à l'heure.

    J'ai de nouveau soupiré pour ne pas avoir obtenu de réponses puis j'ai fait remarquer à Claria qu'elle pouvait gêner Céleste :

    « Tu pourrais me passer mon téléphone ? Lui mettre le faisceau lumineux dans les yeux ne va pas l'aider à se reposer... »

    Claria eut un sursaut de surprise en se rendant compte qu'elle n'était pas la seule éveillée avant de me répondre d'un ton légèrement plus calme :

    « Ah oui... »

    Celle-ci passa sa main devant Céleste pour me rendre l'appareil nous guidant depuis le début de la nuit.

    Après l'avoir eu dans les mains, je me suis interrogé sur un détail qui m'intriguait :

    « Pourquoi est-ce qu'elle fonctionne bien ? Elle clignotait quand je m'étais retrouvé face à Aftovma ayant possédé Haron mais là, elle n'a rien. Est-ce que cet esprit peut interférer avec les appareils électroniques ?

    — C'est vrai ? demanda Haron

    — Ouais.

    — Si tu veux mon avis, je pense plutôt que c'est tout simplement parce que tu tremblais de peur et que ça te faisait marteler l'écran sans que tu t'en rendes compte. Je suppose parce que tu tremblais comme une feuille quand j'ai posé ma main sur l'épaule qui sert actuellement d'oreiller à Céleste.

    — Ouais... sûrement... » ai-je répondu penaud.

    Valya, qui était toujours debout d'ailleurs, se mit à sourire :

    « Bah... ça arrive même aux meilleurs d'avoir un peu peur non ? C'est rien du tout ça !

    — Je suis pas la seule à être une froussarde alors. »

    J'eut un frisson d'effroi, Ophélia n'était absolument pas en train de dormir. Elle a dû fermer les yeux quelques secondes avant de le rouvrir.

    « Ouais... c'est bon. J'ai compris. On va devoir changer de pièce de toute façon donc j'ai plutôt intérêt à ne pas avoir peur. »

    Dis comme ça, on dirait que j'essaie de me rassurer...

    « Céleste ? Céleste... ? » ai-je chuchoté dans sa direction.

    La capuche a d'abord légèrement bougé vers moi pour qu'on entende enfin sa voix :

    « Oui... je suis là. Excusez moi... » marmonna-t-elle en se frottant les yeux du moins à ce que je peux essayer de deviner.

    Sa voix était toujours faible, après tout, elle avait "dormi" à peine une dizaine de minutes alors ça n'allait pas arranger son état.

    « Si tu veux, je peux te porter proposa Claria

    — Ça ira je pense. Je ne veux pas que vous portiez quelqu'un sur votre dos à nouveau, vous l'avez fait durant une bonne partie de la nuit. Alors je me forcerais mais je refuse que vous me portiez. »

    Claria n'a pas répondu, elle semblait d'ailleurs assez surprise de cette réponse.

    « Alors laisse-moi au moins t'aider à te relever. »

    Céleste aquiesca et Claria pris la main que lui tendait Céleste pour qu'elles soient toutes les deux debout rejoignant alors Valya.

    « Génial ! Je me sentais un peu seule à être comme ça... mais au moins, je pouvais vous surveiller !

    — T'inquiète pas Valya, c'est mon rôle ici même si je ne suis pas vraiment fiable en ce moment...

    — Ça tu l'as dit ! répondit Claria, heureusement que Valya est là pour te "remplacer" hein ! »

    Valya affichait un sourire tout fier :

    « Ouaip ! C'est lors des coups dur qu'on peut compter sur moi ! »

    Tout en aidant Haron à se relever, je le vis faire un sourire que je ne saurais d'ailleurs expliquer mais je pense savoir pourquoi puisque c'est Valya qui lui a remonté le moral tout à l'heure.

    Nous étions tous debout (comme Valya) et nous nous sommes dirigés vers le couloir puisqu'il n'y avait pas de porte pour nous protéger dans cette pièce.

    Et c'est là que nous avons eu la "joie" de découvrir que la fillette se dirigeait de nouveau vers nous, j'ai profité de cela pour me permettre de nous situer : nous étions dans une pièce un peu après les escaliers où Haron avait fait une roulette russe. Cette pièce qui doit d'ailleurs être juste au-dessus de nous à l'heure qu'il est.

    « On reste là, le temps qu'elle passe. » ai-je chuchoté.

    Pas d'objections. En même temps, je ne vois ce que nous pourrions faire d'autre...

    Comme nous le regrettions, la fillette s'est approchée de plus en plus de la pièce où nous étions. Celle-ci avait un regard fuyant, elle semblait désorientée. Son visage ne regardait jamais dans une direction mais il agissait comme une caméra de surveillance : des mouvements réguliers de gauche à droite.

    Tout cela semble si irréel mais j'ai l'impression que plus rien ne peut me choquer ici...

    Ses pas comme le cliquetis de ses ciseaux se rapprochaient de plus en plus à mesure que nous suivions ses mouvements grâce à leurs bruits.

    J'ai retenu ma respiration lorsqu'elle n'était plus qu'à moins d'un mètre de nous, elle est en train de passer juste devant nous...

    Personne ne bougeait, pas le moindre bruit si ce n'est venant d'Eneko. Je pouvais même entendre la respiration de Céleste et de Claria qui étaient toutes les deux juste à côté de moi. Haron était juste derrière Claria et Ophélia derrière moi. Nous attendions le bon moment pour s'en aller... et ce moment arriva plus vite que nous le pensions.

    Eneko se mit d'un seul coup à courir en direction de l'infirmerie, elle a sûrement dû entendre quelque chose mais je n'ai pas cherché à savoir quoi, j'ai jeté un coup d'oeil vers les autres tout en leur faisant signe de me suivre. Je n'ai même pas regardé pour voir si quelqu'un n'était pas d'accord et je me suis précipité vers là où je voulais aller : nous allions passer le reste de la nuit... dans les couloirs.

    La pièce du jeu d'Haron est couverte de sang à cause de cet homme qui a, malheureusement pour lui, perdu. L'infirmerie est hors d'accès à cause d'Eneko et la pièce du pendu n'est pas vraiment accueillante à cause du pendu justement.

    Pour le reste, il ne valait mieux pas essayer de chercher sous peine de se retrouver dans la même situation qu'Haron... De toute manière, les pièces sans intérêt que nous avons visité jusqu'à maintenant sont du côté d'Eneko. Il est bien trop tard pour prendre des risques surtout que nous n'avions aucune force à cause de la nuit blanche alors revenir dans une de ces pièces que nous avons déjà visitées est une chose possible mais que je ne voulais pas faire. Je voulais passer la fin de la nuit le plus tranquillement possible...

    Alors que je me dirigeais vers l'escalier, quelque chose me tira la manche, je me suis arrêté pour me rendre compte que ce n'était pas Claria mais Ophélia :

    « Qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi on ne se dirige pas vers une de ces pièces-là ? me demanda-t-elle tout en les pointant du doigt.

    — J'essaie de faire en sorte que nous puissions terminer la nuit en vie. Il vaut mieux ne prendre aucun risque à ce stade. On va faire en sorte d'être le plus éloigné possible d'elle ou bien de cet enfant au sourire malsain...

    Terminons tout cela une bonne fois pour toutes. »

    J'avais vécu tellement de choses en une seule nuit, la fin de ce cauchemar me tendait les bras alors je n'allais pas la laisser s'échapper.

    Ophélia semblait réfléchir à tout cela puis, après quelques instants, se mit à hocher la tête silencieusement. Le reste du groupe semblait d'ailleurs approuver ma décision.

    Je ne voulais absolument pas mourir. Sûrement encore moins que chacun d'eux. Le bracelet n'a pas vibré depuis au moins trois heures du matin. Cela serait bien trop long de tout recommencer alors je me dois d'assurer la fin de cette nuit.

    Avec un consentement mutuel, nous nous sommes dirigés vers le haut des escaliers, proche de cette fameuse salle où nous avons trouvé Haron après l'avoir cherché.

    « Plus on est loin d'elle, mieux ce sera. » ai-je murmuré.

    Même dans ma voix, la fatigue se ressentait. Haron avait baillé pas mal de fois depuis tout à l'heure et quant à Céleste, elle se faisait bien plus discrète.

    Tous nos mouvements étaient ralentis, si Eneko nous trouvait, je suppose que même l'adrénaline n'aurait aucun effet tant la fatigue est omniprésente parmi nous et cela aura pour effet de tous nous tuer et ce, juste avant la fin.

    Et il fallait éviter cela.

    Nous sommes arrivés en haut des escaliers, rien de particulier : toujours cette table cassée n'ayant aucune particularité créant ce manque d'intérêt cruel pour cet endroit.

    Par contre, je venais de remarquer une porte juste à côté de celle dans laquelle nous avions trouvé Haron. Histoire de nous rassurer, je me suis dit qu'il fallait au moins que je vérifie ce que la pièce derrière cette porte contenait.

    D'un pas hésitant mais en essayant de garder un air confiant, je me suis approché de la porte :

    « Attends Sorel- »

    Alors qu'Haron semblait me prévenir d'un danger imminant, j'ai ouvert la porte sans aucune hésitation puisque j'étais plutôt dans l'inconscience due à la fatigue.

    J'ai pu apercevoir quelque chose avec une grosse tête me tombant dessus. Je l'ai attrapé dans les mains par réflexe pour me rendre compte que ce n'était qu'un simple balai...

    « Ahem... je me suis fait avoir moi aussi. Sauf que j'ai eu peur de ça... fit honteusement Haron.

    — Je comprends, si j'avais été seul, j'aurais sûrement sursauté. »

    Haron tourna les talons tout en se frottant les cheveux nerveusement. C'est bon Haron... ça arrive à tout le monde d'avoir peur pour rien.

    Tout en refermant le placard après avoir remis le balai à l'intérieur, je me suis assis en face de celui-ci contre le mur puis j'ai prononcé à l'égard de tout le monde en regardant ma montre :

    « Il est cinq heures quarante six. Attendons les dernières quatorze minutes ici. »

    Valya s'est de suite assise en face de moi et étonnamment, personne n'a fait de réflexions. Personne n'a rien dit. Tout le monde s'est assis dans ce couloir en haut de cet escalier dont nous ne pouvions plus voir le bas et chacun s'est plus ou moins recroquevillé sur lui-même.

    En face, il y avait donc Valya. À ma droite se trouvait Claria et un peu à ma gauche légèrement éloignée se trouvait Ophélia. Quant à Céleste et Haron, ils se trouvaient chacun d'un côté de Valya.

    J'analysais la situation mais personne n'avait la force de parler. Nous ne faisions que voir les minutes s'égrener en attendant la "fin" de ce cauchemar et en espérant qu'Eneko ne tombe pas sur nous...

    Le temps passe, des secondes, des minutes sans que personne ne dise rien. Je pouvais voir Valya et son regard interrogatif balayer le couloir pour je ne sais quelle raison même si cela m'inquiétait un peu à force. Et c'est lorsque j'allais lui demander pourquoi que celle-ci s'est mise à prendre la parole très doucement :

    « En tout cas, j'ai hâte que nous puissions discuter tous ensemble. Après avoir fait un gros dodo, on va pouvoir parler de ce qu'on aime. J'aimerais vraiment apprendre à vous connaître et devenir votre amie... Peut-être qu'on parlera de nos plats préférés, de ce qu'on mange le matin ou bien de ce qui nous plaît le plus dans la vie ? On parlera de choses futiles comme de choses qui nous plaisent le plus... et... euh... »

    Valya ne termina pas sa phrase puisqu'elle ne savait plus quoi dire, ce qu'elle faisait là, c'était du remplissage de conversation. Personne ne l'écoutait mais pourtant, nous le faisions quand même puisque c'était la seule que nous pouvions entendre.

    « Cinquante-six. »

    C'est la seule chose qui m'inquiétait : le temps qui nous restait. Et il n'y avait que quatre minutes nous séparant de la fin de cette nuit. C'est pour ça que j'en ai informé le reste du groupe :

    « C'est bientôt fini. On va pouvoir dormir tranquillement si ce que dit ce type n'est pas un mensonge. »

    Valya me regardait toujours avec ces yeux que je qualifierai "d'incompréhension" puis elle s'est mise à me demander :

    « Est-ce que ça va Sorel ? »

    J'ai hoché la tête. Pour la rassurer. Mais en fait, j'avais plus peur de ce qui allait se passer ensuite.

    Je ne sais pas pourquoi... mais j'ai un horrible pressentiment.

    Plus que deux minutes, mon coeur commençait à battre assez vite. Pourquoi est-ce que j'ai peur comme ça ? Non Sorel ! Il ne faut pas dire que quelque chose de mal va arriver puisque ce sera forcément le cas !

    Allez... tout va bien se passer. Christophe va annoncer la fin de la nuit et on va tous pouvoir se coucher...

    « AAH !! »

    Le hurlement d'Ophélia nous fit tous sursauter, j'ai tourné le faisceau de la lampe vers la direction qu'elle pointait du doigt pour y voir... l'enfant souriant.

    Je l'avais complètement oublié lui !

    « Reculez ! Ne vous laisser pas le toucher ! »

    Tout le monde s'était levé d'un seul coup et nous commencions à reculer vers la pièce de la roulette russe.

    Alors que nous approchions de la pièce, un fracas se fit entendre.

    Il faut dire qu'il faisait très sombre et que la seule chose que nous pouvions apercevoir de l'enfant était ses yeux. Ses yeux brillants que j'avais aperçus lorsque nous étions dans la salle qui ressemblait à celle utilisé pour les réunions.

    Je pensais que c'était l'enfant qui avait fait ce bruit mais cela venait de notre côté, j'ai de nouveau tourné dans tous les sens la lumière pour finalement trouver l'origine du bruit : Claria était par terre.

    Elle venait de trébucher sur la table et avait maintenant les quatre fers en l'air. Mais plus important, elle était à présent vulnérable, chose qu'avait bien comprise ce sale gosse puisqu'il s'est littéralement ruée sur elle.

    Impuissants à cause de la rapidité dont avait fait preuve l'enfant, nous ne pouvions qu'être spectateur de ce qu'il se passait à présent : l'enfant était entré en contact avec elle.

    Un hurlement. Atroce. Absolument terrifiant parce qu'il venait de Claria cette fois.

    Je sentais que les autres étaient tétanisés et je comprenais pourquoi : Claria a, de base, un regard effrayant à cause du sérieux qu'il peut avoir mais là, ses pupilles totalement blanches accentuait encore plus cela. Son regard nous fixait sans qu'elle ne dise un seul mot.

    Lentement, très lentement, d'une lenteur terrifiante, elle sortit la seringue qu'elle gardait dans une de ses poches, celle qui avait servi à me menacer mais cette fois, ce n'était sûrement pas pour cela qu'elle l'avait sorti.

    « Attends... C-Claria ? Tu fais quoi là ?! »

    Mes protestations ne servaient à rien puisqu'elle ne m'écoutait pas, elle se contentait de nous observer sans aucune expression. Juste ses yeux qui nous scrutaient. Juste un pesant, très lourd regard observant le moindre de nos mouvements.

    Puis d'un seul coup, elle retourna la seringue contre elle et se la planta plusieurs fois d'affilée dans son épaule gauche. Ses coups n'étaient pas très ordonnés ni même précis et j'avais peur du fait qu'elle se suicide à cause de cet esprit !

    Tout en balançant la lampe vers Haron, je me suis ruée sur elle à mon tour pour l'empêcher de continuer à se faire du mal :

    « Stop ! Tu sais que je le mérite, pas vrai papa ? »

    Pardon ?! Comment elle peut dire ça d'une voix aussi calme ?! Et pourquoi "papa" ?!

    Sa force est impressionnante, tellement que j'ai du mal à lui résister !

    cliquetis, cliquetis...

    Ce bruit de ciseaux que nous ne connaissions que trop bien se faisait entendre à seulement quelques mètres derrière moi.

    « C'est la méchante fille avec ses ciseaux ! »

    La remarque de Valya était d'ailleurs un peu inutile puisque nous le savions tous très bien.

    — Non ! Je ne veux pas mourir ! » cria Haron.

    Alors qu'Eneko s'approchait du groupe derrière moi, une énorme sirène se fit entendre à travers tout le bâtiment.

    Rapide coup d'oeil sur ma montre : six heures !

    Je n'en revenais pas ! C'était terminé !

    Eneko s'était instantanément arrêtée puis celle-ci a commencé à courir dans la direction opposée à la nôtre pour aller je ne sais où...

    Quant à l'enfant, nous l'avions tous perdu de vue.

    Claria profita de la terreur que nous avons eue à cause de la sirène pour me pousser. Pour vraiment finir cette nuit, il fallait que je règle ce dernier problème...

    Alors que Claria pointait de nouveau la seringue vers elle mais en essayant de viser cette fois-ci la jugulaire, je lui ai administré une claque monumentale pour qu'elle reprenne ses esprits. Je n'ai pas mis de coup de poing puisque le but n'était pas de la blesser justement.

    Claria s'est arrêtée de bouger, puis elle se mit à geindre :

    « Aïe... pourquoi j'ai autant mal à l'épaule ? »

    Elle était de retour parmi nous. J'ai remarqué qu'on se donne beaucoup de claques entre nous... enfin bref.

    « T'as essayé de te suicider. À cause d'Aftovma. Une bonne claque et te revoilà. »

    Claria ne répondit pas, elle se tenait l'avant-bras gauche en serrant les dents.

    Un haut-parleur se mit à grésiller, nous savions très bien ce que cela voulait dire...

    « Bravo à vous ! Vous avez survécu ! Toutes mes félicitations ! »

    La voix de Christophe était accompagné d'enregistrements d'applaudissements. Comme s'il venait de nous annoncer qu'il allait se marier...

    « Rendez-vous devant la porte en face de la cage d'escalier. Je vais la débloquer et à l'intérieur se trouvera la clé pour la cage d'escalier. »

    Vu qu'il s'agissait de la journée et plus précisément de la matinée, il n'y aura sûrement aucune menace.

    Il fallait rassurer les autres alors, de mon plus grand sourire, j'ai annoncé avec fierté :

    « Nous avons survécu ! Tout ira mieux maintenant ! »

    Je le sais puisque je venais de sentir mon poignet vibrer.
  • mai 2018 modifié
    Je tiens à préciser que c'est LOIN d'être la fin de Chroptivum. Ça y ressemble mais ce n'est pas le cas. ^^
  • Bonjour.

    Je tiens d'abord à m'excuser du manque de nouvelles puisque quelques jours après la publication du chapitre 19, j'ai dû me concentrer sur mes révisions pour le bac ce qui fait que je n'ai pas pu écrire du tout...

    Je sais que je raconte ma vie mais je ne supportais pas de ne pas pouvoir écrire du tout mais tout est terminé depuis le 25 juin qui était le dernier jour de mes épreuves.

    Je reprends l'écriture et le prochain chapitre sortira d'ici un peu plus d'une semaine !

    Merci à vous de prendre le temps de me lire, les commentaires positifs valent bien plus que ce que vous pouvez imaginer ^^

    A très vite ! :)
  • juillet 2018 modifié
    Bonsoir !

    Voilà le nouveau chapitre de Chroptivum qui annonce la fin de la "première partie" si je puis dire. Les prochains chapitres vont être particulièrement... lourds en événements.

    Bon je spoil un peu en disant ça mais ils vont marquer un tournant capital dans l'intrigue et j'espère que je saurais retranscrire les actions qui vont bientôt se dérouler parce qu'il va y en avoir beaucoup.

    Bref, trève de blabla, j'espère que vous apprécierez ce chapitre et ceux qui suivront ! Bonne lecture comme toujours ! :)

    20 - Mon test, le mien et non celui des autres... ?

    « Sorel ! Pourrais-tu venir un instant s'il te plaît ? »

    Aïe... quand Mama m'appelle comme ça de son ton sérieux, c'est que quelque chose ne va pas. Bon, c'est vrai que quand quelqu'un adopte cette intonation, c'est plutôt évident que ce n'est pas pour faire des compliments. Et ce n'est pas comme si je ne savais pas pourquoi elle m'appelait de toute manière...

    « Ou-oui... j'arrive. »

    Mama se trouvait dans la cuisine, une cuisine assez spacieuse ce qui nous permettait à nous, aux plus grands, de l'aider à préparer le repas. Ce n'est pas de tout repos puisque nous sommes pratiquement une quinzaine !

    Des petits comme des grands même si avec Bill, nous sommes les plus âgés. Je n'ai jamais eu à faire aux autres enfants de l'orphelinat, enfin, assez rarement.

    Tout en sachant très bien pourquoi je venais, j'ai traîné des pieds nonchalamment en essayant de jouer "celui qui ne savait pas".

    « Quoi ? bougonnais-je.

    — Un peu de tenue je te prie ! »

    Brrr... qu'est-ce qu'elle peut faire peur quand elle s'y met...

    « Est-ce que tu sais pourquoi je t'appelle ?

    — Eh bien... pour faire à manger ?

    — Non. C'est pratiquement prêt. »

    Je pouvais voir que d'après son regard, elle savait... que je savais. Assez cocasse quand c'est dit comme ça.

    « J'ai reçu un appel du proviseur aujourd'hui, il paraît que tu t'es battu. »

    Bien vu, moi-même. Il était clair que c'était pour ça en même temps.

    « Explique-moi pourquoi. Ce n'est pas bien de se battre Sorel !

    — Mais Mama... j'ai défendu une fille qui se faisait humilier par des espèces de pimbêches pour être poli.

    — Ce n'est pas une excuse, tu aurais pu simplement leur dire d'arrêter, il paraît même que tu as frappé une fille !

    — Raah ! Qu'est-ce que vous avez tous avec ça ? Parce que c'est une fille, je la laisse me frapper et agir comme la pire des ordures c'est ça ?!

    — Monsieur Ilsoya ! Vous baissez d'un ton ! »

    J'étais assez remonté contre Mama mais sa voix et le fait qu'elle m'appelle par mon nom de famille m'ont très vite abstenu d'aller plus loin.

    « Écoute, au-delà de tout ça, que penseront les gens de toi et de notre orphelinat ? Si un des enfants orphelins est agressif et frappe même les filles, qu'est-ce qu'il se passera selon toi ? »

    Je dois reconnaître que Mama m'avait surpris, je ne m'attendais pas à ce genre de remarque alors je n'ai rien dit.

    « Notre orphelinat n'a déjà pas belle réputation dans la ville, tu sais... les gens pensent que vous êtes tous des gamins sans espoir... »

    Au même moment, Mama s'est effondrée au sol, la main droite sur son front.

    Je me suis précipité pour la rattraper :

    « Mama ! Mama !! Qu'est-ce qu'il y a ?!

    — Ce n'est rien. J'entends tellement souvent ces remarques, ton proviseur ne s'en est pas privé non plus. J'en ai juste marre de tout ça. C'est pour ça que je t'ai disputé. Pour te dire la vérité, je suis plutôt fière que tu aies défendu quelqu'un même si je ne t'encourage pas à frapper qui que ce soit. Comprends-moi, j'ai tellement entendu du proviseur que monsieur Ilsoya "frappe les filles" que je n'ai pas pu m'empêcher de te le faire remarquer. »

    — Je te comprends Mama, c'est promis. J'arrête de frapper qui que ce soit. »

    Mama se releva, en s'appuyant un peu sur moi, puis elle mit sa main sur mon épaule :

    « N'oublie pas Sorel, si tu veux que nous soyons bien vu, essaie au moins de sourire un minimum. Les gens devraient arrêter leurs remarques ou du moins les diminuer.

    — Sourire ?

    — Oui. C'est ce que me disait ma grand-mère, le sourire d'une fille est ravageur alors pourquoi pas celui d'un grand garçon comme toi ? Si les gens voient que tu es comme ça, ils seront plus aptes à venir vers toi et à voir d'un autre oeil l'orphelinat par la même occasion.

    — Tu me demandes de prendre exemple sur Bill ?

    — Pas de le recopier, simplement de sourire. Tu dois rester toi-même en essayant d'afficher un air heureux, même si celui-ci est faux, les gens te verront bien mieux.

    — Ce que tu me dis est contradictoire Mama... »

    Celle-ci soupira, puis hocha tristement la tête :

    « Je préfère voir celui que je considère comme un de mes fils heureux plutôt que bagarreur. Fais-le au moins pour moi. »

    Je crois que je n'ai jamais vu Mama comme ça, c'est ce qui rendait cette scène surréaliste.

    J'ai acquiescé sans pour autant être sûr de pouvoir faire ce qu'elle me demandait. Mama, s'est contentée de cette réponse et me pris dans ses bras.

    « N'empêche, je trouve que se forcer à sourire, ça peut être malsain.

    — Pourquoi ? me demanda Mama tout en me regardant dans les yeux.

    — Je le vois parfois dans les histoires que je lis mais... Est-ce qu'on sourit parce qu'on est heureux ou parce qu'on cache son malheur ? »


    J'étais rassuré, les choses allaient bien se passer maintenant, nous allons ouvrir l'escalier, descendre pour pouvoir enfin dormir. Cette nuit de cauchemar était enfin terminé, le danger permanent qu'était Eneko n'est plus. Du moins, pour l'instant.

    Sûrement parce que je m'étais évanoui plusieurs fois, j'étais moins fatigué que je le pensais. Celles qui avaient l'air fatiguées étaient Céleste et surtout Claria. Elle qui avait dû me porter un bon bout de temps, ça se comprend...

    Ophélia se portait plutôt bien et Haron n'avait pas l'air si faible que ça. On avait toujours un peu peur avec le fait qu'Aftovma puisse posséder quelqu'un d'autre surtout avec ce que Claria venait de faire. Quant à Valya, elle avait l'habitude de rester éveillée tard donc je ne m'inquiète que très peu.

