Chroptivum

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  • novembre 2017 modifié
    8 - Problèmes d'un coeur qui n'est pas le mien.

    'Arythmie'.

    La première fois que je l'ai entendu, je ne savais pas ce que c'était. Je n'étais même pas au courant que ce mot existait. Et pourtant... c'est ce qui allait désormais me détruire la vie. À cause de 'ça', je devenais quelqu'un qui avait un défaut. J'avais un handicap. Une... imperfection.

    J'avais fait ma toute première crise lors d'un de mes tests à l'école. Un contrôle aux lourd conséquences si celui-ci était raté. Mon père me l'a répété tellement de fois : « Tu n'as pas intêret à déshonnorer la famille. Tes notes tout comme toi doivent être à mon image, c'est à dire parfait. »

    Un 'poil' narcissique.

    J'ai été emmené d'urgence à l'hopital et j'ai dû faire des examens pour mon coeur, j'ai finit par avoir ce diagnostic. Après l'incompréhension et les explications fournies par le médecin, j'ai ressenti une haine. Une haine profonde envers moi même qui malgré tout mes efforts finissait avec ce défaut très handicapant.

    Pour faire simple, une arythmie est une anomalie qui affecte le rythme cardiaque le rendant anormale. Ça n'a pas l'air d'être quelque chose de dérangeant mais ce sont les symptômes qui sont les plus handicapant : je peux d'un seul coup si je suis pris de stress me mettre à avoir des douleurs à la poitrine asses gênante pour stopper quoique je sois en train de faire. Si je ne me calme pas, cela peut virer en crise cardiaque pur et simple.

    Ma maladie n'est pas à la forme la plus grave et mon traitement se fait par des médicaments à prendre à heures strictes. Mon médecin m'a également conseillé de faire un peu de sport sous sa surveillance histoire de maintenir mon coeur en forme.

    J'ai demandé à ce que l'on cache ces diagnostics à mon père. J'avais juste trop peur de sa réaction... lui qui s'emporte si facilement, s'il apprenait que j'avais cet anomalie cardiaque, qui sait ce qu'il pourrait m'arriver...

    J'en ai donc parlé à ma mère. J'étais inquiet pour mon avenir. J'avais à présent une maladie potentiellement mortelle et qui pouvait se manifester n'importe quand. La cause a apparemment été le stress. Et apprendre qu'on a cette maladie n'arrange rien mais alors rien du tout en ce qui concerne ce problème...

    Ma mère ne pouvait bien évidemment rien faire. J'allais continuer les études comme un élève normal, mon mode de vie infernal ne changera pas même avec cela. Mon médecin m'a conseillé d'éviter à tout prix les situations à fort potentiel de stress mais je n'allais pas être en mesure de pouvoir remplir cette condition. D'ailleurs, la prise de médicament se fait chaque matin et chaque soir, je dois le faire sans que mon père s'en aperçoive.

    Combien de temps ce petit jeu entre lui et moi allait durer... ? Pourquoi a-t-il fallu que je sois... imparfait ?

    Et surtout... comment je vais devoir gérer ma maladie lorsque je suis enfermé avec des gens que je ne connais pas et que quelqu'un nous force à nous entretuer ?! Comment mon père réagira lorsqu'il apprendra ma disparition ? Peu importe ce qu'il fera, lorsqu'il me retrouvera, je recevrais la correction la plus abominable qu'il soit venant de sa part. Est-ce que l'excuse du 'j'ai été kidnappé' sera suffisante pour cet homme que je méprise alors qu'il est mon propre père ? Sera t-elle suffisante pour cet homme aussi avide que perfectionniste ?

    Je dois absolument sortir de là. Par n'importe quel moyen.


    « Parfait ? Mais... qu'est ce que tu racontes ?

    — Tu sais comment l'être ?

    — Mais... pourquoi tu me poses cette question ?!

    — Parce que je veux connaître la réponse.

    — Et tu penses que je la connais ?

    — Qui sait...

    Je ne comprenais pas Haron. Il se met à me poser une question aussi bizarre d'un seul coup puis ne m'explique rien. Je me dois quand même de savoir s'il me le demande non ?

    « Tu veux connaître mon opinion sur la chose n'est-ce pas ? »

    — Oui.

    — Alors je vais simplement te dire qu-

    — Tu m'imites.

    Claria m'avait coupé la parole ce qui me surprit légèrement :

    « Quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? Est-ce que quelqu'un oserait me contredire ? »

    Tous nos visages, y compris celui d'Haron s'étaient tournés vers elle et nous devions tous avoir une expression ennuyée pour qu'elle fasse cette remarque. Il faut croire que Claria aime bien avoir l'attention de tout le monde.

    J'étais à la droite d'Ophélia et à la gauche de Céleste, donc, entre les deux. Claria, elle, était en face du lit donc la regarder prenait un angle de vue différent car c'était la seule à cet endroit de la pièce.

    « Je vous en prie, ne faîtes pas les timides ! Vous pouvez le dire que je suis la perfection ! »

    Claria affichait un grand sourire toute contente de ses paroles. Elle attendait une réaction visiblement.

    Un petit ricanement me surpris. Haron avait légèrement rigolé. Très doucement et assez rapidement mais il avait rit.

    Claria ne pouvait être plus fier. Et je dois avouer que voir une fille aussi contente et souriante avec en arrière plan un pendu est assez représentatif de notre groupe à ce que j'ai pu voir pour l'instant : nous pouvons passer d'un extrême à l'autre en quelques phrases. Et je sens bien que ce ne sera pas la dernière fois que je ressentirais cela.

    Oh non.

    Claria nous remontait un peu à tous le moral mais qui sait ce qui arrivera si elle change d'un seul coup ? Ou bien... si elle meurt... ?

    Je préfère ne pas y penser.

    « Plus sérieusement Haron, pourquoi tu veux devenir 'parfait' comme tu dis ? Tu es amoureux ?

    Le visage d'Haron changea instantanément pour passer au rouge. Il semblait gêné de cette question mais gardait tout de même un air un peu triste :

    « Qu-quoi ? Mais... non !

    — Ah bon ? Alors pourquoi cherches tu à savoir comment être 'parfait' ? Je ne connais pas vraiment d'autres situations où on se demande ce genre de choses...

    — Quelle grande romantique tu fais... dis-je d'un ton exagérément ironique.

    — N'est-il pas ? Je suis une jeune fille très sensible.

    Soupir de ma part :

    — On s'en fiche. Moi je vais te dire une chose Haron, les gens parfait, c'est comme le Père Noël, ça n'existe pas.

    Claria me dévisagea, médusée :

    « Wohoho ! Spoileur ! »

    Au tour d'Ophélia de légèrement ricaner face à ma réaction, je ne savais pas s'il fallait que je la gifle mais j'en avais vraiment envie :

    « Vraiment... on ne peut jamais avoir de discussions sérieuses avec toi...

    Claria ne me répondit pas tout de suite. Elle baissa légèrement les yeux pour demander d'une voix anormalement sérieuse :

    « Penses-tu vraiment ce que tu viens de dire ?

    — Je ne le pense pas, j'en suis sûr. Ta bonne humeur est agaçante dans cette situation sérieuse, Haron a des problèmes et j'aimerais les écouter.

    — Oui mais bon... tu l'as quand même frappé assez violemment tout à l'heure donc-

    — Arrête Ophélia. Je regrette ce que j'ai fais mais je recommencerais si l'un de vous essaie de tuer quelqu'un d'autre. Je répare mes erreurs en l'aidant maintenant.

    A force de me mentir, je commence à ne plus discerner le vrai du faux de mes paroles.

    « Sorel, avant toute chose, j'aimerais te poser une question. »

    Encore une ? Bien que ce soit Claria qui parlait donc la question allait forcément être simpliste.

    « Bien mais après, on écoute Haron d'accord ? Je te signale qu'il nous reste un peu plus de dix minutes avant de changer de salle. »

    Claria me fixait, elle scrutait mon âme si je puis dire. Elle me regarda droit dans les yeux avant de me demander :

    « Préfères-tu affronter les épreuves que tu traverses en ce moment avec le sourire ou laisser le désespoir t'envahir ? »

    Je crois que je n'ai jamais vu Claria comme ça. Elle était tellement sérieuse que cette fois, le pendu derrière elle donnait l'impression qu'elle venait justement de commetre l'acte.

    Oui, elle était effrayante.

    Mais pas assez pour moi :

    « Je préfèrerais que tu arrêtes avec tes questions pseudo-philosophique. Personne ne serait d'aussi bonne humeur s'il venait à participer à un jeu aussi macabre. Ce n'est pas parce que tu es heureuse dans ta vie que nous le serons aussi grâce à toi. »

    Claria me fixait toujours. Elle ouvra la bouche, puis la referma sans rien dire. Un simple regard méprisant accompagna cette autre question :

    « Haron, tu disais avoir des problèmes au coeur. Tu peux nous parler des détails ? »

    Tout en ayant parlé, elle s'était approché de moi, me bouscula sur ma gauche et donc sur Ophélia puis me pris ma place :

    « Eh ! »

    — Est-ce que tu sais si c'est une maladie ? Et si tu prends des médicaments ?

    M'ignorant de façon magistrale, Claria posait les questions comme si elle était médecin.

    Haron ne répondit pas. Il voulait mais une certaine expression de gêne l'en empêchait.

    « Écoute Haron, nous sommes en danger de mort. Une certaine petite fille pas du tout amicale veut notre peau alors j'aimerais que tu nous informe sur ton état de santé. Ma mère est infirmière alors je m'y connais un peu grâce à elle. Je pourrais accepter comme pour Céleste si ce n'était pas aussi handicapant pour nous. Si tu fais une crise en pleine course-poursuite par exemple, nous ne pourrons pas être là pour toi et tu mourras. Alors dis nous ce qui ne va pas. »

    Encore légèrement frustré de m'être fait ignorer de la sorte, j'appris un peu sur Claria alors que c'est Haron que nous allions questionner. De toute manière, je n'avais pas envie de démarrer une autre dispute parce que nous perdions déjà notre temps.

    « Comprends tout de même que c'est quelque chose dont je n'aime pas parler...

    — Vous avez honte de ce défaut qui est le votre ? Vous vous sentez complexé par rapport à cet maladie ?

    En soi, ce que dit Céleste est assez basique. Mais je ne pense pas pouvoir les comprendre car je ne suis pas concerné :

    « Oui... c'est... »

    Haron s'arrêta de parler pour échapper un nouveau sanglot puis repris :

    « Pourquoi c'est tombé sur moi ?!! Pourquoi ?!! »

    Je pouvais le sentir. Haron souffrait, mais il ne fallait pas faire de bruits malgré cela :

    « Chut ! Moins fort ! Je peux comprendre mais ne crie pas. »

    — Si tu étais à ma place, tu comprendrais... tu pourrais comprendre pourquoi j'en souffre autant.

    Regardez moi ça. Comme si se plaindre allait arranger les choses.

    « Explique toi. Et ensuite je te dirais ce que j'en pense. »

    — Très bien.

    Haron prit une grande inspiration puis commenca :

    « Il faut savoir que Céleste a raison sur un point : oui, c'est un complexe pour moi. Mais pour qui ça ne le serait pas ?! Ça me détruit la vie de plus en plus tout les jours. Prendre les médicaments chaque matin et soir me le rappelle : 'Haron, tu es condamné'

    Je n'arrive pas à le supporter, je me hais tellement pour cette imperfection.

    — Je t'arrête deux secondes.

    Tout les regards se tournèrent vers moi, y compris celui de Claria toujours aussi méprisant :

    « Qu-quoi ?

    — Pourquoi cela te touche à ce point ? Je ne sais pas ce que ça fait d'avoir un handicap au coeur mais il te suffit de faire attention et de prendre des médicaments. Ce n'est pas si compliqu-

    — 'Pas si compliqué' ?! C'est ça que tu allais dire ? Est-ce que tu connais cette sensation qui ne fait que te rappeler que tu es 'inférieur' ? Que tu ne sera jamais 'parfait' malgré tout tes efforts ? Qu'avec tout ce que j'ai fais dans ma vie, que je sois 'récompensé' de la sorte ?! Tout les jours, je me pose la même question : pourquoi moi ? Pourquoi... ? »

    Est-ce que tu considère les gens malades comme 'inférieur' ? Haron a tout de même de sacrés problèmes avec le mot 'parfait' :

    « Haron, veuillez ne pas vous éloigner de ce que vous disiez. »

    Haron stoppa sa plainte faite en monologue puis répondis :

    « Dé-désolé... »

    Il essuya ses larmes avec ses mains, puis se mit à parler sérieusement :

    « Vous pensez sûrement qu'être riche est un cadeau de la vie. Que ça vous causera un soucis en moins, or, vous avez tort. Du moins, en partie. Bien-sûr qu'être riche facilite beaucoup de choses et je peux presque vous assurer que ma vie aurait presque été parfaite sans une seule chose...

    — Qui est ? demanda Ophélia

    — Mon père.

    Nous nous sommes lançés des regards d'incompréhension :

    « Ton père ?

    — Mon père est la personne qui interfère dans chacune de mes actions. C'est l'homme le plus perfectionniste que je n'ai jamais vu. Je ne fais que le mépriser car il est égocentrique, très distant et surtout exagérément pessimiste. Avec lui, il y a toujours quelque chose de mauvais. Quelque chose qui ne va pas. Quelque chose de manquant ou d'inachevé.

    Il est à la tête du service Mélono, et il est la parfaite représentation du patron froid et sans pitié. Je peux vous dire que j'ai déjà vu comment il traite ses employés lorsque ceux-ci font du mauvais travail et je vous assure que ce n'est pas beau à voir. Sachant son caractère et sa manière de voir les choses, ces scènes sont très courantes...

    Combien de fois ai-je entendu des hurlements de colère lorsqu'il rentre chez nous ? Combien de fois l'ai-je entendu se plaindre de la 'fainéantise' de ses serveurs ? Ses discussions sont toujours portés sur le travail, jamais autre chose. Même ma mère le lui faisait remarquer mais il ne l'écoutait jamais. Il restait cet homme froid et méprisable pour qui on ne pourrait jamais avoir une once de compassion...

    Ils se sont séparés il y a de cela quelques mois. »

    Haron parlait d'un air agaçé, comme s'il se rappelait de l'amertûme que lui procurait la présence de son père. Nous étions tous silencieux et comme toujours, seul les ciseaux lointain de la fillette se faisaient entendre :

    « Ça a été très difficile pour ma mère mais elle ne pouvait plus supporter le fait qu'il me dispute à chaque fois qu'il me voyait, elle était à bout. Elle n'en pouvait plus de sa mauvaise humeur permanante, de sa façon négative de voir les choses.

    Il se disait homme d'affaire et que pour lui, seul son travail lui importait. Que je n'étais pas important pour lui. Il me le répétait sans cesse :

    'Tu n'est que mon héritier. Rien d'autre.'

    Je ne compte même plus le nombre de fois que j'ai entendu cette phrase. Elle ne me fait plus rien maintenant. J'avais beaucoup pleuré les premières fois mais je m'y suis habitué. Je me suis habitué à ses remarques déplaisantes.

    Mon coeur se remplissait de haine pour lui de jour en jour : Je n'étais pas son fils et il n'était pas mon père.

    Puis 'ce' jour arriva... »

    Haron parlait, parlait sans jamais s'arrêter ni même pour prendre de pause pour respirer ou quoique ce soit, il se confessait, il parlait comme à des amis qui seraient là pour lui :

    « J'étais en période d'examen, le problème de couple de mes parents, la pression que m'avait mis mon père concernant ma réussite... beaucoup de choses me tourmentaient ces temps-ci. C'est en plein milieu de l'épreuve que ça s'est produit. Que ma vie à changé.

    J'ai fait une crise.

    Tout mon mal être était ressorti sous cette forme. Une forme mortelle, un monstre crée par mon stress quotidien, une horreur dont le nom est 'arhythmie'.

    Une maladie qui affecte les battements du coeur. Ceux-ci ne sont alors plus réguliers et cela peut être très grave dans certains cas et certaines conditions. À vrai dire, je n'ai pas trop bien compris ma maladie mais je dois vivre avec désormais.

    J'ai demandé à ce que seul ma mère soit informé, mon père ne devait pas savoir. Comment aurait-t-il réagi face à cette révélation ? Son fils, seul héritier a des problèmes au coeur. C'est un homme faible, qui n'est pas fait pour être patron.

    Ma mère a été d'accord sur une chose : nous devions cacher ma condition à mon père.

    Il ne devait pas savoir. Nous devions le dissimuler. N'importe comment.

    C'est ainsi qu'a commencé ce jeu de cache-cache où je ne devais absolument pas être trouvé. Je devais prendre les médicaments avec l'aide de ma mère qui essayait de le distraire pendant ce temps là. Tous les examens et autres paiements etc... sont gérés par elle. Et ça a duré plusieurs mois jusqu'à que ma mère craque et se dispute violemment avec mon père sur une de ses énièmes remarques.

    Je me suis sentis de trop dans cette famille où je suis le seul enfant. J'étais le virus qui empêchait le bon fonctionnement de la vie de mes parents.

    Heureusement, la séparation s'est passé sans embrouilles. Ma mère est partie dans une maison qu'elle a pu acheter aisément pour 'réfléchir sur notre futur'.

    Notre futur... qui est aujourd'hui incertain de toute façon puisqu'on va sûrement mourir ici...

    Enfin bref, c'est depuis ce moment là que la 'perfection' m'obsède. Je veux devenir parfait afin de reconstituer le couple brisée de mes parents. Je veux également que mon père soit fier de moi... j'aimerais juste qu'à la place des 'tu n'est qu'une pauvre ordure', j'entende simplement des 'je t'aime fiston' suivi d'un grand sourire. »

    Haron se tourna à nouveau vers moi :

    « Est-ce trop demander ? J'aimerais juste que mes deux parents m'aime comme je suis, qu'ils n'aient pas honte de moi. Malgré mes défauts comme ma tendance à paniquer assez vite ou bien mon arythmie, je ne demande qu'à être bien vu aux yeux des autres et surtout de mon père et de ma mère. Tu comprends Sorel ? »

    Je restais sans voix. Je ne pouvais pas comprendre, comment le pouvais-je ? En l'espace de quelques minutes, nous avions appris ce qui tracassait autant Haron : sa vie quotidienne.

    Je n'avais pas envie de lui faire la morale ni même de m'intéresser à son cas, sa tentative de meurtre a peut être une explication mais ce n'était en aucun cas une excuse...

    Sauf que j'étais le maître du jeu, et qu'il fallait que je tienne mon rôle de 'gentil', il fallait que je lui remonte le moral malgré moi. Je devais réparer ce que j'ai précédement gâché par ma bagarre :

    « Je te comprends Haron. Je n'ose pas imaginer à quel point ça doit être dur de savoir que chaque instant peut signer ton arrêt de mort à cause de ton coeur. Ta situation familiale est plus que déplorable mais pas catastrophique. »

    Inspiration, expiration :

    « Tu veux mon avis sur la question ? Alors le voici :

    Je pense que personne n'est parfait et même de très loin pour certain. Mais j'aimerais te dire une chose : ici, ce n'est pas devenir parfait qui résoudra le problème, c'est juste que tu dois en parler à tes deux parents.

    Prends les tout les deux dans la même pièce un soir et discute de tout ça comme tu viens de le faire avec nous, parle de tout ce qui te tracasse : tes ressentis sur ta maladie, tes craintes, tes peines, et même tes efforts pour amélirorer ta condition.

    Oui, il va falloir que tu avoues à ton père ta maladie. Elle est grave, très. Mais si c'est un père, alors il te comprendra et de toute façon, il devra l'accepter quoiqu'il arrive. Il devra accepter justement que dans la vie, tout est loin d'être 'parfait' et que même faire des efforts pour l'être ne se concluera jamais par une réussite. »

    J'ai posé ma main sur l'épaule d'Haron :

    « Il va falloir être honnête Haron. C'est la meilleure des qualités, les gens passent leur vie à mentir et c'est une chose que je déteste profondément. Quand on sortira d'ici, je t'accompagnerais si tu ne te sens pas à l'aise, je t'encouragerais s'il le faut mais je ferais en sorte que ta situation s'améliore. »

    J'ai ensuite retiré ma main de son épaule pour lever le pouce en l'air devant lui :

    « Après tout, entre amis, on s'entraide non ? »

    Mon énorme sourire s'accompagnait de ma voix que j'essayais de rendre rassurante. Je pense que mon message est passé au vue de sa réaction :

    « M-merci Sorel... mais tu me considères comme un de tes amis alors que l'on se connait que depuis quelques heures ?

    — Haha ! C'est vrai que c'est bizarre mais vaut mieux que l'on soit amis qu'ennemis non ? Je m'excuse pour tout à l'heure mais tu dois me promettre de ne plus jamais recommencer, d'accord ? Si tu as un problème, tu peux venir m'en parler car je t'écouterais sans te juger et te conseillerais... comme un vrai ami. »

    Ma voix à comme qui dirait 'trébuché' sur la fin de ma phrase. Le masque que je portais s'alourdissait de mes mensonges et de mon hypocrisie.

    Les yeux d'Haron s'illuminaient d'espoir. Il semblait... heureux ? Je ne sais pas. Mais son humeur changeait pour devenir un peu meilleur.

    Avait-il été convaincu ? A-t-il vraiment gobé tout ce que je lui ai dis ? C'est presque trop facile de lui remonter le moral à lui.

    Il vaut mieux que je n'ai pas ce genre de pensées car il devait avoir remarqué mon air satisfait.

    C'est ce que je pense car il me posa cette question assez lourde de sens :

    « Sorel... tu penses vraiment ce que tu dis ? »

    Absolument pas.

    « Bien-sûr ! Pourquoi je mentirais ? »

    Petit temps de réfléxion de la part d'Haron avant qu'il me réponde :

    « Ouais, désolé... c'est juste que je n'ai pas l'habitude d'être encouragé par quelqu'un de mon âge. »

    Son père doit également contrôler ses fréquentations tant et si bien qu'il ne doit avoir aucun ami. Dans ce cas là, je préfèrerais presque être pauvre.

    « D'ailleurs, cela vaut aussi pour vous trois. Si vous ressentez le besoin de parler, je serais là pour vous écouter. Ne l'oubliez pas : nous sommes malgré nous une équipe qui doit affronter un espèce de monstre alors notre confiance mutuelle est la meilleure des armes ! »

    Les trois filles me regardaient sans rien dire. Peut-être que l'une d'elles voulait parler, qui sait ? Après tout, elles ont un mauvais passé d'après l'organisateur donc bon...

    Céleste pris la parole :

    « Ahem... merci Sorel. Nous... garderons votre bienveillance à l'esprit. »

    Rien qu'à son ton de voix, je pouvais deviner que j'en faisais trop, et c'était le cas. Bien évidemment que personne ne me dira rien et ce n'est pas plus mal mais comme on dit 'c'est l'intention qui compte' non ?

    Il y avait toujours une chose qui me titillait : Claria me regardait toujours. Avec cette même expression de dégoût. Je sentais son regard sur moi et c'était pesant.

    Même si au final, je m'en fichais pas mal.

    « Tout de même Haron, je ne comprends toujours pas ta tentative de meurtre. Ton père n'a rien à voir dans tout ça non ? »

    Ce que disait Ophélia était véridique. Pourquoi chercherait-il à s'enfuir autant ? Mis à part le fait de ne pas participer à ce jeu, pourquoi en serait-il venu aux mains ? Pourquoi avait-il voulu tuer à ce point ?

    Haron répondit tout en soupirant :

    « Cela se voit que vous ne connaissez pas mon père. Vous savez ce qu'il a constamment sur lui ? Un agenda de mes déplacements ! Avec les horaires et les lieux précis ! Il calcul en moyenne le temps que je mets et si j'ai ne serait-ce qu'une dizaine de minutes de retard, j'ai le droit à un interrogatoire digne d'un film policier... »

    — Et alors ?

    Une nouvelle fois, les têtes se tournèrent vers moi :

    « Comment ça 'et alors ?', j'ai besoin d'argumenter ?!

    — Bien évidemment ! Je suis désolé Haron mais une tentative de meurtre n'est pas excusable ! Tu ne fais que montrer ta faiblesse ! Je te donne ce conseil en tant qu'ami : ne te laisse pas emporter par tes émotions. Cela te mènera à ta perte.

    Bien que je dois avouer que ton père est un vrai stalker. »

    J'étais bien placé pour le savoir bien que ce conseil s'applique surtout dans notre situation.

    « Je... je suis désolé ok ? C'est ce que j'essayais de dire quand tu t'acharnais sur moi. »

    Aucune réponse de ma part, j'ai juste regardé ailleurs comme pour fuir ma responsabilité :

    « J'ai paniqué ! Comme je le fais toujours... car je suis un vrai peureux ! Comment voulez vous que 'ça' devienne chef d'entreprise plus tard ?! Je ne ferais que courir le restaurant à sa perte... »

    Haron baissa les yeux pour fixer le lit sur lesquel il était allongé :

    « Je viens à peine d'entre dans la majorité papa... laisse moi au moins le temps de m'y habituer... »

    Nous ne savions quoi répondre alors un silence s'installa.

    Puis, Ophélia repris la parole :

    « Je pense comprendre ce que tu ressens. Je ne sais pas ce que je veux faire plus tard non plus... et ça me fait quand même peur de savoir que j'approche dangereusement de mes dix-huit ans. Mais en plus, avec un père si sévère, je compatis... vraiment. »

    Franchement Ophélia, t'as l'air encore plus fausse que moi.

    « Non tu te trompes, je sais ce que je veux faire plus tard. »

    Au moins, tu n'est pas comme nous ici. J'aimerais travailler dans le jeux-vidéos mais la difficulté me réduit à faire ce que je fais aujourd'hui. Je me disais pourtant que c'était une passion... :

    « Ah bon ?! Et c'est quoi ? demanda-t-elle

    — Si... vous pouviez ne pas vous moquer de moi... j'aimerais que vous me prenniez au sérieux. »

    Haron avait un visage un peu rougi par la gêne. Est-ce si étrange que cela ?

    « Mais non ! Nous ne sommes pas comme ça ! Vas-y dis ! Il ne faut jamais se moquer du rêve des gens. »

    Tiens, Claria semble retrouver sa bonne humeur, elle devait prétendre que je n'existais pas.

    « Promis hein ? »

    — Je vous en fais la promesse.

    C'était Céleste qui venait de dire ça. Avec une voix rassurante mais surtout naturelle.

    « Depuis tout petit, je rêve d'être un grand chef cuisinier ! C'est un rêve d'enfant que je n'ai jamais perdu de vue ! Et c'est la seule chose que mon père accepte car il m'emmène à mes cours de cuisine. J'adore cuisiner ! J'oublie tout mes problèmes quand je mets la main à la pâte ! J'oublie à quel point je suis faible et trouillard pour me concentrer sur mes plats. Et j'ai, d'après mon professeur, un sacré talent et un avenir prometteur ! »

    Oui, bon c'est dur de ne pas rire surtout avec la tête fière que faisait Haron et justement :

    « H...hihi... hihihihi... »

    Le rire de Céleste se faisait entendre, un rire qui aurait pu se faire discret si nous n'étions pas dans un silence complet :

    « Céleste ! Vous... enfin, tu avais promis ! rétorqua Haron.

    — Je suis désolée... hihi... je ne me moque pas, je suis sérieuse !

    Céleste qui essayait de contenir son rire échouait totalement à cela, je dois dire que c'était assez amusant à voir...

    'Amusant', bien que l'endroit où nous étions n'inspirait pas la joie du tout. Mais pendant l'espace de quelques secondes, ils avaient pu oublier le jeu et juste sourire de bon coeur.

    Bien évidemment, ce n'était pas mon cas même si je dois avouer que je trouvais son rêve assez 'enfantin'. Enfin bon, chacun aime ce qu'il veut après tout...

    Cela faisait rire Céleste et sourire Claria à ce que je voyais. Un rare moment d'hilarité.

    « Ne vous moquez pas... je ne plaisante pas. J'aimerais vraiment devenir cuisinier !

    — Hihi... pardonnez mon insolence. »

    Céleste repris sa respiration sans doute en se rendant compte qu'elle rigolait dans la même pièce qu'un pendu :

    « En toute honnêté, je trouve ça vraiment mignon. »

    Haron rougit en guise de réponse, chose assez compréhensible vu la voix douce que venait de prendre Céleste.

    Quand Haron rougissait, il faisait toujours le même tic : il prenait une de ces mèches de cheveux dans les doigts puis la roulait tout en baissant la tête. Il avait des cheveux châtains assez long et des yeux verts clairs. Je pense qu'il doit être comme Bill : un charmeur qui ne le fait pas exprès.

    Au final, Haron nous avait dit beaucoup sur lui mais je sentais qu'il lui en restait, de toute manière, nous avons tout le temps possible dans ce jeu malgré la menace de mort qui planait au dessus de nous de façon permanante et pesante. Chose que nous ne ressentions pas pour l'instant, mais nous n'avions même pas entamé une partie de la nuit donc les choses sérieuses allaient commencer, un grand jeu de cache-cache où être trouvé signifiait la fin de la partie pour nous.

    « Bon, nous devrions partir. Cela fait très exactement dix-huit minutes que nous sommes là, nous allons devoir changer de pièce... »

    Il le fallait après tout car toute la nuit se serait résumé à nous qui nous cachions dans une pièce ce qui devait être ennuyant pour l'organisateur.

    Et sûrement trop facile pour nous...

    Alors que je me dirigeais vers la porte, un bruit soudain attira à tous notre attention :

    « Est-ce que vous m'entendez ? Ceci est un test de micro. »

    C'était la voix de l'organisateur. Il l'avait dit qu'il ferait des annonces mais je ne pensais pas que ce serait aussi rapide...

    « Qu-qu'est ce qu'il nous veut ce type encore ?! » protesta Ophélia.

    « Du calme, mademoiselle Sokovy, je vous entends donc essayer de faire semblant d'être polie au moins. »

    Un 'hmpf' hautain fut la seule réponse d'Ophélia.

    « Bien, je me joins exceptionnellement à vous pour faire une annonce assez importante, la petite s'est endormie pour l'instant, on peut dire que le jeu est en pause pour quelques minutes. »

    Tiens donc ? Qu'avait-il pu arriver ?

    « Une intrus est parmi vous. »

    Ça a tout de suite fait 'tilt' dans ma tête, il parlait de Valya !

    Elle, qui n'avait rien fait pour l'instant et qui n'avait surtout rien demandée, la voilà impliquée dans cette affaire !

    « Sorel, tu sais très bien de qui je parle n'est-ce pas ? Je peux le voir à ta tête.

    — Quoi ? Qu'est-ce que tu nous caches ? demanda Claria.

    Je me souviens que ce fut la première personne que j'ai dû convaincre de mon innocence dans cette sombre histoire. Céleste m'avait cru (ou en tout cas, l'avait prétendu) dès le début et ce fut bien la seule d'ailleurs. À chaque fois que l'organisateur ouvre la bouche, cela met toujours en danger la confiance que les 'autres' ont pour moi.

    « Je vous préviens : ne faites pas de mal à Valya ! Faites tout ce que vous voulez sur moi mais ne touchez pas à un seul de ses cheveux où je vous promets que je vous le ferais regretter toute votre vie ! »

    Je commençais à respirer très vite à l'idée même que Valya puisse souffir. Je me calma légèrement puis repris d'une voix plus grave :

    « Ne faites pas de mal à ma meilleure amie. Elle compte vraiment pour moi. »

    Tout ce qui résulta de ma 'menace' fut un rire narquois de cet homme :

    « Bien-sûr Sorel ! Je respecterais ce choix et je ne lui ferais pas de mal bien que la façon dont elle soit rentrée reste un mystère pour moi... mais avant, je dois parler de quelque chose d'autre vous concernant vous. Ou plutôt votre passé. »

    Mon passé ?! Pourquoi voulait-il parler de moi tout d'un coup ? Il faut qu'il fasse une annonce pour parler de moi alors que je pourrais très bien le faire moi même ?!

    « Eh bien allez-y ! Ils verront bien que je ne suis pas l'ordure dans l'histoire ! 'Je suis à plaindre', c'est ça que vous voulez dire ?! Je ne veux pas de leur pitié et encore moins de la vôtre ! »

    Nouveau rire qui m'exaspérait de plus en plus :

    « Hahaha ! Mais voyons, quel manque cruel de classe que vous avez là mon cher ! »

    L'homme s'arrêta de rigoler pour reprendre de ce même ton moqueur :

    « Je pense pouvoir aussi bien parler que mademoiselle Nyakoa ici présente, n'est-il pas ? »

    Aucune réponse de la part de Céleste, qui avait même l'air de n'en avoir rien à faire, mais je ne pouvais pas en être sûr vu l'absence de la vue de son visage qui est la seule chose qui montrerait ses émotions en plus de sa voix.

    « Tout d'abord, je suis là pour t'annoncer à toi Sorel que Valya va effectivement participer au jeu, nous pourrions la virer de l'enceinte du bâtiment mais ce serait moins drôle. J'ai alors pensé à quelque chose de beaucoup plus divertissant : celle-ci aura le rôle de 'spectatrice' étant donné les circonstances.

    Tu te demandes ce que ça veut dire mais cela se résume à son nom, Valya n'aura le droit ni d'interagir avec des gens ou même des objets, d'où le subtil nom 'spectatrice'. »

    — Quoi ?! Mais à quoi ça sert de lui faire ça ?! Elle va se faire tuer si elle ne peut rien faire !

    — Détrompe toi mon cher, j'ai bien plus d'un tour dans mon sac lors d'imprévus. Sa mort n'aboutirait à rien qui ne me satisfasse, donc, je vais la garder en vie tout le long. Réfléchis, elle ne pourra jamais mourir vu que personne ni même la fillette ne pourra interagir avec elle. En vérité, tu es le seul à être autorisé à le faire, et tu ne la tueras pas n'est-ce pas ? Tu vois, je peux être gentil aussi ! »

    Comment pouvais-je faire confiance à un type qui a l'air de mentir à chacune de ses paroles ?!

    « Comment pourrais-je en être sûr ?! Je ne vous comprends pas, je ne comprends pas pourquoi vous ne la laissez pas partir ! Ce serait beaucoup plus facile pour vous si vous voulez la garder en vie ou même si vous vous en fichez !

    — Voyons Sorel, vous réfléchissez à ce que vous dîtes ? Si je la relâche, elle préviendra la police et notre jeu prendra fin prématurément. Ce n'est pas ce que je veux. »

    Effectivement, je n'y avais pas pensé...

    « Bon, assez parlé Sorel.

    — Pardon ? Pas du tout ! C'est quoi votre but ?! Pourquoi vous nous faîtes ça ! Et po-

    — Attends Sorel, qui est cette 'Valya' ?! On ne l'a jamais vue ! Pourquoi ne pas nous en avoir parlé ? »

    Claria interrompait mes questions par une autre question, je répondis presque immédiatement ;

    « Occupe toi de tes affaires toi ! Pourquoi je parlerais de ma meilleure amie à toi ?! Et puis-

    Je ne pus finir cette phrase qu'un sentiment d'étourdissement suivie d'une paralysie de mon bras droit qui s'étendait à vitesse fulgurante dans mon corps m'interrompit d'un seul coup :

    « Argh... qu-qu-qu'est ce que vous....

    — Sorel ? Qu'est ce qu'il y a ? Est-ce que ça va ?! »

    Mettant notre querelle de côté, Claria me rattrapa dans ma chute dans l'inconscience, je sentais mon esprit glisser vers un sommeil lourd. Je connaissais cette sensation, j'ai ressentis la même chose lorsque j'ai été enlevé.

    « Eh Sorel ! Sorel ! Reste avec nous ! Qu'est ce que vous lui avez fait ?! »

    Leurs voix me parraissaient de plus en plus flou :

    « Moi ? Rien du tout. Mais le produit par contre...

    — Pourquoi donc ? Quel est le but en faisant cela ? »

    Cette fois, c'était Céleste qui parlait.

    « Je te l'ai dis Sorel 'Assez parlé', je dois parler de quelque chose sur ton passé à tes amis. Mais... tu ne dois pas le savoir. Seul eux doivent être au courant. Tu comprendras sûrement un jour. »

    Je n'avais pas assez de force pour protester.

    J'ai honte de le dire mais je trouvais que Claria sentait bon. C'est la première fois qu'une fille me prenait dans ses bras (bien que c'était pour me rattraper). Son odeur fruité qui était la seule chose que je percevais en plus des voix me parraissant toujours plus éloignés. C'est sûrement pour ça que je la remarquais car je ne voyais maintenant plus rien tant le flou de ma vision était accru.

    Mais à quoi est ce que je pense sérieusement ? Ce doit être l'effet de ce produit...

    « Sorel ! Restez avec nous ! M'entendez vous ?! Restez ! »

    La voix de Céleste qui criait me réconfortait presque. Au moins, j'avais l'impression qu'on s'inquiétait pour moi.

    « Il s'endormira juste. Il ne va pas mourir donc arrêtez de crier mademoiselle Nyakoa. »

    Mon esprit s'embrouillait de plus en plus. Ma tête tournait à une vitesse folle. J'allais m'évanouir une nouvelle fois.

    Tout ce que j'entendis avant de sombrer dans l'inconscience fut ces quelques paroles d'Haron :

    « Sachez le monsieur, nous ne jugerons pas un ami. »
  • toujours aussi bien

  • ce suspens sur son passé
  • novembre 2017 modifié
    9 - Ma partenaire entre en scène !

    Comment les gens arrivent-ils encore à se faire confiance ?

    Voilà une question à laquelle plus je réfléchis, moins je la comprends. À partir de quel moment faîtes vous confiance aux gens, voire même à ceux que vous pensez être vos amis ? Les gens d'aujourd'hui ont tous tendance à se mentir pour se faciliter la vie, ou pour ne pas blesser son prochain.

    C'est une chose que je hais.

    Je déteste ça depuis mon enfance, j'ai commencé à mépriser tout le monde à cause d'un certain incident pendant ma scolarité. J'ai fait confiance à des gens, à des camarades et ils m'ont trahis. Je n'ai pas cherché plus loin : plus jamais je n'aurais d'amis. Je sais bien que ce sont des cas isolés, que tout le monde n'est pas comme ça mais depuis ce jour, je ne peux m'empêcher de remarquer l'hypocrisie des 'autres'.

    Je n'ai plus jamais menti envers les gens. Je dis toujours ce que je pense même si ça blesse. Je suis comme ça : quelqu'un de foncièrement mauvais. Une ordure qui n'a presque aucune compassion et qui n'en fait qu'à sa tête...

    J'en viens parfois à me demander comment Valya fait pour m'apprécier à ce point...

    Est-ce qu'elle était amoureuse de moi ?

    Après tout, l'amour rend aveugle et stupide pas vrai ?

    Je me suis quand même poser la question pas mal de fois car sa manière d'agir envers moi prête à confusion.

    Mais j'ai eu la réponse presque immédiatement lorsque j'avais rassemblé mon courage pour lui demander :

    « C'est quoi 'être amoureuse' ? Je t'aime bien mais je ne sais pas ce que tu veux dire par 'amoureuse'. C'est quoi ? »

    Non, elle m'appréciait simplement en tant que personne et je préférais entendre cela plutôt qu'un bête « Oui, je suis amoureuse de toi. »

    'Tant mieux car c'est la même chose pour moi' me souviens-je avoir pensé mais maintenant que j'y réfléchis...

    Et si elle m'avait menti ?

    J'avais hésité longuement pour finalement conclure par cela :

    Non, Valya ne me mentirait pas. Je la connais depuis maintenant quelques mois en la voyant tous les jours donc je sais suffisament bien qu'elle est comme moi à ce niveau là : elle ne ment jamais non plus.

    C'est ce que j'espère en tout cas.

    C'est une des raisons pour laquelle je hais les mensonges : à quoi bon modifier la vérité ?

    Il y a des millions de raisons de mentir mais j'ai remarqué que les gens faisaient cela justement pour ne pas blesser.

    N'assument-ils donc pas ? Ont-ils trop peur que la vérité soit dévoilée ? Ou bien d'autres raisons que je n'ai pas encore trouvées ?

    Je ne sais pas.

    C'est pourquoi je hais autant ce jeu : je suis obligé de mentir aux joueurs, obligé de bien me faire voir pour ma survie et la leur...

    La question est la suivante : jusqu'où mes mensonges me mèneront-ils ?

    Je m'étais évanoui.

    Tout était flou, rien à l'horizon : juste une grande étendue noire sans fin. J'étais visiblement en train d'halluciner.

    Bien que ma vision était troublé, je percevais quelque chose.

    Je ne sais pas vraiment comment la décrire, une entité peut être ? C'était une ombre lointaine.

    Tellement lointaine...

    Je ne sais pas pourquoi mais mon coeur se serrait. Cette 'entité' avait l'air très importante pour moi. Une autre personne que Valya pourrait m'être aussi cher ? J'étais curieux de le savoir.

    J'appelais :

    « Eh oh ! »

    Seul mon écho me répondit. L'ombre n'avait pas bougé, elle ne semblait pas m'avoir entendu alors je recommençai à l'appeler :

    « Eh ! »

    Elle m'avait entendu. Je le sais car elle venait de se retourner pour me faire face. Elle me semblait si inaccessible et à la fois si proche.

    Y'avait-il vraiment quelque chose sur mon passé qui était si touchant ? Je le sentais dans mon coeur : cette personne m'était importante, sûrement pas plus que Valya mais tout de même assez pour me faire réagir intérieurement.

    J'essayais de marcher mais je me rendis compte d'une chose affreuse : j'étais cloué au sol.

    Malgré tous mes efforts, je ne pouvais pas bouger d'un seul millimètre. Cela me faisait le même effet que ce maudit produit ! Je voulais la rejoindre ! L'horizon s'étendait à perte de vue mais je pouvais distinctement l'apercevoir de loin ! Il fallait que je la voie !

    « Non, ne pars pas ! Attends moi ! »

    J'avais beau m'égosiller, rien. Celle-ci commençait à partir et c'est pourquoi je la suppliais de m'attendre. Je voulais savoir qui elle était, qui était cette entité. Je ne savais pas pourquoi mais je le voulais absolument ! Et pourtant...

    « Non ! Reviens !! »

    Elle partait de plus en plus vite. Comme si elle s'enfuyait de quelque chose. Je ne pouvais pas supporter ce cauchemar plus longtemps :

    « Bordel ! Réveille toi Sorel ! Réveille toi bon sang ! »

    Je me pinçais la joue dans l'espoir d'échapper à cette torture. J'en étais presque à me donner des claques pour me sortir de là. Je ne pouvais pas bouger et mes appels étaient vains.

    Alors à quoi bon...

    Je me battais sûrement contre moi même, c'était sûrement une hallucination mais quelque chose qui me faisait autant d'effet pouvait-t-il être le fruit de mon imagination.

    Non, impossible.

    C'était un souvenir du passé. De mon passé que cet homme est en train de révéler en ce moment même aux autres.

    Qu'est-ce qu'ils en ont à faire après tout ?! Pourquoi avait-t-il absolument besoin de leur parler de moi ?

    Je ne comprends rien et ça me frustre.

    Soudain, tout devint noir. Tout s'arrêta d'un seul coup.

    Je ne voyais plus l'ombre ni même l'horizon. Je n'étais plus dans cet étrange rêve. Je ne savais pas où j'étais ni même comment je me sentais. C'était comme si je n'existais pas, je devais être en train de me réveiller.

    Oui, je me réveille car je peux sentir mon mal de tête revenir.

    Ugh... j'avais oublié à quel point ça faisait mal...

    « Il est réveillé. »

    Je venais de retrouver le vrai monde. Pas cet espèce de vision bizarre que je venais d'avoir sûrement à cause des effets du produit.

    J'étais revenu.

    La première chose que j'avais entendue fut la voix monotone de Claria.

