Chroptivum

Devenu orphelin depuis de nombreuses années, Sorel est un garçon qui ne cesse de dénigrer le monde. Sa haine et son dégoût pour les autres l'ont rendu froid et renfermé. En ce septembre 2019, celui-ci jongle entre les cours et son travail de serveur dont il utilise les profits pour ses loisirs. Son train de vie fade est ponctué par les soirées jeux-vidéos avec Valya sa seule amie qui contrastent avec l'insipidité de son quotidien.
Alors qu'il rentrait de son travail, Sorel aperçoit un homme appelant à l'aide, mais aurait t-il dû vraiment l'aider ?

"Que la partie commence."
«13

Commentaires

  • 1 - Ma vie, la mienne et non celle des autres.

    « ‘La sociologie est une discipline qui a pour objectif de rechercher des explications et des compréhensions typiquement sociales, elle relève de ce qui résulte d’interactions sociales’, les enfants, pouvez-vous me donner un exemple ‘d’interactions sociales’ ? »

    Une main se leva du fond de la classe :

    « C’est genre… quand on parle entre potes et tout…. »

    Des ricanements s’élevèrent dans la classe déjà assez bruyante, la réponse débile de l’élève qui l’est tout autant avait fait rire toute la classe. Il faut dire que le cours de M. Pinchet était totalement ennuyant et avait cet effet soporifique que l’on ressent dans un cours que l’on veut vite voir finir. Les cours de philo étaient comme ça, et bien des gens de la classe avaient du mal à s’y habituer, cela faisait une semaine depuis la rentrée des classes et certains se faisaient déjà remarquer.

    « Certaines choses ne changeront jamais… », soufflais-je avec mépris.

    — Au lieu de rigoler les autres, sachez que la réponse de votre camarade est correcte bien qu’un peu… maladroite si je puis m’exprimer ainsi. »

    Les moqueries continuèrent de plus belle tout comme le cours du prof. À dire vrai, je n’écoutais même pas... Il faut dire que bien d’autres choses me préoccupaient l’esprit : les animés que j’avais vu la veille, ma discussion avec Valya qui avait duré bien plus longtemps que je le pensais, quel jeu j’allais m’acheter dans pas longtemps, etc., ce genre de choses qui prenaient place dans mon esprit avaient plus d’importance qu’un vulgaire cours de Philo, pour moi du moins.

    Je regardais par la fenêtre histoire de m’occuper : le ciel était gris, un véritable temps de chien. Cela faisait déjà plusieurs jours que le soleil de l’été fraîchement terminé nous avait quittés pour laisser place à un temps des plus déprimants, à mon avis avec la chance que j’ai, il va pleuvoir quand je rentrerai…

    Je posai ma main sur ma tête et commença à rêvasser de mes occupations futures…

    « Sorel ! Pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? »

    Je fus surpris d’entendre mon nom, ce n’est pas souvent que les gens me remarquent et c’est toujours mieux comme ça, mais c’était le prof qui m’appelait, j’avais sûrement commencé à m’endormir donc sa question était rhétorique…

    « Aucune idée. » répondis-je tout simplement, je lui aurais bien fait ma blague de répéter « Ce que je viens de dire », mais je n’avais pas envie de me prendre des heures de colles et puis, ça aurait fait un blanc plus qu’autre chose… sûrement le genre de blague qui aurait fait rire Valya, elle qui rit de tout et n’importe quoi, elle est ce qu’on pourrait appeler un ‘public facile’.

    « Bien évidemment, vous savez que ce cours vous sera utile pour le prochain contrôle qui aura lieu dans 2 semaines n’est-ce pas ? »

    Franchement, j’avais envie de l’envoyer balader, je n’en ai rien à faire de son contrôle, j’aurais une mauvaise note quoiqu’il arrive. Quand quelque chose ne m’intéresse pas, j’ai tendance à complètement oublier chaque détail de son existence, les cours de philo en font partie, d’ailleurs, tous les cours également en font partie... Sûrement pour ça que mes notes ont toujours frisé la moyenne, je me contente du minimum. C’est une façon de vivre très mauvaise aux yeux des autres et je suis d’accord mais c’est ma vie.

    « Maintenant je le sais et la classe aussi. Vous comptiez l’annoncer bientôt ?

    — Eh bien c’est chose faite, sortez tous vos agendas et notez pour le vendredi 27 septembre 2019 ‘contrôle sur la sociologie’. »

    Des cris de protestation s’élevèrent dans la classe.

    « Eh c’est pas ma faute hein… » pensais-je comme pour me donner une excuse. C’est vrai qu’il semblait que le prof avait placé ce contrôle parce que je n’écoutais pas, une espèce de punition quoi… Ça n’allait pas aider à devenir plus populaire, bien que je m’en fichais complètement, mais tout de même, ma popularité doit être dans le négatif à l’heure qu’il est.

    « Wah, ça s’fait pas M’sieur !! cria le même élève que tout à l’heure, c’est lui qui ne fout rien et c’est tout le monde qui prend ?! »

    — Cela n’a rien à voir avec Sorel, ce contrôle était prévu de toute façon... »

    C’est ça, enfonce-moi encore plus… directement prononcer mon nom aura l’effet inverse.

    « Fait chier ! » : interjection lancée par ce même abruti aussi bruyant qu’énervant. C’est quoi son nom à lui déjà… je ne sais pas et c’est normal car je n’ai jamais cherché à le savoir.

    « Mathieu ! Silence ! Les autres calmez vous aussi ! » hurla le prof de sa vieille voix usée.

    Ah bah tiens, c’est comme si le prof avait répondu à ma question. Héhé, merci part’naire ! Bien que je l’aurais oublié demain de toute façon.

    Ding Dong...

    À l’instant même où la cloche sonna, un hurlement de joie se fit entendre dans la classe, j’avoue avoir aussi ressenti un plaisir à ce moment-là. La cloche à ce moment précis de la journée est symbole de fin des cours et du début du week-end. Tous les élèves se précipitèrent dehors, certains n’ayant même pas pris le temps de noter les devoirs que venait d’écrire le prof au tableau. Par esprit de bonne conscience et surtout parce que le prof me regardait avec son strabisme de son œil gauche, je pris soin de noter les devoirs puis fila aussi rapidement que les autres.

    Notre lycée n’était pas bien différent des autres : architecture usée, prosaïque même, bien qu’assez grande, un bâtiment pour les cours, un autre pour le self, un terrain pour les cours de sport et c’est tout. La banalité du lycée le rendait fade. Bon en même temps, ce n’est pas comme si un lycée devait être coloré comme une école maternelle, ça serait ridicule et inadapté pour des ados comme nous, mais ça serait assez original pour le coup. Je souriais en imaginant un lycée où tout le monde serait habillé comme dans les festivals japonais, en cosplay ou en déguisement enfantins…

    En sortant du lycée, je fus, malgré moi, témoin d’une scène aussi courante que stupide :

    « Ouais pourquoi tu m’as appelé ici, faut que je rentre, j’ai la flemme de sortir là...

    — Ben euh... »

    Un gars était devant une des filles de ma classe, son nom ? Vous connaissez ma réponse n’est-ce pas ? Qui plus est, les filles IRL ne m’ont jamais intéressé. Non pas que je sois gay — loin de là même —, mais que je les trouve toutes débiles. Les filles des animés sont 100 fois plus intéressantes que des cruches pareilles… Ouais, c’est ridicule comme façon de penser, je préfère des filles qui n’existent même pas à des filles bien réelles. Mais comparez-les et vous comprendrez pourquoi ma préférence se tourne vers le virtuel. Si j’avais des « amis », ils me diraient sûrement :

    « Tu fais tellement pitié mec… retourne sur Terre et va voir des filles bien réelles. »

    Et c’est sûrement ce que vous pensez actuellement... mais je suis comme ça. Je n’y peux rien.

    Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai pas de connaissance au lycée. Si les gens vous jugent parce que vous aimez ou préférez des choses différentes de leurs goûts, ils se mettent à vous critiquer, à vous pointer du doigt, des gens comme ça, il y en a partout et en surnombre. C’est tellement rare de voir des gens sincères dans leurs pensées que cela en devient alarmant. Mais les gens ne viennent pas me voir puisque je n'ai rien

    « Accouche, j’n’ai pas que ça à foutre moi... »

    La vulgarité de ce type est assez commune dans mon lycée, les gens se parlent en s’insultant et ils trouvent ça affectueux. Attends, ne me dis pas que…

    « Ça te dit qu’on sorte ensemble ? » une question directe balancée comme ça l’air de rien, intéressant...

    — Lol, t’es dégueulasse, tu rêves ou quoi ? »

    Rien que pour avoir prononcé ‘Lol’ à l’oral — chose qui se fait sur un tchat et encore — ce mec devrait se faire exécuter, je ne comprends pas comment une fille a pu demander cela à un type pareil. Je me surprends à condamner quelqu’un que je ne connais pas dans ma tête, charmant hein ?

    « Connard ! Je suis plus belle que toi de toute manière sale bouffon, allez ! Salut ! J’me casse !

    Tellement de vulgarités… que je n’en ferais pas de commentaires.

    — Ouais, ouais, casse-toi… eh tu regardes quoi toi, là ? »

    Le type s’adressait à moi, une espèce de grosse brute bien clichée. Bien que ressentant un profond mépris envers ce type, il ne valait pas mieux lui chercher des noises…

    « Rien, je fais que passer... » répondait-je.

    — Ouais bah casse toi, toi aussi. »

    J’acquiesçais d’un signe de tête tout en continuant ma route. Ça va, il ne me suit pas.

    La situation à laquelle je viens d’assister est loin d’être rare, les gens en quête d’identité et de reconnaissance se cherchent toujours un ‘petit ami’ pour les filles et une ‘petite amie’ pour les garçons, quoique, j’exclue les homosexuels ici, mais bon… étant plutôt mal vu, ils se font plus discrets.

    Je parle ici de ce que je vois tous les jours, des ‘demandes de sortie’ ou des demandes de couples plutôt… Tout ça pour finir par se séparer la semaine qui suit pour une raison plus qu’obscure. On dit souvent pour rigoler que ‘le romantisme est mort’, mais c’est loin d’être faux. Les gens prétendent se mettre en couple, mais ne restent jamais ensemble, peut-on dire qu’ils étaient vraiment amoureux ? Peut-on dire que l’amour n’existe plus aujourd’hui ? Je prends encore une fois l’exemple d’animés puisque je ne connais pas grand-chose d’autres mais eux au moins, même s’ils peuvent passer une saison pour l’étape du baiser, ils restent ensemble après… Voilà comment l’amour devrait fonctionner pour moi. Mais je pense être le seul dans ce cas là au vu de l’entourage que j’ai...

    On ne tombe amoureux qu’une fois ou on ne tombe jamais sous l’emprise d’Aphrodite. Cela insinue que je ne comprends pas les divorces non plus, si on est vraiment amoureux, on ne se sépare pas, les deux comprendront qu’ils ne doivent pas aller voir ailleurs et surmonteront les obstacles qu’une vie à deux peut imposer.

    J’ai une vision aussi enfantine qu’utopique de ce qu’est l’amour, mais je l’assume. Peut on vraiment me le reprocher, et si oui avec quels arguments ? Si j’avais des amis, je pourrais sûrement engager le débat.

    Il commence à pleuvoir, gagné, j’avais raison tout à l’heure, je pressai le pas, histoire de ne pas être trop trempé.

    Je vis dans un orphelinat depuis ma plus tendre enfance, assez grand et plutôt du style ‘pas rassurant du tout’, l’orphelinat où je suis est un bâtiment imposant où repose ma ‘base secrète’ comme j’aime l’appeler. Lorsque j’ai eu 2 ans, ma mère est morte d’un violent déraillement de train à grande vitesse, les infos en ont parlé pendant le temps d’un JT du soir puis sont passées à autre chose comme à leur habitude. Il y eut pas mal de blessés et de morts surtout dont ma mère, on ne m’a jamais raconté dans quel état elle était lors de sa découverte, mais j’imagine bien que ça ne devait pas être du joli… et puis, on ne montre pas à un jeune enfant des photos de cadavres sûrement atrocement mutilés, de sa mère qui plus est. Mais j’étais très jeune, si bien que je ne me rappelle plus de son visage ou de sa voix.

    Lorsque j’en parle aux gens qui me demandent, ils répondent tous qu’ils sont désolés avec un visage faussement attristé, certains sont peut-être sincères dans leurs condoléances, mais je ne peux m’empêcher de voir de l’hypocrisie dans leurs regards. Surtout que je hais être le centre de l’attention. Je fais tout mon possible pour être fondu dans la masse et ne pas me faire remarquer, je déteste avoir de lourdes responsabilités, d’être un ‘chef’ d’équipe par exemple, ça attire l’attention et ça permet de rejeter la faute sur quelqu’un plutôt que sur soi-même, chose que font les remises en question, ce n’est pas vraiment ce à quoi les gens pensent aux premiers abords… enfin, je dis ‘gens’ mais de bonnes personnes existent heureusement.

    Enfin arrivé, je poussai la porte et me faufila jusqu’à ma chambre en évitant tout contact visuel avec Mama Mia. On l’appelle comme ça, car son vrai prénom est Mia, que c’est un peu notre maman a tous et qu’elle est très sévère quand elle le veut — bien qu’elle ne soit pas italienne ce qui aurait perfectionné notre magnifique jeu de mots affectif — et elle est d’ailleurs souvent en train de nous disputer pour maintes raisons, je ne lui en veux pas après tout, elle nous éduque, mais bon, je préfère quand même ma base. J’ouvris la porte de ma chambre tout doucement, son vieux grincement trahissait sa vieillesse.

    L’orphelinat était assez vieux et la structure du bâtiment également ce qui lui donne ce fameux côté ‘pas rassurant du tout’, dans un grincement sinistre, je finis par ouvrir la porte puis par la refermer tout aussi délicatement, ça y est, je suis enfin de retour !

    « Valya ! Hé ho ! t’es là ? » demandais-je d’un air inquiet.

    Elle a souvent tendance à se cacher dans un recoin, profitant de l’air inquiet que prend la chambre le soir venu pour me faire peur…

    « BOUH !

    — Waaah ! »

    Mon sursaut me fit tomber par terre près de mon lit. Heureusement, j’avais de bons réflexes et ma chute ne m’a causé que la peur qu’elle a engendrée. Je me relevais furieux :

    « Eh ! T’avais dit que t’arrêt— » je n’avais même pas fini ma phrase que Valya s’approcha de mon visage à distance très personnelle, trop personnelle.

    *Lèche*

    Mon visage vira au rose vif, elle venait de me lécher la joue !

    « Wahaha, tu verrais ta tête, t’es tout rouge, serais-tu tombé sous mon charme ? » dit-elle tout en me faisant un clin d’œil bien visible.

    — Ne dis pas de bêtises, j’ai failli me faire mal, tu sais ?

    — Mais nooon ! Mon maître est bien plus fort que ça hein ? » dit-elle en insistant sur le mot ‘maître’.

    — Maître ? Je t’ai dis d’arrêter de m’appeler comme ça.

    — J’ai veillé sur le monde parallèle comme vous me l’avez demandé… Maître.

    — Arrête de m’appeler ‘Maître’ s’il te plaît...

    — Pourquoi Maître ? » demanda-t-elle d’une voix plus douce, mais en gardant son ton taquin.

    — Parce que je ne suis pas un maître... » je marquai une courte pause.

    Je pris le sceptre qui était au sol dans mes mains puis le leva en l’air en signe de pouvoir :

    « Je suis ‘Nightsillusion’ ! Le faiseur de miracles ! Le mage le plus puissant des terres parallèles. J’ai été reconnu par le roi de ces contrées ! »

    Nightsillusion — contraction de « Night » et « Desillusion » pour les non-anglophones — est le pseudo que je me suis choisi depuis ma quête dans les terres parallèles m’ayant amené jusqu’au roi qui vint me demander en aide, des brigands s’en prenaient aux cargaisons de pièces d’or acheminé jusqu’aux banques de la ville principale : Azarya. Leur façon de faire était identique à chaque fois : un sort de paralysie générale, mais courte, et une rapidité impressionnante. Les cargos n’étaient pas complètement vidés, mais les attaques étaient nombreuses, le roi en personne est venu me demander de l’aide. J’avais pas mal augmenté mon niveau alors j’ai accepté la quête. Une franche réussite. J’ai réussi à les prendre par surprise en leur infligeant leur propre sort et en leur lançant des attaques continues de mes sorts de ‘ténèbres’, un sort qui en plus d’infliger des dégâts continus — c’est un rayon qui est tiré du sceptre — donne un effet de poison à l’ennemi et réduit son champ de vision en plus d’avoir un effet de zone particulièrement élevé, son coût en mana est élevé par contre ,donc il faut bien l’utiliser. La bataille fut rude, mais j’ai réussi à vaincre leur chef. La récompense fut sympa et mon niveau a encore augmenté, c’est toujours ça de pris. Le roi m’a remercié personnellement, ce fut un honneur. J’ai depuis ce jour-là pris le pseudo de : Nightsillusion dans la vraie vie comme dans le virtuel.

    « Waaaw, tu me l’as déjà dit, mais…, elle se rapprocha de plus en plus de moi, t’es tellement classe quand t’es comme ça ! » me dit elle de son regard pétillant.

    — C’est donc pour ça que je veux que tu m’appelles ‘Partenaire’, car nous ne le sommes pas vrai ?

    — Ouaip ! » fit-elle en bondissant.

    Valya avait toujours le mot pour me mettre de bonne humeur et ce fut le cas durant les heures qui ont suivi. La pauvre avait fait une fugue à cause de ses parents qu’elle jugeait « trop méchants » et elle vivait là maintenant, je lui apportais des bouts de mon repas de la cantine quand je rentrais des cours, et lui laissa les restes du repas du soir pour le midi quand j’étais en cours. Je m’amusais bien depuis son arrivée il y a bientôt un mois, ses parents ne s’inquiétaient visiblement pas, car aucune trace de disparition n’avait été signalée.

    « Quels ingrats quand même... » avais-je pensé, mais je ne me pose plus la question maintenant. C’est la seule fille avec laquelle j’ai des discussions jusqu’à tard le soir, je lui ai quand même acheté un matelas pour qu’elle reste dormir le soir que je cache en dessous de mon lit — là où certains garçons cacheraient des magazines pornos, je cache le matelas de ma meilleure amie—, je l’ai acheté avec les économies de plusieurs petits boulots par-ci par-là comme nettoyer les vitres de certaines grands-mères fatiguées pour 3 ou 4 euros, en passant dans le quartier, je gagnais dans la dizaine par jour, mais c’était assez long. Je faisais ça le week-end quand je me lassais des jeux en ligne — surtout que la connexion de l’orphelinat était assez faible par moment —. Sinon, je travaillais en tant que serveur dans un restaurant où je restais tard le soir. Je faisais ça pour m’acheter mes jeux et mes mangas qui remplissent ma chambre avec les posters sur les murs, ça en vaut la peine et ça me rend heureux.

    J’allais d’ailleurs y aller vu que c’était un jour où j’allais travailler, je saluai Valya avant de partir :

    « Reste dans le royaume des ombres très chère partenaire... » disais-je d’une voix sombre

    — Ouaip, ne t’en fais pas ! Nightsillusion refera surface même dans les ténèbres les plus profondes ! » fit-elle tout en posant comme une guerrière à l’allure fière.

    — Bon allez, je vous revois bientôt très chère. »

    Valya me fit une révérence au moment où la porte se ferma.

    Voilà, c’est comme ça que ma vie quotidienne se déroule, un brin de légèreté en compagnie de Valya, et un dégoût profond pour le monde extérieur.

    Qui aurait cru que tout ça changerait en l’espace d’un instant...
  • On apporte des vues aux nouveaux !
  • Haha ! Merci ! x)
  • 2 - Mes activités, les miennes et non celles des autres.

    « Avez vous déjà eu de la peine pour les personnages de harem qui ne finissent pas avec le personnage principal ? Moi si. Certaines histoires se concluent par la mise en relation amoureuse des deux protagonistes, mais lorsque vous vous êtes attachés à un des autres personnages, vous arrive-t-il de ressentir des regrets ? Ressentir la profonde tristesse qui doit l’envahir de voir son bien-aimé hors d’atteinte définitivement ? Je ne suis jamais tombé amoureux mais j’arrive à ressentir leur état d’esprit, pire que la disparition de celui-ci, c’est de le voir là, à portée de main, mais de ne jamais pouvoir être capable de l’atteindre, car une autre a pris son cœur ou alors voir que celui-ci est trop stupide pour comprendre qu’au moins 3-4 jolies filles sont toutes folles amoureuses du lui, c’est frustrant pas vrai ? Ce cliché perdure pourtant encore de nos jours. Certes, certaines histoires terminent très bien et la fille est dans ce cas là votre favorite, vous êtes heureux pour les personnages, mais réfléchissez ; pensez aux autres filles (si elles sont présentes) qui ne connaîtront probablement jamais le bonheur d’une relation de couple à vie vouée à la réussite. »

    Voilà un commentaire que j’avais posté sur un blog parlant des relations dans les animés, j’ai toujours ressenti de l’empathie envers certains personnages secondaires, ce n’est pas toujours le cas, mais ça m’arrive assez souvent et je voulais savoir si j’étais le seul…

    A ma grande surprise, certains avaient répondus d’un avis positif en disant que j’avais raison, c'est quelque chose d'assez satisfaisant de voir que notre avis est partagé surtout pour quelqu'un comme moi qui ne parle presque jamais aux autres. Je suis loin d'être quelqu'un avec beaucoup d'amis mais de toute façon, il y a Valya. Je ne m’ennuie jamais avec elle et c'est largement suffisant pour moi.

    Bref, je venais de refermer la porte et je partais en direction du restaurant dans lequel je travaillais, la nuit commençait doucement à tomber et les derniers rayons du soleil se dessinaient à l’horizon. J’aimais bien cette atmosphère, cela prête à rêver et avec le combo des écouteurs, cela donne ma définition du bonheur à court terme. J’écoutais ma musique qui passait assez forte pour que je l’entende bien sans les interférences extérieures comme le vent. Que c’est apaisant, juste moi et mon univers...

    D’ailleurs, quand j’y pense, le soleil était revenu nous dire « Coucou ! » avant d’aller se coucher, les nuages qui étaient omniprésents dans le ciel lors de ma journée de cours avaient presque tous disparu.

    « Haha, même le temps déteste les cours, tu te réjouis de savoir que c’est le week-end hein ? disais-je à haute voix en me parlant à moi même, mais les ténèbres tomberont sur la ville, et ce même sans ton autorisation, cher Soleil ! »

    Certaines personnes s’étaient retournées et me regardaient d’un air ahuri, ou il devait plutôt penser que j’étais taré. À vrai dire, je m’en fichais, quand je suis dans mon monde, rien ne peut m’en sortir et ce n’est que moi même qui le décide.

    Je traversais la rue à l’instant même où le petit bonhomme vert s’alluma, je pressais le pas, car on ne sait jamais sur quel conducteur on peut tomber et puis, je n’avais pas envie d’être en retard.

    « Bon... », je retirais mes écouteurs à la vue du restaurant.

    C’est un petit restaurant banal sans grand défaut ni qualités, il y avait une terrasse de cinq tables toutes constituées d’au moins quatre chaises, mais une réserve de chaises était disponible dans le cas où les clients seraient composés d’un nombre supérieur à celui disponible. Les tables rectangulaires devaient mesurer dans les deux mètres de long pour un mètre de large et étaient d’un métal froid au toucher, il y avait également un parasol qui était disposé au-dessus de chaque table pour éviter les désagréments des intempéries. L’intérieur, lui, était plus vaste : il comptait plus d’une dizaine de tables et avait une atmosphère plus chaleureuse. Le papier peint jaune-orangé avec des motifs en tous genres en était sûrement la cause ; le bar occupait la majeure partie du restaurant et c’était là où j’étais assigné. Je prenais les commandes des clients et j’allais directement les servir vu que notre personnel était peu nombreux : on était quatre en me comptant moi, deux autres gars et une fille qui, elle, venait d’arriver récemment. Je la reconnus immédiatement, c’était la même fille qui avait remballé l’autre pauvre type à la sortie du lycée. On est venus se faire de l’argent de poche pour acheter des cigarettes ? Vu qu’elle passait son temps à fumer en dehors du lycée, c’était l’explication la plus probable. Bon, je juge sans la connaître mais je n'aime pas accorder mon respect à une fille aussi vulgaire. Les deux autres gars devaient avoir la vingtaine et je parlais rarement avec eux, hormis pour le travail lors du passage des commandes.

    « Ah te voilà Sorel ! T’es presque en retard ! File te changer et au boulot ! » me cria mon chef.

    C’est un vieil homme à la moustache intrigante dans le sens où elle n’est jamais taillé de la même manière, un coup elle ressemble à la coupe de cheveux que l’on peut avoir lorsque l’on se réveille (ce fameux style ébouriffé) ou elle peut être soigneusement brossé ce qui lui donne un charisme de patron de la mafia et c’est vrai qu’il ressemblait à cette description : assez costaud, environ un mètre soixante-quinze et une voix rauque assez glauque, franchement, il ne pourrait pas être animateur dans une garderie lui…

    « Oui monsieur. » répondis-je presque immédiatement.

    Au final, la soirée se passa comme à son habitude, je prenais les commandes des gens qui pouvaient être très sympa comme particulièrement casse-pieds à vivre… il ne s’est pratiquement rien passé ce soir-là, comme d’habitude en fait, bien que la fille de ma classe m’avait mis à l’écart pour me poser cette question :

    « Tu diras rien, hein ?! »

    — Euh ? De quoi est-ce que tu parles ? »

    Je ne pouvais pas supporter le ton hautain de cette fille, elle a une façon de parler qui te fait comprendre que tu n’es rien à côté d’elle, le genre de fille qui se prend pour une princesse, mais qui est bien en dessous de ce haut rang, j’avais envie qu’elle m’ignore parce que je faisais de même et qu’elle n'était à mes yeux qu’une abrutie mégalomane.

    — Tu sais très bien, arrête de faire genre tu sais pas, me répondit-elle sèchement.

    — Tu me parles de ce gars à la sortie du lycée ?

    — Ouais, tu dis pas que je me suis fait remballer par Arthur, ok ? »

    Alors il s’appelle Arthur ? Je mets ce nom dans la corbeille de ma mémoire.

    — Je m’en fiche de vos histoires, pourquoi j'irais aller balancer à je ne sais qui tes histoires inintéressantes ? » lui répondis-je.

    — Ouais bah t’as pas intérêt… »

    Je n’ai pas peur de ses menaces, elle allait appeler une de ces brutes, il allait me tabasser et puis ? Franchement, si c'est avoir une blessure au visage qui ne me tue pas, je m'en fiche royalement. Même si je ne me laisserais pas faire, je n’ai pas vraiment un physique imposant : un mètre quatre-vingt, soixante-quinze kilos et je ne suis pas vraiment baraqué, j'ai une corplulence "normal" disons. J’ai des cheveux assez courts et très sombres, des yeux gris argenté et un visage assez banale bien qu'apparemment, j’ai un regard qui peut faire froid dans le dos.

    Maintenant que j’y pense, le fait qu’elle se soit fait rembarrer par ce Arthur montre qu’elle ne pourrait pas demander à d’autres types de venir à sa demande, ce Arthur s’en souviendrai et ne voudrait pas agir au nom de cette fille, du moins dans mon esprit, ça paraît logique. Après, si elle demande à d'autres gens...

    « J’ai rien à y gagner et je m’intéresse pas à ta vie, tu fais ce que tu veux et je ne suis pas impliqué dans quoi que ce soit ayant un rapport direct ou pas avec toi. » lui répondis-je d’un ton assuré.

    En signe de réponse, elle roula des yeux puis soupira et repartit à ses occupations, c’est la seule chose différente qui se soit passée ce soir-là.

    Vers minuit, j’avais enfin fini et je repartais toujours les écouteurs aux oreilles vers la sombre contrée que l’on nomme : réalité. La nuit, changement complet d’ambiance : il faisait assez froid et la lune, de sa lumière pâle, me caressait la joue. Les étoiles étaient visibles dans le ciel ce qui donnait un aspect féerique au paysage dans lequel j’évoluais tant bien que mal à cause du soudain froid qui s’était installé. Quand j’y pense, le tout donnait une atmosphère romantique. Dommage que je ne sois pas accompagné d’une fille ce soir-là, ç’aurait été… amusant ? Je suis sûr que Valya aimerait ce paysage, mais c’est une véritable casanière comme moi, elle ne sort pratiquement jamais de ma chambre et semple très discrète vu qu’elle ne s’est jamais faite remarquée auprès des autres occupants de l’orphelinat. Une vrai ninja !

    Toujours ce grincement à mesure que je fermais la porte de ma chambre, cette fois, Valya dormait à genoux les bras posés sur mon lit comme si elle m’attendait.

    Un sourire se dessina sur mon visage, je tenais ma vengeance de la peur bleue qu’elle m’avait infligée des heures auparavant. Doucement je m’approchais de son oreille et chuchota de la voix la plus sinistre que je puisse faire : « I see you. » tout en prolongeant ma respiration sur la fin de la phrase. Sa réaction fut immédiate, elle sursauta complètement effrayé puis en voyant que ce n’était que moi soupira de soulagement :

    « Mais euuuh ! » bougonna-t-elle d’un air boudeur.

    — Mouahaha, je t’ai eu ! Maintenant, tu sais à qui tu as affaire : le grand Nightsillusion ! » disais-je tout en gardant un air fier et en brandissant mon sceptre, symbole de mon identitée.

    Son rire éclata bruyamment dans la pièce, un rire honnête, pur, qui me fit sourire, mais je répondis tout de même à contrecœur en mettant un index devant ma bouche :

    « Chut ! Tu vas réveiller mes voisins de chambre. »

    — Désolée, hihi, bon tu viens jouer ? Je te regarde comme d’habitude. »

    — Ouaip ! »

    Valya ne jouait pas avec moi, elle disait qu’elle trouvait ça trop compliqué pour elle, donc elle ne faisait que regarder.

    "On" a joué jusque tard le soir pour que j’aille me coucher vers quatre heures du matin en m’étant bien amusé comme tous les soirs depuis son arrivée.

    Je me réveillai encore un peu fatigué de la soirée de la veille. Je regarde ma montre : onze heures pile.

    « Eh beh, j’ai dormi comme un loir. » pensais-je à haute voix.

    Valya était toujours en train de dormir, elle avait tellement l’air de bien être dans son matelas que je me suis abstenu de la réveiller, je lui posai juste un bout de pain et du fromage à côté d’elle (que j'ai "dérobé" lors du dîner), puis je repartais dehors après un rapide petit déjeuner.

    « On dirait que je nourris le chien... pensais-je ironiquement avec le sourire, bon, j’y vais. »

    Ma destination était la boutique de manga qui se trouvait en face du restaurant où je travaillais, c’était une boutique assez atypique dans le sens où elle se distinguait par ses couleurs vives et par les posters d’héroïnes sur les vitrines, quand on l’avait remarqué, on ne voyait que ça, car les autres boutiques étaient fondues dans la masse, des murs gris sans vie contrairement à la joie que procurait la seule vue du magasin haut en couleur. En tout cas, c'est ce que je ressens mais bon, en tant que fan de cet univers, c'est normal.

    Je poussai la porte de la boutique, le tintement de la cloche signala mon arrivée :

    « Bienvenue, cher client ! » me lança la vendeuse d’un air enjoué, cette femme qui devait avoir vingt-cinq ans semblait être le genre de personne à avoir toujours aimée les mangas, elle en parle tout le temps ! Elle me conseille sur certaines oeuvres parfois même sans que je lui demande. Ses longs cheveux blonds lui arrivent jusqu’au milieu des bras, ses yeux couleur bleu ciel et son petit sourire lui procuraient — je dois bien l’avouer — un certain charme. Je ne vois d'ailleurs jamais d'autres gens en même temps que moi ici... bah, c'est mieux comme ça après tout.

    « Bonjour Madame. » lançai-je d’un air un peu ailleurs, il faut dire que j’avais beaucoup de choses à regarder à ce moment précis.

    Son téléphone sonna, la sonnerie était l’opening d’un animé. Normal pour quelqu'un comme elle mais tout de même, pour une femme dans la majorité depuis un moment, quand vous entendez un opening de son portable, croyez-moi, ça fait vraiment bizarre.

    « Oups, excusez moi cher client !

    — Je vous en prie.

    — Allô ? Ah c’est toi Papa ! Comment tu vas ? »

    Visiblement, elle s’adressait à son père. Vivant dans un orphelinat, je ne peux pas savoir ce que c’est d’en avoir un, je ne peux qu’imaginer l’idée en regardant les parents promenant leurs enfants dans la rue par exemple. Le mien m’a apparemment abandonné moi et ma mère à ma naissance donc je n’ai aucun souvenir de lui, je n’ai même aucun souvenir du fait même de le connaître, de savoir qu’il existe. Peu importe où il est maintenant, je m’en fiche. Il m’a lâchement abandonné me laissant seul avec ma mère et en ne donnant plus aucun signe de lui, et ce même après l’enterrement de ma mère — auquel il n’était pas venu apparemment —. Quand bien même il essaierait de me contacter aujourd’hui, je ne lui répondrai pas. Je le renierais. Un père comme ça ne mérite même pas le statut de paternel, il ne mérite à mes yeux qu’un profond mépris, encore plus que les gens qui m’entourent au lycée ou comme ce Arthur. Je hais mon père. Littéralement.

    Leur discussion allait au bon train, ils parlaient de choses et d’autres et ne semblaient pas avoir de problèmes particuliers au vu de l’intonation de voix de la vendeuse, un père qui ne fait que prendre des nouvelles de sa fille, rien de bien grave ou même d’intéressant, mais l’idée est tout de même appréciable, savoir que quelqu’un s’inquiète pour vous, c’est toujours réconfortant.

    Je m’attardais devant les étagères de la boutique, j’avais quarante euros sur moi, de quoi pouvoir m’acheter cinq-six tomes de n’importe quel manga à peu près, un manga papier coûte dans les cinq euros environ, parfois un peu plus, mais globalement, la moyenne est de cinq. J’avoue que parfois, je ne faisais que regarder ou je feuilletais vite fait certains livres pour voir comment étaient les dessins par exemple lorsque je cherchais des nouvelles œuvres à suivre, je pouvais traîner jusqu’à une demi-heure dans le magasin avant de faire mes choix ce qui ne dérangeait absolument pas la vendeuse. Au contraire, elle m’aidait et me conseillait sur par exemple, ses coups de cœur et répondait à mes questions sur la sortie prochaine ou pas de telles ou telles œuvres, le temps passait assez vite au fur et à mesure de nos discussions, mais aujourd’hui, je savais déjà ce que j’allais choisir, je m’empressais donc de prendre les cinq tomes avant d’arriver rapidement à la caisse, la discussion avec son père venait de se terminer, car je la vis raccrocher au moment où j’arrivais devant elle.

    « Désolée, petite discussion de famille tout à fait banale, héhé. » dit-elle en ricanant.

    — Je vous en prie, tenez. » répondis-je tout en lui tendant mes bouquins.

    « Donc, nous avons là un, deux, trois, quatre et cinq tomes de… Oh ! Monsieur a bon goût ! Par contre… elle se rapprocha de moi en chuchotant comme si elle avait une annonce grave à faire, fais gaffe au tome quatre, tu vas être surpris de la tournure des événements !

    — Ehh ! Spoilez pas Madame, c’est un crime ici ! C’est pas bien ! Méchante !

    Elle se permettait de me taquiner, car je suis un client régulier et qu’elle a un bon sens de l’humour dans le sens où tout la fait rire (un peu comme Valya), je me permettais également de lui répondre comme ça pour continuer notre petit ‘délire’, c’était assez amusant en fin de compte !

    — Ah, mais tu verras, tu verras… tu ne pourras pas dire que tu n’as pas été prévenu ! » me répondit-elle en me faisant un clin d’œil bien visible.

    — C’est justement le but de spoiler ! Il ne faut pas être prévenu et l’effet de surprise est décuplé !

    — C’est juste un avertissement, voyons.

    — Ouais, enfin on n’a pas la même notion de spoil alors, ni même d’avertissement en fait..

    — Je te spoilerais si je te disais que le père du héros meurt au tome trois.

    Ma réaction fut immédiate :

    — Mais ! Vous voyez ?! Vous êtes une spoileuse !

    — Allons, ce n’est rien comparé au tome quatre…

    En finissant sa phrase, elle avait pris un ton mystérieux, j’avoue qu’elle avait attisé ma curiosité.

    — Bon ben, j’y vais tout de suite, je ne perds pas de temps, sinon vous allez continuer !

    — J’arrête, j’arrête ! Bon allez, file moi lire ça !

    — Au revoir, Madame !

    — Bye bye !

    Six euros trente le tome ce qui fais que j’ai dépensé trente et un euro et cinquante centimes, ça va, il y a des jours où j’en ai pour plus de cinquante euros lorsque la fièvre de lecture me prend…

    Je traversais la rue lorsque je me rendis compte d’un changement : le chantier pour des nouveaux appartements venait de terminer, cela incluait la venue massive de nouvelles personnes dans les semaines qui arrivent, les appartements étant proches de mon lycée, cela allait sûrement inclure l’arrivée certaine de nouveaux élèves. J’essayais de ne pas espérer que ce soit des reclus comme moi avec qui je pourrais avoir des discussions sur mes jeux et autres, je suis au final toujours déçu quand je souhaite fort quelque chose, donc j’ai arrêté de croire…

    En ce début d’après-midi, le temps s’éclaircissait : quelques rayons de soleil se montraient par-ci par-là, signe déjà qu’il ne va pas pleuvoir de sitôt, la pluie a toujours cet effet dramatique : elle rend des scènes triste plus violente encore et peut montrer la monotonie de la vie. Bon, au moins, je n’ai pas de risques de finir trempé comme hier, donc c’est une bonne chose.

    Au final, mes sorties en dehors de l’école se limitent à deux lieux : le soir pour mon travail de serveur dans le restaurant qui me permet de pratiquer ma seconde activité qui sont mes achats dans la boutique de manga, l’une étant liée à l’autre, je ne pouvais permettre une absence à l’une des deux. Je suis comme ça, quelqu’un dont la vie est réglée dès son premier battement de cil de la journée.

    En arrivant devant le bâtiment imposant qu’est l’orphelinat, je fus pris d’une soudaine envie de lire mes livres, la curiosité l’avait emporté et je pressais donc le pas en direction de ma chambre, haha, j’avais hâte de voir ça !

    Alors que je traversai le couloir, je remarquais que la porte du bureau de Mama Mia était entrouverte. Très légèrement, mais assez pour entendre ce qu’il se passait à l’intérieur :

    « Je vois, c’est grave en effet… »

    C’était la voix de Mama, ma curiosité avait été attirée à la place de mes livres, je sais que ce n’est pas glorieux, mais j’étais en train d’écouter aux portes :

    — Et pas qu’un peu ! » répondit une voix féminine assez sèchement.

    J’entendais des sanglots assez faibles provenant d’une autre fille, donc il y avait trois personnes dans ce bureau, des nouvelles ?

    « Je comprends votre douleur, mais sachez que vous êtes en sécurité à présent, alors, mademoiselle, parlez-moi un peu mieux s’il vous plaît. », la voix de Mama était assez forte, mais son ton était affectueux, et ça pour des filles qu’elles ne connaissaient même pas, je trouvais ça très admirable de sa part, car je n’en serais pas capable…

    — Pardonnez-moi, mais vous nous comprenez pas vrai ?

    — Oui, mais je ne suis pas comme lui, je vous traiterais toujours avec gentillesse sachez le ! »

    Bien-sûr Mama ! Vous êtes la meilleure des mamans !

    « Bien, vos papiers sont déjà remplis donc ça ira plus vite à ce que je vois. Bon... »

    Bruits de chaises, elles s’étaient levées :

    « Alors Mesdemoiselles Celeste et Mayolia Nyakoa, bienvenue parmi nous ! »
  • novembre 2017 modifié
    3 - Mon destin, le mien et non celui des autres

    Le sceptre en ma possession est un item légendaire classé ‘S’ dans le jeu. Le simple fait de le posséder est en soi rarissime. Il était la récompense d’une longue quête fastidieuse qui m’avait demandé toute une soirée rythmée par une lourde tension mais j’ai finalement pu obtenir cette arme et ce fut ma plus belle prise de tout le jeu :

    Le bâton du sceptre est composé d’un simple tube couleur doré mais avec des gravures noires représentant des dragons tout le long, le bout est constitué de cinq embranchement chacun représenté par une boule de verre de différentes couleurs symbolisant un élément phare du jeu :

    Une boule couleur rouge sombre qui représentait l’élément du feu. De puissantes boules de feu en sont invoqués et, en surchargent le mana, on peut provoquer une explosion faisant des dégâts de zone considérables.