    « Je veux pas faire la rabat-joie mais vu qu'il y a eu la roulette russe, on sait jamais sur quel piège on peut encore tomber... »

    Même si le côté "parano" d'Ophélia doit surtout être handicapant pour elle, ce qu'elle venait de dire n'était pas faux. Même si la menace principale avait disparu, qui sait ce que ce bâtiment renferme ?

    « Ouais mais il faut quand même nous allions à l'étage d'en dessous. »

    Tout le monde était d'accord avec moi, il fallait descendre et voir ce que nous pouvions découvrir en faisant attention.

    « Si je me souviens bien, la cage d'escalier est près du long couloir de gauche à partir de nos chambres. »

    Céleste en savait plus que moi sur ce point, tout le monde en fait, vu que je n'ai pas vraiment eu le temps de mémoriser les pièces.

    « Alors allons-y. Qu'est-ce qu'on attend ? s'écria Valya.

    — De toute manière, lorsque l'on sera en dessous, on fera quoi ? demanda Claria l'air sombre.

    — Qu'est-ce que tu veux dire, ai-je demandé, tu parles de chercher des réponses ?

    — Exact. Je l'ai déjà dit mais je le répète : pendant que vous dormirez, j'irais chercher tous les bouts de papier qu'il y a ici pour en savoir plus. Quand j'en saurais assez, les organisateurs de ce jeu iront tous en prison. Des ordures pareilles, leurs places n'est pas ici.

    — Je suis d'accord mais t'as besoin de repos. Vu tout le temps que tu m'as porté...

    — J'ai l'habitude. Je fais du sport régulièrement de toute manière.

    — Arrête. Même le meilleur des sportifs auraient besoin de repos après avoir porté quelqu'un de quatre-vingts kilos une grande partie de la nuit. »

    Claria se mit à me fixer de son regard glacial puis répondit d'un ton sec :

    « Pas moi. »

    J'ai alors soupiré, elle qui se plaignait du fait qu'elle m'ait porté, voilà qu'elle se met à dire que "tout va bien".

    Je pensais que Céleste aurait réagi mais elle avait l'air bien trop épuisée, personne n'avait l'air de vouloir la stopper à part moi (et encore...), Valya, elle, se contentait de la regarder sans rien dire.

    Sans un bruit (ou presque), nous nous sommes alors dirigés vers cette fameuse cage d'escalier ou plutôt devant pour aller chercher la clé permettant d'ouvrir l'accès.

    Ne connaissant pas autant l'étage que le reste du groupe, je me suis contenté de les suivre.

    Nous avons traversé les couloirs avec une légère lueur de lumière provenant du très léger aperçu de l'extérieur impossible à distinguer. Ça peut nous redonner espoir et c'est une bonne chose de pouvoir voir ça alors... pourquoi mon coeur me serre à ce point ?!

    J'ai une sensation de boule au ventre, comme si ce n'était pas réel. Je ne me comprends pas. Je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui m'arrive.

    Après quelques minutes dans un silence bien trop lourd pour notre situation, nous arrivâmes en face d'une double porte fermé solidement par un gros cadenas. Celles-ci disposaient de petites vitres sur le milieu ce qui nous permettait de confirmer qu'il y avait bien des escaliers qui descendaient au-delà de ces portes.

    « Donc... c'est par là qu'il faudra descendre me suis-je chuchoté.

    — Bien joué Sherlock. Bon, prenons cette clé et finissons-en ! »

    La réplique de Claria était cinglante, elle qui était la plus joviale lorsque je l'ai rencontré, c'est sûrement la plus désagréable maintenant.

    En ayant à peine terminé sa phrase, celle-ci se mit à ouvrir la pièce en face de la cage d'escalier, là où Christophe nous avait dit de nous rendre...

    Mais attendez... ! C'est sûrement un piège ! Qu'est-ce que je suis débile ! Bien sûr que c'en est un ! Et un évident en plus !

    « Attendez ! »

    Ophélia prit la parole avant même que je puisse faire part de mon ressenti.

    « Est-ce que ce n'est pas bizarre que ce Christophe ne nous donne pas la clé directement plutôt que de nous dire d'aller la chercher dans une pièce dont on ne connaît rien ?

    — Exactement ! Je pensais la même chose ! me suis-je exclamé.

    — Quoi ? Vous avez peur maintenant ?

    — Ton insouciance ne nous mènera nulle part, cela ne fera qu'attirer les problèmes. »

    Au même moment, je me suis approché de Claria qui était déjà dans la pièce qui était totalement sombre, pour changer.

    « Attendez, j'ai la lampe torche. »

    J'avais toujours mon téléphone sur moi donc il était aisé de voir si tout cela était un piège...

    clang

    Un fort bruit métallique nous fit sursauter, celui-ci venait de la porte de la pièce qui d'ailleurs était différente des autres du bâtiment

    Ophélia se mit à hurler d'un seul coup :

    « C'est un piège ! Sortez d'ici !! »

    Tout en faisant cela, Ophélia se jeta en arrière près des autres qui étaient restés à l'extérieur de la pièce et exactement au même moment, la porte claqua violemment.

    Ophélia avait tout juste eu le temps de sortir de la pièce mais Claria et moi n'avons pas eu le même réflexe ce qui fait que nous étions à présent enfermés.

    La porte se mit à se faire tambouriner :

    « Eh oh ! Ouvrez ! hurlèrent Ophélia et Haron.

    — Maître ! Ouvrez-lui la porte espèce de méchant ! »

    Argh... même Valya est restée à l'extérieur. Quoique, tant mieux pour elle. Je n'avais pas envie qu'elle se retrouve confrontée à quoi que ce soit.

    « Tout ira bien ! Faites attention ! »

    Céleste semblait s'être réveillée d'un seul coup puisqu'elle frappait la porte de ses petits poings. Je pouvais clairement distinguer les poings de Céleste à ceux des trois autres.

    « Je... je suis désolée... je pensais juste que c'était une pièce normale et à cause de moi, on va sûrement mourir.

    — Si tu cherches à te faire pardonner, ce n'est pas le temps pour ça ! Cherche juste un moyen de sortir !

    — Allume ta lampe alors. »

    Ah oui ! J'allais oublier !

    Sauf que cela aurait été inutile, la pièce, d'un seul coup, s'illumina d'une lumière presque aveuglante.

    « Qu'est-ce que...

    — Qu'est-ce qu'il se passe là-dedans ?! On a entendu un drôle de bruit ! demanda Ophélia

    — Tout vient de s'allumer, la pièce est vachement blanche et... whoaaa ! »

    Je me suis arrêté dans mon explication parce que je venais de voir quelque chose d'assez surprenant : il y avait devant nous une grande vitre avec derrière... quelqu'un.

    Quelqu'un était assis sur une chaise au milieu de tout. La pièce dans laquelle était cette personne était franchement pourri tandis que celle où Claria et moi étions était assez blanche sur les murs même s'il y avait des traces de moisissures ici et là.

    Nous ne pouvions pas savoir qui était la personne assise puisque tout comme les "joueurs", il y avait une couverture similaire la recouvrant.

    « Haron, je crois qu'on va devoir faire un duel comme toi... fit Claria, déterminée.

    — Il y a quelqu'un d'assis dans une pièce en face de nous, on est séparés par une vitre et la personne ne bouge pas. »

    Un haut-parleur se mit à grésiller, on sait tous ce que ça veut dire...

    « Bien le bonjour ! Hahaha ! J'arrive pas à croire que vous soyez tombés dans un piège aussi facile à faire ! »

    Moi non plus en fait...

    « Enfin bref, il devait y avoir tout le monde dans la pièce mais disons que j'ai quand même un peu de chance.

    — Comment ça ? »

    Ignorant ma question, Christophe continua :

    « Bien, la nuit est terminée. Bien des choses se sont produites en neuf heures et je peux voir que vous êtes toujours en vie malgré cela. Je tiens à vous féliciter de nouveau pour ça puisque ça devait bien être ennuyant de rester toujours cachés. »

    Même si c'est lui qui a fait en sorte que nous soyons obligés de nous cacher.

    « Je sais que ce n'était pas aussi amusant que je ne le pensais mais... eh ! Je fais des expériences voyez-vous. Ça fait partie du jeu et j'ai pu voir des gens essayer de survivre. Au final, je me suis rendu compte d'une chose, vous ne vous êtes pas entretués et ça, ça ne faisait pas partie de ce que je pensais. Même en vous donnant des motifs pour le meurtre, personne n'a réussi. C'est bien dommage. Mais ne vous en faites pas, vous finirez pas céder... croyez-moi ! Hahahaha ! »

    Le rire sinistre de Christophe envahissait les hauts-parleurs, c'était d'autant plus énervant de voir que Christophe pensait encore que nous allions nous entretuer. La seule capable de cela serait...

    « On s'en fiche de vos histoires ! Comment on fait pour sortir de là ?! Et faire en sorte que cette personne ne nous tue pas par la même occasion. Parce que si c'est une de vos expériences...

    — Hahaha ! Mais voyons, ne vous précipitez pas ainsi mademoiselle Ymise, pourquoi voulez-vous tuer alors que je suis celui qui décide quand vous le faites ?

    — Ouais bah ça n'a pas marché ! Personne n'est mort ici ! »

    Je suis très mal placé pour dire ça.

    « Bien sûr Sorel. Tu as totalement raison. »

    Seul moi pouvait comprendre le ton sarcastique qu'employait Christophe.

    « Avant de vous laisser faire ce que vous voulez, je tenais à vous faire passer une épreuve. Cette épreuve vous permettra non seulement d'avancer vers l'étage du dessous... mais elle sera également décisive pour une personne en particulier car elle dévoilera aux yeux de tous le passé de l'un d'entre vous. »

    J'ai senti une goutte de sueur couler le long de mon visage, non pas que je sois concerné puisque mon passé n'est pas inconnu des gens ici. J'avais peur de la réaction que pouvait avoir la personne en question, ça pouvait être Ophélia, Claria ou encore Céleste, elle qui avait l'air si fragile, elle pouvait peut-être cacher quelque chose de bien pire...

    « C'est quoi cette épreuve, ai-je répliqué, arrêtez de nous faire attendre. »

    Christophe se mit à rire puis continua :

    « Très bien, vous devez trouver la clé qui ouvre le cadenas. Ça, vous le savez déjà mais comme je vais être sympa, je vais vous dire tout de suite où elle se trouve !

    — Hein ?!

    — La clé n'est pas celle que tu as en trop Sorel mais celle-ci est... autour du cou de la personne que vous avez en face de vous ! »

    Nos deux regards se sont tournés vers la personne en question même si c'était vain puisque la couverture cachait tout le corps.

    « Comment peut-on en être certain ? On voit rien !

    — Il va falloir me croire Sorel. Je n'ai aucun moyen de prouver la véracité de mes propos. »

    Difficile à faire...

    « L'épreuve consiste donc à aller chercher cette clé... en traversant la pièce. »

    C'est tout ?

    « Il est où le piège ?

    — Ah ? Je suis si prévisible ? Oui, c'est vrai que je le suis dans ce cas-là. Le voilà le piège. »

    Attends, je disais ça comme ça, je ne pensais pas vraiment que c'était le cas !

    Tout à coup, un grondement retentit et le sol de la pièce d'en face se mit à bouger ! Celui-ci se rétractait en rentrant dans les murs tout en laissant un vide remplissant en majorité la pièce... sauf au milieu.

    En effet, il y avait une espèce de cercle au centre de la pièce, là où la personne se trouvait. Celle-ci était sur ce qui restait du sol formant une plateforme où seule la personne pouvait se trouver.

    « Vous vous fichez de nous là ?! On ne peut pas sauter aussi loin ! »

    Il y avait au moins une dizaine de mètres qui nous séparaient de la plateforme. Même en prenant de l'élan, on ne pourrait pas y arriver et on prendrait un gros risque vu la taille de la plateforme d'arrivée qui doit faire dans les un mètre cinquante de diamètre...

    « Cette salle était celle qui nous permettait de punir ceux qui ne... ahem... coopérait pas. C'est vrai qu'elle fait peur cette pièce... surtout qu'on peut se faire embrocher en tombant. »

    Je n'avais pas remarqué mais en m'approchant de la vitre, on pouvait voir le fond du "vide" qui ne l'était pas du coup : de gigantesques pieux métalliques qui avaient l'air encore tranchant malgré la rouille apparente la recouvrant !

    Il y en avait partout ! Tu m'étonnes que les gens avaient peur ! Rien que les voir me fiche une de ces trouille...

    « Vous n'êtes vraiment pas bien... vous êtes un grand malade ! cria Claria.

    — Merci. Mais... peut-on vraiment dire que je sois le seul ? »

    ...

    « Ah, et enfin, pour pimenter le tout, seul Sorel aura le droit d'aller chercher la clé sur la personne en plus de devoir faire un choix crucial avant. »

    Sans même que je puisse demander de quoi s'agissait ce choix, ma montre se mit à vibrer.

    J'étais surpris de la voir "sauvegarder" maintenant alors que cela avait été le cas juste avant mais Christophe se mit à prendre un ton sérieux :

    « Tu vas devoir me donner un chiffre entre "un" et "deux". Si tu choisis "un", je vais t'injecter une dose faible d'un produit tandis que la personne assise recevra une dose importante, si tu choisis "deux", l'inverse se produira : tu auras la dose forte et la personne la dose faible.

    Quant au contenu du produit, il s'agit d'un de nos médicaments test pour les personnes épileptiques qui se sont avérés être un échec puisqu'il produit l'effet exactement inverse à celui escompté : il provoque donc des spasmes sans pour autant être aussi violent que pourraient avoir un épileptique en crise. Un échec retentissant mais qui ajoutera de la difficulté à l'épreuve. Et ne t'en fais pas, les effets se dissipent au bout de quelques minutes. »

    Ce type... est d'une ingéniosité tellement morbide que ça me fait froid dans le dos. Voilà qu'il s'attaque aux épileptiques maintenant.

    « Et pour information, tu as une poutre derrière toi. Choisis un chiffre et l'épreuve commencera. »

    Je sentis la main de Claria se poser sur mon épaule.

    « Je ne vois pas en quoi cela pourrait révéler le passé de l'un d'entre nous mais si j'étais toi, je choisirais "un" pour minimiser les risques que tu tombes.

    — Oui mais la personne pourrait tomber et mourir. Je n'ai pas envie d'avoir une mort sur la conscience. »

    Il s'agit là d'une personne que je ne connais même pas... je n'ai pas envie de voir un innocent mourir à cause de moi.

    Je me suis retourné pour regarder la poutre, si je comprends bien, il veut que je la pose pour qu'elle atteigne la plateforme. Elle ne risquera pas de céder vu l'épaisseur de celle-ci mais elle ne faisait qu'une cinquantaine de centimètre de largeur... et nous allons devoir être deux là-dessus ?!

    « Écoute, fais ce que tu veux. Je suis celle qui t'a mise dans un pétrin pareil alors j'essaie de t'aider. On va poser la poutre, aide-moi à la soulever. »

    Sans rien dire, j'ai obéi et avec délicatesse, nous avons réussi à poser la poutre qui reliait alors la plateforme à notre pièce.

    « Sorel ? Le chiffre. »

    Je n'ai pas eu besoin de réfléchir plus longtemps, j'ai inspiré puis expiré profondément et j'ai annoncé :

    « Deux.

    — Quoi ? »

    Claria fut surprise de mon choix et c'était normal mais j'avais décidé ainsi.

    Mon bracelet se serra puis je sentis quelque chose traverser mes veines. Un liquide glacial. L'injection était en soi assez douloureuse mais les effets furent instantanés : ma main droite commença à trembler, puis la gauche, puis les deux bras suivirent et enfin les deux jambes : je tremblais comme une feuille !

    Comme si je grelottais ! Oui ! C'est ça ! J'ai très froid ! Je ne peux m'empêcher de trembler de froid !

    « Sorel ? »

    Même la voix de Claria me paraissait étrange, elle semblait déformée. C'est comme si j'avais été drogué. Ou quelque chose du genre.

    Il fallait que je me contrôle, tous mes membres tremblent de manière affolante. Pourtant, je n'y arrive pas. Plus alarmant, ça empire !

    « Ah et enfin, tu as exactement cinq minutes pour récupérer la clé, le temps que le produit se dissipe. Si tu n'as pas réussi d'ici là, je n'aimerais pas être à ta place... »

    Bien évidemment... j'aurais pu juste attendre que le produit se dissipe et y aller en sûreté mais il faut croire que je ne pourrais pas.

    Je suis obligé de m'agenouiller à cause de la puissance de ce truc ! J'ai l'impression d'avoir une véritable crise d'épilepsie !

    « Qu'est-ce qu'il se passe ? Est-ce que vous allez bien Sorel ? » fit la petite voix de Céleste.

    « Il a l'air... déstabilisé. Le produit fait effet. »

    Je n'ai pas le temps de me morfondre, il fallait que j'aille chercher cette clé... et la personne en même temps mais avec ce produit ?!

    « Hmmpff !! »

    Claria et moi avons eu le même réflexe qui a été celui de relever immédiatement la tête en direction de la personne qui était en train de trembler elle aussi. Celle-ci avait sûrement quelque chose sur la bouche puisque ce n'était qu'une voix totalement étouffée.

    « Il a l'air d'avoir besoin d'aide. C-Courage Sorel. »

    Même si Claria avait passé une bonne partie de la nuit à être désagréable, je pense que mon état actuel permet de mettre nos différents de côté.

    « Je... je v-vais faire de mon m-mieux... »

    Je peux à peine parler... bordel...

    J'ai regardé la personne qui semblait d'ailleurs vouloir nous parler puisqu'elle avait entendu nos voix. Je ne sais pas ce qu'elle a mais elle bouge beaucoup... enfin, plus que ce que le produit pourrait faire vu que je tremble de manière excessive, je ne pense pas que sa dose à elle soit aussi élevée.

    Je me suis positionné tant bien que mal en face de la poutre, celle-ci m'apparaissait en double... Je suis censé traverser ça ?!

    La violence du produit me fit me pencher dangereusement en arrière prêt à tomber au sol mais je sentis quelque chose me retenir.

    « Franchement... t'aurais pu au moins prendre le bon produit pour toi. Ça aurait été plus simple de gérer la personne tremblante plutôt que toi. »

    Sans lui répondre, je me suis avancé.

    Tout me paraissait tourner, mes joues sont gelées tout comme mes mains. Je sens un courant froid me traverser constamment le corps et c'est quelque chose de tellement désagréable. Ces satanés tremblements ne s'arrêtent pas... et ils sont tellement intenses !

    J'ai mis le premier pied sur la poutre, puis le deuxième...

    Je suis dessus.

    A vu de nez, il me faut une dizaine de pas pour arriver au bout s'ils sont assez espacés.

    « Attends ! »

    L'interpellation de Claria me fit sursauter. Sauf que mes nerfs ont réagi bien plus fortement que je ne le pensais.

    Beaucoup trop fort.

    J'ai senti mon pied gauche glisser puis je suis tombé en avant.

    Heureusement, j'ai réussi à me rattraper de justesse en m'accrochant avec ma main gauche puis avec ma main droite.

    « Ah non non ! Je suis... je suis désolée ! Je voulais juste te dire que tu aurais pu avancer plus prudemment... en t'asseyant puis en avançant assis sur la poutre. Ça aurait été plus si-

    — Aide... moi.

    — Qu'est-ce qu'il se passe ?! Pourquoi Claria vient de crier ?! »

    La voix d'Ophélia résonnait de mes oreilles et la sensation était encore plus déplaisante que d'habitude. Mes oreilles sifflaient et j'ai l'impression d'être un congélateur !

    « Attrape ma main ! »

    Claria me tendait sa main, je n'avais fait que deux pas donc je n'étais pas si loin que ça d'elle mais la distance me paraissait tellement lointaine.

    « Sorel est tombé mais je vais le rattraper ! »

    Claria s'était agenouillée juste en face du vide puis elle avait tendu sa main du plus loin qu'elle le pouvait. Son visage avait une expression très sérieuse, tellement que ça me faisait froid dans le dos... ou alors, c'est juste l'effet du produit qui me fait ça.

    « Vas-y ! Attrape-la ! Fais-moi confiance ! »

    J'y pense... pourquoi je ferais confiance à quelqu'un qui disait clairement vouloir me tuer ? Et sur le coup, je n'ai pas été le seul à penser qu'elle pourrait me laisser tomber exprès.

    « Claria ! Je ne vois pas ce qui se passe mais ne tuez pas Sorel ! On s'en sortira tous alors ne faites rien de stupide ! Il y a... il y a Valya qui est en train de pleurer et je... je ne peux pas continuer de voir ça ! »

    Je n'arrivais même pas à entendre ça mais j'espère que ça n'arrivera pas parce que je ne pourrais pas le supporter.

    Claria semblait penser à quelque chose, comme si elle se parlait à elle-même dans sa tête puis elle répondit :

    « Écoute Sorel ! Je sais que tu ne me fais pas confiance et vu ce que j'ai dit, c'est normal ! Mais si tu meurs là, j'aurais permis à ce taré de te tuer ce qui fait de moi une complice !

    — Même... en me tu-tuant de n-n'importe quelle manière, tu es sa-sa complice ! »

    Mes mots ont du mal à sortir tellement je suis frigorifié mais ce qu'elle me reproche n'a pas de sens puisque me tuer revient à l'écouter. Et ça, Claria semblait l'avoir enfin compris à la vue de la tête qu'elle venait de faire.

    « Je... je... si t'étais pas un menteur comme ça, jamais j'aurais voulu tuer quelqu'un ! Pourquoi tu mens ?! Pourquoi tu es toujours dans le mensonge ?! »

    "Mensonge", elle n'a que ce mot à la bouche ! Pourquoi est-ce si important pour elle ?!

    Sans lui répondre, j'ai enfin réussi à attraper sa main qu'elle tendait toujours. D'un geste rapide, j'ai attrapé son bras de mon autre main. J'étais alors à la merci de Claria. C'était à elle de décider de mon sort si je puis dire.

    Je n'avais même pas peur, j'avais juste tellement froid que je ne pouvais penser à rien d'autre.

    « Je vais... je ne vais pas te tuer ! J'ai compris ! Arrête de me regarder comme ça ! »

    Ah... je crois que mon regard trahit mes pensées, je ne lui fais pas confiance malgré ça. Et ça se voit apparemment.

    Claria commença à me tirer vers le haut... sans succès.

    « T'es vachement lourd... c'est impossible de tirer ! Attends ! »

    Elle leva son deuxième bras qui lui servait à s'appuyer sur le bord pour me remonter. Enfin, elle essaya...

    Le fait que je tremble de manière totalement alarmante commençait à me faire perdre connaissance... C'est comme si mon corps était en effort permanent donc les tremblements m'épuisaient fortement.

    Je crois que je n'ai jamais ressenti un froid pareil... et je m'en serais bien passé. Sérieusement, c'était censé être un médicament ça ?!

    Je commence à lâcher prise. J'ai de plus en plus de mal à m'accrocher à sa main et elle a de plus en plus de mal à me remonter tout ça à cause de ces convulsions.

    « Fais un... effort ! »

    Je suis désolé Claria. Je n'y arrive pas.

    J'ai, à présent, totalement lâché prise. Seule Claria me maintenait en vie.

    « Pourquoi... ?! Pourquoi tu as tout lâché ?!

    — Claria ! Sorel est toujours là ?! demanda Haron.

    — Ou-oui ! Mais j'ai du mal à le retenir ! »

    On n'y arrivera pas. Je le sais. Ça fait au moins trois minutes qu'on fait ça. On ne réussira pas l'épreuve.

    En tout cas, pas "ici".

    Il faut recommencer. Je... je sais ce qu'il me reste à faire. Je sais très bien comment ça va se finir de toute façon.

    « C-C-Claria...

    — Argh... vous en faites pas vous autres ! Je le tiens et je le lâcherais pas ! J'ai compris maintenant ! Tuer Sorel revient à coopérer avec cette enflure et jamais je ne ferais ça ! Je... suis désolée pour ce que je vous ai dit ou fais subir... ! On va... on va tous s'en sortir... ! »

    J'ai du mal à entendre mais ce que je parvenais à saisir me fit un choc : Claria avait des sanglots. Je pense qu'elle a compris.

    C'est tout ce que j'avais besoin d'entendre. Je sais comment réagir à présent.

    « M-m-merci.

    — Hein ?

    — À tout de suite. »

    Dans un effort surhumain, j’ai tendu la main que je suspendais dans le vide pour atteindre celle de Claria et la mienne par la même occasion. J’ai alors tenté de la faire lâcher en forçant sur ses doigts mais je n’y arrivais pas avec le peu de force que j’avais.

    « Qu’est-ce que tu fais ?! »

    Cependant, quelque chose me permit d’accomplir ce que je voulais : lorsque je me suis lâché après l’effort que je venais de faire qui m’avait pris ce qu’il me restait d’énergie (et qui n’avait d’ailleurs même pas été suffisante pour me redresser au niveau de Claria), la violence de la retombée fut telle que Claria en fut surprise et c’est à ce moment-là qu’elle m’a lâché.

    « NON !!! »

    La chute a été rapide.

    La première chose que j’ai sentie a été quelque chose de pointu sur mon crâne. J’étais tellement dans les vapes que je n’ai presque rien senties. Enfin… la sensation était abominable mais je ne sentais presque pas de douleur… c’est assez étrange à expliquer.

    Ensuite, mon ventre a été perforé lui aussi. Au niveau du nombril. Tout comme la tête, la sensation du pieu sur ce que je suppose être mes… intestins était plus qu’horrible.