    J'insiste sur le côté 'monotone' car elle n'avait pratiquement aucune émotion. Comme si ça l'ennuyait.

    « Effectivement... est-ce que vous allez bien Sorel ? »

    Céleste, qui je me souviens avait eu une voix très paniquée, avait là une voix calme. Sa voix habituelle en fait...

    « Ma tête me fait mal... je suis resté combien de temps endormi ?

    — Une dizaine de minute, il est vingt-deux heures quarante sept très précisément. À ce que je vois à ta montre en tout cas.

    Il ne me fallut que quelques secondes pour m'en apercevoir, il était aussi tard que cela mais tellement loin d'être la fin de cette nuit.

    Je me demande tout à coup combien de nuit l'organisateur à prévu...

    Haron venait de me parler du même ton de voix que Claria ce qui m'agaça un peu, j'ai voulu mettre tout de suite les choses au clair quant à la raison de mon évanouissement :

    « Qu'est-ce que ce taré vous a dit sur moi ? »

    Aucune réponse.

    Je pouvais même sentir une atmosphère très pesante, mon passé est si grave que ça ?!

    « Alors ?! Pourquoi vous êtes tous comme ça ?! Dîtes moi non ?!

    — D-désolé Sorel... Il nous l'a clairement fait comprendre : 'Si vous en dîtes quelque chose à notre maître du jeu, c'en sera fini de vos vies à tous. Une vie est précieuse alors ne la gâchez pas en tentant n'importe quoi.'

    L'ironie de la situation est tellement puissante que j'en arrive à avoir un sourire.

    « D'un côté, je doute que tu aies envie de savoir... »

    Haron, qui il y a de cela quelques instants avait pourtant dit qu'il ne me jugerait pas et qu'il me fera confiance, était en train d'agir à l'exact opposé de ses paroles.

    Arghhhh ! Mais qu'est ce qu'il leur a dit, bon sang ?!

    « Quoiqu'il ait dit sur moi, vous le croyez ?!

    — Calme toi Sorel, ce n'est pas en t'énervant qu'on va te le dire de toute façon. Il nous a dit de ne rien dire alors on ne te dira rien. T'aurais fait la même chose. »

    C'est ça ton argumentation Claria ?! 'T'aurais fait la même chose.' C'est tellement pathétique bien qu'elle n'ait pas tort...

    Raaah ! Je suis tellement frustré ! J'ai envie de savoir plus que n'importe quoi d'autre !

    Je me suis lentement tourné vers Haron pour simplement lui dire :

    « Et moi qui te considérais comme un ami... »

    Je me rendais compte que je serrais si fort le poing que je commençais à avoir des fourmillements.

    « Écoute Sorel, nous ne sommes pas responsable de la situation, si tu es aussi énervé du fait qu'on ne te le dise pas, tu ne sais même pas à quel point tu le serais si tu étais au courant...

    — Chut ! Imbécile ! répliqua Claria tout en mettant l'index devant sa bouche.

    — Et toi Ophélia, tu ne lui fais pas confiance à ce type quand même ?! Tu peux me le dire non ? »

    J'avais bien une lueur d'espoir...

    Quelle naïveté ! N'oublions pas que c'est d'Ophélia que l'on parle là :

    « Désolée, je ne veux pas prendre le risque. »

    Prévisible.

    « Et toi Céleste... ? »

    Céleste ne fit que baisser encore plus les yeux, chose qu'elle fait déjà de base pour cacher son visage mais elle s'était encore plus inclinée.

    Comme pour imiter 'ma' manière de s'excuser.

    Tout en se rapprochant de moi, Céleste commença à parler :

    « Je vous prie de m'excuser pour ne pas être dans la capacité de pouvoir vous informer de ce que nous venons d'entendre mais je-

    *baf*

    Je repoussa la main qu'elle tendait vers moi d'un coup sec. Elle avait sûrement l'espoir que l'on s'entende bien mais j'étais si énervé que je ne voulais pas de sa pitié inutile.

    « Ah... alors même toi... »

    Il faut dire que dans le groupe, Céleste était la personne en qui je pensais le plus avoir confiance. Elle a l'air si naïve dans ses propos que je ne pense pas qu'elle me ferait un coup en douce. Ce qui est sûrement loin d'être le cas de Claria maintenant ou bien d'Ophélia.

    Pour Haron, on a déjà vu ce que ça avait donné.

    « Je... suis désolée...

    — 'Désolé' vous n'avez tous que ce mot à la bouche ! Je fais des efforts pour que tout le monde s'entende et vous vous mettez à me cacher des trucs me concernant ! Qui vous dit qu'il vous tuera ?! Qui vous-

    Je me suis arrêté net dans mon monologue.

    Ce type est assez fou pour tenir sa parole dans ce cas là. Mon argument principal reposait sur le fait que c'était peut être un mensonge mais s'il avait pris la peine de m'endormir, c'est que ça devait être sérieux.

    « Raaah ! Pourquoi tout va contre moi ?! Je lui ai fait quoi à ce type pour qu'il me haïsse autant ?! »

    Comme si ce fut en guise de réponse, le haut parleur commença à grésiller signe qu'il allait être utilisé :

    « Bon, la partie va bientôt reprendre. 'Elle' va se réveiller. N'oublie pas Sorel : Valya n'a le droit que d'entrer en contact avec toi et personne d'autre ni même rien d'autre car c'est une 'spectatrice'.

    Ah, encore une chose : vous vous souvenez de la règle vous interdisant de rester plus de vingt minutes dans une pièce précise ? Eh bien, sachez que même si vous restez moins de temps dans une pièce, il vous faudra attendre le temps que vous avez passé dedans avant de revenir.

    Si par exemple, vous êtes restés quinze minutes et que vous ressortez, vous ne pourrez pas rentrer de nouveau dans la pièce pendant les quinze minutes que vous avez passés.

    Cela évitera à certains petits malins de sortir pour réinitialiser le temps puis rentrer de nouveau et passez vingt autres minutes caché au même endroit.

    Allez Sorel, prends bien soin de ton amie. »

    Le haut parleur s'éteignit, l'annonce était donc terminé.

    Rajouter des règles au fur et à mesure me fait penser que l'organisateur n'a pas TOUT prévu et qu'il s'adapte selon la situation afin de renforcer les bases de son 'jeu'.

    Se donner autant à fond pour un projet si morbide... quel esprit tordu !

    « Pfff... t'avais pas besoin de me le dire ça... Bien-sûr que je vais prendre soin d'elle grommelai-je

    Ayant dis cela, je m'approchais de la porte l'air déterminé :

    « Attends Sorel, on y va dès que tout le monde est prêt plutôt non ?

    — Nan. Y'a pas de temps à perdre ! Ça fait largement vingt minutes que nous sommes là mais je suppose qu'il nous laisse du temps supplémentaire vu qu'il nous a retenus pour vous parler de moi. »

    J'étais tellement froid dans mes paroles que je vis le visage d'Haron se crisper.

    Personne ne peut me considérer comme son ami. Je suis tellement désagréable que me supporter relève du miracle. Il aura sûrement pensé être mon ami durant le temps que je sois évanoui et pas une minute de plus.

    Je tendis l'oreille vers la porte.

    Pas de bruits de ciseaux. Bien.

    « On peut y aller. Je vais chercher Valya qui est toujours dans ma chambre. Qui m'aime me suive. »

    Tout en ayant dit cela, je faisais une tête qui disais bien haut et fort 'mais personne ne m'aime, pas vrai ?'

    En y pensant, ça me faisait rire en fait.

    Bien évidemment, personne ne semblait vouloir me suivre. Ils avaient soit peur de sortir, soit pas envie de me suivre.

    Voir peut être les deux ? Hmmm... sûrement les deux en fait.

    Alors que je me retournais vers la porte pour sortir, je sentis quelque chose me tirer la manche droite.

    C'était Céleste :

    « Je viens avec vous. Valya est une amie qui vous est chère alors je ne souhaite pas la voir mourir. Je suis même curieuse de la rencontrer. »

    — Céleste...

    Claria s'était approché de nous pour mettre sa main sur son épaule.

    Les deux filles échangèrent des 'regards' si je puis dire vu que Claria regardait une capuche puis elles se retournèrent vers moi :

    « Je viens aussi alors. »

    Quel rapide changement d'avis... bien qu'elle n'ait jamais spécifié un quelconque refus.

    Je leur répondis par un demi-sourire. Puis je me tourna vers les deux autres :

    « Que vous vouliez venir ou pas, vous devez de toute façon sortir de cette pièce. Et je vous conseille même de nous suivre car si la majorité des gens ici se dirigent vers un endroit, il ne vaut mieux pas faire la forte tête à vouloir explorer seuls.

    À moins que vous soyez en train de prévoir votre suicide comme ce type. »

    Ophélia et Haron s'approchèrent en même temps, l'air un peu gêné :

    « Ce... ce n'est pas comme si je voulais rester seul ici... je suis ton ami alors je te suis, pas vrai ? »

    Ah tiens, tu penses toujours être mon 'ami' ? Curieux...

    « Je viens aussi. Je ne veux pas être toute seule et ça ne me dérange pas de rencontrer... quelqu'un d'autre. »

    Donc, tout le monde vient.

    « Bien, allons-y alors. »

    Je pris la poignée de porte dans la main puis commençait lentement à la tourner, j'étais en train de m'imaginer la fillette qui nous attendait juste là dehors silencieusement, je commence à avoir la trouille...

    Argh ! Mais Sorel !! Ce n'est pas comme ça que le 'maître du jeu' doit agir ! On doit y aller franchement maintenant !

    J'ai ouvert la porte beaucoup plus rapidement que je ne le pensais, sûrement dans un élan d'adrénaline.

    Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, non pas la fillette, mais Valya qui sursauta à la seconde même où elle entendit la porte s'ouvrir.

    Celle-ci semblait déambuler dans les couloirs, sans but.

    « Whoa ! »

    Toutes les filles présentes sans aucune exception ont sursauté lors du cri de surprise de Valya.

    « Qu-qu'est ce que tu f-

    Sans même me laisser le temps de finir ma phrase, Valya me sauta au cou de manière assez violente.

    « Sorel !! J'ai eu tellement peur quand j'ai entendus des cris tout à l'heure !! T'es vivant ! Mon maître est vivant !! Hahahahaha !!

    — Chut ! Pas si fort Valya ! Même si j'apprécie l'accueil.

    Valya est la seule personne que je connaisse à me faire vraiment sourire. Parce que je souriais.

    Un sourire authentique, honnête.

    « A-alors c'est... elle, Valya ? C'est bien ça ? R-ravie de vous rencontrer ! fit Céleste tout en tendant une main hésitante.

    Je le conçois, voir Valya pour la première fois doit être assez déroutant vu son attitude très... enjouée.

    « Bonjour à toi petite fille ! Je ne peux pas te serrer la main vu que je n'y suis pas autorisée... »

    Valya fit une mine boudeuse avant de reprendre :

    « Ahhh ! Quel dommage ! Je voulais serrer fort dans mes bras une fille aussi mignonne que toi ! La vie est si injuste !! »

    Céleste fit un pas en arrière d'étonnement :

    « V-v-vous pensez aussi que je suis 'mignonne' ? »

    Tiens, elle bégaye. Valya lui fait autant d'effet ? Je la comprends.

    « Bien évidemment ! C'est toujours mignon les petites filles ! Mais pourquoi tu as cette jolie capuche ? Je ne sais pas si tu l'as remarquée mais elle cache ton visage ! C'est dommage non ? »

    Fais gaffe Valya, tu vas passer pour une pédophile si tu insistes autant...

    « O-oui... je le sais.

    — Et bien alors ? Tu pourrais me montrer ton visage ? Je suis sûre que tu es aussi mignonne que la fille à côté de toi ! »

    Claria, à son évocation répondit :

    « Elle... parle de moi ? Hahaha... merci bien ! »

    Je ne sais pas pourquoi mais Claria s'était forcé à rire. Elle n'aime donc pas être flattée ? Ça nous fait un point commun.

    « Hihihi ! Vous vous appelez comment toutes les deux ? La demoiselle au casque et la petite fille ? »

    Une des choses que j'aime chez elle, c'est sa puérilité. Elle prend souvent cet air là et je dois avouer que ça me fait beaucoup rire. Même si elle sait garder son sérieux quand elle me réconcilie par exemple.

    « Ah... et bien, je m'appelle Claria et elle, c'est Céleste. »

    — Enchantée ! Moi, c'est Valya ! »

    On le sait, ne t'en fais pas.

    « Ahem... bonsoir V-Valya. »

    La petite voix d'Haron se fit entendre venant de derrière nous. Pour l'instant, je me tenais devant le pas de la porte avec Céleste et Claria qui étaient à mes côtés. Quant aux deux restants, ils étaient sur le point de nous suivre ce qui fait qu'ils étaient derrière nous.

    Haron s'approcha pour se montrer :

    « Ah tiens, un autre garçon ! Et une autre fille ! Tellement d'amis potentiels ! Je m'appelle Valya ! Enchantée ! »

    Valya souriait avec le plus sincère des sourires. Elle est ravie de voir d'autres personnes à ce que je vois.

    « Et vous êtes ?

    — Ah... eh bien... je m'appele H-Haron et elle, c'est Ophélia.

    — Je... peux me présenter toute seule tu sais...

    Je ne saurais dire pourquoi mais il y avait une ambiance assez étrange dans la pièce. C'est sûrement dû au fait de la bonne humeur de Valya qui est totalement opposé à l'endroit dans lequel nous nous trouvons.

    « Enchantée ! Je suis Valya ! J'espère que nous pourrons tous nous entendre ! Et je- AAAH !!

    Valya se stoppa dans sa phrase pour pousser un petit cri de frayeur :

    « Valya ! Baisse d'un ton ! Oui, il y a un mort ici mais cela ne sert à rien de paniquer où nous finirons comme lui. »

    — Ahem... oui désolée... D'ailleurs, vous ne devriez pas y aller ? Je viens de faire du bruit donc 'elle' va peut être arriver.

    Effectivement, il fallait que l'on bouge. Mais pour aller où ?

    Nous ne connaissons rien de l'endroit, nous ne savons même pas sa taille ! Nous n'avons même pas de plan du bâtiment ! Même si l'obscurité est un avantage pour nous, si nous sommes dans un endroit inconnu, cet avantage est tout de suite inutile...

    « Essayons d'aller en haut. Par les escaliers là-bas. »

    Tout en parlant, je pointais du doigt l'escalier qui était à quelques mètres sur notre gauche. L'escalier menait à ce qui semblait être un 'demi-étage' dans le sens où il ne monte que de quelques marches. Après, vu l'obscurité, je ne pouvais pas apercevoir le bout.

    Nous nous étions un peu habitués au ténèbres car nous pouvions nous apercevoir sans l'aide de la lampe torche. Cependant, notre champ de vision était limité à seulement quelques mètres autour de nous...

    « Ok ! Je vous suis ! On fera connaissance après ! fit Valya en chuchotant joyeusement.

    Je pensais au début que Claria lui ressemblait mais elle semble être une autre personne depuis que je lui ait fait la réflexion de tout à l'heure.

    Même si n'importe qui penserait que Valya est une fille naïve, elle sait être sérieuse même si ce n'est pas son genre.

    « Aucune objection ? »

    Même si quelqu'un en avait une, j'aimerais bien la connaître.

    « Si ! Moi ! »

    Ophélia leva la main comme pour demander la permission de parler :

    « Ah... et laquelle ?

    — Nous devions fouiller cet endroit non ? Il y a sûrement des trucs qui pourraient nous en apprendre plus sur où est-ce qu'on est.

    Elle n'avait pas tort d'un côté. Depuis le début de la partie, nous n'avons rien appris sur l'organisateur, l'endroit où nous sommes, pourquoi sommes-nous là etc...

    Rien du tout.

    Mais d'un autre côté :

    « Nous avons grillé le temps pour ici. Nous y retournerons dans vingt minutes mais il faudra faire attention jusque là à ne pas recommencer à créer des problèmes...

    Valya me regarda, surprise :

    « Qu'est ce qu'il s'est passé ? J'ai entendu des hurlements mais j'avais peur alors je me suis cachée...

    — Ah... euh... ahem... disons que j'ai fait quelque chose de pas très bien. Mais nous en parlerons après Valya. Nous n'avons pas le temps de traîner et en plus, il-

    Cliquetis, cliquetis

    Un sursaut de frayeur me parcoura l'échine. Les bruits de ciseaux se faisaient entendre bien plus fort d'un seul coup. Je pouvais même entendre sa hachette racler contre le sol dans un bruit affreusement gênant et continu mais légèrement masqué par les ciseaux.

    « Faut pas qu'on reste là. On se grouille ! » ordonnais-je en chuchotant.

    Nous ne pouvions pas distinguer l'ennemi. Les bruits semblaient venir de partout à la fois. Je ne pouvais même pas dire si elle était devant ou derrière mais une chose de sûre : elle était proche.

    « Suivez moi et ne vous perdez pas ! J'éteins la lumière juste le temps de monter. Restez derrière surtout. »

    Je disais ça aussi pour me rassurer je dois bien l'avouer.

    C'était assez risqué mais il fallait prendre ce risque. Nous pourrions passer sans même alerter la fillette qui se trouve sûrement pas loin de nous en ce moment même.

    Lentement, nous nous sommes faufilés dehors, dans le couloir.

    J'entendais le bruit de leurs pas juste derrière moi mais je préfèrais regarder devant moi afin d'assurer nos déplacements.

    Mais quand est-ce que c'est devenu aussi sombre ?! J'ai l'impression que le bâtiment s'est obscurci !

    Ça doit être mon imagination...

    Nous commencions à monter les marches lorsque j'entendis les bruits de ciseaux se rapprocher de plus en plus. Visiblement, elle nous avait entendu et elle voulait venir nous rendre une petite visite.

    Mais nous changions d'étage ce qui veut dire que nous nous éloignons d'elle, enfin, je l'espère. Il ne fallait pas qu'elle nous trouve, absolument pas !

    Sans me retourner, je montais les marches doucement pour ne pas faire trop de bruit, ce sont des marches en béton tout ce qu'il y a de plus classique mais elles semblaient bien usées au vu de leur état médiocre, je pouvais le savoir vu que justement, il fallait faire attention à ne pas se casser la figure car elles étaient assez glissantes.

    Des marches qui ont servi assez longtemps on dirait...

    Je manqua plusieurs fois de m'étaler par terre de tout mon long. Il faut dire que grimper des marches dans le noir est une expéricence assez difficile et stressante qui plus est ici...

    Allez ! Plus vite bon sang !

    Enfin ! Nous sommes à l'étage suivant !

    Même seulement quelques marches à monter devient une éternité lorsque vous devez le faire dans le silence le plus proche possible de l'absolu. J'étais en sueur sans m'en rendre compte, j'avais la trouille envers cette gamine maintenant... je ne voulais plus revivre ce que j'ai vécu. Et par dessus tout, je ne voulais pas que Valya me voit souffrir, tout cela en étant impuissante...

    Rien que d'y penser, j'en ai des frissons.

    Je n'entendais rien derrière moi. J'imagine qu'ils sont tous bien silencieux.

    En parlant de silence, je n'entendais plus les bruits de ciseaux non plus. Ce qui est assez étrange car même lorsqu'elle était éloignée, nous pouvions entendre vaguement en fond les cliquetis de sa paire de ciseaux.

    Un bruit qui me devenait horriblement stressant.

    Je ne prêta pas attention à ce léger détail et commenca à me retourner pour voir si les autres étaient là lorsque j'entendis quelque chose.

    'Ça' respirait.

    Derrière moi.

    De l'endroit dont je faisais face il y a de cela quelques secondes.

    « ... C'est toi Valya ? Arrête de respirer comme ça s'il te plaît...

    — Quoi ? Je suis juste là Sorel...

    Je me rendis compte pour apercevoir Valya qui m'avait suivi et qui d'ailleurs... était la seule !

    « Sorel ! T'es déjà en haut ? Attends nous ! On est tous en bas là... Tu vas trop vite ! »

    Claria chuchotait assez fort pour que je l'entende.

    Et c'est là que j'ai compris que j'étais en grand danger.

    « Te... voilà ! Je veux voir ! »

    Sans même me retourner, je fis un bond sur le côté qui d'ailleurs me sauva la vie car j'entendis juste après la hachette s'abattre sur le sol. Je pouvais apercevoir la fillette et son visage de démon. Avec toutes les blessures sur son corps qui ressemblaient à de la scarification très avancée...

    Par ma faute, nous étions repérés. Au final, elle était à l'étage... et dire que c'était mon idée d'y aller...

    Abruti !

    « Sorel ! Qui est cette fille ?! Elle me fait peur... »

    Sans répondre à la question de Valya, je la pris par la main pour commencer à dévaler les escaliers à toutes vitesse. Ce fut d'ailleurs bien plus facile car j'avais allumé la lumière : nous étions repérés de toute manière alors autant qu'elle serve à quelque chose.

    « Qu'est ce qu'il se passe S- Whooaah ! »

    Bien évidemment, je me pris le pied à la dernière marche ce qui fait que je trébuchai dans un joli saut plané. C'est tout moi ça...

    « Attenti-

    J'eut à peine le temps de prévenir Claria, qui était malheureusement celle sur mon chemin, que je chuta sur elle l'entraînant au sol avec moi.

    J'ai été un peu sonné par la chute pendant quelques secondes. Je pense que dans n'importe quelle autre situation, cela aurait pu être hilarant de me voir faire une telle cascade mais étrangement là, je n'avais pas envie de rire ni personne d'autre d'ailleurs.

    « Aouch... désolé Claria. Il-il faut qu'on bouge... ! Elle est là haut !

    Je dois dire que je me sentais un peu mal à l'aise d'être tombé comme ça sur une fille et d'être à quelques centimètres de son visage. Je devais me dégager de là car il va y avoir des malentendus si je reste ainsi.

    « Ahem... Sorel. Ce n'est pas que je sois gênée ou quoi que ce soit mais je ne pense pas que notre relation soit assez évolué pour que tu te permettes... 'ça'.

    — De quoi est ce que tu-

    Mon visage passa au rouge à l'instant même où je compris ce à quoi elle faisait référence : j'avais les deux mains sur sa poitrine !

    Je retirai instantanément les mains à la millième de seconde où je l'avais remarqué. Je passais pour un gros pervers en plus de nous ralentir.

    Je suis déjà en train de regretter d'être tombé. Je ne veux pas que l'on ait cette image de moi ! Et je ne veux pas que quelqu'un se fasse de fausses idées sur quoi que ce soit.

    Je suis vraiment fort... : comment passer d'une situation stressante à une situation cocasse pour revenir à la situation originale.

    « Vraiment Sorel, c'est cliché... le garçon qui tombe sur la fille comme ça, on dirait une- AAHH !

    Claria fit des yeux ronds de surprise alors que j'entendais les cliquetis du ciseaux dévaler les escaliers.

    « Arrêtez de bouger ! Laissez moi... voir !! »

    Ce n'était pas humain. Pas du tout !

    Sa voix n'était pas celle qu'elle devrait normalement être. On aurait dit l'enfant d'un démon : une voix très grave et déformée. C'était vraiment terrifiant !

    Claria eut le réflexe qui me sauva de nouveau la peau :

    Elle fit une roulade sur le côté, évitant ainsi un autre coup de hachette bien placé qui fit un bruit assourdissant sur le sol, tout en m'emportant avec elle. Elle était maintenant à ma place et moi à la sienne.

    Elle se releva d'un coup sec pour me tendre sa main :

    « Lève toi ! On y va ! »

    J'aggripai son bras aussi vite que je le pus pour me lever moi aussi.

    « Argh... On doit courir ! Courez ! »

    Je n'avais pas besoin de le dire de toute façon, je pouvais voir Ophélia qui courrait bien plus vite que je le pensais. Elle partait toute seule !

    « Attends Ophélia, il y a encore Céleste ! »

    Ma voix ne l'atteignait pas, elle semblait totalement en panique. Je pouvais l'apercevoir trembler même dans la pénombre.

    Céleste était dos au mur, avec la fillette juste devant elle.

    Haron avait, par je ne sais quel miracle, réussi à éviter de se faire piéger alors qu'il était juste à côté d'elle lorsque j'avais pu les apercevoir pendant le court laps de temps avant de tomber dans les escaliers :

    « Sorel ! La petite Céleste va se faire tuer ! Pourquoi je ne peux rien faire ?! Pourquoi ?! »

    Valya restait derrière moi en tremblant. Je pouvais sentir la peine et la peur dans sa voix ce qui me faisait mal intérieurement...

    Je n'allais de toute manière pas laisser tomber quelqu'un qui allait se faire tuer.

    Je pouvais voir que Claria semblait vouloir s'approcher afin de sauver Céleste d'une mort plus que probable. Mais elle était trop lente : sûrement la peur qu'elle ressentait elle même ce que je comprends...

    « Eh toi ! La psychopathe ! Surveille tes arrières ! »

    Je n'ai pas réfléchi et je me suis précipité sur la fillette qui s'apprêtait à attaquer Céleste. Je lui ai littéralement foncé dedans sans lui laisser le temps de réagir.

    J'ai percuté le mur devant moi avec la fillette faisant office de bouclier contre le choc.

    Céleste avait réussi à esquiver à la dernière seconde, elle avait fait une espèce de roulade sur le côté assez maladroitement. Elle s'était plus jeté sur le côté qu'autre chose mais elle avait réussi à se dégager grâce à moi.

    Au moins, j'aurais fais une bonne action dans ce jeu...

    « Sorel... je... merci... »

    Bien que Céleste me remerciait, je ne voulais pas crier victoire trop vite...

    Et j'ai eu raison.

    J'étais contre le mur avec la fillette juste devant moi mais de dos et sans que je comprenne comment, la fillette avait réussi à m'aggriper la veste pour me projeter avec violence sur le mur et ainsi inverser les positions.

    « AARGH !! »

    Sa force était inouïe ! C'était inconcevable pour une fillette d'avoir autant de puissance ! Ce n'est pas la distance que j'aurais pu parcourir entre le moment où je me fais projeter et le moment de l'impact qui m'avait fait hurler de douleur mais la force impressionnante avec laquelle j'ai été envoyé sur la paroi.

    Ses grognements de colère s'accompagnait de son air déjà angoissant. La fillette me regardait avec une haine profonde.

    C'est avec une terreur croissante que j'entendis cette phrase qu'elle vociféra d'une voix démoniaque avant de se ruer sur moi :

    « Toi... tu vas devoir mourir !! Tu as osé toucher à Eneko ! »
  • 10 - Les conséquences de mes actions.

    « Chr-ahem... Monsieur ? J'ai entendus des hurlements. Que se passe t-il ? »

    Alice qui venait visiblement de se réveiller vint dans la pièce de Christophe afin de lui faire part de ce qu'elle venait de vivre. Ou plutôt pour demander des explications au vu du visage interrogatif de cette dernière.

    « Tu sais... pas mal de choses. On dirait que la petite se montre enfin sous sa vrai forme et, oh ! Regarde ça ! Quelle force impressionnante ! »

    Christophe avait l'air ravi, voir la fillette agir avec autant d'aggressivité le faisait sourire sournoisement :

    « Oui... On le sait bien. Bien plus que Sorel... »

    Alice soupira profondément, elle semblait en manque cruel de sommeil. C'est ce que n'importe qui remarquerait au vu du teint blafard qu'avait cette dernière :

    « Monsieur... vous devriez aller dormir. Vous avez très mauvaise mine. »

    L'homme qui se tenait près de Christophe venait de prendre la parole. Son ton de voix n'allait pas de pair avec ses dires, cela ressemblait plus à une espèce de forme de politesse qu'autre chose.

    « Nan... Je vais très bien voyons ! Regarde ! »

    Christophe prit une sorte de seringue posée sur son bureau puis commenca à l'examiner comme s'il découvrait l'objet :

    « Tant que j'ai ça, je peux très facilement tenir la nuit. Je suis l'organisateur après tout, je me dois de surveiller le jeu durant les moments les plus intéressants.

    — Je vous déconseille de trop en abuser. Vous connaissez très bien les effets secondaires.

    — Roooh ! 'Paranoïa' 'Hallucination' c'est bien ça que l'on avait noté la dernière fois ? Je ne suis pas aussi faible que ce type. Je suis un jeune en pleine santé ! C'était un vieux et sans abris qui plus est. Il y a une différence avec moi.

    — Je préfère vous prévenir. »

    L'homme alla finalement s'assoir dans un fauteuil à proximité, un vieux fauteuil en cuir qui craquelait rappelant sa vieillesse.

    « Je suis pour ma part épuisé. Vu tout ce que l'on a fait aujourd'hui, je pense me coucher plus tôt. Faites attention à vous monsieur.

    — Monsieur ! Allez dormir un peu ! Vous n'avez pas fermé l'oeil depuis au moins trois jours ! »

    Christophe, ignorant la remarque d'Alice, s'approcha de l'écran :

    « Oh. 'Eneko'... ? »

    Tous les visages excepté celui de Christophe se figèrent d'effroi à l'entente de celui-ci :

    « Sorel à tout de même réussi à le mettre en colère. Vu la facilité de la chose, je ne pense pas qu'il mérite des félicitations. »

    Alice poussa de nouveau un soupir :

    « Ce 'Eneko'... sans lui... »

    Christophe se retourna vers Alice, se fit une injection avec la seringue puis déclara presque en criant :

    « Hahaha ! Exactement ! Rien de tout cela n'aurait été possible ! Ce jeu n'existerait même pas !! »

    La fillette me fonçait dessus l'air plus déterminée que jamais. Ses yeux n'étaient pas visibles à cause de ses longs chevaux mais je pense que c'est une chose dont je me serais passé tant elle était effrayante.

    Il fallait que je réagisse et vite ! J'allais mourir d'un coup de hachette bien placée au niveau du crâne !

    Malheureusement, j'avais beaucoup trop mal suite à l'impact que je venais de subir. Mon dos était en feu et j'étais d'ailleurs encore sonné par le choc.

    En l'espace de quelques minutes, j'ai subi plusieurs étourdissements sauf que je ne pense pas pouvoir ressortir indemne de celui-là.

    J'ai alors fermé les yeux.

    Stupide, n'est-ce pas ?

    J'entendais les cris de peur de Valya mêlés à ceux de colère de la fillette.

    C'était effroyable. Malsain.

    Ils résonnaient à l'intérieur de mon crâne, je ne voulais pas essayer de m'en sortir. La douleur que je ressentais était la seule chose qui occupait mon esprit en plus des hurlements.

    J'abandonne cette fois. Tu as gagné fillette.

    Je vais devoir affronter de nouveau la souffrance que j'ai connu lors de la première 'partie'.

    Je n'en peux déjà plus. Ce jeu est une torture qui ne finira jamais... combien de temps durera t-il ?

    De toute façon, je vais ressusciter comme les autres fois... mais du coup, peut-on vraiment dire que je meurs dans ces cas-là ? Ah... j'aurais le temps d'y penser après :

    « Sorel ! Tu ne vas pas mourir comme ça ! »

    Je fus surpris d'entendre Haron hurler cette réplique. J'ai ouvert mes yeux qui étaient fermés pour voir la fillette à seulement un ou deux mètres de moi, l'air toujours aussi menaçant :

    « Laisse... moi voir ce regard ! Laisse... moi admirer tes yeux ! »

    Cette voix ! Mon dieu qu'elle est atroce à écouter ! Une voix de démon, c'est la seule façon de la décrire !

    « AAAAAH !! »

    Dans un hurlement assourdissant, Haron se précipita sur la fillette qui avait levé en l'air sa hachette.

    La fillette, visiblement surprise par le courage que venait de prendre Haron, se retourna pour lui faire face mais...

    « Prends ça ! »

    Haron venait de ramasser le tournevis encore légèrement rouge de mon sang pour le lui asséner un coup directement dans le dos.

    Dans le cou aurait été plus efficace mais je suppose que dans le feu de l'action, il a agi sans vraiment réfléchir.

    « GRAAAAAH !!! »

    Les cris déchirant de la fillette emplirent le couloir, des cris de douleur atroces. Ce bâtiment accueillera beaucoup de ce type de hurlement à l'avenir à mon avis...

    « Viens Sorel, on s'enfuit !

    — J'espère que t'es préparé...

    — Q-quoi ?

    La fillette repris de sa voix terrifiante :

    — Vous.... allez regretter d'avoir touché à Eneko !!

    — Voilà pourquoi ! »

    Tout en m'étant relevé difficilement durant le temps qu'avait gagné Haron, je commençais à me diriger vers la fin du couloir où Claria, Céleste et Valya nous attendaient :

    « Partenaire ! Venez avec moi ! Nous devons échapper à cette créature ! »

    Valya, tout en agitant les bras frénétiquement, commençait déjà à courir dans le long couloir sombre sans ma lampe torche.

    D'ailleurs, où est Ophélia ? Elle n'est pas avec nous...

    Mais où est ce qu'elle est partie ?! Pourquoi s'est-elle enfuie seule ?! Elle signe son arrêt de mort sans lumière ni rien !

    Malgré mon dos qui était en feu combiné à ma blessure à l'épaule, j'ai commencé à courir tant bien que mal. Il faut dire que j'étais dans un sale état en ce moment.

    C'est à mon tour d'avoir besoin de repos maintenant... à ce rythme, nous ne commencerons jamais à chercher les indices laissés par l'organisateur.

    Je veux en savoir plus sur ce maudit endroit ! En savoir plus sur qu'est ce que nous faisons ici, pourquoi avons nous été capturés et pas mal d'autres choses...

    Beaucoup trop d'autres choses...

    Tout en allumant la lampe torche, j'ai cherché des yeux les gens proches de moi :

    Il y avait Valya qui était toujours à côté de moi, Haron qui courait un peu en avant et le duo Céleste-Claria qui couraient devant nous. La seule qui manquait était donc bien Ophélia...

    « Où est... *puff* puff* Ophélia ? »

    Nous courions dans le bâtiment en entrant dans une partie que même moi ne connait pas alors, tout pouvait nous arriver.

    J'étais déjà essoufflé mais ma question avait été clairement formulé pour qu'Haron l'entende :

    « Je ne sais pas... elle s'est enfuie en première. Il ne faut pas trop que je force sur ma course sinon... »

    Pas besoin de finir ta phrase, je comprends.

    Je lui ai fait un signe de tête pour lui montrer que j'avais compris. Celui-ci me répondit en baissant les yeux, l'air coupable.

    Nous étions arrivés dans un autre couloir, ou plutôt devrais-je dire une intersection :

    sur les côtés, un autre couloir s'allongeait dans les ténèbres. À l'horizontal donc, comme une croix. Le couloir dans lequel nous étions continuait vers le fond sans pour autant que je puisse en deviner la longueur sans l'éclairer. Il fallait vite prendre une décision sur où nous devions aller :

    « Moins... moins vite s'il vous plait... *puff* *puff* je suis crevé...

    — Je suis désolée de ne pas pouvoir vous porter sur mon dos maître... vous êtes trop lourd.

    Claria, suite à ce que venait de dire Valya, se retourna vers moi :

    « 'Maître' ? Qu-

    — Par ici je vous prie, je pense que c'est le chemin qu'Ophélia à empruntée. »

    Céleste coupa la parole de Claria pour pointer du doigt le fond du couloir que j'éclairais.

    En effet, au bout, nous pouvions apercevoir une porte légèrement entrouverte. Ça ne se serait pas remarqué dans une autre situation mais lorsque toutes les autres portes du couloir sont fermées, cela saute aux yeux.

    Nous avons donc continué dans le couloir que nous empruntions de base sans faire de détour dans l'intersection.

    Nous étions en train de courir tout droit quand un bruit métallique suivi d'un hurlement se fit entendre :

    « Elle à dû enlever le tournevis que je lui ai planté.

    — Que-quoi ?! Tu ne l'as pas gardé ?! »

    Cela se sentait dans ma voix que je n'étais pas aussi 'fort' que d'habitude :

    « Non... je... écoute, au moins, tu es encore là pour t'en plaindre d'accord ? »

    Il avait raison, j'étais légèrement capricieux mais au moins, j'étais en vie et c'était grâce à lui.

    Nous nous étions arrêtés quand nous avions entendu le bruit puis le cri, après avoir dit cela, personne ne voulait visiblement parler donc nous nous sommes dirigés vers la porte où nous pensions trouver Ophélia.

    Plus j'avançais, plus je me sentais mal. J'avais cette douleur au dos qui m'empêchait de bien me mouvoir mais il y avait surtout ma blessure à l'épaule qui semblait s'être aggravé...

    Il fallait que je me soigne, il le fallait à tout prix car la brulûre est insupportable !

    Sans que personne ne fasse quoi que ce soit de particulier, nous étions arrivés devant la porte. Celle-ci était bien entrouverte mais nous ne pouvions pas voir ce qu'il y avait à l'intérieur.

    Un autre hurlement se fit entendre. La fillette était proche, très proche...

    « Bon, on rentre. J'y vais la première. »

    Claria, dans un élan de courage, ouvrit la porte assez rapidement pour ne pas être surprise par quoique ce soit :

    « Mhhh... On dirait que c'est vide... il n'y a pas grand chose ici. C'est une sorte de bureau je pense. Oooooh non ! C'est l'infirmerie ! »

    Ô joie ! Si nous étions dans une histoire, je remercierais le scénario.

    « Une infirmerie ? Pourquoi est-ce qu'il y en a une ici ?

    — C'est vrai qu'on ne sait pas dans quel genre de bâtiment nous nous trouvons mais c'est sûrement un ancien hôpital au vu de l'architecture. Donc, y trouver une infirmerie n'est pas étrange du tout. »

    Claria, tout en ayant parlé, avait levé le doigt en l'air sûre d'elle.

    « Raaah... je m'en fiche. On rentre, j'ai besoin de me soigner ! Mon épaule me fait un mal de chien sans parler de mon dos... »

    Alors que je venais de terminer ma phrase, Claria et Céleste se tournèrent vers moi :

    « Oooooh.... mais c'est vrai que tu perds du sang... Ton gilet se tâche à vue d'oeil ! »

    Il faut dire que j'étais habillé de manière assez classique : un jean noir, un t-shirt de la même couleur avec par dessus le fameux gilet qui avait une petite capuche à l'arrière au cas où il pleuvait (qui était noir aussi). J'aime bien ce gilet car il me sert tous les jours et il est plutôt simple vu que je ne suis pas excentrique du tout. En ce qui concerne les vêtements, je reste dans le neutre absolu.

    Je jetais un coup d'oeil rapide à mon épaule pour m'apercevoir que mon gilet se tâchait de sang.

    Je saignais, plus que tout à l'heure. Mauvaise nouvelle...

    « Rentrons, c'est pas comme si la fillette nous suivait à la tr-

    Comme pour me contredire, des petits pas très rapides se firent entrendre suivi d'une respiration saccadée et assez lourde.

    Elle était là.

    Mon épaule commençait au même moment à sérieusement me brûler, tant et si bien que je fus obligé de m'agenouiller pour supporter la douleur.

    C'est en relevant la tête que je compris que tout le monde était rentré dans 'l'infirmerie' sauf moi à cause de mon agenouillement.

    Je commençais à avoir peur, même Valya était rentrée car je ne la voyais pas autour de moi.

    J'étais seul dans le noir quasi-complet avec une petite fille meurtrière à mes trousses... Belles raisons pour commencer à paniquer je trouve...

    Je sentis mon pouls s'accélérer. Je n'osais même pas me retourner car je pouvais l'entendre très proche de moi.

    J'avais toujours la lumière allumée. La fillette ne pouvait pas me louper, j'étais clairement en grand danger ! Je n'avais vraiment pas envie de mourir après tout les efforts que j'avais fait ! Je ne voulais pas tout recommencer !

    Je veux vivre !

    Je commençais à diriger le faisceau lumineux vers moi pour essayer de l'éteindre mais lorsque je l'avais tourné vers ma droite où se trouve donc la supposée infirmerie, je vis un visage me fixant.

    J'eus un léger sursaut avant de me rendre compte que c'était Claria. Celle-ci avait l'index devant sa bouche, signe que je devais garder le silence.

    Je vis également ses lèvres remuer doucement, plus encore qu'un chuchotement, je parvins tant bien que mal à lire sur ses lèvres la phrase :

    « Ne... bouge... surtout... pas... »

    J'ai suivi son conseil et malgré ma peur plus qu'évidente, je n'ai pas bougé ne serait-ce que le petit muscle.

    Je mit ma main devant ma bouche pour essayer au mieux de couvrir ma respiration. Je ne devais pas faire le moindre mouvement brusque car je pouvais alors faire du bruit, chose qui me serait fatale.

    J'étais là, à fixer du regard Claria qui avait visiblement la trouille au vu de la tête qu'elle faisait. Je pouvais le lire dans son regard, je pouvais le voir que la fillette était juste derrière moi.

    Je ne pouvais m'empêcher de trembler, de douleur mais aussi de peur. Je ne pouvais même pas savoir à quel point elle était proche : de quelques centimètres ? De quelques mètres ? Aucune idée et c'est ça qui me faisait peur.

    Cependant, quelque chose n'allait pas : pourquoi ne fait elle rien ? Elle devrait me voir normalement ! Alors pourquoi attend-elle ?

    Je sentis d'un coup sa respiration s'approcher, de plus en plus... de plus en plus...

    Là, je pouvais le deviner qu'elle se trouvait à moins d'un mètre de moi.

    Tout voulait me faire bouger et c'était une torture de me forcer à rester en place complètement immobile : mon épaule me faisait très mal ce qui me faisait trembler, la peur accentuait ce tremblement et j'avais l'impression que ma respiration se faisait beaucoup trop forte. Je faisais de mon mieux pour respirer le moins souvent possible et surtout de faire en sorte qu'elle ne soit pas bruyante.

    Combien de temps ce petit jeu a duré ? Aucune idée. Je suis resté combien de temps agenouillé, la main droite sur ma bouche, la gauche tenant la lampe qui était dirigée vers Claria avec mon regard posé sur elle.

    Non pas que j'avais envie de la regarder mais j'avais l'impression que ne serait-ce que touner la tête ferait trop de bruit...

    Je pouvais sentir les battements de mon coeur très distinctement. Le silence complet avec pour seul ambiance les pulsations réguliers de ce qui me gardait en vie.

    Si je ne m'étais pas agenouillé, je n'aurais jamais eu à vivre cette situation ! Pourquoi suis-je aussi faible ?!

    Et pourquoi la situation dure autant ?! Une... deux... minutes passèrent et elles me semblaient durer une éternité.

    Claria avait les yeux qui changeaient de place passant de moi à quelque chose derrière. Elle prenait toujours cet air effrayée quand elle regardait derrière moi. Et ça ne me rassurait pas.

    *cliquetis cliquetis*

    Ce bruit nous fit sursauter Claria et moi. Ce qui m'avait effrayé, c'était le fait que je les avais senti passer au-dessus de ma tête. J'avais limite l'impression que la paire de ciseaux venait de me couper deux-trois épis...

    « Où... êtes vous... ? Je veux vous voir... »

    Ce n'était plus la voix horrible de démon que nous venions d'entendre mais une voix de petite fille. Je ne comprends rien de ce qu'elle raconte : je suis juste devant toi ! Tu ne peux que me voir alors arrête de m'ignorer ou de me faire attendre !

    *cliquetis cliquetis*

    « Eneko va revenir... »

    La fillette parlait d'un ton triste, elle semblait être sur le point de s'effondrer en larmes.

    C'est ce que je pourrais croire mais je sentis d'un seul coup les petits pas qui recommencèrent... en s'éloignant !

    Claria me fit signe au bout de plusieurs secondes de rentrer, chose que je fis immédiatement.

    Une fois à l'intérieur, Claria ferma doucement la porte.

    Enfin ! C'est terminé !