    Une boule couleur verte vif symbolisant la forêt qui étaient les majeures environnements du jeu (d’où le nom du jeu ‘Forest Adventures’ abrégé en ‘FA’), différents effets en découlaient comme un empoisonnement de l’ennemi, une invocation d’esprit de la forêt pouvant nous aider durant le combat ou bien simplement un sort de soin mais il en existe beaucoup d’autres.

    Une boule couleur jaune dorée, symbole des foudres célestes : un effet de paralysie en était la principale utilisation car les autres sorts à base de foudre étaient coûteux en mana mais diablement efficace ! Certains pouvait tuer des monstres de haut niveau en un seul coup !

    Il y avait une boule couleur bleu foncée qui symbolise, par esprit de déduction, les océans. Cela permettait l’invocation de monstres marins possédant énormément de PV mais très faibles en attaque : de bon tanks qui permettaient la recharge de mana par exemple, c’était là encore la principale utilisation dans cette classe, bien que l’on pouvait modéliser des armes avec l’eau pour permettre des attaques rapides car elles étaient relativement faibles en puissance là encore, la classe ‘mage d’eau’ était donc concentré sur la défense.

    Enfin, une boule transparente désignait les cieux, de puissantes rafales de vents et la possibilité de voler lorsque cette classe est suffisamment maîtrisé, c’était la classe la plus populaire du jeu grâce à sa dernière caractéristique. Sur le sceptre cependant, seule des rafales pouvaient être invoqués.

    La particularité de cette arme était qu’elle pouvait se retourner pour se changer en épée, chose normalement impossible pour un magicien, l’autre bout était en effet très pointu et avait l’allure d’une épée de quoi ravir les joueurs qui attaquent au corps à corps. Cela permettait donc une double utilisation de l’arme.

    Je tiens tant à en parler car l’acheter sur le site officielle du jeu fût un véritable calvaire : Quatre vingts euros ! J’ai dû économiser un bon moment avant de pouvoir me le procurer, j’ai lavé tellement de vitre, servis tellement de gens en espérant avoir un généreux pourboire mais c’était peine perdue : les gens sont ne sont pas tous riches, je ne sais pas si c’est moi qui suis trop malchanceux mais mes pourboires ne dépassaient jamais un euro sans parler des gens qui n’en donnaient pas du tout… bon oui je l’avoue, j’ai tendance à ne rien donner donc je devrais me taire... mais quand vous attendez de l’argent pour vous acheter quelque chose en particulier, ça peut vite devenir frustrant.

    J’ai vraiment des réflexions de pourri-gâté parfois…

    Enfin, c’est du passé maintenant. J’ai pu me l’acheter au bout de deux semaines de travail acharné et j’en suis vraiment fier car il est magnifique ! C’est devenu mon symbole de mage et un item très important pour moi…

    A ce que je venais d’entendre, deux nouvelles du nom de ‘Celeste’ et ‘Mayolia’ étaient devenus orphelines il y a de ça très peu de temps à en croire la voix douloureuse d’une des filles que je pouvais qualifier comme étant la grande sœur car elle avait l’air de prendre l’initiative en parlant au noms des deux. La plus petite (?) ne parlait pas, je n’ai pas entendu une seule fois le son de sa voix, seule ses petits sanglots signalaient sa présence. Je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir un peu de compassion cependant : devenir orphelin à la naissance ou très peu de temps après est en soi une épreuve extrêmement difficile à supporter et à vivre mais je n’ose pas imaginer lorsque l’on a mon âge… ça semblait insurmontable pour moi.

    Enfin, je n’allais pas rester là plus longtemps, j’allais me faire choper si ça continue. J’ai donc rebroussé chemin en direction de ma chambre pour commencer ma lecture tant attendu.

    « Psst ! Eh ! Sorel ! »

    Un chuchotement m’interpella, intrigué, je tournais la tête en direction de la voix :

    — Qui est-ce ? »

    —Ben Bill, tu me reconnais pas ou quoi ? »

    Ah oui, lui.

    Bill est un de mes voisins de chambre, un de ces gars qui est un exact opposé de moi : il est légèrement plus petit mais est très sociable, c’est une personne qui va naturellement vers les autres et qui sait surtout choisir ses amis, il peut changer de sujet comme de paire de lentille de contact ou de couleur. En effet, il a tendance à toujours changer la couleur de ses yeux ce qui est sujet à pas mal de blagues de la part de ceux qui le remarquent (bien que ce soit difficile de faire semblant que non). Certains le surnomme ‘Alter-eyes’ en référence, bien sûr, à sa manie particulière. En plus d’être agréable dans les conversations, il est également très populaire auprès des filles grâce, entre autres, à son visage de tombeur. Le bon cliché pourrait s’arrêter là et faire de ce type un de ces beau parleurs qui collectionne les conquêtes seulement voilà : lui aussi a le même état d’esprit que moi. Il cherche vraiment une relation très sérieuse avec une fille qui ne prendrait pas ça à la légère sauf que la tâche pour lui est bien plus aisé, il a reçu pas mal de propositions mais les a toutes rejetées car ‘pas honnête’ d’après lui ce que je peux comprendre d’ailleurs, c’est rare de voir des filles de nos jours qui ont cet façon de penser, avec ce que je peux voir devant le lycée...

    Pour plaisanter, j’avais dis que nous pensions de la manière ‘une fille ou rien’ : grosso modo, ça résumait plutôt bien. Mais je n’ai jamais cherché moi, à vrai dire, j’avais perdu l’espoir de trouver une copine qui correspond à mes critères bien que je sois mal placé pour en imposer au vu de mon caractère. Ce n'est cependant pas le cas de Bill qui cherche toujours. Je suppose qu’il trouvera un jour…

    « Ah désolé, j’avais pas vu, tu traînes dans le coin ? »

    Question stupide mais bon, c’est histoire d’engager la conversation qu’il avait démarré :

    « Ouais on peut dire ça, pas vraiment envie de sortir aujourd’hui, une grave maladie m’impose de rester aux alentours. »

    — Grave maladie ? C’est pour rigoler ou… ?

    — Une maladie qui touche énormément de gens tu sais, sans celle-ci, notre monde se porterai beaucoup mieux ! »

    — Oh, je n’en peux plus, tant de suspens Monsieur Bill ! Qu’est-ce donc ? » dis-je d’un ton ironique évident.

    — La flemme.

    — Donc… t’as la flemme de me dire ce que tu as ? Non mais quelle feignasse franchement !

    — Non mais t’as mal compris.

    — Hein ?

    Je devais avoir un air profondément stupide car il se mit à rigoler avant de finalement me donner sa réponse :

    — C’est ça la maladie ! C’est la flemme !

    Soudain, je me mis à comprendre et je me rendis compte qu’en plus d’avoir l’air idiot, je l’étais également pour ne pas avoir compris un message aussi évident.

    — Ah… » fut ma réponse tant je ne savais pas quoi dire.

    Son sourire s’accentua un peu plus :

    — Petite boutade tu vois. »

    Rire de la part de Bill.

    — Je vois… hilarant. On s'amuse tellement ! »

    Rire de ma part bien que je fit exprès de le forcer.

    « Bon bref, si tu m’a appelé pour me faire cette blague, je me tiendrai pour témoin en vu de ta futur carrière de comédien ! »

    J’adore plaisanter sur ça, Bill a souvent tendance à foirer ses blagues.

    — Haha, très drôle Sorel vraiment, en plus c’est toi qui a engagé le sujet ! »

    — Bon dis moi juste pourquoi tu m’a appelé. » finis-je par dire excédé.

    — T’es au courant qu’il y a deux nouvelles hein ? »

    — Déjà intéressé ? T’es un rapide toi… Pour te répondre, oui, je suis au courant. »

    Bill s’approcha de moi, l’air innocent :

    « Elles sont comment ? » me demanda-il l’air de rien comme si son visage disait ‘c’est pas moi !’

    — Je sais pas, je ne les ai pas vu. »

    — Alors comment tu sais qu’elles sont là ?

    — Je passais devant le bureau de Mama quand je l’ai entendu parler à propos de leurs intégration à l’orphelinat, on dirait qu’elles sont deux. Mais minute, comment TOI tu sais qu’elles sont là ? »

    — Mama nous a prévenus , tout à l’heure quand t’étais parti, que deux nouvelles allaient arriver.

    — Ah, tout s’explique alors…

    — Bon je vais aller voir, tu viens histoire de te présenter et de faire bonne impression ? » me dit-il tout en me faisant un clin d’oeil.

    — Très peu pour moi, je verrais ça demain peut être…

    — Hmmm… C’est pas comme ça que tu vas t’intégrer Sorel.

    — Comme si j’en avais envie, je suis sûr qu’elles sont comme les filles du lycée en plus…

    Bill soupira :

    — Tu vois ? T’es encore en train de jouer le pessimiste, faut changer ce côté là… Je suis sûr que les filles s’intéresseraient à toi si tu y mettais du tien. »

    J’avoue que je n’ai pas répondu sur le coup, et en effet, il n’avait pas spécialement tort mais j’avais tendance à faire des amalgames quand il s’agissait de ce sujet et ça a énervé Bill plus d’une fois mais je pense qu’il est habitué maintenant.

    — Sûrement… pas. J’ai pas envie d’être déçu c’est tout.

    Nouveau soupir de Bill plus profond cette fois :

    — Comme tu voudras… Bon bah je pense que je te revois demain alors vu que tu bosses ce soir ?

    — Affirmatif !

    — Ben salut alors !

    — Ouaip !

    Tout en lui disant ‘au revoir’ de la main, je grimpai les escaliers qui menaient à ma chambre, faut dire que j’avais pas grand-chose à faire de mes journées, soit je sortais acheter des mangas, soit j’allais travailler ou bien je sortais pour suivre le chemin menant au lycée, trois routes et pas une seule complémentaire. Je pense que j’allais dormir un peu vu que j’étais encore un peu fatigué de la soirée jeu d’hier, bah, c’est devenu une habitude après tout.

    Toujours ce même grincement sinistre digne d’un film d’horreur, faut que je pense à demander de huiler ma porte un jour quand même…

    « Tiens, Valya n’est pas là. Sûrement pas loin… Ça tombe bien, je vais pouvoir me reposer ! »

    Bien évidemment, je n’avais pas oublié ma lecture donc ce fut en m’allongeant sur mon lit que je commença mon activité tant attendu. Au bout d’un peu plus d’une heure, j’avais déjà terminé… Et la vendeuse ne m’avait pas menti : le héros qui découvre que sa sœur est toujours vivante alors qu’il se rendait sur sa tombe chaque jour, franchement, j’étais étonné et j’avais hâte d’ailleurs de voir la suite car la relation entre le personnage principale et celle de la fille s’améliorent (je ne parle pas ici de la sœur). J’avais sur mon visage cet espèce de sourire idiot rêveur : voir des relations s’améliorer et se concrétiser m’a toujours fait cet effet, faut croire que j’allais devoir attendre quelques semaines avant de connaître la suite…

    Bon, il est temps de se coucher maintenant. Rapide coup d’oeil à ma montre : quatorze heure déjà ? Enfin… ‘déjà’ n’est pas vraiment approprié, le temps n’est pas à votre merci de toute façon et on ne peut pas le remonter bien que ce serait marrant et utile pour, par exemple, connaître les chiffres d’une loterie quelconque histoire de s’enrichir un peu.

    Bon, trêve de bavardages futiles internes, il faut que je dorme un peu ou je ne tiendrai pas ce soir… Tout en écoutant le doux chant des oiseaux qui me parvenait de ma fenêtre, je ferma lentement les yeux me laissant doucement emporter dans le sombre et mystérieux monde des rêves…

    Bip Bip

    Mon alarme me fit sursauter, péniblement, je me leva histoire de l’éteindre et de regarder l’heure : dix sept heure. Je dois être au restaurant à quarante-cinq et celui-ci se situe à quinze minute de marche donc j’ai une avance considérable. Bon j’allais quand même me lever car me connaissant, j’allais me rendormir…

    « Bien dormi ? »

    La voix de Valya me fit sursauter car elle étais juste à côté de moi ! Elle me regardait dormir ?!

    « Tu sais que tu ressemble à un enfant quand tu dors ? Hahaha ! C'est trop mignon ! »

    J’ai déjà entendu cette remarque de Bill, on était en bus quand je me suis endormi d’une de mes soirées jeux prolongé, il me réveilla alors qu’on était arrivé au lycée pour me faire cette même réflexion, plus à sa manière : « Tu ressemble à un gamin quand tu dors sérieux ! » tout en éclatant de rire. Faut croire que c’est vrai alors…

    — Merci ? Je… suppose ? Bon, il est temps que parte au travail.

    — Oh mais je viens d’arriver, tu veux pas rester un peu ?

    — Nan, il faut que j’y aille, désolé… On se voit tout à l’heure de toute façon.

    Son regard montrait son mécontentement, que je n’aimais pas voir, mais quand je suis obligé…

    — A tout à l’heure ! »

    — Juste une question avant.

    Son regard passa du mécontentement à l’interrogation.

    — Oui ?

    — T’as pas dormi avec moi quand même ?

    Valya éclata de rire puis tout en me faisant un clin d’oeil répondis simplement :

    — Qui sais…

    Soupir de ma part :

    — Bon ben j’y vais alors.

    Ayant parlé un peu, le temps lui ne s’était pas accordé une pause discussion et il était déjà dix sept heure dix.

    — Bye Bye ! » lança-elle tout en faisant le geste avec la main.

    — Ouaip ! A tout à l’heure ! »

    Je me suis retrouvé à commencer à courir une fois arrivé dans la rue, je détestais être en retard et ce depuis tout petit : soit j’étais absent, soit j’étais là mais jamais d’entre deux… chose que Mama aimait bien d'ailleurs.

    Bon fallait que je ralentisse un peu, j’ai encore du temps devant moi. Contrairement à hier où le temps s’était un peu amélioré lors de ma sortie pour le travail, là, il était de mauvaise humeur si je puis dire : il pleuvait fort. Il n’y avait pas énormément de vent mais la pluie était glacée, cependant, j’avais pris un parapluie ! Hop déploiement !

    *froush*

    Heureusement que j’y avais pensé parce que j’aurais été trempé jusqu’aux os…

    Une marche plus rapide que d’habitude du au mauvais temps m’amena finalement à mon lieu de travail, j’étais complètement en avance mais mon patron me fit remarquer que c’était d’autant mieux que je sois là plus tôt. Ben oui, de son point de vue, ça se tient après tout.

    Finalement, la soirée se passa sans encombre bien qu’il y avait beaucoup moins de client que d’habitude. Au vu du temps, c’est plutôt normal après tout. J’ai terminé mon service vers vingt trois heure trente. Encore une soirée de travail inintéressante mais cette fois, ce fut éprouvant dans le sens où peu de gens étaient venus, j’ai passé la plupart de mon temps assis dans le restaurant en attente de clientèle donc rien à redire là dessus…

    Enfin ! Mon patron m’a dit qu’il fermait en raison du temps qui empirait beaucoup trop et c’est vrai, la pluie s’intensifiait à vue d’oeil, après avoir rapidement salué mes collègues, j’ai commencé le chemin pour rentrer à la maison. En plus de l’obscurité de la nuit, la tempête qui se préparait mettait en place un paysage digne d’une catastrophe naturelle. Même mon parapluie avait du mal à supporter tant le déluge était puissant. Je n’avais qu’une seule idée en tête, rentrer dans ma chambre, me mettre au chaud et jouer avec Valya qui m’attendait, je me devais de ne pas l’inquiéter.

    « Monsieur ! Aidez-moi je vous en prie ! »

    Un cri retint mon attention, un homme d’environ une tête de plus que moi me faisait face, il avait vraiment une allure de colosse mais son visage était au bord des larmes.

    « Il fait un arrêt cardiaque ! Je n’ai plus de batterie et personne n’est aux alentours ! Sa vie est en grand danger ! » continua-il d’un air appeuré.

    Sa voix était plaintive, il avait parlé très rapidement, tellement que je pensais que c’était une mauvaise blague mais à la vue d’un homme à terre, j’ai très vite retiré cette idée de mon esprit. Je me suis dis, au début, que je ne devais pas aller le voir, ce n’était pas mon problème ! Mais j’aurais eu une mort certaine sur la conscience et si je devais juste appeler les secours, je n’étais pas obligé de faire grand-chose.

    Même si je ne voulais pas vraiment, je me suis approché de l’homme en question, un homme assez mince était allongé sur le sol, son visage crispé par la douleur, c’était pas beau à voir…

    « C’est déjà arrivé avant ? » demandai-je d’un air un peu inquiet.

    — Il a souvent eu des problèmes mais là, c’est plus grave que je ne le pensais, s’il vous plaît ! c’est mon meilleur ami... »

    — Je vois.

    Je me suis mis à toucher son cou avec mes deux doigts pour vérifier son pouls, étrangement, il était normal.

    C’est là que je compris que je venais de faire une énorme erreur, l’erreur qui allait changer radicalement ma vie par la suite. L’homme à terre s’était redressé l’air de rien et souriait d’un sourire malsain, je n’arrivais pas bien à distinguer son visage mais une chose de sûr, il souriait. J’étais tombé dans le piège le plus débile et prévisible qui soit car j’étais dans une rue qui était déserte à cause de la pluie et de l’heure.

    « Attendez une min-

    Je n’ai même pas eu le temps de finir ma phrase que je sentis quelque chose me piquer le cou suivi du rire du faux malade.

    Je venais d’être piqué par une seringue ! Une grosse en plus ! Très vite, les effets du produit qu’ils m’ont injecté ont fais effet et ma tête commença à fortement tourner.

    « Qui ê-êtes v-vous ?! Qu-qu’est ce que v-vous me vou-voulez ?! »

    Telles sont les mots que j'avais réussis à prononcer. Évidemment, aucune réponse des deux, seul le rire résonnait dans ma tête, c’était insupportable.

    Je m’effondrais par terre, la tête me tournait trop et j’avais perdu l’équilibre. J’étais au sol mais toujours pas inconscient bien que je sentais mon esprit me quitter peu à peu. Leurs voix (ou plutôt leurs rires) devenaient à peine audible pour moi.

    L’un d’eux s’était approché de moi puis il s’agenouilla, il finit par mettre sa tête près de mon oreille pour me chuchoter d’une voix très dérangeante et qui fut d’ailleurs la dernière chose que j’entendis avant de sombrer dans l’inconscience :

    « Que la partie commence. »
  • Merci !
  • 14 janv. modifié
    Les deux prochains chapitres seront séparés en deux parce qu'ils seraient trop long en un seul. J'espère que cela ne nuira pas à votre expérience de lecture. Bon chapitre ! :)


    4 - Mon cauchemar et celui des autres (1/3)

    J’ai trouvé récemment ce que je voulais être plus tard. Pendant une partie avec Valya, je l’avais remarqué et c’était évident, tellement que je n’ai même pas besoin de terminer la phrase pour que vous l’ayez compris : développeur de jeu vidéo. En soi, l’idée n’est pas si mal, mais qu’est-ce que c’est dur...

    Derrière un jeu se cachent beaucoup de métiers mis ensemble comme le codeur, le graphiste, le scénariste, etc... On se dit souvent « qu’est que ça doit être dur de créer un jeu ! » et après m’être renseigné sur le sujet, oui ça l’est. Énormément même ! Et en plus, je ne suis pas le seul qui le souhaite, donc la concurrence vient s’ajouter à la difficulté du métier.

    Certains appellent ça un rêve d’enfant qui disparaît quand on devient « adulte » mais pas moi, je m’en suis rendu compte et il fallait que je travaille, chose que je déteste faire, mais lorsque ça parle de jeu vidéo, je deviens ultra motivé et prêt à bosser… pendant à peu près une demi-heure. Passé ce délai — voir un peu plus parfois —, la flemme reprend le dessus et j’arrête mes révisions. Du coup, mes notes stagnent et c’est pas avec juste la moyenne partout que j’allais progresser dans le métier. C’est vraiment pas glorieux d’un point de vue extérieur mais c’est une chose qui ne m’intéresse pas, donc je me contente de vivre au jour le jour. Au final, mon futur allait sûrement se résumer à des petits boulots et des sessions de jeu et de lecture de mangas quand le temps me le permettra : une vie d’un homme taciturne qui se contente du minimum.

    Valya avait trouvé mon idée géniale et m’a dit qu’elle m’encouragera en essayant de me forcer à réviser, ça n’a pas vraiment marché pour l’instant je dois dire, j’apprécie plus le fait de passer du temps avec elle que l’action de faire mes devoirs donc on finit par parler de tout et de rien et hop ! Adieu les révisions. Tout ce qui me manque est une motivation qui dure vraiment, un moyen de la conserver mais malgré mes tentatives, je n’y arrive pas. En soi, Bill a raison, la flemme est vraiment une sorte de maladie et je m’en sortirai mieux sans.

    « Argh… Ma...tête... »

    Mon mal de crâne était intense, tellement puissant que je me demandais si mon cerveau allait exploser. J’avais été kidnappé ! Par qui ?! Pourquoi ?! Et où suis-je ?
    Je me rendais compte que j'étais allongé sur un espèce de matelas à même le sol et ce que je pus constater, c’est que j’étais loin d’être dans ma chambre. J’étais dans une pièce toute miteuse avec pour seule luminosité une fenêtre par laquelle on ne pouvait pas voir l’extérieur, elle laissait juste passer la lumière du jour qui d’ailleurs était assez faible.

    Rapide coup d’œil à ma montre : vingt et une heures ! J’étais resté inconscient pendant presque une journée entière ! Je commençai à trembler en me remémorant le rire sinistre de l’un des deux hommes :

    « C'est comme ça que ma vie se terminera ?! Non ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas mourir ! »

    Son rire résonnait dans ma tête, de plus en plus fort : un espèce d'écho insupportable ! Ma tête recommençait à tourner. Je vais recommencer à tourner de l'oeil si ça continue... Je sentais mon rythme cardiaque s’accélérer très rapidement, je me sentais mal, très mal. J’avais envie de vomir. J’étais en proie à un stress extrême, quelque chose qui n'est vraiment pas agréable !

    Ma respiration se faisait de plus en plus forte à l’idée que j’allais sûrement mourir, pourquoi vouloir de moi quelque chose ?! Je ne possède rien que ce soit argent ou famille, donc je ne savais pas à quoi m’attendre. Sûrement au pire ! Oui, le pire ! Ce sont des psychopathes qui m'ont capturé ! Ils vont me torturer et...

    « Sorel ! Calme-toi ! »

    Une voix familière m’arrêta net, juste à côté de moi se tenait…

    — Valya !

    — Yep ! Dis, tu peux me dire où on est ? Cet endroit est assez effrayant...

    Qu’est-ce-que j’étais content de la voir ! Je n’étais pas seul ! Mais, ça voulait dire que quelqu’un — probablement les deux hommes — avait infiltré ma chambre pour l’enlever ? Ou bien elle était en train de se balader dehors ? Fallait que je sache.

    « Comment t’es arrivée là ? » lui demandai-je d’un ton inquiet.

    — Je ne sais pas… Je dormais parce que je m’ennuyais, puis je me suis réveillé là à côté de toi. Pas un réveil désagréable cependant bien que j'étais par terre. »

    La petite plaisanterie de Valya me fit sourire ce qui me calma un peu. J’avais cédé à la panique trop facilement. Resaisis toi Sorel ! Si ils veulent te tuer, tu résisteras ! Heureusement qu’elle a aussi été capturée parce que je ne sais pas ce qui se serait passé…

    Non. Pas du tout ! Valya ne mérite pas ça ! Qu'est-ce que je raconte moi ?! Tout de même, sa présence me rassurait :
    — Le plus important, c’est que tu ailles bien. J’avais peur d’être seul.

    Valya sourit.

    — Je suis toujours là ! Ne t’en fais pas, on va sortir de là ensemble et on se fera cette soirée jeux !

    — Ouais, t’as raison ! Je vais pas me laisser abattre !

    Valya, de par sa présence et ses mots affectueux, avait réussi à me calmer et à me motiver. Elle avait ce pouvoir sur moi, une sorte d’aura apaisante.

    — Car tu es Nightsillusion après tout ! Le plus puissant mage du monde parallèle ! »

    À la simple énonciation de mon pseudo, ma fierté revint :

    — Mouhahaha ! Tu as raison ! Un mage ne se laisse pas abattre aussi facilement ! Il lutte pour sa survie ! Il combat pour les siens !

    Bien que là, je n’avais aucune idée de quoi faire…

    — Tiens regarde, c’est quoi ça ? »

    Valya me pointa du doigt un petit trousseau de clés qui était à côté de moi.

    — Je ne sais pas… Écoute, il n’y a qu’un moyen de le savoir !

    Je m’approchai alors du trousseau de clés, un morceau de papier visiblement déchiré d’un cahier était posé juste à côté, curieux, je jeta un coup d’œil dessus juste avant. Une simple inscription :
    « Dans une situation de survie, il faut savoir compter sur les autres si vous n’êtes pas seul. Ces clés vous montreront avec qui la partie se jouera. »

    Ce mot « partie » m'intriguait, était-ce un espèce de jeu morbide auquel je participais ? Et la deuxième phrase ? Cela voulait sûrement dire que je n’étais pas seul… Pas vraiment rassurant comme pensée. Mais la première phrase était d’autant plus intrigante : quelle en était sa signification ? Bien sûr qu’on s’entraide dans une situation désespérée, pourquoi avoir besoin de le préciser ? Je sais bien que je suis quelqu’un d’égoïste, mais pas à ce point... Lorsque cela implique la vie d’autres gens, je n’allais pas jouer le sale gosse capricieux que je suis.

    Donc, une chose de sûre : je participais à un jeu, un jeu de survie qui plus est. Le mot « partie » en était la preuve, et je n’étais pas tout seul au vu de ces clés. J’en déduis qu’elles sont là pour délivrer d’autres personnes sûrement retenues prisonnières. Mais pourquoi les donner à moi ? Je ne suis pas un gardien de prison ! Et je suis sûr que ça allait attirer l’attention sur moi comme quoi je serais celui qui a organisé tout ça, ce n’était pas bon signe du tout. Après tout, un type qui se ramène avec les clés qui vous libèrent, vous ne lui faites pas confiance, ai-je tort ?

    Enfin, je dis ça, mais ça se trouve, il n’y a personne d’autre que moi et Valya ici… Non, sinon ce message n’aurait aucun sens. Il y a forcément des gens ici dans la même situation que moi, voir peut-être même pire, car j’ai été kidnappé sans blessure physique, mais qui sait, si c’est le cas des autres ? Bon, ce n’est pas en restant là que j’allais avancer quoi que ce soit et en me relevant, je venais de remarquer un truc, quelque chose qui pourtant était difficile à ignorer : j’avais un espèce de bracelet autour du poignet droit. Pas ce genre de bracelet pour faire joli, mais un bracelet assez fin. Il semblait y avoir un écran dessus…

    « Eh ! C’est quoi ça ?! Valya ! Viens voir… »

    Valya s’approcha intriguée :

    — Wow ! C’est vraiment effrayant... mais c’est plutôt classe en même temps ! Bon il est un peu glauque quand même… retire-le. »

    Elle avait dit ça comme ça. « Retire-le », c’est vrai que je le voulais aussi, car ça me faisait un peu peur, mais…

    — Ça ne veut pas et… aïe ! Ça pique en plus, c’est comme si c’était planté dans ma chair… »

    À l’entente du mot « chair », le visage de Valya se décomposa, elle avait l’air terrifiée :

    — C’est horrible ! Que ça ne te coupe pas le poignet où je maudirais son inventeur ! Grrr !

    — J'espère que tu as raison. Adieu ma carrière de joueur sinon... »

    C’est vrai que je n’y avais pas pensé, c’était des tarés donc je devais m’attendre à tout et surtout au pire, mais pourquoi me mettre un bracelet qui pourrait prévoir de me trancher la main ? C’est débile… à moins qu’ils veuillent me faire du chantage, mais je vois pas en quoi : je suis totalement inintéressant, je n’ai ni vrais amis, ni famille et pas beaucoup d’argent, pourquoi en vouloir à moi ?! Ils ne vont pas oser me faire chanter tout de même ? Valya est la seule raison pour laquelle je serais prêt à faire n’importe quoi, il faut que je fasse vraiment attention à elle, plus que d’habitude en tout cas.

    À côté des clés se trouvait une feuille de papier enveloppé dans une pochette plastique, c’était donc important à mon avis, je m’approchais et la pris dans mes mains tout en commençant à le lire dans ma tête :

    « Nom du Maître du jeu : Sorel Ilsoya. Âge : 17 ans. Sexe : Masculin. Date de naissance : 25 novembre 2001. Groupe sanguin : O-. Hobbies : Jeux vidéos et lecture de manga (au vu des achats du sujet)... »
    J’étais abasourdi ! Cette fiche avait toutes mes informations personnelles ! C’était vraiment flippant, quelqu’un m’avait observé aussi longtemps pour me connaître ? Et comment ont-il eut toutes ces infos sur moi ?! Qu’est-ce qu’il se passe ici ?! Pourquoi vouloir autant me connaître au point de me stalker ?!

    C-calme toi Sorel… C’est pas en t’énervant tout seul que tu vas arranger les choses, je n’allais pas montrer ça à Valya, elle se serait inquiétée encore plus, j’ai pris la feuille et l’ai mise dans ma poche. D’ailleurs, en parlant d’elle, celle-ci venait de briser le silence :

    — Cet endroit me fait peur… Est-ce que tu peux aller voir le bâtiment ? Je vais rester ici monter la garde si ça ne te gêne pas.

    Elle ne se doutait de rien, je n’allais pas lui faire encore plus peur déjà qu’elle avait un ton de voix très tremblant. Elle voulait faire la garde, c’était un peu une froussarde au fond, mais je ne lui en voulais pas, je n’avais pas peur quand elle était là, elle me remonte le moral quand je ne vais pas bien, donc je lui devais bien une petite visite dans ce lieu morbide.

    — Bon d'accord, je vais voir dehors. Reste là et crie si quelqu’un arrive, ok ? Tu le feras hein ?

    — Reçu cinq sur cinq ! T'en fais pas !

    Elle avait l’air rassurée, ce qui eut le même effet sur moi. Bon, quand faut y aller…

    J’ai essayé d’ouvrir la porte et à ma grande surprise, elle n’était même pas verrouillée ! Sérieux quoi, s’ils voulaient m’enfermer et qu’ils ont oublié de verrouiller la porte, c’est vraiment des amateurs… Non... à mon avis, c’était fait exprès. Ils m’ont capturé en m’injectant je ne sais quoi dans le cou donc ce ne sont pas n’importe qui...

    Lentement, j’ouvris la porte. Toujours ces grincements sinistres comme la porte de ma chambre, faut croire que j’ai une malédiction avec ça, mais bon, là, ça se comprenait : ça a l’air d’être un bâtiment assez vieux. La porte était poussiéreuse au toucher et j’ai eu un peu de mal à l’ouvrir, mais j’ai finalement réussi.

    Cela donnait sur un couloir, j’étais devant le mur et à ma gauche se trouvait un cul-de-sac, une impasse. Je tournais la tête vers la droite quand j’ai remarqué que le couloir partait assez loin, mais il n’y avait personne. Finalement, je me décidai à faire un pas à l’extérieur, j’étais dehors.

    Enfin, en dehors de ma nouvelle chambre surtout. Le trousseau de clés à la main, j’avançais lentement dans les ténèbres. L’atmosphère est propice à la situation à ce que je vois, j’avais déjà un peu peur avant de sortir, mais là, j’étais mort de trouille : un simple bruit et je me serais enfuis en courant direction ma chambre, mais… rien. Pas un seul bruit. C’était sinistre à souhait, je suis sûr que ce lieu est hanté ou quelque chose dans le genre : les murs étaient gris, tout gris de poussière. J’avais l’impression qu’on était dans un château en voyant les murs qui ressemblait à de la pierre, mais c’était bien un mur normal. Le plafond était rempli de moisissures, c’était répugnant et j’avais même cru apercevoir des cafards… Charmant.

    Alors que j’avançais dans la pénombre, je me suis arrêté net : une porte. Pas la même que ma chambre non, une autre porte.

    « Alors il y a vraiment d’autres gens ? J’espère que non... » me dis-je à moi même inquiet.

    J’essayais d’ouvrir la porte, mais impossible, elle était fermée.

    « Bon ben il est temps de vous utiliser vous. »

    Je parle à des clés. Vive ma vie.

    J’ai essayé une des clés et miracle ! Elle correspondait parfaitement !

    « C’est mon jour de chance... » pensai-je ironiquement.

    J’ai entendu le « clic » de la porte-signe qui signifiait qu’elle était déverrouiller. J'ai respiré un grand coup : quoiqu’il y ait derrière cette porte, ça ne va pas me tuer. Ça va surtout se demander qu’est-ce ça fait là…

    Et si ce n’était pas le cas ? Et si cette personne m’attend justement derrière la porte pour pouvoir m’assommer ou quelque chose de semblable comme une embuscade ?

    Je commence à trembler, quel trouillard je fais sérieux… je vais rester sur mes gardes. Lentement mais sûrement, j’ouvris la porte.

    Une chambre, comme la mienne. Pas une seule différence entre les deux, c’est à me demander si ce n’est pas la même. Et non, ça ne l’est pas. Pourquoi ? Je venais de le remarquer et ça m’a mis sous un état de stress d’un seul coup : quelqu’un était là, sur le sol.

    Je fis un pas en arrière de surprise : alors je n’étais vraiment pas seul…

    Je n’arrivais pas à distinguer la personne allongée sur un matelas comme le mien, celle-ci était sous une couverture. Je ne savais donc pas si c’était un garçon, une fille, un adulte, un enfant, un vieux, un jeune ? Aucune idée, mais je comptais bien le savoir.

    J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai commencé à m’approcher. Dans les jeux d’horreurs, cette personne se réveillerait d’un coup en me faisant bien sursauter et en me faisant remarquer que c’était un zombie ou une monstruosité du genre… Je me remets à trembler, pas bon, pas bon du tout ; faut que j’arrête de penser à ça, ce n’est pas le moment.

    Je me suis assez approché pour voir que la main de cette personne était découverte : c’était une petite main à l’allure fragile, est-ce un enfant ? Ils auraient vraiment osé mettre des jeunes enfants dans leur « partie » ?

    Tant que j’y pense, je sais que je participe à une sorte de jeu, mais quelles en sont les règles ? Comment faire pour « gagner la partie » ? Pourquoi la fiche m’appelait « Maître du jeu » ? J’espérais avoir la réponse dans un délai proche. Je n'aime pas être dans le flou.

    Cette main était attachée par des menottes à un tuyau sur le mur, je suppose que la clé ne doit pas être loin… Mais avant, j’avais envie de voir qui se cachait derrière cette couverture. J’ai donc lentement commencé à la retirer, j’avais un peu peur de découvrir un cadavre, mais la curiosité l’a emporté et quelle ne fut pas ma surprise quand j’eus fini de l’enlever : c’était une petite fille.

    Je pouvais le déduire, car je voyais ses cheveux roses dépasser de sa capuche. Sa capuche venait de son petit gilet rose et blanc, elle avait en dessous une robe qui ressemblait à celle que l’on voit sur les poupées. La robe lui arrivait jusqu’au genou qui était couvert de longues chaussettes blanches… un choix vestimentaire des plus intriguants.

    Enfin, je m'en fiche. Je me contente du strict minimum de ce côté-là.

    Mais elle ressemblait à une poupée grandeur nature bien que je ne pouvais pas voir son visage caché par la capuche, la capuche lui arrivait jusqu’au nez donc elle ne cachait pas tout le visage. Je ne pouvais voir que sa bouche de mon point de vue.

    Il faut que je commence par trouver la clé qui allait la délivrer parce que si elle se réveille, elle va se poser des questions comme quoi je serais le type qui l’a cap-

    « Q-qui êtes vous ? »

    La voix me fit sursauter, car je m’étais mis dos à elle pour commencer à chercher, je me suis retourné et je l’ai vu sur ses genoux face à moi, mais avec sa capuche ce qui faisait que je parlais à une capuche. Mauvais timing ! T’aurais pas pu te réveiller plus tard ?!

    Sa voix était tremblante, encore plus que celle de Valya, elle devait vraiment être apeurée.

    — Je sais que ça peut te paraître bizarre, mais je me suis réveillé dans une chambre comme ça moi aussi puis j’ai trouvé des clés qui étrangement pouvait ouvrir la porte dans laquelle tu étais enfermé et puis je t’ai trouvé là allongée et inconsciente alors j’ai au début cru que tu étais… enfin tu vois, mais je cherchais une clé pour te libérer et puis tu t’es réveillée et...

    — Hum hum ! fit-elle en se raclant la gorge histoire de lui laisser la parole.

    Autant, sur un homme ou une autre personne, ça aurait eu un effet d’intimidation, mais avec elle, c’était un peu l’inverse : c’était totalement mignon ! Mais bon, je me suis quand même calmé.

    — Désolé… Je suis juste stressé parce que je ne sais pas où on se trouve et pourquoi.

    — Q-qu’est ce que vous me voulez ? dit-elle en reculant un peu.

    — Mais… Je viens de te dire que je ne sais pas où on est. Je ne suis en aucun cas responsable de notre situation ! Mais je pense que tu dois être morte de trouille.

    — Je… je n’ai p-pas peur, non, pas peur. P-pourquoi dîtes-vous cela ?

    Oh que si tu as peur, je l’entends dans l’intonation de ta voix.

    — Je sais que ça doit être dur pour toi petite, mais je vais faire en sorte qu’on sorte d’ici histoire que tu retrouves tes parents.

    Franchement, quelles enflures de capturer une petite fille…

    La fille recula encore un peu, visiblement surprise :

    — Je-je ne tolérerais pas un manque de respect aussi odieux que celui que vous venez de commettre !
    — Hein ?

    Ma voix avait un air stupide à ce moment-là, elle parle vraiment bien pour une fille de son jeune âge.

    — Je… Je… suis aussi âgée que vous !!

    Son cri avait résonné au travers de la pièce, cela a direct été suivi de mon éclat de rire :

    — Voyons, je sais que j’ai l’air un peu jeune, mais quand même quoi, j’ai dix-sept ans presque dix-huit ! Ouaip ! Ça en a pas l’air hein ? Je sais... Enfin, je n’ai pas douze ou treize ans quoi !

    Mais pour qui elle se prenait elle, à me juger pour ce à quoi je ressemble ? Elle me traite d'enfant ?!

    — V-vous êtes horrible, cruel et arrogant ! Vou-

    — Ne commence pas à m’insulter petite ! Je ne suis pas là pour être ton baby-sitter donc ait un peu de respect pour tes aînés ! Les enfants de nos jours...

    Je me rendais compte que je parlais comme une vieille personne de quarante voire cinquante ans qui seraient en train de critiquer les jeunes comme quoi « Oui, ils manquent de respect et gnagnagna et gnagnagna... ». Heureusement que personne ne peut lire ce que je pense...

    — L-laissez moi finir au moins ! J’ai… seize ans ! Un an de moins que vous donc. Alors, accordez-moi au moins un minimum de respect, je ne vous demande pas de me traiter telle une… princesse, mais juste de ne pas croire que je suis une enfant de bas âge, je sais que je suis une fille de petite taille, mais ne laissez pas cela vous duper.

    Mais… mais quel abruti je suis ! Je critiquais les gens qui jugent sur l’apparence, il y a de cela deux secondes et c’est exactement ce que j’étais en train de faire ! Et je me permets des remarques d’autant plus irrespectueuses en plus. J’avais l’air bien idiot maintenant, moi et ma grande bouche !

    — J-je pense que des excuses ne suffiront pas, mais… Je suis désolé ! Vraiment ! Vraiment, vraiment !
    Je vis la fille faire un début de sourire pour l’arrêter tout aussitôt, je m’étais incliné en signe d’excuse, car je ne faisais pas les choses à moitié. Ils font bien ça dans les mangas non ?

    — C-c’est bon arrêtez, je ne mérite pas autant… Je voulais juste que vous le compreniez et si vous reconnaissez votre faute, alors je vous pardonne. Plus important, où somme-nous ? Cet endroit est terrorisant...

    Son ton de voix avait changé, elle regardait de tous les côtés comme pour analyser son environnement et elle semblait stressée, encore plus que moi.