    Enfin, un dernier pieu s’est enfoncé dans ma jambe droite. Inutile de dire que cela n’était pas plaisant non plus. Loin de là même.

    Ma mort n’a pas été instantanée mais elle a été rapide. J’ai à peine eu le temps d’entendre des hurlements de terreur. Faut dire que je dois être dans un sale état donc c’est compréhensible…

    Je suis en train de m’habituer à mourir. Je… quelque chose ne va pas chez moi.

    Ce n’est pas normal.

    C’est ce que j’ai pensé quand cette sensation étrange lorsque je meurs s’est à nouveau manifesté.

    Jusqu’où je serais prêt à aller avec en tête l’idée que je ne peux pas mourir ? Je suis sûr que je ne pourrais pas le prévoir ça. Je peux revenir dans le temps, pas voir l’avenir.

    Bzzt

    Hahaha…

    Je sentais la vibration de mon poignet qui venait de se terminer.
  • Bonjour !

    J'espère que les vacances se passent bien pour vous ! ^^
    Voilà le nouveau chapitre de "Chroptivum" qui je l'espère vous plaira toujours ! Si vous avez des remarques ou des questions, n'hésitez surtout pas ! ^^

    Bref, c'est parti ! Bonne lecture !

    21 - Mon influence sur le futur, la mienne et non celle des autres.

    Mourir fait partie de la vie.

    Peu importe ce que les gens veulent, la mort est une règle universelle. Elle viendra vers chacun d'entre nous à un moment ou à un autre puisque c'est ainsi que fonctionne le cycle de notre vie.

    Mais cela n'a pas besoin d'être mentionné pas vrai ? Tout le monde le sait très bien.

    Alors pourquoi est-ce que ça semble échapper à Christophe ?

    Créer tout un jeu, avec ses pièges, ses règles et ses participants en se basant sur une chose simple de prime abord : je peux recommencer lorsque je meurs. Je peux changer le destin de n'importe qui en le sauvant puisque j'ai connu le danger à l'avance.

    Mais n'est-ce pas sans intérêt ?

    Me voir mourir encore et encore a plus été le but recherché ici. Je n'ai pas vraiment sauvé quelqu'un grâce à ce pouvoir. Alors... pourquoi ?

    Serait-ce une vengeance ? Et si oui, pour quelle raison ? Dans ma vie, j'ai tout fait pour éviter les gens. Pourquoi aurai-je un rapport quelconque avec ce type ?!

    Son jeu ne respecte pas un principe pourtant simple : celui de la mort. De plus, il semble être dirigé directement contre moi. Comme pour me voir souffrir... et c'est d'ailleurs pour ça que je suis le "maître".

    J'aimerais comprendre le véritable but de tout ça, pourquoi est-ce que ces gens sont avec moi et surtout que lui ont-ils fait pour être là également ?

    Parce que je ne pense pas que le simple fait de se divertir puisse constituer un argument recevable face à tant de barbarie.

    Non... ça doit être... plus profond que ça.


    Je demeure inexpressif. Je suis revenu et comme je viens de le sentir : la vibration s'est terminé.

    La première chose que j'ai entendue est la voix de Cristophe récapitulant le choix que je devais faire avec cette histoire de chiffre et de dose de son fichu "médicament". J'en ai rien à faire, sa voix me parvient à peine tellement je ne m'y intéresse pas. J'ai l'impression d'être seul dans cette histoire.

    Infiniment seul.

    La vue de cette personne sur cette plateforme... me désintéresse subitement. Qui sait, je deviens sûrement un monstre insensible mais je n'ai pas envie de la sauver.

    Je vais choisir "un". Comme j'aurais dû le faire depuis le début. Et comme Claria me l'avait conseillé. Jouer les héros ici n'a aucune valeur puisque cela peut s'annuler en un claquement de doigts. Dire que je n'avais pas envie d'avoir de "mort sur la conscience" comme je l'ai si bien dit, je me retrouve à sacrifier une personne que je ne connais même pas pour mon propre intérêt.

    Je n'ai pas envie de le sauver... tout en ressentant du regret de ne pas le faire. Mon esprit contradictoire ne va vraiment pas m'aider.

    Pourtant, j'ai appris une chose importante avant de mourir. Une chose qui va mettre un terme à quelque chose de bien contraignant depuis un bon moment de la nuit.

    Christophe vient de finir de parler, et je sens de nouveau la main de Claria se poser sur mon épaule :

    « Je ne vois pas en quoi cela pourrait révéler le passé de l'un d'entre nous mais si j'étais toi, je cho-

    — Claria. »

    En entendant son prénom d'une manière aussi soudaine, Claria se tut.

    « Quel sera l'accomplissement que tu auras en me tuant ? »

    Je m'étais tourné vers elle en même temps, cette fois, c'est moi qui avais le regard perçant :

    « Que-qu'est-ce que tu racontes d'un coup ?! Il te demande de choisir entre "un" et "deux" et je pense qu'il fau-

    — Fuir la question n'a aucun intérêt. Réponds-moi. »

    Cette fois, je venais vraiment d'attirer son attention puisqu'elle semblait gênée par la question.

    « Pourquoi est-ce que tu remets ça maintenant ?

    — Quel est l'objectif que nous avons tous ici mis à part sortir d'ici ? »

    C'est une question rhétorique mais il me fallait sa réponse. Réponse qui vint quelques secondes après :

    « Su-Survivre.

    — Exact. Mais Christophe lui veut qu'on s'entretue. C'est une condition de victoire alternative qui permettrait à n'importe lequel d'entre nous de sortir dès maintenant. »

    Claria baissa les yeux.

    « Me tuer reviendait à l'écouter. À obéir à ses lois, ses ordres. Est-ce que tu ferais vraiment ça sachant qu'il fait subir de tels traitements à des handicapés ?! »

    Échec et mat Claria.

    Dire ça me permettait de lui faire comprendre qu'il ne fallait pas qu'elle me tue ce qui allait permettre l'union de notre groupe facilitant alors grandement notre survie.

    « Sache-le Sorel, jamais je n'aurais voulu tuer quelqu'un... si tu n'étais pas un menteur... ! Ce que tu dis est vrai... je... je comprends oui. Te tuer reviendrait à écouter ce type mais... argh ! Tout s'embrouille dans ma tête ! Pourquoi a-t-il fallu que tu sois comme ça ?! »

    Ce que j'aimerais répondre tient en quelques mots : "ce jeu m'oblige à mentir". Mais cela ne ferait qu'aggraver la situation puisque je serais incapable d'expliquer pourquoi sans parler de ce pouvoir. Mais une question me titille depuis longtemps :

    « Pourquoi tu détestes autant les menteurs ?! Je sais que ce ne sont pas des bonnes personnes mais de là à vouloir les tuer... »

    Cette question eut l'effet d'un électrochoc, le visage de Claria se mit à prendre une expression incroyablement haineuse et sombre.

    Les yeux baissés, elle répondit presque en chuchotant :

    « Parce qu'ils me rappellent la personne que je déteste le plus sur cette terre. »

    J'avoue que celle-là, je ne l'avais pas vu venir.

    Claria aurait donc un ennemi, quelqu'un qui a dû lui faire du mal et à en croire la tête qu'elle fait actuellement, ce type doit être la pire des ordures pouvant sûrement rivaliser avec Christophe.

    J'étais pris de court, dans l'incapacité de lui répondre alors elle continua :

    « Tu me rappelles sans cesse cette personne. Et c'est pour ça que je te hais autant. Mais... je ne pense pas te tuer si ça revient à écouter Christophe. Cependant, il faudra que tu changes pour que je te considère comme un ami. »

    Crois-moi, je ne changerais pas juste pour plaire à une seule personne mais le pire, c'est que je n'ai même pas besoin de changer ! Je déteste mentir moi aussi mais j'y suis obligé ! On serait sûrement amis si nous nous étions rencontrés à l'école ou à un autre endroit !

    Malheureusement, le destin en a décidé autrement.

    C'est avec détermination que je me suis avancé vers la poutre que j'ai réussi à soulever seul puis à déposer, après que les vitres se soient baissées, pour qu'elle forme un pont entre nous et la personne pendant que Claria semblait perdue dans ses pensées.

    « Écoute-moi Claria, je suis peut-être un menteur mais je peux t'assurer d'une chose, on sortira d'ici vivant tous ensemble ! Christophe, je choisis "un".

    — Très bien. Je commençais à m'ennuyer. »

    Je n'ai pas entendu qui que ce soit réagir derrière la porte, je me demande ce qu'ils pensent de ce que je viens de dire...

    Malheureusement, je ne me poserais pas la question longtemps puisque mon bracelet se serra puis ce liquide glacial se mit à couler dans mes veines. La quantité est cependant bien inférieure.

    Les tremblements arrivèrent assez vite avec cette sensation de froid mais elle était beaucoup moins puissante qu'avant. Ça au moins, Christophe n'avait pas menti là-dessus.

    « Est-ce que... le produit fait effet ? » demanda la timide voix de Céleste.

    — Oui. »

    M'étant positionné devant la planche, je me suis assis comme l'avait suggéré Claria qui me fixait toujours pensive.

    Je pouvais contrôler les tremblements, ils étaient désagréables et j'aurais sûrement du mal à marcher droit mais je pouvais avancer sans tomber bien qu'assez lentement.

    J'étais parti, une idée fixe en tête : récupérer la clé.

    Et c'est à ce moment-là que je me suis souvenu de la conséquence qu'avait mon choix : en regardant la personne, je pouvais m'apercevoir que ses spasmes étaient incontrôlables !

    Celle-ci avait l'air de se débattre tant les effets du produit étaient puissants ! Est-ce de ça que j'avais l'air ?

    Être témoin de cette scène était bien trop pour moi, si voir une personne endurer une telle souffrance était pour beaucoup dans le malaise que je ressentais, savoir que je pouvais perdre la clé si elle venait à tomber et mourir ne faisait qu'accentuer le tout.

    « Qu'est-ce qui lui arrive ?! Pourquoi il bouge comme ça ?! Fais gaffe Sorel... il pourrait te pousser sans faire exprès. »

    Claria le voyait aussi mais ça ne semblait pas la choquer plus que ça. Comme si voir des gens dans des états pareils était normal pour elle.

    Ou alors, elle cache bien sa peur.

    Mètres après mètres, je traversai la poutre tant bien que mal malgré l'agitation frénétique de tous mes membres.

    Ce n'était pas très puissant mais ça l'était assez pour me troubler. C'est assez gênant pour garder l'équilibre mais j'étais assis ce qui fait que j'avais un solide appui m'empêchant de tomber.

    Je pense que j'aurais pu passer comme ça avec la dose plus importante même si ça aurait été difficile.

    Malgré une progression plutôt lente et sûrement un peu ridicule d'un point de vue objectif, je me suis rendu compte que j'étais déjà aux trois quarts de la poutre, la personne se tenait à à peine quelques mètres de moi.

    Brrr... ces geignements sont incessants et ils ne sont pas assez forts pour permettre de connaître son sexe. Comme je suis plus près, je les entends mieux et c'est pas franchement quelque chose dont j'ai envie.

    « T'y es presque, me rappela Claria comme si je ne m'en étais pas rendu compte, attrape la clé et envoie-la-moi !

    — Qu-quoi ? Tu penses que j'aurais assez de force pour t-te l'envoyer ?!

    — Crois-moi que vu le poids que tu fais, tu y arriveras très facilement. »

    Je ne prends pas ça comme un compliment.

    Tout en marmonnant contre moi-même, j'ai fait de mon mieux pour atteindre mon objectif qui n'était plus qu'à un ou deux mètres...

    Mes mains me faisaient mal, les tremblements me fatiguaient, ils sont relativement faibles mais ils ne s'arrêtent pas alors c'est très difficile de faire quelque chose de précis comme par exemple attraper la clé. Alors pouvoir viser et lancer, j'en parle même pas...

    C'est avec ces pensées négatives que j'ai posé ma première main sur la plateforme, puis la deuxième : j'y étais !

    J'étais enfin arrivé au bout de cette maudite poutre qui me faisait avoir un vertige pas possible à cause du produit. La plateforme est effectivement assez petite, même vue de près : on ne pourrait pas y tenir à plus de deux.

    Et je ne pense pas qu'on pourra tenir tout court si ses tremblements ne s'amenuisent pas dans les secondes qui viennent...

    Je sais que je me le suis déjà dit mais maintenant que je vois la personne de près, cela m'effraie d'autant plus : est-ce à ça que je ressemblais ?

    Un frisson me parcourut l'échine tandis que Claria m'extirpa de mes pensées :

    « La clé ! Pense à ça, c'est notre priorité ! »

    Il fallait que je soulève la couverture pour cela. Que je voie de quel genre de personne il s'agit mais vu ce qu'on a déjà vécu, ça sera sûrement un autre employé.

    Même si les spasmes me font mal au coeur à voir...

    Je me suis accroupi pour commencer à retirer le drap lorsqu'en commençant à le soulever, je me suis rendu compte d'une chose effroyable : une roue !

    Il y avait une roue !

    Cette personne est totalement assise sur un fauteuil roulant !

    « C-Claria... ! On a un problème... un gros problème !

    — Quoi ?! »

    En voulant ouvrir la bouche, je me suis retenue : elle qui accorde autant d'importance à des personnes handicapés, que fera-t-elle si elle apprend que la personne dont nous devons prendre la clé est en chaise roulante ?

    « Alors... ? Qu'est-ce qu'il y a Sorel ?! »

    Oh et puis zut ! Elle doit savoir !

    J'ai alors retiré le drap d'un coup rapide pour qu'elle s'en aperçoive. Celui-ci s'envola doucement puis plana quelques secondes dans les airs avant de finir sa chute sur plusieurs pieux.

    J'étais toujours tourné vers la personne ce qui fait que j'ai été le premier à la voir :

    je pouvais déjà constater que c'était une femme vue les cheveux qu'elle avait (ou bien un homme, certains ont des cheveux longs) mais la poitrine, elle, ne faisait aucun doute quant au genre de la personne.

    Sauf que c'était les seuls éléments visibles de la personne. Tout le reste du corps était couvert par des vêtements bien épais et son visage avait un masque attaché par des sortes de sangle.

    Vu ma situation, je ne pouvais pas les retirer mais je pouvais apercevoir notre objectif : sur son cou se trouvait un collier avec la clé attaché.

    D'un coup sec, j'ai arraché la clé à la femme qui semblait trembler toujours plus à mesure que le temps passait ce qui n'arrangeait pas la situation.

    « Sauve-la. »

    Une voix glaçante me transperça, je ne sais pas si j'avais plus peur de ma situation ou du ton que venait de prendre cette voix, voix qui est celle de Claria :

    « Je vais prouver à cette pourriture qu'un handicap moteur n'est pas une raison pour se désintéresser d'une personne. Alors je vais te demander par principe de ramener cette personne ici. »

    J'avais beaucoup de questions et de réflexions en tête mais une seule me venait à l'esprit immédiatement : est-ce que décider de la vie d'une personne par caprice est une bonne chose ?

    Quoi qu'elle dise, il faudrait la sauver.

    Mais c'est moi il y a de cela quelques minutes qui ne voulait pas "jouer les héros". Je ne sais pas quoi faire, ni quoi penser...

    Mmh... mon petit doigt me dit qu'il faudrait mieux sauver cette femme. Éthiquement parlant, certes, mais également parce que je veux savoir ce que Claria nous cache avec son histoire de handicapé.

    Mon esprit contradictoire est vraiment énervant.

    « Écoutez Madame, nous allons devoir passer cette poutre sans tomber. Je vais vous porter pour vous asseoir dessus. Faites "oui" de la tête si vous me comprenez. »

    La femme semblait me regarder droit dans les yeux et malgré les tremblements qui rendaient difficile une réponse, celle-ci hocha lentement la tête.

    « Très bien. Je vais vous porter. »

    Malgré mon état, j'étais toujours en mesure de porter une dame qui n'était pas très lourde même si cela restait assez compliqué.

    Je l'ai donc soulevé avec un bras en dessous des genoux et l'autre derrière le dos puis d'un geste lent et un peu hésitant à cause de mes tremblements, je l'ai posé à cheval sur la poutre.

    Sauf que la femme ne voulait pas me lâcher, elle hurlait mais son masque empêchait le son de sortir. Elle avait peur et c'était compréhensible, moi aussi, j'avais eu peur lorsque j'avais été sous l'emprise du produit avec la dose forte.

    Elle m'agrippait de toutes ses forces et je sentais qu'elles étaient faibles... Si Claria a vu juste, cette femme ne peut pas marcher ou en très difficilement capable mais elle peut bouger ses bras et donc ses mains ce qui fait qu'elle pouvait avancer sur la poutre.

    « Madame... lâchez-moi. On ne va pas p-pouvoir bouger comme ça. »

    Cela faisait plus de deux minutes que nous étions en train de trembler et le produit ne semblait pas s'estomper donc nous avions encore du temps.

    Faire l'aller était "simple", le retour va être compliqué.

    Si je devais m'occuper de moi-même lors de l'aller en faisant attention et en gardant mon équilibre, je devais à présent le faire en double puisque les tremblements de la femme rendaient la tâche bien plus difficile. Après tout, je suis le "maître du jeu"...

    « Claria ! Je vais t'envoyer la clé ! Attrape-la mais fais attention à ne pas la faire tombe- arrêtez de bouger madame ! »

    Je me suis interrompu quand j'ai vu que ses tremblements s'intensifiaient puis je me suis sentis stupide de lui dire d'arrêter puisqu'ayant été moi-même victime de ses effets dévastateurs...

    Il m'était difficile de ne pas la lâcher et mes forces étaient amoindries mais j'ai réussi, d'un geste rapide, à lancer la clé vers Claria qui l'attrapa au vol. Je l'avais même lancé un peu plus loin comme quoi...

    Ses hurlements reprennent de plus belle. Il y avait quelque chose qui la dérangeait ! Ce n'est pas possible de se débattre autant ! Est-ce qu'elle avait mal quelque part ?! Si seulement je pouvais lui enlever, si seulement je ne tremblais pas moi aussi...

    Il me suffisait de regagner la salle où il y avait Claria. Je devais avancer à tâtons, guetter la moindre faiblesse de la part de la dame.

    Je devais, plus que jamais remplir, mon rôle.

    La progression se faisait lentement... très lentement. Je devais toutes les trois à quatre secondes la redresser parce qu'elle commençait à se pencher dangereusement sur la droite ou sur la gauche, je pouvais quand même voir qu'elle donnait tout ce qu'elle avait tout en hurlant des choses que seule elle pouvait comprendre malheureusement...

    Au bout de deux minutes, nous étions a à peine un peu plus de la moitié ! Je commençais à trembler, non pas à cause du produit, mais parce que l'effet pouvait s'arrêter à tout moment ! Il fallait que nous nous dépêchions !

    Alors que je pensais à cela, le haut-parleur grésilla.

    Mais contrairement aux autres fois où seul la voix sournoise de Christophe se faisait entendre, ce n'est pas ce que nous avons entendu...

    En effet, provenant des haut-parleurs, une douce mélodie au piano se joua. Cela ressemblait à une berceuse mais en légèrement plus rapide. Bien que ma culture dans ce domaine soit très moindre, je peux deviner qu'il ne s'agit pas de quelque chose de connu.

    Elle est plutôt jolie à écouter mais l'entendre alors que je suis en train de commencer à paniquer à cause du temps que nous mettons pour traverser cette maudite poutre n'est absolument pas plaisant.

    Au contraire, c'est effrayant.

    Si ma réaction n'a pas été très importante, celle de la dame handicapée, elle, a été l'exact opposé : celle-ci commença à se tortiller dans tous les sens et à hurler à en cracher ses poumons. Sa voix étouffée, bien que partiel, me faisait comprendre qu'entendre cela ne lui plaisait mais alors pas du tout.

    « Qu'est-ce qu'elle a ?! Bordel de- Claria ! Tu peux essayer de la calm- »

    Je n'ai pas terminé ma phrase. En relevant la tête, je pouvais voir le regard de Claria... comme changé. Je n'apercevais plus cette lueur qui étincelait et qui était la cause de son regard si profond, ce n'était rien de plus qu'un regard choqué... mais vide. Comme...

    ...dépourvut d'âme.

    « Aaaaah ! Quelle douce mélodie tu ne trouves pas Sorel ? »

    Alors que j'étais encore en train de me débattre avec la dame handicapée tout en me posant des questions sur la "Claria" que je venais d'apercevoir, voilà que cette ordure se ramène !

    « Eh oh ! Pourquoi on entend de la musique ? Ehh ! faisait la voix étouffée d'Haron.

    — Vous avez appuyé sur quelque chose ? continua Céleste avec un ton de voix inquiet.

    Je ne voulais pas répondre puisque mon esprit était bien trop occupé entre les tremblements du produit, la dame qui se débattait comme une lionne et Claria qui agissait bizarrement.

    « Claria ! On est presque au bord ! Tends-moi la main ! Aide moi !! »

    Mes vociférations étaient vaines, tout ce que fit Claria, c'est mettre ses mains sur ses oreilles. Sans changer son expression de visage. Comme un robot.

    « Qu'est-ce que tu fous ?! »

    Sûrement à cause de mon stress, de mon inattention de seulement quelques millisecondes, de ma fatigue grandissante. Je pourrais trouver mille raisons à ce qui suivit : la dame bascula sur le côté.

    J'ai alors tenté de la rattraper avec mon bras le plus vite possible... mais comment faire cela en moins d'une seconde tout en se tenant à la poutre sachant que l'on tremble ?

    La réponse est bien simple : on ne peut pas.

    C'est impuissant que j'ai assisté à la mort d'une personne dont je ne connaissais que les cris de douleur et de peur.

    Mort qui fut rapide à elle aussi : un pieu s'est directement logé dans son crâne, lui transperçant le globe oculaire droit au passage. Ce n'était pas tout, en tombant, ils avaient découpé une partie du masque. Les lambeaux de peaux et de tissu se mélangeaient formant une combinaison affreuse. Le sang giclait déjà à intervalles réguliers.

    L'immondice de ce que je voyais était sans nom, la musique douce et enfantine que nous entendions en arrière-plan rendait cette scène doublement atroce à voir. Je commençais à me sentir nauséeux...

    Dépité, j'ai pu tout de même apercevoir une bonne partie du visage à moitié découvert : une femme âgée sûrement d'une trentaine d'années avec un visage figée dans la terreur. On pourrait croire qu'elle est morte de peur mais la vue du pieu lui transperçant littéralement le crâne nous vaccine contre l'idée de penser de la sorte.

    J'étais à seulement un ou deux mètres de mon objectif, grâce à moi, nous aurions pu nous en sortir tous ensemble et cette femme aurait pu servir d'informatrice parce que j'imagine qu'elle n'est pas là sans raison... à moins qu'elle ne soit comme nous.

    En quelques secondes, j'ai réussi à rejoindre Claria. Elle n'avait pas bougé d'un poil, elle était exactement dans la même position. Je suis presque certain qu'elle n'a même pas vu ce qu'il vient de se passer.

    Encore un peu tremblant, je me suis approché pour lui mettre la main sur l'épaule :

    « Eh... ! Qu'e-

    — LAISSE-MOI TRANQUILLE ! »

    Ce hurlement me fit sursauter d'au moins deux pas de distance, je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'elle me crie dessus.

    Elle semblait d'ailleurs choquée par ce qu'elle venait de faire, c'est en se mettant deux grosses gifles sous mes yeux éberlués qu'elle se mit à répéter très rapidement en chuchotant :

    « N'oublie pas de sourire. N'oublie pas de sourire. N'oublie pas de sourire. »

    Elle n'arrêtait pas, elle était perdue. Sa respiration était bien trop prononcée pour quelqu'un qui ne bougeait pas.

    « Sorel ?! Pourquoi Claria vient d'hurler ?! »

    Comme pour lui répondre, les portes qui nous séparaient du groupe se sont ouvertes d'un seul coup, le lourd fracas des portes fit écho dans tout le couloir.

    Tout le groupe s'est précipité à l'intérieur à vitesse grand V. Les questions fusèrent :

    « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi ce hurlement ? Est-ce que quelqu'un est blessé ? »

    Je ne pouvais pas répondre à toutes les questions en même temps, alors j'ai pointé du doigt Claria :

    « Je sais pas ce qu'elle a... »

    Céleste s'approcha puis s'agenouilla :

    « Claria ? C'est moi, Céleste. Est-ce que vous allez bien ? »

    Tout en parlant, Céleste approcha sa main vers la tête de Claria qui continuait de répéter cette phrase le visage caché derrière ses mains.

    BAF

    La main de Claria repoussa d'un coup sec celle de Céleste qui était encore hésitante ce qui déclencha un sursaut général.

    Elle commençait à m'énerver :

    « Bon, c'est quoi ton problème ?! Je sais que c'était une handicapée mais j'ai rien pu faire ! T'avais qu'à m'aider si tu tiens tant que ça à eux ! »

    C'est en finissant ma phrase que je me rendis compte qu'elle était horrible...

    Céleste leva le doigt :

    « Je suppose que c'est cette mélodie qui est responsable de son état. »

    Ah oui... je l'avais presque oublié tant elle ne m'intéressait pas lorsque j'étais encore sur la poutre. Elle faisait partie pour moi de l'arrière-plan et pourtant, c'est loin d'être normal.

    Des grésillements nous firent lever la tête, ce sont CES grésillements :

    « Alors, alors ? On n'a pas réussi à la sauver ? Bah après tout, il ne vous faut que la clé, dites-vous bien qu'elle a servi de sacrifice.

    — Elle... est morte ? »

    Nous nous sommes retournés vers Claria qui n'avait pas entendu ce que je lui avais dit :

    « Je viens de te le dire. »

    C'est lorsque Claria s'est tournée vers moi que je me suis rendu compte d'une chose que j'aurais dû détecter depuis le début : Claria... se force à sourire.