    Je ne pus m'empêcher de pousser un soupir de soulagement. Je venais de connaître une situation où je ne pouvais même pas voir la menace... mon coeur bat toujours la chamade mais il devrait se calmer dans un petit moment...

    « Pour te faire encore plus peur Sorel, elle était à seulement deux pas derrière toi... avec un grand sourire. »

    Je pus voir Valya sursauter. Elle n'avait sûrement pas vu non plus... et je dois dire que ça me fit quelques frissons supplémentaires pas vraiment agréables :

    « Puis, son sourire s'est arrêté d'un seul coup, juste après qu'elle ait fait ce bruit avec ses ciseaux... elle avait l'air... triste. »

    Je le savais. J'avais pus le sentir au ton de sa voix.

    Soupir de la part de Claria :

    « Mais c'est fini, on est en sécurité je pense. Regarde la salle avec ta lampe au cas où il y aurait d'autres surprises comme le pendu. »

    Malgré ma douleur qui s'aggravait, je fis une petite inspection de la salle avec ma lampe en faisant un balayage :

    Effectivement, on dirait bien une infirmerie : la pièce n'était pas grande mais pas vraiment petite non plus. Elle était plus grande que la chambre du pendu en tout cas.

    Sur la droite, trois lits allignés qui servaient sûrement à accueillir les anciens malades.

    Je précise ancien car tout était pourri : comme si le lieu avait été abandonné durant une dizaine d'années.

    La pièce était faite en carrelage blanc, les murs comme le sol. La crasse et la moisissure composaient la majeure partie de l'endroit. Les trois lits avaient leurs matelas déchirés rendant impossible leurs utilisations. Il y avait des étagères au-dessus des lits qui semblaient être remplis, une bonne chose je pense.

    À côté des lits se trouvaient ce qui semblaient être des rideaux. Difficile à dire maintenant vu qu'il n'y a que la moitié qui en reste. Des déchirures ça et là lui donnaient vraiment cet aspect "film d'horreur".

    Cet endroit est la définition même du 'glauque', manquerait plus que du sang et ça serait parfait...

    Au moment où mon faisceau atteignit les lits, des pleurs se firent entendre.

    Ça nous à tous glacé le sang. Plus personne n'osait bouger. Mon faisceau restait sur les lits, je n'arrivais pas à comprendre la provenance de ces pleurs mais une chose de sûr, ils appartenaient à Ophélia.

    Elle était dans la pièce.

    « O-Ophélia... ? T'es là ? »

    J'ai tenté de manière assez maladroite de l'appeler. Maladroite car ma voix tremblait légèrement.

    Seuls ses pleurs me répondirent.

    « Attendez... je crois savoir où elle est... »

    Céleste, de manière assez surprenante, se dirigea vers les lits. Elle n'avait même pas l'air d'avoir peur !

    Elle s'approcha d'un des matelas, retira une des couvertures déchirées qui s'y trouvaient pour y trouver une Ophélia en boule.

    Elle était recroquevillée sur elle-même.

    Celle-ci faisait vraiment peine à voir, je me mis à sentir une espèce d'empathie pour elle.

    « Mademoiselle Sokovy ! Pourquoi vous êtes toute tristounette ? Est-ce que c'est la méchante fille qui vous met dans cet état ? Il ne faut pas... »

    Valya, qui s'était approchée de Céleste et qui s'était agenouillée avec elle, essayait de la réconforter.

    Ophélia ne répondit pas. Elle ne faisait que sangloter doucement.

    « Pourquoi je ressens autant de compassion en la voyant ainsi ? Ce n'est pas mon genre... » me disais-je intérieurement.

    Céleste tendit sa main vers Ophélia :

    « Allons, allons. Tout ira bien Ophélia. Nous sommes ensemble et en sécurité pour le moment. C'est tout ce qui compte, c'est tout ce qui importe. Tout ira bien tant que nous serons ensemble. »

    Céleste parlait d'une voix étonnamment tendre. Ça me fait bizarre de le dire comme ça mais il n'y a pas d'autres mots. On aurait dit qu'elle parlait à sa fille.

    En y repensant, Céleste et Ophélia étaient celles qui s'étaient disputées la "dernière fois". C'est perturbant de voir Céleste agir ainsi surtout quand on se souvient du discours qu'elle avait tenu...

    « Et tout ira mieux quand je n'aurais plus cette maudite blessure. »

    Les regards se tournèrent vers moi :

    « Oh non ! Beaucoup trop de problèmes à la fois ! Mon maître est blessé et Ophélia est toute triste... Ça, c'est une mission pour Valya ! »

    D'un ton enjoué tout en gardant une voix assez basse, Valya se dirigea vers moi :

    « C'est à cause du tournevis, c'est ça ?

    — Bien sûr. Quoi d'autre ?

    — Hmmm, vu que c'est une infirmerie, on peut sûrement trouver des pansements pour guérir ce bobo. »

    Non Valya, ce n'est pas aussi simple... Ne vas pas dire que tu irais faire un bisou magique non plus, tu te retrouverais la bouche ensanglantée et puis...

    Ça serait très malsain.

    « Il faut d'abord trouver du désinfectant, ensuite, on peut mettre un bandage. »

    Claria s'approcha de moi, l'air confiant pour me chuchoter à l'oreille :

    « Faudra que tu nous expliques pourquoi elle t'appelle 'maître'. C'est un peu étrange comme façon de se nommer entre amis... »

    Je lançai un regard noir vers Claria qui ne put s'empêcher de sourire :

    « Alors en retour, tu m'expliqueras pourquoi tu me boudait à ce point tout à l'heure ? »

    Donnant-donnant. Je n'aime pas quand les gens me détestent sans aucune raison valable donc je voulais au moins comprendre pourquoi elle avait fait ça :

    « Peut être un jour... »

    Sa réponse vague ne me satisfaisait pas. Sois directe et dis-moi "non" par exemple ! Au lieu de me laisser dans le flou !

    Et puis pourquoi je me sens autant concerné ?! C'est sa vie et si elle n'a pas envie d'en parler, c'est normal après tout ! Mais vu qu'elle connaissait mon "passé" que moi même ignorait, il fallait au moins que je connaisse celui des joueurs et donc le sien.

    « Levez vous Ophélia, il n'y a rien à craindre. Rien ne vous fera de mal ici alors vous pouvez sortir de là. »

    Ophélia ne répondait toujours pas. Seuls quelques sanglots occasionnels prouvaient qu'elle n'était pas endormie par exemple.

    Céleste ne bougeait pas. Elle était toujours agenouillée vers Ophélia ou plutôt vers le lit.

    « Je vais essayer de me rendre utile. Faut qu'on te trouve des bandages dans tout ça... »

    Haron, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis que nous étions en train de courir dans les couloirs, voulait se rendre utile.

    Il doit sûrement penser qu'il doit réparer ses erreurs car après tout, c'est à cause de lui si j'ai l'épaule en feu comme ça.

    « Il faut donc un désinfectant pour éviter une infection et un bandage ou un linge propre pour laisser agir. Vu que ça a l'air d'être assez profond, il faut absolument les deux... »

    Heureusement que Claria s'y connaît un peu car je ne saurais pas quoi faire de moi-même en tout cas.

    « Il faut faire ça en moins de vingt minutes aussi. On ne peut malheureusement pas rester ici éternellement... »

    Je n'avais pas envie d'avoir l'air de vouloir presser tout le monde car ça aurait l'effet inverse, ils n'aimeraient pas aider quelqu'un qui soit désagréable. Mais je disais la vérité, il fallait se dépêcher car notre temps de répit ne sera pas très long.

    Céleste, dans son coin, continuait de dialoguer avec Ophélia. Celle-ci ne lui répondait même pas mais Céleste ne la laissait pas seule. Elle avait l'air d'y tenir.

    Céleste semble être une fille patiente, une qualité rare.

    « Par contre Sorel, je ne dis pas ça pour te rendre mal à l'aise ou quoi mais il va falloir que tu enlève ton haut. Pour te soigner, va falloir que l'on admire la vue de ton corps. »

    Claria redevient comme avant. À faire ses blagues inutiles mais qui détendent toujours l'atmosphère malgré le fait qu'il n'y soit pas propice :

    « Si tu penses que je vais réagir en étant gêné, tu te trompes. Je m'en fiche tant que ce n'est que le haut...

    — Ah... eh bien à ce propos...

    — Quoi ?! Ne me dis pas que je dois complètement me déshabiller quand même ?!

    — Il faut bien. »

    Elle plaisante j'espère ?! Je ne vais pas retirer mes vêtements ! Jamais de la vie !

    « C'est hors de question !

    — Hahaha ! Bien-sûr que non ! Je voulais juste voir ton visage gêné que je n'ai pas eu avec ma première demande. »

    Soupir de ma part.

    « D'ailleurs, pourquoi la fillette ne t'as pas... tu sais... tué ? »

    Pendant qu'Haron regardait un peu la pièce, il me posa cette question qui je l'avoue était intrigante :

    « C'est vrai ça... elle était juste derrière moi d'après Claria et je pouvais même entendre sa respiration. Pourquoi elle n'a rien fait... ? »

    J'étais assis par terre pour ma part, Claria était à côté de moi et Valya restait debout sans rien faire. Elle ne sait sûrement pas quoi je pense...

    Celle-ci prit d'ailleurs la parole :

    « Peut-être qu'elle n'avait pas envie ? Pourquoi tuer mon maître après tout ? Il est gentil ! »

    Claria eut un léger sourire :

    « Si tu le dis... mais, vous n'avez vraiment rien remarqué ? »

    Cette fois, toutes les têtes se tournèrent vers Claria y compris celle de Céleste qui lui répondit :

    « Vous l'avez vu vous aussi ? Je pense que c'est pour 'ça' qu'elle n'a rien fait.

    — Pourquoi ? Arrêtez les devinettes et dites nous ce que vous pensez non ? »

    Céleste se leva, essuya sa jupe puis continua :

    « En fait, il ne faut pas chercher trop loin. C'est relativement simple.

    — N'est-ce pas ? Ça c'est ma loli ! Elle a déjà compris !

    — Ahem... bien que je n'en sois pas certaine.

    — Mais c'est le plus probable. Et est-ce qu'on pense à la même chose en fait ? Je suis sûre que oui !

    — Soit. Je vous laisse exprimer le fond de votre pensée la première.

    — Héhéhé ! Merci Princesse Céleste ! »

    À l'entente de ces mots, Céleste détourna le regard sur le côté, l'air sûrement gêné.

    Mais je la vis esquisser un demi-sourire, chose qui prouve qu'elle a tout de même bien aimé le compliment.

    « Très simple : je vais la poser sous forme de quiz ! »

    Du Claria tout craché :

    « Question : Pourquoi Sorel n'a pas été tué par la fillette qui l'avait pourtant sous les yeux ? »

    j'eu soudainement l'illumination, je venais moi aussi de comprendre ce qu'elle pensait :

    « Ne me dis pas que c'est simplement... parce qu'elle est aveugle ? »

    Claria me regarda droit dans les yeux, l'air ravie, puis fit avec un grand sourire :

    « Correct ! »
  • 11 - Mon moment de répit et celui des autres.

    « Alors... si j'ai bien compris : monsieur Ilsoya n'est jamais rentré de son travail et lorsque mademoiselle Nyakoa a tenté d'aller le retrouver, elle n'est jamais revenue non plus... c'est là votre témoignage ? »

    Un agent de police en uniforme se tenait en compagnie de beaucoup de ses collègues devant l'orphelinat. Des voitures s'étendaient à perte de vue, il était déjà presque vingt-trois heures et la rue était aussi bondée qu'en pleine journée. Les sirènes, la foule, le bruit était omniprésent :

    « snif c'est... ça... retrouvez mes enfants, je vous en supplie ! La petite venait snif d'arriver... la pauvre...

    — Monsieur ! C'est plus qu'important ! C'est ma petite soeur ! Elle ne sait pas se débrouiller sans moi ! Je dois absolument la retrouver !

    — Du calme mademoiselle ! Ce n'est pas en hurlant que les choses s'arrangeront. Nous avons déjà la signalisation de la disparition du fils Mélono. Ainsi que celle d'une certaine 'Claria Ymise'. Et nous voilà avec deux autres d'un seul coup ! Comprenez que c'est difficile à gérer alors vous êtes malheureusement dans l'obligation de patienter. »

    Mayolia, les larmes aux yeux, ne pouvait visiblement pas attendre. La pluie frappait ses joues déjà humides.

    L'averse en rajoutait au vacarme déjà présent :

    « Nous allons recueillir le témoignage du personnel du restaurant. Quatre disparitions en une nuit, ce n'est vraiment pas commun et en particulier quand celle-ci comprend celle du fils d'un des hommes les plus riches du pays. D'ailleurs, nous devrons attendre pour voir s'il y aura une ranç- attendez, je viens de recevoir un message.

    Le policier sortit son téléphone, puis après l'avoir fixé durant quelques secondes, prit un air très grave :

    « Alors ça ! J'y crois pas ! D'autres disparitions ! Comme si il n'y en avait pas déjà assez !! »

    Mayolia recula d'un pas, les yeux remplis d'effroi :

    « Q-quoi ? D'autres gens ont disparu ? Je... je veux voir ma petite soeur ! Elle n'a jamais rien fait de mal ! Elle est... tout pour moi !

    — Yo. Je vois que j'suis pas le seul à avoir perdu une petite soeur... »

    Un garçon se tenait derrière le policier, celui-ci fit se tourner toutes les têtes vers sa direction. Il avait sur lui des écouteurs branchés au téléphone qui dépassait légèrement de sa poche. Il avait mis sa capuche mais son visage était perceptible : des cheveux blonds mi-longs et un regard perçant. Ces yeux orange vifs semblaient scruter le moindre petit détail de la scène.

    Mayolia le dévisagea :

    « Qu-qui êtes vous ? »

    Le garçon, se mit face aux personnes présentes car il avait pour l'instant quelques pas de distances par rapport aux autres, retira l'écouteur de son oreille gauche puis tendit sa main :

    « J'mappelle Aris. Aris Ymise. J'suis le grand frère de la disparue.

    — Ah... je suis désolée, je croyais que c'était une mauvaise blague... »

    Aris fronça les sourcils :

    « Tsss... tu penses vraiment que j'irais faire des blagues dans un contexte pareil... ? »

    Aris baissa les yeux, le regard dans le vent :

    « Il n'y aurais que toi pour détendre l'atmosphère même dans un contexte pareil, tu es vraiment forte à ce jeu là...

    — Excusez moi ? Vous parlez de votre soeur ?

    — Monsieur Ymise... que faites vous ici ? Vous devriez rester avec les agents... Surtout qu'on vient de m'annoncer plusieurs autres disparitions. Ne vous en faites pas, nous retrouverons votre mère...

    Aris baissa les yeux ce qui fait qu'on ne pouvait plus voir son visage :

    — Je le sais... Mais en l'espace d'une soirée, j'ai perdu ma petite soeur et ma mère. J'espère qu'elles vont bien. En fait, je suis venu me présenter aux membres de l'orphelinat pour que l'on se soutienne.

    Mayolia baissa les yeux à son tour :

    « C'est... gentil de votre part... et ahem je suis désolée pour votre mère et votre soeur... »

    Aris s'approche de Mayolia, lui posa sa main sur l'épaule puis lui adressa ces quelques mots :

    « Croyez moi. Je ferais n'importe quoi pour les retrouver...

    — Elles sont importantes à vos yeux...

    — Oui. Mais si je met de côté ma mère qui risque quand même d'avoir pas mal de problèmes, j'ai surtout peur pour Claria. Elle est imprévisible, même moi, j'ai encore du mal à la comprendre...

    Mayolia eut l'air visiblement surprise :

    « Que voulez vous dire ? »

    Aris fronça encore plus les sourcils, puis, après quelques secondes répondit :

    « Je suppose qu'elles sont avec les autres disparus... je n'en sais rien mais vu que les disparitions ont eu lieu en même temps, c'est plus que probable. »

    Le policier fit un signe de tête :

    « Effectivement, c'est quelque chose que nous envisageons. Pourquoi dites-vous cela ? Votre soeur a t-elle un problème particulier ? Je sais pour votre mère mais... »

    Aris ria nerveusement :

    « Hahaha... »

    Le garçon releva la tête vers le policier puis le regarda droit dans les yeux :

    « J'ai juste peur que son masque tombe. »


    Alors nous avions la même chose en tête : si la fillette m'a cherché et si surtout, elle ne m'a pas tué alors que j'étais devant elle bien visible, c'est qu'elle est aveugle.

    « Aveugle hein... ? Nous affrontons une petite fille aveugle et possédant une force hors du commun... »

    J'eus un léger sourire :

    « On dirait que ce n'est pas réel. »

    Valya avait l'air effrayée mais en même temps, attristée :

    « La... pauvre. J'ai peur que mon maître soit blessé. En fait, j'ai même peur que n'importe lequel d'entre vous le soit ! Il faut que l'on fasse attention tous ensemble ! »

    Celle-ci jeta un regard vers Céleste qui était toujours accroupie :

    « J'aimerais savoir pourquoi elle est aussi triste... cette fille n'a vraiment pas l'air d'être dans son assiette. »

    Tu sais Valya, beaucoup de gens ne sont pas comme toi.

    Je poussai un soupir :

    « Ne t'en fais pas Valya, comme tu le sais si bien, j'assurerais mon statut de maître ! Surtout que là, c'est comment je suis appelé par le monsieur qui organise le jeu. Alors, attends Céleste, j'arr- argh ! »

    Tout en ayant tenté de me lever, je me suis vite rendu compte que ma blessure ne me le permettrait pas.

    Claria eut l'air visiblement surprise que j'essaie de me lever :

    « Héhé, je sais bien que t'es content d'avoir bien répondu mais ce n'est pas une raison pour t'emballer 'maître'.

    — Eh ! Ne m'appelle pas comme ça. Il n'y a que Valya qui a le droit... vu que c'est elle qui a inventé ce surnom de toute façon. »

    Valya fit "non" de la tête :

    « Mauvaise réponse ! Ce n'est pas inventé, c'est la vérité. Pas bien, méchant Sorel ! Pourquoi renier cette identité ? »

    Claria me regardait comme si j'étais un extraterrestre, l'air suspicieuse :

    « Euh... en fait, c'est quoi votre... relation à tous les deux ?

    — Pourquoi tu veux savoir ? »

    Pourquoi je rougis ?

    « Hahaha ! Je suis sa partenaire ! Jouant à travers les terres de Forest Adventures, contemplant les paysages fantastiques de ce monde parfait ! Voilà notre quotidien !

    — Forest Adventures ? Connait pas.

    — Un MMORPG qui se concentre sur d'immenses espaces forestiers aux allures de fantastiques. Un jeu si tu préfères...

    — Ne t'en fais pas. Je sais ce qu'est un MMO. Un jeu de rôle en ligne massivement multijoueur. C'est la traduction exacte.

    — Je vois. Tu sais donc ce que c'est. »

    Claria sembla réfléchir puis repris :

    « Vous vous êtes rencontrés sur le jeu ?

    — Yup ! C'est là que j'ai trouvé mon maître ! »

    Pourquoi Claria pose des questions sur ma relation avec Valya ? En quoi ça la concerne ?!

    « Et... vous vous êtes rencontrés comment ?

    — Ah... et bien en fait-

    — Sorel ! Je crois que ça pourrait faire l'affaire. »

    Interrompant Valya (et d'ailleurs, je l'en remercie), Haron s'approcha de nous avec une bande et un rouleau de gaze dans la main :

    « Génial. T'as eu ça où ?

    — Dans l'étagère juste au dessus des lits. Elles étaient dans une boite plastique qui avaient l'air récente.

    — C'est à dire ? Je me renseigne car j'aimerais éviter de me soigner avec quelque chose qui pourrait avoir l'effet totalement inverse.

    — Je comprends. Je veux dire, la boîte par rapport à l'étagère à l'air neuve. C'est comme si quelqu'un avait posé une boîte avec de quoi se soigner dedans.

    — Comme une trousse de secours ?

    — Voilà. Exactement. »

    Faut croire que l'organisateur est 'gentil' d'au moins y avoir pensé...

    « Et du désinfectant ? Il y en a ? »

    Haron eut l'air un peu gêné :

    « Je... ne sais pas trop. Tu peux venir voir ?

    — J'arrive. Bouge pas Sorel.

    — Oh mais je ne prévoyais pas de faire une telle chose. »

    Claria fit un léger sourire pour ensuite se lever en direction des lits et d'Haron.

    Je jetais un coup d'oeil en direction de Céleste. Ophélia était sortit de sa 'cachette' et était assise par terre avec Céleste agenouillée à côté d'elle.

    Celle-ci ne lui parlait pas. Il n'y avait que le silence de leur côté. Ophélia avait le visage baissée, je pouvais apercevoir quelques larmes qui coulaient toujours.

    Elle sanglote encore je pense.

    « Ça me fait mal au coeur de voir ça.

    — J'aimerais pouvoir venir aider Céleste mais mon épaule est pour l'instant la seule chose qui me préoccupe. Dès que je suis soigné, j'irais parler à Ophélia avec toi. D'accord ? »

    Valya hocha la tête joyeusement :

    « Merci Sorel. T'es vraiment gentil. »

    Je fais ça pour te faire plaisir Valya, ne vas pas chercher plus loin.

    « Tu sais Sorel, quand tu parle avec elle et qu'elle t'appele 'maître', on dirait vraiment un couple aux surnoms très... originaux ? »

    Cette fois, c'était Haron qui parlait :

    « Toi aussi ? Je le pense également ! Vous allez bien ensemble, c'est un peu ton opposé donc vous vous compléter. »

    Regardez moi ce grand sourire de fille satisfaite de ses paroles. Je vais te le retirer moi, ce sourire :

    « Bon, je préfère vous le dire : je ne suis pas en couple avec Valya ! Elle ne sait même pas ce que ça veut dire ! Et de toute manière, je ne suis pas tombé amoureux d'elle. Arrêtez de parler de moi maintenant. Valya est ma meilleure amie. Point barre. »

    Objectif échoué, Claria souriait encore plus :

    « Quel mignon tsundere ! »

    La ferme.

    « Bref, j'ai trouvé de l'alcool à 70° comme désinfectant. Déshabille toi Sorel.

    — Quoi ?! Qu'est ce que tu racontes ? »

    Claria me regardait avec des yeux de chiots :

    « Mais je t'ai prévenu tout à l'heure... enlève juste le haut bien-sûr. Je vois pas comment te soigner sinon...

    — Ouais... c'est juste la manière dont tu l'a dit. C'était bizarre. »

    Lorsque je venais de terminer ma phrase, Céleste et Ophélia s'approchèrent :

    « Claria, pensez vous que vous pouvez vous occupez d'Haron aussi ? Il a l'air également mal en point...

    — Yep ! Un après l'autre. J'espère que nous n'aurons pas à toujours utiliser ça... »

    J'ai donc, contre mon gré, dû enlever mon gilet et mon t-shirt.

    Et passé le fait que je me sente mal à l'aise de me montrer comme ça, j'ai vite retiré cette idée de ma tête quand j'ai vu la blessure qui avait l'air de s'être empiré avec le choc que j'avais reçu. Mon dos me faisait toujours mal mais je pense que c'est juste une question de temps avant que la douleur ne disparaisse.

    Je pouvais voir la tête de chacune des personnes présentes faire une expression dégoûtée à la vue de mon épaule. Et je comprends pourquoi : il y avait un petit trou duquel s'échappait un mince filet de sang, cependant, la majorité du sang était sur mon t-shirt et même sur mon gilet. La plaie n'était pas jolie à voir mais elle n'allait pas non plus fortement choquer.

    Du moins, c'est ce que je pensais car la première à réagir fut la plus évidente :

    « Quelle vilaine blessure... Heureusement que Claria est là pas vrai ? Je ne pense pas que tu puisse te régénérer. »

    Je ne pense pas non plus.

    « Et dire que c'est à cause de moi... j'ai... vraiment pas assuré sur ce coup... »

    Je ne te le fais pas dire.

    « Je ne suis pas un spectacle. Arrêtez de tous me regarder comme ça, c'est gênant... »

    Je me sentais légèrement rougir mais j'essayais tout de même de me contrôler. Il faut toujours rester impassible.

    « Désolée Sorel mais je n'ai pas le choix, hop ! »

    Claria pris la bouteille puis en renversa quelques gouttes sur la compresse.

    « Bon. C'est là que ça va être moins drôle. Essaie juste de ne pas trop bouger.

    — Ça va piquer ? »

    Claria me répondit tout d'abord de son sourire habituel :

    « Haha ! Ne me dis pas que tu as peur ! Mais pour te répondre... »

    Celle-ci prit un ton très grave d'un seul coup, ses yeux perçants et assez effrayants revenaient :

    « ...oui, tu vas avoir mal. »

    Sans attendre la réaction de qui que ce soit, Claria appliqua la compresse directement sur la blessure.

    La douleur ne se fit pas attendre : une intense sensation de brûlure commença à me parcourir l'épaule. Celle-ci me fit serrer les dents.

    Mais vu ce que j'avais déjà ressenti, cette douleur là était vraiment faible par rapport à la 'dernière fois'.

    Claria prit une expression inquiète quand elle vit que je fermais les yeux de douleur sans pour autant lâcher ne serait-ce que le moindre cri.

    « Ça va ? Tu tiens le coup ?

    — Ou-ouais... effectivement, ça pique...

    — Je sais. »

    Tout en gardant la compresse appuyé sur mon épaule, Claria prit la bande de gaze que lui tendait Haron puis commença à l'enrouler autour de la blessure.

    Elle faisait ça très soigneusement. Je le remarque car elle n'a pas l'air d'être une fille qui fait attention à ce qu'elle fait, je pense plutôt que c'est une fille impulsive mais qui essaie de donner le sourire aux autres.

    « Tu vas aussi doucement parce que t'as peur que j'ai mal ? » demandai-je

    — Hein ? Ah non. C'est ma mère qui m'a toujours dit d'aller doucement quand on met des bandages. Il faut être très soigneuse donc je m'applique.

    — Ta mère... c'est elle qui est infirmière, c'est ça ? »

    Claria ne me répondit pas tout de suite, elle prit le temps d'enrouler le bandage jusqu'au bout avant de parler :

    « Ouais. Enfin... 'était'. »

    Oh.

    « Elle a été... virée ? »

    Je tente l'hypothèse la plus 'optimiste' parce que sinon...

    « On peut dire ça. »

    Voilà une Claria étonnamment froide dans ses propos.

    Tout en remettant ses cheveux en arrière, elle repris avec un sourire :

    « Enfin bref, nous ne sommes pas là pour parler de moi. Tu es soigné, je vais m'occuper d'Haron.

    — Ah euh... oui. J'en ai bien besoin. »

    Claria se tourna vers Haron mais resta sur place, celle-ci semblait fixer dans le vide.

    Lorsque tout à coup, deux échos de gifles retentirent dans la pièce.

    Elle venait de se mettre deux gifles avec ses deux mains en même temps !

    « Ok, on y va ! »

    Comme si rien ne s'était passé, Claria prit la direction d'Haron pour commencer les soins.

    Je ne rêve pas tout de même, pourquoi est-ce qu'elle a fait ça comme ça en plein milieu d'une action ?

    Céleste, Ophélia et moi avons suivi Claria du regard, l'air incrédule (je ne peux pas vraiment dire pour Céleste mais j'en suis sûr).

    Le désinfectant faisait déjà effet et ça se sentait : mon épaule brûlait ! Je ne vais pas m'en plaindre mais c'est quelque chose que j'aimerais souligner car ça se sent tout de même très bien. Mais bon, au moins, ça signifie que je suis en train de guérir... enfin, je crois ?

    Je l'espère.

    « Ophélia, pourquoi tu pleurais tout à l'heure ? »

    Ma question fit sursauter Ophélia, elle ne s'attendait peut-être pas à ce que je lui parle ou plutôt que je lui pose une question pareille mais cela m'intriguait : s'en voulait-elle de s'être enfuie ? Ou est-ce autre chose ?

    Celle-ci releva un peu ses lunettes avant de me répondre, l'air agacé :

    « En... en quoi ça te concerne ? Est-ce que tu me demandes ça juste pour discuter le temps que Claria fasse ce qu'elle a à faire ? Est-ce si peu important que ça pour toi ?

    — Si tu ne veux pas en parler, je ne t'oblige pas. Je voulais juste savoir pourquoi une fille pleurait, c'est tout. Ça rend triste Valya tu sais... »

    Valya, à l'entente de son prénom, rougit à vue d'oeil :

    « Héhéhé... oui, je m'inquiète pour toi. Je sais que cela fait seulement quelques instants que nous nous connaissons mais j'espère que je pourrais devenir ton amie ! Valya aime être entourée de bonnes personnes ! »

    Valya est d'ailleurs assez forte pour remonter le moral. Je le sais vu que je l'ai déjà expérimenté pas mal de fois. Quand j'allais mal, elle était là pour me consoler.

    « M-merci Valya... mais penses tu vraiment que je suis une bonne personne ?

    — Pourquoi n'en serais-tu pas une ? Tu n'as rien fait de mal pour l'instant, tu es jolie comme tout et tu as l'air d'être sensible. Moi pour l'instant, je t'aime bien. »

    Quelle assurance. Tu arrives à légèrement la faire rougir, comme moi tout à l'heure. Vu comment elle était "avant", c'est quelque chose que je ne pensais pas voir d'elle :

    « Moi... "jolie" ? Pourquoi ça ? Tu as vu les cernes que j'ai ? Tu penses vraiment que c'est "joli" ?

    — Hihi, Sorel aussi en a et pourtant, je le trouve mignon. »

    Je n'ai pas vraiment réagi, j'ai l'habitude de Valya qui me fait ce genre de compliment mais Céleste fut celle qui réagit en levant très légèrement la tête :

    « Qu'est ce qu'il y a ? Tu le trouves mignon aussi mon maître ? »

    J'ai rougi là par contre.

    Céleste bafouilla :

    « Ce-ce-ce n'est pas ce que j'allais dire... »

    Elle aggripa le bas de sa jupe puis continua de parler :

    « En fait, si ce n'est être trop curieuse dans quel cas je m'excuserais d'avoir posé la question : pourquoi avez-vous tous les deux autant de cernes ? Ce n'est pas vraiment commun d'en avoir autant...

    — Hahaha ! C'est juste que je passe mes nuits à jouer avec Valya. C'est un simple manque de sommeil. Ce n'est pas une question dont tu devrais t'excuser, c'est normal de vouloir savoir pourquoi vu à quel point c'est marqué sur nos visages... »

    Ophélia avait serré les poings tout en baissant la tête puis chuchota presque sur un ton mélancolique :

    « C'est a peu près la même chose à un détail près... je ne faisais que passer des nuits horribles.

    — Je me répète mais si tu ne veux pas en parler, ne le fais pas. Nous comprenons. »

    Je n'ai pas utilisé la première personne du pluriel pour rien, de cette façon, les autres ne peuvent qu'être d'accord avec moi.

    « Valya comprends très bien. Si jamais tu dois parler, je serais là. Une amie de mon maître est mon amie.

    — Je comprends également, pardonnez moi d'avoir voulu être trop indiscrète. »

    Ophélia nous regardait les yeux presque reconnaissant :

    « Merci...

    — Et puis franchement, t'as des yeux magnifiques. »

    Attends mais qu'est ce qu'il me prends là ?! Pourquoi j'en viens à dire quelque chose d'aussi gênant ?! C'est vrai que ses yeux bleus sont très beau mais de là à le dire à l'oral...

    La réaction ne fut pas celle que j'imaginais d'ailleurs :

    « Je... tout le monde me disait ça avant. Même ma famille. J'ai d'autres atouts physiques non ?

    — Tu rivalises en taille de bonnet avec Claria. »

    D'accord donc la personnalité perverse à l'intérieur de moi, tu sors tout de suite s'il te plaît ! Pourquoi ai-je dis ça ?!

    « J'ai entendu, Sorel. »

    Et pourquoi elle arrive maintenant elle ?!

    « I-idiot ! Je parlais de mon visage ! Pourquoi parles tu de mon corps et plus particulièrement de ma poitrine ?! Décidémment, les garçons pensent tous à la même chose... ! »

    Je vis Haron lever discrètement le pouce en l'air tout en hochant la tête.

    Pour quelqu'un que j'ai tabassé il y a de cela presque une heure, il arrive tout de même à me soutenir.

    « Dis Haron, tu veux finir comme tout à l'heure ? »

    Ah, Claria l'a vu. Oups.

    Vu le regard qu'elle vient de lui lancer, tu ferais mieux de t'excuser...

    « Alors, Sorel aime donc les filles à grosses poitrines... Je vois, je vois... »

    Au tour de Céleste d'en rajouter, j'ai juste fait un compliment, très déplacé je le conçois, et me voilà fiché comme un pervers...

    C'est de ma faute aussi. Je n'ai pas à faire ce genre de remarques. C'est de l'irrespect :

    « Ce n'est pas grave Céleste, ne te sens pas irritée. Tu es mignonne et c'est un atout en soi. »

    — Qu'est ce que c'est censé vouloir dire... Valya ? » demandai-je.

    Valya haussa les épaules, puis marmonna l'air mesquine :

    « Qui sait... »

    Claria me fixait l'air suspicieuse :

    « Comment en êtes vous venus à parler de ma poitrine ? »

    Quelle question très direct...

    « Ce n'est pas de ta poitrine en particulier qu'on parlait mais du fait qu'Ophélia ait de jolis yeux. C'est ce que j'avais dit mais... disons que j'ai fait une remarque déplacé.

    — Je le sais. Je te l'ai déjà dit que je t'ai entendue. Alors comme ça, tu trouves ma poitrine attirante ?

    Claria avait dans ses yeux la même lueur que Valya affichait il y a de cela quelques secondes. Cet air taquin.

    — Bon, est ce que nous pouvons cesser de parler de poitrine ?! »

    Presque en criant, Céleste nous remit les idées en place.

    Nous nous sommes un peu perdus. Moi qui voulais en savoir un peu plus sur Ophélia en lui parlant sérieusement, j'ai finis par tout gâcher en tournant la discussion au ridicule, quel gâchis !

    « Je prends ça comme un 'oui' Sorel. » fit Claria tout en me faisant un clin d'oeil.

    Soupir de ma part.

    « Bon, nous allons devoir sortir de là de toute façon, ça fait déjà dix-huit minutes que nous sommes là...

    — Bigre ! Que le temps passe vite dis donc ! »

    C'est bon Claria, tu peux arrêter l'ambiance amusante, c'est un dur retour à la réalité.

    Tout en remettant mes vêtements, je me suis levé l'air fatigué. Il était déjà plus de vingt trois heures trente, la nuit allait encore être longue...

    « Combien de temps ça va durer son jeu ? Imaginons que l'on réussisse à survivre cette nuit, nous passerons la journée ici ? À chercher des infos sur un jeu dont nous ne voulions même pas participer à la base ? Toutes les nuits seront-elles comme ça ? »

    La question d'Ophélia me fit réfléchir : même si nous réussissons à survivre, dans quel but auront nous faits cela ? Il n'y a même pas d'objectif à son jeu ! Est-ce que justement "survivre" peut-être considéré comme un objectif ? C'est beaucoup trop vague...

    Et puis, en quoi est-ce intéressant pour un quelconque spectateur de regarder des gens lutter pour leur vie sans aucune échappatoire ? Il faut vraiment être quelqu'un de dérangé pour apprécier...

    Nous pouvons chercher les informations tout de suite mais visiblement, nous préferions faire attention à ce que la petite ne nous attrape pas.

    Cet endroit à l'air de cacher pas mal de choses... et je ne pense pas qu'elles sont joyeuses...

    « Tout ce que nous avons à faire pour l'instant, c'est de changer de pièce. Mon épaule soignera je pense. En plus de nous être cachés une vingtaine de minutes en plus, nous avons pu être soigné Haron et moi. C'est tout ce qui compte. »

    Tous le monde hocha la tête silencieusement. Nous voulions sortir d'ici, à n'importe quel prix. Pas chercher des "informations".

    Je m'en fiche complètement de ce qui a pu se passer ici, tout ce que je veux, c'est rentrer à l'orphelinat, revoir Mama et pouvoir jouer avec Valya comme nous en avons l'habitude.

    Ce sont mes raisons de partir d'ici si on ne compte pas le fait que je ne veux pas mourir des mains d'une petite fille.

    Mais quelles sont celles-des autres ?

    Je me mit à regarder les trois filles de manière suspecte : je sais en partie pour Haron, il veut juste revenir chez lui le plus vite possible car il a peur de son père mais il le déteste également. Il y a peut être d'autres raisons, allez savoir...

    Mais les trois filles : je ne connais rien d'elles si ce n'est ce qui est marqué sur leur fiches.

    Je n'ai, d'un côté, aucune envie de les connaître davantage sur le plan personnel mais si leurs agissements nuisent à notre survie, alors, j'estime avoir le droit de savoir...

    Je ne pense pas que beaucoup seront d'accord avec moi mais avec la situation, je pense que c'est le mieux à faire.

    Je me suis approché près de la porte pour y tendre l'oreille : il n'y avait pas de bruit.

    Rien du tout.

    Je restais dans cette position parce que je n'y croyais pas : même éloignée, on pouvait l'entendre car ces ciseaux faisaient pas mal de bruit.

    Peut être qu'elle avait arrêté parce qu'elle trouvait ça énervant... je ne sais pas du tout. Je tente des hypothèses mais on s'en fiche après tout, au moins, elle est loin et-

    Cliquetis cliquetis...

    J'eus un sursaut assez prononcé : le bruit de ses ciseaux étaient juste derrière la porte.

    Tout le monde avait entendu, je n'étais pas le seul au vu des visages décomposés que je pouvais voir.

    Nous sommes restés figés sur place, personne ne voulait bouger. Je les comprends, j'étais moi aussi paralysé par la peur. Qui sait ce qu'il se passera si nous atteignons la limite de vingt minutes par salle ?

    Il fallait sortir mais en même temps, sortir maintenant signerait notre mort à tous. Les deux choix possibles amenaient à la même fin...

    Par chance (peut être qu'un quelconque dieu veille sur nous), j'entendis les ciseaux s'éloigner accompagnés des râles de la petite fille.

    Ces grognements étaient angoissants, ils instauraient une ambiance particulièrement glauque puisqu'ils étaient, avec les ciseaux, la seule chose que nous pouvions entendre. Je n'aime pas ça. Personne n'a l'air d'apprécier de toute manière.

    Rapide coup d'oeil à ma montre : dix neuf minutes et quarante trois secondes, quarante quatre, quarante cinq...

    Il fallait sortir maintenant ! Et vite !

    Je mis la main sur la poignée pour commencer à ouvrir la porte.

    Sans vraiment grincer, celle-ci n'offrit aucune difficulté à s'ouvrir.

    Toujours cette obscurité permanente, oppressante. Il n'y avait pas de signes de la fillette, nous pouvions entendre les bruits de ses ciseaux au loin, c'est un point positif.

    « Elle est partie ? Elle ne doit pas être loin en tout cas... »

    Merci de nous rassurer Claria... c'est sympa.

    « Peu importe, je propose qu'on aille dans la pièce juste là en face. »

    Tout en parlant, je pointais du doigt la porte juste en face de la notre. Il n'y avait pas de différences notables entre les deux.

    « Ouais... »

    Claria me devança en s'approchant de la porte en question pour directement commencer à l'ouvrir.

    « Attends ! Pas si vite ! Et s'il y avait quelqu'un à l'intérieur ? »

    Elle avait toujours la main sur la poignée mais elle ne l'ouvrait pas :

    « Sorel... si on s'arrête à chaque fois parce qu'on a peur, on ne va pas aller loin.

    — C'est ce que je me suis dis et me voilà avec une blessure à l'épaule et un sacré mal de dos. Je n'ai pas envie de voir d'autres gens souffrir, c'est tout. »

    Claria sembla surprise puisqu'elle se retourna vers moi, les yeux incrédules :

    « Je vois.

    — Tu ne me crois pas, c'est ça ?

    — Si. Pourquoi est-ce que tu dis ça ?

    — Ça se voit. Tu dissimules mal ton mensonge. Dis-le si tu n'a pas confiance en moi ! »

    Sans le remarquer, j'haussais le ton. Mais je la comprends puisque c'est exactement mon cas aussi. Je ne fais confiance qu'à Valya.

    « Ooooh... je comprends. Je ne sais pas mentir alors... ?

    — Non. »

    Le sourire de Claria devenait... malsain.

    « Alors, si-

    — Tais-toi. Laisse moi ouvrir la porte. »

    D'un geste sec, je poussais Claria sur sa droite pour me mettre à sa place.

    « Et dire qu'il y a deux minutes à peine, tout le monde rigolait l'air de rien... » pensais-je.

    Déterminé, je commençais déjà à tourner la poignée :

    clac clac

    Fermée à clé.

    Génial, j'aurais fais ça pour rien.

    « C'est fermé.

    — Ah dommage... j'aurais bien aimée que cela soit aussi facile de trouver un endroit où se cacher. » fit Valya.

    Elle avait raison, les autres portes étaient couvertes par des gravats bien trop lourds pour être déplacé à mains nues.

    « Au pire, on peut retourner à l'endroit d'avant. Avec le pendu. » marmonna Ophélia.

    — Je... préfère ne pas y retourner de suite. Pardonnez moi mais la vue d'un cadavre me met la nausée... c'est effrayant. »

    Je rejoins l'avis de Céleste. Si on retourne là bas, c'est à la fin de la nuit ou pendant la journée. Je n'aime pas non plus l'atmosphère que dégage cet homme.

    « Certes Céleste mais c'est le seul endroit que nous connaissons bien pour l'instant, on sait qu'il n'y a aucun danger et c'est là un avantage. Il va falloir que tu t'y habitue malheureusement... »

    Haron rejoignait l'avis d'Ophélia. C'est donc un deux contre deux vu que je n'ai pas envie d'y retourner non plus. Il ne reste plus que... :

    « Vas-y Sorel. Après tout, tu es le "maître du jeu" non ? Chacune de tes décisions sera celles que nous écouterons. Elles nous mèneront toujours vers notre survie pas vrai ? Je n'ai aucun avis. Faites comme vous voulez.

    — Ah... donc tu ne veux pas être avec Céleste ? Tu as pourtant l'air de bien l'aimer. Je pensais que tu rejoindrais son avis en disant quelque chose du genre 'moi, je suis avec ma loli préférée !' »

    Je fis exprès de prendre un ton sarcastique. Si elle lui donne un surnom pareil et qu'elle lui a fait un câlin la première fois qu'elle l'a vue, c'est qu'elle doit l'apprécier au moins.

    Claria me dévisagea :

    « Et toi ? Je te demandais simplement ton avis.

    — Je suis d'accord avec Céleste. Je n'ai pas envie d'y retourner non plus. Même si nous savons qu'il n'y a rien, c'est assez loin et on peut tomber sur la psychopathe à tout moment. Et puis sincèrement, mettez vous à sa place : vous aimeriez que quelqu'un soit de votre avis non ? Arrêtez de jouer les égoïstes un peu. »

    J'en reviens pas que j'arrive à dire ça.

    « Je pensais juste que ça serait mieux de se reposer sur une base sûre, mais si elle ne veut vraiment pas y aller, on n'a qu'à chercher une autre entrée. Il doit y en avoir une, forcément. »

    Haron finit donc par changer d'avis. Ophélia prit une de ses mèches de cheveux dans la main pour jouer avec tout en répondant :

    « Bon, si personne ne veut y aller... Je dois avouer qu'il y a des risques sur le chemin de toute faço-

    — Ah. Alors c'est comme ça ?! 'Céleste' par ci, 'Céleste' par là. Il suffit qu'elle vous demande quelque chose pour que vous lui obéissiez ? »

    Claria pointait du doigt Céleste qui recula d'un pas :

    « Il va falloir t'y faire Céleste ! Dans ce jeu, on va forcément voir des cadavres alors il faut que tu prennes sur toi si tu ne veux pas que ce soit le tien que l'on voit ! »

    Mais qu'est-ce qu'il lui arrive à elle ?! Elle est vraiment soûlante !