    — Je ne sais pas, on a été capturés par des gens bizarres et on se retrouve dans un bâtiment pourri. J’ai peur de ce qui pourrait m’arriver vu la façon dont ces types m’ont capturé… je ne pense pas qu'ils nous laisseront partir indemne. J'espère qu'ils ne vont pas faire de la torture...

    La fille s’était recroquevillée sur elle-même, elle avait mis ses mains sur sa tête pour commencer à crier :

    — Est-ce qu'il y a quelqu'un ?! Grande soeur ? Où êtes vous ?! J'ai... peur !

    La résonance de la pièce amplifiait le son produit, elle avoue avoir peur ce que je comprends. Elle est en train de céder à la panique comme moi tout à l’heure, mais j’avais Valya pour me rassurer, sa grande sœur n’était pas là elle…

    Je me suis approché d’elle pour mettre mes mains sur ses épaules, visiblement, ce geste l’avais surprise, car elle avait commencé à trembler. J’ai commencé à la secouer :

    — Calme-toi ! C’est pas en hurlant que ta sœur va arriver, par contre, t’es en train de me percer les tympans, donc arrête de crier ! C’est ce qu’ils veulent sûrement : nous voir paniquer, hurler. Je suis sûr que tu peux être plus forte que ça alors fais en sorte que ton apparence diffère de ta manière de réagir et calme toi ! Tu peux faire ça ? On n'arrivera à rien si tu agis comme ça !

    Je parlais comme ça à une fille dont je ne connaissais même pas le nom, j’avais l’impression d’être un père qui essaie de calmer sa fille qui a fait un cauchemar, surtout que je ne savais rien d’elle, donc valait mieux pas que je commence à la critiquer.

    Mais je voyais ce qu’elle faisait là, c’est à dire paniquer, et c’est exactement la chose à ne pas faire. J’avais peur moi aussi bien sûr, cela dit, je prenais sur moi maintenant. J’avais appris à pouvoir me consoler même avant Valya même si elle est celle qui me réconforte maintenant. C’est un des avantages à vivre en solitaire : tu n’es déçu par personne, mais tu n’es jamais impressionné par quelqu’un non plus.

    Elle s’était mise à sangloter, elle avait du se prendre la réalité en pleine figure : non, sa sœur ne viendra pas, personne ne viendra nous aider. Il fallait nous-mêmes que l’on sorte de là
    .
    Alors qu’elle pleurait doucement, je ne savais pas vraiment quoi dire, mais une chose a fini par attirer mon attention : je connais ces pleurs. Je les ai déjà entendus. Où ? Je ne me rappelle plus… Allez Sorel, allez ! C’est pourtant pas compliqué ! Je me creusais alors les méninges en cherchant l'origine de ces sanglots.

    Enfin, j'ai fini par me rappeler. Mais il me fallait la preuve de la personne en question, j’ai alors demandé :

    « Est-ce que tu ne serais pas venu dans un orphelinat récemment ? »

    Ma question l’avait surprise, elle avait soudainement arrêté de pleurer :

    — C-comment le savez-vous ? P-pour vous répondre : oui, je suis devenu orpheline il n’y a pas vraiment longtemps…

    Ah ! J’avais raison ! C’était une des nouvelles qui étaient arrivées ! Si je m’étais présenté, cette situation n’aurait même pas eu lieu. Quel imbécile !

    — Tu es donc la petite sœur. Et tu t’appelles… ?

    — Mon nom est Céleste Nyakoa. Enchantée. fit-elle en se forcant à faire une révérence malgré la peur évidente.

    — Je suis Sorel Ilsoya, et euh… de même.

    J’avais vraiment l’air ridicule dans ma tête à essayer de jouer l’homme courtois. Mais ça a confirmé mes doutes, c’était une des nouvelles, la petite sœur en l’occurrence. Au moins, c’est quelqu’un qui ne me causera pas d’ennuis, elle n’a absolument pas l’air dangereuse. Un soulagement.

    Je l’ai vu commencer à se gratter la nuque. Ou à commencer à farfouiller dedans.

    « Un problème ? »

    — J’ai… un espèce de collier autour du cou. Assez fin, mais il me pique.

    — Ah ? Euh… ben c’est bizarre.

    Je ne trouvais rien de mieux à dire, j’avais un bracelet étrange moi aussi, mais elle, elle avait un collier. À quoi ça rime tout ça ?

    Céleste poussa un petit cri de frayeur qui me fit sursauter à cause de la résonance :

    — Arrête de crier ! Qu’est ce qu’il y a ?

    — Je crois que ce collier… est planté dans ma peau !

    D’accord donc là c’est étrange. La même chose que moi !

    — Alors on est assorti. Regarde.

    J’ai levé mon bras et plus précisément mon poignet pour lui montrer.

    « Il est planté dans ma chair à moi aussi et ça me pique également. Pas agréable du tout. »

    Peut être que j’allais la rassurer, peut être que non, mais au moins, elle est au courant.

    « C’est… terrifiant. »

    — Je ne te le fais pas dire, ça me fait peur à moi aussi. Bon, trouvons la clé pour te libérer de ces menottes pour qu’on pui-

    — Trouvé !

    Céleste montrait du doigt une petite clé. Elle était juste posée sur la petite table à côté du matelas, elle n’était même pas cachée !

    — Bien joué ! Bon bah, je suppose que j’ai pas le choix.

    La clé dans les mains, j’ai commencé à l’insérer dans le verrou des menottes, celles-ci étaient un peu rouillées sur les bords, ce qui fait que ça pouvait être dangereux si elle venait à se couper. En y regardant de plus près, je me rends compte de l'aura de fragilité qu'elle dégage : elle a des mains très petites et ses doigts sont tous fins, elle ressemble vraiment à une poupée.

    J’ai lentement déverrouillé le mécanisme pour qu’enfin, les menottes tombent par terre dans un bruit métallique. Céleste se redressa libérée de son emprise, je fis de même ce qui fait qu’on était face à face.

    Je comprends pourquoi je pensais que c’était une petite fille. Elle m’arrivait à peine à la poitrine. J’avais la taille, disons « normale » pour un homme, mais elle était clairement plus petite. Elle devait faire un mètre soixante grand maximum et encore, je suis généreux… Enfin bon, j’allais pas m’attarder sur sa taille plus longtemps surtout que ça ne sert à rien.

    — Juste… euh… Est-ce que vous l’avez… vu ?

    Céleste m’avait dit ça d’un air tellement timide et bas que c’est à se demander si elle se parlait à elle même. Mais elle parlait de quoi au juste ? Attends, ne me dis pas que…

    Je me suis empressé de lui répondre :

    — Nan, j’ai rien vu. Ta robe est trop longue pour ça et je ne suis pas un pédoph- enfin je veux dire que je ne suis pas un pervers.

    Elle s’était mise à rougir au vu des parties de son visage que je pouvais voir qui devenait rose bonbon. Sa réponse fut immédiate :

    — Mais non !! Je ne parlais pas de… ça ! Espèce de… de malotru ! Pensiez vous vraiment que je ferais allusion à cela ?

    Ah bah j’ai eu faux, oh flûte alors.

    Céleste me faisait face en "cachant" d'une main le bas de sa robe tout en rougissant, du moins, à ce que je voyais de son visage car je ne pouvais pas observer ses émotions, juste les deviner par l'intonation de sa voix.

    « Enfin, si vous ne voyez pas de quoi je parle, tant mieux... »

    Je ne vois pas de quoi elle parle mais je n'avais pas envie d'insister parce que je m'en fiche et surtout parce que je veux voir la suite du bâtiment.

    — D-d’accord… bon on y va ?

    — Oui. Je vous suis bien que je n’ai pas d’autres choix de toute façon.

    — Quel dommage pour toi, hein ? Tu vas devoir te coltiner un type comme moi ? Je te plains… vraiment.

    Pas de réponse. Elle ne semblait pas vouloir soit me vexer, soit me contredire ou alors elle s’en fiche complètement.

    À deux, nous avons continué à longer le couloir dans un silence absolu pour arriver devant une deuxième porte. Je me doutais de qui se trouvait à l’intérieur : quelqu’un d’autre. Céleste, elle, à l’air totalement inoffensive, donc ce n’est pas un problème, mais qui sait comment est la personne suivante ou la suivante encore, car il y a quatre clés. Une pour chacun des autres « participants », je suppose. Donc il me reste trois personnes à découvrir si ma théorie est bonne, voyons voir ce que le destin me réserve !

    Ayant rapidement trouvé la bonne clé — trois choix donc facile —, j’ai lentement ouvert la deuxième porte : une chambre. Encore une et exactement comme la mienne ou celle de Céleste.

    — Cet endroit est vraiment particulier… Pourquoi est-ci angoissant ? L'atmosphère est si pesante...

    — Peu importe. Ce qui m'inquiète, c'est ce qu'on peut y trouver.

    À la différence de Céleste qui était cachée sous des draps, la personne suivante était littéralement la première chose que n’importe qui remarquerait en entrant dans cette pièce : c’était une fille qui était allongée sur son matelas. Enfin, affalé serait plus le mot juste...

    — Oh mon dieu ! Est-elle morte ? demanda Céleste avec inquiétude.

    — Bah écoute, ça m’étonnerait vu que toi tu ne l’étais pas, mais je vais quand même vérifier histoire d’être sûr.

    Même si je savais déjà qu’elle était vivante, je me suis quand même approché pour prendre son pouls parce qu’une part de doute subsistait en moi.

    Je me suis approché pour commencer d’abord par la mettre dos au mur, ça sera déjà plus facile pour prendre son pouls. Elle aussi était attachée par une menotte sur un tuyau dans le mur et je me suis posé la question suivante : pourquoi les attacher si de toute manière elles sont enfermées à clé par la porte de leur chambre ? C’est complètement inutile !

    Inutile de continuer à me poser ces questions pour l’instant, j’avais plus important à m’occuper. Et de toute manière, personne n’y répondra.

    Ayant assis la fille inconsciente, j’ai commencé à prendre son pouls histoire de vérifier si elle est bien vivante : oui, son pouls était régulier. Parfaitement normal même.

    Regarder cette fille était presque comique : un très mince filet de bave lui tombait de la bouche et elle ne semblait pas évanouie mais juste endormie. Et je me rends compte que jamais je ne me suis situé aussi proche d'une fille, il valait mieux que je me redresse parce que si elle se réveille, elle va se poser des questions...

    Alors que j'étais en train de me relever, ses yeux se sont ouverts d’un seul coup ! Pas progressivement comme lors du lever nonchalant du matin, non. Elle, c’était instantané !

    « Waaaah ! »

    Son cri de surprise s’est suivi de son coup de tête réflexe en ayant avancé son front sachant que j’étais toujours à côté d’elle... Elle ne m’a vraiment pas loupé !

    « Aie ! »

    — Ooooh ! Serais-je observée pendant mon repos ? Ou bien je suis en train de rêver et tu es une sorte de... prince charmant ? Je rêve vraiment de ça ? T'étais sur le point de m'embrasser pas vrai ? Bon, je vais te laisser faire vu que c'est un rêve. »

    Elle s'approchait de moi et plus particulièrement de mon visage prête à m'embrasser. Cette fille est vraiment aussi naïve ? Pas de questions comme 'qu'est ce que je fais là ?" ?

    D'un geste de la main, je lui recula le visage :

    — Pas aussi près ! Et crois moi que tu peux difficilement plus te tromper ! Je ne suis pas venu pour toi spécialement et je suis très loin d’être un truc ressemblant de près ou de loin à un prince charmant.

    — Hmmm… pourtant, t'es plutôt pas mal.

    Pardon ?! Un type comme moi avec des cernes pareil ? Et pourquoi parle-t-elle de ça ?!

    Avant de pouvoir me poser d'autres questions sur elle, Céleste avait pris la parole :

    — Ahem... je ne veux pas vous déranger mais j'aimerais savoir si vous allez bien. Avez-vous un collier aussi ?

    — Attendez, on est dans la réalité ?!

    — Oui.

    Cette fille rougissa à vue d'oeil avant de s'exclamer :

    — Ne vas pas te faire de fausses idées ! Je pensais que je rêvais ! Je retire toutes les choses gênantes que j'ai dis !

    Ah nan, ça ne marche pas comme ça... désolé.

    « Pouvez-vous répondre à ma question s'il vous plaît ? »

    — Ah euh... ouais ! Attends mais c'est... planté dans mon cou ! Ça pique ! Awawawa ! Retire ça s'il te plaît, garçon que j'ai prise pour un prince charmant !

    — Impossible... Céleste a aussi essayé, mais ça lui fait plus mal qu’autre chose évite de trop tirer si tu ne veux pas t’arracher des morceaux de chairs…

    Ouais, dis comme ça, ça fait vachement plus peur, mais c’est la vérité, du moins d’après ce que m’a décrit Céleste. Je n’en ai pas moi, donc je ne peux pas savoir, mais apparemment, ça fais bien mal quand on essaie de l’enlever donc autant la prévenir.

    — Céleste, c’est qui ?

    À peine avait-elle fini sa phrase que Céleste commença à s’approcher pour être juste à côté de moi. Elle commença par s’incliner en avant pour se présenter. C’est une chose que je pensais être le seul à faire alors la voir comme ça ça est assez déroutant :

    — Enchantée de faire votre connaissance, bien que l’endroit soit assez effrayant et qu’il ne soit pas vraiment adapté pour des présentations. Je m’appelle Céleste Nyakoa.

    Tout en se présentant, elle gardait la tête baissée. Pourquoi se présente-t-elle comme moi quand je m'excuse ? Elle ne se moque pas de moi quand même ?

    Alors que je me faisais la réflexion, j’ai vu que Céleste souriait un peu, sourire caché à moitié par la capuche. D’ailleurs, pourquoi en porte-t-elle une qui cache son visage ? Est-elle timide à ce point là ?

    « Votre façon de vous excuser est aussi une manière de se présenter So-

    — Oooooooh ! Une loli ! Une vraie ! Comme dans les mangas ! Trop mimi ! Viens par là !

    En ayant prononcé ces mots, elle tenta un geste pour approcher ses bras de Céleste, mais ses menottes lui empêchaient de réaliser ce mouvement. Elle vient de dire 'loli' ?!

    « Allez ! Dépêchez-vous de me libérer ! Je veux câliner Céleste ! Câlin, câlin ! »

    Telle une enfant à qui on avait refusé de payer une glace, cette fille éleva la voix et celle-ci prenait un ton plaintif.

    Mille questions se posaient dans ma tête à propos d’elle : est-elle au courant qu’on a été capturés et que c’est le flou total du pourquoi du comment ? Pourquoi est-elle aussi familière avec des gens qu’elle vient de rencontrer ? On pourrait être ses ravisseurs, mais non, elle n’a pas l’air inquiète du tout. Et surtout ce qu’elle venait de dire, si elle lis des mangas, alors on a des points communs !
    J’aurais sûrement été ravi de rencontrer une fille comme ça en dehors de ce contexte, mais là, elle me faisait juste peur, rien d’autre…

    — Une, une loli ? Qu’est-ce que c’est ? Est-ce péjoratif ? Oh non ! Je voulais juste me présenter, je ne vous veux aucun mal ! Je suis désolée si je vous ai offensée…

    — Tu crois vraiment qu’elle te demanderait un câlin si elle t’insultait ? Et, non. Une loli n’est pas vraiment une insulte bien que certaines pourraient le prendre comme tel. Mais dans ton cas…

    Je baissais la tête tout en examinant son corps : cette fille a raison, j’ai pas vraiment besoin de faire de commentaires là dessus par contre…

    « Nan, c’est pas une insulte. » conclus-je par un rire nerveux.

    — Alors, faites-moi part de sa signification. Ainsi, je jugerais si oui ou non, je pourrais le prendre comme une offense.

    — Disons juste que… elle dit que tu es mignonne de par ta petite taille.

    Quoi, c’est vrai, non ? Pour moi, c’était ce qu’elle avait voulu dire surtout par rapport à sa réaction. Si on prend le mauvais côté de ce que ça veut dire, ça ne va sûrement pas lui plaire même si c’est la… ahem… réalité.

    — Oh… c’est donc ça ? Une « loli » est une fille petite et mi-mi-mignonne ?

    Je vis le bas des joues de Céleste virer au rouge à l’entente du mot « mignonne » qu’elle avait d’ailleurs eu du mal à prononcer.

    « On ne m’avait jamais fait de compliment sur ma taille… »

    — Bah après tout, ce qui est petit est mignon, non ? Bon sauf les insectes et sûrement pleins d’autres trucs mais bon voilà, t'as saisie.

    Céleste se tourna vers moi, toujours la tête baissée :

    — Et-et vous ? V-Vous pensez que je suis une loli ?

    Ma première réaction a été de vouloir éclater de rire, sérieux, c’était la question la plus hilarante qu’on ne m’ait jamais posée ! Oui, tu en es une, la représentation clichée même ! Mais la question formuler comme ça, c’était super bizarre ! Bien que je ne comprenne pas pourquoi elle me la posait.

    — Ah ! Euh...

    Voyant que j’avais de la peine à répondre, la fille s’approcha de mon oreille et me chuchota :

    « En fait, elle te demande si tu la trouves mignonne. »

    Puis elle retourna dans sa position initiale en ricanant.

    C’était à mon tour de sentir mes joues changer de couleur, j’avais pas vu ça dans ce sens-là, et puis, pourquoi elle me demande ça ? Pourquoi vouloir l’avis d’un type comme moi ?! Non Sorel, calme-toi ! Un mage ne montre jamais ses émotions même si la situation est embarrassante.

    — On... on va dire que oui… peinais-je à répondre.

    J’espérais qu’elle n’allait pas se faire de fausses idées parce que bon, une fille que me demande si je la trouve mignonne, ça n’a pas trente-six significations…

    Quoique non en fait. C’est de moi qu’on parle là ! Le type qui fuit les gens comme la peste que ce soit garçon ou fille. En quoi je pourrais être une personne à laquelle une personne aimerait connaître une opinion ? Une personne à laquelle on pourrait s’intéresser ? Moi ? Laissez-moi rire ! Elle a dû demander pour se rassurer, ouais, c’est ça ! C’est forcément ça ! Haha…

    Pas de réponse de la part de Céleste, juste un sourire.

    — Bon, c’est pas que l’ambiance est tendue, mais j’aimerais qu’on m’enlève ces trucs, s’il vous plaît ! Tenez, regardez là bas sur la table, y'a une clé ! Prenez là et libérez-moi !

    Lentement, je me suis exécuté pour aller chercher une clé posée sur une table mais hors d’atteinte de la fille, tout comme Céleste en fait. Lorsque je ramassai la clé, une espèce de feuille attira mon attention. Je pris donc le chemin vers ce mystérieux bout de papier.

    Lorsque j’ai atteint la feuille qui était quelques mètres plus loin posés sur une table, je commençais déjà à la parcourir des yeux :

    « Nom du joueur numéro deux : Claria Ymise. Âge : 17 ans. Sexe : féminin. Date de naissance : 21 juin 2002. Groupe sanguin : AB+. Hobbies : Joue du piano occasionnellement. À une tendance à la lecture de mangas un casque sur les oreilles... »

    OK, donc ça, c’est encore plus terrifiant. La dernière phrase notamment, c’est tellement précis que ça ne peut dire qu’une chose : elle a été observée. Et puis d’ailleurs, pourquoi nos hobbies sont mis sur des jolies petites feuilles plastifiées ? Ça sert à quoi ? C’est pas intéressant de savoir qu’elle lit des mangas en écoutant de la musique, ce n’est pas vraiment ce que je fais puisque je lis dans le silence, mais bon, chacun fait ce qu’il veut. Avoir besoin de le préciser est un total mystère pour moi… d’ailleurs, rien que le fait que ces fiches existent est étrange en soi.

    À côté de ce descriptif se trouvait une photo de Claria, photo qui d’ailleurs ne changeait pas vraiment avec son apparence actuelle, c’était donc une photo récente : cheveux violets assez court qui lui arrivait à peine sur les épaules, des yeux d’un orange assez clairs qui contrastaient totalement avec la couleur de ses cheveux. Son regard avait un air, disons… assez fier. Elle avait d’ailleurs un petit sourire sur la photo alors que celle-ci ressemblait à une photo d’identité. Au final, son apparence ne changeait absolument pas de la réalité : je pourrais mettre la photo à côté de son visage qu’on n’y verrait aucune différence.

    « Claria ? C’est ça ? Quel drôle de prénom... » finis-je par dire.

    Venant de quelqu’un s’appelant « Sorel », c’est une remarque que je ne devrais pas faire, mais je n’avais pas trouvé autre chose à dire.

    — Quoi ? Il est mignon mon prénom, non ? C’est m- attends comment tu le connais ? On s’est déjà vu avant ? Je ne pense pas me souvenir de ton visage… et je suis surprise que tu te souviennes du mien. C’est assez flatteur.

    — Sauf que non. Je ne suis absolument pas le genre de personne se permettant des « flatteries » surtout à des gens que je ne connais pas et c’est le cas pour toi. Je ne te connais pas, mais « ça » a l’air de bien te connaître.

    Claria me regarda, médusée :

    « Ça ? »

    — Regarde.

    Tout en m’approchant des deux filles, je lui donnai le papier qu’elle prit avec vigueur tout en commençant à le lire.

    « Ooooooh ! Mais comment ils savent que je lis des mangas en écoutant de la musique ? C’est interdit par la loi ? »

    Et tu n’est pas choquée par le fait que cette feuille semble bien te connaître, mais juste par le fait que celle-ci comporte tes activités. Remarque, il y a de quoi s’inquiéter quand même après tout…

    « Qu’est ce que c’est ? » demanda Céleste intriguée par le bout de papier.

    — Un espèce de résumé de Claria. Nom, prénom, date de naissance et d’autres infos personnelles à son sujet y sont décrites répondis-je.

    — Pourquoi donc ? Êtes-vous une célébrité dont j’ignore l’existence ? Je suis désolée, car je ne regarde pas vraiment la télévision…

    Claria éclata de rire avant de répondre en continuant de sourire :

    « Nan, je ne suis pas connu du tout ! C’est juste les gens qui nous ont capturés qui ont un sérieux problème avec moi ! Pourquoi autant d’infos à mon sujet ? Je ne suis pas si importante que ça... »

    Oh, mais j’y pense ! Tout en la sortant de ma poche, je leur tendis ma feuille de ma chambre sur moi du coup.

    « Regardez ! Voilà la fiche de mon personnage, toutes mes informations me concernant sont forgées à travers le métal de ce document ! » dis-je fièrement.

    — En fait, c’est juste du papier… répondit Claria d’un air que je qualifierais de moqueur.

    Céleste, sans dire mot, avait pris le papier que j’avais dans les mains et que je leur tendais.

    « Mais ne gâche pas ma présentation ! Elle était tellement classe en plus ! »

    — Hahahaha ! Toi, t’es quelque chose quand même ! Bon fais moi voir ça Céleste !

    Céleste lui tendit la fiche pendant que je libérais Claria de ses menottes.

    « Voilà. T’es libre. Allez lève toi maintenant. »

    — Au moins, vous avez été sincère quant à votre identité. » fit Céleste d’un ton assez bas.

    — Ouais ? Ou alors cette fiche nous ment et tu ne t’appelles pas… Sorel ? Faut croire qu’on a tous les deux des prénoms pas communs haha !

    La voix énergétique de Claria résonnait dans la chambre vide de joie et de vie à la vue de la couleur des murs qui étaient d’un gris anthracite triste.

    « Alors, j’imagine que j’aurais pu dire la même chose pour ta fiche sauf que tu l’as confirmé toi même que celle-ci disait bien la vérité sur toi. Pourquoi la mienne ne ferait pas pareil ? »

    — Ah, euh… Roh ça va ! Je te taquinais juste !

    Très drôle.

    Finalement, on s’est enfin décidés à tous se lever. Claria avait sensiblement la même taille que moi bien qu’un peu plus petite ce qui faisait contraste avec Celeste d’au moins une tête et demie de moins que nous !

    « Enfin ! Je peux maintenant… te câliner ! Câlin, câlin ! »

    En ayant prononcé ces mots, Claria se jeta sur Celeste et la prit dans ses bras.

    « Tu es si petite ! Qu’est-ce que j’aurais aimé avoir une petite sœur aussi mignonne que toi ! »

    — A-arrêtez s’il vous plaît ! C’est une s-situation très embarrassante ! Je ne suis pas une- aïe, une poupée !

    La vision de ces deux filles enlacées serait plutôt amusante si on n’était pas dans un vieux bâtiment glauque et dans une situation très floue.

    Céleste avait fini par se dégager de l’emprise de Claria, enfin, celle-ci l’avait relâchée d’elle-même, je pense.

    — Ahem ! Pourrions-nous continuer je vous prie ? Sorel possède encore deux clés donc je pense qu’il reste deux personnes que nous allons donc aller libérer. Les pauvres...

    — T’as des clés ? Pourquoi ? demanda Claria.

    — Je sais pas. Elles étaient dans ma chambre à côté de mon matelas sachant que je n’étais pas attaché avec des menottes et qu-

    Claria me coupa net dans ma phrase pour me répondre :

    — Wowowo, je t’arrête tout de suite. Des histoires comme ça, j’en connais hein ! À tous les coups, t’es celui qui a organisé notre capture pour faire je ne sais quoi de nous !

    La voix de Claria s’était obscurcie, elle avait un air grave sur son visage, elle ne me faisait définitivement pas confiance, je savais bien que ma situation initiale allait me poser problème, qu’on allait douter de moi et ça n’a pas raté !

    « T’es en train de dire que je suis quelqu’un qui irait vous observer pour faire un rapport de vos activités, recherchez des infos personnelles à votre sujet pour mettre tout ça sur une fiche que je dissimulerais dans votre chambre ? Pourquoi je ferais ça ? Je ne vous connais même pas ! Je ne suis pas celui qui organise ce jeu ! »

    — Jeu ? Qui a parlé de jeu ?! rétorqua Claria d’une voix qui continuait de prendre un ton de plus en plus colérique.

    — Tiens regarde si tu ne me crois pas ! répondis-je excédé tout en lui tendant le premier bout de papier que j’avais trouvé près des clés.

    — « Une partie ? » C’est bizarre, mais je ne retire pas ce que j’ai dit ! T’as du perdre la mémoire d’une façon ou d’une autre ou alors tu bluffes pour nous emmener droit dans ton jeu qui je pense ne sera pas une partie d’échecs !

    Là, elle commençait vraiment à m'énerver.

    « Bordel ! Il te faut quoi pour que tu me fasses confiance ?! Si on n’était pas dans un pétrin pareil, j’en aurais rien à faire de savoir si tu me fais confiance ou pas ! Je suis le genre de personne à détester tout le monde ! Tu crois vraiment que j’irais chercher des filles pour les séquestrer et leur faire participer à un jeu dont j’ignore même les règles ?! Et tu crois que j’écrirais « compter sur les autres » quand on voit l’être antisocial que je suis ?! Je HAIS être avec des gens, alors ne crois pas que j’irais volontairement m’infliger la souffrance d’être enfermé dans un bâtiment pourri avec des gens que je ne connais même pas ! Je suis peut-être détestable, mais je ne suis pas fou ! Alors, arrête d’accuser des personnes quand tu ne les connais pas ! »

    J’avais hurlé tout le long, elle avait ravivé la haine que j’avais pour le monde extérieur. Moi qui croyais que je pouvais compter sur elle en sachant qu’elle aimait un truc que j’appréciais aussi, mon œil ouais !

    Claria s’apprêtait à me répondre quand soudainement...

    « Arrêtez de vous disputer ! » cria Céleste. Sa petite voix nous fit tout les deux sursauter.

    — Claria, vous pensez vraiment que Sorel ferait cela ? Au vu de son discours, je ne pense pas qu’il est le créateur de ce « jeu ». Et même si vous le dîtes vous même Sorel, vous n’avez pas l’air d’un méchant garçon.

    — Qui tu es pour pouvoir me juger même en bien ? On ne se connaît pas et je pourrais très bien être le genre de personne que Claria affirme que je suis ! »

    Céleste fit « non » de la tête :

    « Non, je suis sûre et certaine que vous n’êtes pas comme cela. Vos dires, bien que péjoratif envers nous deux, étaient pur de vos émotions. Cela se ressent dans votre voix. Moi, je-je crois en vous ! »

    J’avouais ne pas savoir quoi dire… Une fille aussi naïve dans ses propos, je n'avais pas envie de m'énerver contre elle. Je me suis contenté de bafouiller :

    « Qu’est-ce qui te fait croire ça ? On se connaît depuis vingt minutes. »

    — Je ne sais pas ! Je… ne sais pas.

    On ira pas loin avec ces argumentations. Céleste avait encore plus baissé la tête au point qu’elle regardait ses chaussures :

    « Je suis désolée si je vous ai offensé vous aussi ! J’aimerais juste que l’on soit unis pour nous sortir de cette situation délicate donc je vous ai défendu ! Mais je crois tout de même que vous n’êtes pas l’organisateur ! »

    — Et tu as raison. Claria, il me faut quoi de plus pour te prouver que je suis innocent dans l’histoire ? En temps normal, jamais je n’aurais demandé cela à quelqu’un, car je me contrefiche de savoir ce qu’il pense de moi, mais la situation est différente, alors je suis bien obligé de faire en sorte que tu me fasses confiance !

    — Non, c’est bon. Je pense que ça suffit. Vu ce que t’as dis, je ne pense pas que tu ferais ça...

    Claria se pencha en avant tout en joignant ses mains puis cria :

    « Je suis terriblement désolée d’avoir douté de toi ! »

    — C'est bon, arrête ça s’il-te-plaît. Tu me mets mal à l’aise...

    Claria se releva tout en poussant un soupir de soulagement.

    « Ouf ! Ça va, tu ne me détestes pas hein ? »

    — Pas spécialement. Pourquoi ?

    — Juste comme ça. Je n’aime pas quand les gens me détestent.

    Le regard de Claria était un peu fuyant sur ce coup-là, on aurait dit qu’elle voulait rajouter quelque chose, mais qu’elle n’y arrivait pas.

    « Bon, bah on y va ? » finit-elle par dire d’un ton plus calme qu’avant.

    — Ouais.

    — Je vous suis.

    On se décida enfin à sortir de la pièce. Pas trop tôt.

    Alors que l’on marchait vers la porte d’entrée, je sentis une espèce de vibration sur mon poignet, comme un espèce de choc. Curieux, je levai la main pour m’apercevoir d’une chose bien étrange : l’écran était allumé.
  • Merci, c'est tres cool j'attend la suite avec impatience et bonne chance pour la suite
  • On progresse doucement mais on avance sûrement, enfin bref ! Tu sais ce que j'en pense après tout xD J'espère que tu faibliras pas dans ton écriture, dans le sens ou décrire des pièces et des paysages peut être lassant. Enfin bon, c'est une chose que tu fais rarement lors de tes chapitres, mais bon, je ne sais pas si je te l'ai déjà dit, mais il faut que tu décrives plus les lieux où les personnages se trouve. Tu décris les chambres, mais après, c'est un peu laissé de côté. Après ce n'est qu'un avis personnel. Pour le reste, je me range du côté d' @Arvinis , donc bonne chance pour la suite :smiley:
  • Merci beaucoup pour vos retours ! Je vais essayer à l'avenir de décrire un peu plus les lieux car c'est effectivement une chose que je ne fais pas beaucoup.

    Encore merci :)
  • Durant l'écriture de la partie 2 du chapitre, je me suis rendus compte qu'il était beaucoup trop long pour être "juste" une partie 2 du chapitre. Du coup, le chapitre 4 sera séparé en 3 parties mais la partie 3 viendra en même temps que la partie 2. Aucun souci à se faire de ce côté là ! :)
  • 4 - Mon cauchemar et celui des autres (2/3)

    C'était assez inattendu pour le coup, j'avais senti quelque chose d'étrange sur mon poignet alors je l'avais levé pour vérifier quand j'avais vu l'écran allumé : celui-ci montrait simplement un 'S' blanc sur fond noir. Je ne pouvais donc pas établir une explication là dessus, je n'en savais absolument rien car les règles n'ont même pas encore été évoqués ! Si ça se trouve, ce 'S' veut dire quelque chose d'important mais impossible de savoir quoi. Après tout, ça peut être n'importe quel 'jeu' auquel nous allons participer donc je peux m'attendre à tout mais surtout au pire sachant que je suis apparemment le 'maître du jeu' donc je vais avoir des responsabilités non ?

    Alors que je réfléchissais aux significations de tout cela, je n'avais pas remarqué que je m'étais arrêté soudainement, une voix me rappela de ma profonde réflexion :

    « Eh Sorel ! Tu fais quoi là ? T'as peur ou quoi ? »

    La voix de Claria m'avait un peu surpris mais surtout m'avait fait retrouver mes esprits :

    « Non, ce n'est rien. Attends, moi avoir peur ?! Tu rigoles j'espère ? Bien sûr que non... »

    — Alors viens ! Et montre que tu es le 'maître du jeu' ! Si tu veux, je peux te tenir la main si tu as vraiment trop peur...

    Claria avait volontairement pris un ton de voix comme si elle parlait à un enfant sur la fin de sa phrase, je savais bien qu'elle plaisantait mais je dois avouer ne pas être fan de ce genre de remarques.

    « Ouais enfin je suis le 'maître du jeu' contre mon gré. Et j'ai pas besoin de toi et de ta main pour marcher. »

    — Oooooh ! C'est méchant Sorel ! Et dire que Céleste a dit que tu n'étais pas quelqu'un comme ça...

    — N-nous n'avions pas besoin de ce dernier détail... » marmonna Céleste de sa petite voix.

    Effectivement mais je ne vois toujours pas comment elle arrive à trouver du bon en moi sachant qu'on se connaît à peine, faudra que je lui demande quand on aura du temps libre mais pas maintenant, il y a d'autres gens à aller libérer. Je dis 'temps libre' mais c'est assez idyllique, ça m'étonnerait qu'on puisse tranquillement se reposer si on participe à un 'jeu'.

    Nous avons donc entamé une marche dans le couloir toujours aussi sombre, des tuyeaux se dessinaient ici et là sur le plafond et ceux-ci continuaient leurs chemins sur les murs. Après tout, pour un jeu bizarre, il faut aussi que l'endroit le soit aussi...

    Des petites lucarnes nous permettaient de ne pas être dans le noir complet mais elles donnaient une vue sur le ciel donc aucun moyen de savoir l'endroit exact où nous nous trouvions. On ne pouvait apercevoir que l'obscur ciel infini parsemé d'étoiles. Bien que c'était plutôt plaisant à voir, l'espace réduit de la petite fenêtre et surtout la situation empêchait de s'y attarder.

    J'ai jeté un autre coup d'oeil à ma montre : il était presque vingt deux heures. C'est donc normal d'y voir les étoiles mais l'ambiance lugubre ne faisait qu'accroître avec l'obscurité grandissante. L'écran de mon bracelet s'était éteint, ça avait été assez bref mais ce 'S' m'intrigue toujours, les réponses viendront, enfin je l'espère...

    « Tiens d'ailleurs Céleste, on n'a pas vu ta fiche à moins que Sorel l'ai déjà sur lui comme pour la sienne. »

    — Nan. C'est vrai que je n'y ai pas pensé quand je l'ai libéré mais elle doit en avoir une elle aussi. On fait quoi ? On va la chercher en premier ou on libère les autres avant ?

    — J'y vais attendez moi !

    Sans même nous laisser le temps d'ouvrir la bouche pour lui répondre, Claria s'était déjà éclipsé à la vitesse de l'éclair ce qui fait que j'étais de nouveau seul avec Céleste. Faut croire que Claria n'a pas peur elle non plus vu qu'elle se permet de s'absenter toute seule donc je dirais que la seule véritablement effrayée ici c'est Céleste. Enfin, je suppose.

    Bon, je ne vais pas dire que je n'ai pas peur non plus mais là tout de suite, ça allait. C'était moins pire que tout à l'heure lors de mon réveil mais j'avais toujours une certaine angoisse de ce qui allait nous attendre, une sorte de mauvais pressentiment très désagréable mais je me dis que c'est mon imagination de paranoïaque qui me joue des tours.

    « Dites... Pourquoi avons nous été capturés ? Auriez vous une hypothèse ? »

    Celeste venait de briser le silence par une question dont ni moi, ni elle ne connaît la réponse. Enfin, j'ai quand même tenté de lui répondre assez maladroitement :

    « Peut être pour de l'argent. Tout est à cause de l'argent aujourd'hui donc bon, ça ne m'étonnerait même pas. Quoique... »

    — Quoique ?

    « Quoique nan en fait, tout le monde ne corresponds pas à cette critère, la preuve : moi ! Je suis quelqu'un qui travaille dans un restaurant pour pouvoir me payer des trucs. Même si je suis logé et nourris par l'orphelinat, j'essaie d'avoir des économies histoire d'essayer d'avoir un peu d'indépendance. Après tout, j'ai bientôt dix-huit ans donc je suis bientôt un adulte. »

    Rien que de penser au fait que je sois bientôt un adulte me donna des frissons, je n'avais pas envie. Je préfère rester l'enfant que je suis dans ma tête et ne pas avoir de responsabilités comme tous les adultes, ça me faisait peur. Non, en fait, je suis carrément mort de trouille.

    « Je vois... Il faudra bientôt s'occuper de toutes les choses que constituent la vie d'adulte. Il faudra... prendre ses responsabilités. »

    — Ouaip. J'ai toujours été seul alors je me débrouille bien et surtout, ça me prépare à ma future vie de solitaire. J'ai un peu peur de passer à la majorité mais j'ai un peu hâte aussi, ça sera une nouvelle étape de ma vie ! »

    Mon ton de voix plutôt fier sembla étonner Céleste car elle recula d'un pas en arrière :

    « Attendez, vous prévoyez de rester seul toute votre vie ? Vous n'avez pas d'amis, de gens sur qui compter ou bien même...

    Céleste marqua une courte pause puis repris :

    ...une petite amie ? Désolée si je ne fais que vous ennuyer avec mes questions mais j'aimerais vous connaître vous et Claria. C'est une chose étrange de vouloir rester seul... »

    — Moi, une petite amie ?! Tu rigoles j'espère ? Quelle pauvre fille voudrait se coltiner quelqu'un comme moi ? Elles préfèrent les garçon beaux parleurs et sociable, tout le contraire de moi en fait. De toute manière, je n'en cherche pas et même, je n'en veux pas. Et puis, rester seul à ses avantages.

    J'allais lui ressortir tout mon charabia sur comment je perçois le sentiment d''amour' mais je me suis retenue, après tout, elle n'a pas besoin de le savoir et pourquoi ça l'intéresserait ? Je sais bien qu'elle dit vouloir s'intéresser à nous mais je n'aime pas parler de moi ni même parler tout court à d'autres personnes en fait.

    « Hmmm... mais vous n'avez pas d'amis non plus ? » demanda Céleste l'air interrogateur.

    — Ça sonne comme une insulte, haha ! Mis à part un résident de l'orphelinat, Alter-eyes, nan personne.

    — A-quoi ? Veuillez m'excuser mais je n'ai pas bien compris la fin de votre phrase. »

    Ah, vieille habitude. Son pseudo est plus classe que juste son prénom donc j'avais tendance à l'appeler comme ça mais c'est vrai que pour quelqu'un qui l'entend la première fois, ça doit être surprenant.

    « Alter-eyes. On l'appelle comme ça parce qu'il change tout le temps de lentilles de couleur mais il s'appelle juste Bill. Il n'a jamais les yeux de la même couleur et c'est assez marrant. Une fois, il a même mis deux lentilles de deux couleurs différentes donc il avait un oeil rouge et un oeil orange, hahaha ! Ça m'avait bien fait rire ! Mais je l'aime bien quand même parce qu'il n'est pas comme les autres à se la jouer tout le temps. »

    Céleste ne répondit rien, elle semblait être dans une intense réflexion. Elle finit tout de même par dire :

    « Je vois... »

    Je ne sais pas si c'est mon imagination mais sa voix semblait légèrement irritée. Avant de pouvoir lui répondre, la voix de Claria se fit entendre :

    « Oooooh... Il ne se passe rien. C'est dommage parce que je vous observe depuis tout à l'heure et j'attendais un truc. »

    — Et t'aurais été déçue. Crois moi, t'aurais rien vu du tout. J'allais d'ailleurs justement demander à Céleste si on devait venir te chercher parce t'étais super longue. »

    — Ohohohoho ! Mais c'était fais exprès mon cher ! Je voulais voir combien de temps vous pourriez tenir sans ma magnifique et somptueuse présence ! Une princesse se fait toujours attendre !