    Tout. Le. Temps.

    C'est en voyant le sourire forcé qu'elle me faisait que je l'ai compris, pas une seule fois ses sourires n'étaient véritables. Ils n'étaient qu'une façade.

    Un masque.

    « Quelle douce mélodie vous ne trouvez pas ? Un piano si mélancolique, symbole d'un bonheur passé.

    — Est-ce que vous voulez dire... que cette musique est liée à Claria ? Ou plutôt à son passé ? »

    La réplique de Céleste étonna tout le groupe mais maintenant qu'elle le disait, tout faisait sens : sa réaction, les paroles de Christophe, tout !

    « Oh ? J'ai dit ça moi ? »

    L'air idiot qu'avait sa voix était loin de nous faire rire.

    « M-mais je comprends pas... comment une musique peut déclencher une réaction pareille ?! Et pourquoi l'avoir mise sur les haut-parleurs ?! Je croyais que c'était moi que vous visiez ! Pourquoi s'en prendre à elle ?!

    — Sorel. Chaque chose à son importance, en l'atteignant elle, je t'atteins toi.

    — Je... je comprends pas ! »

    Christophe éclata de rire, puis repris :

    « Ne t'en fais pas, tu comprendras très vite ! Bien plus vite que tu ne le penses.

    — Bordel ! Vous pouvez pas être clair au moins une fois dans votre vie ?!

    — Ce sont des réponses que vous cherchez. Vous pensez vraiment que je vais tout le temps vous les apporter ? Il suffit de regarder le jeu que j'ai mis en place. »

    Céleste, qui semblait bien plus sérieuse que d'habitude, fit quelques pas en avant en direction du bord. Elle mit quelques secondes à contempler le désastre sans dire mot.

    C'est d'ailleurs au même moment que je sentis mon pouls ralentir et mes tremblements cesser, le produit ne faisait plus effet !

    « Je comprends encore mieux la difficulté de l'épreuve que vous avez dû traverser Sorel. Et je pense avoir saisi le but... enfin, je pense.

    — Déjà ? s'étonna Ophélia.

    — C'est quoi ? demanda Haron

    — La personne visée n'était pas seulement Sorel mais également celle gisante en bas. Les deux participaient. Si je me souviens bien, l'un a le produit à forte dose, l'autre à dose moindre. L'un peut donc se déplacer sans trop être gêné mais il doit donc faire constamment attention à l'autre qui est dans un état critique nécessitant de l'aide. Une personne qui tremble presque autant qu'un épileptique aura, bien évidemment, les plus grandes difficultés à se déplacer. »

    Céleste se tourna vers la caméra fixée dans l'angle de la pièce :

    « Le piège avec la roulette russe avait pour unique but de piéger le malheureux trop curieux qui s'y aventurerait, celui-ci était uniquement faisable par Sorel et les règles impliquent que les deux y participent quoi qu'il arrive. S'ils peuvent mourir aussi facilement, c'est que c'était le but recherché ! Je ne pense pas que la mise en place d'un tel mécanisme ait été fait pour la même raison que la roulette russe. Pour une raison que j'ignore encore, vous essayiez de vous débarrasser des deux en même temps ! »

    C'est rare d'être capables d'entendre Céleste parler fort mais c'est d'autant plus terrifiant... Je restais mi-admiratif devant une telle capacité de déduction, mi-effrayé par le sérieux de sa voix.

    « Eh bien ! Je suis content de savoir que tu es celle qui a le plus de jugeote ici. Ça m'évitera de faire des indices barbants. »

    Pour une raison que j'ignore, je pouvais apercevoir Claria trembler. Peut-être qu'elle sanglote ? Impossible d'entendre quoi que ce soit de toute manière à cause de la musique qui tourne toujours derrière Christophe...

    « Pourquoi faire cela ? Pourquoi cette pauvre personne méritait-elle la mort selon vous ? Et pourquoi cette... musique... »

    Céleste se figea. Elle avait l'air d'avoir compris quelque chose... d'important. Quelque chose de si important que cela semblait la troubler.

    Je me suis approché :

    « Euh... ça va ? »

    C'est sûrement la pire des phrases qu'une personne pourrait sortir dans cette situation.

    « Je... je crois que... je...

    — Que quoi ? Articule. »

    Céleste serra ses petits poings :

    « C-comment s'appelait cette personne ? »

    Cette question, sorti de nulle part, apporta la confusion générale.

    « On s'en fiche... elle est morte de toute façon... marmonna tristement Ophélia

    — Non. Son nom est important ! Je veux connaître son nom ! »

    Céleste était déterminée, mais en même temps apeurée. Je ne comprenais pas pourquoi...

    « Il semblerait que je ne peux rien vous cacher mademoiselle Nyakoa. L'identité de la personne joue un rôle fondamental. »

    Pardon ?! Connaître son nom est certainement la dernière chose que j'aurais demandée et voilà que l'on apprend que c'est essentiel pour comprendre ce jeu !

    « Qui est-elle alors ?! Comment elle s'appelle ?! ai-je hurlé en direction de la caméra.

    — J'ai pourtant dit que je n'apportais pas les réponses sur un joli plateau d'argent... Mais je dois dire que mademoiselle Nyakoa mérite une récompense pour avoir trouvé aussi vite que cette personne était également importante. Bon, je vais être fair-play.

    — Alors ?! »

    Un léger silence de quelques secondes, un silence lourd qui me permit de confirmer mes craintes : Claria était en train de pleurer.

    C'est lorsque nous nous sommes tournés vers elle que la voix de Christophe se manifesta à nouveau :

    « Cette femme était mère d'une fille et d'un garçon, elle était âgée d'exactement trente-quatre ans. Son anniversaire était le 27 juillet 1985 et elle était de groupe sanguin A+.

    — Accouchez ! ai-je hurlé excédé.

    — Hahaha... »

    Le rire moqueur de Christophe qui ne faisait que s'amuser avec nous me rendait fou !

    « Cette femme s'appelait Élisabeth... »

    Christophe retint son souffle quelques secondes, puis termina d'une façon brutale :

    « Élisabeth Ymise. »
  • Bonjour !

    Nouveau chapitre de "Chroptivum" ! J'ai pas grand chose à dire sans spoiler sur celui-là... donc je n'ai qu'à vous souhaiter bonne lecture !

    22 - Smile !

    Le quartier, autrefois paisible, était devenu en l'espace de quelques instants très bruyant. Des sirènes de police retentissaient partout donnant à ce lieu une allure apocalyptique.

    Alors que Aris venait de murmurer quelque chose à lui-même, une nouvelle voiture s'arrêta net devant les témoins médusés de la puissance du freinage et de la vitesse d'arrivée du véhicule. Le crissement des pneus attira l'attention pendant quelques secondes puis se fit oublier en quelques secondes.

    De celle-ci sortit un homme en uniforme, puis suivirent un petit défilé de personnes : la première à se montrer fut un homme d'âge mûr, celui-ci était très bien rasé et portait de petites lunettes rectangulaires cachant des yeux bleus très claires, presque transparent. Il portait également un imperméable marron clair mais son visage restait inquiet, comme si quelque chose le dérangeait.

    Derrière lui se trouvait ni plus ni moins que l'exact opposé de sa personne : une femme à l'air assez jeune mais qui semblait totalement se négliger. Celle-ci avait des cernes marqués et un teint très pâle, cette femme pouvait tomber de sommeil d'un moment à l'autre. Des cheveux en pagaille mais des yeux émeraude resplendissant faisant contradiction avec le reste du visage. Elle n'était habillée que d'un pyjama violet foncé.

    Enfin, une dernière personne fit face aux autres : c'était une femme un peu plus vieille que la précédente mais qui pleurait à chaude larmes. Ses reniflements prouvaient que cela faisait déjà un bon moment que ses larmes coulaient et les yeux rouges accentuaient le ressenti. Cette femme portait une jupe à motif floral au style assez vieux et avait des cheveux attachés par un chignon. Ses yeux étaient marron clairs.

    « Excusez-moi, chef ? demanda poliment l'homme en uniforme qui venait de sortir de la voiture.

    — Vous êtes ?

    — En fait... j'ai reçu plusieurs appels concernant des disparitions similaires auxquelles nous faisons face. »

    Le chef acquiesça, pensif :

    « J'imagine que ce sont les parents derrière...

    — C'est bien ça. Je suis sur le point de partir au commissariat pour écouter leur témoignage. »

    La femme pleurant se mit à prendre la parole surprenant tout le monde :

    « Retrouvez mon fils ! C'est peut-être une brute mais c'est encore un enfant ! Pourquoi lui a-t-on fait cela ?! »

    L'autre femme en pyjama se mit, quant à elle, à bailler sans aucune retenue :

    « Elle est pas rentrée la mienne... vu que j'farmais en même temps, j'm'en suis pas rendue compte... »

    Le policier lança un regard désespéré à son supérieur :

    « Cette femme nous a appelés parce qu'elle avait faim et que c'était sa fille qui faisait à manger normalement. Lorsqu'elle a ajouté qu'elle n'était pas rentrée, nous avons tout de suite fait le lien avec les disparitions récentes !

    — Oui, mais faites attention, il peut s'agir d'une fugue ou quelque chose du genre...

    — Et c'est pour ça qu'on va l'interroger. Il est presque minuit donc je pense que la théorie de la fugue peut être envisagée... »

    Le policier soupira :

    « Quand on est arrivé, elle était affalée sur son ordinateur. J'y comprenais rien. Ça doit être ces "meuporgs"... »

    Le regard noir de la jeune femme en pyjama s'accompagna d'une voix hautaine mais fatiguée :

    « Occupez-vous de vos affaires et faites votre travail. »

    Le supérieur soupira à son tour :

    « Bon, j'ai déjà interrogé la directrice de l'orphelinat ainsi qu'un jeune homme qui est le frère d'une des disparues. Qu'en est-il de vous monsieur ? »

    L'homme à l'imperméable remit ses lunettes en place puis commença :

    « Ma petite fille rentre toujours à l'heure à l'école et même lorsqu'elle arrive en retard de quelques minutes, elle me prévient toujours par SMS. Sauf que je n'ai rien reçu de sa part et je tombe toujours sur son répondeur lorsque j'essaie de la joindre... j'ai demandé aux parents de ses amis mais pareil : pas de nouvelles. Je suis mort d'inquiétude et ma femme aussi...

    — Je comprends Monsieur et j'en suis sincèrement désolé. C'est certainement la plus grosse affaire de kidnapping du pays ! »

    Les sanglots de femme à la jupe furent les seules "réponses" qu'eurent les policiers.

    « tousse tenez chef. Voilà les dossiers des enfants disparus que vous m'avez demandés. Deux de l'orphelinat, un gosse de riches et deux gamines. »

    Tout en remerciant son collègue, le chef se mit à scruter les dossiers dans ses moindres détails tout en marmonnant :

    « Mmmh, Monsieur Ilsoya, Mademoiselle Nyakoa, Monsieur... Mélono. Comment ont-ils fait pour kidnapper le gosse du directeur d'une des plus grosses chaines de restaurants ?! Mademoiselle Sokovy ? J'ai déjà entendu ce nom je crois...

    — Oui chef, c'est une affaire assez récente plutôt morbide et-

    — Ah oui c'est bon ! Je n'ai pas trop envie de me rappeler du coup.

    — Il vaut mieux...

    — Voyons voir... Mademoiselle Ymise. C'est donc elle la soeur du jeune homme de tout à l'heure ? Ils se ressemblent pas mal. Pas étonnant qu'ils soient frères et soeur- attendez. »

    Une goutte de sueur se mit à couler le long de la joue du chef policier. Celui-ci était blême.

    « Je vois que vous êtes arrivé au cas de la cinglée.

    — Une cinglée ? De quoi vous parlez ? demanda l'homme à l'imperméable l'air toujours plus inquiet, ils ont kidnappé une folle ?!

    — Attendez attendez, je ne comprends pas bien, où est l'intérêt d'enlever une... une tarée pareille ?! s'énerva le chef.

    — Qu'est-ce qu'il y a ? Je veux pas que mon fils se retrouve face à elle !

    — Elle... a vraiment fait ça... ?

    — Oui chef. Tout dans le dossier est véridique.

    — Merde... »

    Celui-ci continuait de parcourir le dossier l'air de plus en plus livide.

    « Je ne vais pas vous le cacher, cette fille en a vraiment un grain.

    — Et si vous arrêtiez de nous faire des trailers et nous dire ce qu'il en est ? s'exclama agacée la femme en pyjama.

    — Je veux dire, on a le droit de savoir puisqu'il s'agit de nos enfants non ?! pleura la femme à la jupe. »

    Le chef poussa de nouveau un soupir, puis, il regarda chacun des adultes présents dans les yeux puis déclara :

    « J'ai très peur pour vous. Je crois que j'ai rarement vu une gamine de son âge aller dans un hôpital psychiatrique et y être resté comme un des pires cas répertorié... un an et demi ! »


    Tout s'arrête.

    Chaque personne dans la pièce ne respirait plus, les sanglots de Claria avaient brusquement cessé tout comme la mélodie au piano que nous entendions depuis quelques minutes déjà.

    "Ymise", si je me souviens bien, il s'agit du nom de famille de... Claria ! La personne qui vient de mourir... fait donc partie de sa famille ?!

    La première personne à réagir fut Céleste qui s'écroula au sol... puis elle se mit aussi à sangloter tout en prononçant d'une voix faible :

    « J'aurais aimé avoir tort... »

    Alors elle avait deviné. Céleste devine beaucoup de choses... mais voulait-elle vraiment avoir raison dans ce cas-là ? Nous pouvons affirmer le contraire.

    Je sentais mon coeur qui voulait exploser dans ma cage thoracique.

    Je venais d'indirectement provoquer la mort d'un membre de la famille de Claria.

    Je me sentais encore en train de trembler, sauf que c'était la peur qui me dominait. La peur, la haine, les regrets. Tout se bousculait dans ma tête, un véritable méli-mélo.

    « Je... j-j-j-j... »

    Ma bouche ne m'écoutait même plus, j'étais totalement tétanisé !

    Claria n'a pas réagi tout de suite, tout est devenu silencieux l'espace de quelques secondes, bien trop silencieux...

    Nous étions tous en train de regarder Claria : quelle réaction allait-elle avoir ? Est-ce qu'elle allait me tuer de rage ?

    C'est ce que je pensais. J'étais à la fois sur la défensive au cas où et en proie à un des sentiments de culpabilité les plus puissants que j'ai pu ressentir...

    Claria releva lentement la tête qui était toujours baissée. Elle se trouvait à présent à genoux un peu éloignée du cadavre qui n'était pas encore dans son champ de vision.

    Troublée et d'une voix presque éteinte, elle peina à balbutier :

    « Ma... man ? »

    Nous avons tous eu la même réaction de choc : c'est en plus de cela sa mère ?!

    Je viens de tuer sa mère ! Je suis... tellement misérable !

    « C'est de ta faute Sorel ! Pourquoi tu l'as pas sauvé ?! cria Ophélia, sûrement par peur du silence.

    — De ma faute ?! Essaie d'avancer en équilibre avec la tête qui tourne ! Je te mets au défi de traverser cette poutre avec une personne qui bouge autant ! Contrairement à toi, je dois accepter le fait que je viens de tuer quelqu'un qui se révèle être la mère de Claria !

    — Stop ! hurla Céleste, ce n'est pas vous Sorel qui avez tué cette femme mais bien Christophe. Il n'y a aucun autre responsable ici.

    — Facile à dire pour toi ! »

    Céleste se tourna vers moi :

    « Peu importe ce que tu dis, c'est moi qui aie causé sa mort ! Je suis celui qui a... »

    Je me suis arrêté de parler en me rendant compte que Claria bougeait.

    Elle avançait doucement, très doucement en raclant ses genoux sur le sol tout en posant ses mains pour ne pas tomber.

    Elle semblait ramper.

    En voyant que je regardais fixement derrière elle, Céleste se retourna pour assister au même "spectacle".

    C'est sans bouger que nous avons tous observé Claria s'approcher du trou. Personne n'a réagi. Ophélia et Haron étaient, tout comme moi, tétanisés par la peur de ce que pouvait faire une Claria plus que jamais imprévisible.

    Cela pourrait sembler inconcevable d'un point de vue objectif mais personne n'a essayé de la stopper de voir... "ça". Même Céleste ne semblait pas vouloir bouger alors qu'elle était celle qui avait le plus réagi lorsque nous avons appris le nom de la personne.

    Voir Claria ramper comme ça était une chose difficile à voir... mais cela ne nous empêchait pas de regarder sans pour autant l'aider.

    Elle avançait lentement, chaque mètre parcouru la rapprochait de la vue macabre du cadavre de sa supposée mère. Et chaque seconde à voir ça m'emplissait de plus en plus d'une amertume tellement ignoble !

    Après une trentaine de secondes, Claria est arrivée au bord. Elle était arrivée à un endroit qui lui permettait de voir le fond du trou sans se lever.

    Elle était face à ce que j'avais causé indirectement même si Céleste disait le contraire.

    Je ne la voyais pas puisque nous étions dos à elle mais c'est comme si je pouvais voir ses yeux s'écarquiller. Elle ne bougeait plus à nouveau.

    Je ne sais pas comment son esprit doit agir en ce moment même mais je n'ai tellement pas envie de le savoir, après quelques secondes, sa respiration s'est mise à accélérer.

    C'est là que quelqu'un s'est enfin décidé à réagir et il s'agissait bien évidemment de Valya :

    « Est-ce que vous allez la laisser souffrir ainsi ? Elle a besoin de réconfort-

    — AAHHHHHHHHH !!! »

    Un hurlement coupa Valya net.

    Ce que nous avons entendu n'était pas humain.

    Ce n'était pas une personne qui criait, c'était une bête.

    On entend souvent des hurlements de douleur dans les films ou les séries. Le voir permet de comprendre que quelque chose d'horrible vient de se produire.

    Le vivre, c'est autre chose. Y être, c'est une expérience très différente.

    Claria venait d'hurler comme si sa vie en dépendait, en un laps de temps très court, elle nous a transmis ce qu'elle ressentait : une douleur profonde et vive qui ne guérira plus jamais.

    Je ne peux l'imaginer puisque je n'ai connu ma mère qu'un très court instant de ma vie mais je pouvais sentir à quel point c'était important pour elle.

    À quel point un parent peut être quelque chose de si chère pour quelqu'un.

    Je... que dis-je, nous pouvions le sentir. Tous.

    Le cri était si fort que je pense qu'il a dû résonner dans tout le bâtiment. Tout le monde ici a pu comprendre sa signification.

    Quelque chose venait de se briser en elle. Quelque chose qui maintenait sa santé mentale dans un état stable.

    Mais maintenant...

    Claria semblait réciter quelque chose très rapidement. Je parvins cependant à comprendre un petit bout de phrase :

    « Ressassez le passé ne fera qu'empirer l'avenir. »

    C'est tout ce que j'ai compris tant son débit de paroles et le fait qu'elle chuchote m'empêche une compréhension totale.

    Si les gens avaient ce genre de pensées, ils oublieraient bien vite les actes importants ou les morts de leurs proches... n'est-ce pas nécessaire de se souvenir des erreurs du passé pour ne plus les reproduire ?

    Personne ne bougeait. Nous étions tous surpris et angoissés face à la réaction de Claria qui prouvait donc que c'était bien sa mère.

    D'un seul coup, Claria s'arrêta. Puis elle se mit à crier de nouveau mais pour parler :

    « Ce n'est pas Sorel qui doit mourir ici, c'est vous ! Le grand malade qui regarde des gens souffrir pour son plaisir ! Ça vous a plu de tuer ma mère et de me le montrer exprès ?! Quelle est la satisfaction que vous en tirez ?! Créer tout un jeu pour ça ?! Votre place est dans un asile !

    — Hahaha ! Mais vous êtes très mal placée pour dire cela, patient numéro 4256. »

    Quoi ?!

    « Je vais fouiller chaque centimètre carrée de cet endroit, jusqu'à ma mort s'il le faut mais je vous trouverais ! Et quand cela sera fait, je vous étriperais pour vous pendre avec puis j'inventerais un moyen de remonter dans le temps pour recommencer encore et encore ! »

    Je peux t'assurer que ce n'est pas agréable !

    « Attendez, c'est quoi cette histoire de patient ? demanda Haron, t'as été dans un hôpital ?

    — Je vous trouverais même si je dois y passer toute la semaine ! »

    Sans même répondre à Haron, ni même le regarder, Claria se mit à courir en direction du couloir sous nos yeux impuissants.

    Pourquoi impuissants ?

    Parce que tout le monde ici se mit à s'écrouler.

    « Vous devrez attendre encore un peu pour cela, mademoiselle Ymise. Au dodo, je veux que mes joueurs soient en forme pour la prochaine partie. »

    Alors nous ne pouvions même plus dormir de nous-mêmes, c'est encore lui qui décide de cela.

    Je sentais mon esprit s'envoler alors que j'étais écroulé face à Valya qui dormait déjà. J'ai eu à peine le temps de tourner la tête pour constater que Haron, Céleste et Ophélia étaient eux aussi au sol, écroulé par la fatigue à cause d'un de ces produits qu'il nous injecte.

    Claria avait détalé tellement vite qu'on ne voyait même pas son corps au sol mais vu la puissance du produit, elle n'a pas dû aller bien loin.

    C'est avec ces pensées obscures que je me suis endormi.

    ...

    « Sorel ? Réveillez-vous. »

    La petite voix de Céleste me tira des bras de Morphée dans lesquels on m'avait jeté de force.

    « Qu'est-ce que... quoi ?

    — Il faut que vous vous réveilliez. Nous sommes tous debout. »

    Je me suis frotté les yeux puis je me suis accroupi pour ensuite me lever. Céleste est vraiment petite quand même... Je dis ça parce que j'avais l'impression d'être tout petit lorsque j'étais allongé, chose que je n'ai pas l'habitude puisque Céleste fait presque deux têtes de moins que moi.

    « Il est quelle heure ? »

    Question stupide puisque j'ai l'heure sur mon poignet, d'ailleurs, Céleste me le rappela en me faisant un signe de la tête en direction de ma main gauche.

    Quatorze heures cinquante.

    « Quoi ?! Il est presque quinze heures ?! »

    Céleste aquiesca, elle avait visiblement regardé avant que je me réveille.

    « Oh, vous savez où est Claria ? demanda Valya également debout.

    — Pas ici en tout cas, elle doit être dans le couloir. »

    Haron commenca à s'approcher de la porte, ouverte. En fait, personne ne voulait voir l'état du cadavre de la mère de Claria. J'imagine qu'il a commencé à pourrir et... brrr... je préfère ne pas y penser.

    « Ça pue ici ! s'écria Ophélia en se bouchant le nez.

    — Je pense que nous en connaissons tous la raison... »

    Céleste répondit très rapidement pour éviter le sujet, ce que je comprends très bien.

    « N'empêche, t'as vraiment le sommeil profond Sorel ! Céleste essaie de te réveiller depuis au moins cinq minutes !

    — Héhé, se moqua Valya, je suis d'accord avec toi ! »

    J'ai quand même eu un demi-sourire à l'entente de cela, il est vrai que j'ai souvent du mal à me réveiller le matin.

    Haron dépassa le seuil de la porte pour jeter un oeil dans le couloir :

    « Tu la vois ? »

    Haron se retourna vers moi, blême :

    « Elle est pas là !

    — Sérieusement ? »

    Je me suis approché pour pouvoir regarder dehors, déjà, il y avait quelques rayons de soleil qui passaient à travers les petites fenêtres. Le couloir avait un air plus calme, limite détendue. La poussière, assez présente tout de même, flottait ce qui se voyait encore plus avec la lumière naturelle du soleil.

    J'ai constaté qu'effectivement, Claria n'était pas là. Tout le bâtiment semblait vide, totalement dépourvu de vie.

    En regardant autour de moi, je me rendais compte à quel point cet endroit est fade : tout est gris. Une très grande partie de ce que je pouvais voir était incolore. Un véritable environnement médical. Lorsque la nuit, l'endroit était sinistre, le jour, il était plutôt... mystérieux ? Une sorte d'aura se dégageait de cet endroit.

    Quelque chose de paranormal.

    « Effectivement, elle n'est pas là. »

    J'ai sursauté quand j'ai aperçu Céleste juste à côté de moi, je ne l'ai même pas entendu arriver.

    « Est-ce que vous pensez qu'elle s'est réveillée avant ? demanda Valya, soucieuse.

    — C'est fort probable. Vu l'état dans lequel elle est, ce n'est pas un simple calmant qui l'arrêtera. »

    J'imagine Claria se réveiller puis voir qu'elle est seule et se mettre à courir dans tous les sens pour trouver Christophe. J'en suis certain, elle a dû trouver des indices. Ceux qu'il a cachés.

    « Alors elle est allée à l'étage du dessous ? »

    Ma question paraissait un peu naïve... qui en aurait la moindre idée ?

    « Non. Elle est toujours là. Le cadenas n'a pas été ouvert. »

    Maintenant que Céleste le dit, nous l'avons tous remarqué : le cadenas qui retenait la porte menant aux escaliers qui, eux, mènent à l'étage du dessous est toujours verrouillé.

    « Claria doit être dans une des pièces... voire même dans les couloirs. »

    J'ai rarement vu Valya aussi sérieuse.

    « Alors on n'a qu'à crier. Il n'y a plus personne qui peut nous entendre pour venir nous attraper ! »

    Haron a raison. Plus personne ne peut nous tuer à présent si ce n'est l'un d'entre nous...