    « Tu vas baisser d'au moins trois tons toi. Je croyais que tu l'appréciais et te voilà en train de lui faire la morale. Tu ne pourrais pas au moin-

    — Qui t'a dis que je ne l'appréciais pas ? »

    La bouche encore ouverte, mes yeux se figèrent de surprise :

    « D-de quoi ?

    — Je n'ai jamais dis que je n'aimais pas Céleste, je lui donne au contraire un conseil : il ne faut pas fuir le danger mais l'affronter.

    — C'est ta façon de vivre, ne l'impose pas.

    — Tu préfères fuir toute ta vie ? Est-ce comme ça que tu affrontes les problèmes dans ta vie ? Les repousser pour qu'ils ne fassent que s'empirer ?! Ne le prends pas mal Céleste mais c'est une manière lâche d'agir !

    Je déteste les lâches. »

    Céleste ne disait rien depuis tout à l'heure mais celle-ci pris la parole :

    « Comment pouvez vous juger les gens alors que vous ne les connaissez qu'à peine ? Avez vous une mauvaise impression de moi ? Est-ce de cette façon que vous me voyez ? Je pensais pourtant l'inverse... »

    Céleste mit des deux mains derrière son dos :

    « Après tout... ce n'est pas tout les jours que l'on me surnomme "princesse"... »

    Claria ne répondit pas. Elle semblait même regretter ce qu'elle venait de dire au vu de son regard envers Céleste :

    « Je peux te dire qu'elle ne voulait juste pas aller dans la pièce à cause du cadavre et tu en fais tout un drama là dessus... si tu étais du même avis qu'Ophélia et Haron pour aller dans la pièce du pendu dès le début, tu aurais pu le dire plutôt que d'inventer cette scène inutile. »

    Claria ne me répondit pas, celle-ci s'addressait à Céleste :

    « Je suis désolée Céleste. Je n'aime pas ce genre d'attitude et je me suis emportée pour quelque chose de futile à la base... je me suis énervée alors que tu n'es même pas celle qui me met hors de moi en ce moment... pardonne moi. »

    — Et... qui est cette personne ? demanda Valya

    Claria posa le regard sur moi :

    « Tu es la mieux placée pour le savoir : ton fameux "maître". »

    Un silence, avant que Valya réponde :

    « Qu'est ce qu'il vous a fait ?

    — Laisse tomber Valya. »

    Celle-ci se tourna vers moi, ne comprenant visiblement rien :

    « Après tout, je n'ai même pas envie de savoir pourquoi parce que je m'en fiche. Tu veux me détester ? Très bien. Vas-y. Tu seras loin, trèèèès loin d'être la première. J'ai l'habitude des gens qui ne m'aiment pas à cause de mon caractère.

    Mais malheureusement pour toi, tu vas devoir te coltiner la personne que tu as en face de toi et qui à l'air de t'énerver pour je ne sais quelle raison. »

    Je pris un grand sourire, je m'amusais bien de la situation en fait :

    « Par contre, n'essaie pas de me nuire car à ce petit jeu... je peux être très fort. Crois-moi. Ce jeu se déroulera bien et comme je l'ai dis tout à l'heure : personne ne mourra et ça m'inclut moi. Au cas où tu aurais cette pensée en tête. »

    Je sentis quelque chose me picoter le poignet, c'est une sensation que je connais.

    L'air satisfait, je levais le bras pour y apercevoir le "S" blanc sur fond noir tout en prononçant ces mots :

    « Bien, maintenant, ça va devenir intéressant. »
  • 12 - Ma rencontre avec l'inconnu.

    Maintenant que j'y fais attention, je me rends compte que je n'ai jamais présenté Valya à quelqu'un. Tout simplement parce qu'elle ne voulait pas, ou plutôt, elle n'en trouvait pas d'utilité :

    « Nous ne sommes pas bien tous les deux ? Au moins, il n'y a jamais de dispute. Je n'aime pas ça de toute manière... »

    Et elle avait raison.

    Nous étions toujours d'accord dans nos discussions, elle avait parfois des avis plus, disons, optimiste que moi sur certains points mais en général, nos débats ne duraient pas plus de cinq minutes.

    Enfin, je la connais depuis quelques mois maintenant, je pense donc cerner quelque traits caractéristiques chez elle.

    La première chose qui frappe, c'est sa manière de s'habiller puisqu'elle porte toujours les mêmes vêtements : un t-shirt bleu très foncé à la limite du violet avec dessus un petit chaton qui dort.

    Son petit côté "mimi" comme elle dit.

    Pour le bas, elle a simplement une jupe noire avec des chaussettes montantes de la même couleur. Rien de bien particulier à première vue...

    Je lui ai tout de même posé la question :

    « Tu es sûre de vouloir te balader avec une jupe aussi... courte ? Ça passe dans les animés mais dans la vrai vie... »

    Valya avait fait un grand sourire avant de me répondre :

    « Ne t'en fais pas, je ne m'habille pas comme ça pour "plaire" aux garçons... je ne suis pas du tout comme ça. Non. Je fais ça parce que j'aime beaucoup ces vêtements. Tu penses que je devrais me retenir à cause des gens méchants dehors ? Je me fiche de ce qu'ils peuvent penser, de ce qu'ils peuvent me dire, je vis comme je l'entends tout en m'amusant.

    Ce serait bien si tout le monde vivait en s'amusant sans aucune méchanceté... »

    Quel discours à la fois enfantin et sérieux. J'en avais été étonné à ce que je puisse me souvenir.

    « Tu as raison... mais si jamais quelqu'un te fait de très mauvaises avances, tu peux compter sur moi. On ne touche pas à ma meilleure amie ! »

    J'adore le sourire de Valya.

    « Héhéhé ! Merci très cher ! »

    Quand Valya est heureuse (ce qui arrive relativement souvent), ses yeux semblent briller. Ce n'est qu'une impression de ma part mais je trouve ça envoûtant.

    Valya a de grands yeux violets améthyste. Ils sont ronds avec un air jovial, quelque chose de réconfortant...

    Il y a également sa coiffure qui est amusante : elle a des cheveux d'un bleu légèrement plus clair que son t-shirt, ceux-ci sont courts et avec des couettes.

    En clair, Valya est une personne que l'on ne peut pas manquer tant elle diffère des autres gens à l'apparence fade comme la mienne.

    Et son caractère colle parfaitement à son physique : inhabituel mais tout de même plaisant.

    C'est une fille sur qui je peux compter, j'ai entièrement confiance en elle puisqu'elle ne veut jamais faire de mal aux autres. Du moins, à ce qu'elle me dit puisqu'elle ne veut jamais venir avec moi lorsque je pars acheter quoi que ce soit. Je ne l'ai pas encore vu discuter avec quelqu'un jusqu'à ce petit jeu.

    Mais j'ai confiance : Valya est une bonne personne, elle ne ferait jamais de mal à quiconque.

    Le bracelet a vibré quelques secondes, mais ce fut suffisant pour que tout le monde le remarque.

    Coup d'oeil sur ma montre : minuit pile. Nous sommes donc le dimanche 22 septembre 2019. C'est bien la première fois que je passe une nuit dans un endroit autre que ma chambre ou mon travail...

    « Eh ! Pourquoi ce bracelet vient de vibrer ? » demanda Claria assez sèchement.

    Nous étions dos à dos maintenant, j'avais fais quelques pas sur sa droite et elle était donc derrière à ma gauche.

    C'est donc pour ça qu'elle ne pouvait pas voir mon visage :

    « Aucune idée.

    — Je ne te crois pas.

    — Comme tu voudras. »

    J'ai marqué un court temps de pause, les autres allaient se poser la question alors je me suis tourné vers eux :

    « Ne vous inquiétez pas. Je me répéterais cent fois s'il le faut mais personne ne mourra. Ne vous en faites pas, je suis là pour vous protéger. Au moins, je donnerais un sens à ce statut de "maître du jeu". Vous pouvez compter sur moi. »

    Un 'Ouais !' de Valya fut la seule réponse qui me parvint. Les autres semblaient réfléchir :

    « Je suppose. Je vous fais confiance pour ma part... »

    Sur son intonation de voix, j'avais l'impression qu'elle allait terminer sa phrase par "bien que je n'ai pas le choix" mais Céleste ne semble pas être aussi direct et franche que moi dans le sens blessant du terme.

    « Ce n'est pas mon cas. »

    Avant même que je puisse ouvrir la bouche, je sentis quelque chose me tirer fortement en arrière pour finalement me pousser contre une des portes.

    C'était Claria.

    Je n'avais pas pu réagir puisque ça m'avait surpris. Il y a aussi ma blessure qui limite ma force actuelle, je dis pouvoir les protéger mais j'en suis sûrement incapable.

    Claria était face à moi, l'avant bras gauche me plaquant contre le mur avec dans la main... une seringue. Qui était vide d'ailleurs.

    « Tu sais pourquoi je ne te fais pas confiance Sorel ? » me demanda-t-elle de son regard perçant.

    — Lâche-moi. »

    Resserant même son emprise, Claria s'approche de mon oreille pour me chuchoter :

    « Parce que tu es un menteur. »

    Je fut assez surpris d'entendre ça, tellement que je n'essayais même pas de me libérer de son emprise, celle-ci continua donc :

    « Tu pensais que j'étais aussi naïve que les autres ? Tu pensais bien jouer le jeu ? Bien... "mentir" ? »

    Claria laissa échapper un rire nerveux avant de reprendre :

    « Grosse erreur. Tu nous déteste tous ici. Tu ne veux pas du tout nous sauver, tu veux juste TE sauver. Là est toute la subtilité de ta façon égoïste de penser. »

    Je restais perplexe face à sa perspicacité. Je ne jouais donc pas bien le jeu selon elle.

    Moi qui pensais que Claria était sûrement la moins dangereuse, la seringue qu'elle a dans la main et son ton de voix m'indiquait le contraire.

    Dans n'importe quelle autre situation, j'aurais sûrement commencé à paniquer sans trop le montrer mais là, j'étais serein.

    J'ai commencé à parler à voix haute pour que tout le monde entende :

    « Alors tu veux me tuer toi aussi ? Je ne sais pas du tout ce que tu me racontes mais sache que si tu veux passer à l'acte, nous sommes devant tous les autres. »

    Cette tournure de phrase n'est vraiment pas à sortir de son contexte...

    « Nous allons tous survivre. Si tu veux empêcher cela, je ferais tout pour t'arrêter.

    — Claria ! Qu'est ce que vous faites à mon maître ?! Pourquoi êtes vous si méchante ?! »

    La voix plaintive de Valya me faisait mal au coeur :

    « Ton "maître" est loin d'être comme tu le penses. »

    Valya s'approcha de Claria sans pour autant la toucher (puisqu'elle ne pouvait pas de toute façon) :

    « Vous dîtes n'importe quoi ! Voulez-vous que je vous prouve que Sorel est quelqu'un de gentil ?! Alors écoutez :

    il a accepté de m'héberger dans sa chambre après ma fugue, il s'occupe très bien de moi alors qu'il ne me connaissait même pas il y a de cela quelques mois. Quand je lui remonte le moral, ses remerciements sont la chose la plus sincère que je connaisse. Je pourrais continuer longtemps...

    Vous ne le connaissez pas assez ! Vous ne pouvez pas agir ainsi envers lui ! »

    Wow...

    « Valya... je... »

    Claria relâcha son étreinte :

    « Je vais essayer de te faire confiance Valya. Je vais essayer... mais sache que ce que je vois ne me plaît pas du tout.

    — Vous devez juste apprendre à le connaître, voilà tout. Je peux vous assurer que Sorel est une bonne personne ! »

    Claria ne répondit pas. Elle se recula, le regard menaçant :

    « Pense à ce que je viens de te dire Sorel. J'ai vu clair dans ton jeu. »

    Je ne fis rien. Que répondre à ça de toute manière ?

    De toute façon, Claria continua de parler :

    « Et puis, pourquoi avais-tu cet air satisfait quand tu as vu que ton bracelet vibrait ? N'essaie pas de mentir. »

    Elle avait raison. J'avais eu un sourire en regardant la montre, c'était quelque chose d'assez suspect.

    Je ne pouvais pas mentir alors j'ai répondu la vérité :

    « Je ne peux pas vous le dire pour la même raison que vous ne pouvez pas me parler de ce que vous as dit ce type sur mon passé. Dites-vous juste que c'est une bonne nouvelle... enfin je pense...

    — Je vois... chacun à ses petits secrets donc. »

    Tout à coup, Céleste vint s'interposer :

    « Calmez-vous tous les deux je vous prie. Ce n'est pas en se disputant que nous règlerons le problème. Problème qui n'est causé par aucun d'entre nous d'ailleurs, le seul fautif dans l'histoire est l'organisateur de ce "jeu".

    Nous entendre est la seule manière de le vaincre. »

    Venant de quelqu'un d'autre, cela n'aurait eu sûrement aucun effet mais en écoutant la voix si innocente de Céleste, l'esprit de Claria semblait s'apaiser.

    Celle-ci jeta un coup d'oeil en direction de Céleste avant de se donner deux grosses gifles sur le visage :

    « Comment ai-je pu m'énerver contre une fille aussi mignonne que toi ?! Permets moi de te faire un câlin ! »

    Sans même attendre la réaction de Céleste, Claria se jeta sur elle pour l'enlacer :

    « C-C-Claria ? P-pourquoi vous vous êtes- »

    L'étreinte de Claria se fit plus forte empêchant Céleste de finir sa phrase :

    « Chanceuses... moi aussi, je voulais faire des câlins... » fit Valya d'une voix boudeuse.

    — Céleste a raison. Nous devons nous faire confiance mutuellement pour gagner... n'est-ce pas Sorel ?

    — Qu'est ce que tu insinues en prononçant mon prénom ? »

    Avec toujours Céleste dans ses bras, Claria répondit le regard presque provocateur :

    « Moi ? Rien du tout... »

    Soupir de ma part.

    « Si déjà tu commençais par éviter de me plaquer contre un mur tout en me menaçant avec une seringue, je pense que ça aiderait niveau confiance »

    Alors que Claria allait répondre, une autre voix se fit entendre :

    « Ça suffit ! »

    C'était Valya.

    « Je ne sais pas pourquoi tu es énervée Claria mais ce n'est pas une façon acceptable de se comporter ! C'est exactement ce que cherche ce monsieur qui nous a tous enfermé. Pour lui, c'est un jeu alors vous voir vous disputer est ce qui l'amuse.

    Alors évitez à tous prix de vous disputer... faîtes le au moins pour moi...

    Je me retrouve dans cette situation alors que je ne suis même pas censée être là. J'aimerais au moins que mon maître s'entende bien avec ceux qui sont dans la même situation que lui. Par pitié... je déteste voir des gens se disputer... »

    — Valya a raison. Il faut faire en sorte que nous nous ententions bien pour réussir. » fit Céleste d'un air déterminé.

    — "Bien s'entendre", vous n'avez que cette phrase à la bouche ! C'est bien joli de dire ça comme ça mais je vous rappelle que nous pouvons simplement sacrifier quelqu'un ici ! »

    Ophélia venait de prendre la parole tout en accentuant l'atmosphère pesante qui regnait déjà.

    « Si quelqu'un se dévoue gentiment, il peut nous permettre de sortir de là vivant. Alors... alors...

    Ophélia hésitait à terminer sa phrase, elle semblait regretter ce qu'elle venait de dire :

    « T'es pas sérieuse j'espère ?! Tu demandes à quelqu'un ici de se suicider ?! »

    Ophélia ne répondit pas. Elle semblait même regretter ce qu'elle venait de dire.

    « Personne ici ne se suicidera ! Personne n'aura à se sacrifier ! Vous m'entendez ?! Je ferais en sorte personnellement que vous n'ayez pas à faire ça ! Même si l'attitude de Sorel m'exaspère, vous autres n'avez rien fait. Je serais celle qui vous motivera.

    J'en fais la promesse. »

    Tout en finissant de parler, Claria leva le pouce en l'air avec un grand sourire.

    « Voilà ! C'est ça qui nous fera vaincre ce jeu : un esprit d'équipe ! » s'exclama Valya.

    Céleste prit la parole à son tour :

    « J'espère de tout coeur que nous continuerons sur cette façon de penser. Je n'aime pas non plus les conflits... »

    — J'aimerais que nous fassions une chose si nous parvenons à la fin de cette nuit : nous irons discuter tous ensemble. Nous organiserons une discussion générale. Nous parlerons de choses qui nous plaisent comme celle que nous détestons. Nous nous créerons des liens ! N'est-ce pas là quelque chose qui vous fait envie ? »

    La demande de Valya était tellement enfantine que j'en rigolerais presque, je trouvais ça mignon en fait, et ça avait l'air d'être le cas d'Haron :

    « Je suis partant. Si vous autres voulez bien... »

    Tous acquiescèrent la tête. Ils avaient l'air d'être d'accord bien qu'Ophélia l'avait fait pour suivre le groupe à ce que je pouvais voir.

    Les regards se tournèrent vers moi :

    « Et toi Sorel ? Tu es un peu, je dois l'avouer, la personne que j'ai le plus envie de voir parler avec les autres. Tu te joindras à nous pas vrai ? »

    Valya me posait la question comme si elle connaissait déjà la réponse.

    En temps normal, j'aurais dis "non" mais si je dois passer pour une personne de confiance, alors, je devais prendre sur moi même et accepter :

    « Si vous voulez... il faut juste qu'on dorme avant. Parce qu'on va passer la nuit à se cacher je vous signale...

    — Ouais... oui, t'as raison. Après le dodo général, on ira tous ensemble dis-

    *cliquetis cliquetis*

    Valya s'arrêta net de parler, nous avons tous eu un sursaut de frayeur à l'entente de ce fameux bruit.

    Je mis mon doigt devant ma bouche pour demander le silence le plus complet, j'ai doucement tourné la lampe vers la direction d'où provenait le bruit.

    Elle était visible, au loin. Dans la dizaine de mètres, pas plus.

    Ce qui m'inquiétait, ce n'était pas de la voir, c'était que je me rendais compte qu'elle avançait vers nous.

    *cliquetis cliquetis*

    Nous étions actuellement situés près de l'intersection que nous avions croisés lors de notre "course poursuite", en parlant depuis tout à l'heure, nous avions légèrement avancés et nous voilà en plein millieu de quatre chemins différents. La petite venait de notre droite, alors il fallait naturellement prendre une autre direction.

    Dans notre dos, une impasse donc il ne fallait pas faire demi-tour car si elle viens vers nous, nous sommes piégés. Nous n'avions que deux choix : à gauche ou tout droit.

    Nous ne connaissions pas à gauche, il fallait bien évidemment explorer mais là, il fallait juste fuir. J'ai donc pris tout droit, vers la direction de la première pièce dans laquelle nous sommes allés. Là où Céleste et moi ne voulions pas aller.

    Il n'y a pas eu de protestations sur où nous devions aller pour s'éloigner de la fillette, tous m'ont simplement suivi sans broncher.

    « Eneko... vous entends !! »

    *cliquetis cliquetis*

    Les bruits se faisaient plus rapide, et surtout, plus fort.

    Elle se rapprochait.

    « Je veux voir... je veux voir ! »

    Cette phrase fut suivi d'un hurlement qui eut pour effet d'accélérer la vitesse à laquelle nous courions.

    J'étais terrifié. Entendre un cri aussi effrayant est quelque chose de vraiment stressant... Je ne pouvais pas me retourner car j'étais en train de courir et ce, devant tout le monde.

    Il y avait derrière nous le bruit incessant de la paire de ciseaux nous rappelant que nous étions en train d'essayer d'échapper à une mort certaine. Une mort inévitable même... et douloureuse de surcroît...

    Nous nous dirigions vers la première pièce dans laquelle nous sommes allés, je savais que Céleste n'avait pas envie d'y aller.

    A vrai dire, moi non plus...

    C'est pourquoi lors de la course, je me suis soudainement arrêté pour ouvrir une porte que j'ai choisi au hasard.

    Non pas qu'il y ait énormément de choix de toute façon : dans le couloir, il n'y avait en tout que sept portes sans compter nos chambres car celles-ci se trouvaient dans une pièce différente.

    L'endroit dans lequel nous étions ressemblait tellement à un hopital abandonné, je suppose que ça devait être les chambres des patients mais dans ce cas là, pourquoi y avait-t-il un cadavre pendu dans une des chambres ?

    Celui-ci ressemblait à un docteur, c'était forcément un docteur. Mais son cadavre avait l'air d'être assez récent, cela voudrait donc dire que l'hopital est encore en activité ? Ou bien que cet homme y faisait une petite balade ?

    Impossible ! Impossible... cet "hopital" est abandonné ! Les traces de moisi et autres joyeusetés du genre le prouvent !

    Alors, ça voudrait dire que cet homme est venu dans un lieu isolé pour mettre fin à ses jours ?

    Raaah ! Tellement de questions ! Il faut que j'en sache plus.

    C'est avec une certaine appréhension que j'ai tenté d'ouvrir la porte que j'avais choisi et à ma grande surprise, celle-ci n'était pas verrouillé.

    Il faut essayer plus de portes au hasard, cela nous fera toujours plusieurs autres endroits pour se cacher.

    Je n'ai pas cherché à savoir, j'ai rapidement ouvert, j'ai demandé à tout le monde de venir et j'ai refermé la porte une fois que tout le monde était rentré.

    Nous étions au complet, personne ne manquait ce qui est une chose que je craignait mais j'avais vu tout le monde avant de refermer la porte.

    « Ok... ! C'est bon, enfin j'espère... » souffla Claria entre ses respirations légèrement accélérées dues à la course que nous venions de faire.

    D'ailleurs, celle ci semblait être celle qui était la moins fatiguée...

    « Chut. Tais toi. » fis-je tout en mettant mon index devant ma bouche.

    Les bruits de ciseaux se rapprochaient.

    De plus en plus.

    Ceux-ci ne s'arrêtaient jamais, j'avais même l'impressions qu'ils s'accéléraient. Enfin, c'est sûrement dû au fait que nous venions tous de courir, j'avais disons toujours l'adrénaline en moi alors mon esprit me joue sûrement des tours...

    La petite s'arrêta soudainement. Nous avait-t-elle repéré ? Franchement, je ne l'espère pas. Je n'ai pas envie qu'elle débarque dans une pièce où nous sommes enfermés, ce serait la fin...

    Les bruits de ciseaux continuaient sur place, elle devait être à quelques mètres devant la porte sans pour autant être juste devant. Cela nous laissait une marge entre elle et nous.

    Ce fut le silence total dans notre pièce, comme pour tout à l'heure lorsque j'étais à genoux avec la petite derrière moi, j'avais l'impression que chacune de mes respirations faisaient un boucan infernal.

    Les autres avaient pensé à la même chose visiblement puisque j'avais du mal à entendre ne serait-ce qu'un souffle. Pour des gens qui venaient juste de faire un effort, c'était assez délicat. Je ne sais pas pour les autres mais c'était mon cas.

    J'ai immédiatement eu un frisson : j'ai l'impression d'avoir entendu un... chuchotement ?

    J'ai regardé les autres : Claria, Haron et Valya était à ma droite, Céleste et Ophélia à ma gauche, nous étions tous en face de la porte fermé, priant pour que celle-ci ne s'ouvre pas.

    Personne n'a parlé, pire, personne n'a l'air d'avoir entendu. Ai-je des hallucinations ?!

    « Eh... »

    Cette fois, j'en suis sûr !! Quelqu'un vient de m'interpeller ! J'étais visiblement le seul à avoir réagi puisque personne ne faisait rien : ils sont sourds ou quoi ?!

    Ou c'est moi qui devient fou ?

    Les cliquetis continuaient, sans cesse. La fillette ne voulait visiblement pas bouger, pas du tout même !

    Je me suis retourné avec ma lampe surprenant un peu tout le monde, je voulais savoit s'il y avait quelqu'un mais en même temps, il fallait tout de même inspecter la pièce surtout s'il elle est occupée :

    La pièce était déjà légèrement plus grande que les autres : elle ressemblait à une salle de réunion ou quelque chose du genre puisque une grande table occupait la moitié de la pièce. Celle-ci tout comme les quelques chaises qui restaient étaient dans un piteux état.

    Il y avait quelques tiroirs par terre, c'est à peu près tout ce qu'il y avait dans cet endroit. Le sol est jonché de trucs inutiles et de déchets, en clair, il est vraiment très sale.

    Les murs étaient uni, tout blanc. Enfin, blanc de base à cause de la saleté évidente sur toute la surface.

    Ce qui attira mon intention, c'est le "mur" de droite. Parce que ce n'était pas un mur mais une vitre donnant sur la salle d'à coté. Et ça m'inquiétait.

    Ça m'inquiétait parce que si la petite entrait dans l'autre pièce, elle pourrait quand même nous atteindre. Mais cela pouvait aussi être une aubaine si elle venait par notre porte, nous pourrions nous enfuir par cette voie.

    Je parcourais avec ma lampe la pièce d'à côté qui avait l'air d'être une pièce assez grande également. Mais tout était si sombre, c'était dur de faire des constats.

    Je viens d'apercevoir quelque chose qui brille/

    Je me suis figé sur place, j'ai lentement bougé le bras vers ce qui a attiré mon attention, vers la "chose" brillante que j'avais apperçu.

    Je me suis retenu de crier :

    Des yeux.

    Des yeux qui me fixaient. Je les voyaient. Ils me voyaient, et surtout, ils me fixaient.

    Ceux-ci se sont aussitôt effacés à la seconde même où je les avais vus, j'avais bien eu le temps de les voir et j'en étais sûr : quelqu'un nous regarde.

    Dans l'autre pièce, à seulement quelques mètres de nous.

    Un léger rire me fit sursauter, un rire étouffé, comme si quelqu'un s'empêchait de rigoler. Un rire terrifiant dans cette situation.

    Mon coeur battait à cent à l'heure, qu'est ce que c'était que ça ?!

    Les autres aussi avaient remarqué, je ne voulais pas tourner la lampe dans une autre direction que le trou dans la vitre, je ne voulais pas. En fait, je ne pouvais pas.

    Mes bras refusaient de bouger, j'étais tétanisé.

    Ses yeux... quelqu'un qui nous observe... tout cela m'effrayait.

    Pourquoi fait-t-il si noir ?! Sans cette obscurité, nous aurions vu ce qui se cachait dans l'autre pièce et nous aurions pu savoir si c'était une menace.

    Mais là, c'était le mystère complet.

    Quelque chose me frôla l'épaule, mon coeur fit un bond dans ma poitrine :

    c'était juste Claria.

    J'ai mis la lampe dans sa direction pour savoir ce qu'elle voulait.

    Je l'avais braqué sur elle un peu trop brusquement ce qui fit que je l'avais ébloui, celle-ci fit un pas en arrière les mains devant le visage.

    J'ai baissé la lumière vers son ventre pour que je puisse tout de même voir ce qu'elle voulait.

    Claria se frotta les yeux puis demanda en parlant très doucement avec les lèvres comme la dernière fois :

    « Qui a ricané ? »

    J'ai haussé les épaules tout en regardant les autres, au vu de leur visage, ceux-ci avaient tous entendu.

    Claria me tira mon gilet. Elle n'avait visiblement pas fini de parler. Je l'ai donc regardé.

    Et c'est là que j'ai aperçu quelque chose qui me fit sursauter bien visiblement : un visage d'enfant avec un grand sourire se trouvait juste derrière Claria.

    Celui-ci disparut à la seconde même où il avait vu que je l'avais trouvé. C'était lui.

    C'était ses yeux. Ils avaient brillé de la même façon.

    Claria se retourna pour se rendre compte qu'il n'y avait rien. Plus rien, puisqu'il était parti...

    Elle se retourna pour de nouveau me faire face le regard méfiant, elle devait penser que je lui faisais une blague. Mais à la vue de mon visage terrifié, elle changea tout de suite d'avis pour me demander :

    « Quoi ? »

    Je n'ai pas répondu. Je n'avais même pas la force d'ouvrir la bouche tellement la peur me paralysait.

    Quel trouillard je fais... et dire que je suis censé être le "maître du jeu"...

    Claria soupira, puis me fit signe de lui donner l'heure. J'ai donc tendu mon poignet pour qu'elle lise :

    minuit vingt-neuf.

    Claria eut un sourire. Elle leva le pouce en l'air l'air confiant. Qu'est-ce qu'elle a en tête ?

    Je n'ai pas eu à attendre longtemps pour la réponse, alors que je regardais en direction de la vitre pour voir si cet enfant était toujours là, un bruit me fit légèrement sursauter.

    Au loin, une musique venait de commencer, elle semblait provenir d'un haut parleur, ce n'était pas quelqu'un qui jouait d'un instrument, c'était de toute manière quelque chose d'assez complexe pour être joué tout seul : je suppose que c'est le genre de musique qu'écoute Claria. De "l'électro".

    Je venais de comprendre : elle avait mis une alarme pour attirer la petite. Et il faut dire que son plan à bien réussi puisque nous venions d'entendre la fillette détaler de devant notre pièce.

    Les bruits de ses ciseaux s'éloignaient en même temps qu'elle mais je n'étais qu'à moitié rassuré car ce visage d'enfant aux yeux terrifiant me hantait l'esprit, j'avais eu le temps de ne voir que ses yeux et son sourire malsain.

    Ses yeux ne ressemblaient même pas à ce que l'on appelle des "yeux" à proprement parler puisqu'ils étaient entièrement noir à l'exception des pupilles qui étaient très petites mais qui étaient elles toutes blanches.

    Cela avait fait un contraste dans l'obscurité et c'est ça qui avait brillé : ses pupilles.

    « Ne me remerciez pas, j'ai eu l'idée tout à l'heure en cherchant les médicaments. A l'heure qu'il est, elle doit être devant l'infirmerie voir même sûrement dedans. »

    Claria avait l'air fière d'elle même ce que je pouvais comprendre puisqu'elle venait de nous sortir d'une situation délicate.

    « Pfiouh... bien joué Claria ! » fit Haron soulagé.

    Plusieurs "merci" suivirent celui d'Haron, Claria avait un grand sourire, cela lui faisait visiblement plaisir.

    J'avais cependant autre chose en tête : j'ai commencé à me diriger vers le trou dans la vitre pour explorer la pièce d'à côté avec ma lampe :

    « Sorel ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

    Sans répondre, j'ai cherché des yeux s'il était encore là.

    Non.

    Personne... il n'y avait personne ici.

    La pièce d'à côté était une chambre un peu plus grande que les autres comme je le pensais. Je dis "chambre" mais c'est assez vite dit puisqu'il n'y a même pas de lit. J'appelle cela "chambre" parce que c'est ce qu'on trouve dans un hôpital non ?

    La pièce avait une atmosphère étrange, c'est comme s'il elle n'avait rien à faire là. C'est difficile à expliquer mais ce n'était certainement pas une chambre...

    J'ai enjambé le trou qui me séparait de la pièce pour aller l'inspecter de plus près.

    « Eh Sorel, attends ! Qu'est ce que tu fais ? » demanda Claria.

    — Il... il faut que je vérifie un truc... »

    J'ai remarqué en entrant dans la pièce que la porte était entrouverte : il s'est donc enfui ?! Mais comment a-t-il pu ne faire aucun bruit sachant que je pouvais limite entendre jusqu'au battement de coeur des autres avec moi ?

    Et plus je regardais la pièce, plus je me disais que c'était loin d'être une chambre : des chaînes étaient attachées au mur, visiblement bien envahis par la rouille. Et surtout, ces chaînes étaient ouvertes.

    Comme si on avait libérés ce qu'elles retenaient.

    Et c'est tout ce qu'il y avait ici. Des chaines rouillés et ouvertes sur un mur bétonné.

    Toute la pièce avait une mauvaise odeur de pourri. C'est le cas dans tout le bâtiment jusqu'à maintenant mais ici, c'était réellement plus fort que les autres endroits. Comme si l'odeur venait de là justement...

    Décidément, cet endroit m'intrigue de plus en plus...

    « Sorel... ? Vous cherchez ce que nous avons entendu ricaner n'est-ce pas ?

    — Oui. »

    J'entendis des pas derrière moi :

    « Alors je vais vou- ouch... quel odeur répugnante ! »

    Cela me fit presque sourire, mais je n'avais pas envie de plaisanter surtout avec ce que nous vivons en ce moment même. Je voulais voir ce que faisait ce gamin ici.

    J'avais envie d'ouvrir la porte pour essayer de le pourchasser mais un évènement allait tout de suite m'en empêcher.

    La musique que Claria avait lancé se joua mais légèrement plus fort, puis le volume augmenta drastiquement.

    « C'est... c'est impossible ! Mon portable ne ferait pas ça ! Je ne vois qu'une seule explication...

    — Quelle est-elle ? demanda Céleste en se bouchant le nez.

    — Quelqu'un augmente le son manuellement. »

    La conclusion de Claria nous glaça le sang. Est-ce que la petite savait se servir d'un portable ? Je pense que oui vu que les enfants savent l'utiliser de plus en plus jeunes de nos jours mais dans ce cas, pourquoi augmenter le son ?

    Et de toute manière, est-ce que c'est vraiment elle qui faisait cela ?

    « Haha... je crois qu'elle aime bien ma musique ! On pourrait bien s'entendre si elle ne voulait pas nous tuer. » fit Claria en rigolant.

    Un hurlement se fit entendre de l'autre côté du batiment.

    Nous avons tous sursautés, j'en ai même fait tomber ma lampe par terre ce qui fait que pendant un court instant, nous étions dans l'obscurité quasi-complète.

    Je me suis évidemment pressé de ramasser ce que je venais de faire tomber. C'était dans des espèces d'ordures par terre. Je ne voulais même pas savoir d'où ça provenait ni même ce que c'était...

    « Pourquoi elle a crié comme ça ? » demanda Ophélia paniquée.

    — Tout ce qu'on sait, c'est que c'est loin d'être rassurant. »

    Comme pour affirmer ce que je venais de dire, des bruits sourds se firent entendre. On frappait avec une très grande force sur des murs. Quelque chose de très violent, d'assez rapide et d'irrégulier, en clair, quelque chose d'angoissant.

    « Wow... qu'est-ce qu'elle a ?! Qu'est ce- »

    La voix d'Ophélia fut interrompu par un autre hurlement. La fillette s'égosillait à s'en détruire la voix.

    Sauf que ce n'était pas sa voix. Comme la dernière fois, cela semblait être la voix d'un démon. Je commence vraiment à croire que cette fille est possédée...

    « Ahhhhh.... »

    Le cri de terreur d'Ophélia nous fit se retourner vers elle, quelque chose la terrifiait.

    « S-S-Sorel !! Derrière toi !! »

    Je n'ai même pas réfléchi et me suis retourné à une vitesse accéléré par le stress pour y voir...

    le mur.

    En clair, rien du tout.

    Nous avions tous regardés derrière moi, puis, après nous être rendu compte qu'il n'y avait rien, nous nous sommes remis en face d'Ophélia :

    « Tu te crois drôle c'est ça ?! criais-je irrité.

    — Franchement Ophélia, tu m'as presque fait peur tu sais. » soupira Claria.

    Les battements sur le mur cessèrent.

    « Non non ! Je vous le jure !! Il y avait quelqu'un derrière Sorel ! J'ai vu une silhouette !! »

    Visiblement, personne n'avait remarqué que les coups sur le mur avaient cessé.

    « Arrête de raconter n'importe quoi ! Ton esprit te joue juste des tours, c'est to-

    — Et si c'était ce rire qu'on a entendu tout à l'heure ?! Pourquoi on doit subir ça ?! Raaah ! »

    Ophélia nous rejoignit, Céleste et moi, dans la deuxième pièce :

    « Vas-y ! Montre toi le fantôme !! J'ai p-pas peur de toi ! »

    Ta voix prouve le contraire, celle-ci tremblait.

    « Ferme là ! Tu vas attirer la petite ! »

    Valya se cacha derière moi, elle ne voulait visiblement pas parler puisqu'elle avait peur :

    « Regardez, vous faites même peur à Valya !

    — Haha... merci Sorel de t'inquiéter pour moi. Bien que j'ai l'impression d'être un petit chiot. »

    C'est vrai que j'avais parlé comme on parlerait à un animal.

    « Ah désolé... héhé... »

    Ça doit être une des rare fois où j'ai pu vraiment sourire.

    « C'est vrai. Il n'y a rien Ophélia, tu as juste imaginé cette silhouette. Il n'y a... rien ici. »

    J'ai comme l'impression que Claria disait ça pour se rassurer. Peut être que ce n'est qu'une impression...

    « Alors vous ne me croyez pas, c'est ça ?! Dis moi que tu me crois toi au moins Sorel... »

    Visiblement, Ophélia comptait toujours sur moi malgré tout ce qu'on venait de traverser, ignorant même le fait que je venais de mal lui parler juste avant. Est-ce qu'elle croit encore à la fausse image que je lui ai donné quand je l'ai vu pour la "première fois" ?

    « Je... il faut juste que tu te reposes... je pense qu'on en a tous besoin en fait. »

    Quelque chose se brisa à l'intérieur d'Ophélia, je pus le voir dans le regard qu'elle me lança dès que j'avais fini ma phrase.

    « Je ne suis pas folle ! J'ai vu quelqu'un derrière toi ! J'en suis sûre et certaine ! Pourquoi personne ne me croit ? V-vous pensez vraiment que je mentirais à un moment pareil ? Que j'irais faire des blagues alors que nous vivons un cauchemar ? Moi je te fais confiance Sorel ! Même après ce que tu nous a montrés tout à l'heure avec ta montre ! Je te fais confiance alors... pourquoi tu ne me rends pas la pareille ?! »

    Ophélia avait les yeux brillant, des larmes coulaient le long de ses joues.

    « Ophélia... calme toi. »

    Mon ton froid ne fit qu'aggraver l'état d'Ophélia :

    « Je croyais en toi Sorel ! Vraiment ! J'ai eu envie de te croire à propos de ta montre et de son utilité mais là... tu rends tout ça très difficile...

    — Arrête de dramatiser la situation...

    — Quoi... ? Mais-

    — Calmez vous tout les deux !! »

    La voix de Céleste venait de retentir derrière nous :

    « Allons Ophélia, vous-

    À ce moment, Céleste avait posé sa main sur l'épaule d'Ophélia.

    Je ne pense pas qu'elle aurait dû :

    *baff*

    Ophélia administra une claque monumentale à Céleste :

    « Oh p-p-p-pardon Céleste ! Je suis désolée !! Tu m'as fait peur et j'étais en colère et je-

    — Ce n'est rien. Je comprends. »

    Céleste souriait, comme si rien ne s'était passé :

    « Cessez de vous quereller ainsi, pourquoi est-

    — Pourquoi est ce que personne ne s'entend bien ici ? »

    Valya termina la phrase que Céleste avait commencé.

    « Pourquoi vous vous disputez tout le temps ? Ne pouvez vous pas vous mettre sur un terrain d'entente ? J'ai vraiment hâte qu'on ait cette discussion vous savez... ne rendez pas tout ça plus difficile. »

    Une fois que Valya eut fini de parler, nous pouvions entendre Ophélia sangloter :

    « Céleste essaie de me réconforter et moi, je lui ai mis une gifle...

    — T'en fais pas Ophélia... Céleste à dit qu'elle ne t'en voulait pas de toute manière, et puis, tu t'es excusée... » fit Haron tout en posant sa main sur son épaule.

    Haron n'avait pas de risque de la surprendre puisqu'il était en face d'elle :

    — Non Haron, tu ne comprends pas. Je suis tellement détestable et j'arrive quand même à aggraver cette impression. »

    Les sanglot d'Ophélia se firent plus forts, celle-ci commençait à fondre en larme :

    « Je ne suis qu'une idiote !! Et une peureuse !! »

    Nous parlions assez fort depuis tout à l'heure, je suppose que tout à des répercussions :

    La porte de la deuxième pièce, dans laquelle nous étions tous au final, se mit à voler en éclats alors qu'elle était en ferraille !

    Et ça d'un seul coup de hachette !

    « TROUVÉ ! » cria le démon qui venait de gagner cette partie de cache-cache.

    Elle avait réussi à se frayer un passage à travers la porte et celle-ci se rua sur la plus proche qui était Ophélia :

    « AAAAHHH !! »

    Ophélia esquiva de justesse un coup direct porté par les ciseaux en faisant un pas de côté ce qui la fit tomber sur son derrière.

    « HAHAHAHA !! »

    La petite semblait se délecter de la peur sur nos visages mais nous n'allions pas nous laisser faire.

    Claria prit une pierre qui était au sol et se jeta à corps perdu sur la gamine en tentant de lui administrer un coup sur la tempe.

    Mal lui en prit car la fillette se baissa tout simplement ce qui fit perdre l'équilibre à Claria pour qu'elle rejoigne Ophélia par terre à la seule différence que Claria était sur le ventre contrairement à Ophélia.

    Les deux filles étaient à terre sans défense, elles étaient en grand danger sauf qu'avant que moi ou Haron puissions réagir puisque nous étions les plus proches, la gamine leva sa hachette en l'air pour la faire retomber lourdement sur le dos de Claria :

    « ARRRGHH !!!

    — AHHHH !! »

    Le violent cri de douleur de Claria suivi du hurlement de frayeur d'Ophélia fit éclater de rire la gamine.

    Celle-ci releva la hachette désormais bien tâché du sang de Claria, elle était sur le point de lui administrer un deuxième coup lorsqu'Haron s'interposa en frappant le visage du démon avec une pierre comme voulait le faire Claria à la base.

    Celle-ci tomba par terre à cause de la violence du choc mais ne semblait pas pour autant blessée. C'était facile à deviner puisqu'elle se releva presque immédiatement.

    Haron était devant Céleste ce qui fait qu'il pouvait la protéger. Il avait visiblement peur mais il voulait vraiment aider.

    « T-t'approches pas ! »

    Haron gardait la pierre dans sa main pour "intimider" la fillette, sauf que face à une personne qui a une paire de ciseaux bien aiguisées et une hachette, c'est complètement inutile.

    Mais je pense que dans cette situation, on fait avec ce qu'on peut.

    La gamine commença à s'approcher d'Haron l'air enjoué laissant Ophélia tranquille, cette fois, c'était Céleste et Haron qui étaient en danger :

    « J-je vais pas te laisser faire !! Et-URGH !! »

    Il fallait que ça arrive. Bien évidemment.

    Haron posa un genoux à terre, la main sur son coeur et le visage crispé de douleur :

    « N-Non !! J-je n'ai pas pris mes médicaments ! »

    Haron était en danger de mort, si je ne faisais rien, ça n'allait pas être sa crise qui allait le tuer :

    « TU ES FAIBLE ! FAAAIBLE !! » fit la voix d'outre-tombe tout en brandissant sa paire de ciseaux.

    Je ne sais pas ce qui m'a pris mais j'ai fais ce que je pensais être le plus juste, je me suis précipité sur Haron en essayant de le protéger avec mes mains.

    Et je suis arrivé à temps, sauf que ça n'allait pas être sans conséquences :

    « ARGH... ! »

    Les ciseaux ont littéralement transpercé ma main gauche, ils étaient passés à travers !

    La douleur fut immédiate et vive. Mais je ne voulais pas me laisser faire, je ne voulais faire en sorte qu'une blessure me coûte la vie. Je ne voulais pas que mon "sacrifice" soit vain.

    Le démon fut étonné de voir que c'est moi qui avais pris le coup et surtout en voyant que la paire de ciseaux était coincée dans ma main.

    C'était ma chance.

    D'un rapide crochet du droit, j'ai très légèrement repoussé la fillette mais assez pour faire ce que j'avais en tête.