    — Comme tu le vois, nous trépignons d'impatience.

    — Enfin bref ! J'ai rapporté mon objet de mission et ai donc accompli ma quête avec succès !

    — C'est bien. Tu veux des points d'expérience pour te récompenser ? Un trophée 'j'ai réussi à prendre la fiche dans la chambre d'à côté en vingt minutes' ?

    — Non merci ! J'ai déjà ma satisfaction personnelle de connaître en première tous sur Céleste ! Avoue que tu veux savoir aussi hein ?

    Sans lui répondre, je pris la fiche qu'elle nous tendais pour commencer à la lire dans ma tête :

    'Nom du joueur numéro un : Celeste Nyakoa. Âge : 16 ans. Sexe : féminin. Date de naissance : 3 novembre 2002. Groupe sanguin : B+. Hobbies: ?'

    Je restais perplexe face au point d'interrogation : ils avaient la flemme de finir leur boulot ou quoi ? Ça devait être voyant sur mon visage car Claria me demanda :

    « Toi aussi ça t'intrigue hein ?

    — Ouais...

    — Qu'y a t'il ? Est-ce que quelque chose d'embarrassant est écrit sur moi ? Montrez moi s'il-vous-plaît.

    La voix de Céleste était si sérieuse que je ne pus m'empêcher de lui donner la fiche sur elle tout en lui disant :

    « Nan, c'est juste qu'on ne connaît pas tes 'hobbies' et eux non plus à vrai dire. »

    Celeste parcouru la feuille silencieusement avant de me la redonner puis de déclarer :

    « Rien de tout ce qui est écrit n'est faux mais... je comprends pourquoi ils ne savent pas ce que j'apprécie. »

    — Ah ouais ? » demanda Claria intriguée.

    — Mais je préfère ne pas en parler. Pardonnez moi si j'ai attisé votre curiosité mais je n'aime pas parler de ce côté de ma vie. »

    — Ah non ! Maintenant que tu as lancé le sujet, tu finis hein ! Moi je veux savoir ce que ma loli préférée aime faire dans la vie !

    Ne reparle pas de 'loli' s'il-te-plaît, j'ai eu ma dose. Et puis c'est déjà ta préférée ? Il t'en faut peu à toi...

    « Oh ça va, laisse là ! Elle est pas obligée de déballer sa vie. »

    — Mais euuuuh ! Je veux savoir ! Allez s'il-te-plaît Cél-

    — Non.

    La voix de Céleste était définitivement irritée mais restait ferme. Je pense qu'elle est énervée et c'est compréhensible avec Claria qui insiste aussi lourdement.

    « Tu l'as entendue ? Elle n'a pas envie donc arrête avec tes histoires, y'a d'autres gens qui nous attendent je te rappelle. »

    Claria me regarda, suspicieuse :

    « Pourquoi tu prends son parti ? Est-ce que t-

    — Rien du tout ! J'en ai marre de perdre du temps ici. Je veux savoir quel est ce jeu et je veux savoir comment sortir d'ici surtout !

    Les deux filles se turent. Un silence gênant s'était installé. Silence que je brisa immédiatement :

    « Bon venez, on y va. »

    Deux oui suivirent ma demande et nous voilà parti pour le troisième joueur.

    En évoluant dans cet endroit, je ne peux m'empêcher de penser que ça serait parfait pour un film d'horreur. Tout y est : les murs glauques au possible, la poussière omniprésente, les rares objets pourrie par la moisissure, moisissure qui prenait également place sur le plafond. J'ai comme l'impression que je suis loin d'avoir tout vu...

    Nous sommes finalement arrivés devant cette porte, Claria se plaça devant moi et se mit... à toquer.

    « Eh oh ! T'es réveillé ?! On rentre hein ! »

    — Non mais t'es pas sérieuse ?! Dis lui qu'on lui apporte un petit thé tant que t'y est ! Et puis qu'on va lui servir !

    — Oooooh ça va ! T'es pas drôle Sorel !

    Pas drôle ? Je crois qu'elle n'a pas compris la situation dans laquelle nous sommes là !

    « Puis de toute façon, c'est pas comme si il allait te répond-

    — Partez ! Allez vous en ! Je ne veux pas vous voir !

    Une voix de fille complètement hystérique sortait de la porte à peine entrouverte. Encore une fille ? Je suis le seul garçon ou quoi ?! Et puis pourquoi est-elle réveillée ? J'imagine que c'est parce qu'on a pris plus de temps que prévu.

    Malgré les protestations, j'ai ouvert la porte. Toujours la même chambre, en tout cas, la même disposition. Une fille, bien réveillée cette fois, était à genoux sur son matelas en hurlant de la laisser partir.

    Connaissant déjà ce que je devais faire, je pris la fiche qui était sur la table pendant que Céleste et Claria entamèrent la discussion :

    « Tu t'appelles comment ? » commenca sobrement Claria.

    — Qu'est ce que ça peut te faire ? Pourquoi vous me faîtes ça ?! Je vous en supplie, laissez moi partir !

    — Assez long comme prénom et pas très commun non plus.

    Je ne sais pas comment cette fille trouvait encore la force de plaisanter.

    « Êtes-vous blessée ? Oh. Je vois que vous avez le collier vous aussi. »

    — Oui ! Et ça fait mal à en crever ! J'essaie de le retirer depuis que je suis réveillée mais ça veut pas ! Vous êtes celle qui me l'a mis pas vrai ?! Retirez le par pitié ! Je ferais tout ce que vous voulez !

    — Je ne suis pas le genre de personne à commettre un acte aussi barbare. Voyez. J'ai également un collier tout comme Claria ici présente. »

    Pendant ce temps là, j'avais finis de lire la fiche :
    'Nom du joueur numéro trois : Ophélia Sokovy. Âge : 17 ans. Sexe : féminin. Date de naissance : 14 février 2002. Groupe sanguin : O+. Hobbies : Écrire des histoires (tentatives multiples de publication par un éditeur toutes soldées par un échec).'

    'Écrire des histoires' en voilà un passe temps pas commun. Ça change de l'ordinaire 'joueur de jeux-vidéos' ou du 'aime sortir avec des amis'. Il y avait également sa photo sur le côté et ce que je peux dire, c'est que cette fille semble être un total opposée de Claria : Cheveux blonds assez long, des yeux bleus qui pourraient être jolies s'ils n'étaient pas accompagnés de cernes bien visibles. Que ce soit en vrai ou sur la photo, Ophélia a des cernes très marquées sur son visage. Elle a également des petites lunettes qui cachent partiellement ses marques. Je veux dire, j'ai également des cernes constantes sur le visage mais c'est à cause de mes nuits blanches répétées à jouer avec Valya. Je me demandes si elle joue elle aussi...

    Et puis, s'ils ont pu dire que cette fille avait tenté à maintes reprises de publier un livre, pourquoi n'ont-ils pas pu observer Céleste ? Cette fille est celle qui m'intrigue le plus parce qu'elle cache beaucoup de choses. Mais je m'égare...

    « Ophélia ? »

    Toutes se retournèrent vers moi.

    « Attends, comment est ce que tu connais mon prénom ?! Est-ce que tu me suis le soir quand je rentre chez moi ? Est-ce que tu attends que je sorte de chez moi pour me traquer jusqu'à mon lycée ?! T'as un petit carnet avec tous sur moi inscrit dedans, j'en suis sûre ! »

    — Très loin de là. Regarde. Il y a une fiche pour chacun de nous ici, toutes les fiches se ressemblent et ont toutes un point commun : elles savent presque tous sur nous. Du moins, pas notre passé ni notre personnalité mais des infos assez personnels tout de même.

    — Et pourquoi je devrais te croire ? Et puis pourquoi... tu n'as pas de collier toi aussi ?! Pourquoi cette fiche connaît autant de choses sur moi et pourquoi je suis là moi ?! Sortez moi d'ici ! J'ai rien à faire dans cet endroit !

    — C'est pas en hurlant que tu vas en sortir ! Tu nous casses juste les oreilles là ! Et si je savais pourquoi je n'ai pas de collier, je l'aurais déjà dis !

    — Pourquoi je te ferais confiance ?!

    — Parce que t'as pas le choix ! Tu crois que j'ai envie d'être là moi ?! Pareil pour elles alors t'arrêtes de faire ta capricieuse et tu vas nous suivre !

    — Calmez vous Sorel. Ce n'est pas en s'énervant qu'on arrangera la situation. »

    Ophélia marqua une courte pause avant de se tourner vers Céleste :

    « Pourquoi t'as une capuche toi ? Et pourquoi tu le vouvoies ?

    — Est-ce grave de vouvoyer les gens que l'on ne connaît pas ? De plus, je porte cette capuche pour une très bonne raison.

    C'est vrai que je ne m'étais pas vraiment posé la question, enfin si mais j'avais mis ça sur le dos de la timidité. Je n'avais pas réfléchis à d'autres raisons : pourquoi porte-elle une capuche au point d'en masquer son visage ? Je l'avais remarqué, bien-sûr, mais je n'y ai pas vraiment prêté d'importance. Ce n'est pas le cas pour Ophélia par contre.

    « Quoi ? T'as eu un accident et t'as des cicatrices horribles ? Ou non je sais ! T'as été brûlée dans un incendie ! J'ai déjà vu les marques que ça fait et c'est pas joli... »

    Céleste ne répondit pas, chose que Ophélia pris pour un « Oui c'est ça. » car elle continua :

    « C'est bon quoi ! T'as l'air mignonne en plus alors fais voir tes brûlures, j'en deviens curieuse ! »

    Incroyable de savoir que cette fille hurlait il y a de cela deux minutes.

    « Ce n'est pas important. Veuillez rester éloignée de moi si vous voulez l'enlever car je ne vous le pardonnerai pas.

    — Ouais tu touches pas à ma loli ! Si elle ne veut pas montrer ses blessures, alors tu la laisses !

    — Si c'est ce que tu veux... » répondit Ophélia l'air vexée.

    Pendant ce temps, Claria avait ouvert les menottes avec la clé que je lui avait donné, Ophélia finit par se lever tout en se frottant le cou.

    « Ce truc fait vraiment mal ! T'as de la chance de pas l'avoir toi euh... Sorel, c'est ça ?

    — Oui, c'est ça. La fille à la capuche, c'est Céleste et l'adoratrice de loli, c'est Claria.

    — Eh ! Je la trouve juste mignonne c'est tout !

    — Bon bah moi, c'est Ophélia mais vous le savez déjà. Désolée pour ma... ahem, crise tout à l'heure. J'ai tendance à facilement paniquer mais voir que je ne suis pas seule me rassure un peu même si ce collier n'arrange pas les choses. Mon cou me brûle...

    Effectivement, Ophélia avait des marques assez importantes sur le cou. Ce collier à vraiment l'air d'être une calamité.

    « Surtout pour moi vu que je suis le seul qui n'en a pas. Ça fait louche aux yeux des autres de voir que je suis le seul à ne pas en avoir un.

    — J'approuve. » répondit Claria qui devait se souvenir de notre dispute.

    « Mais t'as pas quelque chose de différent ? Un truc que t'avais pas avant et que t'as maintenant ?

    — Si. J'ai ce bracelet bizarre qui est tout comme vos colliers planté dans ma peau.

    Tout en parlant, j'avais levé la main droite pour leur montrer.

    — Ooooooh ! Même moi je le savais pas ça ! Pourquoi tu ne me l'as pas dis ? » me demanda Claria.

    — T'as pas demandé.

    — Ah oui c'est vrai...

    — D'accord donc toi, t'as juste un bracelet ? Et il fait quoi ?

    — Aucune idée.

    Bien que le bracelet avait affiché un 'S' tout à l'heure, cet élément était si mineur que je ne l'ai pas mentionné. Quoique, je devrais peut être le dire quand même...

    « Nous voilà bien avancés... » pensa Ophélia à voix haute.

    — Je propose que nous allions de suite chercher le dernier joueur pour commencer la partie. »

    Ophelia se retourna vers Céleste, interloquée :

    « Elle viens de dire quoi la petite ? Une partie ? »

    — Juste, elle a seize ans. Ne te méprends pas. »

    Je l'ai appris à mes dépends en l'ayant jugé comme les gens que je n'aime pas à toujours se fier au premiers regards pour se permettre de juger quelqu'un, chose bien trop commune de nos jours surtout dans mon lycée. Et moi, je l'avais fais. Je m'en veux encore d'ailleurs non pas pour le fait que ce soit Céleste mais parce que j'ai agi comme tel.

    « Ah ouais ? Ben, elle est petite quand même. J'ai pas raison ? »

    — Certes...

    — Bon bref, c'est quoi cette histoire de partie ?

    C'est à moi de prendre la parole sur ce coup :

    « On a apparemment été réunis ici pour participer à un jeu mais avant d'en connaître les règles, il faut que je délivre tout le monde grâce à ces clés qui étaient posées à côté de moi quand je me suis réveillé. »

    D'ailleurs, en parlant de réveil, je me demande comment va Valya. Ça fait un moment que je ne l'ai pas vu et ça m'inquiète, est-elle restée à son poste ? Dès que j'ai un peu de temps, je vais la voir et qui sait, je pourrais peut-être la présenter aux autres.

    « C'est vrai que c'est bizarre de savoir que t'avais les clés à côté de toi. Tu me fais peur quand même... »

    — Y'a pas de quoi avoir peur de moi, à moins que tu essaie de m'agresser physiquement, je vais pas te frapper.

    — Parce que je suis une fille ?

    — Ce genre de détail m'importe peu. Je ne frappe pas les gens normalement, mais si je devais le faire, je ne ferais pas de distinctions entre les deux.

    Ophélia semblait réfléchir à quelque chose avant de finir par dire :

    « Je suis sûre que tu n'as pas de petite amie, n'est-ce pas ? »

    Mais c'est dingue ça ! Il y a quoi avec le fait d'être un solitaire même en relation amoureuse ?

    « Non et alors ? C'est quoi le rapport au juste ?! Tu penses que je la frapperai si j'en avais une ? »

    — C'est ce que je me disais.

    — Et bien sache que je hais du plus profond de mon coeur les maris qui battent leurs femmes. Ces gens devraient pourrir en enfer.

    — Pourtant, tu m'as dis que tu frapperai les filles si elles te poussaient à bout. Donc permet moi d'en douter.

    — Mais non ! Hmm comment t'expliquer... Je fais une distinction entre une personne importante, donc là, une petite amie, et n'importe qui d'autre. Jamais je ne frapperai ma petite amie si j'en avais une, ça, je peux te l'assurer ! Eh mais pourquoi la discussion a tourné comme ça ?!

    — Hahaha désolée, je suis juste curieuse. Tu serais le genre de personne à ne vouloir qu'une petite amie dans toute ta vie pas vrai ? »

    — Stop ! J'ai dis stop pour ce sujet ! Allons voir le dernier joueur !

    — Réponds moi avant !

    — Pourquoi tu veux autant savoir ?! Ça t'apportera quoi ?

    — Je n'aime juste pas quand une question est laissée en suspens.

    — Bon, si tu veux savoir... oui ! Et alors ?! Ça fait quoi de savoir que je suis un immature en matière amoureuse ? De toute manière, je ne cherche pas de petite amie.

    La voix de Claria s'éleva soudainement :

    « Ooooooh mais en fait, Sorel est un tsundere !

    —Un quoi ?! » criai-je abasourdi.

    — Dans les mangas et animés, un tsundere est un terme qui désigne une personne qui a une personnalité d'apparence froide et distante mais qui se montre affectueux et tout mimi par moment.

    — Nan mais je sais ce que c'est qu'un tsundere !

    — Je l'expliquais juste à Céleste et Ophélia au cas où.

    — Mais je suis pas un tsundere !

    — Quel est le mal à ça ? C'est mignon les tsundere !

    — C'est pas le problème ! Je ne suis pas ce genre de personnes !

    Bien que mon discours n'allait pas avec mon visage que je sentais devenir rouge tomate pour je ne sais quelle raison d'ailleurs. Je sais très bien que je ne suis pas un tsundere quoi ! C'est vrai que les filles tsundere sont mignonnes mais je n'ai jamais pensé un seul instant en être un ! C'est faux de toute manière !

    « Je suis juste quelqu'un d'honnête dans ce que je dis. »

    Je sentais mon ton de voix redevenir calme. Ça a également jeté un froid dans la pièce.

    « Bien ! Eh bah on continue ! Si tu veux bien nous suivre chère Ophélia !

    — Ou-oui... » répondit-elle l'air d'un seul coup mal à l'aise. Faut dire qu'une fille que tu ne connais pas qui te tire par le bras, ça ne doit pas être très agréable... A moins que ce soit moi qui pense comme ça.

    La discussion avait commencé sur le fait d'expliquer à Ophélia que l'on participait à un jeu puis avais fini sur des questions à propos de ma vie (ou plutôt de ma 'non-vie') sentimentale. Dingue...

    Désormais quatre dans le petit groupe que nous nous étions formés malgré nous, nous avons marché plus lentement que d'habitude à cause de Ophelia jusqu'à la dernière porte. Elle avait tendance à croire que n'importe quelle insecte rampant sur les murs était je-ne-sais-quoi de terrifiant ce qui nous a valu plusieurs arrêts inutiles.

    Mais d'un côté, elle n'a pas tort d'avoir peur car cet endroit est la définition parfaite du glauque après tout.

    « Cet endroit est plus effrayant qu'il en a l'air... Garde ta lampe Sorel hein. » murmura Ophélia.

    J'utilisais mon téléphone portable en tant que lampe torche. Bien évidemment, il n'y avait aucun réseau et donc aucun moyen ni d'appeler quelqu'un, ni d'envoyer un message et impossible également d'aller sur Internet. Impossible d'établir un contact avec le monde extérieur car la communication semblait brouillé, mais d'un côté, je trouvais ça un peu stupide : pourquoi ne pas simplement avoir enlevé nos portables plutôt que d'installer un brouilleur ? J'imagine que c'est pour nous laisser un minuscule espoir pour mieux l'étouffer. Quelque chose de bien sadique...

    Nous voilà devant la quatrième et dernière porte, j'avais un peu le trac en ouvrant : les trois personnes qui sont avec moi n'ont pas l'air dangereuse mais il en restait un, quelqu'un qui pouvait radicalement changer nos attitudes. Claria nous avait, Céleste et moi, un peu détendus mais Ophélia nous avait rendu cette oppression que l'on pensait disparu. Qui sait ce que pourra nous procurer ce dernier joueur ?

    Lentement, plus lentement que j'avais pris l'habitude pour les trois autres, j'ouvris la porte rouillée qui laissa échapper toujours ce sinistre bruit métallique. Ça me fait penser que si il y a un problème, nous pourrons essayer de nous réfugier dans une de ces chambres, enfoncer une de ses portes relève de l'impossible.

    Je n'ai pas besoin de préciser que cette chambre était identique aux autres avec pour seul changement la personne qui était allongé sur son matelas. Et là, c'était un garçon. Au moins, je ne serais pas le seul.

    Le type était toujours en train de 'dormir' vu que je sais très bien qu'il n'est pas mort. Ce n'était pas l'avis de Claria qui s'était approchée du garçon que je supposais endormi pour commencer à le secouer par les épaules :

    « Eh oh ! On se réveille monsieur ! C'est pas vraiment l'heure de dormir ! »

    Techniquement pour les gens normaux, si. Il est plus de vingt-deux heures.

    Le garçon peina à ouvrir ses yeux. La première chose qu'il fit fut de pousser un cri de surprise, pas étonnant quand on se fait réveiller par une Claria dans un endroit inconnu et qui plus est attaché.

    « Où suis-je ? » demanda-t-il l'air inquiet.

    — On sais pas ! Personne ne le sais ! » répondis Claria sans hésitation.

    Faut dire qu'elle n'a pas tort...

    « Comment ça tu ne sais pas ? Pourquoi j'ai été capturé et-

    Le garçon s'arrêta net. Figé de surprise, une expression affolé pris la place sur son visage.

    « Ne me dites pas que vous en voulez à mes parents ?! Vous êtes des lâches ! Des monstres ! »

    Le garçon commença à copieusement nous insulter mais avec un ton apeuré, celui-ci avait peur et cela se voyait.

    « Calme toi ! Tu vas pas nous faire une crise de nerf ?! Je sais bien que la situation est énervante mais nous n'y sommes pour rien ! Inutile de nous insulter ! » avais-je finis par dire excédé.

    Je supporte difficilement les relations sociales et me voilà avec quatre personnes dans un bâtiment à l'air abandonné sans aucune explications.

    « Regardez. Sa fiche est également présente. Cela aura été le cas pour chacun d'entre nous. »

    Céleste qui avait pris la fiche de ce type la donna à Claria qui la lisa. Après avoir fini sa lecture, Claria haussa la voix, visiblement surprise :

    — Céleste a raison ! Tiens Sorel, regarde ! » me lanca-elle tout en me donnant la fiche qui attirait tant l'attention :

    'Nom du joueur numéro quatre : Haron Mélono. Âge : 18 ans. Sexe : Masculin. Date de naissance : 30 juillet 2001. Groupe sanguin : B-. Hobbies : Prends des cours de cuisine régulier en plus des cours particuliers.'

    C'est amusant, son nom me dit quelque chose mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. De plus, son hobbie de 'cours particulier' n'en est pas vraiment un. Ce n'est pas amusant de subir des cours supplémentaires ! Après pour la cuisine, je ne sais pas. Je ne suis pas quelqu'un qui fait ce genre de chose puisque les repas à l'orphelinat sont déjà préparés. Bill m'avait d'ailleurs dit que je devais commencer à apprendre si je veux vivre tout seul. Je devrais peut-être lui demander des conseils, non ?

    « T'as vu Sorel ? Il est riche ! » s'exclama Claria.

    — Quoi ? Comment tu sais ?

    Céleste fut celle qui me répondis :

    « Allons Sorel, vous ne connaissez pas le restaurant Mélono ? Il est très célèbre et est connu pour les qualités de ses plats. Seul les personnes haut placés peuvent avoir le luxe de pouvoir goûter leur cuisine. C'est un restaurant cinq étoiles après tout ! Je dois avouez être assez surprise du fait que nous sommes en face du fils du créateur. »

    Ah oui voilà ! Je me disais bien que ce nom me rappelait quelque chose ! Le célèbre restaurant Mélono a été ouvert il y a de cela une dizaine d'année et il est rapidement devenu populaire. Les qualités de ce restaurant ne cessaient d'être nommées : service impeccable, endroit très soigné et luxueux, nourriture excellente préparée par des chefs étoilés de renom. Même moi qui suis quelqu'un qui ne regarde jamais, ni les infos, ni les journaux, j'avais entendu parler de ce restaurant. Sa popularité n'a cessé d'accroître et c'est aujourd'hui un restaurant connu dans tout le pays. Étrange de voir le fils avec nous, ça semblait irréel.

    « Si, je connais. J'avais oublié. »

    « C'est dingue quand même... mais ça me fait peur ! Si il a été capturé, c'est que nos ravisseurs sont loin d'être des amateurs ! » cria presque Ophélia.

    « Pourtant, leur méthode était relativement classique : j'attendais que mon père vienne me chercher car je venais de sortir de mon cours de cuisine quand j'ai entendu des appels à l'aide. Je suis naturellement allé voir pour me rendre compte que j'étais tombé dans une embuscade ! Ils m'ont mis un espèce de chiffon sur la bouche puis je me suis réveillé ici. »

    Du chloroforme sûrement. Nos deux agressions ont été quasi identiques sauf que j'ai été piqué par une seringue alors qu'il a eu le droit à un chiffon. Ça fait moins mal même si bien-sûr cela reste désagréable. J'étais d'un coup curieux de savoir comment les autres ont été capturés. Était-ce identique ? Ou bien un autre moyen plus violent ? J'ai donc posé la question :

    « Et vous les filles ? Vous vous souvenez du moment de votre capture ? »

    Un silence de réflexion s'installa dans la pièce, silence qui ne dura pas bien longtemps :

    « Attendez, j'ai pas mal de questions là ! Pourquoi j'ai un collier planté dans mon cou ? Et pourquoi avons nous été capturés ? Il n'y a pas de rançon à ce que je vois à moins que vous en saviez plus...

    — Bon, je vais répondre à tes questions une par une en me basant sur tout ce que je sais déjà : quand je me suis réveillé, j'ai vu un trousseau de clé à côté de moi accompagné d'un note disant que ces clés me montreront avec qui je ferais une partie...

    — Une partie ? Quoi ? Mais... pourquoi ?

    — Je ne sais pas non plus. Le problème, c'est qu'apparemment, je suis le 'maître du jeu'. »

    En ayant prononcé les mots 'maître du jeu', j'avais fais les guillemets avec mes doigts pour faire comprendre à Haron que je ne me vante pas ou quelque chose du genre. Moi même ne comprenais toujours pas ce statut.

    « Alors on participe à un jeu ? »

    Sa voix tremblait légèrement.

    — C'est ça. Les règles, l'objectif... tout cela nous est encore inconnu.

    — Ben déjà, l'objectif est de sortir de là je pense.
    Claria n'a pas tort, je ne pense pas à d'autres objectifs que 's'échapper' mais la question c'est « comment ? ».
    Nous nous sommes contentés de hocher la tête car nous étions d'accord sur ce point là. S'échapper de cet endroit est notre principal objectif.

    « D'accord mais pourquoi on a des colliers ? » demanda Haron un peu surpris

    — T'inquiètes pas, t'es pas le seul. Tout le monde à un collier ici... sauf moi.

    — Quoi ?! Qu'est-ce que t'as de plus que nous ?

    J'allais répondre quand Céleste prit la parole :

    « Le fait qu'il soit le maître du jeu et qu'il ait ce bracelet et non un collier est sûrement lié. »

    A mon tour d'être étonné :

    « Qu'est ce qui te fait dire ça ? »

    — Regardez. Sur toutes nos fiches, il est écrit 'joueur' mais sur celle de Sorel, il est précisé qu'il est le 'maître', je ne peux m'empêcher de penser à un rapport de causalité. C'est assez évident d'un côté, enfin je pense... »

    Les grands yeux de Claria me regardaient en me hurlant « J'ai rien compris !! ». Du moins, c'est l'impression que j'en avais. J'ai donc répondu à sa question avant même qu'elle ne la pose :

    « Céleste dit que vu que je suis le maître du jeu, alors je ne porte pas de collier. C'est ça la causalité, la cause à effet. En résumé.

    — Ah oui d'accord. Désolée Celeste mais je comprends mieux les explications de Sorel. M'en veux pas s'il-te-plaît !

    — Ah mais moi, je le savais déjà ! » fit Ophélia d'un ton presque fier.

    — Eh bien j'avais compris aussi. Donc t'en fais pas 'madame avec une capuche' ou plutôt Céleste. D'ailleurs, pourquoi t'en a une de capuche ? Tu ne veux pas la retirer ? Il ne fait pas si froid que ça... »

    J'interrompis Haron d'un geste de la main :

    « Ne lui pose pas la question, Ophélia s'est faite disputer juste avant. Elle doit avoir des cicatrices sur son visage qu'elle ne veut pas montrer et on la comprends.

    — Je suis désolée si vous pensez que je vous méprise à cause de ma façon de parler : c'est une habitude que j'ai du prendre parce que-

    Céleste se coupa net dans sa phrase avant de finir par marmonner :

    « Non rien. Pardonnez moi... »

    Céleste à l'air d'être une personne assez mystérieuse : le fait qu'elle ne veuille pas montrer ses blessures, sa manière de parler, d'agir et même de s'habiller. On dirait une personne venu tout droit d'une autre dimension.

    Et en même temps, nous avions le fils Mélono avec nous, cette 'partie' risque d'être mouvementée...

    « Bref... du coup, vous savez quand seront donnés les règles ? Ou même une interaction avec ceux qui nous séquestre ?

    — Qui te dit qu'on est séquestré ?

    La phrase de Claria nous étonna tous, nous la regardions avec les grands yeux qu'elle m'avait fait quand elle n'avait pas compris le mot 'causalité'.

    « Euh.... explique toi ? »

    Ma voix semblait assez inhabituelle car Claria se mit à sourire avant de répondre :

    « Est-ce qu'on a essayé de s'enfuir ? Non. Jusqu'à maintenant, nous avons juste suivi Sorel pour délivrer tout le monde mais maintenant que nous sommes tous réunis, on peut tenter de chercher la sortie.

    — Effectivement, on peut essayer de se séparer histoire d'avoir plus de chances de tomber sur une sortie.

    — Non non non ! Pas ce cliché là ! On reste ensemble ma chère Ophélia ! Dans les films d'horreur, les gens meurent quand ils se séparent ! » protesta Claria.

    — Et de toute manière, on ne pourrait même pas se contacter si nous trouvons quelque chose, à moins que la bâtiment soit petit mais bon... » disais-je tout en réfléchissant à une manière de s'enfuir.

    Elle parle vraiment sans réfléchir tout comme Claria d'ailleurs : si les organisateurs en sont venus à nous implanter des colliers et un bracelet tout en récoltant des infos spécifiques sur chacun de nous, je doute qu'ils aient oublié de condamner les sorties d'autant plus qu'ils ont tout de même assurément installé un brouilleur vu que nos téléphones ne fonctionnent pas.

    — Eh bien... nous pourrions crier ! Il n'y a personne d'autre !

    — Non ! Nous restons ensemble, c'est le seul moyen d'éviter tout danger.

    — Euh les gars ? Vous devriez venir voir ça !

    La voix de Claria se fit entendre au bout du couloir, comment-a-t-elle réussi à se faufiler sans aucun bruit ? Ne sachant que faire à l'instant présent, nous nous sommes rassemblés devant Claria.

    Devant nous se trouvait une double porte avec à côté, un espèce de meuble avec une télévision à écran cathodique dessus, la porte était en métal et avait l'air bien plus solide qu'elle ne le paraissait, celle-ci n'avait d'ailleurs pas échappé à la règle de 'tout est pourri' car de la rouille jonchait une grande surface. C'était assez étrange de voir une porte en acier au milieu de tout cela.

    Le meuble, lui, était un espèce de vieux bureau mais seule la télévision occupait toute la place disponible, la télé elle n'avait rien de particulier si ce n'est la fait qu'elle était très vieille, à l'heure d'aujourd'hui où les écrans des plus en plus grands et de plus en plus plats prospèrent, voir cette anomalie attire l'attention plus qu'autre chose.

    « T'as essayé d'ouvrir la porte ?

    — Ouais. Impossible...

    Par manque de confiance sans doute, j'ai quand même essayé mais elle avait raison : cette porte ne bougeait pas d'un poil. Nous voilà coincés dans un couloir sombre d'un bâtiment abandonné en début de nuit. Génial.

    — Je vois que tu me fais confiance Sorel...

    — Ah désolé, on ne sait jamais et ça ne me coûte rien d'essayer après tout.

    — Sûrement...

    — Regardez. Ce tiroir est assez étrange vous ne trouvez pas ? »

    Céleste nous avait fais nous rassembler autour du meuble et de la vieille télévision, et effectivement ce tiroir n'était pas ordinaire : il possédait quatre verrous ! C'est assez surréaliste de voir ça.

    « Quatre ? Oh Sorel, tu peux essayer tes clés ! »

    Haron me proposa d'utiliser les clés mais je doute que ce soit aussi facile...

    Je dois avouer que là, je me suis haïs pour avoir eu raison, aucune des clés ne correspondait à aucune des serrures. Mais ces clés ont déjà servis à délivrer les joueurs donc c'est un peu normal aussi.

    « Génial... on fait quoi ducoup ? »

    Ophélia bougonnait et ça peut se comprendre...

    « Hmmmm... »

    Nous nous sommes mis à réfléchir, les options n'étaient pas nombreuses et nous étions à court de possibilités...

    Eh mais attendez !

    « On peut essayer de chercher des indices sur les fiches que nous avons. Il y a peut être quelque chose d'écrit comme un code secret ! Et si on ne trouve rien, on ira chercher dans les chambres ! »

    Je ne sais pas pourquoi j'étais enthousiaste, je me suis vite repris en me calmant.

    « Pas bête. Prenez vos fiches chacun et inspectez les de fond en comble, lorsque quelqu'un trouve quelque chose d'anormal, je lui demanderais de nous le faire profiter à tous. »

    C'était Céleste qui nous a donné l'ordre, personne n'a rechigné vu que nous n'avions pas grand chose d'autres à proposer. Nous nous sommes passés nos fiches respectives puis nous avons commencé les recherches.

    Au bout de plusieurs minutes, il fallait que je me rende à l'évidence : rien n'était caché, même sur ma fiche. C'était frustrant de savoir que j'avais fais une décision inutile.

    Alors que j'allais abandonner, je me suis souvenus du petit papier qui m'avait informé de l'utilité du trousseau de clé, je n'avais pas regardé sur celui là. Je l'ai alors sorti de ma poche afin de l'examiner, peut être avais-je oublié quelque chose ?

    Je relisais les mots encore et encore mais rien. Pas un seul message caché, de lettres mise en évidences ou quelque chose du genre, je l'ai retourné comme ça pour voir, et je fus étonné de voir l'inscription suivante :

    'Le jeu commencera lorsque la vidéo se terminera. Tous les joueurs possèdent le moyen de la visionner.'
  • 4 - Mon cauchemar et celui des autres (3/3)

    J'en revenais pas, c'était aussi simple que ça ! J'avais eu finalement raison ! Je me suis empressé de l'annoncer à tout le monde :

    « J'ai trouvé. »

    — Ah ouais ? T'as trouvé quoi ? » me demanda Claria.

    J'ai alors lu le message caché derrière la feuille. On se complique trop la vie parfois.

    « Bien. Mais au final, qu'est ce que ça veut dire ? » questionna Haron.

    — Qu'on doit regarder une vidéo ! C'te question ! » s'écria Claria

    — Oui mais la deuxième phrase ? Ça veut dire qu'on a la clé dans notre chambre ?

    — Non. En fait, je crois qu'on l'a déjà sur nous. Fouillez vos poches !

    Et j'avais eu raison. A peine cinq secondes plus tard, nous avions tous trouvé une clé dans nos poches... J'imagine que c'est pour ça qu'ils ont précisé 'tous les joueurs' et qu'il fallait obligatoirement que je les libère, sans eux, je n'aurais pas pu ouvrir le verrou. De plus, nous avons été stupide de ne pas s'être fouillé en premier, cela aurait dû être un réflexe...

    Chacun a donc inséré une clé dans une des serrures et ça a fonctionné ! Lorsque nous avons ouvert le tiroir, il y avait simplement une cassette. Une cassette ? En 2019 ?! Ça y est ! Nous avons été capturés par une maison de retraite.

    Blague à part, ça nous a tous surpris de ne trouver qu'une cassette dedans.

    « Je comprends mieux pourquoi il y a un lecteur de cassette. »

    Céleste venait de nous faire remarquer cet objet posé en dessous du meuble. Je n'avais pas donné d'importance à cet objet et les autres non plus au vu de leur réaction. Il n'était pas là pour décorer non, il était là pour nous donner des réponses... ou nous faire poser encore plus de questions.

    « Bon bah je suppose que l'on doit mettre la cassette dedans ? »

    — Bien joué Ophélia ! » dis-je tout en applaudissant ironiquement.

    Céleste a pris l'initiative en ramassant la cassette, en allumant le lecteur qui était branché, heureusement, et en allumant également la télé. Étrange de voir qu'elle sait tout faire toute seule vu que cette télé date pas mal...

    L'image que nous avons vu était très sombre en plus d'avoir des saturations. On arrive toutefois à percevoir un homme qui restait dans un angle de caméra où la faible lumière n'atteignait pas son visage. On y voyait juste une silhouette. Nous ne pouvions même pas dire où était le lieu de tournage à cause de la ridicule qualité de la projection. Pourquoi ne pas avoir choisi un DVD à la place ? J'imagine que les cassettes font plus 'film d'horreur'...

    « Avant de commencer, je tiens à vous remercier de participer à notre jeu. »

    Mais personne ne veut y participer à ton satané jeu ! Nous avons tous été capturés ici ! C'est légèrement différent non ?! D'ailleurs quand j'y pense, les filles ne m'avaient pas répondu quand j'ai demandé comment ont-elle été capturées. Je vais reposer ma question à la fin de la vidéo.

    « Je sais que vous devez vous posez beaucoup de questions mais laissez moi répondre aux plus probables.

    Première question : pourquoi avons nous été capturés ?

    Je dois dire que répondre à cette question en dévoilerait beaucoup trop trop vite. Et nous ne voulons pas ça n'est-ce pas ? Vous le découvrirez au moment venu et juste pour vous dire : aucun n'a été choisi par hasard. Vous êtes tous là pour une bonne raison. »

    Pourquoi ne pas répondre directement à la question ? Ce type garde un espèce de suspens inutile, nous ne sommes pas dans une histoire quoi ! Au moins, je sais que je ne suis pas là par malchance ou quoi, c'est la seule information que j'ai pu comprendre.

    « Deuxième question : pourquoi avons nous des fiches à nos noms avec toutes sortes d'informations dessus ?

    Je vais de suite vous le dire : vous avez été observés depuis presque deux semaines. Chacun de vous. Certains ont été plus difficiles que d'autres, voire même complètement impossible, mais nous avons réussi à récolter assez d'informations pour la plupart d'entre vous. Car oui, tout cela est pour les autres participants. Ces fiches permettent de donner une présentation brève de la personne pour éviter que celle-ci ne mente sur son identité ou je-ne-sais quoi d'autre. Quant aux groupes sanguins, croyez moi, ils vous seront utiles même si je ne vous souhaite pas d'en avoir recours. »

    S'ensuivit un rire assez bref et sinistre du monsieur. Enfin, je dis 'monsieur' mais la voix est assez robotisé et il serait impossible de la reconnaître une fois réelle devant nous. Ces fiches étaient donc là pour empêcher les gens de mentir sur qui ils sont. J'avoue ne pas savoir quoi dire là dessus surtout face a l'histoire du groupe sanguin. J'en reste perplexe.

    « Troisième et dernière question : qu'est-ce que c'est cette histoire de jeu ? Et quelles en sont les règles ?

    Voilà la question la plus intéressante mais aussi celle qui me demande le plus d'explications alors je vais y aller par étapes : je vais commencer par vous expliquer les règles car je pense que vous connaissez déjà le but n'est-ce pas ? En soi, les règles sont très simple et elles se résument en un mot : survivez.

    Vous allez chaque soir être confronté à-bzzzt »

    A ce moment précis, l'image avait saturé de façon extrême ce qui fait que nous n'avions pas entendu l'information. Nous ne savions pas face à quoi nous allons devoir survivre.

    « La nuit commencera à vingt et une heure pile. A ce moment précis-bzzzt sera libéré dans l'enceinte du bâtiment. Votre but ? Lui échapper durant la totalité de la nuit qui terminera a six heures du matin. A ce moment là-bzzzt retournera à son point de départ et ne vous pourchassera plus durant la journée. Cela sera le déroulement de la première nuit : juste survivre. Mais ne vous en faîtes pas, je pimenterai un peu la suite, oh que oui ! On va bien rigoler après ! Hahaha !

    La journée, quant à elle, vous servira de repos et surtout... d'exploration. Vous avez envie de savoir où vous êtes pas vrai ? Pourquoi vous avez été capturés ? Ces réponses se trouvent dans le bâtiment, j'ai délibérément laissé quelques documents expliquant en partie pourquoi vous êtes là mais je ne vous donne pas tout d'un coup. Les questions plus précises auront le droit d'être posées à la fin d'une nuit, une sort de récompense si vous voulez. Je préfère vous dire que je peux faire des annonces par haut parleur si je dois vous dire quelque chose pendant la nuit. On ne sait jamais...

    Pourquoi je fais ça au lieu de vous donner les réponses directement ? Allons, ne faites pas les enfants gâtés ! On obtient quelque chose en travaillant pour cela ! Voilà la seule et unique raison ! Et puis, c'est plus amusant pour moi !

    La journée sera donc consacrée à votre exploration et à ce que vous voulez en fait. Mais ne faîtes rien de cachottier, rappelez vous que vous êtes filmé et que nous vous regardons en ce moment même.

    Ah d'ailleurs, n'essayez pas de vous enfermer dans vos chambres. Si je vois que vous restez trop longtemps dans la même pièce, un son retentira à l'endroit où vous êtes et-bzzzt viendra gentiment vous cueillir. Je veux vous voir lutter pour votre survie, pas vous cacher tels des lâches ! Ça serait ennuyant pas vrai ? Bon, comme je suis sympa, je vous dis tout de suite que vous ne devez pas rester plus de vingt minutes par endroits. Non, ne me remerciez pas, c'est naturel.