    « On va se séparer. Il n'y a plus rien à craindre alors ça ira. Céleste, Valya, vous venez avec moi. On va voir vers les chambres. Vous deux, vous allez voir vers l'infirmerie. On couvrira un meilleur périmètre de cette façon.

    — Très bien. »

    Céleste et Valya acquiescèrent. Haron avait compris et semblait sérieux. C'est absolument nécessaire que l'on se fasse tous confiance.

    « Mais il reste l'enfant non ? Je veux dire... l'autre. »

    Même si Ophélia reste assez peureuse, elle n'avait pas tort...

    « É-Éspérons juste qu'il soit parti comme la fillette. »

    Dans ce cas-là, il fallait jouer sur la chance. Mais je ne pense pas qu'il sera là puisque Christophe avait précisé qu'on serait tranquille la journée.

    « Très bien, allons-y. »

    J'ai d'un seul coup été interrompu par ces fameux grésillements, un des haut-parleur !

    « Jamais il va nous lâcher-

    — J'ai jamais été prévenu de ça ! Ce qu'elle a fait est grave ! Et... et ça te fait rire ?! »

    C'était une voix de femme ! Pas celle de Christophe qui ne faisait que rire nerveusement en arrière.

    « Monsieur, le haut-parleur. »

    Un autre homme se fit entendre, combien sont-ils derrière tout ça ?!

    Le haut-parleur se coupa.

    Il y avait une dispute, quelque chose n'allait pas pour eux. Vu le ton de la femme, je pense que ça doit être important.

    Nous nous sommes regardés, le sourire aux lèvres :

    « S'ils parlent de quelque chose de grave pour eux...

    — ...alors c'est quelque chose de bien pour nous ! »

    Ophélia termina la phrase que je venais de commencer. Nous étions d'aplomb d'un seul coup ! La rage que Claria avait accumulée nous est à présent bénéfique. Chacun est à présent motivé comme tout !

    « Claria a trouvé quelque chose d'important. Il faut que nous la retrouvions, on pourra aussi... essayer de la réconforter. »

    Tout le monde était d'accord, bien évidemment ! Mais notre joie avait un mauvais arrière-goût puisqu'il s'agissait de la mort de quelqu'un d'important pour notre alliée, en l'occurrence sa mère. Céleste peut espérer pouvoir la réconforter, je ne pense pas que ça soit aussi simple.

    J'imagine très facilement Claria en rogne en ce moment même.

    « Bon, on y va ! »

    À mon signal, tout le monde s'est dispersés comme je l'avais prévu avec une motivation redoublée ! Peut-être même qu'avec un peu de chance, nous pourrions sortir d'ici avant la fin de la journée !

    Accompagnés de Céleste et Valya, nous avons marché dans les couloirs désormais bien moins sombres à la recherche de Claria. Nous l'appelions en même temps que nous marchions. Chaque pas que nous faisions était accompagné d'un "Claria !". Nous étions comme libres à pouvoir crier comme ça pour se retrouver !

    Nous sommes arrivés près de la double pièce, celle qui avait un trou dans le mur et qui nous permettait d'intervertir entre les deux.

    Nous sommes rentrés pour voir si elle était là.

    « Claria ? T'es là ? »

    Pas de réponse. Elle n'est pas là non plus.

    « Peut-être s'est-elle reposée dans sa chambre ?

    — Je ne pense pas. Mettez-vous à sa place Valya, je pense qu'elle a dû chercher avec acharnement depuis qu'elle s'est réveillée. »

    Valya baissa les yeux :

    « Ah oui... tu as raison ma jolie ! »

    Au tour de Céleste de baisser les yeux et même de tourner légèrement la tête.

    « V-vous ne pouvez pas vraiment savoir si je suis jolie puisque j'ai ma capuche... »

    Valya éclata de rire :

    « Mais nooon ! Je suis sûre que tu l'es ! Faut pas dire ça ! »

    Céleste n'a pas l'habitude des compliments, ça se voit. Et vu que Valya en fait tout le temps, je pense qu'elle va en avoir droit à une bonne dose !

    « Enfin bref, je pense qu'on devrait quand même aller voir dans sa chambre histoire d'être sûr. »

    Après tout, on ne sait jamais...

    « Si vous voulez... fit une Céleste encore un peu embarrassée.

    — On pourrait même fouiller les chambres pour les indices en même temps. Même si Claria a dû chercher comme pas possible, il doit rester quelques trucs non ?

    — Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir. Mais je dois avouer rester plus inquiète pour elle, je préfère voir ce qu'elle a trouvé plutôt que d'autres "indices".

    — Ouais... je suis d'accord. »

    Nous sommes alors ressortis pour aller en direction des chambres, si elle n'est pas là non plus, alors c'est que l'autre groupe l'aura trouvée.

    De toute manière, ce qu'à fait Claria ne peut qu'être bénéfique pour nous puisque cela semble déstabiliser les gens derrière tout ça.

    « Va voir les chambres, Valya et moi allons regarder les quelques pièces de ce côté. »

    Céleste ne fit pas d'objection et Valya non plus d'ailleurs, tant mieux.

    Céleste se dirigea donc vers les chambres, nous étions à côtés avant de se disperser puisque la pièce blanche se trouve pas loin de l'impasse avec nos chambres. Ophélia et Haron sont partis vers le fond chercher près de l'infirmerie et sûrement vers la pièce où Haron a joué à la roulette russe avec ce type...

    Valya et moi nous sommes mis à chercher dans les quelques premières pièces présentées lorsqu'on sort du couloir des chambres.

    Il n'y avait rien de bien intéressant. Les pièces étaient soit vides, soit dans un piteux état. Rien à dire de ce côté-là, tellement que ça en est frustrant !

    En ressortant de la première pièce, quelque chose interpella mon oeil attentif : un morceau de papier à même le sol caché dans un coin. La nuit, ç'aurait été impossible de le voir sans braquer le faisceau lumineux dessus mais là, c'était clairement voyant.

    « Sorel ! Regarde ! »

    Valya l'avait également remarqué, normal vu à quel point c'est devenu flagrant.

    Sans attendre, je me suis mis à sa portée pour le ramasser.

    Chose de sûre, il a déjà été lu. Ou bien Christophe ne sait pas plier correctement des bouts de papier. Celui-ci était tout froissé, quelqu'un l'a donc mis en boule.

    Je ne vois qu'une seule personne pour faire ça : Claria. Elle a du lire quelque chose qui a dû l'énerver... même si elle doit l'être sans l'aide de ce petit truc.

    J'ai déplié le morceau de papier et j'ai commencé à lire :

    "Jour 57. 31 août 2018.

    Les gars de l'administration de ce bâtiment racontent n'importe quoi ! J'ai jeté un coup d'oeil dans les rapports officiels et ils disent qu'Aftovma "hante" le bâtiment depuis la dernière fois ! Comme quoi c'est pas de leur faute...

    Conneries !

    Ils ne veulent pas l'assumer ! Quand ça veut contrôler leur monde, y'en a pleins pour faire des expériences ! Mais quand ça foire comme le 22 août, y'a plus personne pour assumer ! Et vas-y qu'on met ça sur le dos d'Aftovma.

    Personne ne me comprend ici de toute façon, sauf toi petit journal, pas vrai ?

    Les esprits ne se contrôlent pas comme ça et s'il y a un deuxième monde pour eux, c'est qu'il y a une raison.

    Et ce gosse en est la clé.
    "

    Intéressant.

    Alors si j'ai bien compris, le bout de papier que nous avons lu sur Aftovma est en partie faux ? Et pour l'histoire du gosse, il parlait sûrement de celui qui nous touchait pour nous envoyer je ne sais où.

    Mais alors, il nous emmenait dans un monde avec des esprits ?

    Tout ça commence à ressembler à un récit de science-fiction mais on est bien dans la réalité là !

    Toujours intrigué, j'ai franchi la porte pour passer à la salle suivante. Je crois me souvenir que c'est la salle du type pendu.

    J'aime pas trop cette pièce mais c'est histoire de voir si on a manqué quelque chose ou pour à la limite fouiller le cadavre...

    Qu'est-ce que c'est glauque...

    « Les personnes ici faisaient des expériences pour tenter de contrôler un monde inédit. Je peux pas m'empêcher de trouver ça cool ! »

    J'ai souri à Valya en guise de réponse. Ça paraît tellement irréel...

    Nous étions dans le couloir presque en face de la prochaine pièce quand j'ai remarqué quelque chose de brillant au sol.

    La chose était juste en face de la porte.

    En m'approchant, j'ai découvert que ce n'était que la montre à gousset. Celle qui m'avait fait m'évanouir quelques heures plus tôt.

    « Qu'est-ce que ça fait là ça ? C'est pas Claria qui l'avait ? ai-je demandé à Valya.

    — Si. Elle l'a gardé quand tu es tombé dans les pommes. »

    C'est bien ce qui me semblait.

    En tournant la tête, j'ai vu quelque chose d'autre. Quelque chose qui me troubla :

    « Un autre bout de papier ? Deux en même temps, c'est pas normal... »

    Valya avait l'air inquiète elle aussi, je vois mal Chrisophe cacher deux morceaux côte à côte.

    « Bizarre. »

    Tout en marmonnant, j'ai ramassé l'autre morceau puis je l'ai déplié.

    L'écriture était différente, elle était hésitante, tremblante et contrairement aux autres, tout était écrit en rouge...

    Un rouge sang. Bien évidemment, ce n'était que de l'encre de stylo mais je n'avais encore jamais vu un message écrit en rouge ici.

    Mais ce qui me fit le plus peur, c'était ce qu'il y avait d'écrit :

    "Rien du tout !

    Trouvé qu'un message.

    Et ce stylo.

    Pas important !

    Où tu te caches ?!

    Je vais te trouver !

    Je vais te trouver !
    "

    Le message continue avec au moins une quinzaine de fois la même chose puis viens autre chose... de beaucoup plus direct :

    "Je n'en peux plus !

    Pourquoi ?

    Pourquoi je souris ?!

    Souriresouriresouriresouriresourire

    Pourquoi je continuuuuuuuuu


    De gros gribouillis marquaient la suite puis tout en bas, il y avait simplement écrit en lettres majuscules :

    "JE VEUX QUE TOUT S'ARRÊTE !"

    Je sens comme mon estomac se nouer. Pourquoi est-ce que c'est là ? Et qui a écrit tout ça ?

    J'ai, lentement et avec difficulté, ravalé ma salive. Quelque chose me tordait le ventre pour je ne sais quelle raison.

    Ça ne vient pas de Christophe, c'est certain.

    Le message d'avant non plus même, je ne vois pas pourquoi les messages qu'il laisserait se contredisent.

    « C'est... ça fait peur je trouve... balbutia Valya.

    — Je suis d'accord... »

    Il me restait une dernière pièce à inspecter avant de rejoindre Céleste, j'espère que du côté de l'autre groupe, ils ont réussi à trouver Claria. Elle a plus de chances d'être à l'infirmerie...

    J'ai posé ma main sur la poignée pour la pousser.

    pouf

    Hein ?! Quelque chose bloque la porte ?!

    Comment c'est possible ? Je ne comprends pas ! Il y a quelque chose d'assez mou qui m'empêche d'ouvrir la porte.

    Ne me dis pas que...

    « Claria ?! »

    En ouvrant un peu plus la porte, j'ai directement aperçu le cadavre au sol. Et la puanteur de la salle m'a littéralement assommé.

    J'ai mis du temps à comprendre que le cadavre au sol n'était pas celui de Claria. En y regardant de plus près, j'ai vu un visage décomposé et affichant un rictus de douleur assez terrible. C'est donc à ça que ressemblait le type pendu ? Quelle horreur...

    Il s'agissait bel et bien du docteur qui s'était pendu. Je le reconnais à sa blouse.

    Je sentais Valya agripper sa main contre moi, cela me rendait d'autant plus nerveux.

    « T'inquiète pas, c'est juste le docteur. »

    J'ai alors forcé la porte de toutes mes forces pour dégager le corps au sol pour pouvoir entrer dans la dernière pièce.

    « Est-ce que tu te caches ici Cla- »

    Ma bouche est littéralement restée ouverte sans pouvoir terminé la phrase.

    Un corps était pendu.

    Un corps que je connaissais très bien.

    Un corps qui se balançait, sans vie.

    Un corps qui avait tellement enduré.

    Un corps qui me fixait de son regard perçant.

    Valya fit deux pas en arrière, en se cachant derrière moi.

    Une forte envie de vomir me parcourut, un sentiment d'impuissance, de douleur, de colère, de tristesse et de culpabilité également.

    Je sentais même les larmes monter. Tellement de questions se mélangeaient d'un seul coup dans mon esprit.

    J'ai compris pourquoi Christophe riait nerveusement et pourquoi une femme avait précisé qu'elle avait fait quelque chose de grave.

    J'ai tout compris maintenant.

    Elle n'en pouvait plus. Elle a été poussé à bout, voir sa mère mourir a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

    J'avais en face de moi le corps sans vie de Claria... pendu.

    Avec un gigantesque sourire.
  • Petit HS : La petite fille qui pourchasse les personnages de l'histoire durant la nuit ressemble beaucoup à Sachiko Shinozaki de "Corpse Party". Sachez que la ressemblance est purement fortuite, je l'ai remarqué il n'y a pas longtemps... En créant le personnage de mon histoire, je n'avais aucunement en tête Corpse Party et donc encore moins Sachiko ^^

    Voilà, c'est juste une petite précision parce que les deux personnages se ressemblent beaucoup (ont des ciseaux, apparence un peu semblable, "caractère ressemblant"...)

    Bref, à très vite ! :)
  • Bien le bonjour !

    Un mois sans rien poster ! :o Le temps passe si vite...
    Y'a pas mal de raisons à cela mais la principale est le fait que je prépare la deuxième partie de l'histoire. Il y aura pas mal de nouvelles choses que je souhaite ajouter dans mon récit ce qui me complique un peu la tâche.
    En tout cas, le prochain chapitre arrive très bientôt, d'ici quelques jours. Je remercie en tout cas les gens qui prennent un peu de leur temps libre pour venir me lire, ça me fait vachement plaisir ! ^^

    À bientôt ! :)
  • Bonjour !
    Oui, quelques jours avec moi, ça veut dire presque deux semaines :p Et le pire, c'est que je n'ai pas vraiment d'excuses pour l'écriture du chapitre qui a été la plus longue depuis le début de l'histoire. Enfin bref, place au chapitre ! Encore merci à ceux qui prennent le temps de me lire ! :)

    23 - Ma détermination, la mienne et non celle des autres.

    J'ai toujours aimé mes parents.

    Depuis toute petite, ils m'apportaient du bonheur. Ils riaient, s'amusaient, faisaient attention à nous. Mon frère et moi avons toujours été heureux, il n'y a jamais eu de problèmes dans notre famille.

    Mes deux parents travaillaient dans le milieu médical, mon père était chirurgien, ma mère infirmière. Ils s'étaient rencontrés au sein même de leur travail et le résultat a été notre naissance.

    Mon frère adore la musique, il souhaite faire en sorte que les gens du monde entier puissent écouter ses créations. Il le dit lui-même :

    « La musique permet de s'imaginer dans un autre monde. Un univers où seule la personne et la musique cohabite. »

    Et lorsque je lui demandais ce qu'il en était des concerts ou quand on écoute de la musique à plusieurs, il me répondait en souriant :

    « Alors l'univers est partagé. Tout le monde y est. »

    Ça me faisait rire mais d'un côté, je restais admirative. C'est comme ça que j'ai décidé de commencer le piano.

    Faire du piano, c'est vachement difficile au début. Je m'embrouillais dans les touches et mes doigts ne suivaient pas.

    Mais j'ai continué. Avec le support de mes parents et de mon frère, j'ai réussi à rapidement m'améliorer et à avoir de solides bases ainsi qu'un niveau plutôt bon.

    Mon père faisait très attention à moi, il me donnait des astuces même s'il ne s'y connaissait pas ce qui était franchement amusant. Contrairement à ma mère, mon père nous montrait toujours son amour pour ses enfants.

    Un papa "poule" comme on dit...

    Quand je faisais des bêtises lorsque j'étais encore bébé, c'est lui apparemment qui prenait puisqu'il lui arrivait de m'aider. En fait, je crois que malgré son métier qui demande énormément de concentration, il restait très immature dans sa tête. Un enfant dans un monde d'adultes.

    C'est ce que j'aimais appeler mon monde parfait. Tout semblait se diriger vers un avenir des plus radieux. Un avenir où chacun des membres de ma famille vivrait heureux en s'entraidant les uns les autres.

    J'avais un objectif, des ambitions, une famille aimante ainsi qu'une situation favorable à tout cela.

    Il n'y avait qu'un seul problème. Une chose qui allait ronger tout sur son passage. Une chose qui se résume à une simple personne : moi.

    Malgré mon apparence très amicale, je pouvais avoir des phases où je me renfermais totalement sur moi-même. Je n'avais qu'une question en tête : qui suis-je ? Pourquoi est-ce que j'existe sur cette planète ?

    Drôle de question pour une enfant qui vient à peine d'entrer en maternelle, pas vrai ? C'est pourtant quelque chose qui me retombait toujours dessus au moment où je ne m'y attendais pas. Parfois, il m'arrivait d'être soudainement très triste. Je perdais de l'intérêt pour tout ce qui m'entourait. Plus rien ne m'importait si ce n'est cette question : pourquoi j'existe ?

    Beaucoup de choses se sont passés entre les premières apparitions de cette question dans mon esprit et mon moi d'aujourd'hui. Mais ces pensées subsistent toujours.

    Et c'est depuis que j'ai été responsable de cet accident que je n'ai fait que sombrer dans la dépression. J'ai perdu beaucoup de poids puisque je ne m'alimentais même plus n'en trouvant même pas l'utilité. Je ne travaillais même plus à l'école, je me renfermais sur moi-même ce qui fait que mes amis me délaissaient. Mes loisirs devenaient fades, inutiles à mes yeux.

    Puis vint ce jour. J'ai eu une discussion avec mon frère qui ne pouvait plus supporter tout cela. Il m'a parlé longtemps, durant presque deux heures. Je sentais dans sa voix que c'était plus qu'une simple discussion pour lui, comme un dernier espoir de me redonner le sourire.

    C'est comme ça que j'ai commencé à sourire. Il me l'avait affirmé : "Souris et les choses s'amélioreront. Ta situation n'en deviendra que meilleur."

    C'est depuis ce jour que je souris. Tous les jours et devant tout le monde, ce cliché de la personne souriante qui cache sa vraie personnalité, je l'incarne tout le temps et consciemment. Même si ce sourire est faux, il est efficace puisque je me suis rapidement fait de nouveaux amis et je devins plutôt populaire même, certains garçons voulaient même sortir avec moi ! Chose qui ne m'était jamais arrivé auparavant.

    Sauf que même en trainant avec eux sans pour autant être leur copine, je n'ai jamais réellement souris. Un sourire sincère. C'en devient presque une obsession chez moi...

    J'espère qu'un jour, je trouverais la personne qui déterrera le sourire véritable enfoui en moi.


    Ma première réaction fut de hurler. J'ai sûrement eu la pire peur de ma vie ! Claria s'est suicidée ! Elle qui était tout le temps en train de sourire et qui était sûrement la personne la plus improbable à abandonner, elle qui nous encourageait malgré la difficulté évidente de tenir tête à cette fillette...

    Elle n'est plus là maintenant.

    Jamais mon estomac ne m'avait fait aussi mal, tout comme mon coeur que je sentais se serrer tellement fort qu'il pouvait à tout moment jaillir de ma cage thoracique. Une source de courage nous avait été volé. Claria était bien plus mal en point que tout ce que je pouvais imaginer, et moi, je n'ai rien vu de cela ! En tant que "maître du jeu", j'aurais dû faire plus attention à cette fille qui voulait déjà me voir mourir ! Déjà ça, ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille ! J'aurais dû m'intéresser un peu plus à elle et à pourquoi elle agissait ainsi, essayer de comprendre que chaque sourire qu'elle faisait n'était qu'une façade pour cacher sa véritable personnalité. Elle joue un rôle de manière constante, même dans cette situation où nous sommes tous en danger de mort, elle gardait un contrôle sur ce qu'elle incarnait : une personne souriante et digne de confiance. Alors que moi, j'étais ce qu'on pourrait appeler l'exact opposé ! J'aurais dû comprendre tout cela et bien plus vite pour pouvoir agir et tenter quelque chose... n'importe quoi !

    J'aurais dû comprendre tout cela... mais c'est trop tard maintenant. Il n'est plus l'heure des regrets et des "j'aurais dû ceci, j'aurais dû cela..." parce que c'est terminé. C'en est arrivé au point de non-retour.

    Oui, je peux remonter dans le temps comme si rien de tout cela n'était arrivé, oui, je peux empêcher quelqu'un de se donner la mort... mais jamais je ne pourrais oublier que quelque part, j'ai provoqué indirectement le suicide d'une personne ! Une conséquence du genre marquerait tout le monde à vie, je passerais alors en sortant d'ici comme le second meurtrier de Claria. Sa mère ainsi que son frère, après avoir pleuré la mort de leur fille/soeur, irait s'en prendre au coupable. Et je ne pourrais m'empêcher de penser que j'ai une part de responsabilité dans l'histoire, la majorité de la faute est sur Christophe, oui, mais c'est moi qui aie raté l'épreuve et laissé mourir cette femme.

    Tout ça, j'y ai pensé en l'espace de trois à quatre secondes parce que mes yeux scrutaient déjà la pièce dans la confusion la plus extrême.

    La pièce avait un aspect de film d'horreur : elle était tapissée de traces de sang sur les murs, une écriture qui était saccadée et qui ressemblait à celle d'un psychopathe. Sauf que le sang venait de Claria et plus précisément de ses bras : des mutilations profondes envahissaient tous ses avant-bras. Le sang ne coulait que très peu ce qui signifie que son cadavre est ici depuis un moment. Toutes les traces de sang portaient l'inscription suivante : "Smile"

    Pourquoi écrire "sourire" en anglais ? Je n'ai jamais été vraiment bon en anglais mais au moins, je comprends les bases. Que cherchait-elle en inscrivant cela partout dans la pièce ?! Parce que le sourire, tu l'as en grand sur le visage ! Elle se l'est taillé en se découpant le bord des lèvres.

    Ignorant le fait que la pièce avait un des aspects les plus glauques possible, je me suis précipité devant le cadavre. La pièce n'est pas vraiment très grande ni même large alors le cadavre à vraiment l'air imposant. Celui du docteur nous avait gênés mais celui de Claria est bien plus effrayant : le sang sortant de ses avant-bras et de sa bouche, son regard perçant qui fixe droit devant elle... Chaque angle de vue que je prenais avait un aspect horrifique.

    « Pourquoi ?! P-Pourquoi t'as... ! »

    Je n'arrivais plus à parler tant la colère et la tristesse envahissait mon esprit et l'embrumait. Ma gorge ne pouvait même plus s'ouvrir pour y laisse s'échapper la quantité astronomique de culpabilité me submergeant.

    J'étais littéralement écrasé, et malgré l'odeur horrible qui se dégageait de la salle ainsi que l'état même du cadavre de Claria, je n'ai pas pu m'empêcher d'essayer de détacher cette corde. Je ne voulais pas voir ça. Absolument pas !

    Elle est accrochée à un des tuyaux composant le plafond, il y a parfois ce genre de méli-mélo de tuyauteries sur le plafond dans les vieux bâtiments, et bien, c'est exactement le cas ici et j'ai envie de dire que ça n'aurait jamais dû être là ! On aurait évité deux morts par pendaison dans cet endroit tout pourri !

    Je tirai de toutes mes forces avec Valya qui me regardait, apeurée. Elle semblait vouloir m'aider mais la vue du cadavre et sûrement l'odeur qui va avec l'empêchait de faire quoi que ce soit.

    J'essayais de tirer sur le tuyau, je ne sais pas si c'est ce qu'il fallait faire mais... je n'arrivais pas à réfléchir, à penser de manière rationnelle : j'avais en face de moi un cadavre pendu dégoulinant de son sang !

    « Sorel ?! Je vous ai entendus crier, qu'est-ce que vous avez vu ? »

    La timide voix de Céleste me fit reprendre mes esprits pendant quelques secondes, je me suis presque jeté en arrière, horrifié par ce que je venais de tenter.

    Les pas de Céleste résonnaient juste derrière moi :

    « Vous avez trouvé quelque chose ? »

    De son point de vue, elle ne voyait rien, et j'étais dos à elle. La seule chose qui trahissait la monstruosité que je cachais était...

    « Quelle odeur... tousse répugnante ! »

    Découragé, je sentais déjà toute cette culpabilité qui se contenait en moi, je voulais hurler que ce n'était pas de ma faute mais bien celle de l'organisateur ! Je voulais disparaître, m'enfuir, ne pas avoir à affronter cela...

    « Céleste... tu n'as pas à voir ça... marmonna Valya. Tu peux encore te retourner, mon maître et moi, on t'expliquera ce que c'est. »

    J'aurais simplement pu me retourner et la faire fuir le plus loin possible d'ici, mais le cacher aurait encore plus aggravé ce que je ressentais.

    Je me suis simplement agenouillé, anéanti, tout en regrettant ce que j'allais dire :

    « Claria s'est suicidé. »

    C'est comme si je sentais le regard étonné de Valya, elle voulait arrondir les angles, ne pas choquer celle qui était "victime" de toutes ses louanges sur son apparence mignonne. Je ne pouvais que regretter de ne pas l'avoir compris plus tôt.

    Un silence lourd s'ensuivit, nous pouvions à peine entendre les autres arriver vers nous.