    « T'as perdu saleté ! AAAAHHHH !!! » criais-je tout en retirant d'un coup sec les ciseaux qui étaient à présent dans ma main droite.

    Le sang coulait de ma main gauche mais cela m'importait peu, en fait, avec tout ce qui se passait autour, mon esprit ne pouvait même plus penser : Ophélia hurlait de terreur et Claria de douleur.

    Haron était par terre souffrant en silence avec Céleste qui était sûrement en train de paniquer vu qu'elle était juste à côté de lui.

    Valya était dans un recoin du mur, recroquevillée. Cette règle lui imposant de ne toucher personne l'obligait à assister impuissante à la scène sans pouvoir intervenir.

    J'allais cependant y mettre un terme.

    J'ai poussé la petite en lui sautant dessus. Nous avons tout les deux perdus l'équilibre et sommes tombés par terre assez violemment.

    « C'est "game over" pour toi maintenant ! » est la dernière chose que j'ai hurlé avant de lui planter la paire de ciseaux dans la jugulaire.

    Son cri de douleur ne fut pas aussi terrible que je le pensais. On aurait plus dit que ça la gênait plutôt que de lui faire mal.

    Mais je m'en fichais pas mal, j'avais gagné et je comptais bien me venger de ces morts à répétitions que j'avais vécu !

    Un, deux, trois, quatre.... quatorze, quinze, seize, dix-sept... vingt-trois, vingt-quatre, vingt-cinq...

    Je me suis arrêté au trente-deuxième coup de ciseaux.

    Son cou n'était plus qu'un amas sanglant absolument ignoble. Mes mains ainsi que mes vêtements étaient complètement tachés du sang de la petite. Je l'avais pratiquement décapité.

    Mon coeur battait tellement vite que j'avais l'impression qu'il allait exploser. Ma vision était trouble dû au sang que j'avais reçu en plein visage et sûrement à cause de l'effort que je venais de fournir.

    J'avais gagné. Ce jeu était terminé.

    Je ne pus m'empêcher de lâcher un rire nerveux.

    « J'ai gagné. J'ai gagné. J'ai GAGNÉ !! HAHAHAHA !!! Alors ?!!! Qu'est-ce que tu dis de ça espèce de pourriture ?! Je parle bien de toi celui qui nous regarde !! Je l'ai battue ta créature des enfers !! »

    Claria geignait de douleur derrière moi tandis qu'Ophélia pleurait en ayant mis ses mains sur ses oreilles.

    Je me suis retourné vers Haron et Céleste la paire de ciseaux toujours en main. Haron me regardait le visage plein de dégout... et de peur.

    Peur de moi.

    « Qu'est ce qu'il y a Haron.... ? Il n'y a plus rien à craindre maintenant ! On va tous pouvoir partir !! Hahaha !! »

    J'étais encore dans le feu de l'action. Mes rires nerveux étaient incontrôlés, je ne savais pas quoi penser. Je ne savais pas ce que je faisais.

    J'entendis derrière moi Ophélia vomir. Puis elle continua de pleurer en regardant Claria qui n'était cependant toujours pas morte puisqu'elle se lamentait toujours.

    Quelque chose me répondit. C'était des bruits de grésillements :

    « Tu m'impressionnes Sorel... c'est vrai que tu aurais été vainqueur dans n'importe quel autre contexte. Même si tu as sûrement traumatisé toutes les personnes présentes dans la pièce, je pense que tu peux appeler ça une "victoire".

    Mais, je pense que tu oublies quelque chose... »

    Un bruit étrange se fit entendre, comme un hurlement très grave. Cela venait du corps de la fillette.

    « Ce n'est pas terminé. Au contraire... »

    La fillette commença à planer dans les airs, à quelques dizaines de centimètres du sol. Cette situation devient complètement paranormale !

    La tête déchiquetée de la gamine se mit à bouger toute seule. Il y avait des bruits de craquement d'os, ceux du cou. Mais ce qui se passa ensuite fut loin de ce que je pus imaginer :

    Ses blessures se refermaient ! Elles se soignaient même !

    Lorsque j'ai compris ça, je n'allais pas rester là à la regarder bêtement se guérir. J'étais encore sous le choc de ce que je venais de faire mais ça ne m'empêchera pas de la tuer autant de fois que ça sera nécessaire !

    «...c'est maintenant que le jeu commence. Parce que tu comprends enfin contre qui tu vas devoir faire face. »

    Je m'étais approché de la fillette, j'étais à seulement quelques centimètres d'elle quand elle eut un réflexe : elle avait pris les ciseaux que j'avais toujours en main et elle les agrippaient.

    J'étais bloqué dans cette position. La main levé vers elle mais dans l'impossibilité d'infliger un coup, en fait, je ne pouvais plus bouger du tout ! Elle me portait avec la seule force de son bras.

    Elle me prit les ciseaux de force des mains puis avec son autre bras, elle m'empoigna le cou.

    J'étais suspendu dans les airs. À quelques centimètres du sol, certes, mais tout de même en l'air.

    « Relâchez le ! Relâchez le !! *snif* » hurla Céleste en s'approchant.

    Je ne pensais même pas qu'elle dirait quelque chose à ce stade-là... après m'avoir vu poignarder à trente-deux reprises une gamine qui doit avoir la moitié de mon âge...

    La fillette pointa les ciseaux vers Céleste qui avait voulu se rapprocher ce qui la dissuada d'intervenir.

    Je ne pouvais même plus respirer, son emprise était tellement forte.

    « Lâchez le ! Par pitié ! Ne tuez pas mon maître !! Je vous en supplie ! »

    La voix de Valya était étouffé à cause de ses sanglots. Je pouvais à peine l'entendre.

    Mais je pense que c'est la dernière fois qu'elle aura pu m'adresser la parole :

    la fillette, les ciseaux dans la main qui ne me tenait pas, dirigea son arme vers mon visage puis l'enfonça avec une énergie impressionante.

    Je ne pouvais même pas crier.

    La douleur était encore plus odieuse que la "dernière fois" mais je ne pouvais pas crier.

    Ses gestes à l'intérieur de mon orbite oculaire était bien plus vigoureux mais je ne pouvais pas crier.

    Sa lame était allé bien plus profondément accentuant le supplice que je vivais mais je ne pouvas pas crier.

    Ce qui me faisait encore plus mal, plus même que la douleur que je subissais, c'était les cris de Valya que j'entendais de moins en moins. En fait, tous les autres hurlaient aussi de peur, de dégoût, d'angoisse...

    L'ambiance sonore de la pièce était proche de celle de l'Enfer.

    Des cris, des pleurs, des appels à l'aide... c'est tout ce que j'arrivais à peine à percevoir au-delà de la torture physique que je subissais.

    La fillette retira l'oeil, comme la "première fois". De mon seul oeil valide, je pouvais apercevoir l'extase dans son visage. Une extase intense, à la limite de l'orgasme... ce qui n'était même plus étonnant pour moi.

    Je commençais à perdre connaissance. Ou peut-être que je mourais ? Je ne pouvais pas y réfléchir de toute manière et de plus, même face à la vue de mon oeil, je ne pouvais pas crier.

    Toutefois, la gamine m'acheva d'un coup de ciseaux bien placé dans la gorge. Comme la "première fois". Puis elle me laissa tomber.

    Je ne ressentais plus rien si ce n'était les affres du désespoir que je traversais ou bien la souffrance physique de mon oeil, de ma gorge et un peu de mon épaule dû à la légère chute.

    Et je ne pouvais plus crier maintenant.

    Mon regard se troubla de plus en plus, j'étais emporté vers l'au-delà.

    « Sorel !!!! So-*snif*rel... reviens ! Tu es un mage ! Tu peux te soigner ! Je-je vais t'aider... ! »

    Valya appuya de ses mains sur ma blessure à la gorge mais... je ne ressentais plus rien tant mon état était... désespéré.

    « Je te soignerais... ! *snif* je te le promets ! *snif* On s'en sortira ! Je... »

    Je reviendrais de toute façon.

    « Je serais à tes côtés jusqu'au bout ! Je ne laisserais pas mon maître mourir comme ça... ! »

    Ma mort est complétement réversible.

    « Pourquoi ?! Pourquoi tu ne te réveilles pas ?! Pourquoi *snif* pourquoi tu ne te relève pas comme tu l'as toujours fait ?! »

    Je serais là.

    « Reviens Sorel ! Reviens !! REVIENS !! »

    Ce dernier hurlement de désespoir fut la dernière chose que je pus entendre. Pourquoi s'inquiéter de toute façon ? Puisque ce n'est que temporaire.

    *bzzzt*

    Une vibration. À mon poignet droit. Puis ces mots :

    « Ben voyons. Et tu continues... si les gens te détestent, c'est qu'il y a une raison. Tu n'as jamais essayé de changer ton caractère ? Ta façon d'agir ? »

    Ma vision se trouble de nouveau, est-ce que je suis toujours affaibli ? Non. C'est impossible puisque je suis "revenu".

    « Alors au lieu de touj- »

    Claria s'arrêta net de parler. Son regard prit une tout autre allure :

    « Tu... pleures... ? »

    Ah... C'était donc ça le flou dans mes yeux.

    Pourquoi est-ce que j'en viens à verser des larmes ? Pourquoi est-ce que je suis aussi fragile que ça ? Je dois faire en sorte que les autres aient confiance en moi, qu'ils voient en moi une personne sur laquelle ils peuvent compter. Je suis obligé, la situation ne me laisse pas le choix.

    Alors pourquoi est-ce que je me montre aussi... vulnérable ?

    Les mots de Valya me revenaient en tête. Elle avait eut peur pour moi, elle avait été plus que triste de me voir mourir. De ne rien pouvoir faire. Mais moi, je n'avais rien ressenti. Je l'ai dis après tout : « Je reviendrais de toute façon. »

    Alors à quoi bon être triste de la voir s'inquiéter pour moi ?

    Est-ce vraiment ça que j'avais pensé ? Cela explique pourquoi je n'avais même pas été inquiet de sa réaction. Aucune de leur réaction ne m'avait rien fait. Je suppose que mes émotions se manifestent maintenant. J'avais vu que Valya tenait vraiment à moi, que Céleste avait essayé de me sauver, que Haron avait voulu les protéger malgré son handicap.

    Tout le monde s'était surpassé, et pourtant, je n'avais rien ressenti. Puisque de toute façon, j'allais recommencer si je mourrais.

    Alors à quoi bon continuer ce jeu ? À quoi bon continuer de mourir pour de toute façon recommencer ? Où est l'interêt là-dedans ? Ma mort n'a plus aucune importance. Elle sert juste à revenir en arrière. Comme un "point de sauvegarde". Ce n'est qu'un prétexte pour continuer le jeu. Rien de tout cela n'a de sens.

    « Sorel ? Qu'est-ce qui t'arri- »

    Furent les derniers mots qui m'étaient parvenus avant que je ne m'écroule par terre.

    J'en ai déjà marre de tout ça. Je ne veux plus continuer.

    Je veux arrêter : mourir, puis ne plus recommencer.
  • Bonsoir à tous (ou bonjour si vous lisez ça la journée, peu importe x))

    Le prochain chapitre arrive demain, et celui-ci sera plus court que le 12.
    Le chapitre 12 était aussi long car je pensais qu'après 1 mois d'absence, il fallait en quelque sorte que je "compense" le manque de contenu. Mais je me suis rendu compte que de trop gros chapitres ne donnent pas toujours forcément envie de les lire ce que je comprends totalement.

    Au final, le meilleur format pour moi est "chapitre plus court mais plus régulier" et c'est ce que je vais essayer de faire dès à présent.

    À très vite ! ;)
  • bonjour , bonsoir je tiens a dire que je n'ai pas fait beaucoup d'apparition dans les commentaires c’est dernier chapitre et je tiens a m'excuser pour se manque d'attention envers l'auteur car je pense qu'il ou elle mérite d' être plus soutenue car son histoire et vraiment appréciable donc voila .. MERCI !!! SoftPIxels pour tous c'est super chapitre MERCI !!!
  • août 2018 modifié
    Bonsoir, (ou bonjour... bon je ne vais pas faire la même remarque à chaque fois x))
    Tout d'abord, merci beaucoup Adra pour ton commentaire, il m'a fait énormément plaisir ! :) Tu n'as pas à t'excuser car je ne t'en veux pas du tout. Rien que le fait que tu postes ce commentaire compte pour moi ^^
    Bref, comme je l'ai promis, voilà le chapitre 13 de Chroptivum. Bonne lecture à tous et à très vite ;)


    13 - Sujets d'attention.

    « S-son masque... ? Qu'est ce que vous voulez dire en employant ce mot ? »

    Mayolia avait sur son visage une expression à la fois interrogative et surprise. Elle venait de poser sa main sur sa bouche, l'air pensive. Puis, comme si elle venait de se rendre compte qu'elle venait d'offenser son interlocuteur, Mayolia joignit ses mains entre elles puis bafouilla :

    « En-enfin si vous voulez bien me le dire... je ne veux pas du tout m'immiscer dans votre vie privée ou quoi que ce soit... »

    Aris poussa un soupir tout en baissant les yeux :

    « Non... je ne vais pas dire que ce n'est pas grave mais si j'en viens à l'évoquer, c'est que je l'ai choisi. »

    Le policier posa sa main sur son épaule puis marmonna, l'air embarrassé :

    « Vous n'êtes pas obligé, nous le savons que votre soeur à... ahem... disons quelques problèmes mais en parler ne fera que vous attrister davantage. Vous et votre mère en ont déjà fait les frais pas vrai ? Souvenez vous de ce qu'elle vous a dit-

    — Je sais bien... "Ressassez le passé ne fera qu'empirer l'avenir." Sérieux... combien de fois je l'ai entendu cette phrase...

    — E-excusez moi, mais je ne suis pas d'accord avec ça ! »

    Mayolia, en prononçant ces mots venaient d'attirer l'attention des deux hommes :

    « Pardon ?

    — Je... je ne sais pas ce que vous avez vécu mais laissez moi vous dire que vous avez tort. Il ne faut jamais oublier ce que l'on a vécu, en particulier quand ce fut éprouvant car... c'est-c'est ça qui nous rend plus fort ! C'est ça qui construit ce que nous sommes !

    — Eh... ne commences pas avec des phrases philosophiques. Ça me donne mal au crâne...

    — Je ne faisais que vous faire part de mon avis. »

    Aris poussa de nouveau un soupir, bien plus profond cette fois, puis il s'addressa a l'agent :

    « Monsieur, vous dites qu'il y a d'autres disparitions... est-ce que ce sont encore des jeunes ? »

    Le policier se gratta nerveusement les cheveux puis répondit, toujours l'air penaud :

    « Non seulement oui mais en plus, il y a également des adultes en plus de votre mère. Je ne sais pas qui est derrière tout ça mais organiser près d'une dizaine d'enlèvements en une journée, c'est vraiment très fort... et très inquiétant surtout.

    — Une dizaine ?!! s'étonna Mayolia.

    — Raaah... je le sens d'ici les remarques des habitants comme quoi "la police est inefficace", je n'ai jamais vu ça de toute ma carrière !

    — Est-ce que vous avez une piste ? demanda Aris.

    — Eh bien eh bien... vous êtes détectives maintenant ? Si vous tenez vraiment à le savoir, nous allons procéder à pas mal d'interrogatoires pour voir si il y a eu des suspects pour un des enlèvements, nous allons également interroger les proches et nous intéresser au cas des disparus... peut-être que nous trouverons des indices.

    — J'espère aussi... »

    Aris fourra les mains dans ses poches puis marmonna, sûrement pour lui même :

    « Claria... où que tu sois, fais tout pour retenir ton masque. Ne les laisse pas voir... je t'en prie. »


    "Nom : Aftovma; Moment et lieu de la découverte : après l'évènement du 18 aôut 2018 dans l'enceinte du bâtiment;

    Description : Aftovma est un esprit errant dans le bâtiment depuis sa création, il est supposé que celui-ci est là depuis bien plus longtemps. Sa particularité est qu'il peut prendre le contrôle de l'esprit des personnes dites "sensibles" afin de
    -

    Raaah ! Sérieusement ?!

    Je viens de trouver ce bout de papier dans un angle d'une des pièces que nous traversons depuis tout à l'heure, déjà que cet endroit est flippant, si en plus les écrits que l'on y trouve sont clichés à ce point...

    Et puis il y a Sorel ! Pourquoi il s'est écroulé quand je lui faisais la morale ?! Il n'aime pas à ce point ? C'est pas comme si j'étais méchante de toute façon, bien qu'il pleurait pour une raison que j'ignore...

    Ça doit faire une éternité qu'Haron et moi nous nous relayons pour le porter. Et il porte son poids le bougre !

    Me voilà à parler comme une vieille personne, je crois que la télé de toute à l'heure m'a infecté avec sa vieillerie. Haha, "le bougre", j'aime bien ce mot en fait...

    Bon, faut que je me reconcentre et surtout, que je prévienne les autres :

    « Eh, pssst ! Viens voir ça ! »

    J'ai chuchoté en direction de Céleste puisqu'elle était juste à côté de moi. Nous étions cachés dans une pièce proche du premier couloir, comme une espèce de salle de réunion. Un truc de vieux encore...

    J'ai un problème avec ça moi !

    « Qu'y a t'il Claria ? Vous êtes fatiguée ? me demanda Céleste à qui j'avais envie de retourner la question à l'entente de son ton de voix bien plus faible que d'habitude.

    « Nan, t'inquiète pas ma Céleste ! Je fais du sport très régulièrement tu sais ! Bon, je dois quand même avouer que porter un garçon qui pèse sûrement quatre vingts kilos, au bout d'un moment, ça fatigue mais ce n'est pas de ça dont je voulais te parler...

    — Vous avez trouvée quelque chose ? »

    Héhé, décidément, on ne peut rien te cacher à toi ma petite loli !

    « Yep ! Regarde. »

    J'ai tendu le papier vers Céleste qui le prit délicatement dans ses mains pour commencer à le lire :

    « Vous avez trouvé quoi ? »

    Haron, qui avait l'oreille tendu vers la porte s'était tourné vers moi pour me poser la question. Ophélia quant à elle était assise près de lui à faire je ne sais quoi. Vu qu'elle garde les yeux fermés depuis tout à l'heure, elle se repose peut-être...

    « Un papier avec des trucs bizarre dessus, ça parle d'esprit.

    — D'esprit... ? Mais ça n'existe pas voyons...

    — Ben regarde ! Toi aussi Ophélia ! »

    Ophélia ouvrit les yeux instantanément, puis se tourna vers moi :

    « Vous parlez de fantômes ?

    — Nan, d'"esprit".

    — Hmm... C'est la même chose je trouve. »

    Je ne pense pas mais je m'en fiche pas mal en fait. Je m'y connais pas trop en paranormal, je trouve que c'est le genre d'histoire que je peux raconter à des gens sans que j'ai moi même peur car je n'y crois pas du tout. C'est assez ridicule.

    « Hmmm... pourquoi est-ce que nous ne voyons pas ce que fait cet esprit ? Il y a une sorte de gribouillis.

    — Ouais ! Et c'est vraiment cliché pas vrai ? »

    Céleste ne savais pas quoi me répondre alors elle hocha simplement la tête.

    « Tout de même, cela me tracasse... il pourrait être dangereux. Je suis même sûre qu'il l'est.

    — Attends Céleste, rien ne nous dit que c'est vrai. Ce type est assez tordu pour nous enfermer ici, il peut laisser ce genre de chose pour nous faire peur. »

    Héhé, Haron n'a pas l'air d'apprécier en tout cas. Je crois que je suis la seule qui n'a pas du tout peur de son truc.

    « Permettez moi d'en douter Haron. C'est bien trop complexe pour être inventé de toute pièce. Même si j'ai tout de même du mal à y croire, l'incident de toute à l'heure me pousse à penser le contraire. »

    Céleste ne s'en est toujours pas remis à ce que je vois. Je veux dire, c'était mon idée et je pensais bien faire : j'avais mis une alarme à minuit trente dans l'infirmerie pour attirer la fille là-bas mais au final, on a fini par entendre d'énorme coups dans le mur. Comme si elle s'était énervée sur quelque chose...

    J'ai eu les chocottes à ce moment là... Brrr, rien que d'y repenser, ça me fait des frissons.

    Du coup, on est resté dans une des nombreuses pièces en se faisant les plus silencieux possible, et au bout d'un dizaine de minutes, elle s'est calmée toute seule. Quand même, il y a quelque chose qui me tracasse toujours : pourquoi mon téléphone a augmenté de volume tout seul ?

    C'est ce qui avait énervé la fille, le son assez fort l'avait attirée vers l'infirmerie mais ça n'avait pas du tout l'air de lui plaire.

    "Faut croire qu'on a pas les mêmes goûts musicaux..." était la chose que j'ai pensé au début mais au final, j'en ai déduis logiquement que c'était le bruit qui l'avait autant dérangé.

    « Bon, imaginons que ça soit vrai, et alors ? Y'a pas eu de traces d'esprit jusqu'à maintenant.

    — En même temps, ça ne fait même pas une nuit que nous sommes là... rétorqua Ophélia.

    — M'ouais... mais cet endroit me fiche déjà bien la chair de poule. Faut se serrer les coudes ! »

    Même si je ne le montre pas trop pour rassurer les autres, j'étais un peu effrayée de tout ce que nous vivions. Et c'est pas avec un "maître du jeu" pareil qu'on va pouvoir être rassuré...

    « Moi de même... Au fait, comment va Sorel ? »

    Céleste posa la question l'air de rien mais ça faisait quatre fois depuis qu'il s'était évanoui, d'ailleurs, ce type est toujours en train de se la couler douce pendant qu'on se démène à le porter avec nous !

    « Encore ? T'es si inquiète que ça ? »

    La question d'Haron n'eut pas l'effet que j'attendais de la part de Céleste, moi qui croyais qu'elle allait être gênée, elle a simplement répondu :

    « Vous dites que je suis inquiète ? Bien-sûr que oui ! Et ce n'est pas parce que c'est lui spécialement, cela aurait été n'importe lequel d'entre vous, j'en serais aussi soucieuse. »

    Ooooh... moi qui voulais la taquiner sur ça, je ne pense pas que ça sera possible.

    « Alors ? Il respire toujours au moins ? »

    Céleste s'était tournée face à moi :

    « Quoi ? Tu veux que je vérifie ?

    — S'il vous plaît... »

    Céleste avait pris une intonation si douce, elle avait tellement l'air inquiète...

    Raaah ! Comment résister à une fille aussi mignonne qu'elle ?! J'aurais tellement voulu l'avoir comme petite soeur !

    Bon, je me suis quand même calmée et je me suis approchée du corps inconscient de Sorel.

    Je me le trimballe depuis plusieurs heures je crois... dire qu'on aurait pu chercher un peu plus les environs, ce papier est le premier qu'on trouve après autant de temps. Faudrais qu'on s'y mette sérieusement.

    Regardez moi ça : un bébé qui dort paisiblement ! Dire que t'as le privilège d'être sur mon dos ! Franchement, depuis ce que tu m'as dis dans la pièce du... du pendu, j'ai commencé à te haïr. J'ai rarement l'occasion de détester des gens et tu es bien le premier ! Ou plutôt le deuxième...

    Je m'égare... je m'égare bien trop. Mais c'est ce que j'ai envie de lui hurler. C'est ce que je ressens.

    J'ai pris son poignet droit pour prendre son pouls : celui-ci est toujours normal comme les autres fois.

    Ce garçon est bizarre quand même, il porte des espèces de mitaines. Il ressemble un peu à quelqu'un qui ferait du cosplay. Mais tout le temps. En plus d'être un mauvais menteur, il est constamment déguisé.

    Enfin, si ça se trouve, il a été capturé comme ça. Peut être qu'il s'amusait avant que ça arrive... ?

    Nan, nan. Il nous l'as dit, il a été enlevé en rentrant du travail donc il s'habille comme ça quotidiennement. Bah, qui suis-je pour juger moi aussi ? Il fait ce qu'il veux, même si je dois reconnaître que ça à l'air amusant.

    Je me suis mis à regarder son visage pour voir s'il "dormait" toujours. Ben oui.

    Je me rends compte que je dis "dormir" mais vu la tête qu'il tire, on dirait plus qu'il est en train de souffrir. Il a sous les yeux des espèces de cernes assez marqués, je me souviens qu'il avait dit que c'était à cause des soirées sur les jeux.

    Faut dormir dans la vie quand même... J'étais un peu comme lui avant mais je me prends en main maintenant. Je me souviens que je pouvais passez des nuits blanches à lire quand j'étais au collège. Une grave erreur. Faut pas faire ça, ça influe sur les notes et sur son bien-être en général.

    Regarde, j'en viens à te donner des conseils alors que tu peux même pas m'écouter. C'est vrai que je le pense de toute façon donc personne ne peut le savoir en fait...

    Tiens, je viens d'avoir une idée :

    Je me suis penchée vers le visage de Sorel pour mettre mon oreille en face de sa bouche, voir s'il respire quand même.

    Affirmatif, infirmière Claria ! Le patient respire parfaitement quoiqu'un peu lentement.

    « C-Claria ? Qu'est-ce que vous faites ?! »

    Hmmm ?

    « Ben je regarde s'il respire... Pourquoi ?

    — R-rien... je pensais que vous vouliez l'emb-b-brasser... »

    J'ai éclaté de rire :

    « Plutôt crever que de ne serait-ce que lui faire la bise.

    — C'est méchant Claria... »

    Haron s'était joint à la conversation comme une fleur :

    « T'es pas censé faire le guet toi ? »

    Haron me regarda avec des yeux fatigués :

    « J'entends ses ciseaux mais ils sont éloignés depuis au moins cinq minutes... alors je m'ennuie vu qu'Ophélia dort.

    — Je ne dors pas. Je... réfléchis. »

    Ah, bah moi aussi j'utilisais cette excuse quand je dormais en cours.

    « Viens réfléchir avec nous alors. C'est pas mieux qu'on soit tous ensemble ? »

    Je préfère quand nous sommes réunis, c'est plus rassurant et ça fait cacher mon angoisse. Ça la fait disparaître même !

    « Si... si vous voulez... »

    Ophélia s'est levée un peu maladroitement pour venir s'assoir à côté de moi :

    « Voilà ! Au moins, je suis pas la seule à surveiller cette feignasse ! » fis-je avec mon plus beau sourire.

    « Je ne pense pas qu'il dorme en fait, il s'est effondré tout à l'heure quand même...

    — Et si il s'était évanoui parce qu'il avait faim ? »

    Haron posa une question qui n'était pas aussi stupide qu'il n'y parait, après tout, y'a pas de raisons à s'écrouler comme ça en plein milieu d'une conversation.

    « Maintenant que tu le dis, je commence à avoir faim aussi... »

    Ophélia se caressait le ventre, tout en grommelant.

    « Non, je disais ça juste comme ça. Désolée de vous faire penser à ça si vous avez envie de manger. Après tout, on ne se connaît pas donc Sorel pourrait très bien être, je ne sais pas... un anorexique ?

    — Ben écoute, on va vérifier ça tout de suite.

    — P-pardon ? »

    La voix interrogative de Céleste me parvint ce qui me fit sourire encore plus.

    J'ai lentement descendu la fermeture éclair de son gilet, puis, j'ai soulevé son t-shirt tout en déclarant :

    « Regardez par vous même, il n'est pas-wow... »

    Sorel est bien plus musclé que je ne le pensais, pour un type qui passe ses soirées à jouer, on dirait franchement le contraire. Est-ce qu'il fait lui aussi du sport ?

    « C-Claria ! Arrêtez ça tout de suite ! Ne vous rendez-vous pas compte du manque de respect que vous lui causez ?! Il est peut-être mourant et vous le déshabiller, non sans aucune honte ! »

    Ah... je crois que je suis allée trop loin en effet. Après tout, je l'aurais sûrement massacrée s'il avait tenté la même chose...

    Je me suis mise à rougir malgré moi tout en me retournant :

    « Désolée Céleste... désolé Sorel... Je m'excuse pour mon comportement. »

    Je rougis parce que j'avais honte devant Céleste. Cette fille peut vraiment avoir un air effrayant parfois...

    « Tant que vous le comprenez... je me disais juste que si j'étais celle inconsciente, je n'aimerais pas que l'on me... que... que... »

    Pour une raison assez évidente, Céleste n'arrivait pas à finir sa phrase.

    « Enfin... voilà ! Vous comprenez ! C'est pour ça que je vous ai disputée Claria. Pardonnez-moi si je vous ai offensée, je voulais que vous compreniez à quel point vous étiez allée assez loin... »

    Même quand c'est moi qui ai tort, Céleste arrive quand même à s'excuser... C'est vraiment l'innocence à l'état pur...

    « Ouais... désolée. Je n'y pensais pas quand je l'ai fait. Je voulais juste détendre un peu l'atmosphère et... plus j'y pense, plus je le regrette. Désolée. »

    Je devrais apprendre à réfléchir avant d'agir parfois.

    « M-mis à part ça, je ne plaisantais pas tout à l'heure quand je disais que j'avais faim. Quelqu'un à une barre de céréale sur lui ?

    — Ah. Malheureusement pour toi, j'en avais une hier soir quand je rentrais des cours mais je l'ai mangée. Je pense qu'on finira par trouver de la nourriture après tout. »

    Ophélia soupira, le visage grimaçant. Je pense qu'il faudrait chercher ça aussi mais ça m'étonnerait qu'on trouve de la nourriture comestible dans un endroit aussi paumé.

    « On cherchera après. Ce n'est pas le plus important dans l'immédiat. »

    Ma voix avait l'air bien trop sérieuse à ce moment. Je pense que la tension vient de monter d'un cran...

    « Enfin, ne vous tracassez pas pour ça. Le type de la télé doit bien avoir pensé à ça non ? S'il en est venu à vouloir nous séquestrer plusieurs nuits, il doit au moins avoir prévu ça ! »

    Tout le monde semblait d'accord avec moi :

    « Ouais... je pense que t'as raison.

    — De même. Je l'espère. »

    Les réponses affirmatives viennent me le prouver. Voilà quelque chose que j'aime voir : de la bonne humeur même dans cette situation ! Il faut toujours rester positif !

    « D'ailleurs, pourquoi vous détestez à ce point Sorel Claria ?

    — Comment ça ?

    — Ben vous dites que vous préféreriez mourir plutôt que de lui faire la bise. Est-ce là une de vos blagues ?

    — Ah ça non. Je ne plaisantais pas que je disais ça, je ne peux pas supporter son attitude depuis tout à l'heure.

    — Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a fait ? »

    Céleste... tu es mignonne oui mais tu peux être assez crédule quand tu le veux...

    « C'est la façon dont il vous ment. Dont il nous ment. C'est là quelque chose que je déteste : les menteurs. Tu ne peux pas savoir à quel point je les hais.

    — Sorel n'a pas l'air d'être un menteur.

    — C'est ce que tu crois mais je peux te l'assurer que quand il disait vouloir vous protéger tout à l'heure, c'était loin d'être honnête...

    — Je comprends que vous n'aimiez pas les mensonges mais de là à les détester à ce point. Qu'est-ce qui vous a fait les détester à ce point ? »

    Je n'ai pas répondu, j'ai simplement tourné la tête.

    « Vous ne voulez pas me répondre ? »

    Toujours rien.

    « D'accord. Je vous comprends. Nous avons tous nos petits secrets. C'est là ce que vous avez dit tout à l'heure n'est-ce pas ? Alors, je ne demanderais plus. »

    ...

    « Quand bien même, je viens de trouver ceci au verso de la feuille que vous avez trouvée. Lisez, c'est assez déconcertant... »

    Céleste me tendit le bout de papier comme si de rien n'était. Cependant :

    « Moi, j'aimerais bien savoir ce que tu nous caches Claria. Tu es toujours si joyeuse, je ne vois pas pourquoi tu cacherais quelque chose... tu viens d'attiser ma curiosité.

    — Hahaha... c'est vrai. Je n'ai pas grand chose à cacher, je n'aime juste pas parler de moi, voilà tout.

    — Tu ne veux vraiment rien dire... ? »

    Je n'ai pas répondu, j'ai commencé à lire le papier à la place :

    « Le 18 août 2018, un évènement tragique eut lieu dans la section C du centre (dernier étage), le matin, trois de nos hommes ont eu des crises d'angoisse. Ils disaient entendre des voix dans leur esprit, leur disant toutes sortes de choses incompréhensibles mais qui, étrangement, les atteignaient moralement. Comme si cette voix les connaissait et savait comment les blesser. C'est en tout cas ce que nous indiquent nos observations.

    Le rapport d'un des médecins indique qu'après une consultation, il les avait envoyés se reposer dans leur chambre, en leur précisant qu'ils avaient dû mal dormir.

    Toutefois, le médecin indique que celui-ci avait finit par être intrigué de cet évènement assez soudain ayant eu lieu sur plusieurs mêmes personnes.

    Celui-ci avait donc décidé d'aller les voir pour les étudier et c'est là qu'il découvrit leurs cadavres à tous les trois dans la même chambre.

    Ceux-ci s'étaient taillé les veines de manière assez profonde jusqu'à provoquer une hémorragie qui fut la cause de la mort. La conclusion fut évidente : un suicide collectif.

    Une enquête eut lieu sans que celle-ci aboutisse. Nous avons fini par admettre que cela pouvait être un phénomène paranormal. Et ceci a été confirmé lorsque
    - »

    Le papier s'arrête là.

    Eh bien... je ne m'attendais pas à ça. Il faut croire qu'ils aiment le suspens ici.

    « Ils nous ont encore fait le coup... cacher la suite comme ça. Ça devrait être illégal.

    — Oui. Mais ce qui me choque, ce sont les évènements narrés ici. Comment trois hommes peuvent-ils se suicider d'un seul coup ? Et puis, quelle est cette histoire de centre ? »

    C'est vrai, il y avait beaucoup de questions d'un seul coup mais cela nous permettra de comprendre dans quelle situation nous sommes. C'est ce que nous a dit ce type, il faut qu'on cherche pour connaître les réponses à nos questions.

    C'est quelque chose de déplaisant en soi, je trouve ça malsain. Nous faire jouer à un jeu de piste pendant qu'on est poursuivi par je ne sais quoi... je doute que cela puisse plaire à quiconque.

    « Ce papier nous dit pas mal de choses mais pourtant, je trouve que c'est pas assez... j'espère vraiment que y'en a d'autres... »

    Oui, je peux paraître assez capricieuse mais bon... ce type aime bien se la jouer "mystérieux" alors j'aimerais qu'il soit au moins clair dans ses indices.

    « Claria... si vous détestez tant que ça Sorel, pourquoi est-ce que vous avez fait mine de... l'embrasser quand il vous a réveillée ?

    Pourquoi est-ce que ce sujet intrigue autant Céleste ?

    — Pardon ? T'as vraiment fait ça ? »

    Eh bien... je crois qu'il faut que je m'explique là puisque mes actes contredisent mes paroles :

    « Franchement Céleste, tu croyais vraiment que j'allais le faire ? Je ne serais pas allée embrasser sur la bouche un garçon que je ne connais même pas. J'ai fais ça pour... m'occuper l'esprit. J'étais totalement confuse quand je me suis réveillée en face de lui alors je me suis dit qu'il fallait que je réagisse d'une manière inhabituelle. Je pouvais le déconcerter et ainsi lui faire croire que je suis une fille inconsciente.

    — Donc, vous avez fait semblant d'agir de manière sotte pour lui faire baisser sa garde ? Et vous y avez pensé en l'espace de quelques secondes ?

    — C'est vrai. Je me suis moi même étonnée de ma réaction mais quand j'ai vu que Sorel n'avait pas l'air méchant, je m'en suis contentée. Après tout, ça détendait l'atmosphère.

    — Pourtant, je me souviens que vous vous êtes disputés quand vous croyiez que Sorel était l'organisateur caché.

    — Dis Céleste, tu me trouves comment ? Est-ce que je suis agréable à vivre ? »

    J'avais pris par surprise Céleste avec ma question, et je fus assez étonnée de la réponse :

    « Et bien... je trouve que vous êtes une fille intrigante mais tout de même amusante. Et puis, l'attention que vous me portez me fait extrêmement plaisir. Mais depuis peu, vous avez changée. Vous êtes passée de la fille joyeuse et pleine d'entrain à une fille froide et assez dure. Bien que cela ne soit qu'envers Sorel.

    — Je te l'ai déjà dit Céleste, si je commence à détester Sorel, c'est à cause de ses mens-

    *bzzzt*

    Une vibration me fit sursauter ce qui me coupa dans la fin de ma phrase. Cette vibration, je l'ai déjà entendue...

    « C'est le poignet de Sorel. Regardez. »

    Céleste s'était penchée vers Sorel pour lui prendre la main droite, puis tout en nous montrant le bracelet, elle déclara :

    « Si nous savions ce que cela signifie, les choses iraient sûrement mieux en ce qui concerne la confiance que nous lui portons. »

    Je ne savais pas quoi dire, alors, j'ai regardée l'heure sur sa main gauche : trois heures du matin.

    C'est sûr qu'il est déjà bien tard. Nous tournons en rond sans réel but depuis tout à l'heure... Il serait temps de quitter la pièce de toute manière, il nous reste deux minutes si je me souviens bien.

    Je me suis rendu compte que Sorel était toujours dans l'état dans lequel il était quand je lui ai manqué de respect, ce que Céleste avait tenté d'ignorer en nous montrant le bras droit. Je me devais de réparer cette erreur.

    Je me suis rapprochée de lui et j'ai remis son t-shirt dans l'état normal dans lequel il était. Et c'est là que je me suis rendu compte d'une chose : Sorel me regardait.

    Il avait les yeux ouverts, des larmes coulaient toujours mais assez légèrement. J'étais à à peine quelques dizaines de centimètres de lui alors nous nous sommes regardés pendant deux à trois secondes avant qu'il ne baisse les yeux puis qu'il prenne la parole d'un air mauvais :

    « Je peux savoir ce que tu me fais ? »
  • Bonsoir les gens ! :)

    Le chapitre 14 arrive demain, il n'y a aucun soucis là dessus.
    J'ai eu un peu moins de temps à cause de mes oraux pour le bac et il y a d'ailleurs le bac blanc qui arrive dans pas longtemps donc s'il y a des gens dans la même situation que moi : courage ! :/

    Enfin bref, prochain chapitre demain donc à très vite ! ;)
  • janvier 2018 modifié
    Bien le bonsoir à tous !
    Comme je l'ai dit hier, voilà le nouveau chapitre de Chroptivum qui est donc le 14ème. J'espère qu'il vous plaira et bonne lecture ! :)

    14 - Mon amertume, la mienne et non celle des autres.

    J'entends une voix.

    Une voix qui m'appelle, me transperçant le coeur. Une voix pénétrant dans les pensées les plus profondes de mon pauvre esprit.

    Mais celle-ci ne semble pas normale, elle... hurle.

    Ce sont des hurlements que j'entends.

    Je ne comprends rien. Plus rien. Et ce depuis le début de cette nuit fatidique.

    Depuis mon retour, je n'ai même plus envie de continuer de "jouer". Je l'ai dit : ce jeu n'a aucun interêt si je sais que je ne mourrai jamais.

    Et maintenant, alors que je suis effondré au sol, je me mets à rêver de ça. Mais... est ce que je rêve vraiment ?

    Ces cris sont extrêmement étouffés, j'arrive à peine à les percevoir. Mais je peux entendre mon prénom, et ce n'est pas la seule chose qui me préoccupe...

    Cette voix me donne des frissons d'effroi.

    Bien-sûr, des hurlements feraient frémir n'importe qui mais... je ne saurais dire pourquoi, l'effet semblait décuplé. Comment est-ce que j'arrive à avoir autant peur d'une voix que j'entends à peine ?

    Ça me fait penser à la silhouette que j'avais aperçu la dernière fois, celle-ci m'était, pour une raison qui m'échappe, très importante et la vue de celle-ci s'égarant dans l'horizon m'avait fortement éreinté le coeur.

    Pourquoi les rêves que je fais ici sont toujours accompagnés d'une émotion forte ? Et pourquoi sont-ils aussi flous ?

    Je n'arrive pas à réfléchir, j'ai toujours les ressentis de ma dernière mort. Je ne pouvais pas crier. Je ne pouvais rien faire, j'étais impuissant. Je ne pouvais que subir silencieusement.

    Mon esprit s'embrouille de plus en plus, cette voix me donne envie de sortir tout ce que je ressens actuellement : peur, stress, dégoût, haine, frustration...

    Tous ces sentiments affluent à l'entente de ces hurlements. Je pense que ce que j'ai ressenti lorsque je suis mort refait surface à travers ce rêve mais... pourquoi est-ce que cette voix me donne autant la chair de poule ?

    Est-ce quelque chose que j'ai entendu lorsque je me faisais tuer ? Est-ce autre chose... ?

    Je n'en sais rien. Tout ce que je demande maintenant, ce sont des réponses à tout cela. Il y a de cela quelques heures, ma vie était normale et maintenant, je subis une torture mentale et physique depuis à peine une nuit !

    Tout ça ne pourrait sûrement jamais se terminer.

    Ces hurlements ne s'arrêtent pas. Ils ne cessent de m'appeller sans que je puisse rien n'y faire. J'ai l'impression... qu'ils ont besoin d'aide.

    Mais si je ne peux aider de simples personnes dans un jeu qui est un huis clos, alors comment suis-je supposé sauver une voix dans ma tête ? Je n'arrive pas à comprendre ce que je vis.

    ...je crois que je viens de penser à quelque chose qui me laisse encore plus dans l'incompréhension : et si ce que j'entends maintenant sont... mes souvenirs ?

    *bzzzt*

    Avant que je puisse réfléchir à quoique ce soit, une vibration me rappela à la réalité. Est-ce que j'étais de nouveau mort ?

    Il fallait sûrement que je réagisse d'une meilleurs manière, que je me force à créer des réactions appropriées. Que je les rassure en jouant mon rôle. C'est ce que je représente ici. Une figure de confiance, quelqu'un qui doit les guider, quelqu'un qui doit prendre les décisions pour le groupe.

    Les bonnes décisions.

    Mais il m'est impossible de faire ça maintenant.

    Mes pensées se mélangent, je pense à ces cris, je pense à cette silhouette, je pense à Valya qui me criait de "rester en vie."

    Je n'ai même pas envie de me réveiller, je sens mes yeux qui brûlent des larmes qui commencent à couler. Je commence à entendre les voix dans la pièce.

    Alors, je suppose que je ne suis pas mort. Mais bon, je m'en fiche. Que je sois vivant ou mort, mes sentiments sont les mêmes : j'ai déjà abandonné. Peu m'importe maintenant.

    Je me force à ouvrir les yeux, c'est assez difficile quand l'envie n'est même pas là mais j'y parviens malgré tout.

    Tout est encore flou alors je me redresse assez lentement pour y voir plus clair.

    Et je vois Claria juste devant moi, le visage bien trop proche de moi. J'ai mis quelques secondes à me rendre compte que j'avais également le t-shirt relevé. De base, je me serais énervé ou j'aurais sûrement été gêné mais là, je ne ressentais plus rien si ce n'est l'envie d'abandonner.

    L'envie de tout arrêter.

    « Je peux savoir ce que tu me fais ? » ai-je demandé tout en me fichant complétement d'une réponse potentielle.

    Claria se recula d'un seul coup, l'air visiblement agaçée :

    « Alors d'abord, c'est pas du tout ce que tu crois hein ! C'est-

    — Je suis censé croire quoi au fait ? Je me fiche de ce que tu me fais tant que ça ne me nuit pas. »

    J'ai tellement une intonation triste dans la voix que Claria en est venu à faire une expression plus douce :

    « Qu-qu'est ce qui t'arrives de toute façon ? Pourquoi tu pleurais quand tu t'es évanoui et... pourquoi même maintenant ? »

    Je ne me rendais pas compte du fait que mes yeux étaient humides, à vrai dire, j'avais perdu toute importance à ce genre de détail.