    Pour la deuxième partie de la question, je vais m'adresser à Sorel. »

    Tous les visages se retournèrent vers moi, je sentais mon poing se crisper pour je ne sais quelle raison. Attirer l'attention sur moi est la pire des choses et je commençais à bouillir de rage...

    « Sorel, tu es bien conscient de ton statut de 'maître du jeu' n'est-ce pas ? Bien sûr que oui ! C'est écrit sur ta fiche. Tu te demandes ce que ça veut dire ? Crois moi, cela va bien plus loin que tu ne le penses.

    Ici, tu as le rôle le plus important dans ce jeu. Je vais même en dire plus : l'issue même de la vie des joueurs est entre tes mains. C'est toi qui sera l'impact direct sur leur pauvre et misérable vie. Chacun a une vie bien difficile mais comme tu le dis si bien, ils ne sont pas comme ils le laissent paraître et préfèrent cacher la vérité sur eux, pas vrai ? Ce sont tous des pourritures pour toi après tout, et ils ne feraient pas exception, pourquoi seraient-ils différent ? Ne pensant qu'à leur survie, les gens sont capables de bien des choses et je vais même te le prouver !

    Les autres, écoutez moi : si vous ne voulez pas participer à ce jeu de survie, si vous êtes trop faible pour cela, il vous suffit d'une chose : tuer n'importe quel participant et attendez le matin suivant.

    Cela peut être durant la nuit ou même la journée. A vous de voir mais si vous réussissez à survivre jusqu'au matin suivant, tout le monde pourra rentrer chez lui ! Même si quelqu'un sera mort, vous serez vivant vous ! C'est tout ce qui compte.

    Choisissez le plus faible, le plus inutile ou que sais-je encore. Après tout, un seul mourra et le reste survivra ! Pourquoi ne pas essayer ? »

    Tout le monde commença à reculer d'un pas, muet par la surprise et paralysé par la peur. Je me sentais bouillir de plus en plus de l'intérieur : pourquoi moi ?!

    Pourquoi ai-je un rôle crucial dans leur... vie ?! Je ne les connais pas et je n'ai plus envie maintenant ! Si ce sont des gens comme ceux que je connais au lycée, j'en ai rien à faire de leur mort ! Ils n'en ont pas l'air pourtant...

    Je commençais à trembler : de rage ? De peur ? Les deux ? Je ne sais pas. Et la suite n'allait vraiment rien arranger du tout :

    « Sorel. Vas-tu réussir à leur faire comprendre que tuer est mauvais ? Les faire changer d'avis ? Qui sait ? Quelqu'un pense peut être au meurtre là, maintenant.

    Mais pourquoi cela te toucherait ? Tu es seul après tout, tu l'as toujours été. Alors pourquoi la mort de l'un d'entre eux est une chose que tu devrais empêcher ?

    Eh bien, je peux prédire une chose : tu vas les supplier de ne pas s'entretuer et leur mort sera le pire de tes cauchemars ! Ne l'oublie pas Sorel, tu es le joueur clé, la pièce maîtresse de ce jeu. Mais tu n'auras pas à t'en faire si tu acceptes les autres tels qu'ils sont. Essaie de les comprendre, ils apprennent que leur vie est entre tes mains, qu'ils doivent se reposer sur toi, cela doit être dur pour eux mais, après tout, tu t'en fiches royalement qu'ils meurent pas vrai ? Ils doivent s'en mordre les doigts de l'apprendre je pense. Que leur vie est entre les mains d'un pure égoïste.

    Ce jeu te sera beaucoup plus facile si tu te remets en question. Être seul n'est pas toujours le meilleur choix et tu le comprendra bien vite. Lorsque cette vidéo se terminera, je débloquerais la porte et vous aurez accès à la première partie du bâtiment. Le jeu commencera alors et tout ce que cela implique. Parfois Sorel, il faut apprendre à faire confiance aux autres même quand ils ne te disent pas tout.

    Alors, 'maître du jeu', quelle sera votre décision ? Vivre... ou mourir ? »

    La vidéo se coupa brusquement tandis que nous entendions les portes s'ouvrir. Un silence plus que glacial régnait dans la pièce maintenant agrandi par les portes ouvertes.

    La voix d'Ophélia fut la première à se faire entendre mais... :

    « C'est quoi ce bordel ?! Je veux pas mourir ! Sorel ! T'as intérêt à nous sauver ! C'est ton rôle ! Ce monsieur bizarre nous l'a répété ! T'es celui qui doit nous sauver ! Pourquoi il a dis que tu ne le ferais pas ?! Tu nous laisserais crever sans bouger le petit doigt et sans même que ça te dérange ?! Réponds moi ! »

    Tout avait pourtant l'air bien parti, mais c'était sans compter sur mon mauvais caractère. Je ne sais pas ce qui m'a pris, peut être la colère qui bouillonnait en moi ou la peur constante mais j'ai explosé de rage, peut-être même un peu trop d'ailleurs :

    « Ferme la !! Je ne suis ni le maître du jeu, ni celui qui vous sauvera !! En fait, j'en ai rien à faire si vous crevez ! Vous pouvez tous vous faire tuer par le truc qui nous pourchasse que ça ne m'attristerait pas le moins du monde ! Pourquoi je dois être celui qui a la soi disante responsabilité de vos vie quand je hais d'une puissance colossale les gens d'une manière générale ?! Faites ce que ce taré vous a dit de faire et entretuez vous si ça vous chante mais n'essayez même pas de me toucher car je peux vous garantir que vous le regretterez !! Si vous êtes assez stupide pour vous tuer, c'est votre problème ! »

    Je ne m'en rendais pas compte mais j'étais en train de hurler, j'hurlais de toute la rage qui s'était accumulé en moi sans me dire que cela pourrait attirer la 'chose'. La voix d'Ophélia me paraissait être un mélange de colère et de peur :

    « Espèce de grand malade ! Le taré ici, c'est toi ! Tu vas tous nous faire tuer à cause de ton égoïsme de sale pourri gâté ! T'es le maître nan ?! Bah joue ton satané rôle !! »

    En me disant cela, elle commençait à me pousser en signe de colère.

    Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase, un réflexe de mon temps de collégien, un temps où les élèves me bousculaient de la même façon pour me provoquer, un temps que j'avais réussi à oublier mais Ophélia me fit remonter tous les souvenirs : je lui asséna un coup de poing sur le visage. Et avec toute la force de ma haine envers la situation.

    Ophélia fit un bond en arrière et tomba sur son épaule droite, le choc entre elle et le sol fut assez violent.

    Tous les autres reculèrent de plusieurs pas en arrière choqué par ce que je venais de faire. Claria se précipita sur Ophélia pour voir comment elle allait : elle saignait du nez et avait commencé à pleurer.

    Claria me lança un regard noir de haine tandis qu'Haron me dévisageait avec mépris. Seul Céleste se tenait éloignée de moi sans dire un mot mais je pouvais la voir trembler légèrement. Elle doit penser qu'elle s'est totalement trompé sur moi et que je ne suis qu'une pauvre ordure.

    « Alors, c'est ça ?! 'je hais les maris qui frappent leur femme' tu devrais juste pourrir en enfer ! C'est toi qui devrais mourir ici ! Crève ! Crève ! C'est toi qu'on devrait tuer !! Je te souhaite la mort la plus douloureuse qui soit !!! »

    Ophélia hurlait de douleur non pas seulement physique mais également morale, aucune de ces insultes ne m'atteignit, j'étais dans un état indescriptible : un mélange de peur, de haine et de dégoût.

    Comment la situation a pu dégénérer à ce point là ?!

    — T'es pas ma femme à ce que je sache ! Je t'ai prévenu ! Je frappe qui je veux sans distinction de sexe. J'ai dis que je ne frapperai jamais les gens qui comptent pour moi, or, tu n'es rien pour moi ! Souhaite moi la mort, je m'en fiche totalement ! »

    Haron prit la parole :

    « Je ne pensais pas que tu serais capable de faire une chose pareille. T'es vraiment qu'une ordure ! » bougonna-t-il d'une voix méprisante et ferme tout en allant au chevet de Claria avec les deux autres filles.

    Je n'explique pas ma prochaine réaction, je ne la comprends toujours pas :

    « C'est-c'est un cauchemar. »

    — Ça tu l'as dis ! » retorqua Claria d'une voix froide.

    — Tais-toi ! Tu n'es que le fruit de mon imagination ! Personne ici n'est réel ! Je ne frapperai jamais les gens comme ça ! Je ne suis pas maître de ce que je fais car je suis dans un cauchemar ! Hahahahahaha ! Mais ça tombe sous le sens ! Ce jeu, vous tous, rien n'est réel ! Pourquoi ne l'ai-je pas remarqué avant ?! Je vais me réveiller et je serais dans ma chambre, tranquillement avec Valya qui me réveillera. Comme au bon vieux temps ! »

    Des larmes commencèrent à couler de mes yeux : larmes de haine, de peur, de nostalgie ? Aucune idée. Je ne contrôlais plus mes émotions... je riais nerveusement.

    « Mais de quoi est c- »

    J'ai coupé net Claria dans sa phrase pour hurler tout en courant en direction de ma chambre :

    « Vous n'êtes pas réel !! Allez vous-en !!! Jamais je ne ferais ça !! »

    J'ai couru vers ma chambre, ouvert la porte puis je l'ai refermé sans même me retourner. J'ai fermé la porte à clé avec le loquet puis je me suis effondré en larmes sur mon matelas. Je ressentais tellement d'émotions en même temps que j'en devenais malade : j'avais frappé une fille, une fille qui avait juste peur et qui avait besoin d'être rassuré. Je suis la pire ordure qui puisse exister ! Je veux... juste mourir.

    J'ai d'un seul coup senti quelque chose me caresser la tête, c'était quelque chose de très affectueux :

    « Quelque chose ne va pas ? Le mage serait donc affaibli par quelque chose ? J'ai entendu crier donc j'ai eu peur et je me suis cachée... »

    J'ai instantanément reconnu la voix de Valya. Je l'avais presque oublié mais j'étais venu dans la chambre pour la voir justement. Il n'y avait qu'elle pour me consoler.

    « C'est... pas important. »

    — Oh que si ça l'est ! Si mon mage préféré se met à verser des larmes, quelque chose de tragique a dû arriver !

    La douce voix de Valya faisait plaisir à entendre. Après ce que je viens de faire, elle ne me pardonnerait sûrement pas, je ne lui ai alors rien dit. Jamais elle ne l'accepterait...

    « Disons que certaines choses sont arrivés... mais je n'ai pas envie d'en parler.

    — Bien. Si Nightsillusion n'a pas envie d'en parler maintenant, alors j'attendrai. Et je serais là quand il ressentira le besoin de se confesser. »

    Valya pris ma tête qui était sur le matelas pour la poser sur ses genoux, je me sentais.. étrangement bien. Mais j'étais toujours un peu mal à l'aise à cause de cette histoire...

    « Maintenant, mon mage va faire un gros dodo ! Rien de tel qu'un bon sommeil pour se remettre de ses émotions. »

    Je souriais intérieurement :

    « Je... ne suis pas un bébé tu sais... »

    Valya ne répondis rien, elle continuait juste de me caresser la tête.

    Je me sentais beaucoup mieux, je m'en voulais beaucoup pour ce que j'ai fais. J'allais présenter mes excuses le lendemain et... essayer de m'expliquer. Il faut que la situation s'arrange.

    Juste avant de m'endormir, Valya me chuchota ces quelques mots directement dans l'oreille :

    « Sachez que je serais toujours là pour vous, maître. »

    'Haha... je t'ai dis d'arrêter de m'appeler comme ça' fut ma dernière pensée avant de m'endormir paisiblement. J'allais me réveiller et nous allions jouer, je voulais sécher les cours juste pour cette fois à cause de ce mauvais rêve, je voulais... profiter du temps que je passais avec Valya.

    Je me suis réveillé. J'étais toujours là. Dans cet endroit. Chose étrange, Valya n'était pas dans la pièce. Est-elle partie se présenter ?

    D'ailleurs, pourquoi n'est-elle pas comme une des joueuses ? Il n'y a pas sa fiche et il n'y a pas eu besoin de sa clé. Valya me cachait sûrement quelque chose : est-elle entrée discrètement en évitant les caméras ? Mais alors pourquoi aller dans le couloir ? Je me souviens qu'il y a justement une caméra ici.

    Poum..... poum....

    Ce bruit me fit sursauter, des coups lents et répétés se faisaient entendre sur ma porte. Regard sur ma montre : vingt trois heures cinquante cinq ! Mais qui pouvait venir toquer à un moment pareil ?! Est-ce que c'est le 'truc' qui nous pourchasse ? Ce n'est pas quelqu'un qui allait me faire peur de toute façon, non, je n'avais pas peur de cette chose. A moins que ce soit tout simplement Valya qui-

    Je me suis coupée net dans mon monologue, Valya était là, endormie mais derrière moi ce qui fait que je ne l'ai pas remarqué de suite. Je n'avais pas envie de la réveiller donc je l'ai laissée là.

    J'étais toujours dans ce cauchemar mais... est-ce vraiment irréel ? Suis-je vraiment en train de rêver ?

    Poum.... poum....

    Les bruits continuaient. C'était bien trop distinct pour appartenir à mon imagination, ils étaient sourds et assez lents, c'est comme si quelqu'un s'amusait à tapoter la porte pour me faire peur. Ce n'était pas Valya car elle était là et cela m'étonnerait que ce soit l'un des joueurs après ce que j'ai fait alors qui était-ce ? Je ne pense pas non plus que quelqu'un me fasse une blague vu ce qu'il s'est passé...

    Comme la 'chose' ne m'effrayait pas le moins du monde, j'ai lentement déverrouillé le loquet. Peut-être est-ce une mauvaise idée ? N'importe qui serait resté à l'abri mais pas moi, cela me dérangeait alors j'avais bien l'intention de savoir qui c'était pour lui dire 'gentiment' d'arrêter.

    Le loquet se déverrouilla de son petit 'clic'. La porte n'était plus bloquée et les bruits s'étaient arrêté. J'ai hésité un peu avant de me décider a ouvrir la porte car vu ce qu'avait raconté le type de la télé, cela pourrait être la 'chose' qui nous pourchasse donc il fallait que je sois prudent.

    Je m'attendais à tout mais alors vraiment tout et pourtant :

    « AAAAAAAHHHH !!!!!!! »

    Mon hurlement de frayeur me fit sursauter de plusieurs pas en arrière. Une nausée très désagréable m'envahissa d'un seul coup, mon coeur accéléra son rythme à une vitesse affolante, ma respiration se faisait de plus en plus rapide. Je me sentais pleurer de rage intérieurement envers moi même car ce que je vis dépassa de loin tout ce que j'ai pu imaginer : c'était bien une personne et celle-ci était Claria...

    Un énorme frisson d'épouvante me parcoura l'échine. Claria, la fille énergétique et d'étrange bonne humeur constante malgré la situation, une fille que j'ai à peine eu le temps de connaître se trouvait devant moi. Sur le sol, le corps complètement désagrégé !

    La partie basse de son corps manquait, un sectionnement net avait séparé les jambes du tronc, elle avait rampé jusqu'à ma chambre en faisait une trace de sang affreuse qui continuait de s'étaler. En regardant son visage, une autre chose me terrifia : son oeil droit n'était plus là. On pouvait y voir une cavité, un trou rougeoyant dont s'écoulait du sang à la place...

    L'expression qu'elle arborait était indescriptible, elle qui était toujours aussi joyeuse, la voir éprouver de la souffrance à son extrême était impensable et pourtant... on ne voyait que ça : des cernes affreuses, un visage pâle sans parler de la quantité astronomique de sang présente qui coulait de ses jambes sectionnées...

    Son visage représentait l'agonie même, je ne pouvais imaginer ce qu'elle était en train de vivre. Une souffrance pareil ne peut être décrite avec des mots, elle est simplement comprise en regardant le visage, et c'était juste effroyable...

    Le vide terrifiant de la cavité oculaire manquante me plongea dans l'angoisse, une angoisse qui ne cessa de s'accroître avec la souffrance que je pouvais lire sur ce visage maintenant borgne :

    « S-Sorel... enfuis...toi... »

    En terminant sa phrase, Claria cracha un peu de sang en faisant un affreux rictus de douleur. Elle poussait des petits gémissements de détresse. Sa voix était très faible, ce n'était pas une blague comme je le pensais mais une situation désespéré, une urgence ! Il fallait que je prévienne les autres !

    « Qu-qu'est-ce qui vous est arrivés ?!!! »

    — Les autres.... ils sont tous.... je n'ai pas... pu les- »

    Claria ne terminera jamais cette phrase... Sa tête retomba lourdement sur le sol. Elle venait de rendre l'âme sous mes yeux ! Son corps qui était autant mutilé... était-ce l'oeuvre de la créature ?! Qu'est ce qu'il s'est passé ici ?! Comment peut-on s'acharner à ce point là ?!

    J'ai alors commencé à sortir pour voir le couloir, il fallait que j'aille chercher de l'aide, les autres doivent s'être caché mais je me devais de leur annoncer la terrible nouvelle, j'en ressentais le besoin pressant.

    Je me suis arrêté net de m'inquiéter pour les autres en me rendant compte que c'était totalement inutile. En sortant, je venais malgré moi de signer mon arrêt de mort. La scène que j'avais sous les yeux me marquera sans doute à tout jamais à cause de sa morbidité :

    Les quatre participants avaient tous été massacrés dans une violence et un acharnement absolument effroyable ! Une quantité effarante de sang était présente dans le couloir. Ils étaient tous là mais aucun ne pourra jamais plus s'exprimer car leur cadavres représentaient la définition même du mot 'carnage' :

    Haron était adossé au mur, je ne pouvais même pas décrire son visage car celui-ci avait été déchiré en deux ! Une entaille assez importante occupait majoritairement le côté gauche de son visage tandis que le côté droit ressemblait à celui de Claria dans le sens où son oeil droit manquait également. Son pied gauche avait été tranché mais le reste était toujours là contrairement à Claria... son sang ne coulait pratiquement pas mais c'était parce que celui-ci était présent en quantité à ses côtés...

    Ophélia, juste à côté, était celle qui avait du le moins souffrir mais qui, paradoxalement, avait la pire allure : contrairement à Haron qui avait eu le côté gauche de son visage déchiré, c'était le visage entier qui lui manquait ! Il était méconnaissable car il n'y avait qu'une trace de taillade assez profonde, comme si on lui avait asséné un coup de hache au milieu du visage. Je l'avais reconnu grâce à ses vêtements car toute identification par un autre moyen était impossible à cause de l'atrocité de son état. Elle n'avait cependant pas d'autre blessures, seul son visage avait été 'touché' car le reste du corps était indemne.

    Mais ce qui me choqua le plus fut l'état de Céleste. J'avais malgré ce qu'elle disait, l'impression que c'était une enfant donc ce que je voyais d'elle me dégoûta d'autant plus : elle était pendu sur les tuyeaux. Une corde venu de je-ne-sais où avait servi à la pendre sur les tuyeaux présent près du plafond. Un filet de sang important se dégageait de sa capuche et c'était comme Ophélia la seule blessure de visible car le reste de son corps n'avait rien. La seule blessure qu'elle avait m'était invisible mais la vue de son cadavre était ce qui me choquait le plus car j'avais l'impression qu'on avait torturé une petite fille...

    Je ne pus empêcher un vomissement, tout ça... n'était pas réel ! J'avais atterri en enfer ! Cela ne pouvais s'expliquer autrement ! C'était une véritable boucherie, la vue de tout ce sang et de ces cadavres m'étaient insupportables...

    Je sentais la peur m'envahir complètement. Ce qui me faisait peur dans l'immédiat, c'était la "chose" qui avait fait cela. C'était de la folie ! Cela ne pouvait pas être humain ! Ce n'était rien de plus que l'oeuvre d'un monstre, ni plus, ni moins !

    J'étais paralysé. Je ne savais pas comment réagir. Je ne disais rien, je ne faisais que pleurer doucement, des sanglots de rage mêlés à de la tristesse... Je ressentais une forte sensation de culpabilité : si j'avais été là et que je ne m'étais pas énervé, les choses se seraient-elles passées différemment ? Je ne sais pas et je ne le saurais jamais car ils étaient morts... Le jeu aura été rapide, le dénouement aussi...

    Tout... se termine maintenant...

    J'ai alors senti mon poignet vibrer, je l'ai regardé en tremblant, il y avait une simple inscription que j'arrivais à lire malgré le flou provoqué par mes larmes :

    'Game over'.

    Juste après la lecture, je sentis quelque chose de bizarre me traverser l'avant bras. J'ai d'un seul coup ressenti une puissante douleur qui m'obligea à m'agenouiller dans la mare de sang, comme si quelque chose avait été injecté dans mes veines : ce bracelet ne sert donc pas à me trancher la main ?

    Oh que non. Cette chose servait à me paralyser. Je ne pouvais plus bouger du tout ! Ce truc m'avait cloué sur place car je ne pouvais que difficilement bouger la tête, rien de plus. Mon corps ne répondait plus. J'étais au final allongé dans des litres d'hémoglobines, la tête face contre terre...

    Je sentis une nouvelle vibration sur mon poignet, avec d'immenses difficultés, je parvint à poser mon regard sur la nouvelle inscription :

    'Fin prématuré de la partie pour cause de mort de tous les joueurs. Début de la séquence de punition.'

    Une... punition ? Je... vais être puni ? Mais qu'est-ce que ça veut dire ?!

    Un rire sinistre m'arrêta net : devant moi à juste quelques mètres se trouvait une petite fille.

    La première chose que je remarqua fut le fait qu'elle n'était pas les mains vides, dans sa main droite se trouvait une paire de ciseaux assez pointus et dans l'autre une... hachette. La hachette ainsi que les ciseaux étaient ensanglantés, ils dégoulinaient même ! Mais... !

    Cliquetis cliquetis

    Elle faisait des mouvements de rotation avec sa paire de ciseaux tout en s'approchant de moi. Elle portait une robe très sale (surtout par le sang) mais présentait également des lacérations au niveau des jambes et de ses avants bras. Je n'avais même pas le temps de me poser des questions car elle était juste devant moi, la sensation de peur me tordait le ventre. J'allais mourir dans peu de temps si je ne faisais rien !

    J'ai essayé d'ouvrir la bouche pour appeller à l'aide mais tout ce qui sortit fut une voix pratiquement inaudible :

    « V...Valy... »

    Mes appels à l'aide étaient vains, elle était en train de dormir dans ma chambre et j'arrivais à peine à faire autant de bruit qu'un chuchotement. Ça doit être ce satané produit !

    Elle était en grand danger ! Il fallait au moins la prévenir ! Mais c'était impossible... j'avais beau essayer de m'égosiller, presque aucun son ne sortait de ma bouche.

    La fillette m'ayant entendu car elle avait maintenant la tête près de mon visage à demi-relevé s'approchais de moi.

    « Te... voilà.

    — Qui... est tu... ?

    Chaque syllabe que je prononcais me demandait un effort surhumain, le produit que j'avais reçu avait un effet dévastateur. Ma tête était lourde. Mon environnement se floutait et j'avais du mal à distinguer le visage de la fillette.

    « Je... veux... voir ! J'ai... besoin... de ça ! J'en ai besoin ! »

    Ses mots étaient entrecoupés de sa respiration très dérangée. Mais ce fut les derniers mots que j'entendis en pensant de manière 'rationnel'.

    La fillette d'un geste rapide de la main droite dirigea les ciseaux vers mon oeil droit et vint les planter avec aggressivité.

    La douleur fut immédiate et inouïe ! C'était une abomination ! Une atrocité ! Et ce qui me faisait d'autant plus peur, c'était qu'elle en rigolait ! Comme si tout cela n'avait aucun effet sur elle. C'était le ton que j'arrivais à sentir malgré la douleur fulgurante qui me parcourait tout le crâne.

    Elle tournait les ciseaux avec acharnement dans mon orbite oculaire, chacun de ses mouvements ne faisait qu'accroître la douleur déjà plus que présente. Je souffrais le martyre. C'était plus qu'un véritable supplice : j'étais désespéré, désespéré qu'on m'achève ! Rien ne pouvait égaler le niveau de souffrance que j'endurais. La douleur était sourde et puissante, elle m'embrouillait l'esprit de par sa violence !

    Alors qu'elle fouillait dans la cavité accompagné de mes hurlements de douleurs, je vis tout d'un coup quelque chose qui me terrifia encore plus : mon oeil. Qui pendait et qui étais retenu par le nerf optique.

    Complètement surréaliste... et effroyable ! On croirait voir un film d'horreur qui essayait d'être le plus gore possible pour choquer le spectateur mais... tout cela était réel ! Je ne pouvais pousser que des gémissements de frayeur à ce stade là, je n'avais même plus la force d'hurler. J'étais complètement tétanisé.

    Elle utilisa alors les ciseaux comme on utilise habituellement ces objets mais pour couper... le nerf optique ! La douleur que je ressentis était tout aussi éprouvante, plus rien ne pouvait me sauver et ma vie, si j'arrivais à m'en sortir, ne sera plus jamais la même. Je ne pense pas qu'il existe assez de mots pour décrire ce que je ressentais : de la peur, de la souffrance, de l'angoisse et de la peine pour être aussi... impuissant dans cette situation. Lorsqu'elle coupa le nerf, la douleur avait été très vive mais terriblement douloureuse...

    Ma tête était lourde, je me sentais très faible d'un seul coup, je sentais que j'allais m'évanouir malgré la douleur plus que dérangeante qui me parcourait l'orbite du crâne. La fillette marmonna d'un air que je qualifierais de triste :

    « Non... mauvais ! Il n'est pas comme je le veux... Pourquoi toi aussi ?! »

    — Par pitié... achève... moi...

    Je ne voulais que mourir, je ne pouvais même plus réfléchir à cause du calvaire que je vivais.

    « C'est ce que j'allais faire tu sais. »

    Toujours la paire dans les mains, elle m'égorgea d'un coup sec avec la lame sans même attendre que je réagisse.

    Je ne pouvais plus respirer, ma gorge était en feu, je voyais mon propre sang s'échapper de celle-ci en plus de celui qui coulait de mon oeil droit qui était désormais une cavité dont je ne voyais évidemment plus rien. Ma tête se faisait de plus en plus lourde, oui, j'allais m'évanouir... mais pour l'éternité.

    Est-ce comme ça que j'aurais imaginé ma mort ? Très peu probable. Tué par une fillette dans un endroit inconnu ? Totalement irréaliste. Je pensais il y a de cela quelques minutes que ce n'était que dans les livres ou films mais... non, je m'étais trompé.

    Je n'aurais pas vécu longtemps au final, j'approchais de mes 18 ans. J'allais être majeur, j'allais débuter dans la vie mais au final, je n'aurais jamais à me soucier de quelconques responsabilités. Un mort ne sera rien de plus que ce qu'il sera : un cadavre.

    Je me sentais partir, ma vision devenait de plus en plus flou. Au final, j'ai été quelqu'un d'inutile toute ma vie. Je n'ai jamais aidé personne, mis à part ces grands-mères mais ce n'était purement que pour l'argent que je gagnais. Ma mort a été... stupide. De tout façon, mise à part Valya, Mama et Bill, aucune personne ne se souviendra de moi. Que va devenir Valya d'ailleurs ? Comment réagira t-elle ? Je ne pourrais jamais le savoir, et je me demande même si je voulais voir sa réaction...

    C'était elle qui occupait ma dernière pensée : adieu Valya, je ne t'oublierai jamais. Je suis désolé de ne jamais avoir pu te dire « Merci » pour tout ce que tu as fait pour moi... Je continuerais de veiller sur toi dans l'au-delà comme tu l'as fait pour moi tout ce temps. Je serais... toujours là pour toi, partenaire.



    Un espèce de flou assez étrange se forma dans ma vision alors que je me sentais happé par une force que je ne pouvais comprendre, que m'arrivait t-il ? Est-ce comme ça la vie après la mort ?

    S'ensuivit un flou assez puissant dans ma vision et... je me retrouvais à entendre ce rire. J'étais de nouveau face à cette fillette. Chose étrange, je voyais des deux yeux : comment ma vision est-elle revenue ?! Et... qu'est ce qu'il se passe ?!

    « Je... veux... voir ! J'ai... besoin... de ça ! J'en ai besoin ! »

    Mais... j'ai déjà vu ça ! Je... deviens fou ? Mais... ne me dîtes pas que...

    Mes craintes se sont confirmés presque aussitôt car la même scène se répéta : la perte de mon oeil droit et l'égorgement accompagné de la douleur la plus éprouvante possible. Pourquoi mon cerveau me faisait revivre cette scène des plus atroces ?! Si j'étais 'réellement' mort, pourquoi les sensations étaient aussi réelles ?! Je ne comprenais plus rien, ma confusion s'ajoutait à toute l'horreur de la scène et j'avais l'impression que tout se déroulait de manière plus lente rien que pour le plaisir de me faire souffrir davantage...

    Je suis alors mort une nouvelle fois et de la même façon. Était-ce une hallucination ?! Était-ce l'oeuvre de mon cerveau devenu fou ?! Je l'espère... je l'espère vraiment.

    Mais... :

    « Je... veux... voir ! J'ai... besoin... de ça ! J'en ai besoin ! »

    Cette phrase... se répéta. TOUT se répéta. Revivre une mort très douloureuse est la pire des choses qui puissent exister. Pourquoi mon cerveau me faisait ça ?! Avais-je atterri en enfer ?! Comment est-ce même possible ?! Le pire, c'est que je ne pouvais rien faire ! J'étais constamment paralysé par ce bracelet. Et cette douleur qui était permanente ! Je ne faisais que souffrir... en boucle !

    La scène se répéta une troisième fois puis une quatrième. Je n'étais plus qu'un pantin. Je ne savais plus rien, ne pensais plus rien. Juste cette douleur interminable, à quoi bon lutter contre lorsque je ne peux même pas bouger un orteil... ? Je ne ressentais aucune émotion si ce n'est la douleur abominable et la colère d'entendre son rire. Un rire que je ne pouvais plus supporter.

    C'était ma punition pour avoir été égoïste toute ma vie ? Ma punition pour avoir fait tuer tous les autres bien que je ne sache pas comment j'aurais pu les sauver ? Ma punition pour avoir été... qui je suis ?

    Je ne faisais que me revoir mourir, encore... et encore... et encore... mais la fin de la quatrième "mort" fut différente, cette fois lors de ma "mort", je n'ai plus entendu ce rire, ce rire qui était devenu une abomination...

    A la place, c'était une voix que je connaissais bien :

    « Sorel ? Je viens de dire : on y va ! Alors allons y !

    — Qu'y a t'il Sorel ? Vous avez l'air pâle. Ne vous en faites pas, il n'y a rien ici. »

    Je sentais la vibration de mon poignet qui venait de se terminer.
  • oh puta*n !!!!! ça avait l'air gentillé et nier au début mais en faite ça deviens comme dans le manga dans judge un peu O_O..... j’apprécie merci!!!
  • Même avis que Adra !
  • Haha ! Merci pour vos retours ^^ ça fait plaisir ! :)
  • 5 - Ma peur de vivre... et de mourir.

    Je me rends compte d'une chose, je parle de mon jeu comme s'il était réel, chose qui bien évidemment est fausse. C'est depuis quelques temps que je suis devenu 'Nightsillusion'. Vu que c'est mon pseudo dans le jeu, je l'ai adopté dans la réalité. En fait, je me rends compte que c'est depuis que j'ai mon sceptre que je suis comme ça. 'Ultima Stick' de son petit nom bien cliché. J'ai déjà précisé que c'est un objet important pour moi, qu'il est le symbole de mon métier de mage, mais en y regardant de plus près et surtout en le voyant d'un point de vue objectif, pourquoi donner autant d'importance à un simple bâton ? La réponse est simple : celui-ci me rappelle le meilleur souvenir que j'ai pu avoir.

    Lorsque j'avais reçu l'objet en question (ou plutôt quand je l'avais acheté), j'étais heureux et fier de moi. J'étais en train de m'amuser avec quand j'ai aperçu celle qui est devenu la plus importante à mes yeux :

    Valya qui vagabondait dehors l'air inquiète.

    Je m'étais questionné sur ce qu'elle faisait dans les jardins de l'orphelinat sachant qu'on ne peux pas rentrer comme ça. Je m'étais dis que si elle se faisait attraper, elle risquait de passer un sale quart d'heure, je l'ai alors appelé :

    « Eh toi ! Qu'est-ce que tu fais ? Comment es-tu arrivée ici ? »

    Valya tourna la tête d'un air surpris pour finalement s'écrier :

    « Maître !! Vous voilà ! »

    Puis elle se précipita sur ma fenêtre encore ouverte et se jeta sur moi. Elle avait fait un bond assez impressionnant !

    Le « maître » m'avait tellement surpris que je ne l'ai pas vu me foncer dessus. Je ne connaissais aucune fille, je n'ai pas 'd'amie d'enfance que je revois après des années de non-contact qui était secrètement amoureuse' donc ça m'a bien surpris.

    En la repoussant un peu de moi, je lui fit part de mon ressenti sur ce qu'elle venait de dire :

    « Eh calme toi ! Tu fais erreur sur la personne ! Je ne suis pas un maître ! »

    — C'est vrai d'un côté mais tu es 'Nightsillusion' non ?

    — Qu-quoi ? Comment tu connais mon pseudo ?!

    — Mais je connais tout sur vous, maître ! Et ce n'est pas votre pseudo mais votre identité cachée que vous refoulez.

    — Nan, c'est juste un pseudo un peu long d'ailleurs...

    — Non non ! C'est qui vous êtes vraiment ! A votre avis, pourquoi vous détestez autant ce monde ? Parce que ce n'est pas le vôtre ! Vous venez des terres parallèles ! 'Un monde comme celui-là est répugnant', c'est ce que vous pensez, pas vrai ? C'est normal car vous vivez en tant que 'Sorel Ilsoya' mais si vous êtes d'accord avec moi et que vous acceptez votre identité, votre monde n'en sera que meilleur ! Vivez en tant que 'Nightsillusion' ! C'est votre destin ! »

    J'étais resté bouche bée, cette fille en connaissait tellement sur moi que ça en devenait terrifiant ! Mais je l'ai cru. Et je la crois toujours. Si je hais autant ce monde, c'est que ce n'est pas le mien pas vrai ? Lorsque je suis en possession de mon Ultima Stick, alors je deviens 'Nightsillusion'. Et je ne suis plus de ce monde.

    « Juste... comment tu t'appelles ?

    — Je me nomme Valya. Je serais votre partenaire ! Enchantée !

    Valya affichait un sourire radieux sur son visage, le genre de sourire qui pourrait sortir de la tristesse le plus profond des dépressifs. Un sourire... contagieux.

    — Mais tu n'as pas... de parents ou quelque chose du genre ?

    Valya avait mis du temps à répondre en prenant une pose de reflexion mais elle avait finit par dire :

    « Je suis en pleine fugue. Et je ne retournerai pas là-bas car je veux rester avec vous ! »

    Soupir de ma part.

    « J'ai... pas vraiment d'objection même si je pense que c'est une mauvais idée mais bon... »

    C'est à cet instant que ma longue amitié avec Valya commença. Et que ma vie en tant que 'Nightsillusion' débuta même si je devenais ce personnage seulement quand j'étais avec elle car c'était la seule qui pouvait me comprendre. J'ai petit à petit assimilé mon personnage comme étant normal et me voilà aujourd'hui. C'est pour ça que mon sceptre est aussi important : il est la marque de mon nouveau départ dans ma vie et de mon alliance avec Valya.


    « Sorel ? Ouhou ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

    Je ne bougeais pas, pas un seul muscle n'était en mouvement dans l'intégralité de mon corps. J'étais toujours en état de choc comme si le produit continuait d'agir. Il y a quelques secondes, j'étais en train de mourir. Je servais de jouet à une petite fille. Je ne suis pas censé être vivant... personne n'est censé être vivant !

    Claria et Céleste se tenait devant moi, sans rien du tout. Pas une trace de sang, tous leurs membres étaient présents, je... ne comprends pas. Tout est flou dans ma tête.

    « Tu m'en veux encore ? C'est bon... J'ai dis que je te croyais ! Tu n'es pas celui qui a organisé ça car tu es quelqu'un d'asocial. J'ai compris. Ma Céleste me l'a fait comprendre !

    — Ma Céleste ? Vous me considérez comme une propriété ?

    — Exact ! T'es ma loli à moi et à personne d'autre ! Je te demanderais même en mariage quand on sortira !

    — Pardon ?! Mais je ne suis pas...

    — Hahahahaha ! Et tu me crois ?! Mais non ! Je plaisante ! Moi non plus, je ne suis pas... euh Sorel ? T'es tout bizarre là... »

    Je n'avais pas réagi du tout à leur petite discussion, je ne comprenais plus rien à la situation. Elles me regardaient, inquiètes, mais je ne voyais... que leurs cadavres. Tout ce que j'avais vécu était toujours en train de se dérouler pour moi. Je ne voyais que deux mortes qui me parlaient. Je n'arrivais pas à mettre le doigt sur ce que je ressentais à ce moment précis... j'avais peur mais j'étais confus, totalement confus. Tellement que je n'arrivais pas à accepter le fait que ces deux filles étaient en train de me parler. Et d'ailleurs, pourquoi Claria me parle de dispute ? Je me suis disputé avec elle ? Je ne m'en souviens pas...

    « Qu-quelle heure est-il ? » fut la seule question que je pu poser d'une voix tremblante.

    J'en avais même oublié que j'avais une montre. Claria me le fit d'ailleurs remarquer :

    « T'as une montre hein ! Ton poignet gauche... Mais t'es sûr que ça va ? »

    Je levais le poignet... doucement... pour en voir quelque chose qui me mit dans une confusion encore plus totale : vingt et une heure cinquante.

    Je suis sûr qu'il était presque minuit. Il était minuit ! Pourquoi vingt-deux heures ?! Est-ce qu'... une journée était passée ? C'est la seule explication probable ! C'est absolument impossible autrement !

    Alors que je paniquais intérieurement, je sentis une vibration sur mon poignet droit. Un message était apparu sur la montre de ma main droite :

    'A ta place, j'éviterais de parler de ce que tu as vu.'

    Ce que j'ai vu ? Tu parles des cadavres affreusement mutilés de ces filles qui se tiennent devant moi ?! C'est de ça que tu parles ?! De ce massacre dont seul TOI en est la cause ?! De cette petite fille complètement cinglée ?! Parler de tout ça est la première chose que j'avais envie de faire pourtant !

    Mais cela confirmait une chose, je n'avais pas rêvé, c'était bien réel ! Je ne pouvais pourtant pas y croire. Les sensations, la souffrance... est-ce que cela a pu être le fruit de mon imagination ? Aurais-je un esprit aussi dérangé ?! Et est-ce qu-

    « Sorel ! »

    La voix de Claria me résonna dans les oreilles.

    « Je ne sais pas ce que t'as mais tu ne vas clairement pas bien. T'es tellement pâle qu'on dirait un vampire.

    — Je suis d'accord, même avec ma capuche, je peux clairement le distinguer. Êtes-vous tombé malade ? Vous sembliez en forme juste avant pourtant... »

    Ça y est. Je me rappelle de la dispute entre moi et Claria. C'était parce qu'elle pensait que j'étais l'organisateur. J'ai déjà argumenté alors je n'ai pas besoin de revenir là dessus. C'est celui qui a organisé ça qui est un taré ! Mais.. est-il celui qui était apparu sur cette vieille télé ? Il fallait que je sache... il fallait que je vois si j'avais rêvé ou si j'avais d'une façon ou d'une autre prédit l'avenir.

    « Il... faut que je vérifie quelque chose. »

    Je n'ai pas laissé le temps aux filles de me répondre lorsque j'ai commencé à me ruer vers la chambre de celle que je pense être Ophélia, si j'ai rêvé, alors ce sera quelqu'un d'autre. Mon cerveau ne peux pas imaginer un truc pareil ! Si je n'ai pas rêvé...

    « Sorel ! Attends nous ! »

    Les deux filles m'avaient rejoint en courant. Nous avions traversé ce couloir si sombre en l'espace de quelques secondes par rapport à 'la dernière fois'.

    « Mais qu'est-ce qui t'arrive ?! Pourquoi tu agis aussi biz-

    — Qui êtes vous ?! Partez ! Allez vous en ! »

    Cette voix, je la connaissais bien. Très bien. Je venais de tambouriner la porte et ce fut la réponse qui me parvint. J'ai ouvert la porte pour m'en assurer et... j'avais raison. Ophélia ou en tout cas une fille qui avait exactement la même tête et la même voix se tenait avec la même position que dans mon 'rêve'.