    « Est-ce que ça va Sorel ? On t'a entendu crier... »

    Je pense que là non plus, je n'ai pas eu besoin de me retourner pour comprendre la réaction des deux autres.

    Ophélia laissa échapper un juron à moitié étouffé tandis qu'Haron, quant à lui, poussa un cri de terreur.

    Je me suis finalement retourné, les yeux noyés dans les larmes, leur faire face était difficile parce que j'avais l'impression d'être le coupable de son meurtre :

    « J-j'aurais dû le comprendre plus tôt ! Si j'avais fait en sorte qu'elle ne me déteste pas, j'aurais pu comprendre ce mal-être qu'elle ressentait ! J'aurais pu la sauver ! C'est... c'est mon rôle ici... ! »

    Pourquoi est-ce que je ressens autant cette culpabilité ? Elle m'avait tué, devrais-je être honteusement satisfait... ?

    « A-a-a-attendez ! C'est Aftovma ! J'en suis certaine ! Claria ne ferait pas ça, elle semblait toujours rigoler... balbutia Ophélia, si j'avais été moins désagréable tout le long, elle aurait sûrement-

    — Arrêtez. »

    Céleste, d'une voix tranchante qu'aurait pu prendre Claria, eut ses premières paroles depuis cette découverte.

    Celle-ci s'avança d'un pas lourd en direction du cadavre pendu, sa marche fut lente, très lente. Nous l'avons regardés faire sans bouger le petit doigt, personne ne voulait faire quoique ce soit pour l'empêcher de voir cela de plus près.

    Arrivée en face de Claria, Céleste se pencha pour ramasser un objet que je ne parvins pas à distinguer directement. Puis elle se dirigea vers moi, toujours avec le même pas en tenant l'objet dans ses petites mains.

    Elle me le tendait tout en ayant le regard baissé :

    « C'est son casque. Elle aimait la musique, non ? Je me rappelle que sur sa fiche, il était écrit qu'elle aimait jouer du piano. Elle devait tenir à ce casque si elle le gardait toujours autour du cou.

    — Mais il est intact... »

    Céleste aquiesca, l'air toujours aussi grave :

    « C'est qu'elle l'a retiré, sous le joug d'Aftovma, elle l'aurait détruit d'une quelconque façon et elle se serait suicidée en se griffant le cou. Mais elle s'est pendu. Elle a pris le temps pour enlever le cadavre déjà présent puis se passer la corde au cou avant de se laisser pendre. Nous avons déjà vu comment Aftovma possède ses victimes, est-ce que vous vous souvenez de la réaction brouillonne de Claria quand elle s'est faite toucher par l'enfant ? Aftovma n'a pas un contrôle assez puissant pour permettre des actions aussi précises... »

    Nous devions tous affronter la réalité : c'était la décision de Claria. Elle seule et de son plein gré avait décidé de se donner la mort.

    Alors que faire maintenant ? Je m'en voulais tellement de ne pas avoir pu la sauver, d'être passé à côté d'une telle chose, d'un mal-être si profond. Ça s'était senti lorsqu'elle s'était mise à hurler après la découverte du cadavre de sa mère, bien évidemment, n'importe quelle personne dans sa situation aurait très mal réagi mais... c'était bien plus qui était sorti. Un hurlement mélangeant le désespoir et la douleur de toute une vie, c'était ça que j'avais ressenti.

    « Je ne voulais tellement pas que quelqu'un... que quelqu'un meurt ! Et là, on se retrouve devant une de nos amies pendue ?! Pourquoi est-ce que ça nous arrive ?! »

    Ophélia, tu considérais Claria comme une amie ? Malgré la très forte culpabilité que je ressentais, c'était parce que j'étais en quelque sorte responsable dans tout ça. Même si elle s'est suicidée, je ressens encore la douleur de la jambe qu'elle m'avait brisée. Je peux encore sentir cette trahison, peut-être justifiée, qu'elle m'avait fait subir. Mais, il reste quelque chose qui pèse sur moi...

    « Claria n'est plus parmi nous. Ça ne sert à rien de rester ici, allons-nous-en. »

    Pourquoi est-ce que Céleste dit ça ? Je suppose que sur le coup, je n'étais pas le seul à être étonné puisque personne n'écouta. Tout le monde restait immobile, muet de surprise.

    Puis vinrent enfin des paroles :

    « Qu'est-ce qu'on va faire pour elle ? Sa mère est morte, et maintenant elle aussi. Qu'est-ce qu'on va dire devant son frère ? Je... je ne pourrais pas lui faire face... ! Que va penser mon père de moi quand je lui dirais que j'ai été témoin d'un suicide, que j'aurais pu agir mais que je suis resté aveugle tout ce temps ? Pensez-vous que sa réaction sera positive ?! Il dira encore que je suis un faible ! Ce n'est pas uniquement de ta faute Sorel, tout le monde aurait pu l'aider ici ! La comprendre au moins ! »

    Haron était sincère dans ses dires, sa voix tremblait, il était au bord des larmes. La mort de la mère de Claria a été l'élément déclencheur, et ça, j'aurais pu l'empêcher.

    Par contre, Ophélia n'a pu s'empêcher de s'effondrer de désespoir tout en fondant en larmes.

    « Et puis snif, pourquoi est-ce qu'il y a marqué "sourire" partout dans la p-pièce ? Et-et pourquoi est-ce qu'elle sourit justement ? Je ne comprends rien ! »

    Nous non plus Ophélia... nous non plus. Ici, personne ne connaissait Claria, personne ne peut prétendre qu'il la comprenait.

    Haron prit la parole à son tour, il semblait trembler :

    « On va... on va devoir vivre avec ça. Avec cette pensée qu'on aurait pu sauver quelqu'un du suicide. Mon père aurait raison de me traiter de faible, je... ne supporte plus rien ici ! »

    La fin de sa phrase avait été crié. Haron était à bout et cela se sentait.

    « Pourquoi ? »

    La voix bien plus sombre que d'habitude de Céleste me fit se tourner vers elle et vers les autres. Céleste pensait à voix haute, sa voix était très basse mais audible, c'est comme si elle faisait un monologue.

    « Pourquoi est-ce que chaque chose auquelle je tiens finit par m'échapper... ? J'ai choisi d'être forte ici, j'ai fait des efforts pour ne pas complètement tomber dans la démence, je fais ce que je peux pour y arriver ! Alors qu'ai-je fait de mal ?! Pourquoi chaque chose ici est présente pour nous blesser ? Est-ce que je suis maudite ? Suis-je destinée à perdre tous ceux qui je porte de l'affection ? »

    Je ne savais pas quoi dire, tout le monde était chamboulé, je me souviens la première fois que j'ai vu Céleste, elle s'est mise à crier et à avoir peur, elle pensait que c'était la fin pour elle et qu'elle ne pourrait rien faire d'elle-même ou du moins sans sa soeur. J'ai eu cette impression de fille faible mais elle n'a cessé d'être courageuse depuis, elle se retenait depuis tout ce temps ? C'est compréhensible d'un côté, je suis presque admiratif devant de tels efforts...

    Mais tout le monde craquait, le moral général descendait dans le négatif.

    « Écoutez-moi ! »

    Valya se mit finalement à prendre la parole, toujours apeurée mais elle prenait sur elle, ça se sentait dans sa voix :

    « P-partons d'ici. Rester ne fera qu'empirer la situation dans laquelle nous sommes. On doit surmonter cette épreuve et... et on doit avancer !

    — Vous ressemblez tant à ma soeur... répondit Céleste.

    — J'aimerais juste que cela ne nous arrive pas. Claria avait besoin d'aide mais nous ne l'avons pas vu. Personne n'était au courant qu'elle pouvait se s-suicider... »

    Elle a eu du mal avec le dernier mot.

    « Lorsqu'on sortira, on ira tout expliquer à la garde de ce monde !

    — La police, corrigea Haron.

    — On leur dira tout ce qu'il a fait, tout ce qu'on a enduré ! On lui offrira un enterrement digne de ce nom, on présentera nos excuses les plus sincères à ses proches. On la fera vivre au travers de nous ! Je sais que c'est difficile à comprendre, que je suis très souvent compliquée mais je recherche toujours le meilleur côté de ce qui nous entoure. Ce sera un fardeau à accepter, j'en suis consciente, mais nous le porterons tous ensemble et non chacun de notre côté. Et un jour, on réussira à surmonter cette épreuve ! »

    J'en avais les larmes aux yeux, plus personne ne parlait.

    J'en pleurais parce que je venais de prendre une grosse décision, quelque chose qui allait tout annuler.

    Tout recommencer.

    « Ce n'est pas la peine ! »

    Valya eut un léger cri de surprise :

    « Ne t'inquiète pas maître, je serais là pour toi aussi. Je vous aiderais tous !

    — Mais le pouvez-vous réellement ? questionna Céleste. Vous vous donnez tant de mal... »

    Alors que Valya allait répondre, j'ai hurlé :

    « Arrêtez ! »

    Cette fois, tout le monde me regardait. Peu importe ce qu'ils allaient me dire, j'avais déjà pris ma décision :

    « J'ai quelque chose à vous dire. »

    Je pris une grande inspiration, prêt à affronter les conséquences :

    « Je peux remonter dans le temps ! Alors je peux tout changer ! Rien n'est moins grave qu'une mort ici ! »

    — Quoi ?! »

    Seule Valya me répondit, si l'on peut appeler cela une réponse, tandis que j'assistais de nouveau et toujours aussi impuissant à une chute de désormais cadavres. J'avais plus peur de voir la mort que de la vivre... et ce n'est pas normal.

    La douleur est une chose mais elle n'est que temporaire, je n'ai qu'à souffrir pendant quelques instants pour recommencer. Pour tous les sauver.

    Tout le monde s'est effondré en même temps. Ce bruit lourd de corps tombant sur le sol... Il reste très effrayant, très glauque.

    « Attendez, je ne comprends plus rien. Pourquoi est-ce que tout le monde s'est effondré ? Ils-ils vont bien ?!

    Pour la première fois, quelqu'un assistait à la mort de tous les autres et était au courant de ce qui m'arrivait, et cette quelqu'un, c'était Valya ! Quelle chance qu'elle ait réussie à ne pas être victime du jeu elle aussi. Je pouvais enfin tout lui dire ! Juste, juste pour quelques instants !

    Mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, un grésillement d'où je connaissais parfaitement la provenance m'interrompit dans ma démarche :

    « Alors tu en arrives à là ? Tu te suicides toi aussi ? En temps normal, j'aurais laissé la petite s'occuper de toi mais je ne pensais pas que tu allais volontairement dire ce que tu ne dois pas. Je pensais que ton égoïsme allait te faire continuer la partie. Tu as bien changé Sorel. Mademoiselle Valya doit bien s'en rendre compte.

    — Pourquoi est-ce qu'il parle de suicide ? C'est C-C-Claria qui s'est suicidée ! Pas mon maître ! »

    Valya a tant de mal à affronter la réalité, si je pouvais essayer de la lui censurer, je le ferais.

    « C'est ce que je subis à cause de lui ! Si je parle de ce pouvoir à qui que ce soit ici, tous ceux qui ont entendu meurent et je suis tué ensuite en guise de punition ! Sauf que ma mort se répète plusieurs fois ! Plusieurs fois ! Tu te rends compte ?!

    — C'est... c'est horrible ! Pourquoi vous faites ça monsieur ?! Pourquoi est-ce que vous vous acharnez à ce point sur lui ?! »

    J'ai, pour la première fois, assisté à une Valya en colère. Je n'ai jamais vu ça, c'est assez troublant. Toute mon angoisse pour mon futur très proche s'était suspendu pour laisser place à un état que je jugerais d'indescriptible. Une sorte de milieu entre la fascination et la peur.

    « Ne pose pas de questions inutiles s'il te plaît. Tu n'aurais jamais dû être ici, je pourrais te tuer si je le voulais.

    — Ne la touchez pas ! »

    J'ai hurlé de toutes mes forces :

    « Si vous voulez me tuer, allez-y ! Je peux supporter la douleur pour créer un meilleur futur ! Mais ne touchez pas à Valya ! Ça n'a rien à voir avec elle !

    — Sorel... »

    Valya était au bord des larmes, chose que je n'ai jamais vue non plus, et cela ne faisait que renforcer ce que je ressentais actuellement : de la détermination.

    « Et pousser une fille qui n'est même pas majeure au suicide, ça vous a bien plus ?! Est-ce que vous savez ce que ça fait d'écouter un discours qui vient du coeur mais qui est complètement effacé par votre mécanisme de voyage dans le temps ?! »

    Je le sens également, ma vision se brouille. Je vais rejoindre Valya dans les larmes.

    « Et tu sais ce qui me plaît encore plus ? Voir les efforts mis dans ces paroles. C'est quelque chose de très amusant et très stimulant. »

    J'avais envie de venir l'étrangler. De le voir souffrir avant de mourir. Je ne comprends toujours pas cette haine qu'il a envers moi. La comprendrais-je un jour ?

    Tout le discours de Valya, la réaction des autres qui semblaient traumatisés après la découverte du corps... tout ça allait disparaître en un instant comme si ça n'avait jamais eu lieu. Excepté moi et ce type, personne ne se souviendra des efforts que chacun avait fait pour essayer de surmonter cette épreuve !

    Mais je peux changer le cours de notre histoire. J'ai cette capacité malgré moi, je peux remonter dans le temps et les sauver toutes les deux. Il me suffira de prendre le produit à forte dose... et à résister. C'est une femme handicapée, je ne peux pas lui laisser la dose la plus élevée cette fois. Il fallait que je prenne sur moi.

    Que j'affronte ce cauchemar une dernière fois avant la fin de la nuit.

    « Alors tue-moi ! Qu'est-ce que tu attends ?! Tue-moi et remonte le temps jusqu'avant l'épreuve ! Là, je triompherais ! Tue-moi !! »

    Au même moment, je sentis mon poignet vibrer, le regard toujours assez confus, je pus lire ce que j'avais lu la première fois et qui m'avait mis dans un état des plus déplorables :

    "Fin prématurée de la partie pour cause de mort de tous les joueurs. Début de la séquence de punition."

    Je pensais ne jamais revoir ces lignes, et pourtant...

    Le bracelet se resserra et cette sensation horrible me parcourut tout le bras de nouveau, je ne pouvais désormais plus bouger et presque plus parler.

    « Sorel ! Qu'est-ce qui t'arrive ?! »

    Valya essayait tant bien que mal de me porter mais en vain, j'étais bien trop lourd pour elle. Elle m'a reposé au sol, exténuée de fatigue et de tristesse.

    « Qu'est-ce que je peux faire ?! Je veux t'être utile, je suis ta partenaire ! »

    Malgré le fait que j'ai déjà eu l'occasion de voir Valya être impuissante face à mon agonie, cela me faisait toujours de l'effet dans le mauvais sens du terme. Elle est toujours si joyeuse, si pleine de vie que la voir dans cet état-là est déplaisant au possible.

    « Sorel ! Réponds ! Ne quitte pas ce monde tout de suite ! On a encore tellement de choses à faire, tellement de mondes à explorer ! Je... ne me laisse pas !! »

    Ce hurlement déchirant acheva de me briser mentalement, mon corps à, tout seul, décider de s'évanouir mais seulement à moitié. Sûrement sous le coup de la douleur. Le produit ne me tuait pas, il m'immobilisait.

    Mais à ce que j'ai pu ressentir ensuite, il arrêtait également le coeur au bout d'un moment. J'étais toujours conscient mais je n'entendais plus rien, seule la vision floue de Valya et la très légère sensation des larmes qui me tombaient sur le visage me rappelaient que j'étais toujours vivant. Sauf que je sentais mon coeur ralentir de plus en plus. De plus en plus.

    Puis il s'est éteint. Je ne sais pas si on appelle ça un arrêt cardiaque mais c'est peut-être le cas. C'est comme ça que je suis mort même si je trouvais cette mort bien trop douce...

    Un léger flottement et je me suis retrouvé, non pas en face du jeu mais en face de Valya, pleurant à chaude larmes.

    C'est comme si mon corps s'était endormi, puis réveillé au même moment. J'assistais de nouveau à Valya me suppliant de me relever, de me battre, de... vivre. Mais j'en étais incapable, j'entendais à peine ses plaintes, tout son chagrin me parvenait en plein coeur. Ce n'est pas une douleur physique que Christophe voulait m'infliger mais bien une torture mentale. Voir et revoir Valya qui me pleure alors que j'agonise et que je ne peux même pas la rassurer. Lui dire que tout ira mieux après. Cela m'était impossible. Je n'avais qu'en face de moi une Valya seule et désespérée, apeurée par la situation dans laquelle elle se trouve.

    Et après quelques trentaines de secondes, me voilà de nouveau mort. Exactement de la même manière. Lentement, mais sûrement.

    J'ai vécu ce moment de douleur morale quatre fois de suite. Et si c'est moins violent à voir, ça l'est tout autant à ressentir.

    En quelques mois, Valya était devenu une amie si chère à mes yeux que je la considérais presque comme une soeur. Une fille avec qui j'aurais grandi. Nous avons les mêmes goûts, les mêmes passions et une grande âme d'enfant malgré notre âge.

    La voir pleurer, avoir peur et être incapable de faire quoi que ce soit pour m'aider, pour changer la situation, ça me faisait aussi mal qu'une vulgaire paire de ciseaux plantés dans l'oeil.

    Moins gore, moins sanglant mais tout aussi angoissant à expérimenter. Je me rends compte que Christophe pouvait être subtile s'il le voulait. Un homme aussi brillant mais tellement pourri, cela relèverait presque du gâchis...

    Qu'est-ce que je suis en train de penser moi ? Si je vois ce type en face, je le tue, sans hésiter. Alors je ne vais pas commencer à avoir de la pitié pour un homme aussi misérable.

    Je vais me battre pour tout changer.

    Je commence à être habitué à cette sorte de flottement. C'est le signe que je remonte dans le temps j'imagine...

    Encore un peu dans les vapes, je suis finalement arrivé là où je devais être après être passé au travers d'une Valya en larmes.

    Ce que je vis me fit effet même si je le savais déjà : Claria qui était vivante.

    Et c'était un de mes objectifs, car le deuxième n'allait pas être de tout repos puisqu'il fallait que je réussisse le jeu.

    Mais tout de même, voir Claria me faisait vraiment plaisir. Même si elle me déteste, je sais que je pourrais lui sauver la vie. Après tout le malheur que je venais de traverser, voir quelqu'un qui était supposément suicidé apporte son lot d'émotions. Je n'écoutais même pas Christophe récapituler pour la troisième fois les effets des médicaments, j'étais presque admiratif face à mon courage mais j'étais d'autant plus déterminé à mieux connaitre Claria et ses problèmes suicidaires. Tout ce que je sais, c'est que ce genre de personne devrait tous avoir au moins une chose :

    « Je ne vois pas en quoi cela pourrait révéler le passé de l'un d'entre no- »

    Je me suis plongé sur elle pour la prendre dans mes bras. Je sais que c'est le genre de choses que l'on fait lorsqu'on est amoureux ou très proche de la personne mais ce n'était pas de l'amour que je ressentais pour elle mais une profonde et sincère compassion.

    Je me devais de la rassurer. De l'empêcher de commettre cet acte de scarification puis de suicide. Il fallait que je fasse tout pour qu'elle comprenne qu'elle n'est pas seule ici.

    Claria eut un léger cri de surprise mais elle ne cherchait même pas à se débattre tant la surprise prenait le dessus.

    Elle prit finalement la parole :

    « Qu'est-ce que tu m-me fais ? P-pourquoi tu-

    — Est-ce que tu tuerais quelqu'un qui t'enlace de la sorte ? Si tu me tues, ou qui que ce soit d'autres, tu ne feras que satisfaire Christophe puisque tu lui auras obéi. Rappelles-toi de ce que nous avons lu sur leur jugement face à l'handicapée. Obéirais-tu à quelqu'un qui pense de la sorte ? Écoute, nous tenons tous à toi ici, irais-tu tuer des gens qui s'inquiètent pour toi ? »

    Je ne pouvais pas voir le visage de Claria mais je sais qu'elle doit être bouche bée en ce moment. J'ai relâché mon étreinte et me suis mis face à elle, elle ne comprenait toujours rien vu la tête qu'elle faisait :

    « Tu peux me détester, j'ai l'habitude de la haine que les gens me portent. Mais laisse-moi te prouver que malgré les mensonges que je suis obligé de faire, je peux être quelqu'un de bien. »
  • décembre 2018 modifié
    Hey hey ! "Long time no see" comme on dirait en anglais. Je n'arrête pas Chroptivum, je prends juste plus de temps à écrire les chapitres. Et on se rapproche dangereusement de la fin de la partie 1, si cela vous intéresse, ne m'oubliez pas malgré mes posts assez long entre eux :/

    Bref, bonne lecture pour ce nouveau chapitre !

    24 - Ma manière de briser le masque, la mienne et non celle des autres.

    Vous êtes-vous déjà assis quelque part sans attendre quoi que ce soit ? Se poser devant un paysage quelconque qui, pour une raison que vous ignorez, devient une merveille à vos yeux ?

    C'est ce que j'ai fait. En soi, un paysage "quelconque" peut l'être aussi pour une personne passant devant tous les jours et c'était mon cas. Je déteste perdre mon temps à ne rien faire du tout mais je ne sais pourquoi, j'en avais envie ce jour-là.

    C'était après la glace que Bill avait partagée avec moi. Celui-ci devait rejoindre des amis et il m'avait d'ailleurs proposé de venir avec lui histoire de faire connaissance avec d'autres personnes que lui. J'avais refusé car je voulais rentrer en vidant mon esprit, je ne m'étais jamais senti comme ça. Faire ce genre de choses n'était pas dans mes habitudes mais j'en ressentais le besoin. J'en ai fait part à Bill qui avait l'air étrangement d'accord avec ma décision.

    « T'inquiète pas, je comprends très bien. »

    D'un geste de la main, nous nous sommes salués. Puis, je suis parti du côté opposé au sien. Pour faire quoi ? Je n'en savais rien.

    J'ai marché, marché, sans aucune destination en tête. Le voyage était ce qui m'intéressait. J'avais l'esprit ailleurs. Tout était chamboulé dans ma tête.

    Après avoir erré pendant une quinzaine de minutes, je me suis assis sur un banc en face d'une rivière. Est-ce qu'elle porte un nom ? Sûrement, mais je ne le connais pas. Je ne viens que rarement par ici, en fait, je ne sors que pour des destinations précises. Jamais comme ça, sans aller nulle part.

    Je suis dans un parc, enfin, je crois. Des gens passent devant moi, des hommes, des femmes, des enfants, des couples, des vieux et j'en passe...

    Mais tout cela m'importe peu, je réfléchissais sur ce que j'avais appris : un homme qui avait pris soin de moi ne m'avait pas oublié après toutes ces années. J'avais du mal à le croire à cause de mon caractère mais quelqu'un m'appréciait beaucoup comme Mama. Je sais que Bill aussi m'apprécie comme un ami mais à part Mama, je n'ai jamais vu quelqu'un bien m'aimer. Je ne suis pas quelqu'un d'aimable et je suis souvent très égoïste mais c'est justement pour ça que cela m'étonne.

    Cette sensation est loin d'être désagréable en fait... si j'étais quelqu'un de plus aimable, plus souriant, peut-être que d'autres gens pourraient m'apprécier ? Ou seront-ils hypocrites comme je le hais tant ? M'apprécieront-ils pour ce que je suis ou pour ce que je leur apporte ? Parce qu'un ami, c'est quelqu'un en qui on fait totalement confiance, pas vrai ?

    C'est comme ça que je le pense et c'est donc pour ça que je n'ai aucun ami puisque je ne fais confiance à personne.

    C'est ce que je pensais avant de commencer ce jeu de cauchemar, chaque personne que je voyais ne me plaisait guère. Je pouvais faire tous les efforts que je voulais, jamais je ne réussissais à être sincère. Il m'arrive même parfois d'être comme ça avec Bill qui est pourtant la seule personne que je considère comme un ami sans compter Valya.

    Mais je suis là, à regarder les couples, les enfants, les gens passer. Et je me demande : aurais-je un jour le privilège d'être vraiment apprécié par quelqu'un ? Pourrais-je conquérir le coeur d'une fille en étant totalement naturel et donc en ne jouant pas un rôle ?

    J'en doute fort. Je ne me pose jamais la question d'habitude mais ce jour-là, elle trottait sans cesse dans ma tête. C'est si réconfortant d'apprendre que quelqu'un que je ne connais presque pas m'aime comme s'il était mon père en m'expliquant ce qu'il avait vécu lorsque j'étais petit.

    Alors, malgré tout ce que je pense, au fond de moi, j'espère qu'un jour, je serais aimé d'une autre manière que l'amitié ou la famille.

    Connaître ce bonheur sera sûrement une expérience que je n'oublierais pas.


    Claria ne disait toujours rien, elle était ce qu'on pourrait appeler "muette de surprise". J'avais toujours le visage meurtri de Valya en tête, toujours le sourire sanguinolent de Claria qui s'était pendu. Mon esprit me torture et me donne un sacré mal de tête. Je ne veux pas me souvenir de ça, c'est absolument atroce.

    « Hé ! J'ai choisi le chiffre ! »

    Je ne commettrai plus cette erreur. Je sais qu'il va falloir que je sois fort. Que pour une fois dans ma vie, je dois agir pour le bien de quelqu'un d'autre.

    « Eh bien, tu es un rapide à ce que je vois. J'écoute. »

    Les poings serrés, le regard vers le bas et la mâchoire ferme, j'ai de nouveau répondu :

    « Deux.

    — Attends, Sorel ! »

    Trop tard Claria, cette fois, je vais prouver ma bonne foi par des actes.