    « Je ne pleure pas. Je ne pleure jamais. »

    Ma voix trahissait le contraire.

    « Qu'est ce que ça peut te faire de toute façon ?! Qu-

    — Soreeeeel ! J'ai eu tellement peur pour mon maître !! Ne me refais jamais çaaaa ! »

    Je n'avais même pas remarqué Valya juste à côté de moi, celle-ci avait les poings serrés. Elle aggripait fortement son haut en tremblant.

    « Qu'est-ce qu'il s'est passé durant... mon "absence"... »

    Ma question eut plus d'effet que je ne le pensais puisque Valya baissa les yeux sans répondre... et étonnament, celle qui répondit fut Céleste :

    « Elle est restée très silencieuse tout le long, à vrai dire, j'avais presque oubliée sa présence. Elle s'inquiétait beaucoup vous savez... Mais je suis heureuse de voir que vous allez bien... »

    Céleste avait tourné la tête ailleurs en terminant sa phrase, l'air gênée.

    « Exactement ! J'ai eu tellement peur ! Je croyais que c'était grave mais maintenant que tu es là, je suis rassurée ! Mon maître ne peut pas mourir après tout hahaha ! Je n'ai qu'à le soigner si ça venait à empirer. »

    Ces derniers mots me firent un pincement au coeur.

    J'étais déjà trop embrouillé pour penser à quoique ce soit maintenant, j'étais trop préoccupé par cette voix qui m'avait rappelé la silhouette : quelles en sont les significations si ce sont des souvenirs ? Je n'ai jamais vécu une chose pareille mais je ne vois pas d'autres explications.

    À moins que je me mette à avoir des hallucinations... que je me mette à devenir aussi taré que cet endroit.

    « Enfin bref, je ne sais pas ce que t'essayais de faire à me déshabiller mais sache que je ne suis pas consentant. »

    Mon ton de voix bien trop sérieux pour ce qui ressemble à une plaisanterie fit grimacer Claria :

    « Mais puisque je te dis que je n'allais rien faire... c'est disons un enchainement d'événements qui ont conduis à- oh et puis zut quoi ! Je t'ai portée durant pratiquement trois heures alors soit au moins reconnaissant ! » cria presque Claria tout en me pointant du doigt.

    « Vous auriez juste dû me laisser... » ai-je marmonné assez bas.

    — Quoi ? Qu'est-ce que t'as dit ? »

    Soupir de ma part.

    « Rien. »

    Quand je me rends compte que je n'arrive même pas à m'attacher à ces personnes... leur mort est quelque chose de certes horrible à voir mais cela me marque par la violence de l'action et non par l'action en elle même.

    Leur décès devient... un détail.

    Alors... pourquoi est-ce que je suis aussi triste ? Pourquoi ai-je perdu toute motivation, toute détermination ?

    « Enfin bref, j'aimerais aussi savoir pourquoi tu t'es effondré par terre. J'ai dû te porter tout le long avec Claria et le faire pendant qu'on entend ces ciseaux derrière nous est assez éprouvant surtout pour moi... Dis nous Sorel, est-ce que tu es quelqu'un qui mange assez ? »

    Haron avait l'air tellement sérieux dans sa question, est-ce vraiment ce qu'il pense ?

    « Mais non ? Maintenant que j'y pense, ça a dû être un manque cruel de mana ! Il faut penser à te recharger voyons ! »

    Valya joignit ses mains tout en me regardant d'un regard inquiet :

    « Ne me refais plus ça... maître. »

    Je ne savais pas comment réagir, beaucoup trop de choses se passaient dans ma tête en même temps et il fallait que je règle chacune de ces choses une par une.

    « Si ça peut vous rassurer, je me nourris correctement. »

    Tous me regardèrent, ahuris :

    « Hein ? Alors pourquoi est-ce qu-

    — Désolé de vous avoir handicapé... »

    Tout en coupant la parole à Claria, j'ai refermé mon gilet puis je me suis relevé pour observer l'endroit :

    Ils étaient dans la pièce de réunion. Enfin, celle qui y ressemble beaucoup. Rien n'avait changé.

    C'est dans cette fameuse pièce que... urgh !

    J'eus soudainement un mal de crâne assez intense, toute la violence de la scène me revint dans le visage de plein fouet. Je suis vraiment censé agir comme si de rien n'était ?

    Et maintenant que j'y pense, je suis sûr que ce sale gosse souriant est par là aussi !

    Je devais avoir l'air étrange puisque Claria le remarqua :

    « Ok Sorel, je sais pas ce qui t'arrives. Tu t'es effondré comme ça au milieu d'une discussion et tu ne donnes aucune explications. Et maintenant, tu agis comme si on nous observait. La fillette n'est pas là, tu sais très bien qu'il faut être silencieux de toute façon. Alors arrête de flipper parce que ça risque d'être c-contagieux après... »

    La voix de Claria eut un léger sursaut sur la fin, je suppose qu'elle a peur elle aussi et c'est normal puisqu'on est poursuivi par un démon ! Une créature à l'apparence de petite fille qui peut se régénérer en plus !

    C'est quoi ce monstre de jeu vidéo sérieusement ?! J'en ai ras le bol de me trouver devant de plus en plus de questions !!

    « Tu peux dire ce que tu veux Sorel mais le fait de t'évanouir comme ça, c'est super bizarre et assez inquiétant... marmonna Ophélia

    — Tu sais ce qui est plus inquiétant ? C'est la situation dans laquelle on se trouve ! J'ai besoin de te rappeler qu'on se fait traquer par une tarée avec une paire de ciseaux et une hachette ?! Tu peux te remémorer le fait que j'ai failli y passer à cause de cette blessure ?! T'as remarqué à quel point on est... complétement impuissant face à elle ?! J'ai l'impression que personne n'a peur ici !! »

    J'ai aperçu Valya baisser les yeux, elle a dû être déçue en voyant que son ami est aussi trouillard...

    Mais je m'en fiche ! Toute la frustration que j'ai accumulée est ressorti, je tuerais presque quelqu'un pour obtenir des réponses !

    « Sorel, arrêtez de crier. »

    La voix douce et mignonne de Céleste contrastait totalement avec ma voix paniqué et grave.

    J'avais envie de lui répondre que j'en avais rien à faire puisque de toute façon, je recommencerais.

    Peu importe la situation, si je meurs, je recommence et c'est tout. Je commence même à ne plus avoir peur de la mort en seulement quelques heures...

    Alors ça sera quoi au bout de plusieurs jours ?!

    « On va tous crever de toute façon. Quoiqu'on fasse, on va tous finir par mourir. Une dernière volonté ? »

    Je crois que je vais devenir fou.

    « C'est quoi ton problème Sorel ?! Tu disais avant de roupiller que t'allais nous protéger et blablabla... t'as déjà perdu toute ta volonté ?

    — J'espère que tu seras la première à mourir. »

    C'est sorti comme ça. Je ne sais pas ce qui m'arrive, je ne sais pas pourquoi je deviens aussi méchant, aussi défaitiste. Je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas comme ça...

    Je ne suis pas comme ça.

    Claria baissa la tête et serra fort les poings mais ne répondit rien.

    « Sorel ! Pourquoi vou-

    — Bah alors mademoiselle l'heureuse ? On l'est beaucoup moins d'un coup quand la réalité de ce monde pourri te frappe en plein visage !

    — Sorel ! Arrêtez !

    — Quand je pense que ce type à la télé a osé dire que tout le monde avait un passé horrible ici ! Hahahaha ! Laissez moi rire ! À gorge déployée même ! Comment une fille comme toi peut avoir vécu des choses inhumaines quand tu n'arrêtes pas d'afficher ce stupide sourire sur ton visage ?! Au moins, quand tu mourras, tu risqueras plus de sourir-

    *BAFF*

    Une violente claque dans le visage interrompit cette phrase dont les mots n'étaient que haine et dégoût, une claque si violente que j'en eu le souffle coupé.

    Sauf que ce n'était même pas Claria qui avait fait cela, c'était Céleste :

    « Ça suffit maintenant. Souhaiter la mort d'une personne est une chose absolument déplorable. Je ne sais pas ce que vous avez Sorel mais si vous êtes là pour nous affaiblir moralement en ne faisant qu'insulter ou manquer de respect, alors vous êtes une personne lamentable. Complètement indigne de votre titre qui est certes quelque chose que vous n'avez jamais demandé. Essayez au moins de vous comporter comme quelqu'un qui pourrait nous protéger ! C'est ce que nous avons besoin, être rassuré et se sentir en sécurité est la chose qui nous permettra de remporter ce "jeu". »

    Je ne savais pas quoi dire. J'étais allé trop loin. J'étais au courant de ça... mais je n'avais pas pu m'en empêcher.

    Et le fait que ce soit Céleste qui m'ait donné cette claque fut si surprenant que je n'ai même pas réagi. Je suis juste resté le regard vers le bas, en ayant honte de moi-même d'une certaine manière.

    Une ambiance pesante régne dans la pièce, l'atmosphère est si lourde et le malaise si présent que ça en devient étouffant :

    « B-bon... est-qu'on peut arrêter de-

    Alors que Valya venait de commencer de parler, une espèce d'alarme se mit à rententir dans la pièce d'une puissance colossale ! Nous nous sommes tous regardés, médusés :

    « Qu'est ce qui se passe ?! » hurlai-je à travers le son qui envahissait toute la pièce et ses alentours dans l'espoir que les autres m'entendent.

    En fait, je n'ai même pas eu besoin de demander, la réponse est venue toute seule.

    « Ça fait combien de temps que vous êtes là ?!

    — Vingt trois minutes, si on se fie à ta montre. »

    Claria me répondit avec flegme. Comme si de rien n'était :

    « Mais bordel ! Faut qu'on bouge là ! On se grouille !! »

    Essayant vainement de diriger le groupe, je me suis précipité vers la porte :

    « Sinon, nous avons trouvé une inscr-

    — Je m'en fous pour l'instant ! Je te rappele qu'on est en grand danger à cause de notre distraction. »

    Provoqué par moi certes. Je ne sais pas de quoi ils parlent mais là tout de suite, je n'en avais pas le moindre interêt. C'est pourquoi j'avais coupé la parole à Ophélia. Il n'y avait qu'une chose qui m'importait en ce moment et c'était ma fuite :

    « Si vous voulez vivre, je vous conseille de vous bouger ! Vous me montrerez ça quand on sera en sécurité ! »

    Un hurlement venant du couloir m'informa du fait que nous n'avions que très peu de temps pour fuir. Elle et ses ciseaux se rapprochaient à une vitesse folle.

    *cliquetis cliquetis*

    Son arme parlait pour elle. Même avec une alarme pareille, ce bruit est audible. C'est vraiment quelque chose de saisissant.

    « Très bien. »

    D'un mouvement ferme, Claria attrapa le bras de Céleste et l'entraîna avec elle à l'extérieur.

    « Dépêchez vous vous autres. Elle est là. Pas loin. »

    Claria ne semblait même pas avoir peur ou ne serait-ce qu'avoir une certaine rancoeur envers moi et vu ce que j'avais dit, cela m'intriguait.

    D'un calme absolument exceptionnel, Claria prit les directives (ce qui devrait être mon rôle je pense) en ordonnant à tout le monde de la suivre de très près.

    « Désolée Haron mais va falloir courir. »

    Haron hocha silencieusement la tête, il faut croire que le calme étrange de Claria avait effet sur tous les autres et ce, malgré le fait qu'une alarme attire la fillette vers nous nous mettant tous en danger.

    Lorsqu'Ophélia sortit de la pièce, Claria lui mit la main sur l'épaule :

    « Tout va bien aller, ne t'en fais pas. »

    Ophélia, ne sachant que dire, hocha elle aussi la tête tout en baissant les yeux puis se mit à se diriger dehors en compagnie de tous les autres.

    Il ne restait plus que Valya et moi dans la pièce, la fillette arrivait de plus en plus vite. Les bruits que faisaient ses ciseaux se rapprochaient de plus en plus. Je pouvais le sentir : elle n'était qu'à à peine plus de dix mètres de nous et elle continuait de courir.

    Elle sera là dans une dizaine de secondes maximum...

    Au moment de sortir, Claria me lança un regard noir de haine.

    Et c'est là que j'ai compris mon erreur : j'ai compris qu'il ne faut jamais baisser sa garde ici. Que mes réactions auront toujours des conséquences à la hauteur de ce qu'elles sont.

    Claria prit un élan en levant ses épaules et en se penchant légèrement en arrière puis m'administra un coup de pied vigoureux dans la rotule gauche.

    Un "clac" très sec se fit entendre à travers l'alarme et les hurlements de la fillette, je la rejoignit très rapidement en sentant la douleur vive et puissante venir de mon genou gauche qui faisait maintenant un angle très inhabituelle.

    Sans comprendre ce qui m'arrivait et surtout sans me laisser le temps de réagir, Claria sortit la seringue qu'elle m'avait montré quand elle m'avait plaqué contre le mur puis me la planta dans la blessure de mon épaule et tout cela d'une vivacité impassible.

    Un autre cri de douleur suivit celui que je venais de pousser à cause de mon genou. Je pouvais déjà voir que je recommençais à saigner, elle venait d'ouvrir la blessure qu'elle avait elle même soigné.

    « Qu'est-ce que tu... fous ?!!! ARGHHH !! »

    Claria fit tourner la seringue dans la blessure accentuant la douleur que je ressentais, cette douleur fit remonter ce sentiment d'adrénaline que j'avais ressenti quand je me suis battu contre Haron. Cela m'avait permis de reprendre l'avantage mais là, Claria m'avait déjà mis hors-service en me brisant le genou gauche.

    Et bordel ! Qu'est-ce que ça fait mal !! C'est ignoble !

    « Claria ?! Que fa-

    Céleste se figea sur place, terrifiée :

    « Qu-qu-quoi ?!!! Mais pourquoi ?! Pourquoi ?!! »

    La voix hurlante de Céleste accompagnait mes gémissements de douleur, je ne savais pas quoi faire entre tenir mon genou ou bien appuyer sur ma blessure pour éviter l'hémorragie.

    « Pourquoi est-ce que vous avez fait ça à mon maître ?! Pourquoi être aussi violente ?! » hurla Valya oubliant le fait que j'avais lourdement insulté Claria il y a de cela quelques minutes.

    Est-ce vraiment pour ces quelques phrases, ces mots stupides qu'elle avait osé faire ça ? Elle venait de me mener à ma perte pour une ou deux phrases. Pour aussi peu que ça, je m'étais condamné.

    « Je... veux voir !! »

    La fillette se trouvait pas loin devant nous, elle venait du côté des chambres donc s'enfuir s'avérait plus simple que si ça avait été l'inverse mais il m'était impossible de me tenir debout à l'heure qu'il est. Mon genou me faisait horriblement mal, les douleurs étaient cinglantes. Elles me lançaient, me faisant trembler. Cette sensation est tellement désagréable que j'en avais les larmes aux yeux.

    Céleste vit la fillette se trouvant devant elle, ou plutôt devant moi maintenant car les geignements que je poussais semblait l'attirer.

    « Eneko vient de trouver sa proie ! »

    Encore ce nom, qui est ce type ? Est-ce que la fillette s'appelle "Eneko" ?! C'est un nom de garçon pourtant...

    Pourquoi réfléchir à des choses aussi futiles quand je suis sur le point de me faire arracher les yeux ?!!

    Il ne me restait qu'une seule chose à faire :

    « À.. l'aide... Aidez moi ! »

    Valya, qui s'était éloignée sûrement par peur que Claria l'attaque, commença à se rapprocher pour finalement se figer de la même manière que Céleste en voyant que la fillette n'était plus qu'à quelques mètres de moi.

    « Par pitié aidez moi ! Je veux pas mourir ! JE VEUX PAS MOURIR !!! »

    Je ne voulais plus ressentir ça. Je ne voulais plus sentir le contact de sa lame avec mon orbite oculaire. C'est une sensation tellement horrible, tellement dérangeante.

    Et une partie de moi s'accrochait à la vie. Appeler ça comme vous voulez, de l'instinct de survie sûrement... je le sais que je recommencerais mais la peur de mourir avait pris le dessus.

    Plus je criais, plus la fillette s'excitait. Et plus elle se rapprochait de moi. Mais je ne pouvais cesser ces hurlements : ils venaient de mon coeur. De ce que je ressentais en ce moment.

    « Claria !! Répondez moi ! Pourquoi avez vous fait ça ?!! » cria Céleste

    Claria ne répondit pas, à la place, elle se tourna vers moi puis avant de partir en courant, me fit part de ces quelques mots :

    « Crève, pourriture de menteur. »

    Claria se précipita vers Céleste puis la pris sous son bras. Celle-ci tentait désespérément de se débattre :

    « Stop ! Stop ! On ne laisse personne mourir ! Espèce de meurtrière !! Claria !! Je... je vous déteste !! »

    Les autres me regardaient de loin, la peur se lisait sur leur visage. Ils voulaient peut-être venir mais la fillette les empêchaient de faire quoique ce soit.

    Céleste, voyant qu'elle ne pourra pas agir à cause de la différence de gabarit évidente se mit à faire quelque chose qui me rappela une de ses anciennes réactions : elle mordit la main de Claria avec une vigueur qui m'étonna de sa part.

    Claria laissa échapper un « Aïe ! » tout en lâchant Céleste qui se mit à se précipiter dans ma direction :

    « Personne ne mourra ! C'est vous même qui l'avez dit Sorel ! Alors je n'abandonnerais personne !! Personne !! »

    Céleste s'approcha de moi qui gisait à terre avec la gamine qui, étrangement, restait près de moi sans pour autant agir.

    Elle ne faisait que rire depuis tout à l'heure, elle semblait savoir, d'une manière ou d'une autre, que j'étais incapable de bouger alors elle se délectait de ce spectacle avant de "passer à table".

    « Je ne veux pas être la complice d'un meurtre ! Jamais je ne pourrais vivre avec ce fardeau ! J'aurais dans ce cas pris la vie d'un autre être humain ! Si jamais Sorel ne peut pas se protéger, alors... je-je le protégerais ! Je réussirais... je réussirais là où j'ai échouée auparavant... ! »

    Comment ça "auparavant" ?

    « Céleste ! Viens par là ma loli ! Tu vas te faire tuer si tu continues et ça, je ne l'accepterais pas ! Laisse le mourir ! Au moins, on pourra sortir d'ici ce matin. On retrouvera notre vie comm-

    — Jamais ! La vie ou plutôt la sienne n'a que si peu d'importance pour vous ?! S'il doit mourir, alors je mourrais aussi ! Je ne pourrais jamais vivre comme ça !! »

    J'étais bouche bée. Je ne savais que dire face à cet acte de courage indigne de moi.

    Céleste s'approcha de la fillette :

    « Vous ! Si vous voulez quelqu'un, alors venez vers moi ! Affrontez quelqu'un de votre taille ! »

    La gamine (Eneko ?) se tourna vers Céleste tout en se léchant les babines.

    « Arrête de jouer les héroïnes Céleste ! Reviens vite ! » fit Claria tout en s'approchant de nous.

    Eneko s'approcha de Céleste, l'air méchamment ravie.

    « Céleste ! Abrutie ! Reviens ! » hurla Claria qui avait l'air d'avoir plus d'importance pour la vie de Céleste que pour la mienne.

    La douleur de mon genou semblait s'amplifier tant et si bien que j'ai choisi de me le tenir tout en gémissant.

    Ce qu'était en train de faire Céleste me touchait, agir de manière aussi courageuse tout en risquant sa vie même après que j'ai été aussi violent et que j'ai reçu une claque de sa part... tout cela n'est pas à la portée de tout le monde.

    Je ne mérite tellement pas de sa pitié voire même de son aide. Comment arrive-t-elle à trouver l'héroïsme de vouloir me sauver ?

    J'étais trop occupé à me tenir le genou, c'est inutile mais je le faisais quand même. Cette blessure est très, très dérangeante à regarder donc j'avais inconsciemment plus mal ici qu'à l'épaule.

    Eneko s'arrêta de rire. "Elle" leva la tête vers Céleste puis hurla :

    « Je veux... voir !! »

    La fillette fit un bond en direction d'une Céleste qui avait l'air de passer le moment le moins agréable de sa vie tout en ayant brandi sa hachette en l'air

    Je n'ai pas réfléchi, ça a été un réflexe :

    de ma jambe valide, je me suis propulsé vers Céleste.

    De manière assez maladroite ce qui fait que je me suis retrouvé plus bas que je ne le pensais mais ça a suffit pour que Céleste ne se prenne pas de coup.

    Oh que non.

    La hachette s'est directement dirigé vers mon visage.

    C'est une chose que je ne pensais même pas possible mais j'avais réussi à la protéger même avec une jambe en moins. Elle ne méritait pas de mourir, je devais au moins remplir mon rôle tout en m'assurant de lui rendre la pareille.

    La hachette se planta littéralement sur le haut de mon visage, pratiquement sur mon crâne.

    J'ai senti une douleur absolument abominable puis un étourdissement extrême. Mais j'ai quand même pu entendre :

    « AAAAHHHH !!!!!!! »

    Qui est le hurlement atroce de Céleste qui a été au premier rang pour le "spectacle".

    Suivi de celui de Valya d'ailleurs qui n'osait même plus approcher. Je l'entendais à peine pleurer, j'entendais à peine ce qui se passait.

    Je souffrais. Horriblement même. Ma vision se floutait de plus en plus, mon ouïe s'amenuisait.

    « Sorel ?! Sorel ! Je suis désolée ! Je suis désolée ! Vous n'aviez pas à faire ça ! J'ai essayé de vous sauver mais je n'ai fait que vous achever ! Je suis désolée !! »

    Céleste continuait de s'excuser entre des sanglots et des bafouillements que je ne pouvais pratiquement plus entendre. Je sens que mon heure arrive... encore une fois.

    « Oh mon... dieu... »

    C'était la voix de Claria, celle-ci s'était approchée près de Céleste pour voir ce qui restait de moi. Elle venait de se rendre compte de ce qu'elle avait provoquée.

    « Céleste... faut qu'on bou-

    — Taisez vous. Je ne veux plus jamais vous entendre ! Meurtrière ! Vous venez de tuer ! Vous venez de prendre la vie d'une personne ! Jamais je ne vous le pardonnerais ! »

    Les hurlements de Céleste étaient si dur à entendre autant pour moi que pour Claria au vu de sa réaction.

    J'avais envie de dire à Claria de me regarder : de se rendre compte du meurtre qu'elle venait de commettre. Si je n'avais pas eu ce "pouvoir", Claria aurait vécu toute sa vie avec mon meurtre sur le dos.

    Mais ici, les règles basiques de la vie comme le concept de mort sont modifiées au gré du véritable "maître du jeu". Toute l'importance de cet évènement s'en retrouve annulée pour être réduit au rang de jouet permettant la continuité de la partie.

    Je n'allais pas être le témoin de la scène plus longtemps. Je ne sentais même plus la douleur et pire : je n'entendais plus rien.

    Oui, j'étais "mort".

    Il n'y avait plus rien, encore une fois, cette sensation de vol étrange. Une sensation inexplicable, et pourtant tellement prenante de par son intensité.

    Je repense à tout ce qui venait de se passer : comment-est ce que j'allais agir face à Claria maintenant ? Elle venait de me tuer. Je ne vois pas d'autres manières que de lui faire la même chose sans qu'elle le sache.

    Par surprise.

    Est-ce là vraiment la bonne solution ? La vengeance ?

    *bzzzt*

    Je sentais la vibration de mon poignet qui venait de se terminer.
  • super! comme toujours ^^
  • Merci beaucoup ! ^^
  • Bonsoir les gens ^^

    Désolé de ne pas avoir donné de chapitres ces temps-ci, mes révisions pour le bac blanc me prenaient tout mon temps...
    Ceci-dit, ça s'est terminé hier donc je peux reprendre l'écriture à mon rythme habituel. Le prochain chapitre sera là d'ici quelques jours.
    Bref, merci à vous de prendre le temps de me lire et à très vite !
  • no problem ^^
  • février 2018 modifié
    Bien le bonjour !
    Enfin le voilà ! Avec tous les events IRL qui me sont tombés dessus, j'ai eu du mal à écrire ces derniers temps mais j'ai le plaisir d'annoncer que le nouveau chapitre est là.
    J'espère qu'il vous plaira !

    15 - Mon aperçu d'un autre monde.

    J'ai été tué.

    C'est arrivé. Ça le devait à un moment de toute manière, vu ma façon d'être alors que nous sommes tous en danger constant et vu comment je ne me soucie absolument pas des autres, il allait bien y avoir un moment où un d'eux se retournerait contre moi.

    Je ne pensais pas que Claria pouvait faire ça. Je ne la croyais pas aussi violente au fond, je ne la savais pas aussi dangereuse et par dessus toutes les personnes présentes, je ne pensais pas que ça serait elle...

    J'avais eu un "avant goût" de quoi elle pouvait être capable lorsqu'elle avait sorti la seringue pour me menacer avec, mais je pensais que ce n'était que du bluff.

    J'avais tort. Elle était totalement sérieuse à ce moment là.

    Je ne peux m'empêcher de me demander : pourquoi ?

    Que lui ai-je fait pour avoir ce soudain changement d'attitude ? Je me rappelle, cela avait eu lieu lorsqu'Haron avait eu sa première crise. Nous l'avions emmené dans la pièce du pendu pour qu'il se repose, et c'est là que Claria a commencé à me détester.

    Je ne me souviens pas d'une chose que j'aurais pu lui dire qui l'aurait vexée à ce point-là. Je n'ai pas l'impression que Claria est une fille qui montre vraiment ce qu'elle ressent.

    C'est assez étrange à expliquer, c'est comme si elle cachait une façade de sa personnalité pour laisser place à un côté plus joyeux pour nous rassurer.

    Je ne fais que des suppositions. Je ne peux pas savoir si ce que je dis est vrai.

    En tout cas, je peux l'assurer : cette fille n'est pas normale et à présent, elle m'effraie. Qui sait de quoi elle pourrait être capable maintenant ?

    Il faut que je trouve les paroles qui l'ont vexée. Mais une chose de sûre, je serais maintenant toujours sur mes gardes avec elle.

    Elle est dangereuse.


    Cette vibration m'indiquait que j'étais de nouveau revenu, que j'étais de nouveau décédé dans ce jeu de la mort. Dans ce jeu où je suis le seul à être au courant du paranormal.

    J'avais toujours les yeux fermés mais je sentais que ceux-ci étaient plus lourd que d'habitude. C'est normal après tout, lorsque je vais les ouvrir, je tomberais nez à nez avec celle qui vient de me tuer. C'était difficile pour moi de me retrouver face à mon bourreau.

    Avoir entendu des hurlements est tellement monstrueux surtout quand il s'agit de ceux de Valya. Jamais je ne l'ai entendu avoir réellement peur, mes taquineries ne comptant bien évidemment pas pour des véritables frayeurs.

    J'y pense : qu'est-il advenu de Céleste après cela ? Comment s'en est-elle sorti ? C'est elle qui malgré le danger évident est venue pour essayer de me "sauver". Je ne blâme pas Valya puisque je la connais : c'est une véritable froussarde de base alors être dans une situation pareille, je n'imagine même pas dans quel état d'esprit elle a dû être...

    J'aimerais remercier Céleste mais ça n'aurait aucun sens. Ce qu'elle avait fait était tellement admirable...

    Mais rien n'aurait de sens dans ce cas là.

    Je le sens : j'ai toujours mon t-shirt relevé pour je ne sais quelle raison. Et je sens qu'on s'approche de moi : j'ai donc lentement ouvert les yeux mais pas entièrement ce qui fait que j'avais toujours l'air de dormir.

    Et j'ai eu un frisson de terreur assez prononcée : comme je l'attendais, Claria n'était qu'à une vingtaine de centimètres de mon visage.

    Je n'ai pas pu m'empêcher de crier :

    « AAHH !

    — WAAAH !! »

    Claria fit un bond en arrière l'arrêtant dans quoique ce soit qu'elle tentait de faire.

    Tout le monde se retourna vers moi :

    « Vous êtes réveillé ?

    — Soreeeeel ! J'ai eu tellement peur pour mon maître !! Ne me refais jamais çaaaa ! »

    Tiens, exactement la même réplique que lors de la "dernière fois". Mais l'entendre me fait toujours ce même effet de pincement au coeur.

    Comme si de rien n'était, Claria se redressa puis se passa une mèche de cheveux à l'arrière de l'oreille, l'air distante :

    « Ça fait un moment qu'on te porte avec Haron et t'es pas léger ! Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Pourquoi tu t'es... Sorel ? Tu m'écoutes ? »

    Non. Je n'ai pas la moindre envie de t'écouter puisque je le sais déjà. Mais surtout, ce n'est pas ça que j'ai envie d'entendre :

    « Laissez le tranquille Claria. Il vient de se réveiller après s'être évanoui, il est donc normal que nous lui laissions le temps de se réveiller. Et puis, si on enlève votre... action, son évanouissement est sûrement dû à "ça". »

    Claria jeta un coup d'oeil vers Céleste puis se retourna vers moi :

    « Est-ce que tu te nourris correctement ? »

    Revoilà cette question. Il fallait que j'y réponde et c'est normal de penser ainsi puisque je me suis effondré devant eux.

    « Euh... ben oui... Je ne suis pas en sous-alimentation ni quoique ce soit.

    Claria n'avait pas l'air convaincue ou semblait ne pas me croire :

    « Tu n'essaie pas de faire de régime ?

    — J'en ai pas besoin, je pense que t'es très bien placée pour le savoir non ? »

    Oui je sais, c'est de la vantardise mais bon...

    Claria se mit à légèrement rougir tout en regardant ailleurs :

    « C-c'est vrai... »

    La voir ainsi est troublant vu ce qu'elle m'a fait subir, même si elle était sûrement mignonne à ce moment là, je n'éprouvais que du dégoût en la regardant.

    « Moi, j'aimerais savoir pourquoi tu pleurais. »

    Ophélia s'était approchée, comme tout les autres en fait, me posant cette question à laquelle une réponse sincère était impossible.

    « Je... je... »

    Les mots se perdaient dans mon esprit. Peu importe les excuses que je cherchais, aucune ne voulait sortir.

    Malgré moi, et surtout totalement contre ma volonté, j'ai sorti cette phrase :

    « J'ai repensé à ma mère... »

    Un silence des plus lourd s'ensuivit, personne n'osait répondre. J'ai de suite regretté ce que je venais de dire...

    « Pourquoi en plein milieu d'une discussion pareille ? Pourquoi pendant que je faisais la morale à Claria ? Je ne sais pas. »

    Valya posa sa main sur mon front :

    « Il ne faut pas penser à ce genre de choses maintenant... cela ne nous aidera pas, bien au contraire... »

    J'eu un sourire nostalgique, surtout parce que la voix de Valya est réconfortante :

    « En parler est bien plus difficile que le plus méchant des boss. Chacun peut avoir sa propre réaction face à un évènement tragique mais je sais que la maman de Sorel est un sujet sur lequel j'évite de m'aventurer et je comprends totalement pourquoi. »

    Valya en avait dit beaucoup sur moi mais... je ne lui en voulais pas vraiment puisqu'elle le faisait avec respect et empathie.

    « Tout de même, cela m'étonne de voir que tu en parles Sorel. Lorsque l'on est que tout les deux, tu abordes rarement le sujet mais en parler permet de libérer ce poids que tu as sur le coeur. »

    Valya soupira :

    « Et Dieu sait que tu en as besoin... »

    C'est presque amusant de voir à quel point Valya me connait mais ici, il y a une différence entre ce que je choisis de dire et ce que je dis.

    « C'est... c'est vrai que tu es orphelin. » répondit Ophélia.

    Mais vous savez déjà ce que je pense des gens qui semble compatir envers ma situation familliale : je ne peux m'empêcher de trouver que ce sont des hypocrites.

    « J'aimerais savoir depuis combien de temps je suis inconscient. »

    Ma tentative de changement de sujet n'eut pas l'effet escompté :

    « ...ça t'arrive souvent d'y penser ? De fondre en larmes comme ça en millieu de journée ? »

    Claria avait cet air très sérieux sur le visage, mais sans la pointe de haine qu'il y avait la "dernière fois". C'était tellement inhabituel de sa part...

    « Réponds à ma question avant. »

    Claria me dévisagea, puis Ophélia répondit à sa place :

    « Tu sais que tu as une montre... je crois qu'il est pas loin de trois heures. »

    Je le savais déjà mais c'était pour amorcer ma prochaine réplique :

    « Alors, si je compte bien, normalement, on devrait se bouger. »

    Ophélia hocha la tête, visiblement mal à l'aise pour je ne sais quelle raison :

    « C'est vrai, mais je suis également curieuse. J'aimerais en savoir plus sur vous Sorel. »

    Qu'est-ce que tu es ? Une psychologue ? Pourquoi est-ce qu'elle dit cela ?

    « J'ai hâte que l'on ait cette discussion. Parce que je pense que tu n'est pas le seul qui a besoin de parler Sorel... »

    Mon regard se tourna vers Valya, qui me souria au moment où nos regards se croisèrent :

    « Allez, il ne faut pas rester là ! » fit-elle presque joyeusement, contrastant avec la réplique.

    Claria n'avait toujours rien dit et Haron se contentait d'observer depuis tout à l'heure, je pense qu'il ne sait pas vraiment quoi dire puisque lui, il a ses deux parents bien en vie même si son père est infâme avec lui d'après ce que je peux me souvenir.

    Je l'ai dis que Claria est dangereuse mais Haron et Ophélia le sont également à leur manière : la tentative de meurtre d'Haron montre sa fragilité émotionnel tandis qu'Ophélia a un caractère difficile même si cela reste calme à ce niveau là depuis que j'ai choisi de jouer le "gentleman" à sa rencontre.

    Mais, je viens de l'apprendre : il faut toujours que je reste sur mes gardes. Alors, je vais garder un oeil sur tout le monde.

    Je sens que je vais finir paranoïaque à ce train là...

    Silencieusement et nonchalament, tout le monde commença à se lever. Nous avions eu une légère discussion très brouillonne mais je savais qu'il ne fallait pas que l'on reste là. Il fallait changer de pièce, et ainsi éviter de se faire repérer par cette alarme assourdissante.

    Tout le monde était levé, Ophélia avait l'air mal-en-point, Haron n'était pas spécialement dans un état qui se doit d'être décrit. Céleste avait l'air inquiète mais c'est surtout Claria qui me dérangeait. Elle continuait de me fixer avec ce regard noir.

    Je l'ai regardé droit dans les yeux :

    « Faudra que tu me dises ce que tu faisais sur moi, le t-shirt relevé et à une distance bien trop personnel. »

    J'arrive pas à croire que je viens de dire ça de la façon la plus stoïque possible. Cela eu pour effet de surprendre mon interlocutrice qui ne fit que détourner le regard, l'air gênée.

    « Au pire, je demande à Valya.

    — Huhu... » répondit celle-ci l'air malicieuse.

    Claria se mit à sourire, pour me lancer, l'air de rien :

    « D'après toi, je faisais quoi ? Ne dis rien Valya s'il-te-plaît.

    — D'accord madame ! répondit Valya le visage toujours autant rempli de malice.

    — Bon Sorel, je ne veux pas t'alarmer ou quoique ce soit mais pouvons nous avoir cette discussion ailleurs ? Il ne faut pas rester là... bien que je ne sache pas ce qui se passerait si nous faisions le choix de ne pas bouger. »

    Moi si Haron... je ne le sais que trop bien. Et de toute manière, je n'avais pas envie de jouer aux devinettes.

    « Relax Haron, regarde. »

    Devant les yeux ébahis de tout le reste du groupe, je me suis dirigé vers le trou dans le mur donnant sur l'autre pièce :

    « Techniquement, c'est une autre pièce non ? Si on interchange durant le temps qu'il nous reste, on passera la nuit tranquillement, pas vrai ? »

    Les autres se sont regardés, incrédules, puis Céleste répondit :

    « Je me doute que cela puisse être aussi facile... mais l'idée n'est pas mauvaise du tout. Malgré l'odeur nauséabonde qui s'en dégage... »

    C'est vrai qu'il y a cette puanteur qui nous piquait le nez dans cet endroit mais le fait est que nous pouvons tromper le jeu. Bien qu'il reste toujours une menace potentielle :

    « Passe moi la lampe Haron. »

    Haron, qui apparemment était celui qui avait la lampe quand Claria me portait, me tendit le téléphone.

    « Tiens d'ailleurs, vous n'avez pas de téléphone ?

    — Moi, je n'écoute que de la musique alors c'est juste un baladeur... fit Claria tout en brandissant son dit-objet de la poche.

    — Le mien n'est plus sur moi. Je ne sais pas où il est mais je suis sûr que je l'avais car dans mon cours de cuisine, je le prends toujours pour prévenir mon père s'il se passe quelque chose. »

    Ils ont du lui prendre... pensais-je.

    « Je n'ai pas besoin de téléphone. C'est com-

    — Hahaha... »

    Un rire d'enfant coupa Ophélia dans sa phrase, la rendant d'un seul coup très nerveuse :

    « C'était quoi ça ?! »

    Tout le monde s'était figé mais pas moi, malgré la peur évidente qui s'emparait de moi, je me suis dirigé dans la pièce voisine avec la lampe que je venais d'avoir des mains d'Haron parce que je connaissais ce rire :

    « T'es où, saleté de gosse ?! » ai-je fait, la boule au ventre.

    C'est l'atmosphère de la pièce plus sa puanteur qui me mettait mal à l'aise. Mais la pièce n'est pas bien grande alors je vais rapidement le trouver.

    J'ai balayé la pièce du faisceau de mon téléphone, cherchant ce sourire malsain. Mais sans rien trouver.

    C'était impossible pour lui qu'il se cache puisqu'il n'y avait aucun endroit où être à l'abri des regards. Si nous venons d'entendre ce gamin, c'est qu'il est là !

    « Attends Sorel ! Comment-est ce que tu sais que c'est un enfant ? Et pourquoi tu t'énerves aussi rapidement ? »

    J'ai ignoré la question de Claria me concentrant sur ma recherche, je cherchais, tournait la tête dans tous les sens de gauche à droite cherchant la moindre anomalie, la moindre présence enfantine.

    « Il a raison de paniquer ! Qu'est ce que fait un gosse ici en plus de la fillette ?! »

    Ophélia avait peur de l'inconnu tandis que j'étais frustré d'entendre ce rire me rappelant la douloureuse épreuve physique que je venais de passer...

    « Calme toi Ophé...

    — ''Ophé'' ?

    — Si cet enfant n'est pas armé, il n'y a aucune raison de s'affoler. »

    Claria avait l'air drôlement sereine...

    « Bonjour... »

    Une voix très basse, comparable à celle d'un chuchotement me fit frémir. Je l'avais senti bien, bien trop proche de moi.

    « Qu'est ce que-

    Avant même que je puisse terminer ma phrase, je sentis quelque chose m'aggriper la main qui ne tenait pas le téléphone. La "chose" n'était pas dans notre champ de vision puisqu'elle semblait éviter le faisceau lumineux d'une manière assez surprenante dans sa rapidité.

    Ce que je sentis était une petite main... absolument glaciale !

    Ça me fit un choc assez violent, une main est toujours plutôt chaude à moins d'être à l'extérieur ce qui n'était absolument pas le cas ici alors je ne comprends pas. Une main aussi froide, ce n'est pas normal.

    Cette petite main se referma fermement sur la mienne puis j'entendis à nouveau ce chuchotement :

    « Regarde. »

    Et c'est là que ça a commencé : je me suis retrouvé... ailleurs.

    Je ne peux pas l'expliquer autrement, je n'étais pas "ailleurs" à proprement parler mais pour commencer, j'étais tout seul. Il n'y avait même pas Valya qui pourtant reste toujours assez proche de moi. Tout le monde avait disparu !

    Si je devais définir l'endroit où j'étais, ce serait une version "démoniaque" de l'endroit où nous sommes actuellement : tout est extrêmement sombre, pas par l'obscurité mais par une sorte de brouillard extrêmement épais.

    Mais le pire et c'est la première chose que j'ai remarqué puisqu'on ne peut entendre que ça, ce sont les hurlements.

    Des centaines, voire peut être même des milliers. Il y en a partout ! Ils sont omniprésents !

    Des sortes de souffles me traversaient le corps me procurant une sensation glaciale comparable à celle de l'enfant.

    Cependant, pour une raison qui m'échappe toujours, je me suis mis à angoisser bien plus que je ne le pensais : tout ces cris, cette vision démoniaque de cette situation encore plus inexplicable que celle dans laquelle je suis, tout cela me rendait affreusement anxieux.

    À chaque fois que cette sensation de froid me traversait, je pouvais entendre comme des chuchotements. Tellement embrouillés que je ne pouvais comprendre aucun d'entre eux mais ils semblaient directement s'addresser à moi.

    Je ne sais pas si c'est moi qui suis complètement dingue ou si c'est ce gamin qui à fait ça mais une chose de sûr : ce que je ressentais était réel. Ma peur, mon angoisse grandissante envers cet endroit... tout cela n'était en rien une illusion.

    Je voulais de l'aide, je voulais que quelqu'un me sauve de ce véritable enfer ! Mais... ma bouche ne me répondait plus.

    Je ne pouvais ni parler, ni bouger. J'étais complètement figé sur place !!

    Que... que quelqu'un me sauve... par pitié... !

    Mon coeur accélère, de plus en plus vite. Je suis confronté une fois de plus à une situation mettant mes nerfs à rudes épreuves.

    Je crois que je n'ai jamais eu autant de frayeur de ma vie sur une période de même pas une nuit ! Cet endroit est... hanté ! Je ne vois pas d'autres mots ! C'est du paranormal ce qu'il se passe ! Bien évidemment que ça l'est avec des remontées dans le temps et ce qu'il se passe actuellement ! Et, à l'inverse des fictions où le paranormal est... normal justement, je n'ai absolument aucune explications sur ce qu'il se passe !!

    « Pourquoi ça m'arrive ?! Pou-

    — Sorel... »

    Une voix, assez profonde et grave semblait provenir directement de mon esprit :

    « Pourquoi continuer ? Pourquoi recommencer à chaque fois ? En sachant que tu mourras de toute manière. N'en as-tu pas marre de toutes ces souffrances que l'on t'inflige ?!

    — Qui... qui êtes vous ?!

    — Je suis celui qui te délivrera. »

    Ce qui s'ensuivit fut une longue série de phrases répétées bout à bout et presque imperceptible, mais pourtant, j'arrivais à les comprendre.

    Et je me sentais... beaucoup mieux.

    Une agréable sensation me parcourait désormais le corps, j'étais confus, bien évidemment, de passer de la souffrance à la relaxation mais je m'en fichais pas mal. Je me sentais... presque heureux.

    « Hahaha... HAHAH-

    *baff*

    Une claque assourdissante me fit... "revenir".

    Je pus voir plusieurs choses : tout le monde semblait très effrayé de moi, ils étaient tous à quelques pas de moi, et je me suis rendu compte que c'était Haron qui venait de me mettre cette gifle.

    « Je prends ça comme une vengeance personnelle. » fit-il, l'air un peu essouflé.

    — Qu... qu'est ce qu'il s'est pass- aïe ! »

    J'avais, sur les ongles, des marques ensanglantés. Et je pouvais directement en deviner la provenance :

    « Maître... ton cou... »

    Valya me fit la remarque que j'avais, malgré moi, déjà remarqué : mon cou était lacéré.

    Pas très profond donc cela restait relativement sans danger mais... le fait est que je me suis infligé ces blessures.

    « Pourquoi ? Qu'est ce qu'il vient de se passer ? »

    Haron me fixa, ouvrant et refermant sa main :

    « J'ai pas l'habitude de frapper des gens et voilà que ça m'arrive deux fois cette nuit... y'a vraiment quelque chose qui va pas chez moi.