    Je n'ai pas réfléchi une seconde et me suis rué sur sa fiche qui était au même emplacement pour y lire ce que je redoutais : toutes les infos de la joueuse numéro trois 'Ophélia Sokovy' étaient inscrites. Je n'en revenais pas. Je ne comprenais pas ! Comment ai-je pu prédire l'avenir ?! Pourquoi tout est exactement comme 'avant' ?!

    « T'es qui toi ?! T'es celui qui m'a capturé, j'en suis sûre ! P-pourquoi tu me regardes comme ça ? »

    Je revoyais le cadavre d'Ophélia, complètement défiguré. Je sens mes nausées revenir. Il faut que je... vois si 'lui' aussi est là.

    J'ai rapidement déverrouillé ses menottes avec la clé dont, étrangement, je connaissais l'emplacement. Pendant que je faisais cela, Ophélia me regardait comme si j'étais un extraterrestre mais je n'avais pas envie d'expliquer quoi que ce soit. Sans même laisser aux trois filles le temps de réagir, je me suis précipité vers la dernière porte que j'ai rapidement ouvert.

    'Il' était là. Endormi. Comme dans ma 'prédiction'.

    « Sorel ! Mais qu'est-ce qui t'arrives ?! Pourquoi tu agis comme si tu étais pourchassé ? »

    Claria tenta de nouveau de me questionner mais aucun son ne voulait sortir de ma bouche. A la place, j'ai attrapé la fiche du joueur numéro quatre. Et j'y ai lu la même chose : Haron Mélono, joueur numéro quatre et toutes les autres informations.

    Et le type allongé avait la même tête que dans mon 'rêve', il fallait que je vérifie ! Tout ne peut pas être réel !

    J'ai commencé à gifler 'Haron' en hurlant :

    « Réveille toi ! Réveille toi ! »

    Il n'a fallu que deux claques pour qu'il se réveille, alors que j'étais sur le point de parler, je sentis quelque chose qui me tira en arrière :

    « Sorel ! Arrête ! Tu nous fais tous peur avec ta paranoïa ! Calme toi ! Il ne t'a rien fait et ce n'est sûrement pas lui qui est l'organisateur non plus s'il est ici aussi ! »

    — Sorel ! Dites nous ce qui ne vas pas ! Pourquoi agissez vous de la sorte ? Je, que dis-je, nous ne comprenons pas...

    Ophélia, qui semblait être la plus perdue demanda d'un air exaspéré :

    — Pourquoi ce taré m'a libéré ? Il n'est pas censé me retenir prisonnière ? Je ne comprends rien...

    Alors que j'allais répliquer, Céleste prit la parole avant moi :

    « Nous non plus. Sorel a commencé à agir de manière étrange depuis tout à l'heure et ceci de manière très brusque. Bien qu'il se comporte de la sorte, il n'est pas le ravisseur. J'en suis certaine alors ne l'accusez pas à tort s'il-vous-plaît. »

    Je ne sais pas comment Céleste arrive encore à avoir envie de me défendre dans cette situation.

    J'ai fini par crier :

    « Est-ce que tu es Haron Mélono ?! Le fils du service de restauration de luxe du même nom ?! »

    Toutes les filles se retournèrent vers lui, complètement ahuries.

    « Euuh... oui ? Comment est-ce que vous me connaissez ? »

    — C'est vrai ? T'es le fils Mélono ?! »

    La voix de Claria m'irritait les oreilles, à vrai dire, je n'étais pas du tout en état de plaisanter. J'étais dans une situation que je ne contrôlais pas, que je ne comprenais pas. Rien de cela ne semblait réel.

    « Oui... mais je ne connais pas de personnes ressemblant à... toi ? Ça vous dérange si je vous tutoie ? »

    Tiens, tu ne m'as jamais demandé ça. Alors, je ne peux pas tout prévoir !

    Je ne répondis pas. Je revoyais une nouvelle fois cette vision de l'enfer que je préférais ignorer mais qui, malgré moi, revenait sans cesse. Haron, le visage à moitié déchiré, un de ces pieds tranché... Comment ai-je pu imaginer une chose pareille ?! Des images du massacre revenait sans cesse, comme des flashs. Mais le pire, c'est que les personnes mortes... étaient là ! Sous mes yeux ! Comme si rien ne s'était passé ! Je ne suis même plus dans l'incompréhension mais dans la confusion la plus totale ! Comment peut-on récupérer de blessures aussi importantes ?!

    « Mais il se passe quoi au juste ? Vous avez aussi été kidnappé ? »

    Non, on est là pour faire un pique-nique... imbécile !

    « En fait, on l'a tous été et apparemment, on va participer à un jeu. »

    Claria prenait les rennes pour les explications, je n'en trouvais pas la force.

    « Un jeu ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

    — Je ne sais pas. On ne connaît pas les intentions de nos ravisseurs...

    Ils veulent nous faire s'entretuer ! Et quand bien même vous n'accepteriez pas, cette ignoble petit monstre sera là pour vous déchiqueter ! C'est ça, pas vrai ? Je... j'ai pas rêvé ? Elle existe bien ?!

    « Et... pourquoi avons nous ces colliers ? »

    Haron posait les mêmes questions, dans le même ordre.

    « Toujours aucune idée, on a tous un collier... sauf lui justement.

    — Quoi ? Mais pourquoi ? Qu'a t'il de spécial ? Vous voulez dire que c'est parce qu'il est fou ? »

    C'est quoi ce raisonnement ? En ayant dit cela, Haron commença à remuer les chaînes de ses menottes, il avait peur. Je le comprends car moi aussi, j'avais peur mais ce n'était pas pour les mêmes raisons.

    « Moi ? Fou ? Hahaha... vous voulez rire ? C'est vous qui n'êtes pas normaux ! »

    Réussir à tous vous reconstituer, et à agir comme si rien n'était arrivé, vous êtes des gens anormaux ! Paranormaux même ! C'est impossible de survivre après ce que vous avez subi ! Pourquoi quelque chose ne tourne pas rond ici ?! Peut-être que je deviens vraiment fou en fait...

    « Pas normaux ? Que voulez-vous dire par là ? » répliqua Céleste.

    Que faire ? Je voulais dire que je les ai vu mourir, que je les ai vu complètement démembrés ! Mais cette menace :

    'A ta place, j'éviterais de parler de ce que tu as vu.'

    Ces mots que je ne comprenais pas m'empêchait de parler. Pourquoi ne pas vouloir dire qu'une menace bien plus horrible que ce qu'ils pensent nous guettait ? Pour les laisser dans l'insouciance ? Pour compliquer le jeu ?

    Et puis d'ailleurs, il y a quelque chose qui cloche avec ce jeu : pourquoi je le recommence ? J'en suis certain ! Les sensations de douleurs étaient bien trop réelles pour que je les ais rêvées. Et qu'allait-t-il m'arriver si je disais tout ? J'allais mourir ? Encore ? Je n'y crois pas que j'en viens à le formuler comme ça... Lorsque l'on meurt, c'est censé être définitif ! Je n'ai pas fait mes adieux à Valya pour rien...

    « L-laissez tomber... e-est-ce qu'il y a une télévision au fond du couloir ? »

    Tous me regardèrent d'un air interrogateur. L'issue de cette question pourrait révéler bien des choses...

    « Euhhhh attends ! Passe moi ta lampe. »

    Après m'être exécuté, Claria sortit de la pièce, fit quelques pas avant de revenir d'un air affolé :

    « Sorel ! Il y a vraiment une télé ! Comment t'as su ?! Il fait complètement noir et j'ai eu du mal à la voir même avec la lampe torche !

    — Alors comment Sorel a pu voir ? A moins que... »

    Ophélia me lança un regard suspicieux. Ne me dîtes pas qu'elle va-

    « A moins qu'il connaisse cet endroit ! Qu'il soit déjà venu ici et que ce soit lui qui ai organisé ce 'jeu' dont on ne connaît rien ! Ça expliquerait pourquoi on ne connaît toujours pas les règles, il attend que l'on soit tous là pour se révéler ! Je me disais bien que tu avais un air louche ! »

    Ophélia me pointa du doigt, déterminée à se faire entendre :

    « Sorel essaie de mettre en place une mise en scène de film ou de livre mais ça ne marche pas avec moi ! En plus, c'est cliché de savoir que, 'oh mon dieu, le méchant était avec nous depuis le début !' »

    'En fait, ça dépends de ce que t'appelle 'cliché'' est ce que j'aurais répondu en temps normal mais je n'avais pas le coeur à parler de choses aussi futiles. Tout ce qui m'importait à ce moment précis était de comprendre ce qu'il se passe.

    Claria fut la première à répondre :

    « Ben en fait, ça a déjà été fait. C'est ce qu'on apprend à la fin de- »

    Je coupa la parole à Claria qui ne faisait que penser à voix haute.

    « D'accord. Si ce 'discours' vous fait à présent croire que je suis le taré qui a organisé ça, vous vous trompez lourdement. Je n'ai aucun moyen de le faire savoir et je suis autant perdu que vous. »

    Ma réponse aurait peut-être été plus crédible si j'y avais mis de l'intonation, or là, j'avais parlé d'un air froid, d'une voix sec, tranchante. C'est presque comme si j'avais lu une réplique de film ce qui n'allait pas aider à me faire comprendre. Je commençais à perdre patience. Mais je n'allais pas refaire ce que j'avais fait.

    En venir aux mains avec Ophélia... Je voulais même m'excuser.

    Mais c'est cette même personne qui met le doute sur mes soi disantes véritables intentions. La même personne qui me fait me sortir de mes gonds. Que devais-je faire ? Je ne peux pas m'excuser quand celle-ci cherche à m'accuser, ce serait considéré comme un aveu.

    « Allons voir cette télé, il doit y avoir quelque chose qui-

    Je n'ai même pas eu le temps de finir ma phrase qu'Ophélia m'avait interrompu brutalement :

    « Tais toi ! Tu es démasqué ! Tu es celui qui va nous faire jouer ! À quel type de jeu penses-tu ?! Ne me dis pas que tu penses à un jeu de type sexu-

    — Allons voir. Allons voir. »

    Je n'écoutais même pas, je voulais m'assurer d'une chose avec cette télévision. Sans accorder la moindre importance à ce que disait Ophélia, je repris la parole :

    « Je viens d'avoir une idée. »

    Je pointa ensuite du doigt la poche de mon manteau.

    « Vos poches. On est débiles au point de ne pas avoir regardé nos poches. C'est la première chose qu'on aurait dû faire. Peut-être qu'il y a quelque chose ? »

    J'avais posé la question tout en prenant un air faussement interrogateur, si tout le monde en sort des clés...

    « Ooooooh ! Mais il a raison ! Regardez ! Une petite clé en argent ! Elle va où vous pensez ? »

    Gagné. Claria ne posa pas la question « Comment est-ce que t'as su ?! ». À mon avis, cette clé avait attiré toute son attention. Par contre Ophélia :

    « Moi aussi j'en ai une ! Si ce n'est pas une preuve que Sorel est coupable... »

    Comment voulez vous vous excuser auprès d'une fille aussi détestable ?! Pourquoi s'acharne-t-elle sur moi à ce point ?!

    Peu à peu, chacun avait sorti sa clé tout en y allant de son petit commentaire. J'ai quand même tenté une justification :

    « Simple coup de bol. Et puis, c'est pas comme si vous pouviez le faire depuis le début non ? »

    Oui ! J'arrive encore à avoir mon ton sarcastique malgré le stress.

    « Vous oubliez tous un détail important que même vous Sorel n'avez pas remarqué. »

    Céleste nous stoppa net. Sa réplique fut suivi d'un petit silence avant qu'Ophélia prenne la parole :

    « Je vois pas ce que tu veux dire. Pourquoi tu t'acharnes à le défendre ? Déjà que tu continues d'affirmer que Sorel n'est pas le ravisseur alors que j'ai des preuves irréfutables ! Qu'est ce que tu lui trouves ?! »

    Ignorant totalement sa remarque déplacée, Céleste se contenta de répondre :

    « Je ne peux pas vous confirmer que Sorel n'est pas celui que vous pensez, c'est... disons... une intuition mais je peux affirmer que votre 'preuve' n'est pas aussi irréfutable qu'elle en a l'air.

    — Ah ouais ? Il a eu l'idée qui bizarrement nous fait progresser dans la découverte de ce qu'il se passe. Je suis sûre que ces clés sont importantes et c'est lui qui nous a dit comment les avoir. Il a dû penser que nous ne trouverions jamais et vu qu'il s'ennuyait, il nous a donné la réponse ! »

    — Réfléchissez. À votre avis, pourquoi aucun de nous n'a pensé à se fouiller ? Vous êtes même la mieux placée pour le savoir. »

    Soudainement, ça avait fait 'tilt' dans ma tête, plutôt que de jouer aux devinettes, j'ai donné la réponse :

    « Tu m'expliques comment c'est possible de se fouiller..... les mains attachés ?! »

    Silence glacial, j'avais une chance de prouver que je n'étais pas le 'méchant de l'histoire'. Ou plutôt, Céleste m'a donné cette chance.

    « T'es celle qui s'est presque déchiquetée les poignets ! Même si tu avais voulu te fouiller, même si tu y avais pensé, cela n'aurait pas été possible. Et lorsque je t'ai délivrée, j'étais en train de me dépêcher, donc ton esprit a été occupé par autre chose.

    — Ça... ne prouve rien ! On ne pouvait peut-être pas se fouiller de suite mais ça n'explique pas pourquoi tu as proposé si soudainement la chose qui, comme par hasard, nous fait trouver des clés. Ton argument montre juste qu'aucun de nous n'aurait pu se fouiller avant que tu nous délivre. Mais ça n'empêche pas le fait que tu sois le coupable. Ça explique juste un détail mais ça ne prouve pas ton innocence !

    — Je ne renierais pas le fait que ça ne prouve pas son innocence mais je ne faisais que vous faire remarquer l'erreur dans votre raisonnement : ce n'est pas parce que personne n'a pensé à se fouiller et que Sorel est le seul à l'avoir proposé qu'il est le coupable. C'est cela que j'avais en tête.

    — D-d'accord... Mais tu ne peux pas expliquer pourquoi tu penses que Sorel n'est pas notre ravisseur ! Et puis pourquoi t'as une capuche ?! T'as trop peur de montrer ton visage ?!

    Et toi ? Pourquoi changes-tu de sujet comme ça ?!

    — Ce n'est pas quelque chose qui vous regarde ! Je vous prie de ne pas me manquer de respect quant à mon choix vestimentaire ! Il n'y a d'ailleurs aucun rapport.

    — Ouais ouais... T'as une blessure, quelque chose du genre ?

    — J'ai dis stop.

    — Nous ne sommes pas là pour juger, il y a bien d'autres problèmes comme la situation dans laquelle nous sommes alors c'est pas parce que t'es moche qu'on va se moquer de toi !

    — Arrêtez. Dernier avertissement.

    Ophélia commence vraiment à dépasser les bornes... la voix de Céleste se faisait de plus en plus froide et celle d'Ophélia de plus en plus provocatrice. La situation ne peut qu'empirer !

    « Oh que j'ai peur ! C'est pas une gamine qui va m'effrayer surtout quand j'ai été kidnappé ! Tu me fais pas peur toi et tes menaces alors tu va me montrer ta blessure illico presto parce que j'en ai marre qu'on me cache des trucs ! »

    Ophélia qui, à peine avait terminé sa phrase, s'approcha de Céleste d'un air menaçant.

    « Enlève moi cette capuche ! »

    Ophélia se jeta presque sur Céleste qui esquiva d'un pas rapide sur sa droite.

    « Arrête ! T'es complètement malade ! Touche pas à ma loli !! »

    Alors que Claria allait intervenir, 'cela' arriva.

    « Aieuh !! »

    Céleste, alors qu'elle était victime d'un nouvel assaut d'Ophélia, avait réussi à lui mordre l'avant bras. Vraiment pas commun comme manière de se défendre...

    « Cette gamine m'a mordu ! T'as pas la rage j'espère ?! Elle est complètement tarée ! Tu m'étonnes qu'elle soit alliée avec Sorel ! Aïe ! Mais ça fait mal ! »

    Cette fois, c'en était trop. En plus de totalement manquer de respect à Céleste, elle se permettait de continuer à m'insulter. Tout était allé trop loin.

    Alors que j'allais lui sortir mes 4 vérités, la voix de Céleste se fit entendre :

    « Laissez moi tranquille !!! »

    Elle était à bout. Ce n'était pas un cri que nous avions entendu, c'était un hurlement. Un hurlement de douleur. Elle qui parle doucement normalement avait complètement cédé à la colère. Exactement comme moi qui avait laissé place à la confusion et à la peur.

    Mais elle, c'était différent. Elle a l'air du genre très calme alors réussir à la pousser à bout de la sorte, c'était un exploit en soi même si ce n'est pas quelque chose dont Ophélia pourrait se vanter. Céleste continua de parler, ou plutôt d'hurler sur la même intonation :

    « Vous faites preuve d'un manque de respect des plus immondes ! Il n'y a qu'une seule personne sur cette planète qui peut se permettre de telles familiarités et ce n'est absolument pas vous ! Pourquoi vouloir s'acharner de la sorte sur moi ?! Je ne suis pas une poupée sur laquelle les gens comme vous peuvent se déchaîner ! J'ai une excellente raison de ne pas me montrer alors j'aimerais que vous respectiez ce choix que j'ai fait. Plus jamais je ne me montrerais à des gens autres qu''elle' ! »

    C'était la première fois que j'entendais Céleste parler aussi longtemps. Je suppose que la personne dont elle parle est sa grande soeur, quel est son nom déjà.... Mayolia ? Oui, c'est ça. Seul elle connait la raison pour laquelle Céleste ne se montre pas. Pour moi, elle a une brûlure très voyante qu'elle n'assume pas (ce qui peut se comprendre), alors, elle se cache derrière une capuche pour masquer cette 'imperfection'.

    Oui, je fais des théories étranges dans mon cerveau mais c'était le scénario le plus probable.

    « Tu parles de qui ? De ta petite maman ? Bah je m'en f-

    *Baf*

    Claria avait coupé net Ophélia dans sa phrase en lui assénant une claque monumentale. Tout l'écho résonna jusqu'à même le couloir.

    « Ça suffit maintenant. Ophélia, excuse toi pour ton comportement inacceptable.

    Ophélia, complètement abasourdie au premier abord répliqua tout en se frottant la joue :

    — M'excuser ? Pourquoi ce serait à moi de-

    — Fait le ! C'est toi qui a mis Céleste dans cet état là alors tu assumes à présent ! On appelle ça être responsable de ses actes ! »

    Un silence. Ophélia semblait avoir compris la leçon parce qu'elle ne disait plus rien. À la place, une expression triste avait remplacé celle fière qu'elle arborait il y a de cela quelques minutes.

    « Bon... je suis désolée de m'être comportée comme une vrai goujat. Je... vais te laisser tranquille maintenant... »

    À mon avis, des excuses ne suffiront pas du tout. Celeste n'avait pas réagi, elle ne faisait que sangloter doucement. La situation redevenait calme même si l'ambiance était assez tendu.

    « Si vous m'aviez laissé parler, j'aurais pu vous montrer ça. »

    J'ai alors brandi le bout de papier où l'inscription 'Le jeu commencera lorsque la vidéo se terminera. Tous les joueurs possèdent le moyen de la visionner.' était caché à l'arrière. Chose que j'avais découverte avant.

    J'ai alors lu le contenu avant de déclarer :

    « Vous voyez ? C'est pour ça que j'ai demandé de vous fouiller. Alors avant de m'accuser, écoute ce que j'ai à dire au moins ! »

    S'ensuivit un autre silence, c'est d'ailleurs une chose qui arrive souvent avec eux. Ophélia se contenta de répondre en grommelant :

    « C'est bon, j'ai compris... Pas la peine d'en rajouter !

    — Mais en fait, ça veut dire qu'on doit voir une vidéo ? »

    Si on arrive à sortir d'ici en vie, il faudra que je pense à inscrire Claria à un concours de logique et si ça n'existe pas, je m'empresserais de créer la catégorie rien que pour elle.

    « Évidemment banane ! » est la réplique cinglante que lança Haron d'un ton sarcastique. Au moins, on est sur la même longueur d'onde. Malgré un vocabulaire des plus... enfantins.

    « Soit. Alors allons voir ce qu'il en est. »

    La voix de Céleste avait, dans cette réplique, la particularité de ne posséder aucune émotion. C'était une voix distante que nous venions d'entendre. Mais cela ne nous empêcha pas de la suivre jusqu'au téléviseur.

    Exactement comme 'cette fois', les quatres joueurs ont déverrouillé le tiroir qui leur était associé et exactement comme 'cette fois', le contenu était une cassette vidéo.

    « Alors c'est bien cela. Nous devons juste regarder une vidéo. Qu'il en soit ainsi.

    — Une cassette ? Le truc de vieux ! »

    Merci pour tes remarques ô combien utiles Claria. Son intonation contrastait totalement avec celle de Céleste tant sur la façon de parler que sur le contenu de ce qu'elles disaient.

    Alors que Céleste s'apprêtait à allumer la télé et le caméscope, je l'ai stoppé dans son élan.

    « Laisse. Je vais le faire. »

    Sans lui laisser le temps de répondre, j'ai mis en place les câbles qui pendaient derrière le meuble et, tant bien que mal, j'ai réussi à allumer tout le bazar. En fait, c'est plutôt simple !

    « Eh bien... merci... »

    J'ai à peine entendu la voix de Céleste parce que la vidéo commençait mais également parce qu'elle avait parlé très doucement. Et ce que je vis me figea sur place :

    Exactement la même chose !

    La même silhouette, le même cadrage, les mêmes lumières et surtout la même voix et finalement le plus important :

    « Avant de commencer, je tiens à vous remercier de participer à notre jeu. »

    Les mêmes dialogues ! J'en revenait pas ! Tout le discours de la cassette, l'énonciation des règles, le fait que ce type s'adresse à moi en appuyant le fait que je suis le plus important, que je suis celui qui décidera du sort des participants. Absolument tous les mots étaient les mêmes que 'cette fois'. Et lorsque la vidéo se termina, le même bruit de porte qui s'ouvrirent. Et juste après un lourd silence terrifiant, la même personne prit la parole :

    « Sorel ! T'arrives à l'expliquer ça ?! Comment ça tu as notre vie entre tes mains ?! Je veux pas confier mon existence à un type comme toi ! Explique nous maintenant ! C'est qui qui va nous pourchasser ?! Je suis sûre que tu t'en fiche hein ?! C'est ce que ce monsieur bizarre a dit ! Réponds moi ! »

    Cette phrase fut décisive dans ma réflexion, peut être que c'est une chose que n'importe qui d'autre aurait remarqué avant mais pas moi. J'étais trop confus pour penser de façon logique et ce rire qui bouclait dans ma tête ainsi que la vision glaçante des cadavres m'empêchait de penser de manière rationnelle mais je suis finalement arrivé à cette conclusion glaçante :

    D'une manière qui m'est totalement inconnu, je suis parvenue à remonter dans le temps.

    C'est totalement inexplicable et même impossible ! Remonter dans le temps est une chose que l'on voit dans les films mais pas dans la vrai vie ! Je ne veux pas y croire mais les preuves sont là. Trop d'événements se sont enchaînés de la même façon. Si j'ai bien compris, lorsque je suis 'mort', le temps est remonté jusqu'à ce que ce bracelet à mon poignet vibre. Je l'ai compris car c'est la première chose que j'ai senti lorsque je suis 'réapparu'. Ce bracelet est donc la chose qui me permet de voyager dans le temps ? Mais alors pourquoi Céleste et tous les autres agissent comme si c'était la première fois ?

    J'ai alors fait le lien qui répond à ma question : si je suis le maître du jeu, je suis capable de remonter dans le temps et de me souvenir de ce qu'il s'est passé. Cela veut dire que pour les autres, c'est la première fois qu'ils voient cette vidéo, c'est la première fois qu'ils se rencontrent et moi, j'avais attiré l'attention en paniquant comme un bébé...

    Mais comprenez que se sentir mourir plusieurs fois de suite avant de recommencer à vivre comme si de rien n'était, c'est légèrement traumatisant.

    C'est d'ailleurs une chose que je ne comprends toujours pas, pourquoi je suis 'mort' plusieurs fois de suite ? J'en suis sûr, je me suis senti mourir plusieurs fois ! Je ne pense pas trouver de choses ou d'événements dont je suis aussi sûr et certains qu'ils sont arrivés. Pourquoi m'infliger tout cela ?! C'est incompréhensible...

    Alors que j'étais en train de réfléchir à ma théorie, Ophélia me répéta sa question :

    « Sorel ! Réponds ! Tu penses tuer l'un d'entre nous pour t'enfuir ?! »

    Soudain, prise de tremblements, elle se retourna vers Céleste qui n'avait encore rien dit :

    « J'te préviens toi ! Si jamais t'oses me toucher, j'hésiterais même pas à te tuer ! Tu dois encore m'en vouloir alors je prends pas de risques et je te préviens : je n'hésiterai pas à me tâcher les mains pour ma survie !

    — On se calme ! »

    La voix d'Haron avait retenti de manière assez brusque. Celui-ci avait attiré l'attention sur lui :

    « Si vous commencez à faire des menaces entre vous, on ne va pas y arriver ! Personne ne va tuer personne ici d'accord... ? Personne ne pense à cela n'est-ce pas ?

    — J'en doute fort ! Au vu des menaces que cette fille vient de me faire, je ne pense pas que le meurtre ne soit envisagé par personne.

    — Alors déjà, moi c'est Ophélia et ensuite arrête de me vouvoyer ! Je trouve ça méprisant et j'ai l'impression que tu te crois supérieur à nous !

    — Ça... n'a jamais été mon intention...

    — Oh mais tu vas pas recommencer ! »

    Claria venait d'intervenir. Elle qui ne faisait que regarder depuis tout à l'heure, venait de soudainement ouvrir la bouche mais pour une fois, ce n'était pas pour dire quelque chose de stupide. Je vois que celle-ci s'était déjà attaché à Céleste et qu'elle voulait la défendre contre Ophélia. C'est d'ailleurs assez impressionnant la vitesse à laquelle Ophélia change de comportement, elle qui avait été calmée avant la vidéo, elle venait de reprendre son comportement désagréable.

    « D'accord. Alors je vais me tourner vers Sorel... »

    Oh nan...

    « Comment est-ce que tu es censé nous protéger ? Si ce type a dit vrai, t'es 'l'impact direct' sur nos vies ! T'as quoi alors ? Un super pouvoir ? »

    Elle l'avait dit en rigolant mais ce n'était pas si bête en soi avec ce système de remontée dans le temps...

    Mais oui ! C'est exactement ça ! Si je leur dit ce qui m'est arrivé, ils pourront peut être comprendre. Bien qu'à leur place, je ne me croirais pas mais je peux toujours essayer. Tout ça me rongeait de l'intérieur, je ne pourrais jamais oublier la douleur que j'ai ressentie à ce moment là. Il fallait que je parle.

    « Écoutez moi... j'ai un aveu à faire... »

    Tout le monde se retourna vers moi.

    « Sorel, ne me dis pas que tu es vraiment impliqué là dedans ?

    — Non Haron. Je ne me défendrais pas sinon.

    — Alors crache le morceau !

    — Eh Ophélia ! On se calme ! Si il a un truc à dire, il va le faire mais ça sert à rien de lui hurler dessus.

    — Claria a raison. C'est ce qui me fait me comporter bizarrement depuis tout à l'heure.

    Je pense que j'ai réussi à capter l'attention de tout le monde. Tous me regardaient.

    « Alors écoutez moi jusqu'à la fin. Je pense que d'une façon ou d'une autre, j'ai réussi à remonter dans le temps ! Pourquoi ? Parce que j'ai déjà vécu tout ça ! Et le pire, c'est que Je vous ai tous vu mort ! Vous étiez déchiquetés ! Claria avait été coupée en deux ! Ophélia était complètement défiguré ! Haron était presque décapité et Céleste était pendu ! Je n'arrive pas à ressortir cette image de ma tête ! C'est ce qui me perturbe le plus ! Je suis revenu au moment où Céleste, Claria et moi ressortions de la chambre de Claria. J'ai vécu un véritable cauchemar, tout était gore au possible... ! Et c'est même pas le pire ! Je-je me suis fait tué par une tarée avec des ciseaux ! C'était affreux ! Rien que d'en parler, la douleur me revient encore... Elle m'a déchiqueté les yeux ! On court un grave danger ! Vraiment !! Cette fillette est ce qui nous pourchasse ! Et dès qu'elle m'a tué, je suis revenue à la vie ! Je sais que c'est difficile à croire mais c'est la vérité ! C'est pour ça que je me sentais mal tout à l'heure ! Je vous ai tous vu mort et je me suis fait tué plusieurs fois ! Voilà pourquoi j'ai peur !! Vous comprenez ?! »

    En m'écoutant parler, je devais être pris pour un fou. Un type qui a complètement perdu les pédales mais ce n'était pas quelque chose de complètement faux. Mais en parler m'avait fait du bien je dois l'avouer... mais... je...

    Je viens de réaliser. Le message.

    'A ta place, j'éviterais de parler de ce que tu as vu.'

    Je venais de transgresser les règles dans la précipitation. Mais qu'est ce que je suis stupide !! Ici, transgresser les règles ne pardonne pas.

    Un à un, tout le monde est tombé devant moi. Ils se sont effondrés tous en même temps sans faire un seul bruit si ce n'est celui de leur impact sur le sol. Ils étaient tombés comme des dominos dans un silence terrifiant, c'était le silence effroyable et glacial de la mort. Et j'en étais l'entier responsable...

    « Nan... c'est-c'est pas possible... »

    Les larmes me venaient aux yeux, le cauchemar recommençait. Un cycle se répétait.

    Je me suis agenouillé, accablé par le désespoir qui me submergea :

    « Je... suis désolé ! »

    Je pleurais parce que je savais que ça allait recommencer. J'étais le responsable. Encore. J'avais pourtant été averti, mais... j'avais besoin d'en parler ! Ce besoin aura cependant un prix : des points retirés sur ma santé mentale. Cette boule au ventre qui m'avait fait parler sera celle qui m'a condamné.

    Alors que je me lamentais et que je répétais des « Désolé ! » complètement vains à côté des supposés cadavres des joueurs, le bracelet se mit à vibrer. J'ai alors regardé l'écran à présent allumé. Et le message que je vis confirma mes craintes du fait que tout allait se répéter :

    'Je t'avais prévenu... 'maître' :-)'

    Le petit sourire contribua encore plus à ma peur de mourir et à ma culpabilité. Même si je n'aime pas forcément chacun des joueurs, j'étais celui qui avait provoqués leur mort ! J'étais responsable de tout ça, c'est mon statut de 'maître du jeu' ! Un autre message apparut, court mais marquant :

    'Game Over.'

    « Non ! Pas encore ! Pitié ! Aidez moi ! Que quelqu'un m'aide par pitié ! Je ne veux pas MOURIR !! »

    C'était complètement vain. Mes appels à l'aide ne seraient entendu que par la fillette qui allait se faire une joie de venir à ma 'rescousse'.

    Je criais, tremblais d'effroi et de rage. J'étais tellement faible mentalement que j'ai dû parler de ce qu'il m'était arrivé. J'étais en colère contre moi même, je venais de provoquer ma mort ! C'est presque comme si je m'étais suicidé à ce stade !

    Un dernier message s'afficha :

    'Fin prématuré de la partie pour cause de mort de tous les joueurs. Début de la séquence de punition.'

    Je sentis encore cette sensation qui me traversa le bras. L'effet était tout aussi instantané, je ne pouvais plus me contrôler. J'étais au sol, complètement à la merci de n'importe qui qui me trouverait ici agonisant. Ce truc me paralysait complètement ! C'est la deuxième fois que ça arrive mais c'est toujours aussi mémorable : cette manière de me clouer sur place est fulgurante ! Et tout aussi douloureuse !

    Je n'allais pas continuer à 'profiter' de cet état longtemps. Mon heure était arrivé car j'entendis à nouveau ce rire. Ce rire abominable que je ne pouvais pas supporter ! Ce rire qui hante mon esprit depuis tout à l'heure ! Ce rire qui s'approchait de moi, dont l'intensité grandissait.

    Cliquetis cliquetis...

    Elle arrive... Je ne peux rien faire pour m'en sortir ?! J'essayais de bouger mais impossible, le produit que ce bracelet m'avait injecté était beaucoup trop fort. Chacun de mes efforts ne servaient à rien.

    La fillette se tenait à quelques mètres devant moi, je n'apercevais que ses jambes, toujours dans le même état. Mon coeur battait la chamade, je sentais mon stress monter en flèche, j'étais en panique totale.

    J'avais perdu. Et la défaite allait être abominable à encaisser.

    Je peinais à entendre ces derniers mots alors que j'étais en pleine crise de nerf :

    « Je... veux... voir ! J'ai... besoin... de ça ! J'en ai besoin ! »
  • :blush: le petit "Je t'avais prévenu... maître" avec un petit smiley a pret m'as fait mourir de rire meme si l'histoire n'est pas faite pour rire ça m'as fait disparaitre tout la pression que j'ai ressentit en lisant le chapitre et franchement c'étais cool continue comme ça
  • J'espère que ça ne t'as pas gâché l'expérience de lecture...

    Je te remercie pour ton commentaire sinon, ça fait toujours chaud au coeur ^^
  • 6 - Mon début de partie accompagné des autres.

    Imaginons : être un enfant dans une famille normal. Juste ça.

    Par normal, j'entends un couple qui s'apprécie, une situation financière stable ainsi qu'un enseignement scolaire sans grandes difficultés. Et encore, il faudrait définir ce qui serait 'normal' pour chacun...

    Même cela aujourd'hui, c'est rare. Quand bien même cet enfant est à l'école, il se peut qu'il ait des difficultés en apprentissage. Je ne dis pas qu'il est forcément un cancre mais il va sans dire que nous ne naissons pas tous surdoués. La plupart des enfants sont obligés d'étudier pour parvenir à des résultats corrects et certains y arrivent plus que d'autres mais généralement, ses proches et/ou ses parents sont là pour le leur rappeler « N'oublie pas, l'école, c'est important pour toi ! C'est ton avenir alors ne le gaspille pas ! ». Je le sais car je ne compte plus le nombre de fois où une personne de ma classe se plaignait de ce 'problème'.

    Certes, ils peuvent trouver cela très ennuyeux mais c'est tout de même agréable de se sentir soutenu non ?

    Ça n'a pas été mon cas. Il y a beaucoup de choses que je ne connais pas de ma famille. Et la principale question est : est-ce que j'en ai une ?

    Oui, bien-sûr que biologiquement, je viens de quelqu'un. Mon père existe ou a existé. C'est un fait qui ne peut être renié. Pareil pour ma mère mais ça, je le sais vu que je l'ai connu, certes très peu de temps, mais assez pour m'en souvenir apparemment. Je n'ai cependant que très peu de souvenirs d'elle ce qui fait que la notion de 'maternité' est encore inconnue pour moi.

    Il y a de cela quelques mois avant que tout commence, un homme est venu se présenter à l'accueil de l'orphelinat. Au début, Mama pensait que c'était pour une adoption car bien évidemment, les gens viennent pour ça mais non, c'était pour voir quelqu'un ou plutôt pour lui parler et c'était moi. Je n'avais pas bien compris le fait que quelqu'un veuille me voir, après tout, pourquoi vouloir me parler ? Je ne suis absolument pas une personne avec qui il est bon de discuter...

    Cet homme disait s'appeler Edward Harper.

    C'est un américain qui est venu habiter en France depuis un long moment déjà donc son accent était presque imperceptible mais son nom le trahissait. C'était un de mes voisins ou plutôt un voisin de ma mère. Il m'a expliqué que le jour de l'accident, il avait été profondément choqué d'apprendre que j'étais devenu orphelin en l'espace de quelques secondes. Elle revenait du travail quand cet accident eut lieu et il l'avait appris comme tout le monde à la télé. Il m'avait apparemment emmené chez lui quelques jours car ma mère était une bonne amie à lui. D'ailleurs, il venait me garder aussi mais je n'avais absolument aucun souvenir de lui.

    C'est dans ce contexte qu'il l'avait appris, il regardait la télé chez moi alors que je dormais et c'est là qu'il fut au courant. Sans rien me dire, il m'avait conduis chez lui en me disant que « ma maman allait revenir dans longtemps ».

    Bien évidemment, j'avais longuement pleuré mais j'avais vite fini par m'arrêter car après tout, elle 'reviendrait'...

    C'est ce qu'il m'avait tout le temps répété d'après ce qu'il me disait lors de notre rencontre. Il m'avait gardé chez lui quelques jours mais le problème, c'est qu'il avait une famille nombreuse. Trois enfants d'une dizaine d'années et deux autres en bas âge comme moi. C'était impossible pour eux de tenir un rythme de vie pareil, déjà qu'ils s'en sortait assez mal mais avec un autre enfant sur les bras...

    Sa femme et lui en ont discuté pendant un moment avant de se décider de se séparer de moi. Cette décision fut difficile à accepter car pour lui, j'étais comme un de ses enfants et il semblait vouloir s'occuper de moi car il connaissait bien ma mère et c'était en quelque sorte pour lui rendre hommage aussi je pense.

    Un soir, il m'avait emmené dans ce fameux orphelinat qui est aujourd'hui le lieu de toute ma vie. Mama Mia avait appris toute l'histoire sur moi et a bien-sûr accepté de me prendre dans l'orphelinat. D'après Mama qui était avec nous lors de cette discussion, j'avais eu beaucoup de mal à me séparer d'Edward. Et lui aussi d'ailleurs. J'étais celui qui pleurait car 'maman me manquait' et lui était attristé par la suite d'évènements. Edward n'avais pas eu le courage de me dire au revoir ni même de revenir me rendre visite, c'était trop difficile pour lui.

    D'après son discours, il semblait vraiment attaché à moi. Il disait qu'il était revenu aujourd'hui car il avait pris le courage de voir qui j'étais devenu et de m'expliquer comme j'étais arrivé là. Il ne pouvait toujours pas m'adopter pour les mêmes raisons mais il était fier de voir le bébé qu'il a connu devenu presque adulte.

    J'ai également appris un peu sur ma mère : peu après ma naissance, elle était devenu très taciturne et sombre comme lors d'une dépression. Il n'a jamais pu lui demander pourquoi mais ça avait sûrement un rapport avec mon père. C'est ce que je me disais car mon père m'avait abandonné à la naissance. Ça, je le savais par Mama qui me l'avait dit alors que j'avais insisté pour savoir. C'était d'ailleurs Edward qui lui en avait informé en me déposant à l'orphelinat la première fois. J'avais appris beaucoup sur moi ce jour là, j'ai appris que je n'ai jamais été seul depuis le début de ma vie et ce même lorsque je suis arrivé à l'orphelinat car Mama veille sur nous tous et j'ai tendance à l'oublier. Avec Bill, Mama est la seule personne que j'apprécie car elle ne ment jamais et dit toujours ce qu'elle pense de nous. C'est pour ça qu'elle a sa réputation de 'méchante' et le pourquoi de son surnom mais on sait tous qu'elle nous aime et c'est une chose que je ne dois pas négliger. Quelque part dans ce monde, une personne comme ça qui m'aime comme je suis apparaîtra... et c'est quelques jours plus tard que je fit la connaissance de Valya.

    Tout arrive pour une raison. C'est ce que j'ai pensé avant de me faire tuer par cette fille. Si j'en viens à me refaire torturer de la sorte, c'est que je l'ai mérité. L'organisateur m'avait prévenu pourtant : si je parle de quoi que ce soit aux autres, j'allais le regretter. En soi, ça confirme une chose car depuis le début, je pensais être dans un cauchemar interminable mais non : je peux réellement remonter le temps jusqu'à un moment précis. C'est impensable, inimaginable même mais je dois me rendre à l'évidence au vu de toutes les preuves que j'ai vécu.

    Si il y a une chose que je ne dois pas oublier, c'est de toujours écouter ce que cette montre me dit car elle m'a en quelque sorte prédit ma mort. L'organisateur savait que j'allais tenter de parler et il s'est servi de ça pour me tendre un piège bien que celui-ci soit évident. J'aurais juste pu l'écouter mais non, c'était plus fort que moi. Moi qui ne m'inquiètes généralement jamais des autres, j'avais fini par vouloir les avertir, leur dire que je souffrais mentalement comme physiquement mais c'était là la chose à ne pas faire.