    « Très bien ! »

    Cette sensation de fluide glacial me surprendra toujours de par son intensité, je ne sais pas ce que ça contient mais j'espère qu'il n'y aura pas d'effets secondaires dans le temps. J'ai dû m'agenouiller de par la force de la dose.

    J'ai froid, très froid. Mes grelottements ne se sont pas fait attendre, et ceux-ci ont viré en tremblements en l'espace d'une vingtaine de secondes. J'ai tellement froid, c'en est invivable ! Allez Sorel, tu l'as déjà vécu ça hein ?! Ça va aller !

    « Tu... tu as raison. Te tuer reviendrait à écouter ce type mais... argh ! Tout s'embrouille dans ma tête ! »

    Sa tournure de phrase est différente cette fois. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot :

    « Tu peux penser que j'essaie de j-jouer les héros, mais les mensonges dont tu m'accuses n'ont qu'une origine : ma réaction face à v-vous. »

    J'ai du mal à parler, mes lèvres tremblent aussi par moments.

    « Tu le sais déjà mais j'ai toujours haï les autres et je me dois à présent de jouer le rôle de "maître du jeu" dont je ne peux expliquer la signification sûrement pour la même raison que la fois où il vous a parlé de mon passé. Si je le pouvais, tu aurais sûrement été la première à le savoir ! Si je me force à vous mentir, c'est pour vous encourager ! Pour que vous puissiez avoir quelqu'un sur qui compter malgré la situation ! »

    Tout en parlant, je me suis assis sur la planche, le regard qui tournait. Je ne pensais même pas à regarder la réaction de Claria qui restait silencieuse depuis que je parlais.

    J'ai eu bien du mal à sortir ce que j'avais au fond de moi :

    « Je veux que l'on s'en sorte tous ! Je garde la tête haute pour que vous puissiez me faire confiance ! Je n'ai jamais fait ça de toute ma vie ! Alors je ne sais pas comment m'y prendre, ma façon de faire ne t'a pas plu à ce que je vois. »

    Je m'avançais sur la planche, en direction de sa mère. Chaque centimètre que je faisais alourdissait mon crâne. J'ai fini par m'attacher à eux au final... enfin je crois ?

    « Tout ce que je veux, c'est que l'on soit en vie et qu'on le reste ! Qu'on puisse sortir de là tous ensemble, qu'on aille emprisonner ce malade et qu'on apprenne à se connaître comme des gens normaux ! Parce que là, à ce moment précis, je pourrais être sincère dans ce que je dis, comme maintenant ! »

    Je... pense vraiment tout ça ?

    « Je suis d'accord ! »

    Une voix provenant de derrière la porte me fit presque sursauter. Heureusement, j'ai réussi à contrôler mon corps m'empêchant de tomber. C'était celle d'Haron.

    « Sorel a raison ! Je ne comprends pas très bien ce qui se passe à l'intérieur mais je veux qu'on puisse tous s'entendre pour pouvoir sortir d'ici ! Alors vas-y Sorel, récupère la clé, sauve la personne et fais-nous sortir de cet enfer !

    — Ouais ! cria Ophélia.

    — Je suis d'accord, revenez en vie tous les deux, je vous en prie. »

    Les encouragements de Valya suivirent ceux d'Haron, Ophélia et Céleste. Ils comptent sur moi !

    C'est avec vigueur que je me suis élancé sur la planche, encouragé par les autres, j'arrivais à avancer légèrement plus vite en forçant sur mes bras tremblant. Une main après l'autre, je voyais la distance entre la mère de Claria et moi diminuer de plus en plus et cela m'encourageait. C'est la première fois qu'autant de gens m'encourageaient ! Je me sentais presque mieux malgré l'effet dévastateur du produit !

    « Tu les entends ? Ils ont tous confiance en toi. Et malgré tous mes efforts, je n'y arrive pas. »

    Claria avait enfin ouvert la bouche depuis un moment. Et ce qu'elle venait de dire ne me plaisait pas vraiment même si, aussi étrange que cela peut paraître, ça ne m'était pas adressé. Elle semblait se parler à elle-même.

    C'est sur ces mots que j'ai enfin réussi à atteindre la passerelle. Je n'ai pas cherché à répondre à Claria, non, en fait, j'avais une bien meilleure idée. Je me suis relevé en appuyant toujours plus fort sur mes bras et mes jambes pour limiter les tremblements. Je me suis ensuite approché de la mère de Claria, la boule au ventre. Tout ça me stressait, j'étais presque en train de paniquer à cause de la pression mais je faisais de mon mieux pour garder mon calme.

    Sans hésitation, j'ai retiré le drap qui recouvrait la personne pour la laisser aux yeux de tous mais surtout à ceux de Claria. Et sans même lui laisser le temps de réagir, je me suis exclamé :

    « C'est une femme en fauteuil roulant ?! Quelle ordure ! »

    J'étais obligé de fausser légèrement ma réaction, je l'avais déjà vu ! Mais je devais avoir l'air choqué, je n'avais pas le choix. Pour qui j'aurais l'air de ne pas avoir de réaction face à une personne en fauteuil roulant dans un jeu primant l'équilibre ?

    Sans chercher de réponse aux questions que je me posais intérieurement, j'ai fait de mon mieux pour détacher les sangles et enlever le masque qui retenait l'identité de la personne que j'étais le seul à connaître. Claria allait enfin comprendre.

    « Passe moi la clé ! Essaie de me la jeter. »

    Je me souviens, elle a déjà dit ça avant. Je me dois avant tout de détacher ce foutu masque.

    Mais malgré tous mes efforts, je n'y arrivais tout simplement pas. Je forçais comme je pouvais mais mes tremblements empêchaient tous mouvements trop complexes. J'ai, après une vingtaine de secondes, réussi je ne sais par quel miracle à enlever ce qui retenait sa bouche. Et c'est ainsi que j'ai pu entendre pour la première fois la voix de la mère de Claria :

    « Qu-qu'est-ce que vous me faites ?! C'est quoi c-ce bordel ?! »

    Contrairement à ce qu'on pourrait croire, sa voix n'était pas effrayé mais colérique. Elle était vraiment fâchée.

    Claria a, de suite, reconnu la voix de sa mère puisqu'elle s'est mise à hurler :

    « Maman ?! »

    Alors que la mère de Claria allait répondre, je l'ai devancé dans la prise de parole :

    « Vous êtes la mère de Claria ?! »

    Mon air surpris ne l'était qu'à moitié.

    « Bien sûr ! Tu veux c-cette clé toi, hein ? Celle qui te p-permettra d'aller à l'étage du dessous. J'ai t-tout entendu. »

    Au moins, ça évitera des explications. Et ça m'arrange.

    « Alors jette la clé vers ma fille. Si on ne s'en sort pas vivants, ils pourront au moins continuer.

    — Mais maman... ! Je voulais... Bon, d'accord. »

    Claria était sur le point de dire quelque chose que je pus facilement deviner : "Je veux que tu restes en vie". Est-elle si sévère que ça pour que Claria accepte aussi vite ? C'est moi qui décide ici, et je sais déjà ce que je veux faire.

    « Je ne jetterai rien du tout. »

    Je pouvais sentir le regard pesant à travers le masque, je le connais si bien qu'il ne me fait plus aussi peur.

    « Hein ?!

    — J'ai dit que je ne jetterai rien. Soit on arrive là-bas en vie, soit tout le monde meurt. Je veux que vous viviez Madame, je n'ai que faire de votre décision. Celui qui est en état d'agir, c'est moi. Alors vous vivrez, je vous l'assure. »

    Claria me regardait, les yeux sombres :

    « Encore une de tes techniques pour te jouer "maître du jeu" ? Il va fall-

    — La f-ferme ! Est-ce que p-pour une fois dans ma vie, tu peux me l-laisser penser et agir pour quelqu'un d'autre q-que moi ?! Si je fais ça, c'est p-pour toi je te rappelle ! Je ne vais pas laisser t-ta mère mourir ! Qui s-sait ce que tu pourrais faire après ?! »

    Et je sais très bien quoi. Ah ! Et ce foutu froid qui m'empêche de bien m'exprimer !

    Claria fut prise par surprise de ma réponse, et la voir ainsi est plutôt satisfaisant vu sa façon d'agir envers moi.

    « Écoute, il ne r-reste plus beaucoup de temps, alors je v-vais tenter quelque chose de d-dangereux... Met-toi bien face à la planche. Je vais courir tout le long avec le fauteuil roulant. »

    Le regard médusé de Claria fut la première chose qui me parvint et je la comprends parfaitement.

    Le fauteuil est trop large et pendra légèrement dans le vide si je le pose sur la planche mais c'est un des aspects que j'avais oublié lors de la "dernière fois". J'avais porté sa mère mais j'avais oubliés le fauteuil, comment aurait-elle pu se déplacer ? Je ne vais pas reproduire deux fois la même erreur.

    Ce que je vais tenter est risqué, traverser d'un coup la planche qui fait une dizaine de mètres, cela reste compliqué, mais si je limite le temps passer dessus en fonçant tout droit, il y a des chances pour que ça marche. Je le sais, cette stratégie n'est pas digne d'un grand cerveau mais je n'ai que ça en tête et il ne me reste plus beaucoup de temps.

    « Nous p-parlerons après, je sais que t-tu penses que je suis taré mais le temps manque. Si j'avance rapid-dement, ça diminue les chances de tomber puisque j-je reste moins de temps sur la plateforme !

    — T'es complètement malade !

    — Fais-le. »

    j'étais aussi étonné que rassuré de voir que sa mère acceptait mon "plan".

    « Il n'y a pas vraiment d'autres solutions. C'est un quitte ou double.

    — M-maman ! Ne risque pas ta vie comme ça, ne fais pas comme moi !

    — Je t'en prie. Fais-le avant qu'il ne soit trop tard ! »

    Ignorant totalement ce que venait de dire Claria ce qui avait visiblement choqué les autres derrière la porte vue les "quoi ?!" que je viens d'entendre, la mère de Claria était déjà prête.

    « Prépare-toi à la recevoir ! Elle va sûrement se faire projeter vu que la poutre est légèrement surélevée par rapport au sol. »

    Plus j'y pense, mois j'y crois. Mais je n'ai pas le choix.

    « Attends ! »

    Sans écouter Claria, j'ai posé la chaise sur la poutre et j'ai couru vers elle en poussant la chaise et donc sa mère.

    Les premiers pas furent compliqués, très compliqués parce que mes jambes ne trouvaient pas bien leurs points d'appui mais j'ai tout de même réussi à faire cinq pas. Chacun d'eux était accompagné de mes tremblements qui désorientait pas mal la trajectoire. Et ce qui devait arriver arriva. J'ai senti que je penchais beaucoup trop sur la gauche arrivé presque aux trois quarts de la poutre. Mon dernire réflexe a été de pousser du mieux que je pouvais la chaise en direction de Claria. J'ai mis mes dernières forces dans cette espèce de "lancer".

    À ma grande surprise, la chaise a continué son chemin droit vers Claria et les deux Ymise purent se réunir comme je l'avais prévu. Et une autre chose que j'avais prévue, ça a été le vol plané de sa mère. Il ne fut pas aussi intense que je ne le pensais mais il a bien eu lieu. De toute manière, je n'ai eu le temps que de voir le début puisque je suis tombé de la poutre.

    Cependant, je me suis accroché à la vie. Je ne voulais pas recommencer cette épreuve et encore moins gâcher mes efforts : vu que j'étais presque arrivé lorsque je suis tombé, j'ai réussi à m'accrocher au bord de la plateforme de Claria et de sa mère à présent. Mais la vitesse de ma chute l'emportait, j'avais beau vouloir me hisser, la force ne venait pas et je me sentis de nouveau glisser vers ces pieux acérés. Allaient-ils de nouveau causer ma mort ?

    Je faisais tout ce que je pouvais pour remonter mais pas moyen, je n'y arrivais pas. Toute la scène ne dura que trois à quatre secondes mais elle dura bien plus longtemps pour moi. Je sentais ma mort arriver et après tout ce que je venais de traverser, cela me mettait dans une rogne pas possible.

    Après ces secondes interminables, j'ai finalement lâché prise. Je ne pouvais tout simplement pu tenir. Et j'allais devoir traverser tout ça de nouveau ! L'épreuve, la colère de Claria, la sensation de froid... Tout ça !

    Je ne veux pas mourir !

    « Sorel ! »

    Alors que je commençais à peine à tomber, Claria m'attrapa le bras de justesse. Il suffisait d'une seconde supplémentaire pour que je me retrouve les boyaux à l'air...

    « Tu viens de sauver ma mère... alors je vais te rendre la pareille ! »

    Sans que je ne m'y attende le moins du monde, Claria me remonta de toutes ses forces pour finalement me sauver la vie. J'étais finalement sur la plateforme de départ, en vie et avec sa mère.

    Est-ce que j'avais... réussi ? Est-ce que ce calvaire était enfin terminé ?

    Le haut-parleur se mit à grésiller :

    « Bravo ! » suivi d'applaudissements enregistrés, c'est vraiment malsain au possible.

    « Tu as réussi l'épreuve et tout le monde est en vie ! On pourrait appeler ça un "jackpot" ! Il te restait une vingtaine de secondes avant de perdre l'épreuve mais je dois avouer que ta tentative était plutôt pas mal. »

    Je sens mes tremblements ralentir, et cela se suivit d'un lourd bruit métallique : la porte venait de s'ouvrir et tous les autres se sont précipités à l'intérieur, l'air inquiet.

    J'ai quand même eu un soupir de soulagement, je n'allais pas devoir recommencer tout ça ! C'était enfin terminé !

    « Je ne te connais pas et je ne sais pas non plus quelle est ta relation avec ma fille mais je peux te dire que tu as du cran. Oser tenter quelque chose d'aussi insensé sur une personne que tu viens de rencontrer... faut en avoir ! »

    J'ai répondu par un sourire, je n'aurais jamais fait ça si ça avait été la première fois mais le faire pour la troisième fois m'a fait prendre une confiance très forte à la limite de l'insouciance. Mais je suis heureux de voir que mon sang-froid a payé.

    « Que s'est-il passé exactement ? demanda Céleste, toujours inquiète.

    — J'ai couru sur la planche avec le fauteuil roulant par manque de temps. Et ça a marché même si j'ai failli tomber. Tu peux remercier Claria, sans elle, je serais mort sur les pieux en bas. »

    Céleste se mit face à l'épreuve que je venais de traverser avec la vitre à présent relevé. Celle-ci semblait observer la salle, sans dire mot.

    « Terrifiant... »

    Je ne te le fais pas dire.

    « En tout cas, je suis heureuse pour mon maître. Haron m'a surprise en t'encourageant, je pensais être la seule à pouvoir faire ça mais on dirait bien que non haha ! »

    Valya souriait de ce qu'elle venait de dire et cela semblait gêner Haron :

    « Je me disais juste qu'il le fallait. Je pense que j'en aurais eu besoin moi aussi alors...

    — Attendez ! Quelqu'un peut m'expliquer ça, là ?! »

    Ah oui. Valya qui m'appelle "maître" ne doit pas vraiment bien être vu de sa part. Elle va sûrement penser que je suis une sorte de vieux pervers.

    « Eh bien en fait-

    — Stop ! Assez discuté. »

    C'était Christophe. Encore.

    « Vous parlerez de ça quand vous le voudrez mais pas maintenant. C'est l'heure de dormir. Je veux que mes participants soient en forme pour mon jeu. Alors au dodo ! »

    Et à peine avait-il terminé sa phrase que je ressentis un puissant mal de tête, puis un étourdissement tout aussi fort. Je pouvais voir Valya anxieuse en voyant tout le monde autour d'elle s'effondrer. C'est la dernière chose que j'ai vue avant de sombrer dans l'inconscience.

    ...

    « Sorel... ? Réveillez-vous. »

    Céleste fut celle qui me tira de mon sommeil forcé. De nouveau. Et cela me rendait nerveux, si elle me réveille de la même manière, se pourrait-il que la situation soit identique ?

    Tout en me relevant, j'ai jeté un coup d'oeil aux alentours pour chercher Claria et c'est avec horreur que je me suis rendu compte qu'elle n'était pas là !

    Céleste a dû remarquer que j'étais perdu dans mes pensées.

    « Tout va bien ? »

    Au même moment, nous avons entendu un geignement venant de la mère de Claria :

    « Argh... qu'est-ce qui se passe ? »

    La mère de Claria se frottait les yeux en se réveillant, et je ne trouvais pas ça normal.

    « Attendez, pourquoi vous êtes-vous évanoui ? Vous n'avez pas de collier. »

    Sans répondre, elle leva le bras gauche pour y laisser voir un bracelet semblable au mien mais sans écran.

    « Ils sont dotés de micros réservoirs de somnifères. Une petite dose pourrait endormir un adulte de cent kilos en quelques secondes. »

    Elle se mit à soupirer, le regard devenu plus sérieux :

    « Plus important, où est Claria ? Je ne la vois pas. »

    Je sens une goutte de sueur perler sur mon front, j'ai peur. Peur que "cette" situation recommence. Je me devais de les prévenir en ce qui concerne Claria, et je sais comment.

    « Madame, est-il possible, d'après ce que nous avons entendu tout à l'heure, que votre fille ait des pensées suicidaires ? »

    Ma question étonna tout le monde mais plus particulièrement la mère de Claria. Je sentis son regard perçant, semblable à celui de sa fille, me traverser.

    « Comment est tu au courant de cela ?! Sache que tu n'as pas intérêt à prendre ça à la légère !

    — Bien sûr que non ! Je l'ai simplement déduit ! Je trouvais ça bizarre mais elle m'avait dit comme quoi elle trouvait que sa vie était loin d'être précieuse. J'ai mis ça sur le coup de la fatigue mais il semblait qu'elle était sincère. »

    Soupir de la part de sa mère.

    « C'est ce qu'on appelle son "masque" avec son grand frère. Elle fait croire qu'elle est heureuse mais... ce n'est que du vent. »

    Nous restions silencieux face à cette révélation. Un masque... C'est vrai que ça représente bien la situation.

    Tout à coup, sa mère se mit à paniquer.

    « Attendez, ne me dîtes pas qu'il y a un moyen de se pendre ici ! Par pitié ! »

    Le cri que venait presque de faire cette femme nous mit dans un stress et un embarras des plus redoutables. Elle agitait ses mains dans tous les sens et tremblait légèrement.

    « Si. Dans la salle du pendu, on peut enlever le cadavre et prendre sa plaaa... vous voulez dire qu'elle va se suicider maintenant ?! »

    Merci Haron, tu me sauves de devoir attirer des soupçons sur moi alors qu'il n'y avait aucune raison. Mais la question me fit tout de même me demander si c'était la première fois...

    « Emmenez-y moi tout de suite ! Tiens t- »

    Je n'ai pas attendu la fin de la phrase pour directement la couper.

    « Haron, emmène là dans la salle du pendu. Vous autres, suivez-le ! »

    Et c'est à peine une demi-seconde plus tard que je me suis précipité hors de la salle en direction de la salle du pendu qui n'était pas si loin que ça. Je voulais à tout prix savoir si elle avait recommencé, si elle avait gâché tous mes efforts et si elle allait mettre fin égoïstement à sa vie !

    « Sorel attendez ! »

    J'ai pu voir Céleste qui a réagi au quart de tour pour me suivre. Les autres étaient encore dans les vapes et sa mère ne pouvait pas bouger aussi vite à cause de sa chaise roulante.

    C'est donc avec une légère avance que j'ai pris le chemin de cette fameuse salle qui est notre toute première. Et je ne voulais pas que ce soit la dernière pour elle.

    Les petits pas de Céleste suivaient les miens bien plus imposants. J'ai de nouveau traversé ces couloirs sombres qui étaient éclairés par la lueur du soleil, cette ambiance mystique que je ne voulais pas voir transformé en funérailles.

    Après une quinzaine de secondes, je suis arrivé face à la salle que j'ai tentée d'ouvrir dans l'immédiat, sans succès.

    Quelque chose bloquait la porte et c'était de nouveau assez mou. Ce temps que j'ai perdu à essayer d'ouvrir la porte à permis à Céleste de me rejoindre. C'est dire, Valya n'avait même pas eu le temps de venir non plus alors qu'elle est très souvent proche de moi.

    « Attendez puff puff, je veux également savoir !

    — La porte est bloquée par quelque chose, attends ! »

    J'ai reculé de quelques pas et j'ai foncé dans la porte pour tenter de l'ouvrir en la forçant.

    BOUM

    Un grand vacarme s'ensuivit et la porte céda face à la chose qui l'empêchait de s'ouvrir, sauf qu'avec la vitesse que j'avais prise, je suis tombé en même temps que l'ouverture de la porte.

    Je sentis quelque chose de mou qui me servit d'amortisseur. Et je pensais déjà savoir ce que c'était.

    J'ai de suite reconnu le cadavre du docteur ou je ne sais quoi.

    J'ai alors poussé un cri de surprise qui s'est suivi de celui de Céleste.

    « Claria ! Non ! »

    Pendant les quelques secondes qu'il m'a fallu pour me redresser, je pouvais déjà imaginer Claria pendu de nouveau. Le sourire aux lèvres, le regard vide. Cette vision m'horrifiait.

    Et c'est en relevant la tête que j'ai aperçu ce qui avait fait crier Céleste : Claria était là, la corde au cou, le regard face à nous, mais elle remuait !

    Elle remuait ! Elle est toujours en vie ! Je rêve où elle vient juste de pousser la sorte de chaise qui se trouvait en face de moi ?!

    Elle pendait dans le vide en faisant des bruits de suffocation particulièrement atroces à entendre. Je n'ai pas réfléchi et je me suis de suite précipité sur elle ou plutôt sur ses jambes. Je suis arrivé face à elle et je me suis mis à soulever ses jambes pour éviter que la corde n'atteigne son cou empêchant l'étranglement. Cependant, je ne pouvais pas la retenir éternellement et pour la sauver, il fallait que j'atteigne la chaise pour qu'elle puisse y poser ses pieds.

    J'avais beau tendre le bras à mon maximum, je n'arrivais pas à l'atteindre. Je forçais comme je le pouvais pas mais à moins d'avoir un bras extensible, c'était impossible !

    « Céleste ! Passe moi la chaise ! »

    Le hurlement que je venais de pousser fit sursauter Céleste qui était terrorisée. Elle ne bougeait pas, pétrifiée par la peur.

    « A-a-alors vous... vouliez vraiment mourir... ?

    — Passe moi la chaise ! Elle ne mourra pas ! Tu m'entends ? Si tu m'aides, elle n'aura pas à mourir comme elle le souhaite ! »

    Céleste serra les poings et hocha la tête puis elle s'aventura avec moi dans la pièce, celle-ci attrapa la chaise puis me la tendit à longueur de bras.

    Cela tombait bien parce qu'elle pèse son poids tout de même et j'ai, sans le faire exprès, lâcher prise pour la faire pendre de nouveau.

    « Ah... argh ! »

    Les gémissements de douleur n'ont duré qu'une seconde avant que je ne mette la chaise sous ses pieds. Elle n'a d'ailleurs pas hésité à les poser. Et c'est comme ça qu'elle s'est retrouvé hors de danger.

    Ni une, ni deux, je suis monté sur la chaise avec elle pour retirer la corde qui la pendait sur un des tuyaux du plafond. J'ai senti alors son poids s'appuyer contre moi, sa force était si faible et c'était évident à cause du manque d'oxygène.

    Je l'ai attrapé pour la soulever avec une main sur son dos et une sous ses genoux. Un peu comme si je portais une princesse. Puis j'ai sauté de la chaise, Claria toujours dans mes bras.

    C'est au même moment que tout le reste du groupe, y compris Valya, est arrivé. Et j'ai pu voir aux yeux de tout le monde que la situation était loin d'être normal vu les expressions qu'ils arboraient.

    Sa mère fut la première à réagir, au bord des larmes.

    « Claria ! Est-ce qu'elle est... »

    J'ai baissé les yeux pour voir que les siens étaient ouverts, et qu'ils me fixaient. Sa mère était vraiment sur le point d'éclater en sanglots et cela me faisait mal au coeur.

    J'ai alors déclaré, soulagé :

    « Elle est vivante. »
  • Yop !

    Nouveau chapitre de Chroptivum qui est sûrement l'avant dernier. Le dernier conclura la première partie de l'histoire. Vu le rythme de mes chapitres, la prochaine partie arrivera comme si c'était un autre chapitre. Bref, j'espère que l'histoire vous plaît car je prends un grand plaisir à l'écrire !

    Bon chapitre !

    25 - Mes liens, les miens et non ceux des autres.

    « Raah ! Il manque quelque chose à tout ça ! »

    Christophe se grattait nerveusement la tête tout en ayant une respiration allant crescendo, Alice et l’homme avec elle assistaient à la scène sans bouger. L’homme arborait une expression neutre, totalement figé tandis qu’Alice semblait soulagée alors qu’elle soupira :

    « Au moins, ce ne sera pas un suicide… pas encore un. »

    L’homme ne bougeait toujours pas.

    « Je ne comprends pas, déjà, sa mère devait mourir ! Je ne pensais pas qu’il arriverait à la sauver ! Ce n’était pas prévu du tout ! Pourquoi faut-il que rien ne se passe comme je le prévois ?! Personne ne s’entretue, personne ne chercher mes indices et Sorel réussit à sauver la mère Ymise. C’est quoi ce bordel ?!