    — Pourquoi est ce que j'ai mon cou comme ça ? Valya ? Qu'est ce que je me suis fait ?!

    — Ah... Eh bien... »

    Valya semblait hésitante, quelque chose voulait sortir mais elle semblait le retenir :

    « Tu viens d'essayer de te suicider en te décapitant. »

    Ce qui est bien avec Claria, c'est qu'elle ne tourne pas autour du pot et c'est comme ça que j'ai compris la réaction des autres :

    « En voyant ça, Haron a eut le bon réflexe de te remmettre les idées en place parce que t'as une sacrée poigne !

    — Dès que vous avez été touché, vous avez commencé à... respirer très rapidement et à... prononcer des choses imcompréhensibles fit Céleste tout en reprenant son souffle.

    — Et c'est là que tu t'es griffé le cou. »

    Claria me lancait des regards de dégoût :

    « Il se passe toujours des trucs bizarre avec toi... »

    Et est-ce que c'est de ma faute si je me prends tout dans la tronche depuis le début ?! J'aimerais bien t'y voir toi !

    « Tu t'évanouis comme ça en me parlant et là, c'est de l'auto-mutilation que tu nous fais ?

    — C'est pas moi ! Tu crois vraiment que j'irais m'infliger ça ?! C'est ce gosse ! C'est lui qui m'a fait faire ça ! Il m'a possédé ! »

    Bien évidemment, ça n'avait pas de sens d'une oreille objective mais comment pouvais-je le formuler autrement ?!

    « Sorel... ! Calmez vous ! Vous avez été victime d'un choc ! Il faut avant tout que vous gardiez votre calme et-

    — Que je garde mon calme ?! Comment tu veux que je "garde mon calme" quand un gamin me possède et m'emmène je ne sais où ! Regarde ! Je viens de me faire ça sur le cou ! Et tu veux que je garde mon calme ?! »

    Céleste ne répondit pas, à la place, Valya prit la parole :

    « Qu'est ce qu'il t'es arrivé ? Est-ce que ça va mieux ? »

    Le regard soucieux de Valya me calma un peu bien que j'étais toujours sous le choc de ce qui venait de se passer :

    « Céleste et Claria ont toutes les deux essayées de t'empêcher de te faire ça mais tu étais bien trop résistant. C'est là que j'ai eu l'idée de cette gifle, chose qui t'a apparemment enlevé cet état de "folie" dans lequel tu étais. »

    Claria se frotta l'épaule droite, puis marmonna :

    « Il fait mal le bougre... »

    Puis elle eut un léger sourire que je ne compris pas vraiment sans que j'y prête trop d'importance non plus.

    Ce sourire dura une seconde avant de reprendre sa forme initiale :

    « Bref, on est bien dans une autre pièce non ? Donc on est en sécurité ! »

    Les autres hochèrent silencieusement la tête :

    « Ça ira mieux, Nightsillusion ira toujours mieux !

    — Na- quoi ? demanda Ophélia dont le visage exprimait parfaitement "l'imcompréhension".

    Je me mis à rougir, sûrement parce que je n'avais pas l'habitude d'entendre mon nom de jeu alors qu'on est avec d'autres gens, inconnus qui plus est.

    « Non rien... je... vous en parlerai lors de la discussion ok ? »

    Ma pression artérielle redescendait, je commençais à me calmer :

    « D'accord...

    — On s'en fiche pour l'instant. Sorel ! Faut qu'on te montre ce qu'on a trouvé dans cette pièce il y a quelques instants.

    — Et c'est quoi ? Un bout de papier avec tes plats préférés dessus ?

    — Épargne moi ton ironie. C'est quelque chose qui me fait te croire quand tu me dis avoir été possédé. »

    Là, elle avait toute mon attention :

    « Pardon ?!

    — Exact ! Et tout ça me fait penser qu'en fait, ce jeu qu'organise ce type n'est pas juste un jeu où nous devons nous entretuer. C'est bien plus que ça.

    — Abrège ! De quoi tu me parles ? »

    Claria me tendit un bout de papier (j'avais donc raison sur un point) mais les inscriptions semblaient plus longues qu'une simple description sur quelqu'un :

    « C'est de ça que je parle ! »

    Céleste toussa pour avoir l'attention de tout le monde puis elle prononça lentement ces mots :

    « Il y a dans ce bâtiment un esprit errant. Et j'ai bien peur qu'il peut faire en sorte que nous mettions... fin à nos jours. »

    Son ton de voix avait pris une allure plus grave montrant son sérieux total, elle reprit son souffle puis conclut :

    « Et son nom est "Aftovma". »
  • merci pour le chapitre super comme toujours !
  • Merci beaucoup ! Tes commentaires me font toujours plaisir ! ^^
  • février 2018 modifié
    héhé moi ce sont tes histoires qui me font plaisir tant que tu continueras a les poster tu recevra mes remerciements et mes louanges ^^ ( continue comme ça ! )
  • Compte sur moi ! :)
  • Bonsoir bonsoir (je fais bien souvent des messages le soir...)
    Le prochain chapitre est pratiquement terminé. Il sortira, normalement, demain dans la soirée. J'espère que vous l'apprécierez ! (Tout rime ! :o)

    A très vite ! ;)
  • Bonsoir !
    Le voilà ! Le chapitre 16 de Chroptivum ! J'espère que celui-ci vous plaira :)

    16 - "Aftovma"

    « Sorel ? Qu'est-ce qui t'arrive ? »

    J'ai poussé un profond soupir avant de répondre :

    « Tu ferais quoi toi si tu venais d'apprendre qu'un type que tu ne connais absolument pas vienne te voir et te dire "Je suis celui qui t'as conduit ici. J'étais un ami de ta mère et je reviens aujourd'hui pour voir comment va le petit garçon que j'ai vu bébé. Tu m'as vraiment manqué tu sais..." ?

    — Euh... »

    Visiblement, j'avais pris Bill par surprise. Je ne pense pas qu'il s'attendait à ce que je sois aussi sérieux dans mes propos :

    « Bah... je sais pas.

    — Alors t'as mon état actuel. Je suis dans l'incompréhension actuellement.

    — Tu... tu m'étonnes. »

    Bill me fit une tape sur l'épaule :

    « Au moins, tu peux te dire que quelqu'un, autre que Mama, te porte dans son coeur. D'ailleurs, pourquoi il ne t'a pas adopté ?

    — Pour la même raison de ma présence ici. Il a déjà bien trop d'enfants à charge et je n'aimerais pas le gêner. »

    Bill tourna la tête en direction du mur pour, à ce que je pouvais deviner, réfléchir à ce que je venais de dire puis se remit à me regarder dans les yeux pour me demander :

    « Et tu en penses quoi de lui ? Tu l'aimes bien ? »

    À son tour de me prendre par surprise, j'ai haussé les sourcils comme pour donner l'impression que sa question avait une réponse évidente :

    « Je ne sais pas. Je ne ressens rien pour ce type. Bien que je pense que je pourrais presque le considérer comme mon vrai père. Pas comme l'autre ordure.

    — Donc tu l'aimes bien ? Ou en tout cas, plus que ton père.

    — Bien évidemment ! Lui, il est revenu ! Lui, il s'inquiétait ! Je n'ai jamais vu personne s'inquiéter autant pour moi ! Je le sais bien que Mama est occupé avec les autres et son amour qu'elle nous porte me suffit mais... »

    Je sentais ma vision se troubler :

    «... qu'est ce que c'est agréable de savoir qu'on est aimé à ce point... »

    Bill ne répondit pas, ou du moins si mais pas à ce que je venais de dire :

    « Pleure pas Sorel... je sais que ça te fait bizarre d'être aimé par quelqu'un quand on est ronchon comme toi mais ce n'est pas la peine d'en pleurer. Réjouis-toi plutôt ! Si tu t'en rends compte que maintenant que des gens t'aiment bien et que ça te fait cet effet-là, j'imagine même pas quand t'auras une copine. »

    Je n'ai pas répondu.

    « T'es quand même assez contradictoire. Je savais pas que tu pouvais être aussi sensible !

    — La ferme. »

    Bill éclata de rire, ce qui détendait l'atmosphère et qui faisait quand même vachement du bien :

    « Allez viens, je vais te payer une glace. C'est bon les glaces ! Sauf quand c'est saveur ''larmes'' ! Donc arrête de pleurer ! »

    J'ai acquiescé en séchant mes yeux à l'aide de la manche de mon gilet.

    « Alors c'est moi qui paye.

    — Tu rêves ! Je te l'offre en tant qu'ami, d'acc ? »

    J'ai hoché la tête sans vraiment savoir quoi répondre puis j'ai suivi Bill à l'extérieur bien qu'encore troublé par les évènements même si au fond de moi...

    ... j'étais content.


    Ce que venais de dire Céleste n'était pas totalement farfelu vu ce que je venais de vivre. La douleur que je ressentais sur mon cou était assez vive et picotait pas mal ce qui m'empêchait de raisonner :

    « Pourquoi est ce que tu dis que cet esprit peut demander aux gens de se suicider ?

    — D'après ce que j'ai lu et ce que vous venez de vivre, j'en ai conclu que c'était le cas. Tout coïncide si nous pensons que cet esprit est capable d'une telle barbarie.

    — Fais voir ! »

    Je me suis précipité sur le papier que Claria tendait toujours et lui ai arraché des mains.

    Après avoir fini ma lecture, j'en suis resté insatisfait :

    « C'est tout ? Y'a un esprit qui hante le bâtiment mais comment t'as- oh. »

    Par curiosité, je l'avais retourné et il y avait encore des choses d'inscrites.

    Ayant fini ma deuxième lecture, je trouvais ça presque hilarant :

    « Ça l'amuse de mettre des infos au compte goutte ? Pas moi ! J'aime pas le suspens.

    — Haha. Pareil ! répondit Claria avec un air plutôt irrité malgré le fait qu'elle voulait en rire.

    — En lisant ça dans un autre contexte, j'aurais juste cru à une mauvaise blague mais là...

    Valya croisa les bras, pensive :

    « C'est pas bon du tout... il n'y a personne qui veut faire ça n'est-ce pas ? Je ne veux pas voir une chose pareille... »

    Ce sont des gens que tu connais depuis à peine une nuit ! Bah, c'est tout elle après tout mais j'admire quand même ce côté là qu'elle a.

    Nous nous sommes tous regardés, silencieusement, scrutant chacune des réactions qui allaient suivre. Celle qui brisa le silence fut Claria :

    « Haha... bien-sûr que non ! Pourquoi on mettrait... fin à nos jours ? Hahaha... »

    Ça se sentait : Claria avait peur. Peut-être que j'étais le seul à le sentir mais j'en avais la certitude à présent : elle cache ses sentiments. Ou plutôt ici ce qu'elle ressent. Mais je la comprends, personne n'aimerait que ça arrive. Elle a peur pour sa vie et c'est normal, c'est la même chose pour moi et pour tout le reste du groupe.

    « Mais si tu t'es infligé ça Sorel, je propose qu'on te soigne vu que ça risque également de s'infecter. »

    Haron avait raison, les picotements sont assez désagréables.

    « Au moins là, je vais pas devoir me montrer... fis-je agaçé.

    — D'ailleurs, ça me fait penser, pourquoi tu étais étonnée Claria quand tu as vu le ventre de Sorel ? Tu l'avais soigné avant et il a aussi dû se déshabiller. »

    Je ne savais pas trop comment réagir : entre l'énervement et la flatterie mais le fait est que ça soit Claria alors l'énervement l'emportait même si la question d'Haron n'était pas si idiote que ça :

    « C'est vrai... mais tu crois vraiment que j'allais me rincer l'oeil pendant que je soigne quelqu'un ? Oooooh ! Tu m'as prise pour une perverse en fait ! Je ne le regardais pas du tout avant, je le soignais, point. »

    Haron esquissa un sourire moqueur :

    « Je vois je vois... »

    Claria le regarda de son oeil sombre puis répliqua :

    « C'est génial, au moins, t'es pas aveugle !

    — Hein ?

    — Bah il voit non ? »

    Oh mon dieu... comment cette fille peut-elle faire des blagues dans un contexte pareil ?! Et combien de fois vais-je me poser la question ?!

    Valya eut un ricanement ce qui était assez pour réjouir Claria retirant alors le regard sombre qu'elle avait adopté pour Haron.

    « Bon bref, on aura pas besoin de retourner à l'infirmerie, c'est déjà ça.

    — Euh... pourquoi ? ai-je demandé

    — J'ai gardé tout ce qu'il faut sur moi. Un truc qui s'appelle "poche". C'est pas mal comme invention.

    Le regard de Claria est bien trop fière que ça en devient énervant :

    « Ouais... si tu le dis... »

    Claria sortit de ses poches ce qui avait servi à me soigner auparavant :

    « Bon, c'est moins profond mais faut quand même désinfecter. On ne sait jamais vu l'endroit où on est.

    — Il doit y avoir toutes les maladies du monde ici. »

    Merci Haron, tu ne me rassures vraiment pas, bien que ce soit la deuxième fois.

    « J'espère que ce sera la dernière fois... j'ai quelques notions mais ça reste assez basique. Si les blessures deviennent trop grave...

    — Moi, j'ai surtout peur que... que quelqu'un se suicide. »

    Ophélia avait dit ça d'une voix tremblante, trahissant ce qu'elle ressentait et surtout ce qu'elle craignait.

    Bien évidemment, je n'avais pas envie d'être le témoin d'un suicide mais dans ce cas là, il suffirait d'empêcher que ça arrive comme Haron vient de le faire avec moi.

    « Personne ne se suicidera.

    — Et comment tu peux en être si sûr ? Regarde ton cou ! Regarde ce qui nous entoure ! La situation est désespérée, une petite fille complètement tarée nous poursuit, il y a des rires d'enfant et maintenant, on apprend qu'un esprit pouvant nous ordonner de mettre fin à nos jours erre dans le bâtiment ?! Comm-

    — Calme toi Ophélia. »

    Ophélia me regardait, toujours en train de trembler :

    « Comment tu veux que je me calme ?! Comment tu-

    Sans même attendre qu'Ophélia termine sa phrase, Céleste l'enlaça en se mettant sur la pointe des pieds pour lui caresser la tête :

    « Tout va bien Ophélia. Tout va bien. »

    Cela nous a tous surpris, c'était moi qui avait fais ça la dernière fois mais lorsque c'est un garçon qui enlace une fille, forcément, c'est interprété différemment alors que deux filles, c'est plus vu comme de l'amitié solide.

    Enfin, c'est mon avis. C'est sûrement pour ça qu'on avait l'air agréabalement surpris, ils doivent penser la même chose que moi.

    « Oui ! Ne t'en fais pas Ophélia ! Si je pouvais te câliner, je le ferais aussi ! Personne ne se suicidera ! Mon maître a raison ! »

    Une Valya enjouée fit surgir un sourire sur le visage d'Ophélia dont les mouvements étaient restreints par Céleste, Ophélia semblait d'ailleurs apprécier ce que faisait Céleste.

    « J'ai pas envie de mourir... et encore pire, j'ai pas envie qu'un esprit me l'ordonne.

    — Je te comprends, t’es loin d’être la seule… ai-je répondu.

    — Mais du coup, je me pose la question qui, je pense, mérite d’être prise au sérieux : si quelqu’un se donne la mort ici, ce sera la faute de l’esprit ou de lui-même ? »

    Cette question mérite effectivement de l’attention, nous nous sommes regardés à nouveau essayant sûrement de deviner qui serait la personne la plus apte à commettre cet acte.

    « Et puis, l’esprit s’est bien emparé du corps de Sorel à l’instant pas vrai ? Alors du coup, l’esprit est dans l’enfant ou l’esprit EST l’enfant ?

    — Ben un esprit n’est pas matériel alors je dirais la première… non ? »

    Tandis qu’Ophélia continuait de poser des questions et qu’Haron donnait des suggestions de réponses, Claria s’approcha de moi la compresse à la main :

    « Faut juste désinfecter, c’est moins grave que l’autre fois, hop ! » fit-elle tout en posant la compresse sur mon cou me faisant alors serrer les dents

    — C’est vrai que ça fait moins m- aïe ! »

    Claria laissa échapper un léger rire, puis se tourna vers Ophélia :

    « On sait ici que personne ne se suicidera alors cela ne pourra être que la faute de l’esprit ! Regarde, fais comme moi : souris ! »

    Tout en disant cela, Claria pris une grande inspiration puis un grand sourire fit l’apparition sur son visage :

    « La meilleure arme contre la dépression pouvant mener au suicide, c’est le sourire ! La bonne humeur ! Même quand la situation est désespéré, il faut toujours garder le sourire ! »

    Ben dis donc… quel changement drastique de personnalité, elle qui m’avait tué la "dernière fois", la voilà qui prône la bonne humeur en toute circonstance :

    « Qu’est ce que ça fait de toujours sourire… ? Ce n’est pas comme ça qu’on vaincra un esprit… » marmonna Ophélia

    Claria s’approcha d’elle pour faire "non" avec le doigt :

    « Tututut ! Tu ne sais pas la force que cache cet action si simple à réaliser ! »

    Celle-ci se tue quelques secondes puis repris en marmonnant presque à elle même :

    « Et tu ne sais pas non plus à quel point sourire est important pour moi…

    — Hein ? » fit une Ophélia visiblement bien surprise

    — Hahaha ! Non rien ! En tout cas Ophé, retiens ça : toujours garder le sourire ! Même si cet action implique que tu utilises dix-sept muscles de ton visage, elle n’en reste pas moins simple à utiliser et ta vie peut radicalement changer si tu te mets à sourire ! En plus, et je te dis ça en tant que fille, tu es très jolie donc ça t’irait vachement bien !

    — Eh… on dirait que t’essaie de la faire rentrer dans une secte… »

    Claria venait de finir de m’appliquer les bandages quand elle se mit à me fixer :

    « "La secte du sourire" ? Pas mal, pas mal... répondit-elle.

    — Mais… mais… comment je peux sourire si je ne suis même pas heureuse ? L’esprit s’en rendra forcément compte que je fais semblant non ? Et puis, je croyais que tu n’aimais pas les menteurs…

    — Contente toi de sourire. C’est là la clé pour ne pas en terminer avec la vie dans ces lieux, pour moi, ça fait d’une pierre deux coups ! Vu que je souris tout le temps, je n’ai non seulement pas besoin de me forcer mais ça m’éviterait de me suicider chose que je n’ai pas du tout envie de faire. Tu vois ? Pour survivre face à cet esprit, il faut simplement sourire.

    — Donc je suppose que ces gens qui sont morts à cause de cet "Aftovma" sont des gens qui ne souriaient pas ? »

    Claria ne me répondit pas, à la place, c’est Valya qui prit la parole :

    « Woooh ! J’admire ta manière de penser ! Tu vois Sorel, il faut toujours rester de bonne humeur ! »

    Claria, visiblement réjouie de voir que quelqu’un est d’accord avec elle s’exprima :

    « Ton amie à raison ! Prenez-en de la graine les autres ! Que ça soit Céleste ou Haron, vous devriez faire la même chose ! Au moins, on ne risque pas d’avoir de doutes si jamais-

    — Ne terminez pas cette phrase. Je vous en prie. Je ne pourrai pas supporter de voir un autre suicide surtout si c’est l’un de vous que j’ai un peu connu. »

    Claria se mit à regarder Céleste toujours avec Ophélia, puis répliqua d'une voix enjouée :

    « T’inquiète pas ! Ça n’arrivera pas ! Promis ! »

    J’ai cru, pendant l’espace de quelques secondes apercevoir un sourire sur le visage de Céleste mais il fut si bref que je pense avoir halluciné.

    Après avoir terminé de me soigner, Claria s’est tournée vers les autres :

    « Vous en faites pas, tout ira mieux maintenant. » assura-elle.

    J’espère que tu as raison…

    « Par contre, j’aimerais qu’on sorte de cette pièce. J'essaie depuis tout à l'heure mais la puanteur devient insupportable. »

    Je l’avais presque oublié mais Haron, qui était celui qui venait de faire la proposition, était loin d’avoir oublié vu la tête qu’il faisait :

    « Mais ça fait… quatorze minutes que nous sommes là. On peut rester encore six minutes. Résiste un peu. » ai-je fait agacé, sûrement par la fatigue qui commençait vraiment à se faire sentir.

    — Je suis d’accord avec Haron. J’aimerais également que nous sortions, même si la pièce est parfaite pour passer la nuit sans danger, l’odeur y est juste écoeurante. Elle me dérange bien plus maintenant qu’Haron en fait la mention. »

    M’ouais… S’ils sont deux à vouloir sortir, alors je pense qu’on a pas le choix.

    « D’accord… si vous insistez. Mais avant, attendez et taisez vous. »

    Tout en ayant dit cela, je me suis dirigé vers la porte qui a visiblement été refermé après le passage de l’enfant dont on n'a rien entendu depuis les événements passés.

    Lentement, j’ai collé mon oreille à la porte, à l’affût du moindre bruit pouvant trahir la position de celle nous prenant en chasse. Je dis ça mais entendre l’enfant ne serait pas rassurant non plus… j’ai pas envie de refaire un tour dans cet espèce de "monde".

    Rien. Pas un bruit.

    C’est plus que stupéfiant, je crois que ça n’est jamais arrivé durant toute la nuit. C’est quelque chose de rassurant même si-

    Je me suis arrêté de penser immédiatement : je viens d’entendre des petits pas courir.

    Des "tap, tap" réguliers et assez rapides mais qui ne semblaient pas se diriger vers nous, au contraire, ils s’éloignaient.

    « Alors ? » demanda Haron en chuchotant.

    J’ai simplement levé le pouce en signe de réponse et surtout pour donner mon feu vert.

    Haha… je ressemble vraiment à un maître du jeu là non ?

    Tout aussi lentement que mon approche vers la porte, j’ai poussé celle-ci qui, en s’ouvrant, faisait un bruit de grincement assez bruyant. Plus je l’ouvrais, plus le grincement se faisait entendre.

    « Oh tu sais quoi ? »

    Je me suis mis à pousser la porte vigoureusement, celle-ci s’ouvrit dans un grand bruit qui retentit dans le couloir :

    « Sorel ?! Qu’est ce que tu fais ?! » chuchota Ophélia qui avait visiblement envie de me hurler dessus.

    — Tu préfères juste un grand bruit qui s’arrête rapidement ou un qui est continu pouvant alors indiquer notre position bien plus précisément ? »

    Ophélia semblait y réfléchir quand Valya lui répondit :

    « Il vaut mieux qu’on s’en aille assez vite. T’en fais pas Ophélia, mon maître prends toujours les bonnes décisions. »

    L’assurance de Valya me faisait plaisir et c’est avec un léger sourire aux lèvres que j’ai mis les pieds dans le couloir :

    « Trois heures seize. Il est vachement tard. »

    Ma réflexion eut pour effet d’étonner Ophélia :

    « Tard ? Tu rigoles ou quoi ?

    — Pardon ?

    — C’est pas tard du tout. »

    Ceci explique tes cernes que j’ai aussi certes…

    « Bien sûr que c’est tard. Je ne suis pas la meilleure personne pour dire ça mais il ne faut pas toujours se coucher trop tard.

    — Hahaha… c’est sûr que t’es mal placé pour me dire ça. » répondit Ophélia le sourire en coin.

    — Tiens ? Tu vois que tu peux sourire Ophé ! D'ailleurs, Sorel à raison : faut bien dormir dans la vie. »

    Claria semble retrouver sa "forme normale" au vu de ce qu’elle vient de dire. Ophélia, elle, ne fit rien si ce n’est baisser les yeux sûrement de honte.

    « Retournons à l’infirmerie. Au moins, on est sûr de pas avoir de mauvaises rencontres comme le monsieur pendu. »

    La décision de Claria fut de suite approuvé par tout le groupe. Il est vrai qu’on devrait explorer un peu pour pouvoir découvrir un peu plus notre prison mais le groupe préférait la sécurité. Alors, c’est sûr qu’on ne verra rien de nouveau mais au moins, on sera sûr de ne pas se faire prendre par surprise dans une des pièces de ce bâtiment.

    Nous sommes donc à nouveau dans ces longs couloirs sombres dont le fond est imperceptible malgré la lumière de la lampe torche. Les petits pas que j’entendais il y a de cela quelques minutes ne sont plus audibles : soit l’enfant s’est éloigné, soit il est immobile. Il est même peut être en train de nous observer, qui sait…

    Brrr… j'en viens à sentir comme un regard pesant sur moi.

    Tout en espérant de tout coeur que ce soit mon imagination, j’ai été le premier à m’aventurer dans le couloir, les autres étant tous derrière moi.

    Après ces moments où le stress n’était qu’une préoccupation mineur, il en devient la seule chose que je ressens actuellement. Cet endroit est bien plus effrayant maintenant que nous savons qu’il y a un esprit qui y rôde…

    Je ne m’en rends compte que maintenant mais je tremble légèrement, la lumière que procure la lampe vacille, cette lumière qui nous guide à travers les méandres de cet endroit. Du moins, l’aspect labyrinthique est sûrement dû à l’obscurité mais je suis convaincu du fait que cet endroit est plus grand que nous le pensons.

    J’ai peur. Je le sais, je ne le montre pas, mais j’ai peur. Une angoisse profonde qui ne fait que s’accentuer alors que nous progressons à travers les couloirs. Une angoisse soutenue par des événements que je ne peux plus prévoir. Tomberons-nous sur Aftovma ? Sur Eneko ? Aucun des deux ?

    Les deux en même temps... ?

    Nous marchions tous silencieusement, personne ne parlait, seules leurs respirations prouvaient que j’étais toujours avec eux.

    Valya est celle qui est la plus proche de moi, juste à ma droite tandis que tous les autres sont à une distance plus ou moins éloignée derrière moi. Celle-ci jetait des coups d’oeil de gauche à droite, l’air inquiet.

    Je ne pouvais (ou plutôt ne voulait) pas observer les autres : avaient-ils peur ? Que ressentaient-ils là tout de suite ? Est-ce qu’ils comptent sur moi ? Bien que je sois celui qui pose le plus de problèmes ici…

    Mais… pourquoi est-ce que je suis aussi inquiet pour eux ?! Je sais bien que je n’aimerais pas qu’une autre mort se produise, alors pourquoi je cherche à savoir ce qu’ils ressentent ?

    Finalement, après quelques minutes de marche dans le noir et surtout dans un silence presque absolu, nous arrivâmes à la fameuse intersection, l’infirmerie se trouvait au bout du couloir, tout droit. Les autres passages nous sont encore inconnus, et vu la réaction qu’a eue le groupe lorsque Claria a proposé de partir à l’infirmerie parce que c’est le seul endroit que nous connaissons, je me dis qu’explorer le bâtiment ne doit pas encore être dans leur programme.

    « Tout droit. » fis-je tout en pointant le faisceau vers le fond du couloir à peine visible.

    Personne ne répondit, à vrai dire, il n’y avait pas grand-chose à dire. C’était leur décision donc je vois mal une contestation.

    Alors que nous étions sur le point de reprendre notre route, quelque chose attira notre attention : des petits pas.

    Ces mêmes pas que j’ai entendus lorsque j’étais en train d’écouter à la porte.

    Très vite, je me suis retourné éblouissant tout le monde au passage :

    « C’est qui ? C’est qui ?! hurla presque Ophélia

    « Chuuut ! J’essaie de- »

    Je me suis très vite arrêté de parler, les pas recommençaient. A la seule différence non négligable… qu’ils se rapprochaient !

    Des "tap tap" très rapides et réguliers : est-ce là le nouveau bruit que nous devons fuir ? Après ces fameux cliquetis, ce sont des pas que nous devons craindre ?!

    « Il est où ?! Il est bien quelque part !

    — Sorel ! Nous devons fuir ! Il n’y a pas d’autres alternatives ! Si l’un d’entre nous se fait attraper, qu’adviendra-t-il de lui ? fit Céleste tout en me tirant par la manche.

    — On s’en va ! On s’en va !! Vite !! »

    Ophélia, qui était visiblement la plus effrayée, si mit à courir vers l’infirmerie sans même avoir besoin de la lumière : elle y allait dans le noir total vu que j’étais occupé à éclairer derrière nous dans l’espoir de trouver ce gamin qui nous fichait à tous la frousse !

    cliquetis, cliquetis…

    Mon sursaut de terreur fut telle que je fis tomber mon téléphone par terre dans un fracas assourdissant.

    « Sorel ! Abruti !! s’exclama Claria.

    Sans faire attention à cette remarque, je me suis hâté de récupérer le précieux téléphone que j’avais perdu dans la surprise. J’étais baissé, la boule au ventre de ce que je pourrais trouver en me relevant, j’ai attrapé le téléphone gisant à terre, malgré mes tremblements, d’une vitesse dont j’étais moi même impressionné avant de me redresser tout aussi rapidement.

    Je venais de me relever, le téléphone en main lorsque je me suis aperçu, en allumant la lampe, d’une chose atroce :

    « Allume ! Grouille !

    — Ça veut pas ! Ça ne s’allume pas !

    — Quoi ?! On voit plus rien ! Tu rigoles j’espère ?!

    — J’ai l’air de rigoler ?! »

    Mon flash, qui devenait capricieux sûrement à cause de la chute, se mettait à fonctionner comme un stroboscope ! Les clignotements perturbaient grandement notre champ de vision empêchant toute analyse de la situation.

    « Bordel ! Ça pouvait pas tomber mieux !

    — Nous devons partir maître ! Une retraite s’impose ! Direction l’infirmer-

    — Là ! Je l’ai vu ! »

    Valya s’était fait interrompre par Haron qui se mit à crier tout en pointant du doigt une direction dont nous ne pouvions déterminer précisément la provenance à cause de ces satanés flashs !

    « Un petit garçon ! Qui courait ! Il, il- ARGH ! » hurla Haron avant de s’effondrer sur le sol, la main sur le coeur.

    « Pourri, pourri, pourri, pourri ! Je suis… tellement faible… argh !

    — Haron ! Est-ce que ça va ?! »

    Ma question était rhétorique : bien évidemment que non il n’allait pas bien et c’est pour ça que je me suis précipité vers lui dans l’espoir de l’aider.

    « Je te déteste Arythmie ! Je te hais ! » sont les derniers mots que nous avons pu entendre d’Haron avant que celui-ci se mette à hurler de terreur.

    « Calme toi Haron, il ne faut pas-

    Et c’est là que j’ai compris que je n’étais plus face à Haron. Celui-ci s’était tourné vers moi, le regard mauvais et complètement blanc. Ses pupilles n’étaient plus visibles, lui donnant un air monstrueux. Toute la frayeur ressentie était accentuée par les flashs de mon téléphone qui, contrairement à un stroboscope, n’étaient pas réguliers du tout. Ses mouvements étaient vifs mais désordonnés :

    « H-Haron… ? »

    Je sentis d’un coup une main se poser sur mon épaule. C’était Claria :

    « J’ai bien peur qu’Haron ne soit plus avec nous…

    — Qu’est-ce qui te fait être si… si sûre de toi ? » bafouillai-je.

    Il est vrai que j’en avais l’impression aussi mais Claria avait cette intonation sérieuse, elle avait confiance en ce qu’elle disait.

    « Parce que c’est de ça que tu avais l’air quand tu étais sous l’emprise d’Aftovma. »

    Mon regard s’est tourné vers elle, lui trahissant alors la terreur grandissante que je ressentais. Je ne voulais pas d’une mort si près de la fin de la nuit, plus après tout ce que j’ai vécu !

    « Ne me dis pas que… »

    Claria fit un pas en avant, Haron le remarqua et commença à éclater de rire. Un rire dérangé, terrifiant.

    Elle serra les poings puis me répondit de son air sombre :

    « Si. C’est Aftovma. »
  • Bien le bonsoir !

    Juste pour dire que le prochain chapitre sera là d'ici la fin de la semaine au grand maximum.

    Bonne soirée ! (ou journée) :)
  • Bonsoir bonsoir !

    À cause d'un malheureux "syndrome de la page blanche", le chapitre sortira lundi ou mardi soir et je tiens à m'en excuser puisque j'avais dis qu'il sortirait d'ici "la fin de la semaine" or ce n'est évidemment pas le cas.

    Je sais que j'ai l'air d'en faire beaucoup pour rien mais je n'aime pas donner de fausses informations aux lecteurs de mon histoire.

    Je vous dis donc "à lundi ou mardi !" avec assurance puisque c'est sûr et certain que le chapitre 17 sortira dans ces eaux là.

    Passez une bonne journée ! :)
  • Yop !

    Voilà enfin le chapitre 17 de Chroptivum qui se décomposera en 2 parties (un peu comme le chapitre 4 et ses 3 parties) pour éviter un seul chapitre bien trop long, l'intro de celui-ci sera plus longue que d'habitude mais j'espère que cela ne gênera pas votre lecture :/

    En tout cas, bon chapitre !

    17 - Un cœur en péril. (1/2)

    Quelle journée... en ce début d'après-midi, la chaleur est absolument insoutenable ! Je peinais à retenir la sueur s'écoulant de mon front. En ce 17 Juin 2017, j'attendais nerveusement dans la salle à manger. Je faisais les quatre cents pas, revenant en avant, en arrière. M'arrêtant, reprenant ma marche sans but. Tout cela était nerveux car... j'attendais quelqu'un.

    Le 17 juin. Un samedi, donc je n'avais pas cours et j'avais ainsi tout le temps possible. Cette journée est spéciale puisqu'il s'agit de la fête des pères !

    Je n'ai jamais eu de bonnes relations avec lui, ni même de relations tout court en fait. Il est tellement occupé par son travail qu'il ne daigne même pas m'addresser la parole car ce serait sûrement une perte de temps pour lui. Les seuls fois où nous parlons, c'est lors du dîner. Et c'est toujours à propos de mes notes qui devaient atteindre la "perfection" selon lui.

    Mes notes, sans vouloir me vanter, sont excellentes. J'y attache énormément d'importance, elles sont ce qui me définissent : la perfection.

    Je comprends pourquoi la plupart des gens de mon lycée sont plutôt méprisant envers moi. Ce n'est pas du harcèlement, non, c'est bien plus subtil que ça : ils me font comprendre, par l'intermédiaire de quelques remarques, que je n'ai rien de parfait.

    Tout ça me hante. Je veux tellement devenir ce que mon père idôlatre, il pourrait alors me voir non pas comme un être humain mais comme... son propre fils.

    Les remarques des autres me font plus de mal que je ne le laisse paraître. Je n'ai pas envie que mon image de bon élève soit sali par une jalousie maladive et probablement contagieuse vu le nombre de personnes qui ne m'aiment pas et qui ne font qu'augmenter à mon plus grand regret.

    Heureusement, j'ai tout de même pas mal de personnes de confiance que je considère même comme des amis. Ayant d'excellentes notes, la plupart de mes camarades sont heureux de pouvoir être aidé par quelqu'un s'y connaissant dans le domaine qui les intéresse. J'aime ça en fait. Leur rendre service est quelque chose de plaisant. Voir des gens qui me remercient pour quelque chose que je leur ai apporté est tellement gratifiant et satisfaisant. Je fais du mieux que je peux pour ignorer les remarques déplacées de certaines personnes.

    C'est également pour ça que j'adore la cuisine. Ce n'est pas parce que mon père à une chaine de restaurant que j'ai décidé de cuisiner durant mon temps libre.

    Non. C'est quelque chose que j'aime.

    Vraiment.

    Je pourrais passer tellement de temps à lister les choses que j'aime lorsque je cuisine que je ne m'arrêterai plus...

    C'est donc dans cette optique que j'attendais dans le salon, vêtu d'une chemise blanche bien repassé, une cravate noir droite et impeccable ainsi qu'un pantalon allant avec le haut : noir et tout aussi bien entretenu.

    Bref, je m'étais surpassé. Même si c'était à la base une idée de ma mère qui voulait que j'ai une discussion père-fils... Chose qui n'est jamais arrivé auparavant.

    Je prenais la cravate dans les mains, continuant de la "dépoussiérer" ce qui était plus un tic nerveux qu'autre chose. Je faisais toujours des allers-retours entre la table et le canapé ce qui semblait amuser ma mère :

    « Ne t'inquiète pas Haron. Tu n'as pas à être aussi stressé, ce n'est pas un entretien d'embauche hahaha ! »

    Ma mère avait suivi ces paroles d'un rire que je sentais légèrement forcé. Elle aussi, inconsciemment, doit penser que la réaction de mon père sera comme d'habitude, c'est à dire l'indifférence la plus totale...

    Alors que ma mère venait de terminer son rire, un bruit de porte se fit entendre. Sauf qu'il n'était pas comme d'habitude, il était bien plus énergique :

    « Ces saletés... cette génération d'enfants mal élevé sont si pénibles ! »

    Il était de mauvaise humeur, clairement. Et lorsqu'il est comme ça, mon père peut être vraiment effrayant ce qui était loin d'être une bonne nouvelle.

    « Qu'est ce qu'il s'est passé ? demanda timidement ma mère.

    — Une famille de riches. Ils sont venus avec leur gamin qui doit avoir l'âge d'Haron. Ils ont été les clients les plus pénibles que j'ai pu rencontrer ! Ils ne faisaient que critiquer l'endroit, la nourriture alors que tout est impeccable puisque je m'assure moi-même de la propreté des lieux. Et puis leur gamin ! Ce petit mal élevé qui n'avait que des commentaires déplacés et vulgaires avec ses parents qui ne le corrigeait même pas ! J'ai vraiment passé une sale journée ! »

    Il est vrai que mon père part rendre visite à certains de ses restaurants pour y faire, justement, l'état des lieux et il se trouve qu'une certaine famille s'est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.

    « Enfin bon, je suis revenu plus tôt aujourd'hui. Allez savoir pourquoi, ma secrétaire tenait absolument à ce que je rentre. »

    Si tu ne sais pas pourquoi... en tout cas, je la remercie, ta secrétaire.

    « Eh bien, c'est un jour un peu spécial aujourd'hui... »

    Mon père tourna son regard froid vers moi :

    « Ça tu peux le dire ! Jamais je n'ai eu affaire à une famille aussi méprisable !

    — Ce... ce n'est pas vraiment ce à quoi je pensais...

    — Alors quoi ? »

    Visiblement, mon père ne voyait pas que j'étais mieux habillé que d'habitude, qu'un gâteau fait par mes soins était présent sur la table et qu'un cadeau était disponible sur cette même table. En moi, je bouillonais de rage, j'avais l'impression qu'il le faisait exprès mais avant même que je prenne la parole, ma mère fut celle qui m'en empêcha :

    « Enfin Fabien ! Tu vois bien ce qu'il se passe non ?! Haron s'est donné tellement de mal et tu ne vois rien ?!

    — Mais qu'est ce qu'il se- »

    Mon père s'arrêta net de parler en apercevant le gâteau sur la table avec le cadeau encore emballé à côté :

    « Ah... c'est vrai que c'est la fête des pères aujourd'hui. »

    Son attitude stoïque et sa manière de parler ne faisait que contribuer à ma rage :

    « Je verrais ça plus tard. Je suis fatigué et j'ai pas mal de boulot...

    — Mais... tu-

    — Silence Haron ! On verra plus tard. »

    Alors que j'étais sur le point d'exploser, ma mère m'attrapa le bras, je me suis retourné vers elle pour la voir secouer la tête l'air de dire "ça n'en vaut pas la peine" avant de me serrer dans ses bras.

    Mon père s'en allait vers sa chambre sans même se retourner ce qui me faisait mal, bien plus mal que je ne l'imaginais. Cette façon impassible qu'il a de réagir est tellement frustrante quand je sais à quel point cela comptait pour moi.

    Ma mère, qui me tenait toujours dans ses bras, me consola en me chuchotant :

    « Ne t'en fais pas, j'ai adoré ton gâteau à la fête des mères et je suis sûre que celui-ci est merveilleux. Il y goûtera, je peux te l'assurer ! »


    C'est ce à quoi je pensais alors que j'étais dans une espèce de dimension parallèle. Je ne suis pas un grand fan de tout ce qui est fantastique mais ma situation actuelle me faisait penser à ça. Sauf que c'était loin d'être paradisaque puisque des hurlements se faisaient entendre de partout ! Ils semblaient même venir directement de ma tête ce qui je l'espère était une impression...

    J'ai tenté de me boucher les oreilles, en vain... ils continuaient ! Ces cris étaient insupportables et les écouter en boucle était tellement ignoble.

    Lorsque soudainement, je me suis mis à apercevoir mon père devant moi. Ma vision était assez trouble dans cette espèce de dimension mais je reconnaissais la forme mince et ferme de son visage et en particulier ce regard ne laissant transparaître aucune émotion.

    « Pa.. Papa ? Comment est-ce qu-

    — C'est ça qui va continuer à faire vivre les restaurants Mélono ? C'est cet homme faible d'esprit et en particulier de coeur ?!! »

    Je n'en revenais pas, mon père se trouvait là, devant moi sans même se poser de questions sur ma condition actuelle :

    « Mais... Papa ! Aide moi ! Je suis piégé dans un bâtiment où on est obligé de s'entretuer ! Pourquoi est-ce que tu es là ?! Pourquoi est-ce que tu ne fais rien ?! »

    Mes cris désespérés étaient vains puisqu'il s'est contenté de hausser les sourcils :

    « Tu avais osé me cacher ça ?! Que tu fais de l'arythmie ?! Ma progéniture n'est donc qu'un enfant raté et faible ?!

    — Je t'interdis de dire ça ! Tu ne sais pas à quelle point c'est un complexe pour moi et pour les gens comme moi ! Tu ne sais rien ! Rien du tout !!

    — Et moi je t'interdis de me parler sur ce ton ! Tu dois être parfait tu m'entends ?! Parfait ! Et j'apprends maintenant que tu as ce défaut ?! C'est impardonnable !

    — Tu crois que c'est de ma faute ? Tu crois que je l'ai choisi ?! Jamais je n'ai voulu de ça ! T'as qu'a l'accepter comme Maman l'a fait ! Elle au moins, elle a su me réconforter !

    — Ta mère est faible tout comme toi. Voilà pourquoi nous ne sommes plus ensemble. Il ne me reste donc plus qu'une chose à faire...

    Mon père s'était retourné, je ne voyais pas ce qu'il faisait. L'environnement est si bruyant de tous ces cris, mon adrénaline ne faisait qu'augmenter et je sais que c'est un mauvais signe car si mon coeur bat trop vite...

    Tout à coup, mon père se retourna avec une vitesse impressionante et un air malsain sur le visage, tout ça avec une paire de ciseaux à la main :

    « Pa...pa ? Qu'est ce que tu comptes faire avec ça ? »

    Mon père poussa un ricanement puis répondit d'une simplicité déconcertante :

    « Je vais réparer cette erreur. »

    C'est alors qu'il s'est rué sur moi, et par rué, j'entends qu'il m'avait sauté dessus, les ciseaux pointés vers le coeur :

    « Laisse toi faire ! Ça ne durera que quelques instants !

    — Papa ! T'es complètement fou ! Tu essaies de tuer ton propre fils ?! Tu-

    Une baffe me fit ravaler mes dernières paroles :

    « La ferme ! Tu n'est qu'un déchet ! Bon à jeter ! Alors laisse toi faire ! »

    La force de mon père était bien plus imposante que la mienne, je sentais que dans à peine quelques secondes, les ciseaux transperceraient ma poitrine pour atteindre l'objet attirant autant l'attention que les malheurs.

    Cependant, au milieu de tous ces cris, alors que j'allais être tué par mon propre père, j'ai senti quelque chose me cogner la tête assez brutalement.

    Et c'est là que tout s'est arrêté : les cris, mon père essayant de me tuer...

    J'étais revenu dans cet endroit accompagné des cinq autres et la première chose que j'entendis fut la voix de l'amie de Sorel :

    « Pourquoi maître ?! Pourquoi l'avoir- regardez ! Il n'est même pas assommé ! »

    Je m'étais retourné vers le reste du groupe tout en me rendant compte que j'avais dans les mains une paire de ciseaux.