    D'ailleurs, c'est une chose que je ne comprends pas : pourquoi ne puis-je pas parler de cette histoire de voyage dans le temps ? Et pourquoi le fait même que je puisse remonter dans le temps est cohérent avec le jeu.

    Si un jeu pareil existe, la mort des personnages ou la réussite est ce qui signe la fin mais dans ce cas, il fallait terminer le jeu et ici, le jeu se résume en un mot : survivre. Et c'est impossible de perdre car tout recommence à chaque fois alors... où se trouve l'enjeu ?!

    Tout s'est repété : le coup placé dans l'oeil avec celui-ci extrait de son orbite, le nerf optique coupé, le commentaire de la fille et mon égorgement. Tout s'est déroulé exactement de la même façon... quatre fois ! Je ne comprends toujours pas cette histoire de remonter le temps juste avant que je meurt pour me faire revivre la mort. Il n'y avait pratiquement plus rien qui me surprenait puisque la manière de me tuer de cette fillette était exactement la même à chaque fois. Ce qui me surprenait moins en revanche, c'était cette abominable douleur ! À chaque fois, je priais pour qu'elle se dépêche et qu'elle me tue rapidement mais le temps d'attente entre l'oeil sorti et l'égorgement me parraissait être une eternité ! Le temps s'allongeait lorsqu'il voyait ma mort arriver. Je vivais encore et encore l'instant de mon meurtre... Je ne pense pas qu'il existe de choses plus douloureuses que de se voir mourir de façon atroce plusieurs fois de suite sans empêcher cet évenement et surtout sans pouvoir réagir.

    Bien que je ne sois pas sûr de cette affirmation. L'être humain trouvera toujours un moyen plus horrible de faire souffrir son prochain...

    L'instant de ma quatrième mort fut le plus atroce car après m'être vu mourir, je me suis sentis nauséux. J'avais un mal de tête abominable et une envie de vomir tout aussi désagréable, mais ce qui devait arriver arriva car je me sentais revenir dans mon corps. Un changement de réalité, une réalité altéré, une réalité où je suis vivant.

    Et cette chose se confirma quand je sentis la vibration à mon poignet suivi de la voix de Claria :

    « Sorel ! Tu viens ? »

    J'étais revenu dans le passé.

    J'étais revenu à l'instant où nous quittions la chambre de Claria pour se diriger vers celle d'Ophélia. La première fois, j'étais complètement confus mais à présent, je savais totalement ce que je ressentais : j'avais peur.

    J'étais mort de trouille car je savais que si les quatres joueurs mouraient, j'allais subir la 'punition'. Je l'ai déduit car c'est après la mort des autres que la phrase sur mon bracelet affichait :

    'Fin prématuré de la partie pour cause de mort de tous les joueurs. Début de la séquence de punition.'

    C'est explicite : si tous les autres joueurs sont morts, alors j'allais subir la mort à répétition. Je ne savais cependant pas pourquoi je mourais quatre fois. Ce chiffre a peut-être une symbolique mais je ne la comprenais pas. Ce n'est pas le chiffre du démon après tout pas vrai ?

    Face à la question de Claria, je ne savais pas comment réagir : m'effondrer en larmes ? Elles me poseraient des questions auxquelles je serais incapable de répondre, je venais d'en payer le prix après tout. Et puis, cela attirerait les soupçons sur moi.

    C'est pour cette même raison que je ne peux hurler de rage bien que c'est la chose que j'avais envie de faire. Je ne pouvais ni parler, ni réagir trop brusquement car elles ne peuvent pas savoir ce que je suis en train de vivre.

    Je n'avais plus que ce dernier choix : accepter.

    Ou plutôt ne rien dire et continuer comme si c'était la première fois que je vivais tout cela. Et ça me donne un avantage : je peux changer mes réponses et éviter de faire des erreurs vu que j'ai connu les personnes avant même de les rencontrer. C'est un peu l'utilité d'un point de sauvegarde dans les jeux après tout.

    La boule au ventre, j'ai acquiescé en signe de réponse à Claria :

    « Ouais. Je suis là. »

    Je vais essayer d'être le plus naturel possible. Déjà que la situation dans laquelle je suis est très problématique, le fait de ne pas m'entendre avec les autres ne fera que rajouter des ennuis. Je dois alors faire une chose que je n'aime pas faire du tout : bien me faire voir.

    Je vais limite devoir jouer l'hypocrite car en tant qu'associal, j'ai tendance à detester les gens très facilement et ça ne vas pas m'aider du tout. Je vais devoir gagner leur sympathie et faire en sorte qu'ils m'apprécient sans pour autant leur dire que je vis un véritable cauchemar et ça, ça va être compliqué pour moi. Et puis, ils peuvent m'aider si je peux me considérer comme un de leurs 'amis' n'est-ce pas ?

    Vu que je n'avais pas eu de réactions particulières, tout se passait exactement comme la première fois. Enfin, je ne m'étais pas arrêté en plein millieu du couloir cette fois. La première personne à parler fut la même cependant :

    « Ah... Quel endroit glauque... Je me demande si il y a d'autres gens. »

    Cette reflexion me fit penser à une chose : mes possibles relations avec un des joueurs sera réinitialisé si je me fais tuer. Je reviendrai ici, au point de départ avec un sentiment de frustration. C'est vrai quoi, le principe du jeu repose sur le fait que je sois obligé de mourir, ça m'embête de le dire mais c'est comme ça. Je n'aurais jamais pu savoir qu'il ne fallait pas que je parle des voyages (bien que la montre m'avait averti) et la toute première fois était à cause de mon caractère, donc, je n'aurais pas pu l'empêcher non plus. J'ai été obligé de mourir mais c'est parce que c'était moi justement. Ce sont mes réactions qui ont conduis à la perte de tous les autres et cela deux fois. Et je ne compte pas ma ou plutôt mes morts...

    « Je le pense. Regardez, une nouvelle porte. »

    Bien évidemment, je savais très bien ce qui m'attendait mais il fallait que je feinte mes réactions. J'allais éveiller les soupçons autrement et j'ai ai marre de devoir argumenter :

    « Qui êtes vous ?! Je vous ai entendus ! Allez-vous en ! »

    C'est étrange de revivre une situation. Elle a la même réaction que la première fois à savoir qu'elle demande de la laisser tranquille. Ophélia est pour l'instant la plus problématique à cause de sa manière de s'emporter aussi rapidement.

    Sans même répondre, j'ai déverrouillé la porte pour entrer dans la chambre. Je me suis directement approché d'Ophélia pour tout lui expliquer avant qu'elle ne me prenne pour son ennemi :

    « Bon, je vais te résumer la situation pour pas que tu te trompe à mon sujet : nous sommes coincés ici, les deux filles ont un collier autour du coup qui ne s'enlève pas puisqu'il est planté dans la chair et c'est également ton cas, leurs utilité est encore inconnu.

    Nous allons participer à un jeu lancé par... je dirais un taré parce que nous avons tous des fiches avec des infos personnelles à notres sujet, vous êtes appelés 'joueurs' et je suis apparemment le 'maître du jeu'. 'Pourquoi moi ?', tu te le demandes aussi pas vrai ? Si je le savais, je te l'aurais déjà dit. Crois-moi, je suis autant dans le flou que toi à ce niveau là. Nous sommes complètement impuissant face à cette situation alors j'aimerais te demander une chose : ne rends pas tout cela plus compliqués. On a entendu tes cris de peur et tu dois être affolée ce que je comprends mais nous aussi ! Il faut juste que tu te calmes et tout le monde se sortira de ce cauchemar. Je vois que tu es attachée alors je vais te délivrer. La clé n'est pas loin et c'est comme ça que j'ai sauvé les deux autres. Je te supplie de me croire quand je te dis que je suis là pour ton bien et que je suis loin d'être ton ennemi. »

    Je me suis rapproché d'elle puis, tout en la délivrant, lui ait adressé ces simples mots :

    « Je m'appelle Sorel Ilsoya, enchanté de te connaître et j'espère que malgré le contexte de la situation, nous pourrons devenir ami et s'entraider. »

    Ce n'était pas moi.

    Je parlais mais les mots qui sortaient de ma bouche étaient faux.

    Je n'y peux rien. J'essayais avant de complimenter les gens pour leur faire plaisir mais les mots n'ont jamais été sincères alors j'ai arrêté. Je dois avouer que je me suis surpris à avoir fait un discours aussi long et surtout avec ce contenu. C'est le genre de chose que jamais je n'aurais fait mais là, vu que je sais que les autres joueurs sont cruciales dans ma survie (d'une manière que je n'arriverai pas à décrire mais le monsieur de la télé me l'a fait comprendre), je vais essayer de gagner leur confiance. Le jeu se passera plus facilement et je pourrais sortir de cet enfer.

    Les mots peuvent être aussi des armes redoutables après tout, presque autant qu'un couteau ou une hache dans le sens où les blessures peuvent être aussi douloureuses. Je me rends compte que je deviens comme les gens que je hais tant : a vouloir berner par la parole sans se soucier de la vérité. Quand bien même la vérité peut être douloureuse, je fais parti des personnes qui préfèrent être blessé en entendant la vérité plutôt que de se prendre un coup de poignard dans le dos en apprenant que j'ai été trahis.

    Et je sais de quoi je parle... l'école me l'a fait comprendre.

    Ophélia ne répondait pas, elle était bouche bée. Moi qui pensais qu'elle allait me traiter de menteur ou quelque chose du genre, elle restait là, sur le sol, sans même se lever.

    Derrière moi, j'avais entendu Claria ricanner d'une manière que je qualifierai de 'j'essaie d'être discrète', puis, elle prit la parole :

    « Eh bah Sorel ! Tu perds pas ton temps toi ! Espèce de charmeur ! »

    En temps normal, j'aurais hurlé que non mais cela irait à l'encontre de l'image que je veux donner. Bien évidemment, c'est absolument faux : non seulement je n'aime pas le concept même de draguer mais en plus sur 'elle', juste... non.

    Je me suis contenté de répondre mais à Ophélia :

    « Ne l'écoute pas, je ne cherche pas à te draguer ou quoi que ce soit. J'aimerai juste éviter les conflits dans cette situation très propice justement. » Je me suis tourné vers Claria : « Tu sais, on peut choisir d'être ami avec une fille sans arrière pensée. »

    Le sourire sournois de Claria m'indiquait que ce que je disais était totalemment vain, étonnamment, Ophélia n'avait pas réagi non plus suite à la 'blague'. Je me suis remis face à elle qui était toujours dans la même position :

    « Bon, je vais pas avoir besoin de t'aider à te relever quand même ? Si ? Tiens. »

    Est-ce que c'est ça jouer les 'gentlemen' ? Qu'est ce que c'est chiant... je n'aime pas ça du tout.

    En ayant prononcé ces mots, j'avais tendu ma main vers Ophélia, celle-ci hésita un peu avant de l'attraper pour se relever. J'entendais encore les rires de Claria que j'essayais d'ignorer. Céleste ne donnait même pas de signe de vie, elle restait silencieuse comme à son habitude.

    Lorsqu'Ophélia était face à moi, je vis quelque chose que me cloua sur place : elle rougissait !

    Elle rougissait !

    Une fille rougissait devant moi ! Comment est-ce possible ?! Les mots sont aussi puissant que ça ? Si j'avais bien agis dès le début, les choses se seraient mieux passé ! Je dois avouer que je ressentais une fierté : voir Ophélia dans ce genre de situation me satisfaisait vraiment. Elle qui était si froide avec nous, ça fait un choc de la voir ainsi. Je pense que ce jeu va me réserver pas mal de surprises et c'est la première qui est amusante et non terrorisante.

    « M-merci. J'ai vraiment peur de cet endroit... et je-je m'appelle Ophélia Sokovy ! J'ai 17 ans. »

    T'en fais pas Ophélia, je te connais déjà ! Et je viens de me rendre compte que dans l'histoire, c'est toi la tsundere ! Hahahaha ! Tu vois quand tu veux, tu peux être vraiment mignonne...

    « Vous êtes qui ? »

    La voix d'Ophélia s'était endurci en un instant lorsqu'elle s'était addressé aux deux filles. Amusant...

    Céleste fut la première à répondre :

    « Je m'appelle Céleste Nyakoa, j'ai pour ma part 16 ans et tout comme l'a dit Sorel, j'espère que nous pourrons devenir... que nous pourrons bien nous entendre. »

    Étrange, Céleste s'était arrêté en plein millieu de la phrase pour en changer la fin. Je me demande pourquoi...

    « Je m'appelle Claria Ymise, 17 ans comme toi. Et euhhh... bah j'ai rien à dire puisque Sorel a tout résumé. Notre situation fait peur mais comme il a dit, on peut y arriver en s'entraidant !

    — Yup. Allons voir le dernier joueur qui se trouve à côté, j'ai vu une autre porte quand on était dans le couloir. »

    Bien-sûr que je le sais, Haron s'y trouve. C'est assez bizarre de connaitre à l'avance ce qu'il y a dans un pièce. C'était une surprise la première fois mais plus maintenant.

    « Est ce que... vous pensez qu'on nous regarde ? »

    Cette question qu'avait posée Ophélia arrêta net les autres joueurs :

    « De quoi est ce que tu parles ? demandai-je l'air de rien.

    — Regardez ! En haut du mur ! »

    En dépit de la faible luminosité, Ophélia avait réussi à repérer ce qui ressemblait fortemment à une caméra. Je le savais déjà que nous étions filmés car le monsieur de la télé nous l'avait dis donc ce n'étais pas une surprise pour moi. Mais tout de même, le fait qu'elle ait réussi à le voir est assez impressionnant...

    « C'est très étrange. Au vu de la dégradation avancée du bâtiment, il semblait être abandonné mais si des caméras sont toujours fonctionnelles, cela ne semble pas être le cas. »

    Céleste parlait pour la première fois depuis que je suis 'revenu'. Je me rappelai soudainement de sa voix pleine de douleur lors de sa dispute avec Ophélia. Elle qui a une voix si calme, c'était vraiment affreux à entendre. C'était la voix d'une fille qui criait « Au secours ! », sans personne pour venir la sauver.

    Ophélia semble être étrangement lucide. Elle qui était celle qui ne faisait que poser des problèmes venait de remarquer quelque chose d'intéressant. J'espère que ça va rester ainsi le plus longtemps possible.

    « Mais en fait, pourquoi tu portes une capuche toi ? »

    Oh non... c'est vrai que cette question sera récurrente si je 'reviens' à ce moment, je vais m'en occuper une bonne fois pour toute. Sans même laisser le temps à Céleste de répondre, je suis intervenu :

    « Bon, elle nous l'a expliqué mais elle ne souhaite pas montrer son visage. Pourquoi ? Nous ne le savons pas mais je t'en prie : respecte son choix. Nous avons tous des secrets ou des choses que l'on ne veut pas avouer alors laisse lui cette liberté. »

    Eh bien ! Je m'étonne aujourd'hui ! Il me suffit d'assez de motivation pour que je puisse changer. J'en parlerais à Valya, elle sera fière de moi ! Enfin, je donne l'illusion d'avoir changé car je ne considère absolument pas ces gens comme étant mes amis voire même des 'partenaires'. Ma seule partenaire est Valya ! Cependant, je ressens des remords à ne pas agir comme je le souhaite mais mes réactions naturelles sont anti-social et ce n'est absolument pas le bon moment pour se permettre d'agir de la sorte.

    Pourquoi est-ce que je pense de façon bipolaire comme ça...

    « C-c'est ça. Je...

    — Je comprends. S'il s'est passé des choses dont tu ne veux pas parler, alors je te comprends. Tu n'imagines pas comment je te comprends. »

    Est-ce que c'est vraiment Ophélia que j'ai sous les yeux ? On dirait une autre personne. Ai-je autant d'influence que ça ? Ophélia, dans sa phrase, semblait très sérieuse, plus que d'habitude. J'imagine que comme l'a dit le monsieur de la télé, sa vie ne doit pas être facile mais de quelle manière ?

    Aucune idée et franchement, je m'en fiche pas mal. Chacun ses problèmes mais dans cette situation, leurs problèmes sont-ils aussi les miens ?

    Face à la réponse énigmatique d'Ophélia, nous nous sommes tus. Aucun de nous n'avait visiblement envie de lui demander ce qu'elle voulait dire par 'tu n'imagines pas comment je te comprends'.

    Au lieu de laisser un silence gênant s'installer, j'ai finis par prendre la parole :

    « Bon, si tu veux bien nous suivre. Nous allons voir qui est le dernier 'joueur' avec nous. Et je- »

    Je me suis arrêté net dans la phrase. Je venais de sentir dans ma poche arrière quelque chose de métallique :

    « Euh, Sorel ? Qu'est-ce que t'as ?

    — Je, je sens un truc bizarre dans ma poche. C'est assez dur et-

    — Oh ben c'est qu'Ophélia te fait plus d'effet que je ne le pensais !

    Suite à ça, Claria éclata de rire de sa propre blague.

    Je dois avouer que son rire est assez communicatif parce que je me suis surpris à avoir un demi-sourire mais franchement, Claria est une fille vachement bizarre pour faire ce genre de blague dans un contexte pareil... Pour ne pas ternir l'image que je venais de donner, j'ai immédiatement répondu :

    « Très drôle, tellement drôle que tu rigoles toute seule. Je parle sérieusement ! Regardez, c'est une clé ! »

    Tout en étant un peu surpris, j'exhibais la clé au yeux des trois filles. Ophélia prit la parole en première :

    « Mais, t'as combien de clés en fait ?

    — Ben... en comptant celles du porte-clé que j'ai trouvé à côté de moi en me réveillant, ça fait 5.

    — Oh mais attends, t'as un porte-clé ?

    Ophélia avait repris son ton froid qu'elle avait eu avec Céleste et Claria mais envers moi :

    « Je préfère t'arrêter tout de suite : Claria a fait la même erreur que toi en me jugeant coupable de la situation dans laquelle nous somme à cause justement de ces clés. Regarde moi dans les yeux : je te jure que je ne sais pas pourquoi c'est moi qui a eu les clés pour vous délivrer. Enfin, si à moitié puisque je suis censé être le 'maître du jeu' donc ça veut peut-être dire que je devais vous délivrer ou un truc du genre... mais à part ça, je ne connais pas les avantages ni même les inconvénients.

    — Ça fait peur ton truc... mais je voudrais te dire que je trouve ça bizarre ta façon d'autant te justifier. Aurais-tu quelque chose à te reprocher ?

    Non. Juste le fait que j'ai provoqué votre mort par pur égoïsme mais à part ça...

    Bien évidemment, je ne pouvais pas répondre ça, alors j'ai essayé du mieux que j'ai pu :

    « Si je suis désigné comme étant le 'maître du jeu', je dois m'assurer que les choses se passent bien non ? Enfin, je crois... mais je ne sais pas pour toi mais je déteste déjà cet endroit alors si on s'entraide, nous pourrons vite sortir d'ici après avoir participé à son jeu, alors ? T'es avec moi ou plutôt avec... nous ? »

    J'ai eu du mal à la finir cette phrase. J'espère que ça ne s'est pas trop vu...

    « O-ouais ! On va s'enfuir d'ici le plus rapidemment possible ! Et... euh...

    — On va botter les fesses du méchant !

    Claria tout en prononçant ces mots frappa d'un coup sec le dos d'Ophélia ce qui visiblement surprit cette dernière car elle grimaça de douleur :

    « Du méchant ? »

    Claria tout en m'entendant répliquer ne put s'empêcher d'éclater de rire :

    « Hahaha ! Sorel ! Si tu voyais ta tête !

    — C'est juste que dire 'méchant', ça fait très disons... bébé. »

    Claria s'arrêta de rire pour reprendre un air plus sérieux :

    « Ouais c'est vrai... Sachant que ce type est une ordure, il ne mérite pas ça. Mais je vois pas comment le désigner après tout.

    — On verra plus tard. C'est pas vraiment le plus important de toute façon.

    — Attendez, pourquoi vous dîtes que ce n'est qu'une personne ? Qui vous dit que ce n'est pas plusieurs personnes derrière ça ?

    — On en parlera avec le dernier joueur. J'ai pas envie de tout répéter à celui-ci bien que je vais devoir le faire comme pour toi. Cette situation est assez difficile à expliquer en plus...

    Je me souvenais des mots que nous avaient dis le monsieur de la télé "nous vons regardons", s'il y a "nous", alors, ils sont forcément plusieurs n'est-ce pas ?

    — T'as raison.

    Après l'approbation des trois filles, nous nous sommes dirigés vers la chambre d'Haron, chambre dont je suis le seul à en connaitre le 'contenu' :

    « Eh oh ! Y'a quelqu'un ? »

    Claria tambourinait à la porte tandis que je me crispais d'un seul coup : j'avais oublié de demander aux filles leurs clés ! C'était la raison même pour laquelle je l'ai sorti et que j'ai imaginé tout ce stratagème ! Claria et ses blagues aussi... elle m'a fait oublier l'essentiel de mon action !

    D'ailleurs, en parlant d'oubli, je venais de me souvenir du fait que la première fois, Claria était parti chercher la fiche de Céleste puis avait attendu qu'il se passe un 'truc' mais là, elle n'a même pas mentionné son existence. Bon, une chose à la fois Sorel... tu vas te perdre sinon. Je vais laisser les évènements se dérouler pour attendre le bon moment pour en parler.

    « T'ouvres Sorel ? Malgré ma force évidente, je ne peux pas passer cette porte. »

    Je me suis exécuté et ai ouvert la porte tout en ignorant sa tentative d'être drôle.

    Tout était exactement pareil, j'avais beau vivre cette situation une troisième fois, je n'arrivais toujours pas à y croire ! Bon allez Sorel, tu vas montrer que tu es digne d'être 'maître du jeu' !

    Bien que Claria jouait la fille assurée, elle restait sur le pas de la porte tout comme Céleste. Je suis le seul qui a commencé à m'aventurer dans la pièce d'Haron. Elle qui avait été la première à aller le voir d'ailleurs, elle restait en arrière cette fois.

    « Fais attention Sorel, on ne sait pas qui il est ni de quoi il est capable... »

    Et c'était Ophelia qui parlait ! Cette fille qui ne pouvait pas me supporter vient de me dire de faire attention ! Combien de fois cette fille me surprendra ?

    « Oui, ne t'en fais pas. »

    J'ai répondu machinalement tout en progressant dans la chambre, Haron était allongé de la même manière que la première fois donc pas de surprises de ce côté là. Je me suis agenouillé devant lui et ait commencé à doucement le secouer :

    « Euh... réveille toi ! »

    Je ne savais pas vraiment comment réveiller une personne et de toute façon, ce sera moins pire que le réveil de Claria ou du mien d'avant...

    A force d'être secoué, il finit par se réveiller mais cette fois, il n'a pas crié :

    « Qu-qui êtes vous ?! »

    Bon... je vais devoir faire tout mon discours une fois de plus. J'ai pris une profonde inspiration avant de répondre d'une voix que j'espérais être calme :

    « Je vais te résumer la situation pour que tu la comprennes du mieux possible : nous sommes piégés dans un bâtiment aux airs abandonnés, nous devons participer à un espèce de 'jeu' dont nous ne connaissons même pas les règles et nous le savons puisque nous possédons des fiches sur nous avec des infos personnelles dessus. Ces fiches nous appellent joueurs sans que nous sachions pourquoi. Tu as un collier sur ton cou que je te déconseille d'essayer d'enlever où tu finiras comme ça... »

    En finissant ma phrase, je pointa du doigt Ophélia ou plutôt son cou encore marqué par les blessures. Celle-ci ne fit aucune remarque mais se contenta juste de baisser la tête :

    « Je veux pas paraître méchant Ophélia ! C'est juste pour lui montrer donc ne le prends pas mal. »

    Est-ce que je ne parais pas trop... hypocrite ?

    « Non, ne t'en fais pas pour moi. Je suis juste idiote d'avoir insistée comme une forcenée mais j'avais peur... »

    Ah bah apparemment non. Pas mal Sorel !

    « Attendez, vous dîtes que nous sommes enfermés ici ? Et vous n'êtes pas mes ravisseurs ?

    — Non.

    Mon ton assuré s'est fait ressentir parce qu'il avait l'air de me croire, je ne voyais pas dans ces yeux de la terreur mais de l'interrogation :

    « Mais... est-ce qu'il y a une rançon ? »

    Encore cette question, pourquoi Haron tient tant que ça à le savoir ? Je sais bien que ses parents sont riches mais bon...

    « A ce que nous savons jusqu'à maintenant, aucune menace de ce type ne nous a été communiqué.

    — Je vois... eh mais pourquoi tu portes une capuche ?

    « On ne sait pas et n'essaie pas de savoir. Elle doit avoir une bonne raison et après tout, on a tous nos secrets pas vrai ? Malgré le fait que tu sois riche, tu dois également avoir des choses à cacher, n'est-ce pas ? »

    Je reprenais la defense de Céleste avant que quelqu'un fasse la remarque parce que je ne voulais pas de conflit, du moins, je ne voulais pas perdre de temps et donc commencer le jeu une bonne fois pour toutes !

    — Euh... pourquoi est-ce que tu dis ça ? Ce n'est pas comme si il y avait un criminel ici n'est-ce pas ? Je n'ai pas tort hein ? De toute façon, je-je n'ai rien à cacher.

    Haron avait une voix qui tendait légèrement vers les aigus et il semblait avoir peur de la réponse, je me suis contenté de lui répondre :

    « Ne t'en fais pas, je suis là pour tous vous protéger même si cela implique de devoir défendre une agression par l'un d'entre vous, dans ce cas là, je ne me retiendrai pas. »

    Peut être que je faisais peur, peut-être que j'avais l'air ridicule mais je m'en fiche. J'en ai juste marre de devoir recommencer à chaque fois donc celle là, ce sera la bonne ! Foi de Nightsillusion !

    « Haron Mélono je présume ? »

    Nous nous sommes tous retournés vers Céleste qui avait la fiche d'Haron dans les mains :

    « Oh mais c'est comme le restaurant. »

    Mon manque de surprise n'a pas eu d'impact ou de questions comme 'et ça t'étonnes si peu que ça ?', Claria s'est juste contentée de répondre :

    « Oooooooh ! Mais oui ! Tu es le fils des Mélono ? Ceux du restaurant ?

    — Oui... mais je n'aime pas que ça se sache trop. Ne me traitez pas différamment je vous prie, je trouve cela énervant.

    — Eh ben ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?

    A ton avis ? Il visitait !

    « Je n'en sais rien... je me suis fait capturé par des gens quand je sortais de mon cours de cuisine, ils m'ont mis un chiffon sur la bouche et... je me suis réveillé là. Ils m'avaient tendus une embuscade !

    — Assez classique comme méthode d'enlèvement... vous n'avez pas des gardes du corps ? Je suppose que le fils d'un des plus riches de ce pays se doit d'avoir une sécurité n'est-ce pas ?

    Haron regarda Céleste avec étonnement :

    « Ah mais non ! J'avais demandé à mon père de me laisser juste pour mes loisirs, il m'y ammène et revient me chercher... et ça me fait penser qu'il a quelque chose qui ne tournait pas rond.

    — Plaît-il ?

    — Mon père m'attends toujours juste devant la porte, durant la totalité du cours. Pourquoi n'était-il pas là ?!

    — Tout le cours ? Vous sous-entendez par là qu'il reste à ne rien faire pendant... combien de temps dure ce cours ?

    — Une heure et demie par semaine, tout les jeudis soir de dix-sept heures à dix-huit heures trente.

    — Ah quand même... c'est assez surprenant...

    Nous étions tous choqués par cela, son père attendait pendant une heure et demie juste devant la porte ? Mais pourquoi ? Est-ce un père beaucoup trop affectif ? Dégoûtant...

    « Enfin bref, maintenant que le dernier joueur est avec nous, on va pouvoir discuter de certaines choses. Comment avez vous été capturé ? »

    Tout le monde se regardaient, en attente du premier qui réponds à ma question. Finalement, Claria fut celle qui prit l'initiative :

    « Ben euh... je rentrais des cours quand j'ai entendu quelqu'un m'appeler...

    — Laisse moi deviner, il appelait à l'aide ?

    Vu qu'Haron et moi avons été capturés de cette façon, il était logique de penser que ça avait été le cas pour Claria.

    « Nan, pas du tout.

    — Quoi ?

    — Un type m'a interpellée dans la rue puis m'a demandé 'Je peux te faire écouter une musique ?'

    — Pardon ? Un type dans la rue qui te demande ça comme ça ? T'as pas accepté quand même... ?

    — Ben euh... si ! Même s'il avait l'air d'un adulte, il m'avait demandé ça tellement gentiment...

    — Mais même ! C'est bizarre que quelqu'un te demande ça comme ça dans la rue !

    Franchement, Claria est vraiment une fille stupide pour être tombée dans un piège aussi nul...

    « Attendez Sorel, Claria n'a même pas finit de parler. Que vous est-il arrivée ensuite ?

    — J'ai dis 'oui' et il m'a mis des écouteurs sur les oreilles en enlevant au préalable mon casque. »

    Claria a d'ailleurs toujours un casque sur elle, même en ce moment mais il est sur son cou. Je m'en fichais jusqu'a présent mais ce détail a de l'importance apparemment.

    « Il m'a fait écouter une musique d'électro tellement géniale ! J'étais complètement sous le charme ! De la musique hein, pas du type !

    — De l'électro ? Sérieusement ?! »

    Claria s'approcha de moi avec vigueur tant et si bien qu'elle se trouvait à quelques centimètres de mon visage :

    « Dis Sorel, tu aimes ça l'électro ? »

    Ses yeux rayonnaient, elle attendait la réponse comme un enfant qui attends ses cadeaux de Noël, sa voix avait adopté un ton très enjoué :

    « Non mais quel est le rapport ? Nous voulons connaître ton histoire, pas tes goûts musicaux !

    — Dis t'aimes ça ?! Est-ce que tu aimes ?!

    Elle s'approchait de plus en plus de moi, je la pris par les épaules pour la repousser :

    « Pas plus que ça. Je ne suis pas vraiment fan de ce style. Maintenant, continue ton hisoire ! »

    Son visage redevint alors normal, comme si rien ne s'était passé. Elle aime tant que ça 'l'électro' ?

    « Ahem... quand j'écoute une musique que j'aime bien, j'ai tendance à fermer les yeux. C'est une habitude que j'ai car quand je le fais, je suis submergée par les émotions de la musique !

    — On passe les détails !

    — Et au final, c'est un peu la même chose qu'Haron, on m'a mis un chiffon sur la bouche et... tu connais la suite pas vrai ?

    Je vois. Elle aussi a donc été capturé de cette façon. C'est assez bizarre de voir que ça a été aussi facile parce qu'elle 'fermait les yeux'...

    Bien, personne suivante qui est... :

    « Et toi Ophélia ? Comment t'es tu retrouvée ici ? »

    Ophélia me regarda avec des yeux dont j'apercevis l'éclair de haine que je connaissais tant :

    « Désolée Sorel... mais ce ne sont pas tes affaires. Dis toi juste que j'ai aussi subit le même traitement avec le chiffon. Mais je n'ai pas envie de parler des circonstances. »

    Sa voix avait un mélance d'énervement et de.. tristesse ? Je ne pouvais pas en être sûr mais pour ne pas détruire l'image que je réussissais à avoir malgré moi, je n'ai pas cherché à en savoir plus. D'ailleurs, personne n'a protesté donc bon...

    Enfin :

    « Et toi Céleste ? Tu t'es retrouvée comment ici ? »

    Céleste ne me répondis pas tout de suite, elle baissa un peu plus sa tête juste avant :

    « Disons que cela peut être mal interprété...

    — Rohhh ! Ne t'en fais pas Céleste ! Une loli comme toi ne peut pas avoir fait quelque chose de mal !

    — Claria, arrête avec cette histoire s'il-te-plaît.

    — Hihi !

    — Bien, comme me l'avait dis ma soeur, je devais me présenter à toutes les personnes présentes dans l'orphelinat. Sauf qu'il y en a une qui n'était pas là... »

    J'ai commencé à siffler nerveusement, l'air de rien. Tous les regards se sont tournés vers moi :

    « Quoi ?! J'avais autre chose à faire...

    — Pourtant, un de vos amis m'a informée du fait que vous n'avez pas voulu venir. »

    Un de mes amis ? Elle devait parler de Bill.

    « Attendez une minute, vous êtes tous les deux orphelins ? »

    La question d'Ophélia rejoignait le niveau de stupidité de celles de Claria, c'est d'ailleurs elle-même qui répliqua :

    « Ben oui banane ! S'ils sont dans un orphelinat, ça tombe sous le sens.

    — Ooooh ! Tu m'impressiones Claria. »

    J'avais bien évidemment dis ça de manière sarcastique.

    « Eh ! C'est ma réplique ! S'pèce de copieur de 'ooooh !' »

    Aucun commentaire. J'ai l'impression de parler à un bébé.

    « Bref, j'avais des raisons pour refuser. Ne le prends pas mal.

    — Non, non pas du tout ! C'est ce que j'ai dis à ma soeur : 'Il doit être occupé, ce n'est pas grave.' »

    Céleste... tu es beaucoup trop naïve.

    « Et votre ami m'a fait part de l'adresse de votre restaurant pour que j'aille me présenter. Ma soeur avait insisté en me disant que je n'étais pas obligée mais j'en ressentais le besoin. Je voulais voir tout le monde et cela comprenait vous.

    — Mais... pourquoi tu dis que 'ça peut être mal interprété' lui demandai-je l'air surpris.

    — J'aimerais reformuler : Claria pourrait mal l'interpréter.

    Claria en entendant son prénom et en voyant les regards se tourner vers elle réagissa au quart de tour :

    « Oooooh ? Mais je ne comprends pas où tu veux en venir...

    — Ah oui ?

    Céleste était prise au dépourvu et cela se voyait :

    « Ah... euh... ahem.... oubliez ce que je viens de dire alors ! Je n'ai rien dis du tout ! Qu'est ce que vous devez oublier si je n'ai rien dit ? Hum hum...

    Céleste toussait nerveusement à la fin de sa phrase, je ne comprends pas non plus où elle voulait en venir...

    « Et c'est sur le chemin le soir que je me suis faite enlevée, mais contrairement à vous tous, j'ai été piquée par une serigue et ce fut assez désagréable... quelqu'un appelait à l'aide car une personne s'était effondré dans une ruelle. Ils me disaient qu'ils n'avaient plus de batterie sur leur portable et que je devais appeler les secours. Mais lorsque je suis venue voir le corps, j'ai été prise en embuscade et... la suite est ce que nous vivons actuellement. »

    J'étais complètement bouche bée, ils avaient utilisé la même technique que pour moi. Presque à l'évènement près !

    « Woah ! Ils sont allés jusqu'à élaborer une stratégie de capture aussi sophistiqué !

    — Non Claria, ce n'est pas compliqué du tout... répliqua Ophélia.

    — Mais... ! J'ai été capturé exactement de la même manière ! Si ça se trouve, c'était moi sur le sol !

    Après la fin de ma phrase, tout le monde poussa un 'quoi ?!' d'étonnement :

    « Capturé de la même manière ? Vous voulez dire qu'ils ont profité du fait que je sois venue pour également me capturer ? Et pourquoi êtes vous aussi sûr de ce que vous dîtes ? Votre capture s'est passée de la même façon ?

    — Oui. On m'a appelé alors que je rentrais du travail, c'était un homme qui appelait à l'aide parce que son ami avait fait une 'crise cardiaque', je suis venu voir mais quand je me suis trop approché, j'ai été piqué par une seringue. Et je me suis retrouvé là.

    — Alors c'est effectivement possible. Cela pouvait être vous étendu sur le sol...

    — Attendez ! Vous êtes en train de me dire que Céleste et Sorel ont été capturés presque en même temps ?!

    — C'est fort possible.

    — Oooooh ! Vous avez tellement de points commun...

    — On s'est juste fait capturé de la même façon et nous sommes orphelins tout les deux. Point.

    — Héhé...

    Après que Claria ait fini de me taquiner, j'ai su que c'était le bon moment pour en parler :

    « Bon, ce n'est pas tout ça mais j'aimerais vous faire part d'une chose. »

    Bon timing ? Je pense.

    « Tout à l'heure, j'ai trouvé une autre clé sur moi, exact ?

    « Ouais, même que j'ai fait ma blague trop marrante ! »

    Soupir de ma part :

    « Ahem, eh bien j'ai pensé que si j'ai une clé supplémmentaire sur moi, cela doit être le cas pour vous non ? Est-ce que l'un de vous s'est fouillé ?

    — Attends, je regarde et... oooooh ! Mais il a raison ! Regardez ! »

    Claria brandissait fièrement une petite clé en argent, la même que j'avais vu la dernière fois. J'espère que je ne suis pas soupçonné de quoi que ce soit...

    Finalement, tout le monde a sorti une clé.

    Et je venais de me rendre compte d'une chose assez déroutante, nous avions cinq clés et non quatre. C'était pour cela que je devais délivrer les autres, parce qu'ils possédaient les clés pour ouvrir le tiroir contenant la vidéo mais la mienne ?

    Je ne l'avais pas remarqué avant et c'est la première fois que je la vois. A quoi sert-elle alors si ce n'est pas pour le tiroir ? Je voulait jouer la comédie mais on dirait que je n'ai même pas eu besoin car je n'ai jamais vu cette clé avant... je n'avais pas pensé à fouiller mes poches arrière aussi donc cela s'explique.

    « Bon, allons voir la fin du couloir. Ces clés doivent forcément servir à quelque chose ! »

    Je voulais commencer ce jeu, et sans mourir cette fois ! Il y a toujours eu des problèmes qui ont fait que nous n'avions même pas commencé à 'survivre' mais là, c'est décidé ! Nous allons enfin commencer !

    Nous nous sommes dirigés vers le fond du couloir où se trouvait la télévision et le meuble, sur le côté, il y avait la porte. J'ai essayé de l'ouvrir sachant pertinemment que ça ne servirait à rien et bien évidemment, ce fut un échec :

    « Pas moyen de l'ouvrir...

    — Eh Sorel, t'as vu la télé ? On doit regarder un truc ?

    — Qu'est-ce que j'en sais ? Sûrement s'il y a une télé... ah bah regardez ! Il y a un... lecteur de cassette. »

    Claria malgré la situation se mit à rigoler :

    « Hahaha ! Mais on a été pris en otage par une maison de retraite en fait ! »

    Alors déjà, c'est ma blague et ensuite, s'ils pouvaient t'entendre, ils te massacreraient... enfin bref :

    « Peu importe, moi, je vois que ce tiroir à quatre serrures. Ce qui est vraiment bizarre...

    — J'allais le faire remarquer. C'est quelque chose d'assez surréaliste en effet. »

    Céleste n'avait pas tort après tout, je n'avais jamais vu ça avant mais je me suis contenté de jouer le jeu vu que c'était elle qui l'avait fait remaquer la première fois :

    « C'est sûrement pour les clés que nous avons sur nous. Essayez les vôtres pour voir.

    — Je reconnais ce style de serrure, il y a les mêmes chez moi. »

    Tout le monde se retourna vers Haron :

    « Vous possédez ce genre de serrures Haron ? Serait-t-elle spéciale ?

    — Non, elles sont juste plus résistante mais les meubles ou tout autre choses comportant ce type de serrure vaut plus cher que le reste.

    — Ça veut donc dire que les gens qui nous ont capurés sont riches ? demanda Ophélia

    — Pas forcément mais ils sont très strictes sur la sécurité en tout cas. »

    Je vois. Ils ne voulaient sûrement pas que je force la serrure tout seul ou quelque chose de similaire.

    Le tiroir finit par s'ouvrir après que les quatres joueurs eurent mis leur clé dans la serrure, la cassette nous attendait.

    « Je comprends mieux pourquoi il y a un lecteur de cassette ! Mais c'est bizarre quand même ! »

    Cette fois, ce n'était pas Céleste qui avait dit cela mais Claria, avec sa voix habituelle d'ailleurs, sans aucune trace de peur. Je ne sais pas comment elle fait...

    Sans même laisser aux autres le temps de réagir, je mit la cassette dans le lecteur et alluma la télé. Je commençai alors pour la troisiéme fois à voir cette vidéo.

    Je revoyais pour la troisième fois ces images qui m'emplissaient de haine pour ce type. Mais je réussissais à me contrôler, même quand les regards se sont posés sur moi lorsqu'il aborda ma partie. Non, cette fois, ils sont censés avoir confiance en moi ! Je ne veux pas revivre ces morts ! Ça n'arrivera plus !