    — Monsieur, je pense que vous devriez vous calmer et- »

    Alors que l’homme au visage de marbre s’approchait de Christophe, celui-ci fit un bond en avant en direction de son interlocuteur, le plaquant au sol :

    « Qu’est-ce que t’as ?! Tu vas me faire croire que je ne maîtrise pas tout ?! Que tu sais mieux que moi ce que je dois faire ?! Tu veux essayer de prendre ma place ?! Vas-y, dis-le que tu le veux ! »

    Malgré la fureur dont faisait preuve Christophe, l’homme ne bronchait pas et Alice ne bougeait pas, effrayée par ce qu’elle voyait.

    « Tu le sais aussi bien que moi, tout ce temps que j’ai passé pour ce jeu a un but : n’avoir aucun imprévu. Éviter au maximum les surprises. Je contrôle absolument tout, c’est ça et seulement ça que les participants doivent comprendre. Mais ce n’est pas le cas, ils ne se sont entretués qu’au début et puis plus rien ! Ils n’ont qu’à peine essayé de chercher mes indices que j’ai mis du temps à cacher !

    — Monsieur, je vous l’ai dit depuis le début que c’était ridicule. Ils penseront à leur survie, pas à chercher des bouts de papier que vous avez vous-même triés. Peut-être chercheront-ils à présent? »

    Christophe relâcha son étreinte et alla s’asseoir sur son fauteuil, l’air plus enthousiaste au grand étonnement de ses interlocuteurs.

    « Peu importe, j’ai caché mes indices qu’ils finiront par chercher. Et puis vu ce qui les attend en bas, je doute qu’ils restent à jouer sans comprendre. »

    Christophe se leva, l’air plus enthousiaste que jamais.

    « Ce sera presque le lancement d’une nouvelle partie. »


    À peine avais-je terminé ma phrase que la mère de Claria se précipita sur moi ou plutôt sur sa fille pour lui toucher le visage, les larmes aux yeux, comme pour s’assurer que tout cela était bien réel. Je pouvais apercevoir, notamment grâce à la luminosité plus élevé à présent, ses yeux similaires à ceux de sa fille qui me font me rendre compte à quel point elles se ressemblent…

    « Je pense qu’elle sera bien mieux sur vos genoux… » murmurais-je embarrassé alors que tout le monde me fixait, d’une expression indescriptible.

    Je me suis accroupi pour poser délicatement Claria sur les genoux de sa mère, celle-ci ne faisait toujours aucun bruit, pas un son. Elle ne faisait que me fixer le regard incrédule, je pense qu’elle ne sait pas du tout ce qui se passe en ce moment.

    Je me sens étrangement satisfait, je venais de sauver une vie. La vie de quelqu’un qui n’en voulait plus, je l’avais empêchée de commettre l’irréparable. Je n’allais pas être deux fois témoin de cela. Cette fois, la nuit est véritablement terminée.

    La seule personne à réagir fut la mère de Claria qui sanglotait, les yeux humides. Elle serrait fort sa fille dans ses bras, en marmonnant des choses que je ne comprenais pas tant ces paroles n’étaient destinées qu’à Claria.

    Au bout d’une quinzaine de secondes, elle releva les yeux pour m’afficher un regard bien différent :

    « Jamais… jamais je ne pourrais assez te remercier pour ce que tu as fait pour ma fille. Tu es son nouveau sauveur. »

    Je me suis contenté de regarder ailleurs, je ne méritais pas ces compliments. Je ne savais pas que Claria allait se suicider à la base, si je l’ai sauvé, c’est parce que j’ai déjà été témoin de la scène. J’ai pu anticiper sa tentative. Jamais je n’aurais pu faire ça autrement. Mais si la première fois était en quelque sorte justifiée par la mort soudaine de sa mère, pourquoi avait-elle tenté ce coup-ci ?

    C’est ce qui m’intriguait, c’est de ça que parlait Christophe, le "secret" de l’un d’entre nous. C’est la personnalité entière de Claria.

    « Vous… vous n’avez pas à me remercier, j’ai simplement fait ce que n’importe qui aurait fait. Je ne suis pas un sauveur, juste quelqu’un qui était au bon endroit au bon moment. »

    Je pense que la modestie est la seule chose qui me vient à l’esprit là, tout de suite. Je ne savais pas comment réagir sans mentir puisque c’était impossible, la seule chose qui n’est pas un mensonge est ma volonté de la sauver, ça, c’était bien réelle.

    Claria me fixait toujours quand sa mère prit la parole :

    « Ma fille… a toujours été comme ça… »

    Elle se s’arrêta dans sa phrase, en prenant une grande inspiration, elle était stressée de la situation.

    « Vous n’êtes pas obligée d’en parler si cela vous fait du mal, nous pourrons attendre qu’elle en parle d’elle-même. » fit Céleste tout en joignant ses mains.

    La mère de Claria secoua la tête.

    « Je veux être celle qui vous en parle. Si c’est quelque chose qu’elle subit, cela a aussi des effets sur le reste de notre famille… »

    Elle prit une deuxième grande inspiration, puis expira lentement, prête à parler. C’est là qu’elle commença :

    « Claria a toujours été comme ça. Depuis toute petite, elle se posait des questions qu’elle ne devait pas en tant qu’enfant de très bas âge. Il lui arrivait souvent de me demander la raison de son existence, à six ans. J’étais horrifiée d’entendre ça de la bouche d’une si jeune enfant, de ma fille qui plus est. Et plus les jours passaient, plus cela s’aggravait, elle pouvait passer des jours à sangloter voire à pleurer, sans aucune raison apparente. Elle n’avait pratiquement goût à rien, ne jouait jamais avec les autres enfants, ne mangeait presque pas… Avec mon mari, nous sommes allés voir un psychiatre pour en savoir plus car ça nous inquiétait vraiment, il nous a prescrit des médicaments d’abord puis une "psychothérapie". C’est un mot compliqué pour dire "traitement psychologique pour un trouble mental", ça avait marché… pendant un temps… »

    Elle s’est arrêtée pendant quelques secondes, elle semblait se rappeler de quelque chose de douloureux.

    « Le traitement allait bien et nous pouvions voir tous ensemble qu’elle allait mieux, elle reprenait goût à la vie, elle s’amusait… Je me rappelle de sa petite trogne adorable qu’elle faisait quand elle était heureuse, c’est un soulagement de la voir ainsi… »

    Elle eut un léger sourire suivi d’un rire de la même ampleur, rire que tout le monde partageât bien que nous étions un peu gênés de rire pour ça.

    « Jusqu’au jour du trente-cinquième anniversaire de mon mari… »

    Au même moment, le poing de Claria se crispa.

    « Nous avions un jeu dans la voiture, celui d'en dépasser le plus. Claria et Aris devaient les compter et à chaque palier de dix, nous félicitions tous mon mari. Je sais que cela peut paraître dangereux mais je peux vous assurer que mon mari faisait attention. Il n’y avait jamais d’excès en ce qui concerne la vitesse. »

    Le petit sourire nostalgique qu’elle avait me faisait un peu mal au cœur bien que je n’aie jamais été là.

    « En plein dans le jeu, nous étions sur le point de battre notre record… tu t’en souviens Claria ?

    — Cinquante-cinq. »

    La réponse de Claria fut brève, comme si elle cherchait à éviter le sujet.

    « C’est ça… Et alors que nous étions sur la route, Claria s’est levée de son siège pour se mettre en les deux de devant. Elle voulait "être au premier rang" comme elle le disait, c’était une de ces périodes où elle avait cette joie de vivre si enivrante. Mais j’ai bien évidemment tenté de l’arrêter et mon mari également.

    Tout est allé si vite, notre attention était tournée vers Claria, pas sur la route. C’est lorsque nous l’avons remis à sa place que mon mari s’est brusquement rendu compte que nous allions droit sur le muret du milieu de l’autoroute. Il a paniqué et a viré à droite d’un seul coup… Force centrifuge oblige, nous avons fini par faire des tonneaux et par avoir un accident.

    La voiture remuait dans tous les sens, c’était comme un cauchemar qui n’en finissait pas. J’ai perdu connaissance pour me réveiller quelques minutes plus tard sous les cris de mes deux enfants qui n’avaient été que blessés superficiellement. Et c’est là que je me suis rendu compte que je ne sentais plus me jambes, plus rien. J’étais paralysée, et je le suis toujours. »

    Nous écoutions avec attention, personne ne parlait ou ne voulait l'interrompre.

    « Je dirais que la chose qui m'a fait le plus d'effet fut de voir que mon mari, lui, ne bougeait pas. Pas du tout.

    — C'est bon... vous n'avez pas à donner de détails... me suis-je empressé de dire, on a compris. »

    La mère de Claria baissa les yeux quelques instants, puis continua :

    « Des gens se sont arrêtés pour appeler les secours et une ambulance est venue nous chercher, le verdict a été catastrophique : en l'espace de quelques secondes, je suis devenue veuve et handicapée à vie. »

    Sous nos yeux toujours aussi attentifs, Claria se leva d'elle-même et, sans nous regarder dans les yeux, fit d'un ton horriblement douloureux :

    « Et c'est à cause de moi. Tout est entièrement de ma faute. »

    J'ai voulu répondre quand sa mère me devança en lui prenant la main :

    « Je dois bien l'avouer, ma première réaction a été de rejeter la faute sur toi. Mais je me suis très vite rendu compte que ce n'est pas la bonne chose à faire du tout, nous avons tous eu une part de responsabilité là-dedans. J'ai tout fait pour que tu te sentes le moins coupable possible... mais j'ai échoué. Cette situation était tellement difficile à gérer...

    — Et son frère ? demanda Ophélia.

    — Aris a été merveilleux, je suis très fière de lui encore aujourd'hui. Malgré l'ambiance qui régnait à la maison, il ne s'est jamais plaint et il nous a toujours aidées toutes les deux. Il fait du mieux qu'il peut pour nous soutenir. Il est pianiste dans un groupe de musique alors il n'a pas toujours le temps d'être là pour moi mais je sais que s'il y a un problème, il sera là. »

    Seul le long souffle du vent venant de l'extérieur emplissait la salle d'un fond sonore. Et c'est après quelques secondes comme ça que Claria se mit à parler de nouveau :

    « Mon frère m'a aidé, c'est pour ça que j'ai beaucoup de respect pour lui. Il me l'a dit lui-même : « Garde toujours le sourire, c'est ce qui rend tout le monde heureux. » Alors je n'ai jamais cessé de sourire depuis, lorsque je le faisais, il y avait une meilleure ambiance à la maison, les gens me parlaient plus souvent et je me rendais compte que mon humeur générale s'améliorait. C'est devenu presque comme une drogue, je ne pouvais m'empêcher de sourire. Une obsession, je ne pensais plus qu'à sourire devant les gens. »

    Un frisson me parcourut la colonne vertébrale alors que je me remémorais tous les "Smile" écrit sur les murs de la pièce. Je pense avoir deviné leur origine...

    Tout de même, cela me tracassait d'entendre ça. Parce que je savais ce qu'elle ressentait. Du moins, je le comprenais.

    « Est-ce que ton frère t'a dit que tu devais sourire, qu'importent les circonstances ? C'est malsain pour moi. »

    Chacune des personnes présentes se tourna vers moi.

    « Je veux dire, je ne suis pas psychologue ou quoi mais je pense que fausser tes émotions finira par te retomber dessus un jour. »

    Claria toussa, sûrement à cause de ce qui vient de lui arriver, et répondit d'une voix rauque :

    « Tout ce que je veux, c'est être heureuse. Mais jamais je ne le serais à cause de ce que j'ai fait ! J'ai tué mon père ! Comment est-ce que je peux encore être autorisée à vivre ?! »

    Je me suis retenu de lui mettre une gifle quand je me suis rappelé que ça ne servirait à rien, bien évidemment que ce n'était pas la chose à faire mais dans mon cas, la difficulté de me retenir me faisait serrer les poings. En fait, je me rendais compte que cela m'énervait bien plus que je ne le pensais.

    « Arrête de dire n'importe quoi ! ai-je crié un peu plus fort que je ne le pensais, chaque vie est précieuse ! C'était un accident ! Ne culpabilise pas comme ça par-

    — Et comment tu crois que c'est possible ?! hurla Claria, comment est-ce que tu crois que j'ai passé ces deux dernières années ?! C'est impossible de ne pas culpabiliser ! »

    Elle avait raison. Je faisais du mieux que je pouvais pour la réconforter, pour essayer de trouver les mots pour lui remonter le moral. Je cherchais à ne pas gâcher tous les efforts que j'avais fait. Si j'agis de la bonne manière, je pourrais sûrement me réconcilier pour de bon avec elle.

    « Je voulais juste que quelqu'un me fasse réellement sourire. Passer outre celle que je montre en permanence. Je voulais être heureuse comme je l'étais enfant... Si seulement, si seulement on pouvait revenir en arrière dans le temps... »

    ...

    Claria sanglotait, sa mère la regardait toujours avec autant d'inquiétude. Et tous les autres ne savaient pas quoi dire. Haron, Ophélia, Céleste et Valya gardaient le silence. Jusqu'à ce moment :

    « Moi, j'aimerais beaucoup te faire sourire. »

    C'était Valya. Claria se tourna vers elle, avec un demi-sourire :

    « Je sais que tu n'aimes pas beaucoup mon maître mais je suis sûre et certaine que tu es une amie formidable ! Vu l'attention que tu portes à Céleste, tes amis doivent signifier beaucoup pour toi : tu es une personne qui s'implique dans ce qu'elle fait, et personnellement, je trouve ça formidable ! Je ne pense pas qu'une personne comme toi ne mérite une telle fin...

    — Plus précisément, ai-je continué dans l'élan de Valya, je ne sais pas comment est-ce que tu penses, comme tu réagis, mais je sais que tu es une bonne personne. Je suis désolé de t'avoir dit de ne pas culpabiliser, je sais que c'est impossible. Ce qui te manque, c'est des amis à qui te confier. Chaque fois que tu as les idées noires à propos de tout et n'importe quoi, le plus important à ce moment-là, c'est d'en parler. »

    Claria essuya ses larmes d'un geste du poignet :

    « En parler ? J'ai déjà parlé avec mon grand frère ! C'est lui qui m'avait dit de toujours sourire.

    — Plutôt que toujours te forcer à sourire, pourquoi ne pas faire en sorte de trouver réellement quelque chose qui te rend heureuse ? Tiens, la musique, t'aime bien la musique pas vrai, tu fais du piano n'est-ce pas ?

    — Oui, mais je ne trouve pas de raisons de continuer...

    — Mais à part ta mère et ton frère, as-tu déjà essayé de jouer du piano avec quelqu'un ? »

    Claria secoua la tête, pensive.

    « Alors tu devrais ! Je sais pas... rejoins le club de musique de ton lycée. Je sais que j'en ai un alors le tien aussi sûrement. Je suis sûr que tu es très douée vu comment tu t'impliques comme l'a dit Valya. Les gens là-bas voudront sûrement apprendre à mieux te connaître après avoir joué et ils deviendront de potentiels futurs amis. Après, il faut bien évidemment distinguer les gens qui sont là pour toi et ceux pour ce que tu leur apportes, c'est-à-dire ta musique. Des gens qui ne sont là que par intérêt, il y en a beaucoup. »

    Regardez-moi ça, un type qui n'a que deux amis donne des conseils sur l'amitié en général. Et pourtant, ça avait l'air de marcher, Claria semblait réfléchir.

    « Je me souviens que ma psy m'avait dit la même chose. Mais je ne suis pas vraiment à l'aise face aux nouvelles personnes que je rencontre... »

    J'ai esquissé un grand sourire, ai mis ma main sur son épaule et affirma :

    « Oh je te rassure, tu as essayé de m'embrasser la première seconde où tu m'as vu alors je pense que t'es bien à l'aise de côté là. Peut-être même un peu trop d'ailleurs... »

    Claria se mit à légèrement rougir :

    « Je ne l'aurais jamais fait. Je l'ai déjà dit de toute manière quand t'étais en train de pioncer. J'ai fait ça pour t'amadouer et te faire croire que j'étais une fille un peu sotte. »

    Malheureusement pour toi, je te connais bien plus que tu ne le penses. Donc cette information ne m'a pas vraiment choqué.

    « Je joue un rôle constamment. Celui de la fille énergétique et amusante, mais pourtant, je n'ai jamais connu quelqu'un qui s'intéresse vraiment à moi. J'aimerais beaucoup avoir de vrais amis sur qui compter, alors c'est pour ça que je sourie tout le temps. Mais étrangement, je me suis senti en colère quand tu avais dit que j'étais heureuse dans ma vie. J'aurais dû être contente à ce moment-là.

    — Non. »

    J'ai compris une chose chez elle.

    « Arrête de te mentir constamment. Montre tes véritables émotions aux gens. La preuve que sourire sans le vouloir amène le contraire de ce que tu veux montrer. Si quand tu vois que les gens ne remarquent que la façade que tu laisses paraître te met en colère, c'est que tu devrais arrêter de te mentir parce que jamais les gens ne sauront qui tu es vraiment si tu ne fais que fausser ta personnalité. Tu es quelqu'un de triste en général ? Pas grave, de vrais amis seront là pour t'écouter. Tu n'es pas souvent de bonne humeur ? De vrais amis seront là pour te consoler. Ne te crée pas une identité pour plaire aux autres, cherche juste les bonnes personnes avec qui être qui tu es réellement. »

    Eh bien, je m'étonne moi-même là. Mon prof de Philo serait heureux d'entendre ça... enfin je crois.

    « Je veux dire... prends ce conseil comme tu le veux. Il vient quand même de quelqu'un qui n'a que deux véritables amis. Je ne suis pas vraiment une source fiable. »

    Un silence s'ensuivit. Je regardais la réaction de Claria qui allait sûrement m'envoyer valser.

    Celle-ci restait bouche bée. Puis après quelques secondes, elle la referma doucement pour la transformer en léger sourire, en sourire et enfin, elle prit sa forme finale : Claria éclata de rire !

    Tout le monde sursauta, moi le premier. Son rire emplissait la pièce, sachant qu'elle était au bord de la mort il y a de cela quelques dizaines de minutes rajoutait à l'étrangeté de la situation.

    Toujours étonné de sa réaction, je me suis lancé et ait tenté un vague :

    « C'est si drôle que ça ? »

    Claria essuya ses larmes, non pas de tristesse mais de rire, avec la même manche puis me répondit l'air bien meilleur :

    « Pardonne-moi... mais c'est ta dernière phrase qui m'a fait rire. »

    Je ne prends pas ça comme un compliment.

    « Bien joué Sorel ! Tu as réussi à la faire rire ! C'est encore mieux que sourire ! fit Valya enthousiaste, je suis toujours aussi admirative face à mon maître ! »

    Cela me fit sourire, à mon tour.

    « Je n'ai pas la prétention de guérir une dépression, bien sûr que non, mais je, ou plutôt nous, pouvons toujours essayer de t'aider à te sentir mieux. C'est le moins qu'on puisse faire pour une amie, pas vrai vous autres ? »

    Chacun d'entre eux aquiesca silencieusement, totalement captivé par ce que je venais de dire. Chacun d'entre eux me fixait, ce que je trouvais gênant, à force.

    « A-arrêtez de me fixer comme ça. »

    Céleste pouffa légèrement de rire :

    « Non, c'est juste que vos paroles contrastent totalement avec votre discours au début de la nuit. J'étais en train de me dire que beaucoup de choses se sont passés et que ça nous a tous fait un peu changer. »

    Pas vraiment toi, ni Ophélia d'ailleurs.

    « Je ne savais pas quoi dire depuis que nous sommes rentrés dans cette pièce, voir Claria qui a fait une tentative de suicide, écouter son histoire, je restais sans voix, ne comprenant pas ce qui se passait. Mais maintenant, je suis heureuse de voir que tout ira mieux... enfin, je l'espère.

    — Moi aussi, je ne pensais pas que ça pourrait arriver ajouta Haron, tu as la chance d'être en bonne santé, ne-ne refais jamais ça !

    — Oui ajouta Ophélia, je suis d'accord. Tu m'as fait une peur bleue ! Je n'ai pas envie de voir quelqu'un mourir ! »

    Il faut cependant voir ce qui nous attend ensuite...

    Je me suis avancé vers le pas de la porte avec comme idée en tête de descendre les escaliers pour accéder à l'étage du dessous. Qu'est-ce qu'il y avait ? Sûrement d'autres surprises mais quelles genres ? Tout cela m'angoissait légèrement.

    « En tout cas, je peux vous assurer que tout le monde sortira d'ici vivant ! C'est pas une gamine psychopathe ou un esprit qui croit être plus fort qui nous arrêtera ! »

    Je me suis tourné vers Claria et faisais donc également face à tous les autres :

    « Te suicider ? Crois-moi, je t'en empêcherai ! C'est bien trop tôt pour que tu meures ! T'as encore tant de choses à vivre, ne gâche pas tout maintenant. »

    Tout en parlant, je me rendais compte que mes propos ressemblaient à ceux d'un adulte, chose que Claria avait remarquée vu le sourire étrange qui prit forme sur son visage. Il avait l'air... plus vrai ?

    « Tu ressembles à ma mère... »

    Celle concernée laissa échapper un léger rire comme avait fait Céleste avant d'acquiescer :

    « C'est vrai... mais vu que ça a été dit avec autant de sincérité et que ça venait d'un garçon de ton âge, est-ce que ça n'aurait pas eu plus d'effet ? »

    Je pense que la mère aussi est importante même si je ne sais pas vraiment...

    Claria, qui en début de nuit aurait fait une blague sur ce sujet-là, s'est simplement contenté de détourner le regard qu'elle avait posé sur moi. Quelques secondes passèrent avant qu'elle ne repose son regard sur moi, sauf que celui-ci avait changé, il avait un air de malice qui me terrifiait. C'est de Claria qu'on parle là alors qui sait ce qu'elle pourrait penser encore... ?

    Son regard persistait alors j'ai décidé de changer de sujet :

    « Et si on descendait voir ce qu'il y a a l'étage du dessous ? J'ai vraiment faim et j'espère qu'il y a quelque chose à manger... fis-je tout en me frottant le ventre qui criait famine et me faisait mal.

    — Maintenant que tu le dis ajouta Ophélia, je n'en peux plus ! J'ai super faim ! Vous pensez qu'il y a quelque chose en bas ?

    — Je ne sais pas, mais il n'y a qu'un seul moyen de le savoir... » répondit Haron.

    Votre capacité à changer de sujet aussi rapidement m'étonne. Il reste tout de même les indices qu'avait parsemés Christophe çà et là mais maintenant que je pense à mon estomac, il m'est impossible de l'ignorer. Chaque chose en son temps.

    Tout le monde s'est alors rassemblé au pas de la porte où j'étais, bien décidé à se remplir le ventre. C'est au moment où j'ai remarqué que Claria ne bougeait toujours pas qu'elle prit la parole soudainement :

    « Merci Sorel. »

    Étonné de n'entendre que mon prénom, je me suis empressé de répondre :

    « Tu n'as pas à me remercier, c'est totalement normal. Et puis, je ne suis pas le seul.

    — Certes, mais c'est vous seul qui avez parlé. Nous n'avons rien fait et j'en suis désolé... »

    Je n'ai pas répondu. Il ne fallait pas que Céleste se sente coupable. J'avais déjà vécu cette scène. Elle ou bien n'importe qui d'autre n'aurait jamais pu savoir, si je n'étais pas "revenu", Claria serait morte.

    « Tu n'as pas à l'être, Claria est vivante et c'est tout ce qui compte. »

    Céleste souria, sans répondre, sûrement rassurée. Et c'est ce que je voulais.

    « Sorel ? »

    Je me dirigeais vers les escaliers quand Claria m'appela, et c'est quand je me suis retourné que j'ai remarqué qu'elle était juste en face de moi.

    « Qu'est-ce que tu veu- »

    Sans aucun mot, Claria mit les mains sur mes épaules, se mit sur la pointe des pieds et s'approcha très vite de mon visage, j'eut un réflexe de tourner la tête par peur de ce qu'elle pouvait faire. Claria s'approcha de mon visage et... m'embrassa. Sur le coin de la lèvre puisque je venais de tourner la tête.

    J'ai sûrement eu la réaction la plus inattendue de ma vie, je pensais que la première fois qu'une fille allait m'embrasser allait être géniale et que ça allait être avec ma copine mais j'ai eu plus peur que la majorité de la nuit et c'était avec une fille que je ne connaissais que depuis une nuit.

    Tout le monde eut une réaction d'étonnement, exactement comme moi. J'ai senti mon visage virer au rouge vif avant de reculer d'au moins quatre pas :

    « Qu-qu-qu-qu'est-ce que-

    — Hahaha ! Pourquoi tu as tourné la tête ? Est-ce que je te fais peur ?

    — O-oui ! »

    Claria se mit à rire. Comme si la situation était absolument normale. Sauf qu'elle ne l'était absolument pas ! Et Céleste fut la première à réagir par des mots :

    « Vous... vous avez em-em-embrassé un garçon qui n'est pas votre petit ami ?! P-pourquoi ?! »

    Voir Céleste aussi gênée était assez étrange, elle est bien trop pure à penser quelque chose comme ça. Même si je comprenais totalement sa réaction vu que je suis le principal concerné !

    « Je voulais être sûre d'une chose... »

    En voyant ma tête, elle se mit à rougir, puis elle prit un air gêné mais heureux à la fois avant de conclure en me souriant :

    « Après tout ce qui s'est passé cette nuit, j'avais un avis très négatif sur toi. Mais en fait, je me rends compte que c'était biaisé. Complètement même. Peut-être que c'est parce que je voulais mourir, que tu es venue me sauver et me réconforter... je ne sais pas. Mais je m'en fiche, ça faisait longtemps que je m'étais pas sentie aussi heureuse ! Mon cœur bat à deux cent à l'heure... Je... je ne sais pas ce que ça te fera mais je te le dis quand même : je pense que je suis tombée amoureuse de toi. »
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