    Je n'y comprenais plus rien.

    « Haron ! Derrière toi ! »

    Sorel me hurla cette indication qui me sauva d'ailleurs la vie puisqu'en faisant un pas sur le côté, je vis une hache s'abattre sur le sol d'une vigueur impressionante :

    « Rends les moi ! Rends les moi !! »

    Une voix d'outre tombe provenant de la petite fille me fit sursauter à tel point que je fis tomber la paire à terre.

    La fillette s'est alors précipité dessus à une vitesse inhumaine avant de les brandir devant moi qui était maintenant totalement sans défense :

    « Je... veux voir ! » me cria-t-elle avant de donner un coup d'estoc en direction de mes yeux.

    Alors que je ne pouvais réagir à cause de la rapidité de l'action, quelque chose se mit à retenir la fillette dans son action l'empêchant alors d'atteindre son objectif :

    « C-Claria ! »

    Claria tenais la gamine par les épaules, une expression d'effort intense se dessinait sur son visage :

    « Dépêche Haron ! Je ne tiendrais-

    Effectivement, la fillette s'était mis à pousser un hurlement assourdissant avant de projeter Claria contre le mur. Celle-ci fit un vol plané avant d'atterir violemment sur une des portes dans un bruit sourd.

    S'ensuivit alors son cri de douleur puis un rire venant de la fillette.

    « Eneko aura toujours le dernier mot. »

    Cette voix féroce qui semblait provenir de la fillette est toujours aussi étrange, elle ne me fait pas peur personnellement mais je la trouve terriblement dérangeante.

    La situation s'emporte rapidement ici, je me devais de faire quelque chose puisque c'est de ma faute si "Eneko" se trouve là. J'ai été celui qui a été possédé, je suis donc l'entier responsable de ce qu'il se passe.

    Je vais assumer mes responsabilités.

    Le coeur battant toujours la chamade, j'ai serré le poing pour me donner du courage avant de prendre une pierre sur le sol. Je vais tenter ce que venais de faire Sorel :

    « Prends ça ! » ai-je hurlé avant de lui asséner avec une pierre un coup violent sur la tête.

    Je me suis, malgré moi, retenu... comment pouvez-vous frapper une fillettte comme ça avec toute votre force ? Une once de pitié avait fini par ressurgir en moi ce qui a considérablement réduit la puissance du coup.

    "Eneko" s'est retourné(e) presque aussitôt abandonnant alors Claria à son sort funeste. Sur son visage, un rictus de douleur (et de colère) clairement visible même avec la pénombre se dessinait. Les ciseaux dans sa main se mirent à faire des cliquetis de plus en plus rapide et violent.

    J'ai dégluti ma salive, je viens sûrement de faire une erreur.

    Non. J'ai fait ce qu'il fallait ! Je viens de sauver Claria ! Ce n'est pas une erreur non ?

    Comme pour me répondre, "Eneko" me souria avant de lancer d'un air determiné :

    « Tu es le prochain. »

    Je n'ai pas attendu qu'elle bouge ou qu'elle fasse quoique ce soit, je savais ce qu'il me restait à faire puisque je connaissais déjà sa réaction : j'ai commencé à courir dans la direction opposé.

    Là où tout est sombre, là où l'inconnu nous empêchait jusqu'à maintenant d'avoir un libre arbitre dans cet endroit.

    J'ai couru tout en hurlant :

    « Partez vous cacher ! »

    Sorel me répondit presque immédiatement :

    « Haron ! Ça ne sert à rien ! Tu vas mourir si t'es seul !! »

    Les autres criaient également mon nom tandis que j'entendais déjà la petite me courir après mais je ne me suis pas retourné. J'ai simplement eu un sourire : pour la première fois dans ma vie, je me sentais important.

    Ce n'est qu'une tentative cliché de jouer le ''héros'' mais cela me suffisait. Je ne les connais que depuis quelques heures certes mais au moins... je n'aurai pas montré que mon côté faible.

    « Bonne chance ! »

    Céleste venait de crier à travers les couloirs de sa voix fragile. Elle croyait en moi et je suppose que c'est également le cas des autres alors je ne les décevrais pas.

    Et dire que j'ai essayé de la tuer à cause de mon stress...

    Ce n'est pas le temps pour des remords aussi stupide qu'inutiles : ce qui est fait est fait et ça ne sert à rien de se lamenter.

    Je me suis donc mis à courir du mieux que je pouvais à travers les couloirs sinueux et labyrinthique m'orientant tant bien que mal. C'était d'ailleurs assez difficile puisque la luminosité est toujours aussi basse. Nous sommes en plein milieu de la nuit après tout, tout cela ne sera sûrement pas terminé au lever du jour...

    Pendant ma course, j'entendais derrière moi les bruits de ciseaux. Ils étaient en quelque sorte rassurant parce que je les entendais de loin ce qui m'indiquait alors partiellement la position de la petite. J'espère que le petit garçon est tout aussi éloigné, je ne veux pas qu'il me fasse revivre un cauchemar pareil...

    Continuant sur ma lancée, je suis finalement arrivé devant ces escaliers que nous ne sommes au final jamais allé voir. Je me suis donc empressé de les grimper pour accéder à une sorte de mini-étage supérieur tout en espérant que la petite ne me suive pas...

    Tout est si sombre que j'arrive à peine à distinguer l'endroit : c'est en tout cas assez petit. Il y a deux portes sur le côté gauche du mur dont une qui était ouverte sans que je puisse voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Sur la droite, une petite table qui n'avait plus de pieds et qui gisait au sol. Il n'y avait même pas de chaises. Cela ressemblait, pour moi, à l'endroit où des employés prendraient leurs pauses cafés.

    Il n'y avait rien d'intéressant sur la droite et c'est la gauche qui m'intriguait de par la présence de ces nouvelles pièces. Je me disais qu'en me cachant, je pouvais également en découvrir plus sur cet endroit.

    Je ne servirai pas à rien, ou du moins, je pourrais essayer de faire quelque chose qui ne nuit pas aux autres.

    J'ai donc pris la direction de la porte fermée, écoutant chaque petit bruit pouvant trahir la présence de quelqu'un à proximité : la petite est en bas. Je l'entends, ou plutôt, je les entends.

    Les ciseaux.

    Elle est toujours en bas donc je suis à priori en sécurité. Prenant mon courage à deux mains, je me suis avancé vers la porte. J'ai tendu la main vers la poignée, tremblant légèrement.

    Allez ! Quand faut y aller... pensai-je pour me donner du courage.

    Déterminé, j'ai tiré la poignée vers moi et ait ouvert la porte avec une certaine rapidité qui faisait grincer les gonds.

    Ce que j'ai vu à l'intérieur me paralysa de peur : une chose qui faisait aproximativement ma taille se dressait devant moi. Le haut de la chose était ébouriffé cachant alors son visage mais ce qui me fit réagir, c'est le rapprochement soudain de cette créature aux cheveux en pagaille.

    Il ne se rapprochait pas, il me sautait dessus !

    Par réflexe, je me suis protégé en mettant mes mains devant mon visage. Je ne pouvais donc plus voir cette chose.

    La chose heurta mon visage avec vigueur puis... plus rien.

    « Hein... ? »

    Soudain, je me suis rendu compte à quel point j'étais stupide et peureux en attrapant la "créature" de mes deux mains : ce n'était qu'un balais !

    Un placard à balais ! Voilà de quoi j'avais eu peur !

    « Quel abruti... je me fais vraiment des idées. »

    La "pièce" n'était qu'un vulgaire placard avec rien de bien intéressant dedans mais ça avait suffit à me flanquer une frousse aussi intense qu'inutile.

    Le scénario de ce qu'il venait de se passer prit alors place dans ma tête : le balais m'était juste tombé dessus vu qu'il reposait sur la porte et j'ai pris ça pour une créature me sautant dessus.

    Le cerveau peut vraiment nous jouer des mauvais tours... ai-je pensé tout en soupirant, exaspéré de ma bêtise.

    C'est avec une certaine honte envers moi même que je me suis placé devant la seconde porte : je ne pouvais pas voir ce qu'il y avait à l'intérieur mais la pièce était plus profonde donc il y a quelque chose à l'intérieur.

    Je me suis accroupi pour fouiller les alentours lorsque je me suis rappelé de la table à ma droite, j'ai donc tourné mon regard vers elle :

    « Les pieds de table sont toujours là ? Parfait. »

    Tout en m'armant de ce que je venais d'emprunter à la table, je me suis approché de la pièce sombre puis j'ai chuchoté :

    « Sachez que si quelqu'un se cache, je suis armé et j'hésiterais pas à me défendre ! »

    ...

    Pas de réponse.

    J'ai fait en sorte de ne pas parler trop fort donc je suppose que ça n'a pas attiré la fillette. Enfin, je l'espère...

    D'un côté, ce n'est pas un simple bout de métal rouillé qui allait me permettre de me défendre mais l'avoir me rassurait en quelque sorte.

    « Il n'y a personne, je crois. »

    Pensant à voix haute, j'ai lentement commencé à lever le pied pour m'approcher de l'entrée de la pièce.

    « Ah... on n'y voit vraiment rien... »

    Franchir le pas de la porte a sûrement été la pire erreur que je puisse faire puisqu'à peine après avoir mis les deux pieds dans ce qui était l'objet de mes interrogations, mon collier se mit à vibrer avant de dégager deux "bip".

    « Qu'est ce que-

    — Bonjour Haron. »

    Une voix me fit frissonner, elle semblait provenir directement de ma tête :

    « A-Aftovma ? »

    Un rire assez prononcé fut la réponse que j'ai obtenu, je ne comprenais pas vraiment ce qui m'arrivait :

    « Non pas du tout. Je suis encore vivant contrairement à lui.

    — Vous êtes...

    — Exactement ! Je suis le "type de la télé", ou du moins c'est ainsi que vous m'appeler. »

    Je sentis mon poing se serrer :

    « Qu'est-ce que vous me voulez ?

    — Eh bien. Tu vas directement à l'essentiel toi. Sache que cette pièce, comme tu l'as deviné, n'est pas vide puisque vous êtes deux à l'intérieur. »

    Cette fin de phrase me glaça le sang, je ne bougeais plus ne serait-ce que le moindre petit muscle. J'étais littéralemment tétanisé :

    « Tu as peur ? Je te comprends. La peur est une réaction naturelle surtout quand j'annonce l'air de rien une chose pareille. »

    Je ne lui répondais pas, à la place, je cherchais des yeux le moindre signe de vie. Sans succès à cause de cette fichue pénombre bien trop envahissante.

    « Ne t'en fais pas, je n'ai pas besoin que de balais pour te faire peur. Je peux aller bien plus loin, regarde. »

    Alors que j'étais concentré dans ma recherche, quelque chose qui semblait être un écran s'alluma subitement me révélant alors, grâce à la lumière qui s'en dégageait, la seconde personne ici.

    J'ai fait du mieux que j'ai pu pour retenir mon cri de terreur devant le spectacle qui se déroulait sous mes yeux : un homme était assis sur une sorte de chaise devant une petite table en bois qui semblait avoir été rajoutée au vu de la différence entre celle-ci et l'environnement.

    Ce qui me fit retenir d'hurler au secours, c'est le fait que le type avait un bras qui lui manquait et il avait d'ailleurs le visage bien amoché tout ça en baignant dans une mare de sang !

    Sang qui coulait encore même si c'était à un débit très faible. Sur le bras (qui était le gauche), une brûlure très importante était présente le long du moignon. Ce type, qui qu'il soit, à dû terriblement souffrir !

    Incapable de prononcer le moindre mot, le type reprit :

    « Sache que si tu songes à t'échapper, ce sera alors ta dernière erreur. Au moment même où tu franchiras cette porte, un poison s'injectera dans tes veines te tuant alors dans les secondes qui suivent. Et sache que pour l'avoir déjà testé, il parait qu'on ressent très bien la douleur.

    — Vous... vous tuez des gens... vous êtes une ordure ! Qu'est-ce que vous attendez de moi ?!

    — Ah ! J'y viens mon garçon ! Attends, j'aimerais l'annoncer de façon classe.

    — P-pardon ?! »

    L'homme se tut pendant quelques secondes avant de prendre une voix très grave puis de sortir d'une voix grave :

    « On va jouer à un jeu. »

    Puis il continua de sa voix naturelle :

    « Pfiou ! J'ai toujours rêvé de le faire et voilà chose faite.

    — Que... quoi ? Un jeu ? »

    L'homme se racla la gorge puis repris :

    « C'est bien simple, à la base, celui d'entre vous qui rentrait devait jouer sa vie face à ce malheureux devant les yeux impuissants de ses camarades mais je vois que personne ne cherche mes indices ! Je me suis donné du mal pour les cacher tu sais...

    — Ce n'est pas un jeu de piste ! Vous vous croyez où ?! Vous pensiez vraiment que nous allions nous plier à vos exigences ?!

    — Dit le type qui a failli tuer une fille faisant pratiquement la moitié de sa taille. On se la raconte moins quand on se fait corriger par un garçon de son gabarit hein ? »

    Je me suis retenu de l'insulter pour finir par soupirer :

    « Ou-oubliez ça.

    — Bref, je me suis dit qu'on allait changer les règles mais d'abord, regardons à quel jeu nous allons jouer. Derrière l'homme se trouve une petite boîte, va la chercher et pose là sur la table. »

    Je me suis exécuté bien que passer juste à côté de ce type me faisait froid dans le dos. En m'approchant de derrière cet homme, j'ai aperçu un petit coffre en bois d'à peine trente centimètres de longueur.

    En soulevant le coffre, j'ai compris qu'il n'était pas vide puisque quelque chose remuait à l'intérieur, cela semblait métallique et même assez lourd :

    « Qu'est ce que c'est ?

    — Ce avec quoi nous allons jouer. Ouvre le. »

    Méfiant, j'ai lentement ouvert le coffre pour y trouver l’objet métallique : un revolver !

    « "Colt Python" un revolver américain tirant des balles de .357 magnum, un moyen rapide et efficace pour se défendre au corps à corps. »

    Je ne savais pas vraiment comment réagir : une partie de moi me disait que j’étais en sécurité même si je n’ai jamais tiré avec une arme à feu et l’autre partie demandait des explications :

    « Pourquoi me donner une telle chose ? Je n’ai jamais…

    — Voyons Haron, c’est ce que je t’ai dit avant : c’est avec ça qu’on va jouer. Un revolver n’est pas un jouet certes mais il sera l’outil principal du jeu avec l’homme devant toi.

    — Mais… il est mort non ?

    — Ça serait bien dommage tu ne crois pas ? »

    Tout à coup, l’homme devant moi se mit à avoir un sursaut assez intense avant de lever les yeux vers moi puis de prononcer sur le ton du désespoir :

    « Arrêtez... je veux que ce cauchemar cesse ! »
  • Bonsoir,
    Avant tout, je tiens à m'excuser de l'absence de plus de deux semaines : j'ai eu pas mal de problèmes IRL personnel qui font que j'étais dans l'incapacité TOTALE d'écrire (j'insiste sur le mot "totale", c'est pour ça qu'il est en majuscule)
    Je viens donc ici pour dire que les problèmes ont été réglés et que je peux donc reprendre l'écriture de la partie 2 du chapitre 17. Celle-ci sortira donc d'ici le milieu de la semaine prochaine.
    A très vite ! :)
  • avril 2018 modifié
    Enfin le voilà !

    Après 3 semaines très exactement, je publie enfin la partie deux ! On ne dira rien sur mon retard vu que j'avais annoncé "sortira donc d'ici le milieu de la semaine prochaine." sifflements

    Bref, bonne lecture à tous :)

    17 – Un cœur en péril. (2/2)

    « Alors... vous êtes vraiment vivant. »

    L'homme eut un sourire forcé avant de pousser un soupir mêlé à un début de rire :

    « Haha... plus pour très longtemps. T'es aussi mort que moi. Si t'es là, alors tu es piégé.

    — Piégé ? J'ai été enlevé mais... avant toute chose, qui êtes vous ?

    — Eh ! Garde tes questions pour le jeu Haron. Je viens de te dire que nous allons jouer. »

    Face au visage incrédule du monsieur en face de moi, j'ai mis en évidence le revolver face au type pour lui montrer de quoi il parlait :

    « Il veut qu'on joue avec ça.

    — Non, non ! Attends ! Tu ne vas pas me tuer pas vrai ? Le bruit l'attire ! Pose ce flingue gentiment et-kof kof »

    Une toux le fit se taire d'un seul coup, une quantité importante du sang qu'il crachait est directement venu sur ma chemise.

    « Je ne veux pas vous tuer... tant que vous ne me faites rien. »

    Ma voix tremblait légèrement mais l'homme n'avait sûrement pas l'air de me croire puisque son visage ne changeait pas du tout, il était toujours aussi craintif mais en même temps suspicieux.

    « Bon. Écoute moi Haron, tu vois cet homme ? Il répondra aux questions que tu désires car il connaît bien des choses s'étant passé ici. »

    L'homme se mit à regarder mon collier, avec une frayeur mélangé à de la colère :

    « Attends ! Il te parle à travers ce collier ? Mais c'est-

    — Silence ! Un seul mot qui sort de ta bouche sans que je t'y autorise et je déclenche une alarme dans votre pièce. »

    L'homme se mit à secouer la tête :

    « Non... ! Non ! C'est bon, je me calme... je suis calme. »

    Le vrai maître du jeu se mit à rire assez doucement :

    « Voilà, maintenant, vous allez m'écoutez car ce que je vais vous dire déterminera vos chances de survie : vous avez à votre disposition un revolver comme Haron à pu le remarquer. Avec ça, vous allez jouer à la roulette russe. »

    La roulette russe ?! J'étais complètement abasourdi par ce que je venais d'entendre ! Ce type veut vraiment qu'on fasse quelque chose d'aussi insensé ?!

    « Le principe est simple mais je le rappelle quand même au cas où : il y a dans le barillet une seule balle sur six. Vous allez, tour à tour, pointer le pistolet sur votre tempe et presser la détente, le premier dont la balle sort sera le perdant... pour toujours ! Hahaha ! »

    Je n'y croyais pas, je ne voulais pas y croire mais je ne paniquais pas car j'ai appris à garder mon calme. Un homme parfait se doit d'être calme, n'est-ce pas ?

    « T'es complètement malade Christophe ! Un taré ! T'as toujours été comme ça... mais là ?! Qui sait ce que t'as fait d'autre avec l'argent qu'il te reste.

    — "Qu'il te reste" ? De quoi est ce que vous parlez ? »

    J'avais à peine fini ma phrase que mon collier se mit à vibrer :

    « Dernier avertissement Haron, la prochaine fois, c'est l'injection létale. Tu poseras les questions lors du jeu.

    — Mais... comment ?! On va jouer à la roulette russe d'après vous alors quel est le rapport avec des questions ? Pourquoi vous faites ça ?!

    — J'y viens justement et c'est là toute la particularité de la partie : chaque fois que tu survivras à un tour, tu auras le droit de poser une question à cet homme devant toi mais à la seule condition que cette question ne puisse être répondu que par "oui" ou par "non". Cependant, si le tour de l'homme est gagnant, tu pourras soit demander des détails à propos de la question précédente, soit poser une autre question dont la réponse devra également être "oui" ou "non". Vous avez pigé ? »

    Un silence regnait dans la pièce, le regard froid de l'homme en face me faisait frissonner :

    « Et j'y gagne quoi là dedans moi ? »

    Un autre rire à peine dissimulé du maître du jeu (s'appelant Christophe donc) se fit entendre au travers de mon collier puis celui-ci répondit simplement :

    « Je te libérerai et je te laisserai faire ce que tu veux de moi. Me tuer ? Me torturer ? Ce sera ton choix. Libre à toi et à ton imagination débordante de décider de mon destin. »

    L'homme cracha par terre à côté de lui puis se mit à avoir un regard sérieux :

    « Pourquoi... ? Pourquoi est-ce que tu prends autant de risques pour si peu ?

    — Hahaha... tu sais bien que j'ai toujours aimé les sensations fortes. Et avec ça, on peut dire que je suis servi n'est-ce pas ?

    — Pff... si tu le dis.

    — Enfin bref, commencez donc. Haron va inaugurer la partie en commençant à jouer, je t'en prie. »

    Je ne parlais pas mais j'écoutais et surtout, j'analysais : d'après ce que j'entends, Christophe à du faire quelque chose d'horrible au type se tenant face à moi ce qui expliquerait cette "récompense". Ma main droite tenait le revolver, je tremblais légèrement, tout comme ce 17 Juin 2017, une angoisse profonde m'envahissait. L'enjeu n'était cependant pas du tout le même car ma vie en dépendait, j'étais en danger de mort et il fallait que je prie pour ne pas tomber sur la balle... le jeu de la mort commençait.

    J'ai lentement déposé le revolver sur ma tempe : son contact avec ma peau est glaciale. C'est normal après tout pour un engin apportant la mort. Le poids ne faisait qu'accentuer les tremblements que j'avais malgré moi.

    « Hé... tu vas pas vraiment le faire pas vrai ? T'as toute une vie devant toi et... »

    Il se mit à baisser les yeux puis soupira :

    « J'ai une femme et une petite fille... je ne pense pas que je devrais dire ça pour toi. Je veux sortir moi aussi. »

    Je ne lui ai pas répondu, j'ai déposé mon index sur la gachette tout en me contenant un maximum :

    « Merde ! Je vais pas regarder un gamin se suicider ! Fais pas ç-

    clic

    Un bruit métallique se fit entendre, son tintement retentit dans mon esprit. Je n'étais pas mort. Je n'avais pas le crâne troué.

    J'étais encore là et je venais de survivre au premier tour.

    « Fait... fait chier. Je sais pas quoi penser là...

    — Je... j'ai le droit de poser une question alors ?

    — Seulement par "oui" ou par "non" souviens toi. Va savoir pourquoi, ce type est cinglé. »

    Dans ma tête, beaucoup de questions se posaient mais il fallait que j'élimine le superflu pour me concentrer sur l'essentiel : le lieu ? Non, on finira par le découvrir tôt ou tard grâce aux notes. Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? Je pourrais demander s'il y a eu une catastrophe ici puis argumenter, ça pourrait m'en apprendre beaucoup mais si je n'ai pas assez de chance et que je meurs avant d'avoir les réponses ? Je ne pouvais pas tenter ça même si je le voulais, il y avait trop de risques alors il fallait une question simple apportant son lot d'informations par un simple ''oui'' ou ''non''

    Alors que je refléchissais encore à ce que je pouvais dire, j'ai remarqué un détail. Un détail très important sur le corps de l'homme alors ma question s'est donc porté là dessus :

    « Avez vous participé à un jeu organisé par ce Christophe ? »

    La question surprit fortemment mon interlocuteur, celui-ci se mit à rester la bouche bée sans pour autant répondre.

    Après quelques secondes, il se mit à me regarder droit dans les yeux puis à répondre sur un ton très sérieux :

    « Oui. »

    Alors j'avais bien fait de le regarder attentivement... parce qu'il ne pouvait pas avoir un collier exactement comme le mien sans raison.

    « Tant de révélations d'un simple petit "oui", je me demande ce que tu peux en tirer de tout ça Haron ?

    — Que vous avez déjà fait un jeu comme celui que l'on fait maintenant, et qu'il a été victime de la fillette.

    — Perspicace le gamin pas vrai ? répondit Christophe d'un ton exagérément ironique.

    — J'ai 18 ans ! Je suis un adulte je vous le rappelle. »

    Seul le rire de Christophe fit écho dans la pièce au travers de mon collier.

    « Alors ? Vous confirmez ce que j'ai supposé pas vrai ?

    — Est-ce que tu penses qu'il peut mentir ? Je ne l'empêche pas de le faire après tout, j'ai seulement dis qu'il devait répondre à tes questions, pas dire la vérité. »

    Ce type essaie de m'embrouiller, c'est là tout ce qu'il veut ! Il ne faut pas que je l'écoute.

    « Je vais choisir de le croire. Je prends le risque. »

    Un léger silence de quelques secondes avant que Christophe reprenne :

    « Bien, maintenant, à ton tour ! Joue avec la mort toi aussi. »

    Le regard de l'homme se mit à changer en un clin d'oeil, des yeux appeurés me faisaient maintenant face. Sa voix se mit également à trembler :

    « Attends ! Attends ! Je ne veux pas mourir ! Écoute moi ! Christophe est tout sauf quelqu'un de bien, il ne va pas te relâcher si je meurs, il va t'achever ! Il va appeler la gamine ou je ne sais quoi ! Ne lui fait pas confiance !

    — Mon doigt me démange, si tu continues de l'ouvrir, je t'assure que tu ne vas pas apprécier ce qu'il va se passer. »

    L'homme se mordit les lèvres, dépité :

    « Alors vas-y. Je n'ai pas la force de lever mon seul bras, pointe le flingue sur moi et fais-le. »

    Que-quoi ?! Qu'est-ce qu'il veut me faire faire ?!

    « Attendez ! Je ne peux pas faire ça ! Et si la balle part ?! »

    Un profond soupir ne fit qu'augmenter le stress déjà présent :

    « Elle partira à un moment de toute façon, n'oublie pas que l'un d'entre nous ne verra plus la lumière du jour... »

    Ma peur ne faisait qu'accroître, mon rythme cardiaque aussi. Je tremblais toujours, je sentais mon coeur palpiter au travers de tout mon corps, des "boum boum" étourdissant.

    Lentement, j'ai commencé à lever le revolver pour le pointer en direction de sa tête. Je sentais que ma main était moite, un frisson me parcourait constamment tout le corps.

    « Je... je suis désolé, je veux pas faire ça mai-

    — Tire ! »

    Par surprise, j'ai alors pressé la détente.

    ...

    Un clic métallique.

    « Vous m'avez fait peur ! »

    Le type se mit à rire nerveusement :

    « T'en a pas encore trop dans le pantalon à ce que je vois. Ça sert à rien de t'excuser.

    — Je... je... et bien, je veux juste me donner bonne conscience. Je ne veux pas tuer... je ne veux pas recommencer. »

    Je venais de le choquer visiblement puisqu'il me répondit d'une voix plus grave :

    « Attends... t'as déjà tué ?

    — J'ai essayé. Et je le regrette encore, je ne sais pas ce qu'il m'a pris de faire ça. Je-

    — Oh ! Je ne suis pas là pour t'écouter et ainsi expier tes pêchés, j'en ai rien à faire de ce que t'as fait avant. J'ai juste dis ça comme ça, par surprise.

    — Mais pourquoi ? Je pourrais être un individu mal attentionné !

    — Haha... tu feras toujours moins peur que cet abruti de Christophe. Ou que Mily.

    — Oui mais- attendez, Mily ? C'est qui ?! Il y a d'autres monstres là dedans ?! »

    Le haut parleur de mon collier se mit à grésiller :

    « "L'abruti de Christophe" vous demande gentiment de la boucler tout les deux. Vous ne respectez pas les règles, si vous recommencez, Haron n'aura pas le droit de poser une question et devra tirer de nouveau sur toi... Evan.

    — Alors tu connais encore mon prénom hein ? »

    Evan termina sa phrase en crachant par terre, une flaque d'un mélange de sang et de salive venait d'atterir juste en face de moi me faisant prendre instantanément une expression de dégoût.

    « Tu connais les règles Haron, pose une question pour approfondir ta première demande ou pour d'autres informations. C'est à toi de choisir mais souviens toi que tu pourrais... je ne sais pas, te racheter ? En ramenant des infos utiles, je pense qu'ils te verront mieux, en tout cas, mieux qu'un type qui a essayé d'assassiner une gamine.

    — Fermez là ! C'est vous qui l'avez dit ! Si je l'avais tué, je serais sorti d'ici ! Je n'aurais pas à subir tout ça ! Et puis pourquoi vous me donnez des conseils ?!

    — Ah franchement... que vaut une vie dans ce jeu de la mort ? Je me le demande. »

    Je voulais répondre quand je me suis rendu compte que j'étais très mal placé pour le faire, j'ai tenté en vain de tuer. Une tentative de meurtre.

    Une goutte de sueur fit son apparition sur mon front, je me sentais soudainement mal.

    Des regrets ? Oui, je suppose. Je ne voulais pas faire ça tout en le faisant quand même, est-ce que cela fait de moi une ordure ?

    « Attends un peu gamin, t'as essayé de tuer... une enfant ?! »

    Le ton très ferme d'Evan me fit comprendre qu'il se mettait en rogne, et je le comprenais :

    « J'ai... elle a le même âge que nous ! Ce n'est pas une enfant !

    — Mais tu as quand même essayé de la tuer. Tu ne le nies pas. »

    Mon silence fut un aveu pour lui :

    « Pff... je m'en fous de toute manière. C'est pas comme si nous allions ressortir d'ici ens-

    Evan ne put terminer sa phrase avant que sa toux sévère ne recommence. Ses geignements de douleur en démontrait la gravité.

    « Pose moi ta question qu'on en finisse. »

    Je n'ai pas réfléchi parce que la question est venu très vite :

    « Où sont les autres joueurs de votre partie et quelles en étaient les règles ? »

    Evan se mit à faire profil bas, son visage scrutant le sol tâché de sang d'un peu partout venant en grand partie de ce qui était autrefois son bras :

    « Je dois tout dire Christophe ? Ça peut prendre un peu de temps...

    — Réponds simplement à la question, c'est la règle non ? Je vous ai imposé cela, libre à vous de faire ce que vous voulez après.

    — Très bien... »

    Evan pris une grande inspiration malgré la difficulté évidente de cette action puis commenca :

    « Il faut savoir avant tout que nous étions quatre dans la partie en me comptant moi. Nous travaillions tous ici, dans l'ancien centre Vitolia. Cet endroit est désert maintenant mais sache qu'il a toujours été aussi pourri, prendre un batiment abandonné était bien moins cher même si il y avait quand même le nécessaire en électicité. Je ne compte pas aller plus loin pour le centre, ce n'est pas dans la question et Christophe trouvera sûrement un moyen de m'arrêter alors je vais aller à l'essentiel : nous avons été pris par surprise. Christophe nous a enfermés ici avec Mily tout en nous répétant que c'était pour "tester notre nouvelle trouvaille".

    Tu parles ! Il n'en avait que faire de la vie de ses sujets ! Tout ce qui lui importait, c'était l'argent qu'il accumulait grâce à ses... "expériences". Les trois autres étaient des gens comme moi que je ne connaissais pas et bien qu'étant un peu réticent au début, j'ai fini par les apprécier. C'était des bons gars au fond. On vient ici pour la même raison après tout donc une certaine compassion finit par naître entre nous.

    Il n'y avait pas de règles à son "jeu", il voulait simplement tester la force d'Eneko sur nous. Rien de plus. Mais tout est si compliqué avec lui...

    Je ne sais pas où sont les trois autres... morts sûrement. »

    Un centre ? Eneko n'est donc pas Mily et vice-versa ? Des sujets ? Je suis perdu... Beaucoup trop de choses viennent de m'être dites d'un seul coup. Cet endroit n'est pas aussi anodin qu'il n'y parait...

    « Très bien. À ton tour maintenant Haron, flirte avec ton destin ! »

    La voix de Christophe me paraissait tout aussi énervante qu'effrayante : comment pouvait-on s'amuser de tout cela ?!

    Je me devais pourtant d'obéir, que pouvais-je faire d'autre ?

    Tenant le revolver bien fermement dans la main, j'ai, tant bien que mal, réussi à le pointer sur ma tempe une nouvelle fois avec un stress bien plus important cette fois : le troisième coup.

    C'est la troisième fois que nous enclenchons la gachette, la balle peut être là, à m'attendre, prenant alors mon existence en même temps que son envol.

    Il m'était difficile de penser, mon coeur battait toujours aussi vite. Des pulsations rapides et pourtant irrégulières... Il me faisait mal, j'avais peur de tomber là, devant lui, d'une énième crise perdant alors la partie. Mon bras semblait peser une tonne, il y avait toujours ces satanés frissons qui contraignaient mes mouvements.

    Qu'est-ce que je transpire... ce stress aggravé par ma maladie, il montre à quel point je suis faible.

    C'est pas le moment ! Je dois tirer et surtout arrêter de penser à ça.

    J'ai vu Evan détourner le regard, celui-ci se justifia en marmonnant :

    « J'ai pas envie que ta cervelle m'éclate à la tronche. »

    J'ai du faire une drôle de tête puisqu'il se mit à ricaner :

    « Désolé, je voulais pas te faire peur. »

    J'ai pris une grande inspiration, et, avec toute la hargne qui m'animait, j'ai pressé la détente.

    ...

    Un clic métallique.

    « Quoi ?! Mais est-ce qu'il y a une balle au moins ?!

    — Vous dites ça parce que vous espériez ma mort ? »

    Evan ne répondit pas, il se mit à tousser puis à me regarder droit dans les yeux de manière assez soudaine prenant au passage un air bien plus sérieux :

    « Écoute, j'aimerais qu'on s'en sorte tout les deux vivants. Il y a tellement de choses que tu ne sais pas sur cet endroit, tellement de choses que tu dois savoir ! Cette idée de questions-réponses avec une roulette russe... typique de Christophe. »

    Mon collier se mit à grésiller, signe qu'il allait prendre la parole justement :

    « Eh bien, Haron est chanceux aujourd'hui haha ! Remercie ta bonne étoile, tu peux poser une question grâce à elle.

    — Seulement pour qu'il réponde par "oui" ou par "non" ?! C'est quoi le but là-dedans ?! »

    Christophe se mit à rire, un de ces rires qu'on verrait dans un mauvais film d'action digne du "grand méchant" :

    « Allons Haron, ce n'est pas à moi que tu dois poser les questions ! »

    Mon grincemement de dents pouvait sûrement se faire entendre dans toute la pièce :

    « P-pourquoi vous l'avez rejoint ?! Vous travailliez pour ce type ? Quelqu'un qui enferme des enfants pour les faire s'entretuer dans un jeu dont on ne connaît même pas les intentions ! Quelle a été la raison pour en arriver là ?!

    — Pose moi une question... ça ne sert à rien ce que tu fais.

    — Très bien : est-ce que vous avez été forcé ? Si c'était une espèce de centre, est-ce que vous êtes venus ici de votre plein gré ?! »

    Evan semblait hésiter puisqu'il ne répondait pas.

    « Je suis désolé Christophe mais je ne peux pas répondre avec ta condition, c'est impossible !

    — Ah ? Et pourquoi donc ?

    — Tu sais très bien pourquoi ! Jamais je ne voulais venir ! Personne ne le voulait... mais personne n'avait le choix et c'était bien ça le problème : ma réponse, ce serait "oui" et "non" en même temps.

    — Bon... tu sais quoi Evan ? Je vais te laisser lui dire pourquoi tu es venu. Tu peux parler.

    — Très bien... »

    Evan se mit à soupirer, il semblait avoir honte de ce qu'il allait me dire. C'est l'impression que j'avais et je ne pense pas que j'ai eu tort.

    « On avait besoin d'argent... »

    J'étais répugné, un certain dégoût s'est emparé de mon visage.

    J'ai lentement fait un pas en arrière :

    « Vous... sérieusement ? C'était simplement pour... de l'argent ?!

    — Pas seulement ! Écoute, c'est compliqué ok ? Tout ceux qui ont intégré ce centre avait un cruel besoin d'argent, et quand je dis "cruel", je pèse mes mots : certains allaient même se faire jeter dehors par les huissiers.

    — C'est... ce n'est pas une raison pour accepter de travailler ici ! »

    Evan fit "non" de la tête :

    « Parce que tu crois qu'on travaillait ici ? Nous n'étions que des cobayes ! Rien de plus !

    — Pardon ?

    — Tu m'as bien entendu : ce centre nous payait pour que nous testions des produits ou pour que nous nous soumettions à des expériences. Je peux te dire que les sommes d'argent qu'il proposait pour ça allaient bien au-dessus de ce que je pouvais imaginer.

    — Et... ils faisaient quoi ces médicaments ?

    — Ah ! Toi aussi, t'as compris le piège là-dedans ! Pour te citer quelques exemples, il y en a qui sont devenus aveugles, d'autres sourds, d'autres qui ont carrément été tués !

    — Pour des médicaments ?! Et... et la police ?!

    — Hahaha... »

    Un sourire malsain se dessina sur son visage :

    « Je ne sais même pas quoi dire là-dessus... T'as qu'à demander à Christophe ! Il saura très bien te répondre ! »

    Grésillement :

    « Ce n'est pas le sujet, vous deviez simplement parler de votre venue ici. Pas de ce que les forces de l'ordre ont à voir là-dedans. J'ai été tolérant jusque là mais je me dois de sévir. »

    C'est à ce moment précis que Evan se mit à suffoquer, son visage devenait d'un rouge inquiétant à mesure que les secondes passaient, je me suis alors précipité vers lui :

    « Eh ! Qu'est-ce qui vous arrive ?! »

    Aucune réponse, juste des tentatives de respirations apparemment vaines :

    « Attendez, vous allez le tuer ?! Arrêtez ! »

    Toujours ces grésillements :

    « Tu t'inquiètes de son sort maintenant ? Tu sais très bien que c'est inutile puisq-

    — Je m'en fiche ! Arrêtez ce que vous faites !

    — Ne t'en fais pas, je ne comptais pas le tuer, juste le punir. »

    Evan se mit à respirer de manière saccadée mais il respirait, il était donc en vie.

    « Ah... j'ai pas envie de mourir. Je veux revoir ma fille.

    — Tu implores la pitié Evan ? En serait-tu arrivé à ce stade là ?

    — J'implore que dalle ! Je ne fais que penser à voix haute. Bien évidemment, tu ne peux pas comprendre toi vu comment tu as traité la tienne ! »

    Evan se mit à larmoyer :

    « Tout ce que je voulais, c'était sauver ma famille ! Petit, si je suis venu dans ce centre, c'était à cause d'un incendie. Un brasier comme t'en vois rarement ou bien à la télé sauf que c'était chez moi. Non seulement ma fille a été blessée mais ma maison n'est maintenant qu'un tas de cendres. Une fuite de gaz apparemment... je ne sais pas mais je m'en balance ! Je devais maintenant payer pour les soins de ma fille et pour l'achat d'une nouvelle maison. Je me suis retrouvé très vite en faillite alors quand tu vois qu'on te propose des sommes d'argent montant jusqu'à presque dix milles euros pour ça, t'hésites pas et tu fonces.

    — Je... ne comprends pas. Vous auriez pu chercher quelque chose d'autre.

    — Le jour où tu auras une copine, qu'elle deviendra ta femme, que vous aurez des enfants, tu comprendras mon grand. Tu feras tout pour les rendre heureux et c'est là la preuve que tu seras un père et un mari aimant. Haha... j'ai l'air romantique ou pas ? »

    Je n'ai pas répondu :

    « Enfin bref, je sais que ma fille sera soignée dans les semaines qui suivent puisque j'ai pu payer... grâce à Christophe. Tu comprends pourquoi je ne pouvais pas dire que je voulais venir sans pour autant répondre que je ne voulais pas car il a sauvé ma fille. »

    J'étais sans voix, un homme, qui était père de famille, pleurait devant moi en me racontant les souvenirs de sa vie familliale... comment suis-je censé réagir ?

    « Bon, vous jouez ? Je m'ennuie là. »

    D'une voix capricieuse, Christophe nous rappela que nous étions ennemis, une douloureuse constatation se faisait alors : aucun d'entre nous ne voulait ni mourir, ni tuer l'autre. Enfin, je l'espère pour lui.

    « Je veux sortir de là, revoir le sourire de ma fille, celui de ma femme et les serrer dans mes bras, les étreignant du mieux que je puisse. Je suis sûr que tu as quelque chose qui te permet de t'accrocher toi aussi. Je l'espère pour toi. »

    Certes mais ce n'est pas vraiment positif, mon père était-il une raison pour que je me batte ? En valait-il la peine ?

    « Vous essayez de faire quoi ? D'agir comme un père envers moi ?

    — Pas vraiment. Je veux simplement que le survivant s'en sorte sans remords, c'est tout. J'essaie de me convaincre que tu ne m'en voudras pas si je te tue, c'est assez difficile car tu restes un être humain. Je ne vais pas essayer d'en savoir plus sur toi, ce serait du gaspillage de salive. »

    Même si avant ma question, il gaspillait justement sa salive. A quoi ça lui servirait de me raconter tout ça si je meurt ?

    Mourir... le fait d'y penser fit, de nouveau, accélerer mon rythme cardiaque, j'avais toujours le revolver dans la main et je venais de le poser sur sa tempe :

    « Généralement, la balle est dans la sixième chambre... je sais déjà que je suis mort. »

    Je n'ai pas pu retenir ma surprise face à ce qu'il venait de dire :

    « Qu-qu-que quoi ? Mais pourquoi vous-

    — C'est juste une intuition, elle est mise par défaut dans la sixième chambre mais la balle peut également être dans la cinquième ce qui te condamnerait. Voyons voir qui le destin choisira. »

    Je ne voulais pas mais je jouais également ma vie, je souhaitais savoir si j'allais mourir ou pas. Je souhaitais avoir le fin mot de tout ça alors je me devais d'enclencher la gâchette :

    « Haron ? Est-ce que tu te trouves là ? Ou là ? Ou ici ? »

    Une voix que je ne pensais plus entendre se mit à m'appeler, c'était l'amie de Sorel : Valya. Je me suis mis à retenir ma respiration sans trop savoir pourquoi... sûrement dû à mon stress.

    « Chut Valya ! Je te rappele qu'il y a la gamine à nos trousses ! Pas un bruit. Je vais voir, restez là vous autres. »

    La voix de Sorel se faisait de plus en plus proche, il allait rentrer et voir... ça.

    « Attends, qui sont les autres ? »

    Evan posa la question sans se rendre compte qu'il parlait assez fort et ce qui devait arriver arriva :

    « Qui est là ?! J'arrive ! »

    Les pas de Sorel se firent de plus en plus fort jusqu'à atteindre le pas de la porte, au même moment, le grésillement se mit à se faire entendre mais ce n'était que pour entendre Christophe hurler :

    « JOUE ! »

    J'ai eu tellement peur que j'ai pressé la détente, par surprise.

    ...

    La détonation fut retentissante, une explosion à littéralement quelques centimètres de ma tête. L'arme s'envola pour atterrir sur le sol à cause du recul. Ce que je n'oublierai pas cependant, c'est le visage d'Evan se faire transpercer d'un énorme trou au niveau de sa tempe.

    Des effusions de sang m'arrivèrent directement dessus que ça soit sur le visage ou sur mes vêtements sans parler de son visage figé dans la surprise et l'horreur. Ça semblait irréel, exagéré même, et pourtant...

    J'étais sonné, le bruit m'avait littéralement explosé les tympans, un coup de feu est tellement plus puissant et bruyant dans la vrai vie que dans les médias, j'en restait totalement étourdi, un acouphéne se mit à envahir mon audition. J'eu du mal à entendre la réaction de Sorel :

    « Tu... Haron ? C'est toi ?! C'est toi qui vient de faire ça ?! »

    Je ne peux pas te répondre, je ne voulais pas ouvrir la bouche, tellement de choses traversaient mon esprit : sa famille qu'il ne reverra jamais, le fait que quelqu'un que je commençait à connaître venait de mourir sous mes yeux...

    Je restais dos à lui, sans bouger :

    « Réponds moi ! Tu viens de le tuer... avec une arme ?! Qu'est-ce que ça faisait là ?! Haron ! »

    Les pas des autres s'étaient précipités pour rejoindre Sorel, tout le monde était sûrement en train de me regarder... je ne veux pas croire ce qu'il vient de se passer...

    La voix de Christophe se fit de nouveau entendre mais au travers d'un haut parleur, tout ça pour annoncer de manière triomphante :

    « Vainqueur : Haron Mélono ! »
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