    Exctinction de la vidéo et ouverture des portes accompagné du même silence glacial. Mais comme je le craignais, la première à parler fut celle que je ne voulais pas :

    « Sorel ?! C'est qui lui ?! Pourquoi a t'il dit que tu te fichais de nous ?! Tu vas nous laisser mourir ?! Tu nous as mentis depuis tout à l'heure hein ?! Réponds ! Je pensais pouvoir te faire confiance ! »

    Non. J'allais résister. Parce que je venais d'avoir une idée, une idée que jamais je n'aurais eu avant mais qui fermera cette grande bouche qui m'énervais tant.

    « Sorel ? Pourquoi tu me regardes comm- »

    Je me dirigea rapidemment vers elle et la pris dans mes bras. Je l'enlaçais.

    Sa réaction fut bien évidemment immédiate :

    « Q-q-q-q-qu'est ce que tu- l-l-l-lâche moi !! Je-

    — Jamais je ne vous ferais du mal !! »

    Ma voix résonnait dans tout le couloir, Haron et Claria me regardaient d'un air totalement ahuris. Céleste, je ne pouvais pas savoir par contre... Ils devaient penser que j'étais un peu trop direct mais je continuais de parler :

    « Claria Céleste et Haron l'ont bien compris, enfin je l'espère ! Ils me font confiance et ils savent que je ne leur ferais pas de mal ! Même si je déteste les autres comme ce type l'a dit, si leur vie sont en danger, c'est une tout autre histoire ! Mon rôle est apparemment de vous protéger et c'est ce que je ferais ! Tu ne semblais pas l'avoir compris, voilà pourquoi je fais ce que je suis en train de faire ! C'est ça dont tu avais besoin : être rassurée ! 'Rien de mieux qu'un câlin pour rassurer les gens', c'est une phrase que m'a appris une amie qui m'est chère. Sache le si tu doutes encore, personne ne mourra ! »

    Ophélia parvint à se dégager de mon étreinte et je pus apercevoir son visage rougie par la honte peut être mais également par les larmes :

    « Oui... j'ai peur et je-

    — Ne t'en fais pas, nous sortirons d'ici vivant ! Et personne ne se tuera ! »

    Ophélia sécha ses larmes avec ses manches tandis que Claria s'approchait de moi :

    « Toi, avant de parler : sache que ce geste n'était là que pour la rassurer ! C'est tout ce dont elle a besoin. Non, je ne suis pas amoureux d'elle.

    — Oooooh... tu lis dans mes pensées ! Mais sache le quand même : je te fais confiance. Depuis tout à l'heure, j'ai compris que tu n'étais pas là en tant qu'organisateur. Et comme l'avais dis Céleste, tu n'as pas l'air d'être méchant.

    — Et je garde cet avis qui est le mien. Après cette vidéo, vous auriez pu vous enrager, nous insulter voire même vous enfuir mais vous ne l'avez pas fait. Vous essayez également de nous rassurer quant à la situation, j'avoue avoir peur en ce moment même mais je sais que nous pourrons nous en sortir ensemble ! »

    Pourtant, je ne ressentais rien. Pas une once de sympathie envers eux, seulement un mépris que je dissimulais par le mensonge. Je ne sais pas quoi dire ni même quoi penser... parce que j'avais fui la première fois, ma véritable réaction a été la fuite.

    Je ne fais que fausser mes sentiments et réactions pour avancer dans ce fichu jeu.

    « En parlant de sortir, allons voir ce qu'il y a au fond de ce couloir. Et commençons ce jeu une bonne fois pour toute ! »

    Tous approuvèrent d'un signe de la tête et nous commençâmes à marcher dans ce fameux couloir dont je n'avais jamais mis les pieds.

    Lorsque nous marchions, j'analysais l'endroit en regardant de tous les côtés :

    Le chemin se séparait en deux parties : tout droit se trouvait un autre couloir, sur la droite de ce couloir, il y avait quelques portes qui étaient fermées avec des chaînes à l'allure assez solide. Un peu devant nous se trouvait un petit escalier qui montait de quelques mètres de haut en plus, cela ammenait vers un lieu un peu surélevé mais pas à un autre étage, sauf que nous ne pouvions pas voir à cause de l'obscurité, juste apercevoir les marches.

    Sur la gauche du couloir de droite se trouvaient différentes pièces que nous allions devoir explorer. Il y avait par terre des babioles en tout genre : bouts de verres, de détritus etc... cet endroit est dégoûtant mais il va de pair avec la situation après tout.

    Le chemin avait aussi un côté gauche mais celui-ci semblait s'enfoncer plus profondément, nous n'allions pas devoir prendre trop de risque car 'elle' peut surgir de n'importe où... je me dirigeais donc vers les escaliers qui m'intriguaient plus qu'autre chose.

    Tout l'endroit était pourrie par la moisissure mais à ce que je pouvais reconnaître, nous étions dans ce qui ressemblait à un hopital abandonné. La disposition des pièces que je suppose être des chambres, l'allure du couloir... tout avait cet air 'administratif' bien que le bâtiment semblait vide de ses patients et personnels. Il faut en savoir plus sur cet endroit intriguant.

    « D'ailleurs Haron, tes parents doivent s'inquiéter à l'heure qu'il est, vu qu'il sont riches, ils doivent avoir donné l'alerte non ? »

    La questiona anodine de Claria stoppa net Haron dans sa marche ce qui nous surpris tous :

    « Tu as... raison. Si... s'il s'aperçoit que je ne suis pas là à l'heure du dîner... il va... il va... Non... ! »

    Haron tremblait de tout son corps et il venait de se mettre à crier, j'avais peur que cela recommence : c'est lui qui devenait fou maintenant ?!

    « Mon père va me... non non non non !! Je ne veux pas !! »

    — Euh... je pense qu'ils ont dû nous capturer tous dans la même journée, en tout cas je l'espère pour toi car ça fait une journée que nous sommes restés inconscient. J'ai été capturé tard le soir et lorsque je me suis réveillé, il était vingt et une heures...

    « Je-je-je suis désolé mais je dois partir au plus vite !! J'ai-j'ai besoin d'être là bas ! Je...

    Haron s'arrêta de parler, il semblait avoir eu une idée ou il avait aperçu quelque chose :

    « Mais... oui ! Si je... oui... je vais le faire. Ce... ce n'est pas contre toi Céleste mais...

    Haron prit une profonde inspiration accentuée par ses tremblements :

    « CRÈVE !!! »

    Haron ramassa un tournevis qui traînait et se rua vers Céleste en hurlant.

    Je n'ai pas réfléchi une seconde, ce fut instinctif. Je parvint à me mettre sur sa route mais...

    « ARRRGH !! »

    Le tournevis vint directement se planter dans mon épaule ! Ça faisait un mal de chien ! Mon épaule me brûlait, cette sensation de brûlure que je ne connaissais que trop bien. Tout revenait ! Tout... recommençait !!

    « Haron !! Mais t'es complètement malade !! » hurla Ophélia

    — Sorel !! Qu'est ce que tu fais ?! Laisse la crever !! Nous sortirons plus vite et je pourrais rejoindre mon père ! Il le faut alors pousse toi ! On doit en sacrifier un et c'est la plus inutile ! »

    Je ne bougeais pas. J'entendais Céleste qui avait peur derrière moi et le peu d'humanité que j'avais me disait de la protéger. Je ne pensais pas qu'Haron serait comme ça, on ne revèle la vrai personnalité de quelqu'un que lorsqu'il est confronté à une situation qui lui échappe à ce que je vois...

    Je retirais le tournevis de mon épaule avec grandes difficultés, c'était horrible de le sentir dans ma peau et le sang commençait à couler... je jetais le tournevis au loin tout en lançant un regard noir à Haron :

    « Personne... ne mourra. En tant que maître du jeu, c'est un ordre : arrête. »

    — Nan ! Si tu ne veux pas bouger, alors, ce-ce sera toi !! »

    Haron se précipita sur moi pour essayer de me donner un coup de poing que j'esquiva habilement malgré la douleur, c'était l'adrénaline qui m'empêchait de m'effondrer et qui me faisait agir. Malgré cela, il avait réussi à m'attraper par la gorge, à me plaquer au sol et il commençait déjà à m'étrangler :

    « Un de nous doit mourir ! Il le faut !! Ça sera toi !! »

    Pourtant, la différence de nos carrures tourna la situation à mon avantage : il était plus maigre que moi et un peu plus petit, c'est donc (presque) sans difficultés que je lui asséna un coup de poing dans l'abdomen. Haron eut le souffle coupé et je profita de ce moment pour le retourner : j'étais alors sur lui et bien plus avantagé.

    La rage que j'avais accumulé me fit lui mettre plusieurs coups de poings dans la figure :

    « Sorel !! Arrêtez !! Vous allez le tuer !

    Je continuais sans même écouter la petite voix de Céleste. Claria me demandait de me calmer mais Ophélia ne disait rien.

    — Arrête ! Je suis... désolé ok ?! Et je- »

    Un coup de poing l'arrêta net dans sa phrase, tu ne m'auras pas avec tes fourberies !

    « Sorel... ! Tu vas... Arrête ! Arrête !! »

    Haron commençait a avoir vraiment peur pour lui, sa voix se faisait de plus en plus forte, il était en proie à un stress fort et cela se voyait de mon point de vue mais j'étais tellement remonté contre lui que je ne m'arrêtais pas et c'est à ce moment que...

    « Je... ARGH !! Ma-ma poitrine me... ARGLL !! »

    Haron commençait à suffoquer serieusement, c'est là que j'ai compris que j'étais allé trop loin. J'ai tout de suite arrêté de le frapper. Pourtant, il continuait de suffoquer. Il haletait en se tenant la poitrine avec une forte expression de douleur sur le visage. J'avais peur du fait que je venais de le tuer mais l'intervention de Claria me fit comprendre que la situation était grave :

    « Oh mon dieu !! Il fait un arrêt cardiaque !! »
  • pour répondre a ta réponse a mon dernier commentaire non ça ne m'as pas du tout gâché ma lecture c'est justement ce qui fait que je l'ai apprécie ! :smiley: sinon super le chapitre comme toujours , continue comme ça !
  • Ah, au temps pour moi ! Merci pour tes retours ! ^^
  • 7 - Se cacher pour ma survie et celle des autres.

    « Monsieur ? Puis-je tout de même vous poser une question si ce n'est pas trop vous importuner ?

    — Hmmm... qu'y a t'il ? Je suis un peu occupé avec la tournure que prennent les évènements.

    Un homme assez mince et plutôt bien habillé se trouvait debout devant un homme qui à l'inverse de son interlocuteur avait l'air très décontracté : celui-ci avait une tasse de thé dans la main droite qu'il touillait à intervalles réguliers avec une petite cuillère en argent.

    Il était assis dans un fauteuil en cuir assez massif donnant l'impression que l'on puisse s'y plonger à plusieurs, l'homme dans le fauteuil avait également les pieds posés sur une petite table en bois, c'est certainement cela qui lui donnait cet aspect très désinvolte.

    Ceux-ci se trouvaient dans une pièce assez sombre, les seuls sources de lumières étant les télévisions et la petite lampe de chevet sur le bureau de l'homme au fauteuil.

    « Étiez-vous au courant pour ce.. ahem... léger problème ?

    — Vous voulez parler de 'ça' ? Non. Pas du tout.

    L'homme debout fut visiblement choqué :

    « Pourtant... quand vous avez demandés les recherches, nous n'avons rien trouvé sur 'ça', ne pensez vous pas qu'il faudrait interromprer le jeu pour régler cela ?

    L'homme au fauteuil éclata de rire, un rire qui résonnait dans la pièce assez vide de meuble. Seul le matériel informatique occupait l'espace vide :

    « Ben voyons ! Va leur apporter des chocolats chauds tant que t'y est ! Nous verrons comment notre maître s'en sortira face à ça. »

    L'homme au fauteuil arborait un sourire menaçant :

    « J'avoue que j'ai été surpris de sa tentative de meurtre mais notre bon vieux Sorel a su réagir ! Je pense qu'il a compris la leçon que lui a enseignée notre brave petite ! »

    — C'est vrai... vous avez raison. Personne n'oublierait une chose pareille...

    L'homme debout eut un léger frisson mal dissimulé.

    « Brrr... quand même, se faire retirer l'oeil... quatre fois.

    — C'est dingue pas vrai ? On sait de quoi elle est capable après tout... »

    Toc toc

    « Entrez. »

    Une femme entra dans la pièce, celle-ci avait un paquet de feuille dans la main droite et semblait assez pressée.

    « Je viens de... oh. Eh ben Christophe... je vois que vous aimez être dans le noir. Plus dans l'ambiance j'imagine ?

    — Qu'est ce que vous voulez ma chère ? Vous avez l'air assez affolée.

    « Il y a de quoi... il y a un joueur qui n'est pas censé être là. Ou plutôt une joueuse.

    — Quoi ?! Encore une fille ? Il y en a déjà assez là !

    — Christophe... je suis sérieuse.

    — Ici, c'est monsieur. Je ne t'appelle pas Alice n'est-ce pas ?

    Alice remit ses lunettes en place :

    « Mais vous me tutoyez... monsieur. »

    « Bon bref, qu'est ce que c'est que cette histoire de joueur ? Qui est-elle et comment est-ce que c'est possible ?

    « Elle répond juste au nom de 'Valya'. Mais... vous devriez voir cela. »

    Alice tendit un dossier à Christophe qui n'était visiblement pas très inquiet.

    « Alors... voyons voir. »

    Christophe scruta le dossier dans ses moindres détails. Les deux autres personnes s'étaient tus. Personne ne parlait pendant que Christophe lisait. Un silence où seul le bruit que faisaient les ordinateurs se faisait entendre.

    Le silence qui dura pendant une trentaine de secondes cessa aussi vite qu'il avait commencé :

    « Ha... ha... hahahahaha ! »

    Le rire de Christophe emplit une nouvelle fois la pièce. Celui-ci était bien plus fort que le précédent.

    « Mais je ne savais pas ça ! Hum... ça pose quand même légèrement problème. Je vais bien devoir faire une annonce parce que je viens d'avoir une idée... excellente. »

    — Mais... pourquoi ? Qu'avez vous encore derrière la tête ?

    Christophe se retourna vers l'homme debout à l'air excédé puis lui prononca ces simples mots :

    « Je m'adapte. »


    « Un arrêt cardiaque ?! Comment tu le sais Claria ?! » cria Ophélia.

    — T'occupe ! Sorel ! Réanime le ! On ne va pas le laisser mourir même après ce qu'il vient de faire ! On va sérieusement discuter avec lui ! C'est ce que tu viens de dire non ? 'Personne ne mourra !' !

    Claria était en train de me hurler dessus sans même penser que cela pourrait attirer la fillette. Mais elle avait raison, j'étais allé trop loin. J'aurais juste pu le neutraliser à terre grâce à nos différences de gabarit mais je me suis acharné sur lui. Il était maintenant en danger de mort et c'était encore à cause de moi.

    J'ai, malgré mon manque total d'expérience dans le sujet, pratiqué un massage cardiaque. Je ne savais même pas comme m'y prendre, je ne faisais que faire des appuis répétés sur sa poitrine mais cela ne semblait pas s'arranger. Le visage d'Haron était composé d'un rictus de douleur assez terrible, il me faisait penser à celui de Claria quand je l'avais trouvé à l'agonie la toute première fois.

    Je... préfère ne plus y penser pour le moment...

    Je ne sais pas si ce type est surveillé par un ange gardien ou si j'avais un talent inné pour ça mais Haron reprit d'un coup une respiration normale après une grande inspiration qui se suivait maintenant par des halètements.

    Cliquetis cliquetis...

    Non ! Non, non, non ! Ce n'était vraiment pas le moment pour que tu arrives toi !

    « Qu'est ce que c'est ? » demanda Céleste, l'air encore un peu affolée, tout en s'étant retournée vers la fin du couloir que nous ne pouvions pas apercevoir à cause de l'obscurité.

    Rapidement, je pris Haron par le col tout en ordonnant à tout le monde :

    « Il ne faut vraiment pas rester là ! C'est ce qui nous pourchasse !! Il faut s'en aller d'ici et vite !!

    — Même si ce que tu dis est vrai, Haron ne peut visiblement pas courir ! Il faut qu'on se cache alors ! répliqua Claria.

    — Et... comment est-ce que tu sais ça ?! me demanda Opélia.

    « Cachez vous ! »

    Ignorant totalement la question d'Ophélia, je pris la direction d'une porte au hasard qui était la plus proche derrière moi et commença à tirer la poignée de toutes mes forces.

    C'était ouvert ! J'en revenais pas ! On pouvait réellement se cacher là-dedans !

    Je n'avais pas le temps de me demander 'Pourquoi ?' 'Comment ?'. Je ne voulais plus que cette peste me retrouve, je ne voulais plus mourir. Il fallait que je survive.

    « Par ici, vite ! Ne me posez pas de questions et venez ! »

    Malgré le fait que j'avais l'air vraiment louche, chacun m'a suivi à l'intérieur de la pièce plus ou moins rapidement.

    Cliquetis cliquetis...

    Le bruit de ses ciseaux se rapprochaient, elle était au bout du couloir et surtout en mouvement vers nous. Alors que tout le monde se précipitait vers moi (ou plutôt vers la porte) pour rentrer, j'entendais les bruits qui se rapprochaient de plus en plus : elle avançait vite, très vite... trop vite.

    Il fallait que tout le monde me fasse confiance ce qui sera difficile avec ce que je venais de faire...

    Pourtant, personne ne protesta et tous s'exécutèrent sauf Haron que je trainais avec moi :

    « T'as de la chance que tu ne sois pas en train de continuer à crever parce que jamais je ne t'aurais fait de bouche à bouche. »

    Pas de réponse de sa part, il se concentrait sur sa respiration qui était haletante, saccadée. Il semblait quand même souffrir même si c'était moindre par rapport à juste avant.

    Nous étions enfin tous dans la pièce que je referma rapidement tout en faisant attention à ne pas la claquer.

    Cliquetis cliquetis...

    Elle se rapprochait dangereusement. Ses bruits s'entendaient très bien. Elle était juste derrière la paroi. Il ne fallait pas faire un bruit...

    Pas. Un. Bruit.

    « Où sont... ils ? »

    Sa voix monstrueuse se fit entendre tout en confirmant mes doutes : elle était bien à côté de nous.

    Je jetais un coup d'oeil vers les autres avant d'éteindre ma lampe torche pour assurer notre discrétion :

    à ma droite, il y avait Claria et Ophélia. Entre elles et moi, il y avait la porte fermée et juste à ma gauche, il y avait Céleste. J'avais devant moi Haron qui s'était un peu calmé et qui était donc plus discret. J'étais malgré moi assez proche de la porte donc il ne fallait vraiment pas que je fasse de mouvements.

    J'éteignis la lampe torche, personne ne refuta ce choix car ils avaient compris que ce n'était pas pour rien si je les avais pressés à se cacher. En effet, nous pouvions entendre la respiration dérangée de la fillette, je dis 'fillette' mais sa voix ressemblait à celle d'un démon. Elle était aigu comme une petite fille mais prenait des tons assez graves par moment, cette fillette n'est vraiment pas normal...

    Nous étions dans le noir, en train d'attendre une mort probable... Enfin, seul moi savait que nous étions vraiment en danger de mort. J'étais sûrement la personne qui était la plus effrayé dans la pièce parce que je savais le danger que représentait cette fille.

    Je ne le savais que trop bien.

    « Mais... qui est-elle Sor-

    Céleste avait commencée à chuchoter pour me poser une question mais je l'interrompis immédiatement car j'avais remarqué que la fille s'était approché vers la porte. J'avais entendu ses petits pas se rapprocher.

    La poignée commença a tourner, lentement, très lentement...

    J'ai eu un réflexe assez étrange (qui fut plus un sursaut qu'autre chose) mais j'avais mis ma main sur la bouche de Céleste pour lui couper la parole. J'avais toujours la main sur elle quand j'ai sursauté et ait donc plaqué Céleste contre le sol seulement avec ma main gauche. Je n'aurais jamais pu faire ça si c'était n'importe qui d'autre mais avec elle, c'était aisé bien que ce n'était absolument pas intentionnel.

    La porte finit par s'ouvrir.

    Cliquetis cliquetis...

    Elle était là.

    J'allais plaquer la tête de Céleste contre le sol quand je me suis repris en essayant de la rattraper mais un mauvais appui fait que je suis tombé avec elle, et le problème était que j'étais 'sur' elle.

    Une situation très délicate dans le sens où nous devions être totalement silencieux. Je ne pouvais même pas m'excuser oralement ou bien par geste car nous étions dans le noir complet. Je me sentais à la fois gêné et complètement appeuré, une sensation très étrange et tout aussi désagréable.

    « Non... pas là... »

    La voix de la fillette était terrifiante car elle respirait très fort à chacun de ses mots. Ses paroles étaient spasmodiques ce qui accentuait l'angoisse qu'elle procurait. Elle était restée sur le pas de la porte sans vraiment rentrer dans la pièce, une aubaine pour nous.

    Tout d'un coup, je sentis avec ma main droite quelque chose d'assez troublant, vu la position très délicate dans laquelle j'étais, il était normal que je puisse atteindre 'ça'.

    Je touchais la capuche. Qui était par terre. Vu que Céleste avait été plaquée contre le sol, sa capuche était tombée elle aussi sous l'effet de la gravité. Elle avait le visage complètement à découvert car je sentais avec ma main la capuche qui était contre terre.

    La scène dura bien une trentaine de seconde et c'est une chose qui ne me plaisait pas du tout. Si jamais Claria ou n'importe qui me voyait, la situation allait vraiment être difficile à expliquer...

    Cliquetis cliquetis...

    La fillette restait sur le pas de la porte, pas un bruit ne se faisait entendre. Seule sa respiration dérangée représentait l'ambiance sonore de notre situation.

    Soudainement, elle se retourna et commença à repartir par là où elle était arrivé. Comme si c'était un robot : elle s'était retournée d'un coup. Elle commençait maintenant sa marche dans le couloir opposé pour sûrement repartir vers le chemin de gauche.

    Une fois que ces bruits de ciseaux s'étaient éloignés, je sentis la porte se refermer doucement. Je suppose que c'est Claria qui avait fait cela car elle était la plus proche de la porte mais de l'autre côté.

    Bien évidemment, le destin aime s'amuser avec moi.

    J'avais posé la lampe par terre et Claria venait de la récupérer. Je n'avais pas anticipé l'arrivée de la fillette et dans la précipitation, j'avais posé la lampe par terre. Ce qui fait donc que c'est elle qui l'avait prise car j'étais... 'occupé'.

    Illumination soudaine de la pièce vers... moi. Et donc vers la 'situation'.

    Je me suis rapidement relevé pour me mettre devant Céleste et donc la cacher.

    La réaction de Claria fut aussi immédiate que la rapidité de mon mouvement :

    « Qu-qu-quoi ?! Qu'est ce que tu faisais à ma loli toi ?!

    Bien qu'elle chuchotait, son ton de voix avait l'air d'être assez remonté.

    « Un enchaînement de mauvaise actions, dit toi juste que je lui ai sauvé la vie.

    — Ah oui ? En la tripotant ?

    — Mais je ne la tripotais pas ! Je suis juste tombé ! Et éteins la lumière, sa capuche est tombée !

    — Tu... me dois de sérieuses explications... !

    Après avoir dit cela, Claria éteignit la lumière qu'elle avait dirigé sur moi. J'avais envie de lui dire d'arrêter de parler comme si Céleste était sa protégée, ce n'est pas son enfant ou quelque chose qui lui ressemble après tout. C'est une fille qui a notre âge donc il ne faut pas la sous-estimer à cause de son apparence juvénile. Chose que j'avais faite et que je reproduirais plus...

    Nous entendions Céleste remettre sa capuche alors que nous étions dans le noir complet. Nous ne savions même pas dans quelle salle nous nous trouvions.

    « C-c'est bon... je...

    — Je ne pense pas que tu dois me remercier, je t'ai fait tombé alors c'est la moindre des choses que je ne dévoile pas ton secret en plus.

    A vrai dire, j'avais été vraiment curieux de savoir ce qui se cachait sous cette capuche mais je n'avais pas envie de passer pour le méchant et je respectais son choix. Si elle ne veux pas se montrer, alors, c'est son droit.

    Céleste ne répondit pas, j'espère juste qu'elle ne m'en veut pas pour avoir presque fait dévoiler son 'secret'. Je dois bien me faire voir auprès de chacun des joueurs, c'est une décision que j'ai prise après les deux massacres que j'ai dû subir visuellement et physiquement...

    « Passe moi la lampe Claria, c'est mon téléphone je te rappelle. »

    Claria ne répondit pas. Le silence dans lequel nous avions attendu recommençait. Pris d'une légère inquiétude, j'ai réitéré ma demande :

    « Claria ? Arrête, t'es pas drôle... donne moi mon téléphone.

    — C-Claria ? Pourquoi je ne te sens plus à côté de moi ?

    C'était la voix d'Ophélia, elle qui était à côté de Claria, c'était assez effrayant d'entendre ça.

    J'ai alors recommencé à l'appeler mais légèrement agaçé :

    « Bon Claria, arrête avec t-

    Tout d'un coup, je vis une lueur aveuglante juste devant moi, suivi du visage de Claria éclairé par le dessous :

    « BOUH ! »

    Je fis un léger sursaut, il faut dire que je m'y attendais un peu.

    « Wahahaha ! Je t'ai fait peur ? Punition pour le tripoteur ! »

    C'était prévisible. J'étais tout de même agaçé de l'entendre m'insulter de pervers quand les enchaînements d'évènements ont été malencontrueux et quand ceux-ci m'ont ammené à ça...

    Tout de même, j'avais eu peur qu'il lui soit arrivée quelque chose...

    « Mais Claria ! On essaie d'être discret et toi, tu continue avec tes blagues pourries ! T'as pas l'impression qu'on est pourchassé par une fillette psychopathe ?

    Claria fit une mine boudeuse :

    « Rooh... on ne peut jamais rigoler avec toi... s'pèce de peloteur ! »

    — Mais c'était un accident !

    « Peu importe Sorel, nous verrons ça plus tard, je vous signale qu'on a un blessé avec nous ! »

    Ophélia se fit entendre en nous rappelant ce pourquoi nous nous étions caché. Haron était toujours en danger. Nous ne connaissions pas son état actuel, il pouvait être au bord de la mort comme il pouvait très bien aller. Je ne sais pas, je ne suis pas médecin...

    « Bien bien... tiens prends, Sorel. »

    Claria me redonna mon téléphone toujours allumé.

    « D'abord, on regarde la pièce et ensuite, on essaie de voir si Haron est en danger. »

    Je donnais les ordres bien que j'avais juste envie de le laisser mourir. Mais il ne fallait pas. Si nous sortions et que les gens apprenaient que j'avais indirectement tué le fils Mélono, j'allais avoir de sérieux soucis...

    D'un rapide geste de la main, je dirigeais le faisceau lumineux vers le fond de la pièce dont nous n'avions rien vu depuis que nous étions entrés.

    Si je devais décrire ma première réaction, ça serait un espèce de haut le coeur. Une frayeur interne mais sans aucune réaction externe. Ce ne fut pas le cas d'Ophélia qui poussa un petit cri de frayeur :

    Devant nous à a peine quelques mètres juste au dessus d'une table que l'on pourrait assimiler à une table d'opération se trouvait un cadavre d'homme pendu sur la tuyauterie.

    Celui-ci avait sur le visage une expression d'effroi, du moins, c'est ce qu'on pourrait en déduire mais l'absence de ses yeux compliquait légèrement la tâche. Celui-ci n'avait que deux cavités béante sur la face. Le sang séché avait perlé sur ses joues ce qui donnait l'impression qu'il l'avait pleuré. L'homme portait une blouse d'infirmier tout à fait classique. Ce qui choquait, c'était le fait qu'il soit suspendu dans les airs et retenu par une corde.

    La vue de cette corde me donnait des frissons sans que je sache réellement pourquoi, sûrement parce qu'elle était relié au cou d'un être autrefois vivant ? Je ne sais pas...

    Ce qui était sûr, c'est qu'il y avait un cadavre en plein millieu de la pièce et que celui-ci était plus qu'apparent.

    « Qu-qu-qu'est ce que c'est que-

    « C'est un pendu. »

    J'avais dis ça de la manière la plus plate possible, comme si j'en voyais tout les jours alors qu'Ophélia était en train de commencer à paniquer :

    « Ce n'est pas ce que j'allais dire ! Pourquoi s'est-il suicidé ?! Et puis, qui c'est ?!

    — Je ne sais pas. Je ne suis pas d'ici.

    J'étais effrayé certes, mais il fallait que je prenne sur moi. Il ne faut pas que je laisse mes émotions me dominer. Je devais prendre chaque évènement de manière rationnel. Commencer à paniquer parce que l'on voit un pendu est la pire des réactions. Cette fillette nous entendra d'une manière ou d'une autre et c'en sera fini pour nous...

    « Mais-mais...

    — Il faut que vous gardiez votre calme.

    À ma grande surprise, Céleste venait d'élever la voix. Je pensais qu'elle allait rester silencieuse à cause de ma... ahem... 'gaffe' de tout à l'heure.

    « C-comment je suis supposée garder mon calme quand on se fait 'traquer' par une fillette aussi sinistre et qu'il y a un pendu au regard vide dans l'endroit où nous nous réfugions ?! Comment je suis censé faire ?! Conseille moi si tu es si forte que ça !

    — Je ne peux pas vous conseiller mais je peux vous persuader. Si l'enfant que nous venons de voir vous entends, je ne pense pas que vous serez apte à vous plaindre après. Faites comme moi et réfléchissez aux conséquences de vos réactions plutôt que vos réactions elles mêmes.

    C'est un discours qui m'irait à merveille. Je ne pensais pas que Céleste pouvait faire la morale...

    « Je... ne veux pas finir comme lui c'est tout... j'ai juste peur de ce qui pourrait nous arriver. Si ça lui est arrivé, pourquoi pas nous ?

    — De toute manière, nous ne pourrons jamais savoir ce qui est arrivé à ce type. Il s'est suicidé. Point. Il ne faut pas s'embêter à chercher quelque chose d'aussi futile.

    'futile' ? Je viens de dire qu'un cadavre pendu est 'futile' ?

    Claria m'interrompit d'un geste de la main :

    « Ce qui me fait peur en revanche, c'est la raison de son suicide. »

    Silence, de réflexion je pense.

    Céleste répondit :

    « Il y a mille et une raisons de mettre fin à ses jours. Nous ne pouvons pas connaître les détails de la vie de ce malheureux... »

    Nous avions tous, sans peut-être même le vouloir, la voix qui tremblait légèrement.

    Nous étions face à un cadavre. Un corps sans vie. Dépourvu d'âme. C'est très rare d'être témoin de ce genre de scène, j'ai pourtant déjà vu le cadavre des joueurs présents avec moi mais cela avait été bref. Ici, j'avais tout le temps de 'contempler' le défunt. Être dans la même pièce qu'un mort est assez etouffant pour moi et également pour les autres à la seule sensation de mal être dans laquelle nous étions. C'est presque comme si nous pouvions sentir sa présence, c'est vraiment difficile à expliquer... il était mort mais il ne semblait pas l'être. J'étais assez confus, faire face à cet évènement est très difficile même si c'est quelqu'un que nous ne connaissions pas...

    Et dire que je venais de qualifier cela de 'futile' ? Suis-je déjà en train de m'habituer à tout cela ? Ça n'a rien de naturel.

    Pour essayer d'occuper mon esprit à autre chose, j'ai commencé à inspecter la pièce grâce à mon téléphone : c'était une chambre d'hopital.

    Clairement, je ne voyais pas d'autre moyen de décrire cette pièce : un lit comme ceux qu'on trouve dans ce genre de bâtiment, une table de chevet avec un pot de fleur qui était fanée d'ailleurs, un néon au dessus du lit etc...

    Tout autour de nous se trouvaient plusieurs armoires, celles-ci semblaient remplis de produits trop compliqués à décrire pour un simple élève de lycée comme moi. Il n'y avait que les mêmes bouteilles si je devait vraiment les comparer mais celles-ci doivent sûrement être différentes.

    « Nous sommes dans un hôpital abandonné ? »

    Ma question était rhétorique, je ne voyais pas d'autre bâtiments possédant ce genre de pièces.

    « Je pense plutôt que nous sommes dans un asile psychatrique... »

    Pas bête. Je n'y avais pas pensé, il semblerait que Claria pouvait réfléchir à ce que je vois. Je la sous-estime trop...

    Ophélia prit la parole :

    « Qu'est ce qui te fait dire ça ?

    — Regarde, nous sommes poursuivis par une espèce de fille qui a l'air d'avoir de graves problèmes car je ne vois pas pourquoi elle se baladerait comme ça avec des ciseaux.

    Et une hachette. Mais seul moi le savait.

    « Il y a des chambres qui ressemblent à celles des hôpitaux dans les asiles. Et si quelqu'un s'est suicidé, il en avait sûrement marre de la façon dont il était traité...

    — Je ne pense pas.

    Claria fut étonné du fait que je réfute ce qu'elle disait :

    « À mon avis, les patients qui ont de graves problèmes ont droit à la camisole de force pour ne pas qu'ils se suicident ou qu'ils aggressent les medecins, de plus, cet homme porte une blouse de médecin. Bon après, je ne suis jamais allé dans ce genre de bâtiment donc bon...

    — Effectivement, j'avais oublié ce détail. La camisole de force est utilisé sur les patients les plus dangereux et est donc assez rare, mais son utilisation s'est raréfiée aujourd'hui. Il a des moyens chimiques pour ça. Même si je ne me souviens plus de leurs noms...

    — Moi, ce qui me choque, c'est le fait que tu connaisses tout ça. Tu veux devenir medecin plus tard ?

    Je ne sais pas pourquoi je pose cette question, je m'en fiche complètement après tout...

    « Non, j'ai juste... quelques connaissances dans le domaine malgré moi. »

    'Malgré moi' ? Elle est forcée ou bien ?

    Je ne pourrais pas le savoir maintenant de toute façon car Claria changea de sujet :

    « Bref, revenons à Haron. Je vous rappelle qu'il est en danger là ! »

    C'est amusant de voir à quel point les personne peuvent changer de comportement selon le sujet d'une discussion. Claria qui a tout le temps cette bonne humeur abusive avait parlé avec un ton vraiment sérieux. Ça me donnerait presque envie d'en savoir plus sur elle.

    « Claria a raison, nous devons voir si Haron va bien. »

    Après que Céleste ait prononcé ces mots, j'ai commençé à soulever Haron pour l'ammener sur le lit. Même s'il fait à peu près cinq à six centimètres de moins que moi, il pesait tout de même son poids. À moins que je sois juste quelqu'un qui n'ait pas l'habitude de porter des gens...

    J'ai porté Haron jusqu'au lit pour l'allonger. Celui-ci respirait difficilement et semblait souffrir au vu de son expression faciale, des gouttes de sueur apparente sur son visage confirmait le fait qu'il soit effrayé. Il avait peur de mourir, mais ici, la mort peut venir bien plus vite que nous le pensons. C'est donc pourquoi nous devions faire tout notre possible pour le maintenir en vie et même mieux, le soulager.

    J'en viens presque à avoir des remords de l'avoir autant frappé, il faisait vraiment de la peine à voir : en plus de la sueur présente sur son front, il avait le nez qui saigne et une marque rouge assez imposante sur l'oeil gauche. Tout est de ma faute, quand bien même j'avais 'défendu' Céleste, je m'étais acharné sur lui. Pour mon image, ça n'allait pas rajouter des points...

    Non Sorel, ne culpabilise pas. Il a fait une tentative de meurtre, c'est juste inacceptable !

    « Qu'est ce qu'on est censé faire maintenant ? Je préviens juste en vous disant que si jamais le bouche-à-bouche est nécessaire, ce n'est pas moi qui le fera.

    — Nan pas besoin, regarde.

    Claria tout en ayant parlé me pointa du doigt Haron.

    Celui-ci semblait se calmer, sa respiration se faisait plus lente. Ça va alors, s'il se soigne tout seul, c'est beaucoup mieux.

    « Je-je vais mieux ? Je... vais mieux, oui. Tout va bien aller. J-

    Haron s'interrompit d'un seul coup quand il posa le regard sur moi, je voyais dans ses yeux à peine éclairé par ma lampe qu'il avait peur que je recommence.

    « C'est bon. Je ne te ferais rien tant que tu n'agresseras personne ici. Je m'inclus dans le lot mais je pense que cette idée à dû s'envoler en même temps que ta maîtrise de toi ! »

    Je ne pense pas qu'à la place d'Haron, j'aurais bien aimé recevoir des insultes mais celui-ci n'a pas réagi. Il s'est simplement redressé :

    « Je vais mieux, c'est bon. On peut commencer les recherches.

    — Arrête de te forcer à ce point, ça se voit que tu es complètement fatigué. On va rester là pendant une dizaine de minutes puis on changera de salle pour te laisser récuperer.

    — Pourquoi tu veux changer de salle ? On est bien caché ici non ? demanda-t-il

    — Je te rappelle que ce type à la télé nous a dit de changer de salle toutes les vingts minutes, ça doit faire cinq minutes qu'on est là.

    — Bon maintenant, Sorel réponds moi, tu faisais quoi avec Céleste tout à l'heure ?!

    J'ai l'impression que quand Claria a une idée en tête, elle s'y accroche et elle ne la lâche pas. Je déteste me justifier pour des choses insignifiantes mais je n'avais pas vraiment le choix ou l'image que j'essaie d'avoir ne fera que ternir.

    « Je vais plutôt te dire ce qui se serait passé si je n'étais pas intervenu : cette fille nous aurait repérés et nous nous serions tous fait tués !

    — Disons que je te crois mais... pourquoi persiste tu à dire que cette fille veut notre mort ? T'avais l'air de le savoir avant même qu'elle arrive. D'ailleurs, t'as aussi deviné que c'était une fille.

    — Tu cherches à faire quoi ? Me culpabiliser ? J'ai juste une bonne vision et pour le fait qu'elle soit dangereuse ou pas, je te propose d'aller lui demander. J'ai vu une fille qui s'approchait avec des ciseaux l'air menaçant, je n'ai pas réfléchi et je vous ai dis de me suivre pour qu'on se cache. Et je pense que j'ai eu raison.

    Je me suis dis que Claria devenait assez insistante quand il s'agissait de Céleste. Et c'est énervant de voir que cette fille prends le rôle de l'ancienne Ophélia.

    Je dis ça mais si ça se trouve, Ophélia ne tardera pas à réagir de son ancienne façon, elle a l'air assez instable émotionnellement.

    « De toute façon, je suis juste tombé en la faisant se taire. Ne va pas te faire d'idées bizarre que ça soit toi ou Céleste : je ne suis pas quelqu'un comme ça du tout.

    Céleste ne disait rien bien qu'elle soit la principale personne concernée dans l'histoire. Finalement, elle marmonna simplement :

    « J'ai juste été un peu surprise... c'est bon Claria, je n'ai pas été blessée et c'est ce qui compte.

    — En revanche, il y en a un ici qui est blessé je vous rappelle. Au lieu de s'attarder sur cet 'incident', nous ferions mieux de questionner Haron sur sa santé. Je vous le répète depuis tout à l'heure !

    En disant cela, je remettais tout le monde sur le problème principal sans que la discussion n'échappe comme c'est souvent le cas avec eux.

    « J'aimerais te poser une question Haron : est-ce que tu es fragile du coeur ?

    Cette question fut suivi d'un lourd, très lourd silence. Un silence presque total si nous n'entendions pas la fillette au loin dans les couloirs jouer avec ses ciseaux. Haron ne répondait pas, un air grave se dessinait sur son visage.

    Quelques larmes coulèrent sur ses joues :

    « C'est... comme une épée de Damoclès au dessus de moi... quoique je fasse, c'est là, à m'attendre. Attendre que je sois faible, que je sois comme je l'étais il y a quelques minutes. Attendre que mes émotions prennent le dessus pour se jeter sur moi... »

    Personne ne parlait. Le silence était entrecoupé de ses légers sanglots.

    « Je me déteste. Je déteste 'ça'. »

    Tout en ayant parlé, Haron serra fort le poing.

    « Alors... vous êtes vraiment malade... ?

    Toujours aucune réponse de la part d'Haron face à la question de Céleste qui semblait embarrassée de la poser.

    Celui-ci semblait repartir dans un monologue mais son visage s'arrêta net de penser. Haron se tourna vers moi, les yeux mouillés par les larmes puis me demanda sur le ton du désespoir :

    « Sorel... dis-moi, comment devient-on 'parfait' ? »
  • parfait comme toujours !
  • Merci beaucoup ! ^^
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